{"id":9713,"date":"2021-08-22T07:30:32","date_gmt":"2021-08-22T05:30:32","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/transfert-et-separations-2\/"},"modified":"2021-10-03T09:52:44","modified_gmt":"2021-10-03T07:52:44","slug":"transfert-et-separations","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/transfert-et-separations\/","title":{"rendered":"Transfert et s\u00e9parations"},"content":{"rendered":"\n<p>C\u2019\u00e9tait la derni\u00e8re s\u00e9ance de Caroline, son analyse se terminait ce jour-l\u00e0, apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es pass\u00e9es sur le divan. Elle se l\u00e8ve, r\u00e8gle les derni\u00e8res s\u00e9ances, et au moment o\u00f9 nous allons comme de coutume, mais pour la derni\u00e8re fois, nous serrer la main sur le pas de la porte, elle dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;On ne va pas se quitter comme \u00e7a, on se fait la bise&nbsp;\u00bb, joignant aussit\u00f4t le geste \u00e0 la parole.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux ans plus tard, Caroline me demande un rendez-vous. Parmi les restes non-analys\u00e9s de cette cure, quelque chose s\u2019\u00e9tait jou\u00e9 autour des s\u00e9ances manqu\u00e9es et de leur paiement. Caroline s\u2019\u00e9tait toujours refus\u00e9 \u00e0 payer les s\u00e9ances qui co\u00efncidaient avec certaines f\u00eates anniversaires de sa tradition familiale, qu\u2019un fort sentiment de solidarit\u00e9 lui interdisait de manquer. J\u2019en avais pour ma part toujours maintenu l\u2019exigence, sans que ce conflit ne trouve son issue pendant la cure, Caroline y trouvant surtout le moyen de transformer la sc\u00e8ne du transfert en sc\u00e8ne de m\u00e9nage. Faute d\u2019avoir pr\u00e9cis\u00e9ment compt\u00e9 les s\u00e9ances en question, c\u2019est le chiffre d\u2019une \u00ab&nbsp;dizaine&nbsp;\u00bb qui fixait entre nous la mesure du contentieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui faisait revenir Caroline deux ans plus tard, pour un unique entretien, c\u2019\u00e9tait la vive angoisse qu\u2019elle venait d\u2019\u00e9prouver dans une circonstance bien particuli\u00e8re. On lui avait vol\u00e9 dans son sac son portefeuille, et tout l\u2019argent qu\u2019il contenait. Quand elle a d\u00e9couvert le larcin, lui est spontan\u00e9ment venue cette association&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est l\u2019argent de Jacques Andr\u00e9&nbsp;!&nbsp;\u00bb Une sorte d\u2019auto-interpr\u00e9tation sauvage qui d\u00e9signait comme \u00ab&nbsp;vol\u00e9&nbsp;\u00bb un argent qu\u2019elle avait toujours affirm\u00e9 avec force ne pas devoir. Ce rendez-vous, c\u2019\u00e9tait donc pour me restituer l\u2019argent en question, celui de la \u00ab&nbsp;dizaine&nbsp;\u00bb de s\u00e9ances\u2026 Sauf, dit-elle, qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas s\u00fbre que j\u2019accepterais, elle n\u2019avait donc apport\u00e9 que la moiti\u00e9 de la somme&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Reverrais-je un jour Caroline et l\u2019argent manquant&nbsp;? Difficile \u00e0 pr\u00e9voir, mais ce n\u2019est pas le plus probable, tant ce reste entre nous est moins une dette qu\u2019un trait d\u2019union, un trait d\u2019anti-s\u00e9paration\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Une ancienne traduction de Freud, \u00e9voquant la fin de l\u2019analyse et le destin du transfert \u00e0 cette heure terminale, sugg\u00e9rait qu\u2019il devait \u00eatre <em>liquid\u00e9<\/em>&nbsp;! Le mot en fran\u00e7ais sonne curieusement, il a les accents du meurtre. La chose s\u2019entend parfois avec simplicit\u00e9, \u00e0 l\u2019image de cet homme qui \u00e9voquait une premi\u00e8re psychanalyse termin\u00e9e depuis pas mal d\u2019ann\u00e9es, et qui crut bon de pr\u00e9ciser&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai mis fin \u00e0 mon analyse en accord avec mon analyste.&nbsp;\u00bb C\u2019est en tout cas ce qu\u2019il <em>voulut<\/em> dire. On conna\u00eet cette phrase aussi rassurante que convenue, qu\u2019il est \u00e9tonnant d\u2019entendre aussi dans la bouche de certains psychanalystes, commentant en ces termes la conclusion de leur analyse personnelle. Exit l\u2019ambivalence, l\u2019analyse devient enfin mutuelle, m\u00eame si ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re heure, la dissym\u00e9trie constitutive de la situation c\u00e8de la place \u00e0 une r\u00e9ciprocit\u00e9 qui se rapproche de l\u2019amiti\u00e9. Ce n\u2019est pas par hasard si c\u2019est Ferenczi qui d\u00e9crivait la fin de la cure comme le moment o\u00f9 se quittent \u00ab&nbsp;deux joyeux compagnons&nbsp;\u00bb. Donc, l\u2019homme <em>voulut<\/em> dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai mis fin \u00e0 mon analyse en accord\u2026&nbsp;\u00bb. Heureusement nous avons les lapsus, ceux-ci montrent souvent une app\u00e9tence particuli\u00e8re pour les phrases convenues, ces phrases d\u00e9j\u00e0 \u00e9crites, sans v\u00e9ritable auteur, que chacun \u00e2nonne quand l\u2019occasion se pr\u00e9sente. L\u00e0 o\u00f9 il allait formuler une pens\u00e9e consensuelle, c\u2019est au contraire la pointe d\u00e9rangeante du conflit qui fit soudain surface. Il dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai mis fin \u00e0 mon <em>analyste<\/em>\u2026 Non\u2026&nbsp;\u00bb Trop tard, le poignard venait de tomber et le meurtre d\u2019avoir lieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud, \u00e0 propos de la fin de la cure, formule donc les choses ainsi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dans le traitement analytique, le transfert est lui-m\u00eame objet du traitement et il est