{"id":9733,"date":"2021-08-22T07:30:34","date_gmt":"2021-08-22T05:30:34","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/discussion-de-lexpose-de-catherine-chabert-sur-lenfant-triste-2\/"},"modified":"2021-09-24T11:56:18","modified_gmt":"2021-09-24T09:56:18","slug":"discussion-de-lexpose-de-catherine-chabert-sur-lenfant-triste","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/discussion-de-lexpose-de-catherine-chabert-sur-lenfant-triste\/","title":{"rendered":"Discussion de l&rsquo;expos\u00e9 de Catherine Chabert (sur \u00ab\u00a0L&rsquo;enfant triste\u00a0\u00bb)"},"content":{"rendered":"\n<p>Ch\u00e8re Catherine, \u00e0 te lire maintenant depuis quelques ann\u00e9es, l\u2019enfant triste est un enfant qui m\u2019est devenu familier, tant cette figure de l\u2019enfance, de l\u2019infantile plut\u00f4t, se dessine r\u00e9guli\u00e8rement en creux des \u00e9laborations que tu proposes. S\u2019il m\u2019est dans le fond ais\u00e9 d\u2019\u00eatre ton discutant, c\u2019est qu\u2019en mati\u00e8re de psychanalyse nous partageons les m\u00eames fondamentaux, qu\u2019il s\u2019agisse de th\u00e9orie ou de pratique. Et plus encore de l\u2019articulation entre les deux&nbsp;: pour toi comme pour moi, la clinique psychanalytique constitue le sol, l\u2019exp\u00e9rience \u00e0 partir de quoi nous tentons quelques hypoth\u00e8ses. Ce pr\u00e9ambule pourrait faire craindre le pire&nbsp;: l\u2019accord facile, voire complaisant. \u00c0 l\u2019inverse, il m\u2019appara\u00eet que le partage des m\u00eames r\u00e9quisits de l\u2019analyse est \u00e0 la fois ce qui autorise un v\u00e9ritable d\u00e9bat et permet d\u2019\u00e9viter les discours parall\u00e8les qui jamais ne se rencontrent. Mes \u00e9carts avec tes propositions ne sont pas des contradictions, plut\u00f4t des d\u00e9calages, ceux qui naissent d\u2019une variation du point de vue. Dans le peu de temps dont je dispose, j\u2019essaierai de faire vite, d\u2019\u00eatre aussi direct que possible. Je retiens deux questions&nbsp;: le th\u00e8me de la perte et celui de la sexualit\u00e9, de l\u2019infantile sexualit\u00e9, ins\u00e9parable dans ton approche de la figure du p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9pression est-elle un effet de la perte&nbsp;? Cette id\u00e9e, tu la formules en ouverture de ton propos, elle est largement partag\u00e9e, et il m\u2019arrive certainement aussi de la reprendre \u00e0 mon compte. Ton deuxi\u00e8me mouvement est cependant de te d\u00e9marquer imm\u00e9diatement d\u2019une restriction psychopathologique aujourd\u2019hui tr\u00e8s commune, qui prend sa source chez Winnicott, restriction qui encl\u00f4t entre un enfant et une m\u00e8re elle-m\u00eame d\u00e9pressive, donc d\u00e9sinvestissante, la psychogen\u00e8se de la d\u00e9pression future. Cette construction oublie le p\u00e8re. Elle oublie \u00e9galement, et surtout, que la perte ne concerne pas que le premier objet, qu\u2019elle est constitutive de l\u2019appareil psychique dans son ensemble&nbsp;: de la naissance de la repr\u00e9sentation qui suppose la perte de la chose jusqu\u2019\u00e0 la perte d\u2019amour des objets oedipiens, condition d\u2019une relative libert\u00e9 libidinale ult\u00e9rieure quand il s\u2019agira d\u2019aimer ou de travailler. La question suit d\u2019elle-m\u00eame&nbsp;: