{"id":9718,"date":"2021-08-22T07:30:32","date_gmt":"2021-08-22T05:30:32","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/aspects-du-champ-depressif-2\/"},"modified":"2022-04-03T13:41:41","modified_gmt":"2022-04-03T11:41:41","slug":"aspects-du-champ-depressif","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/aspects-du-champ-depressif\/","title":{"rendered":"Aspects du champ d\u00e9pressif"},"content":{"rendered":"\n<p>Ce dont je vais essayer de parler aujourd\u2019hui sur la d\u00e9pression concerne des questions qui ont toujours \u00e9t\u00e9 pour moi lancinantes et pour lesquelles je n\u2019avais et n\u2019ai toujours pas trouv\u00e9 de solutions dont je sois s\u00fbr. Je pense en particulier \u00e0 deux aspects&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>I- Une premi\u00e8re question, qui agite les milieux psychanalytiques et psychiatriques depuis longtemps&nbsp;: y a-t-il une unit\u00e9 de la d\u00e9pression, c\u2019est-\u00e0-dire une unit\u00e9 des diff\u00e9rentes formes de d\u00e9pressions auxquelles nous pouvons assister au-del\u00e0 de leurs diff\u00e9rences&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je vais vous proposer une hypoth\u00e8se qui s\u2019efforce de rester dans le cadre du champ d\u00e9pressif, sans d\u00e9bordement. En effet, parler de la d\u00e9pression, c\u2019est \u00eatre d\u2019accord sur le fait qu\u2019un certain profil d\u00e9pressif, une certaine \u00e9volution d\u00e9pressive ne va pas toucher \u00e0 l\u2019organisation du Moi, et que les choses vont se d\u00e9velopper dans la direction de la m\u00e9lancolie. Dans cette organisation d\u00e9pressive, on ne va pas assister \u00e0 la d\u00e9sagr\u00e9gation, \u00e0 la dissolution des m\u00e9canismes du Moi. Sans doute peut-on consid\u00e9rer qu\u2019il y a l\u00e0 deux grands secteurs de la pathologie&nbsp;: ceux o\u00f9 l\u2019on assiste \u00e0 une telle d\u00e9sagr\u00e9gation du Moi et ceux o\u00f9 la structure du Moi est pr\u00e9serv\u00e9e, bien qu\u2019on puisse aller tr\u00e8s loin dans le champ de ce que Freud appelle la \u201cn\u00e9vrose narcissique\u201d o\u00f9 le suicide est, bien entendu, une occurrence extr\u00eamement pr\u00e9occupante, sans que le Moi ne se d\u00e9sagr\u00e8ge, m\u00eame s\u2019il r\u00e9gresse. Alors on objecterait peut-\u00eatre que c\u2019est une opposition trop classique et qu\u2019aujourd\u2019hui on pourrait \u00eatre amen\u00e9 \u00e0 voir les choses diff\u00e9remment&nbsp;; je pense en particulier \u00e0 ce que nous avons entendu pendant ce colloque sur la question de la d\u00e9pression comme secondaire \u00e0 la phase schizo-parano\u00efde et \u00e0 l\u2019opinion oppos\u00e9e d\u2019une d\u00e9pression primaire, ant\u00e9rieure \u00e0 la phase schizo-parano\u00efde. A tel point que des auteurs ont pu vouloir inverser la succession de ces phases, ou, encore, dire qu\u2019il y avait un perp\u00e9tuel balancement de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre. Je pense n\u00e9anmoins qu\u2019il faut s\u2019accrocher \u00e0 cette id\u00e9e que la d\u00e9sagr\u00e9gation du Moi est \u00e9vit\u00e9e dans la d\u00e9pression. La r\u00e9gression est narcissique et non psychotique (schizophr\u00e9nique).<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, est-ce pour autant moins grave&nbsp;? Je ne le pense pas, je pense que le ph\u00e9nom\u00e8ne qui, lui, est tr\u00e8s pr\u00e9sent dans la d\u00e9pression, \u00e0 savoir la perte d\u2019objet, est un ph\u00e9nom\u00e8ne aussi grave peut-\u00eatre que celui de la d\u00e9sagr\u00e9gation du Moi car sans objet, c\u2019est le Moi qui va devoir payer. Ce que nous montre cette perte, c\u2019est un conflit \u00e0 mort pour la survie du Moi. C\u2019est donc une exacerbation de la vie pulsionnelle, qui ne conna\u00eet d\u2019autre issue \u00e0 la disparition de l\u2019objet qu\u2019une lutte entre pulsion de vie et pulsion de mort, comme si l\u2019objet avait succomb\u00e9 \u00e0 la mort. Alors, pour retracer les choses quelque peu diff\u00e9remment, je pense qu\u2019il y a une continuit\u00e9 entre l\u2019hypoth\u00e8se centrale concernant tous les ph\u00e9nom\u00e8nes qui ont eu lieu dans le champ d\u00e9pressif et leur aboutissement extr\u00eame, qui est celui de la perte d\u2019objet.