d\u00e9compos\u00e9 dans chacune de ses formes de manifestation. Au terme d\u2019une cure analytique, il faut que le transfert ait \u00e9t\u00e9 lui-m\u00eame\u2026 <em>abgetragen<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>1<\/sup>. De fa\u00e7on moins \u00ab&nbsp;argotique&nbsp;\u00bb que \u00ab&nbsp;liquid\u00e9&nbsp;\u00bb, la traduction d\u2019aujourd\u2019hui a choisi \u00ab&nbsp;d\u00e9blay\u00e9&nbsp;\u00bb. Du balai\u2026 c\u2019est moins radical, mais gu\u00e8re plus respectueux. Le meurtre a quand m\u00eame davantage d\u2019allure, il est plus fid\u00e8le \u00e0 l\u2019amour-haine de transfert d\u2019\u00eatre tu\u00e9 que simplement jet\u00e9. De \u00ab&nbsp;liquid\u00e9&nbsp;\u00bb \u00e0 \u00ab&nbsp;d\u00e9blay\u00e9&nbsp;\u00bb, on tombe de la trag\u00e9die au drame domestique. \u00ab&nbsp;<em>Abgetragen<\/em>&nbsp;\u00bb est un mot rare en allemand, son sens litt\u00e9ral est plus proche de <em>us\u00e9<\/em>\u2026 Charmante perspective, la cure \u00e0 l\u2019usure. \u00c0 l\u2019image de cet autre patient qui se demande sans trop y croire si son analyse prendra fin un jour&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est quand que vous partez \u00e0 la retraite&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La remarque freudienne comme quoi le transfert devrait \u00eatre \u00ab&nbsp;d\u00e9compos\u00e9 dans chacune de ses formes de manifestation&nbsp;\u00bb, rapproche ce travail de terminaison du travail de deuil. Le deuil est douleur, mais le travail de deuil, lui, est plus sp\u00e9cifiquement d\u00e9liaison, d\u00e9tachement&nbsp;; se d\u00e9faire du mort, voir le tuer une seconde fois (selon le mot de Lagache). Jusqu\u2019\u00e0 ce que la libido redevenue libre, puisse aimer \u00e0 nouveau. Faut-il penser qu\u2019il n\u2019ait d\u2019analyse v\u00e9ritablement termin\u00e9e que dans la mesure o\u00f9 le transfert a r\u00e9ussi \u00e0 actualiser la figure du meurtre, \u00e0 mener \u00e0 terme le mouvement du transfert n\u00e9gatif&nbsp;? L\u2019id\u00e9e sonne juste, et l\u2019on entend bien ce qu\u2019il y a de d\u00e9fensif (et d\u2019inanalys\u00e9) dans une formule comme \u00ab&nbsp;j\u2019ai mis fin \u00e0 mon analyse en accord avec mon analyste&nbsp;\u00bb. La difficult\u00e9 n\u2019est-elle que du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019analysant&nbsp;? Rien n\u2019est moins s\u00fbr. Ce n\u2019est pas toujours le patient qui a du mal \u00e0 terminer l\u2019analyse. Que l\u2019on songe \u00e0 cette version caricaturale de l\u2019angoisse de s\u00e9paration chez l\u2019analyste, qui lui fait proposer \u00e0 son patient, devenu lui-m\u00eame \u00ab&nbsp;psy&nbsp;\u00bb, d\u2019\u00eatre son premier superviseur.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019analyse de Caroline fait \u00e0 l\u2019\u00e9vidence partie de ces analyses qui prennent fin sans \u00eatre termin\u00e9es. La sc\u00e8ne conjugale du transfert a souvent \u00e9t\u00e9 agit\u00e9e, mais les coups de rouleaux \u00e0 p\u00e2tisserie ne sont pas des coups de poignard. Apr\u00e8s coup, je me formulerai ainsi la difficult\u00e9&nbsp;: l\u2019analyse lui avait permis, moins d\u2019affronter un p\u00e8re que d\u2019en <em>construire<\/em> la figure&nbsp;; il est difficile de demander \u00e0 une m\u00eame et seule analyse, \u00e0 la fois de faire exister, de rendre vivant, et en m\u00eame temps de tuer.<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque analyse voit la s\u00e9paration des deux protagonistes \u00e0 sa porte, celle du transfert et de ses modalit\u00e9s toujours originales. Le cas le plus int\u00e9ressant pour notre th\u00e8me d\u2019aujourd\u2019hui est certainement celui o\u00f9 la question de la s\u00e9paration constitue le c\u0153ur de la question, quand l\u2019impossibilit\u00e9 psychique \u00e0 se s\u00e9parer r\u00e8gne en ma\u00eetre sur la vie sexuelle, relationnelle et symptomatique du patient &#8211; l\u2019un des sympt\u00f4mes \u00e9tant parfois la multiplication des exp\u00e9riences de type \u00ab&nbsp;psy&nbsp;\u00bb, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019addiction&nbsp;; une boutade cynique faisait dire autrefois, \u00ab&nbsp;c\u2019est quoi un \u00e9tat-limite&nbsp;? Quelqu\u2019un qui a fait deux analyses et trois psychoth\u00e9rapies&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9fi lanc\u00e9 \u00e0 la psychanalyse pourrait se formuler ainsi&nbsp;: dans quelle mesure l\u2019exp\u00e9rience psychique de la cure peut-elle construire, \u00e9ventuellement cr\u00e9er, la capacit\u00e9 \u00e0 se s\u00e9parer l\u00e0 o\u00f9 celle-ci est d\u00e9faillante, voire non constitu\u00e9e&nbsp;? L\u2019acquisition de la s\u00e9paration r\u00e9sulte d\u2019une psychogen\u00e8se, celle-ci peut \u00e9chouer, tout ou en partie. La dynamique du transfert a-t-elle les moyens d\u2019y rem\u00e9dier&nbsp;? On devine que la r\u00e9ponse n\u2019est ni simplement positive, ni simplement n\u00e9gative, chaque analyste ayant l\u2019exp\u00e9rience des patients <em>borderline<\/em> pourrait certainement faire part \u00e0 cet endroit d\u2019une exp\u00e9rience contrast\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>La s\u00e9paration est en elle-m\u00eame une diff\u00e9renciation, une distinction, et comme tout processus de diff\u00e9renciation, elle repose sur la n\u00e9gation, voire sur l\u2019opposition&nbsp;: \u00ab&nbsp;Lui c\u2019est lui, moi c\u2019est moi&nbsp;\u00bb. Toute s\u00e9paration trace ou retrouve une fronti\u00e8re, une ligne de d\u00e9marcation. Cette solidarit\u00e9 de la s\u00e9paration et de la n\u00e9gation rappelle une \u00e9vidence&nbsp;: son processus n\u2019est pas primaire, il ne