si la perte est une dimension g\u00e9n\u00e9rique, constructive, diff\u00e9renciante, en quoi sp\u00e9cifie-t-elle la d\u00e9pression&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9ponses possibles tirent dans plusieurs directions&nbsp;: d\u2019abord l\u2019affirmation d\u2019une d\u00e9pressivit\u00e9 au c\u0153ur du psychisme humain, ce que M\u00e9lanie Klein et sa position d\u00e9pressive ont inscrit dans le marbre. Mais Lacan et son d\u00e9s\u00eatre ne sont pas loin non plus. Une autre fa\u00e7on de suivre cette piste est de souligner, au-del\u00e0 de la pathologie, qu\u2019il y a une \u201cvaleur de la d\u00e9pression\u201d, que celle-ci peut \u00eatre f\u00e9conde, transformatrice, et pas seulement dangereuse, au point de pouvoir \u00eatre souhait\u00e9e, attendue, chez les adolescentes anorexiques par exemple. Tout cela peut se soutenir&nbsp;; pour notre d\u00e9bat, je vais cependant privil\u00e9gier la piste contraire, celle qui ne se satisfait pas de l\u2019\u00e9quation entre d\u00e9pression et effet de la perte. N\u2019est-ce pas combattre l\u2019\u00e9vidence tant il est parfois simplement observable que la perte d\u2019un \u00eatre aim\u00e9, mort ou rupture sentimentale, est presque imm\u00e9diatement suivie de l\u2019affaissement d\u00e9pressif&nbsp;? \u201cPerte\u201d est un mot qui rime avec d\u2019autres&nbsp;: mort, absence, abandon, s\u00e9paration\u2026 autant de mots charg\u00e9s de m\u00e9lancolie qui finissent par parler tout seul, \u00e0 notre place. Nous les reprenons, mais ils existent sans nous, avant nous, charg\u00e9s d\u2019histoire. L\u2019exigence d\u2019en repenser le sens, d\u2019en repr\u00e9ciser la signification me para\u00eet d\u2019autant plus n\u00e9cessaire qu\u2019ils sont le lieu d\u2019un consensus. Il est rare qu\u2019un consensus ne soit pas aussi une perte, celle de la part la plus originale d\u2019une notion. Un exemple, le plus \u00e9vident&nbsp;: \u201ctravail de deuil\u201d. Que reste-t-il dans l\u2019usage g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 et mou de cette expression du caract\u00e8re scandaleux de la d\u00e9couverte de Freud&nbsp;? Le travail de deuil ne consiste pas \u00e0 pleurer ses morts le temps qu\u2019il faut mais \u00e0 s\u2019en d\u00e9tacher, \u00e0 d\u00e9lier les attaches une \u00e0 une, jusqu\u2019\u00e0 s\u2019en d\u00e9barrasser, voire \u00e0 tuer le mort une seconde fois, comme on a pu le remarquer. Ce qui explique que ce travail est souvent mal fait, quand il n\u2019est pas carr\u00e9ment b\u00e2cl\u00e9&nbsp;: le mort, l\u2019aim\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas seulement un autre mais, par incorporation, introjection, identification, il est aussi une part constituante de nous-m\u00eames. Et de cela, on se d\u00e9barrasse difficilement. L\u2019objet est substituable, pas le moi.