{"id":9716,"date":"2021-08-22T07:30:32","date_gmt":"2021-08-22T05:30:32","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/lanalyste-winnicott-2\/"},"modified":"2021-10-24T20:48:37","modified_gmt":"2021-10-24T18:48:37","slug":"lanalyste-winnicott","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/lanalyste-winnicott\/","title":{"rendered":"L&rsquo;analyste Winnicott"},"content":{"rendered":"\n<p>Ce colloque t\u00e9moigne de la place qu\u2019occupe aujourd\u2019hui Winnicott et son \u0153uvre dans la psychanalyse en France. Mais que les \u00e9crits de Winnicott soient devenus une lecture tr\u00e8s partag\u00e9e ne signifie \u00e9videmment pas que nous partagions tous le m\u00eame Winnicott. Ce que font nos lectures, nos interpr\u00e9tations d\u2019une \u0153uvre, compte autant que cette \u0153uvre elle-m\u00eame. \u00c0 l\u2019origine de mon intervention d\u2019aujourd\u2019hui, un peu comme un pr\u00e9texte, se trouve un bref \u00e9change avec une coll\u00e8gue se d\u00e9finissant elle-m\u00eame comme \u00ab psychoth\u00e9rapeute winnicottienne \u00bb. Elle entendait par l\u00e0, pas simplement un choix th\u00e9orique, mais une fa\u00e7on de sp\u00e9cifier sa fa\u00e7on de travailler. Qu\u2019elle dise \u00ab psychoth\u00e9rapeute \u00bb et non psychanalyste \u00e9tait bien s\u00fbr une premi\u00e8re indication. La suite fut sans surprise : l\u2019accent mis sur le <em>holding<\/em> du patient, une attitude contenante, accompagnante, bref une identification \u00e0 la <em>good enough mother<\/em>, \u00e9lev\u00e9e au rang de paradigme technique.<\/p>\n\n\n\n<p>Que le patient identifie son psy (th\u00e9rapeute ou analyste) \u00e0 la m\u00e8re assez bonne, c\u2019est son affaire, l\u2019affaire du transfert, mais que le psy d\u00e9cide d\u2019incarner activement cette figure, de r\u00e9pondre \u00e0 ce qu\u2019il imagine \u00eatre l\u2019attente du patient, c\u2019est \u00e9videmment autre chose. Il serait cependant inexact, ici, de limiter cette attitude psychoth\u00e9rapique \u00e0 la \u00ab descendance \u00bb de Winnicott. Le premier \u00e0 la revendiquer est Ferenczi : \u00ab La m\u00e9thode que j\u2019emploie avec mes analysants consiste \u00e0 les \u00ab g\u00e2ter \u00bb. Sacrifiant toute consid\u00e9ration quant \u00e0 son propre confort, on c\u00e8de autant que possible aux d\u00e9sirs et impulsions affectives. On prolonge la s\u00e9ance le temps n\u00e9cessaire pour pouvoir aplanir les \u00e9motions suscit\u00e9es par le mat\u00e9riel ; on ne l\u00e2che pas le patient avant d\u2019avoir r\u00e9solu, dans le sens d\u2019une conciliation, les conflits in\u00e9vitables dans la situation analytique, en clarifiant les malentendus, et en remontant au v\u00e9cu infantile. On proc\u00e8de donc un peu \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une m\u00e8re tendre, qui n\u2019ira pas se coucher le soir avant d\u2019avoir discut\u00e9 \u00e0 fond, avec son enfant, et r\u00e9gl\u00e9, dans un sens d\u2019apaisement, tous les soucis grands et petits, peurs, intentions hostiles et probl\u00e8mes de conscience rest\u00e9s en suspens.<sup>1<\/sup>\u00bb Mais, parce que Ferenczi est un personnage tragique, il fait lui-m\u00eame le constat des nouvelles difficult\u00e9s auxquelles le m\u00e8nent ses innovations : quand il attendait de la nouveaut\u00e9 technique un raccourcissement \u00ab substantiel \u00bb de l\u2019analyse, c\u2019est l\u2019inverse qui se produit. C\u2019est que <em>l\u2019app\u00e9tit vient en mangeant<\/em><sup>2<\/sup>, \u00ab le patient devenu enfant se montre de plus en plus exigeant, retarde de plus en plus l\u2019apparition de la situation de r\u00e9conciliation, pour \u00e9viter de se retrouver seul, pour \u00e9chapper au sentiment de ne pas \u00eatre aim\u00e9. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cette derni\u00e8re phrase de Ferenczi est porteuse d\u2019une confusion lourde de cons\u00e9quence : il n\u2019y a jamais d\u2019enfant sur un divan, un <em>infantile<\/em> oui, et parfois de l\u2019infantile tr\u00e8s infantile. L\u2019infantile, certes, plonge ses racines dans l\u2019enfance, mais il ne se confond pas avec elle. L\u2019enfance est au pass\u00e9, l\u2019infantile est au pr\u00e9sent, il est <em>ce qui ne passe pas<\/em> (Pontalis) et s\u2019empare du transfert pour prendre acte. R\u00e9pondre \u00e0 l\u2019infantile comme on r\u00e9pond \u00e0 un enfant est un v\u00e9ritable contresens, qui fait notamment l\u2019impasse sur ce que r\u00e9gression veut dire.<\/p>\n\n\n\n<p>Retour \u00e0 Winnicott. On ne peut cr\u00e9er ce personnage du \u00ab psy winnicottien \u00bb, sorte de m\u00e8re auxiliaire, qu\u2019en isolant ce qui peut appara\u00eetre chez Winnicott comme des indications techniques, une mani\u00e8re de diriger la cure sur le mod\u00e8le du maternage. Il est possible qu\u2019un certain \u0153cum\u00e9nisme autour de Winnicott soit ins\u00e9parable d\u2019une restriction, \u00e0 la fois de son personnage et de son \u0153uvre, \u00e0 la <em>good enough mother<\/em> ; restriction qui laisse de c\u00f4t\u00e9 et la sexualit\u00e9 et la destructivit\u00e9. Quand elle \u00e9voque certains signes de maternage chez son analyste, Winnicott, Margaret Little mentionne notamment la fa\u00e7on dont il pouvait lui tenir la main dans des moments de r\u00e9gression intense. Mais lorsque Winnicott cette fois, dans sa correspondance, commente cette m\u00eame s\u00e9quence, il pr\u00e9cise : \u00ab c\u2019est comme si \u00e0 ce moment-l\u00e0 je disais \u00e0 ma patiente qu\u2019elle \u00e9tait folle \u00bb. Une \u00ab folle \u00bb, et non pas une enfant\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>On devine qu\u2019un article comme <em>La haine dans le contre-transfert<\/em><sup>3<\/sup> ne doit pas faire partie des articles de chevet de la coll\u00e8gue winnicottienne en question. Ce n\u2019est pas \u00e0 Winnicott que l\u2019id\u00e9e serait venue d\u2019une relation de la m\u00e8re \u00e0 l\u2019enfant &#8211; au fils, dit Freud -qui serait d\u00e9pourvue d\u2019ambivalence. \u00c0 l\u2019inverse, Winnicott excelle dans l\u2019inventaire des petits riens de la haine \u00ab objective \u00bb : la m\u00e8re hait l\u2019enfant parce qu\u2019il n\u2019est pas l\u2019enfant qu\u2019elle avait imagin\u00e9 dans ses jeux d\u2019enfance ; parce qu\u2019il est cruel, la traite comme moins que rien, en domestique sans gages, en esclave ; elle le hait parce qu\u2019elle doit l\u2019aimer, lui, ses excr\u00e9ments, et tout le reste ; apr\u00e8s une matin\u00e9e \u00e9pouvantable en sa compagnie, o\u00f9 elle l\u2019aurait bien envoy\u00e9 au diable, elle sort et il sourit au premier \u00e9tranger venu : \u00ab Comme il est mignon ! \u00bb ; elle le hait parce qu\u2019elle sait que si elle lui fait d\u00e9faut un instant, il lui fera payer pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9 ; elle le hait parce qu\u2019il l\u2019excite et la frustre : elle ne doit pas le manger ni avoir avec lui un \u00ab commerce sexuel \u00bb. Winnicott retrouve sans peine les indices de cette haine \u00ab objective \u00bb dans les tenants de la situation psychanalytique : l\u2019analyste a d\u2019autres patients, il met fin \u00e0 la s\u00e9ance, il ne r\u00e9pond pas quand on lui parle, il se fait payer, il interpr\u00e8te, il fait son m\u00e9tier\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Winnicott, pas plus qu\u2019un autre, n\u2019embrasse dans sa th\u00e9orie la totalit\u00e9 de la vie psychique. Il y a notamment tout ce que sa r\u00e9flexion laisse d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment de c\u00f4t\u00e9, tout le versant psycho-n\u00e9vrotique. Pour ceux-l\u00e0, dit Winnicott, pour les n\u00e9vros\u00e9s, Freud a dit l\u2019essentiel, et je suis d\u2019accord avec lui. Le patient prototypique de Freud est \u00e0 l\u2019image de l\u2019enfant du <em>fort \/ da<\/em>, du jeu \u00e0 la bobine. C\u2019est un enfant qui dispose de la capacit\u00e9 d\u2019\u00eatre seul en pr\u00e9sence de son grand-p\u00e8re, de sa m\u00e8re ou de son analyste. Il ne s\u2019ennuie pas, il ne se contente pas de remplir le vide laiss\u00e9 par le d\u00e9part de sa m\u00e8re, il se venge, il se joue de son absence ; la m\u00e8re devient bobine, et l\u2019alternance <em>fort \/ da<\/em> reproduit celle de la possession et de la perte. L\u2019absence n\u2019est pas la mort, c\u2019est au contraire la vie du d\u00e9sir, ce qui est parti reviendra. Cet enfant-l\u00e0 peut penser \u00ab ma m\u00e8re est \/ absente \u00bb, il peut maintenir l\u2019\u00eatre sur fond de non-\u00eatre, sans s\u2019en trouver d\u00e9truit. L\u2019absence de la m\u00e8re est pour lui le d\u00e9but du jeu et de la symbolisation, en m\u00eame temps que de l\u2019accomplissement d\u2019un fantasme. La probl\u00e9matique oedipienne ne demande qu\u2019\u00e0 prendre le relais : la m\u00e8re est partie, pour rejoindre qui ?<\/p>\n\n\n\n<p>Le patient prototypique de Winnicott est \u00e0 l\u2019image de l\u2019enfant \u00e0 la ficelle, une ficelle en forme de cordon ombilical avec laquelle il attache tout ce qu\u2019il trouve et que jamais il ne l\u00e2che. La bobine est un jeu, pas la ficelle. On devine que la m\u00e8re de l\u2019enfant du <em>fort\/da<\/em> a d\u00fb jouer avec son fils \u00e0 se faire dispara\u00eetre, \u00e0 s\u2019absenter en cachant son visage de ses deux mains avant de r\u00e9appara\u00eetre : \u00ab coucou me voil\u00e0 \u00bb. La m\u00e8re de l\u2019enfant \u00e0 la ficelle est d\u00e9pressive, elle ne joue pas, ou elle ne joue plus. Freud, Winnicott ne contemplent pas Psych\u00e9 du m\u00eame promontoire. Le nourrisson de la m\u00e8re freudienne est un \u00ab objet sexuel \u00e0 part enti\u00e8re \u00bb, celui de la m\u00e8re winnicottienne est un \u00ab b\u00e9b\u00e9 qui n\u2019existe pas \u00bb. Entendez qui n\u2019existe pas seul, un b\u00e9b\u00e9 dont la vie ne tient qu\u2019\u00e0 un fil, un fil ou une ficelle que la m\u00e8re ne doit jamais compl\u00e8tement l\u00e2cher. La folie freudienne, quand elle d\u00e9borde, est excessive comme l\u2019hyst\u00e9rie, la folie winnicottienne est plut\u00f4t lugubre comme la d\u00e9pression. Winnicott \u00e9crit cette phrase sinistre : \u00ab Aucune m\u00e8re n\u2019est capable \u00e0 100% de produire en fantasme tout un b\u00e9b\u00e9 vivant.