rel\u00e8ve pas du syst\u00e8me inconscient, quand bien m\u00eame il serait inconscient d\u2019un point de vue descriptif. Il en va de la s\u00e9paration comme de toute diff\u00e9rence, elle est contre l\u2019inconscient, contre ce lieu psychique qui ne conna\u00eet que le \u00ab&nbsp;oui&nbsp;\u00bb de l\u2019accomplissement de d\u00e9sir. La question de la diff\u00e9rence est un prisme qui permet un rapide inventaire des diff\u00e9rents choix psychopathologiques&nbsp;: la n\u00e9vrose est une pathologie du conflit, elle se situe au point d\u2019affrontement entre le \u00ab&nbsp;oui&nbsp;\u00bb de l\u2019inconscient, qui ne cherche que sa satisfaction, et le \u00ab&nbsp;non&nbsp;\u00bb des syst\u00e8mes sup\u00e9rieurs de la vie psychique, ceux qui veulent faire la diff\u00e9rence&nbsp;: \u00ab&nbsp;oui avec ma femme, non avec ma m\u00e8re&nbsp;\u00bb. Dans la n\u00e9vrose, les diff\u00e9rences sont conflictuelles. Mais il est d\u2019autres pathologies o\u00f9 l\u2019envahissement par les processus primaires se paie de diff\u00e9rences ignor\u00e9es ou d\u00e9ni\u00e9es. La perversion ne veut rien savoir de la diff\u00e9rence entre les sexes ou les g\u00e9n\u00e9rations&nbsp;; la psychose, de ce qui oppose le dehors et le dedans&nbsp;; la m\u00e9lancolie de ce qui d\u00e9marque les vivants des morts&nbsp;; l\u2019\u00e9tat-limite, de ce qui distingue l\u2019absence de la perte, la s\u00e9paration de la disparition.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019appellation <em>borderline<\/em> est paradoxale, puisqu\u2019elle renvoie pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 des configurations psychiques pour lesquelles le trac\u00e9 des fronti\u00e8res est incertain. Nul mieux que l\u2019analysant <em>borderline<\/em> confirme \u00e0 quel point la s\u00e9paration n\u2019est pas une exp\u00e9rience psychique donn\u00e9e \u00e0 tout le monde. Et pourtant\u2026 pourtant quelque chose de la s\u00e9paration fait bien partie des r\u00e9quisits de toute nouvelle vie humaine, au moins sous deux formes&nbsp;: d\u2019abord la naissance, qui op\u00e8re objectivement la toute premi\u00e8re s\u00e9paration&nbsp;; ensuite la relation \u00e0 l\u2019objet vital. Aucun nouveau-n\u00e9 affam\u00e9 ne baise ses propres l\u00e8vres, spontan\u00e9ment il cherche \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de lui-m\u00eame la source d\u2019apaisement du besoin. L\u2019objet vital est mammif\u00e8re, il est inn\u00e9. On peut ainsi faire l\u2019hypoth\u00e8se suivante&nbsp;: l\u00e0 o\u00f9 la s\u00e9paration (la capacit\u00e9 \u00e0 se s\u00e9parer) est acquise, elle s\u2019\u00e9taye sur des exp\u00e9riences primitives qui sont d\u2019abord biologiques et instinctuelles &#8211; \u00ab&nbsp;\u00e9tayage&nbsp;\u00bb est cependant un mot insuffisant, qui fait l\u2019impasse sur la complexit\u00e9 qui conduit et transforme du vital au psychique. Inversement, l\u00e0 o\u00f9 d\u00e9faille la capacit\u00e9 \u00e0 se s\u00e9parer, cela suppose que quelque chose ait \u00e9t\u00e9 endommag\u00e9 ou d\u00e9truit des conditions primitives inaugurales. D\u00e9truit par qui, par quoi, sinon par une r\u00e9ponse inappropri\u00e9e, violente, de l\u2019environnement humain, inconscient oblige.<\/p>\n\n\n\n<p>Disposer d\u2019une capacit\u00e9 psychique \u00e0 se s\u00e9parer n\u2019a jamais mis personne \u00e0 l\u2019abri de la violence d\u2019un d\u00e9chirement quand la mort d\u2019un proche ou une rupture amoureuse vient faire effraction dans une vie. La d\u00e9tresse de la s\u00e9paration est \u00e9galement au c\u0153ur de la probl\u00e9matique \u0153dipienne, \u00e0 travers le drame de l\u2019enfant tenu \u00e0 la porte de la chambre des parents. Les effets r\u00e9gressifs entra\u00een\u00e9s par la douleur des s\u00e9parations font l\u2019ordinaire de la vie psychique, \u00e0 l\u2019image de cette jeune patiente qui anticipe sur une rupture sentimentale \u00e0 venir toujours possible, en conservant par pr\u00e9caution des pots de b\u00e9b\u00e9 premier \u00e2ge dans son frigo. Aucun n\u00e9vros\u00e9, aussi \u00ab&nbsp;loyal&nbsp;\u00bb soit-il, n\u2019est compl\u00e8tement \u00e0 l\u2019abri d\u2019un moment \u00ab&nbsp;limite&nbsp;\u00bb, d\u00e9pressif ou addictif, \u00e0 l\u2019heure d\u2019une s\u00e9paration traumatique. Avant de pouvoir se dire \u00ab&nbsp;une de perdue dix de retrouv\u00e9es&nbsp;\u00bb, avant que l\u2019objet ne retrouve sa substituabilit\u00e9, nul ne peut faire l\u2019\u00e9conomie d\u2019un temps long de perlaboration du trauma. Reste que tout le monde n\u2019est pas log\u00e9 psychiquement \u00e0 la m\u00eame enseigne, sinon au regard des exp\u00e9riences historiques de s\u00e9paration, mais surtout \u00e0 l\u2019aune du traitement dont celles-ci font l\u2019objet.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 Freud lui-m\u00eame que l\u2019on doit le mod\u00e8le le plus convaincant de ce qu\u2019est un traitement psychique r\u00e9ussi de l\u2019exp\u00e9rience de s\u00e9paration. Parce que ce pauvre enfant du jeu \u00e0 la bobine<sup>2<\/sup> croule sous les gloses, je vais essayer de faire bref. Le jeu \u00e0 la bobine est un jeu de la s\u00e9paration, plus exactement une fa\u00e7on de <em>se jouer<\/em> d\u2019elle. Un jeu en quatre \u00e9pisodes. Parce que Pierre F\u00e9dida tenait beaucoup \u00e0 installer une m\u00e9lancolie g\u00e9n\u00e9rique au c\u0153ur de la vie psychique en g\u00e9n\u00e9ral, il a particuli\u00e8rement insist\u00e9 dans son livre, <em>L\u2019absence<\/em>, sur le premier temps. C\u2019est avant la bobine et la ficelle, avant la possibilit\u00e9 de faire revenir un objet qui, une fois lanc\u00e9, ne peut alors que dispara\u00eetre. Jeu de la <em>disparition<\/em> et non de la <em>s\u00e9paration<\/em>. L\u2019enfant jette tout ce qui lui tombe sous la main et, sans un adulte qui ramasse, il sera bient\u00f4t priv\u00e9 de munitions. \u00ab&nbsp;De l\u2019objet ou de l\u2019enfant qui le jette au loin, lequel dispara\u00eet&nbsp;?