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0 o\u00f9 le travail de deuil s\u2019op\u00e8re de fa\u00e7on satisfaisante, la d\u00e9pression n\u2019a aucune raison de s\u2019installer. Le scandale du travail du deuil, c\u2019est qu\u2019il n\u2019est de perte que temporaire. Je me souviens de cette jeune femme, effray\u00e9e d\u2019avoir pass\u00e9 une excellente journ\u00e9e trois semaines seulement apr\u00e8s la mort de sa m\u00e8re. On devine peut-\u00eatre mon hypoth\u00e8se&nbsp;: la d\u00e9pression n\u2019est pas un effet de la perte, mais de son impossibilit\u00e9. Ce qui peut aussi se dire de la s\u00e9paration&nbsp;: dans l\u2019angoisse de s\u00e9paration, ce n\u2019est pas, malgr\u00e9 les apparences, la s\u00e9paration qui est angoissante mais son impossibilit\u00e9. Le d\u00e9pressif n\u2019a rien perdu, il garde tout, son pass\u00e9 est son pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p>Perte, s\u00e9paration, ces mots pourraient donner \u00e0 penser que le sujet concern\u00e9 se contenterait de passivement les subir quand les processus auxquels ils se r\u00e9f\u00e8rent ont aussi leur gen\u00e8se. \u00c0 quelles conditions la perte est-elle psychiquement possible, m\u00e9tabolisable, et donc la d\u00e9pression \u00e9vitable&nbsp;? Question difficile et sans doute imprudente. Mon raisonnement <em>a contrario<\/em> me conduit \u00e0 prendre un exemple, non pas de d\u00e9pression, mais de non-d\u00e9pression. Il y a, dans la litt\u00e9rature psychanalytique, une figure c\u00e9l\u00e8bre d\u2019enfant non-d\u00e9pressif, l\u2019enfant \u00e0 la bobine. <em>Fort-da<\/em>, loin-l\u00e0, parti-reviendra, perduretrouv\u00e9, le tout sur le mode de la jubilation&nbsp;; l\u2019enfant joue \u00e0 la perte, \u00e0 l\u2019absence. Il se joue de l\u2019une et de l\u2019autre. Cela ne le prive sans doute pas d\u2019une capacit\u00e9 de se d\u00e9primer, mais lui \u00e9vite le risque d\u2019\u00eatre emport\u00e9 avec elle, d\u2019y dispara\u00eetre. Comment quelque chose comme cela, une \u00e9rotique de la perte, une bobine de perdue dix de retrouv\u00e9es, estil possible&nbsp;? La \u201cr\u00e9ponse\u201d de Freud est d\u00e9cal\u00e9e, il la formule quelques ann\u00e9es plus tard dans <em>Inhibition, symp\u00f4tme, angoisse<\/em>. Elle passe par la prise en compte, qui n\u2019est pas si fr\u00e9quente chez lui, du point de vue interpsychique, inter-subjectif. Perte, s\u00e9paration, l\u2019\u00e9laboration r\u00e9ussie ou non de ces exp\u00e9riences concerne les hommes comme les femmes. La d\u00e9pression n\u2019est pas une maladie sexu\u00e9e, \u00e0 la diff\u00e9rence de l\u2019anorexie. L\u2019id\u00e9e de Freud est cependant que cette \u00e9galit\u00e9 n\u2019est que relative, que les femmes -mais peut-\u00eatre faudrait-il dire ici \u201cle f\u00e9minin\u201d- ont avec l\u2019angoisse de perte d\u2019amour une intimit\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9e. Et c\u2019est une femme, la m\u00e8re, que Freud associe au jeu de l\u2019enfant, un jeu de la bobine avant l\u2019heure. Elle recouvre son visage d\u2019un foulard, \u00e0 moins qu\u2019elle ne le masque simplement de ses deux mains. Les enfants \u00e0 la bobine parmi nous se souviennent de la suite&nbsp;: \u201cCoucou\u2026 me voil\u00e0&nbsp;! <em>Fort-da<\/em>\u201d. V\u00e9ritable sc\u00e8ne de s\u00e9duction, source d\u2019excitation&nbsp;: encore, encore\u2026 Sans doute ne peut-on se jouer de la s\u00e9paration que si l\u2019objet, le premier d\u2019entre eux, tol\u00e8re sa propre perte. En ce point, Freud n\u2019est pas si \u00e9loign\u00e9 de Winnicott, m\u00eame si c\u2019est en n\u00e9gatif.