<sup>4<\/sup> \u00bb La m\u00e8re folle, version Winnicott, l\u00e2che son b\u00e9b\u00e9, ou simplement le porte mal, ou oublie de le porter. Et son enfant, la nuit, r\u00eave (cauchemarde) d\u2019une chute dans un abysse sans fond. La m\u00e8re folle version Freud couvre son enfant de baisers, \u00e0 moins, comme celle du petit Hans, qu\u2019elle n\u2019emporte avec elle son enfant partout o\u00f9 elle va : dans son lit, aux toilettes. Et la nuit, cet enfant r\u00eave d\u2019un monstre qui surgit du volcan. Dans les deux cas, le r\u00eave peut se r\u00e9p\u00e9ter, g\u00e2cher les nuits, rendre l\u2019endormissement difficile. Le traitement psychique des deux situations est un v\u00e9ritable travail, une affaire de temps. Il reste que des deux bambins, le second, celui que la m\u00e8re s\u00e9duit et excite, celui qui r\u00eave de volcan, a quelque chance de devenir volcanologue ; quand le premier en revanche, celui des ab\u00eemes sans fond, ne deviendra jamais plongeur sous-marin. Il ferait d\u00e9j\u00e0 beau qu\u2019il apprenne \u00e0 nager. Il arrive au psychanalyste que je suis d\u2019avoir des id\u00e9es un peu bizarres, des id\u00e9es de ma\u00eetre-nageur, du genre : l\u2019analyse sera termin\u00e9e le jour o\u00f9 il o\u00f9 elle saura plonger, le jour o\u00f9 il ou elle pourra nager l\u00e0 o\u00f9 on n\u2019a plus pied\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Toute th\u00e9orie tend vers une g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 qui d\u00e9borde l\u2019exp\u00e9rience o\u00f9 elle prend sa source, et Winnicott, qui reprend \u00e0 son compte l\u2019expression de \u00ab nature humaine \u00bb, n\u2019y \u00e9chappe pas. Mais en m\u00eame temps on perd le sens original de ses \u00e9laborations si l\u2019on n\u00e9glige son ancrage sp\u00e9cifique dans la clinique des patients <em>borderline<\/em>. Il n\u2019y a pas une seule notion invent\u00e9e par Winnicott qui ne prenne l\u00e0 sa source. Il prend d\u2019ailleurs lui-m\u00eame le soin de le pr\u00e9ciser : \u00ab l\u2019\u00e9tude la plus convaincante des besoins de la tr\u00e8s petite enfance vient des observations pratiqu\u00e9es sur des patients en analyse qui ont r\u00e9gress\u00e9 au cours de la cure. Dans ma propre exp\u00e9rience, j\u2019ai le plus appris en observant la r\u00e9gression continue suivie de progression dans les cas&nbsp;<em>borderline<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire chez des individus qui doivent au cours du traitement atteindre en eux-m\u00eames une pathologie psychotique. \u00bb Un exemple, la question que se pose Winnicott dans l\u2019article sur le visage de la m\u00e8re, premier miroir : Que voit le b\u00e9b\u00e9 en m\u00eame temps qu\u2019il t\u00e8te le sein ? Winnicott a \u00e9t\u00e9 p\u00e9diatre, psychoth\u00e9rapeute d\u2019enfants, et pourtant ce n\u2019est pas \u00e0 partir de ces exp\u00e9riences qu\u2019il propose une r\u00e9ponse : \u00ab Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, \u00e9crit-il, nous devons faire appel \u00e0 notre exp\u00e9rience avec les analys\u00e9s qui font retour \u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes tr\u00e8s pr\u00e9coces, impossibles \u00e0 verbaliser sans porter atteinte \u00e0 la d\u00e9licatesse de ce qui est pr\u00e9-verbal.