&nbsp;\u00bb<sup>3<\/sup>, se demande F\u00e9dida. La r\u00e9ponse est bien s\u00fbr dans la question. Ce premier jeu serait donc le jeu d\u2019un enfant qui joue sa propre disparition, sa propre mort, qui joue \u00e0 l\u2019enfant mort, tant il est vrai que cet enfant-l\u00e0 est pour la m\u00e8re l\u2019objet d\u2019un amour in\u00e9galable, irrempla\u00e7able. Comme si l\u2019enfant, par son jeu, allait \u00e0 la recherche de la m\u00e9lancolie maternelle, de ce lieu psychique en elle o\u00f9 l\u2019objet, tomb\u00e9 sur le moi, l\u2019envahit et le soumet sans reste. Lequel d\u2019entre nous n\u2019a pas imagin\u00e9 \u00eatre mort ou disparu pour faire enfin comprendre \u00e0 l\u2019aim\u00e9 \u00e0 quel point on lui est indispensable, \u00e0 quel point on est <em>l\u2019amour de sa vie<\/em>&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me s\u00e9quence du jeu est la plus connue, la plus comment\u00e9e, d\u2019abord par Freud, ensuite par Lacan, et par bien d\u2019autres \u00e0 leur suite&nbsp;: o-o-o-\u2026 a-a-a, <em>fort \/ da<\/em>, parti-revenu. Jeu \u00e0 la fois de la s\u00e9paration et de l\u2019absence. Ce jeu montre un enfant qui a triomph\u00e9 d\u2019une difficult\u00e9 psychique consid\u00e9rable et qui, en passant, invente le langage. La difficult\u00e9 est la suivante, elle remonte \u00e0 Platon et au <em>Sophiste<\/em>&nbsp;: y a-t-il un \u00eatre du non-\u00eatre&nbsp;? Comment la m\u00e8re, premier objet d\u2019amour, peut-elle continuer \u00e0 <em>\u00eatre<\/em> alors qu\u2019elle <em>n\u2019est pas<\/em> l\u00e0&nbsp;? La bobine condense les deux&nbsp;: la m\u00e8re pr\u00e9sente, la m\u00e8re absente, mais la m\u00e8re toujours. On sait quelles sont les conditions psychiques d\u2019un tel exploit&nbsp;: des processus fortement constitu\u00e9s d\u2019incorporation, d\u2019introjection, d\u2019identification, autant de fa\u00e7ons d\u2019<em>\u00eatre<\/em> ce que l\u2019on ne peut jamais compl\u00e8tement <em>avoir<\/em>. Absent en r\u00e9alit\u00e9, l\u2019objet d\u2019amour dispose d\u2019une r\u00e9manence int\u00e9rieure qui permet de faire face \u00e0 la s\u00e9paration, et de ne pas confondre celle-ci avec une disparition. En toile de fond, chacun peut rep\u00e9rer la probl\u00e9matique \u0153dipienne en train de se dessiner&nbsp;: la m\u00e8re est absente pour l\u2019enfant, pour qui est-elle pr\u00e9sente&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je voudrais insister sur un point particulier, cette s\u00e9quence de jeu est une exhibition \u00e0 ciel ouvert de la sexualit\u00e9 infantile&nbsp;: activit\u00e9, passivit\u00e9, sadisme, masochisme s\u2019en donnent \u00e0 c\u0153ur joie, l\u2019excitation incestueuse est \u00e0 son comble, le jeu r\u00e9alise un fantasme qui conjugue la possession et le meurtre et conduit l\u2019enfant, sinon \u00e0 l\u2019orgasme, au moins \u00e0 la jubilation. Mais ce n\u2019est pas du tout ce qui retient l\u2019attention de Freud, ni celle de Lacan. Or la pr\u00e9sence du sexuel infantile \u00e0 cet endroit, dans le r\u00f4le qui est le sien, est \u00e0 mon sens d\u2019une importance pratique, plus encore que th\u00e9orique, tout \u00e0 fait essentielle. Car c\u2019est bien le sexuel, sa plasticit\u00e9, qui permet de transformer une effraction traumatique, en elle-m\u00eame angoissante et destructrice, en un jeu tr\u00e8s excitant. Le sexuel, ici, n\u2019est pas le refoul\u00e9, il est du c\u00f4t\u00e9 du traitement psychique, au service de la transformation. Certes le jeu est r\u00e9p\u00e9tition, mais il est aussi r\u00e9p\u00e9tition de la satisfaction et pas seulement du trauma&nbsp;; il est plus la r\u00e9p\u00e9tition d\u2019une trouvaille, d\u2019une invention, que d\u2019une entrave. Le sexuel infantile (qu\u2019il ne faut pas simplement confondre avec \u00c9ros) ne dispara\u00eet pas du point de vue de la deuxi\u00e8me topique, mais lui aussi change de lieu. Il c\u00e8de sa place d\u2019inconscient par excellence aux pulsions de mort, il passe (en partie) du c\u00f4t\u00e9 du traitement psychique et des capacit\u00e9s plastiques de transformation et de sublimation, il est l\u2019op\u00e9rateur du changement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me \u00e9pisode du jeu correspond \u00e0 un moment o\u00f9 l\u2019enfant est laiss\u00e9 seul par sa m\u00e8re plus longtemps que d\u2019ordinaire. La quantit\u00e9 traumatique augmente, la possibilit\u00e9 d\u2019en venir \u00e0 bout par le jeu diminue. S\u00e9quence winnicottienne, si l\u2019on veut, qui met \u00e0 l\u2019\u00e9preuve la capacit\u00e9 de <em>playing<\/em> de l\u2019enfant. Comme notre bambin est tr\u00e8s dou\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire tr\u00e8s autonome, il invente une variante dans laquelle la libido narcissique prend le pas sur la libido d\u2019objet. Il passe du jeu de la s\u00e9paration au jeu de la disparition, de sa disparition, comme si l\u2019\u00e9loignement prolong\u00e9 de l\u2019objet aim\u00e9 mena\u00e7ait sa propre existence. \u00c0 quatre pattes devant une psych\u00e9, un miroir sur pied, il joue en se baissant-relevant \u00e0 se faire dispara\u00eetre-r\u00e9appara\u00eetre. La deuxi\u00e8me s\u00e9quence distinguait l\u2019enfant et la bobine, cette fois ils ne font plus qu\u2019un. L\u2019enfant ne dit plus <em>fort \/ da<\/em>, mais <em>B\u00e9b\u00e9 \/ fort<\/em>. Le moi du b\u00e9b\u00e9 est devenu l\u2019objet, ce que le narcissisme et son miroir veulent dire. Jeu de repli pour les jours difficiles. Le sexuel infantile est toujours \u00e0 l\u2019\u0153uvre, le risque est cependant celui d\u2019une perte de plasticit\u00e9, et donc de transformation. En effet, \u00e0 la diff\u00e9rence de l\u2019objet \u00e9tranger, le moi-objet n\u2019est pas substituable.