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon hypoth\u00e8se centrale est la suivante&nbsp;: il y a dans toute forme de d\u00e9pression quelque chose que je ne puis mieux qualifier que comme \u201cl\u2019\u00e9loignement des objets\u201d. Bien entendu, nous savons bien que ce ne sont pas les objets qui s\u2019\u00e9loignent mais que c\u2019est le sujet qui, lui, se retire, s\u2019\u00e9carte des objets. En suivant cette ligne, nous pouvons imaginer qu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00eame, les objets peuvent \u00eatre perdus, et il est int\u00e9ressant de voir que cela n\u2019entra\u00eene pas forc\u00e9ment la d\u00e9sagr\u00e9gation du Moi mais que cette perte laisse un v\u00e9cu de trou, d\u2019absence, de vide, qui sont des caract\u00e9ristiques importantes retrouv\u00e9es par la clinique contemporaine et auxquelles le sujet s\u2019identifie.<\/p>\n\n\n\n<p>II- Le deuxi\u00e8me point que je voudrais soulever, c\u2019est ce que j\u2019appellerai les \u201ccibles\u201d du ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9pressif&nbsp;: qu\u2019est-ce qui est atteint, \u00e0 quel niveau cela est-il atteint dans les ph\u00e9nom\u00e8nes du champ d\u00e9pressif&nbsp;? Je suis oblig\u00e9 ici de faire intervenir quelque chose qui va peut-\u00eatre vous para\u00eetre un peu myst\u00e9rieux&nbsp;: il existe, au niveau de la d\u00e9pression, une vari\u00e9t\u00e9 de causes et de niveaux.<\/p>\n\n\n\n<p>1- Le niveau le plus profond ou le plus ancien n\u2019est pas le niveau pulsionnel, c\u2019est un niveau que j\u2019appellerai le niveau \u201cvital\u201d. Ce niveau vital nous est restitu\u00e9 par des tableaux cliniques que nous connaissons mieux aujourd\u2019hui comme la \u201cd\u00e9pression essentielle\u201d de Pierre Marty. C\u2019est une d\u00e9pression sans conflit, qui se caract\u00e9rise par une baisse du tonus vital, une d\u00e9pression qui est contemporaine d\u2019une d\u00e9sorganisation essentielle importante. Ici, on a l\u2019impression que ce qui est atteint concerne la vie m\u00eame, au niveau des organes et de la sant\u00e9. C\u2019est pourquoi je pense que cette d\u00e9pression essentielle a quelque rapport avec ce qu\u2019on a appel\u00e9 la \u201cd\u00e9pression primaire\u201d, bien que, dans ce dernier cas, on a affaire \u00e0 une forme plus psychis\u00e9e. La d\u00e9pression primaire est peut-\u00eatre un niveau de d\u00e9pression qui ne concerne pas la dimension vitale, et est une forme d\u00e9j\u00e0 plus proche des aspects relationnels. On peut avoir l\u2019impression que l\u2019atteinte de la vitalit\u00e9 et la menace de mort sont moins mena\u00e7antes.<\/p>\n\n\n\n<p>2- Quand il existe une atteinte au niveau pulsionnel, c\u2019est le tableau que nous connaissons bien de la m\u00e9lancolie&nbsp;: celui de la r\u00e9gression narcissique et de la r\u00e9gression orale cannibalique. Toutes les descriptions qui correspondent \u00e0 la m\u00e9lancolie et qui ne sont pas du m\u00eame niveau que celui de l\u2019atteinte d\u00e9pressive vitale. L\u00e0, on a vraiment le sentiment qu\u2019on franchit une \u00e9tape, et qu\u2019on n\u2019est plus dans des ph\u00e9nom\u00e8nes de l\u2019ordre de la vitalit\u00e9 mais de la pulsionnalit\u00e9. Ces ph\u00e9nom\u00e8nes sont caract\u00e9ris\u00e9s par l\u2019\u00e9loignement ou la perte des objets. Quand le sujet vous parle de ses relations \u00e0 ses objets, il est comme absent de ce qu\u2019il dit, il en parle comme d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 qui le fuit, et o\u00f9 il n\u2019est plus tout \u00e0 fait lui-m\u00eame, comme coup\u00e9 de ses liens. Ceci peut se manifester m\u00eame dans le sommeil qu\u2019un r\u00e9veil brutal peut interrompre.