\u202f<sup>5<\/sup>\u00bb. On pourrait dire la m\u00eame chose de la <em>good enough mother<\/em>. Personne ne l\u2019a jamais vue, ce n\u2019est pas une donn\u00e9e d\u2019observation, c\u2019est une construction de Winnicott \u00e0 partir de sa clinique. Comme Freud, Winnicott va du pathologique au normal, des d\u00e9faillances (<em>failures<\/em>) du <em>holding<\/em> \u00e0 la construction th\u00e9orique d\u2019une \u00ab m\u00e8re suffisamment bonne \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Reste \u00e0 se demander dans quelle mesure ces lectures contestables de la pens\u00e9e de Winnicott ne trouvent pas chez lui, malgr\u00e9 tout, un appui. Ses apports sont multiples, et m\u00eame si la sexualit\u00e9 infantile n\u2019est pas l\u2019objet central de son attention, il apporte, sur ce terrain y compris, une contribution d\u00e9cisive avec les ph\u00e9nom\u00e8nes transitionnels ou sa r\u00e9flexion sur le jeu. Mais c\u2019est n\u00e9anmoins en marge du sexuel, du pulsionnel, que Winnicott esp\u00e8re apporter du nouveau. Lors d\u2019une conf\u00e9rence donn\u00e9e par Enyd Balint, celle-ci croit citer Winnicott en parlant de la \u00ab r\u00e9gression \u00e0 la d\u00e9pendance orale \u00bb. Le soir m\u00eame Winnicott prend sa plume et \u00e9crit \u00e0 la femme de Balint : si vous me citez faites-le sans me trahir, j\u2019ai soigneusement cherch\u00e9 \u00e0 distinguer une \u00ab r\u00e9gression \u00e0 la d\u00e9pendance \u00bb des formes pulsionnelles de la r\u00e9gression. Derri\u00e8re Enyd Balint, on devine M\u00e9lanie Klein, et son tout-pulsionnel, dont Winnicott cherche pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 s\u2019\u00e9carter. Comment nommer cette topique psychique typiquement winnicottienne pour laquelle le mot de <em>holding<\/em> a valeur embl\u00e9matique ? Il me semble que c\u2019est le mot \u00ab \u00eatre \u00bb, <em>being<\/em> dans la langue de Winnicott, qui en serait l\u2019appellation g\u00e9n\u00e9rale la plus exacte. Mot obscur, plus ph\u00e9nom\u00e9nologique que psy-chanalytique, qui condense le vital et le narcissique, sans tr\u00e8s bien savoir o\u00f9 finit l\u2019un et ou commence l\u2019autre. Ce registre fait-il partie int\u00e9grante de l\u2019exp\u00e9rience psychanalytique ou en borde-t-il la manifestation de l\u2019ext\u00e9rieur ? Le passage, chez Freud, de la premi\u00e8re \u00e0 la deuxi\u00e8me topique efface, sinon annule, le registre de l\u2019auto-conservation. Winnicott le r\u00e9tablit, mais au prix d\u2019une modification d\u00e9cisive. La conservation de la vie n\u2019est pas auto, \u00ab un b\u00e9b\u00e9 \u00e7a n\u2019existe pas seul \u00bb, l\u2019intersubjectivit\u00e9 est originaire. Ce qui est vrai sur le versant libidinal (le premier d\u00e9sir est le d\u00e9sir de l\u2019autre), l\u2019est aussi sur le plan vital : la vie est donn\u00e9e, permise et prot\u00e9g\u00e9e, elle est <em>holding<\/em> et <em>handling<\/em> avant d\u2019\u00eatre auto-conserv\u00e9e. Cette vie-l\u00e0 a sa propre instance, son repr\u00e9sentant : le <em>self<\/em> (le soi-m\u00eame). La temporalit\u00e9 de celui-ci est davantage la maturation que l\u2019apr\u00e8s-coup &#8211; si caract\u00e9ristique du rythme de la vie libidinale. Le <em>self<\/em> \u00ab <em>is not the ego, is the person who is me<\/em> \u00bb. \u00c0 partir de l\u00e0 on peut sortir de la psychanalyse, ou y rester, les deux voies sont ouvertes. La voie de sortie a \u00e9t\u00e9 emprunt\u00e9e par Bowlby et la psychologie de l\u2019attachement, ou encore par l\u2019haptonomie (et par notre coll\u00e8gue, psychoth\u00e9rapeute winnicottienne) ; elle consiste \u00e0 isoler sous le registre du <em>self<\/em> un \u00eatre, un <em>baby<\/em>, qui souffre de carences auxquelles un th\u00e9rapeute peut esp\u00e9rer apporter, par ses soins et son souci, ce qui a fait d\u00e9faut. La voie psychanalytique, indiscutablement celle suivie par Winnicott, consiste \u00e0 r\u00e9introduire l\u2019inconscient dans la d\u00e9finition du <em>self<\/em> lui-m\u00eame : \u00ab <em>The self essentially recognises itself in the eyes and facial expression of the mother and in the mirror which can come to represent the mother\u2019s face.