<\/p>\n\n\n\n<p>Quatri\u00e8me s\u00e9quence. Elle est \u00e9voqu\u00e9e par Freud quelques ann\u00e9es plus tard, dans <em>Inhibition sympt\u00f4me et angoisse<\/em><sup>4<\/sup>, mais cette quatri\u00e8me s\u00e9quence pourrait bien \u00eatre la premi\u00e8re de toutes et la condition de possibilit\u00e9 de la construction du jeu et de son efficacit\u00e9, de sa capacit\u00e9 \u00e0 traiter l\u2019\u00e9v\u00e9nement traumatique. La premi\u00e8re s\u00e9quence \u00e9tait f\u00e9didienne, la seconde lacanienne (si l\u2019on met l\u2019accent sur l\u2019opposition signifiante et l\u2019invention de la symbolisation), la troisi\u00e8me winnicottienne, la quatri\u00e8me, et en r\u00e9alit\u00e9 premi\u00e8re, serait plut\u00f4t laplanchienne. Cette fois la m\u00e8re est l\u00e0, c\u2019est elle qui joue, elle joue pour son enfant, et en m\u00eame temps elle se joue de lui. Sc\u00e8ne de s\u00e9duction s\u2019il en est, sc\u00e8ne sexuelle \u00f4 combien, o\u00f9 la m\u00e8re prouve \u00e0 quel point elle est excitante et d\u00e9sirable. Le jeu \u00e9rotique adulte qui consiste \u00e0 s\u2019habiller, se d\u00e9shabiller sous le regard de l\u2019autre en conserve quelque chose. Se servant de ses deux mains jointes ou d\u2019un foulard, elle joue \u00e0 faire dispara\u00eetre\/r\u00e9appara\u00eetre son visage. \u00ab&nbsp;Coucou\u2026 me voil\u00e0&nbsp;\u00bb. \u00c0 noter qu\u2019aucune autre partie du corps ne ferait l\u2019affaire, seul le visage est \u00e0 m\u00eame de valoir pour le tout, \u00e0 m\u00eame de repr\u00e9senter l\u2019objet total. Toutes les m\u00e8res, loin de l\u00e0, ne sont pas capables de jouer \u00e0 un tel jeu, ne sont pas capables de mettre en sc\u00e8ne leur propre disparition, de transformer la souffrance de la s\u00e9paration en une \u00e9rotique de l\u2019absence. Un enfant peut-il jouer avec tant de plaisir \u00e0 la bobine s\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 sur cette voie par les jeux de mains de sa m\u00e8re&nbsp;? Les cures d\u2019enfant montrent \u00e0 sati\u00e9t\u00e9 \u00e0 quel point les autonomies d\u00e9faillantes prennent leur source dans les angoisses de s\u00e9paration maternelles. Derri\u00e8re un enfant qui ne peut pas l\u00e2cher sa m\u00e8re, qui ne peut pas se d\u00e9coller d\u2019elle, il y a une m\u00e8re qui n\u2019a pas tout \u00e0 fait <em>mis au monde<\/em> son enfant. Il ne suffit pas de sortir du ventre pour <em>na\u00eetre<\/em> &#8211; \u00ab&nbsp;s\u00e9paration&nbsp;\u00bb d\u00e9rive de <em>parere<\/em>, \u00ab&nbsp;faire na\u00eetre&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le sexuel infantile, d\u2019abord celui de l\u2019inconscient maternel, fait co-excitation de tout bois, il est capable de transformer un \u00e9v\u00e9nement traumatique en un jeu \u00e9rotique, un jeu auquel les adultes jouent essentiellement sur les quais de gare ou les plateformes d\u2019a\u00e9roport, cette fois avec un mouchoir plut\u00f4t qu\u2019avec un foulard. La question pratique pourrait se formuler de la fa\u00e7on suivante&nbsp;: la psychanalyse, la dynamique du transfert, sont-elles capables d\u2019apprendre \u00e0 jouer \u00e0 la bobine \u00e0 quelqu\u2019un que la s\u00e9paration\/disparition ne fait pas rire du tout&nbsp;? Bien des aspects de la situation analytique \u00e9voquent la configuration du jeu freudien, notamment le couple form\u00e9 par \u00ab&nbsp;l\u2019auto\u00e9rotisme du transfert&nbsp;\u00bb c\u00f4t\u00e9 analysant (F\u00e9dida), et la fa\u00e7on c\u00f4t\u00e9 analyste de s\u2019absenter&nbsp;; sauf quand il interpr\u00e8te, mani\u00e8re de dire \u00ab&nbsp;Coucou, me voil\u00e0&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Le dispositif analytique s\u2019adresse d\u2019abord \u00e0 ceux qui savent jouer \u00e0 la bobine, qui non seulement supportent l\u2019absence mais que celle-ci excite. Comment la psychanalyse peut-elle se r\u00e9inventer pour faire face \u00e0 des configurations psychiques qui ne jouent pas \u00e0 ces jeux-l\u00e0, voire qui s\u2019y refusent violemment et ne jouent pas du tout&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>On constate dans ces cas-l\u00e0 un double d\u00e9placement&nbsp;: le premier porte l\u2019attention de fa\u00e7on privil\u00e9gi\u00e9e vers les fronti\u00e8res du site (je pr\u00e9f\u00e8re cette expression au mot \u00ab&nbsp;cadre&nbsp;\u00bb, un mot qui a le tort de ne pas jouer), le second se tourne vers le contre-transfert. Le premier d\u00e9placement conduit du contenu vers les formes, les conditions de l\u2019exercice. Le second met au premier plan l\u2019inconscient de l\u2019analyste, l\u2019inconscient de \u00ab&nbsp;l\u2019adulte&nbsp;\u00bb. Un double d\u00e9placement qui nous conduit en amont du jeu, dans l\u2019espoir de le rendre \u00e9ventuellement possible.