<\/p>\n\n\n\n<p>3- Un troisi\u00e8me niveau est celui que je propose d\u2019appeler le niveau relationnel. J\u2019essaie de d\u00e9crire les cas o\u00f9 la d\u00e9pression est li\u00e9e \u00e0 la d\u00e9pression d\u2019un autre. C\u2019est le cas que j\u2019ai essay\u00e9 de d\u00e9crire sous le nom de \u201cla m\u00e8re morte\u201d. C\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019enfant subit les cons\u00e9quences d\u2019une d\u00e9pression de la m\u00e8re et ne comprend pas le changement qui s\u2019est produit chez elle. Dans un premier temps, il essaie de lutter contre cela, de distraire la m\u00e8re, de se manifester par la n\u00e9cessit\u00e9 de capter l\u2019int\u00e9r\u00eat de la m\u00e8re sans y r\u00e9ussir. A un certain moment, il d\u00e9cide de se retirer, mais en se retirant, il entra\u00eene avec lui l\u2019objet d\u00e9pressif auquel il va s\u2019identifier \u00e0 son insu, et va \u00eatre habit\u00e9 par une d\u00e9pression qui est moins la sienne que celle de cet objet. L\u2019id\u00e9e essentielle, c\u2019est que l\u2019enfant ne comprend pas la d\u00e9pression de cet objet et ne conna\u00eet pas l\u2019origine de ses causes. Bien entendu, ce qui arrive \u00e0 la m\u00e8re n\u2019est pas accessible \u00e0 l\u2019enfant&nbsp;; il ne peut comprendre ou deviner les traumatismes v\u00e9cus par elle (fausse-couche, infid\u00e9lit\u00e9 conjugale, revers de fortune, etc.). Ce sont des circonstances qui ne sont pas accessibles \u00e0 l\u2019entendement de l\u2019enfant et il ne peut, semble-t-il, m\u00eame en voulant s\u2019en d\u00e9gager, que s\u2019identifier \u00e0 l\u2019objet maternel d\u00e9prim\u00e9. Nous sommes ici dans un cas de figure tr\u00e8s diff\u00e9rent de ce que nous avons appel\u00e9 la d\u00e9pression au niveau vital. En effet, l\u2019origine de la d\u00e9pression ne concerne ni le niveau vital ni le niveau pulsionnel, mais est li\u00e9e \u00e0 la relation \u00e0 l\u2019autre qu\u2019est la m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>4- Enfin, je d\u00e9crirai une derni\u00e8re cat\u00e9gorie, celle de la d\u00e9pression appel\u00e9e d\u00e9pression n\u00e9vrotique, o\u00f9 la cause de la d\u00e9pression est attribu\u00e9e \u00e0 un tiers.<\/p>\n\n\n\n<p>On comprend, lorsqu\u2019il s\u2019agit de concevoir d\u00e9pression du b\u00e9b\u00e9 et d\u00e9pression de l\u2019adolescent, que la d\u00e9pression du b\u00e9b\u00e9 a beaucoup de chances de ressembler \u00e0 cette atteinte du niveau vital que nous avons d\u00e9crite, tandis que celle de l\u2019adolescent fait participer tous les m\u00e9canismes de la complexit\u00e9 qui appartiennent aux structures plus r\u00e9centes o\u00f9 entre en compte le Surmoi. Mais, dans toutes ces formes de d\u00e9pression, le probl\u00e8me reste le m\u00eame&nbsp;: le bien et le mal que l\u2019on a faits. Ce dont il a \u00e9t\u00e9 question tout \u00e0 l\u2019heure, et qui fait intervenir la compassion, est relatif \u00e0 la capacit\u00e9 de souci de l\u2019enfant pour la m\u00e8re. Car, \u00e0 ce stade de d\u00e9veloppement tr\u00e8s important sont impliqu\u00e9s des m\u00e9canismes de r\u00e9ciprocit\u00e9, c\u2019est \u00e0 dire la conscience de l\u2019agression qui a \u00e9t\u00e9 port\u00e9e envers l\u2019autre et sa r\u00e9flexion sous forme de repentir et d\u2019autopunition pour le mal qu\u2019on lui a fait. C\u2019est \u00e9videmment une capacit\u00e9 tout \u00e0 fait essentielle pour l\u2019humanit\u00e9 car, s\u2019il n\u2019y a pas de souci, s\u2019il n\u2019y a pas d\u2019identification, il n\u2019y a pas non plus d\u2019humanit\u00e9. Donc, on comprend, \u00e0 travers cette esquisse, que