<\/em> \u00bb Comment l\u2019expression du visage de la m\u00e8re, cette fen\u00eatre de l\u2019\u00e2me, pourrait-elle rester indemne des effets de l\u2019inconscient en elle ? La d\u00e9finition du <em>self<\/em> se brouille, m\u00e9lange inextricablement le vital et le libidinal. Par l\u00e0 m\u00eame la psychanalyse reprend espoir, celui de pouvoir d\u00e9nicher la vie dans le vide, le d\u00e9sir dans le rien, le sexuel dans le vital.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand Freud commente le jeu de l\u2019enfant \u00e0 la bobine, pas un mot sur le sexuel infantile pourtant omnipr\u00e9sent. Tout son int\u00e9r\u00eat se porte vers la contrainte de r\u00e9p\u00e9tition et le traitement par le jeu du trauma. Le sexuel, ses repr\u00e9sentations, n\u2019est plus l\u2019objet du psychanalyste (ce qui aurait certainement \u00e9t\u00e9 le cas si ce jeu avait \u00e9t\u00e9 comment\u00e9 dans les <em>Trois essais<\/em>). La repr\u00e9sentation sexuelle a c\u00e9d\u00e9 le pas au <em>travail du sexuel<\/em>, qui gr\u00e2ce \u00e0 sa plasticit\u00e9, \u00e0 sa capacit\u00e9 de transformation, \u00e0 son pouvoir d\u2019animation permet de faire triompher l\u2019excitation contre la possible d\u00e9pression. Ce n\u2019est pas par hasard si le jeu, le <em>playing<\/em>, est une notion essentielle aussi bien de la th\u00e9orie que de la pratique winnicottienne. Le patient <em>borderline<\/em> de Winnicott est pr\u00e9cis\u00e9ment un patient qui ne joue pas, ne joue plus, un patient dont la plasticit\u00e9 psychique est en berne. Dans quelle mesure les inventions pratiques de Winnicott, celles dont t\u00e9moigne Margaret Little par exemple, ne sont-elles pas une fa\u00e7on de r\u00e9introduire un sexuel infantile trop absent, une fa\u00e7on de jouer de la psychanalyse comme sc\u00e8ne de s\u00e9duction ? La sc\u00e8ne winnicottienne de s\u00e9duction par excellence est l\u2019offre du <em>squiggle<\/em> (ici avec les enfants, mais dont on peut en \u00e9largir le paradigme \u00e0 la pratique psychanalytique dans son ensemble).<\/p>\n\n\n\n<p>Rachel est une jeune femme qui t\u00e9moigne \u00e0 chaque s\u00e9ance de son impossibilit\u00e9 \u00e0 verbaliser comme de la d\u00e9licatesse du mat\u00e9riel pr\u00e9-verbal. Je la re\u00e7ois plusieurs fois par semaine en face \u00e0 face, l\u2019id\u00e9e de l\u2019abandonner sur le divan ne me serait pas venue. \u00ab Je suis toujours avant ou apr\u00e8s, je suis rarement l\u00e0 \u00bb, dit-elle. Ses doigts retiennent ensemble les cheveux qui masquent son visage, les enroulent, semblent vouloir les tresser, mais ils ne veulent rien, seulement s\u2019occuper. Ses yeux pleurent, sans aller jusqu\u2019\u00e0 former des larmes. Rachel peut rester ainsi, comme enroul\u00e9e sur elle-m\u00eame, dans un silence qui ne tait rien, le temps infini d\u2019une s\u00e9ance. Plus que jamais, le patient et la patience forment le couple de l\u2019analyse. Moment o\u00f9 les fronti\u00e8res du dispositif se confondent, peut-\u00eatre se r\u00e9duisent, \u00e0 la continuit\u00e9 psychique de l\u2019analyste.