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque le grand-p\u00e8re Sigmund observe son petit-fils, Ernst, jouer \u00e0 la bobine, celui-ci a 18 mois. Rien chez lui de particuli\u00e8rement pr\u00e9coce, comme le note Freud, mais un enfant qui respire la sant\u00e9 psychique, tout \u00e0 fait capable d\u2019\u00eatre seul (en pr\u00e9sence d\u2019un <em>Nebenmensch<\/em>), install\u00e9 de plain-pied dans les processus de symbolisation. Il n\u2019y a \u00e0 peu pr\u00e8s aucune chance pour qu\u2019une analyse de 18 mois permette \u00e0 un analysant, incapable de m\u00e9taboliser la s\u00e9paration de pouvoir y parvenir. Un tel chantier psychique est aussi une affaire de temps. Pour que le d\u00e9coupage temporel op\u00e9r\u00e9 par une s\u00e9paration soit psychiquement recevable&nbsp;: \u00ab&nbsp;l\u2019objet \u00e9tait l\u00e0, il n\u2019est pas l\u00e0, il reviendra&nbsp;\u00bb, pour que puisse se mettre en place la triade pass\u00e9-pr\u00e9sent-futur, encore faut-il disposer en toile de fond d\u2019un continuum, d\u2019une continuit\u00e9 d\u2019\u00eatre qui permet au d\u00e9coupage de ne pas se transformer en d\u00e9chiquetage. Il y a peu ici \u00e0 ajouter \u00e0 ce que Winnicott a th\u00e9oris\u00e9. Comme le dit celui-ci, ce sont des p\u00e9riodes de la cure o\u00f9 l\u2019analyste n\u2019a pas grand-chose d\u2019autre \u00e0 offrir \u00e0 son patient que sa ponctualit\u00e9. Ce sont aussi ces patients avec lesquels on peut ressentir que trois s\u00e9ances par semaine, c\u2019est bien peu. L\u2019analyste est l\u00e0 \u00e0 heure fixe pour une dur\u00e9e constante, il ne d\u00e9place ni n\u2019annule des s\u00e9ances comme bon lui chante, il ne meurt pas, ses vacances se prennent \u00e0 dates r\u00e9guli\u00e8res, s\u2019il s\u2019ennuie, il n\u2019en est pas d\u00e9truit pour autant, s\u2019il s\u2019endort, il ne s\u2019en prend qu\u2019\u00e0 lui-m\u00eame. Il ne supporte pas, il porte&nbsp;; la continuit\u00e9 d\u2019\u00eatre psychique de l\u2019analyste n\u2019est pas moins importante que celle du dispositif. Cette permanence, cette patience, quand elle op\u00e8re, quand elle est f\u00e9conde, est pour le patient comme une interpr\u00e9tation silencieuse du chaos qui d\u00e9sorganise sa propre relation au temps. Pour ce qui est de l\u2019interpr\u00e9tation elle-m\u00eame, le seul acte que l\u2019analyste puisse commettre, il n\u2019est pas rare qu\u2019il faille attendre avant d\u2019en retrouver l\u2019usage. La chose peut se comprendre assez ais\u00e9ment&nbsp;: toute interpr\u00e9tation est au fond une <em>s\u00e9paration<\/em>, elle brise le pr\u00e9sent du transfert, son illusion, pour renvoyer d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre l\u2019analysant \u00e0 l\u2019enfant qu\u2019il fut, et qu\u2019il fut avec un autre que celui qui le porte aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p>Faisons l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un patient X \u00e0 qui la permanence du site analytique permet de faire l\u2019exp\u00e9rience in\u00e9dite de la confiance dans un \u00eatre proche. Comment sur fond de cet acquis, toujours plus ou moins fragile, la capacit\u00e9 de s\u00e9paration peut-elle s\u2019acqu\u00e9rir&nbsp;? Toute r\u00e9ponse un peu d\u00e9velopp\u00e9e serait n\u00e9cessairement \u00e0 chaque fois singuli\u00e8re. J\u2019ai cependant not\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises l\u2019utilisation d\u2019une donn\u00e9e particuli\u00e8rement pr\u00e9cieuse du dispositif&nbsp;: le paiement des s\u00e9ances manqu\u00e9es. Ce qui fait r\u00e2ler jusqu\u2019\u00e0 la sc\u00e8ne de m\u00e9nage transf\u00e9rentielle certains patients n\u00e9vrotiques, ce qui met en rage d\u2019autres patients pers\u00e9cutifs, est parfois accept\u00e9 sans mot dire par certains patients <em>borderline<\/em>. C\u2019est le cas de Julia. Non seulement celle-ci n\u2019arrive jamais \u00e0 l\u2019heure, toujours se fait attendre, mais il lui arrive fr\u00e9quemment de ne pas venir. Jamais elle ne s\u2019absente une semaine enti\u00e8re, <em>a fortiori<\/em> davantage, elle proc\u00e8de plut\u00f4t par alternance, un jour l\u00e0, un jour pas l\u00e0. La question du paiement n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 une question. Ces absences ne sont jamais anticip\u00e9es, pas une seule fois elle n\u2019a sollicit\u00e9 un d\u00e9placement de s\u00e9ance. Et surtout, point essentiel, jamais elle ne pr\u00e9vient. Si ce n\u2019est pas tout \u00e0 fait le jeu de la bobine, cela y ressemble, avec l\u2019analyste dans le r\u00f4le de la bobine. Apr\u00e8s un temps d\u00e9j\u00e0 long d\u2019analyse, elle pr\u00e9cisera que si elle pr\u00e9vient \u00ab&nbsp;la s\u00e9ance n\u2019a pas lieu&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Les mots sont simples, la complexit\u00e9 psychique sous-jacente \u00e0 une telle formule est, elle, particuli\u00e8rement grande. Julia est une patiente angoissante, cette angoisse contre-transf\u00e9rentielle se mesure au fait que je l\u2019attends sans rien pouvoir faire d\u2019autre quand elle n\u2019est pas l\u00e0. Sa pr\u00e9sence psychique est alors \u00e0 son maximum, plus forte que lorsqu\u2019elle est sur le divan. Elle pr\u00e9cisera \u00e9galement qu\u2019elle-m\u00eame ne peut pas occuper ordinairement le temps que dure la s\u00e9ance absent\u00e9e. La s\u00e9ance a lieu, quand bien m\u00eame nous sommes \u00e0 des kilom\u00e8tres l\u2019un de l\u2019autre. Qui suis-je dans cette affaire&nbsp;? Tout autant la m\u00e8re qu\u2019elle n\u2019a jamais eu, qui jamais ne l\u2019a de cette fa\u00e7on <em>atendue<\/em>, qu\u2019elle-m\u00eame, enfant angoiss\u00e9e ne sachant pas faire la diff\u00e9rence entre absence et disparition. Qu\u2019est-ce qui permet que tout cela ne soit pas qu\u2019angoisse et r\u00e9p\u00e9tition, que cela permette \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience de la s\u00e9paration de peu \u00e0 peu se constituer&nbsp;? O\u00f9 se situe la part du jeu&nbsp;? Jamais elle ne donne les raisons de son absence, jamais je ne les lui demande. Comme si, sans trop le savoir, juste de fa\u00e7on intuitive, nous percevions l\u2019un et l\u2019autre qu\u2019il ne s\u2019agit pas de s\u2019absenter <em>pour<\/em>, ou <em>parce que<\/em>\u2026 mais que l\u2019absence n\u2019a d\u2019autre but qu\u2019elle-m\u00eame, ou plut\u00f4t son contraire&nbsp;: faire l\u2019exp\u00e9rience de la pr\u00e9sence psychique de celui qui n\u2019est pas l\u00e0. \u00catre absent pour \u00eatre pr\u00e9sent, pour manquer. Il n\u2019est pas excessif, je crois, de dire que les absences de Julia \u00e9taient alors, paradoxalement, les manifestations les plus fortes de son amour de transfert.