la d\u00e9pression ne peut \u00eatre con\u00e7ue uniquement comme pathologique mais plut\u00f4t comme une partie int\u00e9grante de la relation \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Y a-t-il un moyen de lier ces diverses formes&nbsp;? C\u2019est ici qu\u2019il faut faire intervenir la pulsion de mort. Pulsion de mort, pour avoir endommag\u00e9 l\u2019objet de fa\u00e7on d\u00e9finitive ou, \u00e0 un moindre degr\u00e9, pulsion de mort pour \u00eatre la cause d\u2019une menace mortif\u00e8re. Mais cette position rationnelle a ses limites et c\u2019est ce que je crois que l\u2019on constate dans les d\u00e9pressions qui laissent penser \u00e0 une atteinte vitale chez l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Je sais que beaucoup de coll\u00e8gues ne sont pas d\u2019accord avec moi et qu\u2019ils me reprochent mon adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019id\u00e9e de la pulsion de mort qu\u2019ils trouvent injustifi\u00e9e. Et pourtant, il ne me semble pas qu\u2019il y ait quoi que ce soit de choquant dans cette position. En fait, ce n\u2019est qu\u2019une mani\u00e8re de dire que, la situation \u00e9tant intol\u00e9rable, d\u00e9faire, dissoudre, faire dispara\u00eetre et se faire dispara\u00eetre est encore la conduite la moins p\u00e9nible face \u00e0 l\u2019intol\u00e9rable. Il n\u2019y a rien l\u00e0 pour moi qui appelle je ne sais quel pessimisme ou quelle mani\u00e8re de pr\u00e9f\u00e9rer un univers noir. C\u2019est une man\u0153uvre d\u00e9fensive comme une autre&nbsp;: quand la situation devient intol\u00e9rable, on d\u00e9fait, on d\u00e9sunit. C\u2019est quelque chose qui n\u2019est pas bien compris dans l\u2019\u0153uvre de Freud. Par exemple, on se demande comment est-ce que la mort pourrait venir avant la vie&nbsp;? Freud donne une explication o\u00f9 il essaie de montrer que la premi\u00e8re pulsion n\u2019est pas celle de l\u2019investissement. La premi\u00e8re pulsion, c\u2019est celle qui veut d\u00e9faire les r\u00e9sultats de l\u2019investissement. Pour une bonne raison, c\u2019est que l\u2019appareil psychique veut le calme et que, puisque la situation nouvelle est une occasion de cr\u00e9er plus de travail, plus de probl\u00e8mes \u00e0 r\u00e9gler, plus d\u2019ennuis pour l\u2019appareil psychique, la premi\u00e8re pulsion cherche \u00e0 supprimer cet investissement d\u00e9rangeant. Et puis, Freud nous dit que ce n\u2019est pas encore \u00e7a&nbsp;: ce qui v\u00e9ritablement signe de l\u2019arriv\u00e9e de la pulsion de vie, c\u2019est le r\u00f4le de l\u2019objet, de la libido d\u2019objet, et c\u2019est bien pourquoi en effet j\u2019attribue au r\u00f4le de cet objet une port\u00e9e consid\u00e9rable. Je crois que c\u2019est avec l\u2019objet, avec cette sortie de soi qui est repr\u00e9sent\u00e9e par l\u2019objet que v\u00e9ritablement nous avons \u00e0 faire \u00e0 un niveau humain.<br>Je vais vous raconter bri\u00e8vement un cas clinique qui remonte assez loin, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 j\u2019\u00e9tais assistant \u00e0 l\u2019h\u00f4pital Henri Rousselle. Un jour, on m\u2019am\u00e8ne une patiente pour l\u2019hospitaliser&nbsp;; elle a une d\u00e9pression typique, s\u00e9rieuse mais pas m\u00e9lancolique. Je commence alors \u00e0 m\u2019entretenir avec cette patiente qui se plaint d\u2019avoir constat\u00e9 quelque chose d\u2019anormal sur ses fiches de paie (la plupart du temps, quand les gens se plaignent, c\u2019est parce qu\u2019ils n\u2019ont pas l\u2019argent qu\u2019ils esp\u00e8rent avoir gagn\u00e9, mais pour elle, c\u2019est alors l\u2019inverse) car elle touche un salaire sup\u00e9rieur \u00e0 celui qu\u2019elle devrait toucher&nbsp;; elle a donc quelque chose en \u201ctrop\u201d. On essaie de la traiter et elle fait plusieurs rechutes. En sortant de l\u2019h\u00f4pital apr\u00e8s une