<\/p>\n\n\n\n<p>Un jour, \u00e0 peine arriv\u00e9e, \u00e0 peine assise, plus douloureuse encore que d\u2019habitude, elle se l\u00e8ve pour partir. D\u2019un geste, je l\u2019invite \u00e0 rester\u2026 \u00ab C\u2019\u00e9tait pour voir si vous alliez faire quelque chose \u00bb. Elle encha\u00eene en \u00e9voquant un souvenir d\u2019enfance, moment de rem\u00e9moration tout \u00e0 fait exceptionnel chez elle, tant l\u2019association, le jeu de la pens\u00e9e lui font ordinairement d\u00e9faut. Elle est assise \u00e0 la table de la cuisine, c\u2019est un jour de printemps et de campagne, la porte ouverte sur le jardin. La maison est bruyante, tout le monde est l\u00e0, tous les proches, parents fr\u00e8res et s\u0153urs. Devant elle on a pos\u00e9 le coquetier et son \u0153uf. Elle commence \u00e0 en briser la coquille. L\u2019entreprise est d\u00e9licate, tout un art, depuis la pr\u00e9paration des mouillettes jusqu\u2019au geste retenu de la cuill\u00e8re, \u00e9viter que l\u2019\u00e9clat du calcaire ne se m\u00eale au blanc, et le blanc au jaune. Elle casse. Sans l\u2019avoir d\u00e9cid\u00e9, sans vouloir, le geste ne se retient plus, la cuill\u00e8re abandonn\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame \u00e9crase, \u00e9crabouille. Le coquetier d\u00e9gouline de ce qui n\u2019est plus qu\u2019une informe mixture, immangeable.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle reste l\u00e0, le coude sur la table, la t\u00eate \u00e0 l\u2019oblique dans le creux de la main, les cheveux sur les yeux ; longtemps, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du temps, comme dans les s\u00e9ances. On passe et repasse pr\u00e8s d\u2019elle, personne ne s\u2019aper\u00e7oit de rien, personne ne voit, ne la voit. Personne n\u2019entend le cri qu\u2019elle ne pousse pas. Elle est l\u00e0, pour personne. Les proches sont loin. Se lever inopin\u00e9ment de sa chaise, faire le geste de partir dans l\u2019espoir d\u2019\u00eatre retenue, ce geste Rachel l\u2019a dans sa vie maintes fois tent\u00e9. \u00c0 l\u2019adolescence notamment, \u00e2ge d\u00e9linquant par excellence, elle avait couru tous les dangers, ou presque. Jusqu\u2019\u00e0 la seringue et sa manie &#8211; \u00e0 laquelle seule l\u2019intervention d\u2019un ami de la famille, d\u2019un membre ext\u00e9rieur, lui avait permis de r\u00e9chapper. Tout cela en vain, il ne suffit pas pour faire une \u00ab crise d\u2019adolescence \u00bb de prendre tous les risques, pour qu\u2019il y ait <em>crise<\/em>, que la crise soit un d\u00e9fi, encore faut-il que quelqu\u2019un s\u2019en aper\u00e7oive.<\/p>\n\n\n\n<p>Du suicide elle connaissait plus que la pens\u00e9e. En une occasion au moins, elle l\u2019avait c\u00f4toy\u00e9 de pr\u00e8s. La fen\u00eatre \u00e9tait ouverte, elle allait en franchir le seuil, rencontrer le vide. Un instant d\u2019intimit\u00e9 l\u2019avait retenue, la vue d\u2019un objet familier, le piano dans la chambre et l\u2019image des longues heures avec lui partag\u00e9es. Une touche suffisait pour que sans d\u00e9lai il r\u00e9ponde. Le massacre de son \u0153uf \u00e0 la coque par Rachel est tout sauf un jeu. La destructivit\u00e9 l\u2019emporte. Tout cela ne va sans doute pas sans sadisme, mais le sadique a besoin de maintenir en vie sa victime ; casser l\u2019\u0153uf, certes, mais au bout du compte pouvoir le d\u00e9guster. Le jeu \u00e0 la bobine produit des formes, quand c\u2019est par l\u2019informe que se conclut le geste de Rachel. La bobine est jetable un nombre infini de fois (une bobine de perdue, dix de retrouv\u00e9es), l\u2019\u0153uf est massacr\u00e9, une fois pour toutes.