{"id":9698,"date":"2021-08-22T07:30:30","date_gmt":"2021-08-22T05:30:30","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/hyperactivite-la-fin-de-lhistoire-du-sujet-2\/"},"modified":"2021-10-06T20:38:14","modified_gmt":"2021-10-06T18:38:14","slug":"hyperactivite-la-fin-de-lhistoire-du-sujet","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/hyperactivite-la-fin-de-lhistoire-du-sujet\/","title":{"rendered":"Hyperactivit\u00e9 : la fin de l&rsquo;histoire\u2026 du sujet"},"content":{"rendered":"\n<p>Avec le regroupement de l\u2019hyperactivit\u00e9 et des troubles de l\u2019attention en un syndrome implicitement psycho-organique, on peut voir revenir en force sous une forme modernis\u00e9e le classique sch\u00e9ma: l\u00e9sion \/ fixit\u00e9\/ r\u00e9ponse. Ici la l\u00e9sion serait un trouble primaire neurobiologique \u00e0 l\u2019origine d\u2019un tableau clinique fix\u00e9, regroupement de signes objectifs cens\u00e9s constituer une entit\u00e9 sp\u00e9cifique qui traduirait directement le trouble primaire. La r\u00e9ponse th\u00e9rapeutique standardis\u00e9e serait d\u2019abord m\u00e9dicamenteuse, ce qui est logique lorsque le diagnostic est pr\u00e9f\u00e9rentiellement bas\u00e9 sur des crit\u00e8res statistiques (DSM IV) puisqu\u2019elle permet alors plus ais\u00e9ment l\u2019\u00e9tude des grands groupes.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette pr\u00e9sentation est certes \u00e0 son tour quelque peu sch\u00e9matique car il existe, en France en particulier toute une s\u00e9rie de r\u00e9serves m\u00eame chez ceux qui admettent la sp\u00e9cificit\u00e9 du syndrome, pour peser plus finement l\u2019analyse clinique menant au diagnostic et pour mettre en \u0153uvre un large \u00e9ventail th\u00e9rapeutique \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la prescription de m\u00e9thylph\u00e9nidate. Mais le risque encouru est bien celui d\u2019un renoncement \u00e0 la r\u00e9flexion psychopathologique sur chaque histoire clinique singuli\u00e8re, d\u2019un rassemblement monolithique de la nosographie autour d\u2019un sympt\u00f4me \u00e0 r\u00e9duire et \u00e0 faire dispara\u00eetre puisque ne compterait que ce qui se voit, et celui enfin d\u2019un glissement progressif qui ferait que c\u2019est le traitement qui d\u00e9finit le trouble.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ma part, je n\u2019exclus nullement que dans un nombre de cas tr\u00e8s restreints en regard du nombre d\u2019indications m\u00e9dicamenteuses pos\u00e9es, en particulier outre atlantique, se constituent des organisations, caract\u00e9risables au plan psychopathologiques, r\u00e9pondant pr\u00e9f\u00e9rentiellement \u00e0 toutes formes de tension et de sollicitation sur un mode d\u2019hyperactivit\u00e9 engageant la motricit\u00e9. Encore faudrait-il tenter de mieux comprendre comment se constituent de telles organisations quel que soit le soubassement biologique dans chaque cas, et ne pas apporter de r\u00e9ponse th\u00e9rapeutique univoque.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019activit\u00e9 motrice est source de plaisir, de sauvegarde et de gains narcissiques, tr\u00e8s t\u00f4t dans le d\u00e9veloppement. A partir des \u00e9tats initiaux de d\u00e9pendance et d\u2019impuissance relative du nouveau\u2013n\u00e9, elle est un des moyens d\u2019action sur le monde, un des vecteurs de r\u00e9alisation pulsionnelle. Elle n\u2019est pas opposable aux repr\u00e9sentations et \u00e0 la mentalisation au d\u00e9part. Elle en est m\u00eame une des conditions. Tout ce qui a trait au jeu dont on sait l\u2019importance d\u00e9cisive dans la construction psychique en d\u00e9pend de fa\u00e7on prolong\u00e9e chez l\u2019enfant. Le spectacle d\u2019une cour de r\u00e9cr\u00e9ation suffit \u00e0 s\u2019en convaincre et cette m\u00eame cour de r\u00e9cr\u00e9ation silencieuse et sans la moindre agitation d\u00e9livrerait une impression de malaise, loin de permettre de qualifier de \u201cbien portants\u201d les enfants qui la composent.