r\u00e9mission, \u00e0 la fin de mon assistanat, elle demande \u00e0 continuer de me voir en ville. Je continue donc de la voir \u00e0 la demande mais non pas pour une psychoth\u00e9rapie r\u00e9guli\u00e8re. Je la revois apr\u00e8s chaque rechute, et puis un jour, au cours d\u2019un entretien que j\u2019ai avec elle, elle me parle de son souci pour sa fille \u00e0 qui on a d\u00fb enlever un ovaire, s\u2019inqui\u00e9tant de la possibilit\u00e9 de celle-ci d\u2019avoir un enfant. Je comprends donc \u00e0 ce moment-l\u00e0 que ce qu\u2019elle a en \u201ctrop\u201d, c\u2019est bien cet ovaire par rapport \u00e0 sa fille, qui justifie l\u2019angoisse que sa fille ne puisse procr\u00e9er avec un seul ovaire. Je suis alors amen\u00e9 \u00e0 lui communiquer quelque chose \u00e0 ce sujet, mais qui n\u2019a pas l\u2019air de l\u2019interpeller plus que cela, et puis je la quitte en pensant ne plus jamais la revoir. Contre toute attente je me trompe car elle reprend rendez-vous trois mois plus tard. Elle arrive, un sourire jusqu\u2019aux oreilles, et m\u2019annonce, non pas qu\u2019elle va mal mais au contraire qu\u2019elle va tr\u00e8s bien et que sa fille est enceinte, soutenant que m\u00eame si sa fille et son ami sont \u00e9tudiants, ce n\u2019est pas grave car elle et son mari vont \u00e9lever cet enfant. C\u2019est \u00e9videmment une tr\u00e8s belle histoire, mais justement je ne veux pas confondre un cas de ce genre avec une intervention de la pulsion de mort qui aurait entra\u00een\u00e9 plus d\u2019autodestruction. Au contraire, je vois l\u00e0 quelque chose qui rel\u00e8ve d\u2019une pathologie objectale, surmo\u00efque, ce souci dominant pour l\u2019objet et qui a permis que mon \u00e9coute aboutisse \u00e0 une gu\u00e9rison, puisque je n\u2019ai jamais entendu parler de cette femme par la suite.<br>Pour terminer, il faut que nous comprenions ce que la d\u00e9pression avait de particulier pour Freud. Quand on lit ses \u00e9crits sur ce sujet, on voit bien, d\u00e8s ses premi\u00e8res d\u00e9marches, qu\u2019il parle d\u2019autre chose que ce dont il a parl\u00e9 jusque-l\u00e0, qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019un rapport avec l\u2019angoisse de castration, mais plut\u00f4t d\u2019une \u201ch\u00e9morragie narcissique\u201d. Et c\u2019est sur cette d\u00e9perdition narcissique, responsable de cette perte d\u2019\u00e9nergie vitale, que je veux insister. Avec toutes les comparaisons que Freud fait entre la blessure et la d\u00e9pression, avec ce fourmillement autour de la plaie psychique et ces r\u00e9actions suppos\u00e9es contrer la perte d\u2019objet. Perte d\u2019objet, perte d\u2019amour, mais aussi certainement impossibilit\u00e9 de laisser partir l\u2019objet parce qu\u2019on n\u2019a pas r\u00e9gl\u00e9 ses comptes avec lui et qu\u2019il est important de les r\u00e9gler, \u00e0 travers justement ce qui va se passer dans l\u2019organisation d\u00e9pressive. C\u2019est-\u00e0 dire que le Moi va prendre la place de l\u2019objet perdu, et c\u2019est l\u00e0 un des m\u00e9canismes les plus int\u00e9ressants que le Moi en vienne \u00e0 se mutiler pour remplacer l\u2019objet perdu et pour permettre ce r\u00e8glement de compte diff\u00e9r\u00e9 qui a pour th\u00e9\u00e2tre la m\u00e9lancolie. On le comprend, la d\u00e9pression n\u2019est pas seulement une cat\u00e9gorie nosographique, c\u2019est \u00e0 la fois une maladie et une cat\u00e9gorie existentielle qui nous concerne tous.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9718?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce dont je vais essayer de parler aujourd\u2019hui sur la d\u00e9pression concerne des questions qui ont toujours \u00e9t\u00e9 pour moi lancinantes et pour lesquelles je n\u2019avais et n\u2019ai toujours pas trouv\u00e9 de solutions dont je sois s\u00fbr. 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