<\/p>\n\n\n\n<p>La contribution d\u00e9cisive du contre-transfert \u00e0 une telle s\u00e9quence (ici sous la forme de l\u2019attente angoiss\u00e9e), souligne \u00e0 quel point l\u2019analyse dans un tel moment est un proc\u00e8s sans sujet. Qui conduit, qui dirige la cure&nbsp;? Une connivence inconsciente dont il est, je crois, dommageable de trop vite se d\u00e9gager. Si l\u2019analyste comprend trop t\u00f4t ce qui se passe, il r\u00e9sistera difficilement aux sir\u00e8nes de l\u2019interpr\u00e9tation, au risque de briser un mouvement qui demande d\u2019abord \u00e0 pouvoir se d\u00e9rouler jusqu\u2019\u00e0 terme. Le contre-transfert, dans cette cure, prit \u00e9galement une autre forme, plus classique, celle d\u2019un acte commis, d\u2019une transgression. Mon inqui\u00e9tude pour Julia d\u00e9passa un moment les ressources de ma patience. Je lui dis la chose suivante&nbsp;: \u00ab&nbsp;Avec vous, il est inutile de formuler la r\u00e8gle fondamentale convenue&nbsp;: dites tout ce qui passe par la t\u00eate\u2026 vous ne faites rien d\u2019autre. Il faudrait r\u00e9inventer la r\u00e8gle et dire par exemple&nbsp;: soyez l\u00e0 aux s\u00e9ances.&nbsp;\u00bb Effet imm\u00e9diat, sinon d\u00e9finitif\u2026 je venais de r\u00e9inventer la psychanalyse rien que pour elle, indiscutable sc\u00e8ne de s\u00e9duction, sans doute davantage ici celle d\u2019un homme, d\u2019un p\u00e8re, que d\u2019une m\u00e8re. Comme si l\u2019analyste, \u00e0 ce moment-l\u00e0, introduisait lui-m\u00eame un sexuel jusque l\u00e0 trop \u00e9th\u00e9r\u00e9. Que l\u2019on songe \u00e0 la multiplicit\u00e9 des actes de s\u00e9duction de Winnicott, tels que les rapporte Margaret Little dans le t\u00e9moignage de son analyse avec lui&nbsp;: augmenter le temps des s\u00e9ances, offrir des petits g\u00e2teaux\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Le sexuel infantile peut bien \u00eatre relativement absent d\u2019un mat\u00e9riel domin\u00e9 par le vital, la destructivit\u00e9\u2026 il est par contre douteux que l\u2019analyse puisse faire son \u0153uvre de transformation (pas seulement de gu\u00e9rison) sans que la plasticit\u00e9 du sexuel ne s\u2019empare du transfert, et du contre-transfert. L\u2019hyst\u00e9risation de Julia en portera le t\u00e9moignage, sa fa\u00e7on notamment \u00e0 devenir sensible \u00e0 ce qu\u2019elle appellera mes \u00ab&nbsp;rat\u00e9s&nbsp;\u00bb, par exemple quand elle m\u2019entendra sourire. Hyst\u00e9risation cependant n\u2019est pas hyst\u00e9rie, la premi\u00e8re se confond avec le vecteur du transfert, et c\u2019est la plupart du temps une erreur technique que de l\u2019interpr\u00e9ter.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui chez Julia trouve sa dynamique, \u00e9choue \u00e0 se constituer chez Am\u00e9lie. Ces deux jeunes femmes brossent le portrait de m\u00e8res relativement semblables. De ces m\u00e8res qui ont fait couler beaucoup d\u2019encre, depuis l\u2019article inaugural d\u2019H\u00e9l\u00e8ne Deutsch sur les personnalit\u00e9s <em>as if<\/em>, jusqu\u2019\u00e0 la m\u00e8re d\u00e9pressive et chaotique de Winnicott ou la m\u00e8re morte de Green. Ces m\u00e8res posent peut-\u00eatre \u00e0 la probl\u00e9matique de la s\u00e9paration la question la plus difficile&nbsp;: comment se s\u00e9parer de quelqu\u2019un qui n\u2019est pas l\u00e0 <em>quand il est l\u00e0<\/em>&nbsp;? L\u2019accrochage, l\u2019addiction de l\u2019enfant \u00e0 l\u2019\u00eatre pour lequel il n\u2019existe pas, auquel il est indiff\u00e9rent, est un des plus douloureux paradoxes qui soit. Compulsion de r\u00e9p\u00e9tition oblige, cela donne des vies affectives adultes tr\u00e8s d\u00e9munies, quand le choix est \u00e0 d\u00e9termination n\u00e9gative&nbsp;: \u00e9lire pour compagnon celui pour lequel on ne compte pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Am\u00e9lie, malheureusement, ne manque jamais de s\u00e9ance, elle est toujours-l\u00e0. Elle a d\u2019abord profit\u00e9 de la cure, plus sur le mode de la gu\u00e9rison que du changement, notamment sa fragilit\u00e9 narcissique qui a trouv\u00e9 dans la \u00ab&nbsp;bienveillance&nbsp;\u00bb de celui qui l\u2019\u00e9coute un pr\u00e9cieux contrepoint, une source nouvelle pour l\u2019estime de soi\u2026 jusqu\u2019au jour o\u00f9 s\u2019est d\u00e9cill\u00e9e l\u2019illusion transf\u00e9rentielle, l\u2019illusion de l\u2019incarnation. \u00ab&nbsp;Je ne pourrai jamais <em>vous<\/em> parler.&nbsp;\u00bb Sous-entendu&nbsp;: parler \u00e0 un psychanalyste, c\u2019est ne jamais en rencontrer la personne. <em>Parler \u00e0 personne<\/em>, le jeu de mots qui sauve Ulysse de la violence du cyclope, d\u00e9finit au contraire le tragique d\u2019Am\u00e9lie. Jamais elle n\u2019a parl\u00e9 \u00e0 son p\u00e8re ou \u00e0 sa m\u00e8re, jamais ils ne lui ont parl\u00e9\u2026 les mots, bien s\u00fbr, n\u2019ont pas manqu\u00e9, ni m\u00eame les bavardages, mais de parler \u00e0 entendre, ce trajet qui transforme les mots prononc\u00e9s en un <em>\u00e9v\u00e9nement<\/em>, une \u00ab&nbsp;parole pleine&nbsp;\u00bb, de \u00e7a elle n\u2019a pas l\u2019exp\u00e9rience. Le paradoxe est que ce moment de d\u00e9sillusion est plus que jamais transf\u00e9rentiel et actualise un parent introuvable, d\u00e9sincarn\u00e9, indiff\u00e9rent.