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans quelle mesure pourtant, lorsque Rachel se l\u00e8ve afin de voir si je vais faire quelque chose, n\u2019est-elle pas en train d\u2019inventer le d\u00e9but d\u2019un jeu ? Son d\u00e9part contient l\u2019espoir transf\u00e9rentiel d\u2019un \u00ab retiens-moi \u00bb. On touche ici \u00e0 une question essentielle, celle de la s\u00e9duction de la sc\u00e8ne analytique et de l\u2019auto-\u00e9rotisme du transfert. C\u2019est sur fond de premi\u00e8re topique et de d\u00e9couverte de la sexualit\u00e9 infantile que la psychanalyse prend naissance, en m\u00e9thode, en pratique et en th\u00e9orie. Comment pourrait-elle ne pas porter la trace ind\u00e9l\u00e9bile de ce lieu de naissance ? \u00ab La sexualit\u00e9 infantile ne peut \u00eatre qu\u2019hors de propos et sans signification aucune tant que l\u2019on est pas assur\u00e9 de sa propre existence, de sa survie et de son identit\u00e9 \u00bb, \u00e9crit Margaret Little dans le t\u00e9moignage de son analyse avec Winnicott. Mais tout son texte dit le contraire, v\u00e9ritable d\u00e9claration d\u2019amour de transfert non liquid\u00e9. J\u2019ai la conviction d\u2019une sexualit\u00e9 infantile <em>de<\/em> la psychanalyse, de son traitement, quand bien m\u00eame la r\u00e9p\u00e9tition puise sa source dans des traumas pr\u00e9coces autres que sexuels. Cette solidarit\u00e9 n\u2019est pas seulement historique, elle tient au fait que seules les pulsions sexuelles disposent de cette plasticit\u00e9 qui donne au changement quelque chance. Op\u00e9rateur du changement, alli\u00e9 de l\u2019auto-\u00e9rotisme, l\u2019apr\u00e8s-coup du transfert fait tomber dans l\u2019escarcelle du sexuel infantile ce qui s\u2019y d\u00e9robait, transformant une enfant n\u00e9glig\u00e9e en une enfant qui retient l\u2019attention. De cette transformation, le ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019apr\u00e8s-coup est l\u2019op\u00e9rateur et le transfert le vecteur. \u00c0 propos de ces r\u00eaves qui tentent de transformer en accomplissement de d\u00e9sir un mat\u00e9riel psychique traumatique non sexuel, Freud parle de \u00ab r\u00eaves de rattrapage \u00bb. Pourrait-on \u00e9galement parler de transfert de rattrapage ? J\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9, comme d\u2019autres, par le fait que Rachel et ses semblables engagent une analyse pour na\u00eetre enfin ; pour se d\u00e9gager d\u2019un imp\u00e9ratif surmo\u00efque dont le <em>diktat<\/em> s\u2019\u00e9nonce : \u00ab N\u2019existe pas ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>\u00ab Analyse d\u2019enfant avec des adultes \u00bb (1931), <em>Psychanalyse<\/em> IV, Payot, 1982, p .107.<\/li><li>En fran\u00e7ais dans le texte de Ferenczi, <em>Psychanalyse<\/em> IV, op.cit. p.108.<\/li><li>\u00ab La haine dans le contre-transfert \u00bb (1947), <em>De la p\u00e9diatrie \u00e0 la psychanalyse<\/em>, op.cit. p.80-81.<\/li><li>\u00ab Note sur la relation m\u00e8re-f\u0153tus \u00bb (1966), in <em>La crainte de l\u2019effondrement<\/em>, Gallimard, 2000, p.174.<\/li><li><em>Jeu et r\u00e9alit\u00e9<\/em>, op.cit. p.154.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9716?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce colloque t\u00e9moigne de la place qu\u2019occupe aujourd\u2019hui Winnicott et son \u0153uvre dans la psychanalyse en France. 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