<\/p>\n\n\n\n<p>Si tu t\u2019inqui\u00e8tes, ch\u00e8re Catherine, de la disparition du p\u00e8re dans la clinique analytique contemporaine, ce n\u2019est \u00e9videmment pas simplement pour rappeler son existence. Que la m\u00e8re soit perdue ne signifie effectivement pas qu\u2019elle soit perdue pour tout le monde&nbsp;! Cette disparition, tu l\u2019associes \u00e0 une certaine d\u00e9sexualisation, dont l\u2019effacement de la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la diff\u00e9rence des sexes, \u00e0 leur affrontement sur la sc\u00e8ne primitive, est un indice parmi d\u2019autres. Triomphe du m\u00eame, oubli de l\u2019autre, la puissance d\u2019immobilisation du narcissisme gagne la pratique elle-m\u00eame. Le p\u00e8re c\u2019est aussi le premier autre, le premier \u00e9tranger. \u201c\u00c9preuve de l\u2019\u00e9tranger\u201d s\u2019il en est, comment la psychanalyse pourrait-elle se passer de ce qu\u2019il repr\u00e9sente&nbsp;? Ce que vise ta critique est une sorte de d\u00e9voiement, de d\u00e9tournement de la pratique, celle de la cure analytique ou des formes psychoth\u00e9rapiques qui en sont d\u00e9riv\u00e9es. L\u2019image est celle d\u2019un psychologue, d\u2019un analyste qui devient sourd \u00e0 ce que transfert veut dire. C\u2019est Ferenczi qui a commenc\u00e9&nbsp;: \u201cLa m\u00e9thode que j\u2019emploie avec mes analysants, \u00e9crit-il, consiste \u00e0 les \u201cg\u00e2ter\u201d\u2026 Je proc\u00e8de un peu \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une m\u00e8re tendre, qui n\u2019ira pas se coucher le soir avant d\u2019avoir discut\u00e9 \u00e0 fond, avec son enfant, et r\u00e9gl\u00e9, dans un sens d\u2019apaisement, tous les soucis grands et petits, peurs, intentions hostiles et probl\u00e8mes de conscience rest\u00e9s en suspens.\u201d Si l\u2019analyste est la m\u00e8re, voire si \u201cle divan est la m\u00e8re\u201d (Winnicott), faut-il pour autant qu\u2019il r\u00e9ponde de la place que le transfert lui assigne\u2026 Parce que la r\u00e9alit\u00e9 que le transfert r\u00e9p\u00e8te est toujours, sans exception, la r\u00e9alit\u00e9 psychique, le transfert est r\u00e9p\u00e9tition paradoxale de ce qui n\u2019a jamais eu lieu.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9rive \u201cmaternelle\u201d analytique va toujours de pair avec une adh\u00e9sion \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 mat\u00e9rielle et l\u2019oubli que l\u2019inscription psychique de celle-ci consiste en une transformation, au moins minimale. Ce retour \u00e0 une conception pr\u00e9-analytique du <em>trauma<\/em> n\u00e9glige la d\u00e9couverte freudienne essentielle du ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019apr\u00e8s-coup, lequel divise le <em>trauma<\/em> en deux temps. Nous sommes redevables \u00e0 Ferenczi de ses erreurs, disait Granoff. Rappelons que la premi\u00e8re critique fut une auto-critique&nbsp;: alors qu\u2019il comptait sur sa m\u00e9thode active pour raccourcir la dur\u00e9e des traitements, Ferenczi s\u2019aper\u00e7oit que c\u2019est l\u2019inverse qui a lieu, \u201cl\u2019app\u00e9tit vient en mangeant\u201d, plus l\u2019analyste-m\u00e8re donne de sa personne et moins cela suffit. La perte se creuse au lieu de s\u2019effacer.