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment en sortir&nbsp;? Que faire&nbsp;? D\u2019o\u00f9 peut venir le pas de c\u00f4t\u00e9 qui d\u00e9gagerait une telle analyse de sa forme quasi tautologique&nbsp;: j\u2019ai toujours parl\u00e9 \u00e0 personne, \u00e7a continue, le principe m\u00eame de la psychanalyse m\u2019y condamne\u2026 Comment faire pour que cette analyse ne vire pas \u00e0 l\u2019interminable, que nous puissions nous s\u00e9parer&nbsp;? Pour se s\u00e9parer, encore faut-il se rencontrer. Il est douteux que l\u2019on y arrive sans que le contre-transfert s\u2019en m\u00eale, celui-l\u00e0 m\u00eame qui fait soudain exister la personne de l\u2019analyste. Le probl\u00e8me c\u2019est que l\u2019on ne peut faire technique de l\u2019acte contre-transf\u00e9rentiel, sauf \u00e0 transformer la conduite de la cure en manipulation. Je ne vais pas dire \u00e0 Am\u00e9lie&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pour vous il faudrait r\u00e9inventer la r\u00e8gle&nbsp;: de temps en temps, absentez-vous\u2026 et payez les s\u00e9ances manqu\u00e9es&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Au gr\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience, la psychanalyse alterne r\u00e9ussites et \u00e9checs, m\u00eame s\u2019il faut se garder de donner \u00e0 chacun de ces mots une valeur trop enti\u00e8re. On mesure \u00e0 quel point l\u2019article de Freud de 1937, <em>Analyse avec fin, analyse sans fin<\/em>, avait valeur programmatique pour les lendemains de notre pratique. Ce texte contient une phrase le plus souvent pass\u00e9e inaper\u00e7ue et qui pourtant d\u00e9place sensiblement le lieu psychique de la t\u00e2che pratique, puisqu\u2019\u00e0 la vis\u00e9e premi\u00e8re, la lev\u00e9e du refoulement secondaire, succ\u00e8de la nouvelle perspective, la correction du refoulement originaire. Dans le premier cas, la sexualit\u00e9 infantile est l\u2019enjeu de la cure, c\u2019est elle qu\u2019il s\u2019agit de lib\u00e9rer en lui permettant de trouver d\u2019autres issues que l\u2019entrave du sympt\u00f4me. Dans le second cas, la sexualit\u00e9 infantile est ce qui permet au travail du transfert et du contre-transfert, de rendre de la plasticit\u00e9 psychique \u00e0 ce qui s\u2019est enkyst\u00e9, immobilis\u00e9, et qui n\u2019est pas n\u00e9cessairement de nature sexuelle, ou pas seulement.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre r\u00e9ussite et \u00e9chec, il existe bien des situations interm\u00e9diaires, o\u00f9 quelque chose de l\u2019angoisse li\u00e9e \u00e0 la s\u00e9paration s\u2019\u00e9labore sans que s\u2019effacent pour autant les traces de l\u2019ancienne souffrance. Valentine n\u2019\u00e9tait plus qu\u2019\u00e0 quelques s\u00e9ances de la fin de son analyse dont la co\u00efncidence avec les vacances d\u2019\u00e9t\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 convenue. Elle se demandait si elle me reverrait un jour, si elle pouvait me rappeler au cas o\u00f9, si elle pouvait m\u2019\u00e9crire de temps en temps\u2026 graves questions, mais \u00e9nonc\u00e9es avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et une pointe d\u2019humour. J\u2019accompagnais le mouvement sur le m\u00eame ton&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Un petit mot pour le jour de l\u2019an&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s un bref silence, elle dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Non\u2026 plut\u00f4t pour la f\u00eate des M\u00e8res&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>OCF XIV, 470 (GW, 471). Je suis les indications de traduction d\u2019Alexandrine Schniewind.<\/li><li>OCF XV, 284 sq.<\/li><li>P. F\u00e9dida, <em>L\u2019absence<\/em>, Gallimard, 1978, p. 147.<\/li><li>OCF XVII, 284.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9713?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019\u00e9tait la derni\u00e8re s\u00e9ance de Caroline, son analyse se terminait ce jour-l\u00e0, apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es pass\u00e9es sur le divan. Elle se l\u00e8ve, r\u00e8gle les derni\u00e8res s\u00e9ances, et au moment o\u00f9 nous allons comme de coutume, mais pour la derni\u00e8re fois,&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1214],"thematique":[239],"auteur":[1440],"dossier":[240],"mode":[60],"revue":[874],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-9713","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychanalyse","thematique-separation","auteur-jacques-andre","dossier-les-separations","mode-payant","revue-874","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9713","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9713"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9713\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16554,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9713\/revisions\/16554"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9713"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=9713"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=9713"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=9713"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=9713"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=9713"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=9713"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=9713"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=9713"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}