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon accord, Catherine, jusque-l\u00e0 est parfait, le d\u00e9calage que je voudrais \u00e9voquer suppose maintenant un pas de c\u00f4t\u00e9. De quelle nature sont les <em>traumas<\/em> pr\u00e9coces qui permettront ult\u00e9rieurement \u00e0 la d\u00e9pression de creuser son trou&nbsp;? La r\u00e9f\u00e9rence aux d\u00e9pressions maternelle ou paternelle ne fait que repousser la question d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration. Que les <em>libidos<\/em> objectale et narcissique soient concern\u00e9es, ce n\u2019est pas douteux. Faut-il s\u2019en tenir au sexuel&nbsp;? Rien n\u2019est moins s\u00fbr, la d\u00e9pression d\u00e9borde des deux c\u00f4t\u00e9s, vers le vital et la destructivit\u00e9. Margaret Little, grande d\u00e9pressive devant la psychanalyse, commente ainsi sa cure avec Winnicott&nbsp;: la sexualit\u00e9 infantile, dit-elle, n\u2019est pas de mise quand on ne sait pas ce qu\u2019est \u201c\u00eatre soi-m\u00eame\u201d, quand on n\u2019est pas assur\u00e9 de son identit\u00e9 et de sa survie. Mais en m\u00eame temps qu\u2019elle dit cela, elle montre aussi le contraire&nbsp;: quel plus beau t\u00e9moignage de l\u2019amour de transfert (non liquid\u00e9) et de ses sources infantiles que son texte, v\u00e9ritable hommage posthume \u00e0 celui qui semble bien avoir \u00e9t\u00e9 l\u2019homme de sa vie. La mise en relation de sa vie analysante et de sa vie sexuelle et amoureuse est de ce point de vue tout \u00e0 fait saisissante. Mon id\u00e9e n\u2019est pas du tout de mettre Margaret Little en contradiction avec elle-m\u00eame et de soutenir contre vents et mar\u00e9es&nbsp;: le sexuel encore et toujours, rien que le sexuel&nbsp;! Le psychanalyste n\u2019est pas toujours \u00e0 l\u2019abri d\u2019une position surmo\u00efque paradoxale qui lui fait pr\u00e9tendre trouver partout ce qui fonde la l\u00e9gitimit\u00e9 de sa parole. Un tel psychanalyste finit par ressembler \u00e0 l\u2019homme qui cherche ses cl\u00e9s \u00e0 la lueur du r\u00e9verb\u00e8re, non parce qu\u2019il est s\u00fbr de les avoir perdues \u00e0 cet endroit mais parce que l\u00e0, au moins il fait clair.<br>Prenons l\u2019exemple winnicottien prototypique, celui qu\u2019il reconstruit \u00e0 partir des patients <em>borderline<\/em>&nbsp;: un enfant au sein qui, dans le miroir des yeux de sa m\u00e8re, ne se voit pas, ne voit pas le plaisir qu\u2019il prend et qu\u2019il donne, et qui, de ce fait, perd le plaisir en question, en m\u00eame temps qu\u2019il se perd lui-m\u00eame. Il ne voit rien. Si cette m\u00e8re ne le voit pas, ce n\u2019est pas qu\u2019elle en regarde un autre, cela c\u2019est encore relativement n\u00e9gociable. Elle ne le voit pas, m\u00eame quand elle le regarde. Sa <em>psych\u00e9<\/em> est ailleurs, au pays des morts, y compris des morts inconnus qui errent de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. \u00c0 quel registre rapporter le <em>trauma<\/em>&nbsp;: au d\u00e9s\u00e9quilibre narcissisme\/objectalit\u00e9, au vital, \u00e0 la destructivit\u00e9, \u00e0 tout cela intriqu\u00e9&nbsp;? Il n\u2019y a aucune raison pour que l\u2019exp\u00e9rience de r\u00e9p\u00e9tition en quoi consiste une psychanalyse n\u2019ait pas \u00e0 conna\u00eetre des morceaux de vie que le mot \u201csexuel\u201d \u00e9choue \u00e0 d\u00e9finir.<br>C\u2019est ici qu\u2019une distinction me para\u00eet essentielle&nbsp;: le <em>trauma<\/em>, celui auquel l\u2019exp\u00e9rience psychanalytique est confront\u00e9e, n\u2019est pas toujours sexuel, ou pas seulement. Mais son traitement, lui, est sexuel, toujours&nbsp;; que le sexuel (l\u2019infantile), sa polymorphie, sa plasticit\u00e9 libidinale \u00e9choue \u00e0 s\u2019immiscer, \u00e0 imposer son exigence de transformation et c\u2019est le traitement psychique lui-m\u00eame qui est compromis. La sexualit\u00e9 infantile n\u2019est pas simplement l\u2019objet privil\u00e9gi\u00e9 de la psychanalyse, elle est aussi le vecteur, le porteur de sa pratique&nbsp;: il y a une sexualit\u00e9 infantile de la psychanalyse. Margaret Little vient en cure avec une question vitale, existentielle, mais c\u2019est l\u2019amour de transfert qui fait le travail de r\u00e9solution. \u00catre, en psychanalyse, est une abr\u00e9viation de \u00eatre-aim\u00e9. Reconnaissons que la \u201cpetite Margaret\u201d est parfois d\u2019une na\u00efvet\u00e9 touchante, par exemple quand elle assimile \u00e0 un signe de maternage les petits g\u00e2teaux que lui offre Winnicott en fin de s\u00e9ance. Comme si nos petites madeleines et leurs petits <em>cakes<\/em> visaient \u00e0 nourrir. Si la sexualit\u00e9 infantile ne se m\u00eale pas des affaires de cuisine, il n\u2019y aura jamais de g\u00e2teaux, de cadeaux. Il n\u2019y a pas un g\u00e2teau qui soit innocent&nbsp;! La psychanalyse est une sc\u00e8ne de s\u00e9duction, avec ou sans g\u00e2teau. Il suffit d\u2019inviter quelqu\u2019un \u00e0 dire tout ce qui passe par la t\u00eate. Le raisonnement que je tiens emprunte sa forme, sinon son d\u00e9tail \u00e0 Freud. Tant que celui-ci a cru que le r\u00eave \u00e9tait toujours accomplissement de d\u00e9sir, le sexuel infantile en a constitu\u00e9 le seul v\u00e9ritable contenu. Jusqu\u2019au jour, celui de la deuxi\u00e8me topique, o\u00f9 Freud s\u2019est aper\u00e7u que dans certaines conditions traumatiques le sexuel passait de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9&nbsp;: non plus contenu, mais op\u00e9rateur, transformateur. Transformer en sexuel, en accomplissement de d\u00e9sir ce qui rel\u00e8ve d\u2019un autre ordre, vital ou destructif. Travail de deuil, travail du r\u00eave, travail de transfert, pour chacune de ces op\u00e9rations-transformations l\u2019infantile sexualit\u00e9 est un premier moteur. La psychanalyse, la psychoth\u00e9rapie peut-elle transformer \u201cl\u2019impossible perte\u201d de la d\u00e9pression en une \u00e9rotique de l\u2019absence&nbsp;? Le d\u00e9fi n\u2019est pas mince. Il n\u2019est pas d\u00e9raisonnable d\u2019esp\u00e9rer qu\u2019\u00e0 l\u2019heure des d\u00e9pressions de l\u2019enfance et de l\u2019adolescence, quand la plasticit\u00e9 psychique, pulsionnelle, est encore au meilleur d\u2019elle-m\u00eame, l\u2019entreprise ne soit pas perdue d\u2019avance.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9733?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ch\u00e8re Catherine, \u00e0 te lire maintenant depuis quelques ann\u00e9es, l\u2019enfant triste est un enfant qui m\u2019est devenu familier, tant cette figure de l\u2019enfance, de l\u2019infantile plut\u00f4t, se dessine r\u00e9guli\u00e8rement en creux des \u00e9laborations que tu proposes. 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