<\/p>\n\n\n\n<p>On voit mal, dans une conception du fonctionnement humain qui est ici \u00e0 d\u00e9fendre, comment existerait une agitation motrice et psychique qui ne soit \u00e0 consid\u00e9rer dans l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9conomie d\u2019un enfant. Cet ensemble concerne l\u2019\u00e9quilibre psychique et relationnel, c\u2019est \u00e0 dire les diff\u00e9rentes modalit\u00e9s adaptatives, d\u00e9fensives et de d\u00e9charge face aux pressions internes. Ces modalit\u00e9s offrent une grande variabilit\u00e9 dans le temps selon l\u2019\u00e2ge et les motions d\u00e9veloppementales. Mais elles sont aussi \u00e9troitement li\u00e9es aux r\u00e9ponses de l\u2019environnement. De plus dans de multiples configurations o\u00f9 peuvent dominer le retrait, le repli, l\u2019aboulie, l\u2019inhibition, l\u2019existence d\u2019am\u00e9nagements hyperactifs peut repr\u00e9senter un temps \u00e9volutif, une ouverture tant au plan affectif que cognitif, qu\u2019on ne saurait appr\u00e9cier en termes purement n\u00e9gatifs.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces consid\u00e9rations m\u2019am\u00e8nent \u00e0 r\u00e9sumer les positions suivantes&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Il y a toute une gamme d\u2019instabilit\u00e9s psychomotrices et de conduites d\u2019agitation allant de simples variations de la normale, d\u2019\u00e9tats r\u00e9actionnels mettant en jeu des facteurs transitoires, jusqu\u2019\u00e0 des configurations psychopathologiques av\u00e9r\u00e9es. Ces configurations ne sont pas univoques, l\u2019excitation et l\u2019hypomanie pouvant \u00eatre un mode de d\u00e9fense contre la d\u00e9pression, le trouble de l\u2019attention et l\u2019hyperactivit\u00e9 une manifestation d\u2019anxi\u00e9t\u00e9 diffuse ou d\u2019angoisses li\u00e9es \u00e0 des failles profondes de l\u2019activit\u00e9 psychique de liaison et de repr\u00e9sentation.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; On ne peut se contenter d\u2019une appr\u00e9ciation descriptive, ext\u00e9rieure, du comportement de l\u2019enfant, par addition de sympt\u00f4mes, ne tenant compte ni des m\u00e9canismes psychopathologiques, ni du contexte familial. Le DSM IV prend soin d\u2019isoler les troubles de l\u2019attention avec hyperactivit\u00e9 de tableaux comportant les m\u00eames sympt\u00f4mes secondaires \u00e0 des troubles envahissants du d\u00e9veloppement ou \u00e0 tout autre trouble mental, pour en faire une entit\u00e9 pure, r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un dysfonctionnement neurologique s\u2019exprimant directement dans le sympt\u00f4me.<br>C\u2019est dans la m\u00eame logique qu\u2019intervient le m\u00e9thylph\u00e9nidate et les simplifications successives qu\u2019il tend \u00e0 induire. Le point le plus d\u00e9licat est celui de la construction de cette entit\u00e9 dans une pseudo-coh\u00e9rence avec la r\u00e9ponse th\u00e9rapeutique standard qui fait en quelque sorte retour sur la d\u00e9finition m\u00eame du trouble et vient en prouver la validit\u00e9 par une succession d\u2019approximations&nbsp;: puisque le m\u00e9thylph\u00e9nidate, par un effet \u201cdirect\u201d sur le syst\u00e8me nerveux, soulage le comportement c\u2019est donc que le trouble se r\u00e9sume \u00e0 un comportement d\u2019une part, et que d\u2019autre part le sympt\u00f4me correspond bien \u00e0 une entit\u00e9 clinique d\u2019origine neuro-biologique. Pour d\u00e9velopper mon point de vue je m\u2019appuierai maintenant sur deux courts exemples cliniques.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Premier exemple clinique<\/h2>\n\n\n\n<p>Cette fillette de 5 ans pr\u00e9sentait une agitation incessante et une logorrh\u00e9e qui faisait dire \u00e0 sa m\u00e8re qu\u2019\u00e0 la maison, elle \u201cne s\u2019entendait plus penser\u201d. Quoique d\u2019une vive intelligence et d\u2019une grande pr\u00e9cocit\u00e9 dans ses premi\u00e8res acquisitions, elle n\u2019allait au bout d\u2019aucune activit\u00e9, passant sans cesse de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre, et produisait de longues s\u00e9ries de dessins inachev\u00e9s, abandonn\u00e9s le plus souvent \u00e0 l\u2019\u00e9tat de pitoyables \u00e9bauches. Je pr\u00e9cise que rien dans son fonctionnement n\u2019\u00e9voquait une organisation psychotique et qu\u2019\u00e0 son passage en CP elle fut rapidement en \u00e9chec. J\u2019avais \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 d\u2019embl\u00e9e par ses capacit\u00e9s \u00e0 m\u00e9moriser l\u2019ensemble des objets de mon bureau et leur disposition dans la pi\u00e8ce, ce qu\u2019elle v\u00e9rifiait et commentait \u00e0 chacun de ses passages. Ce qui prenait la forme d\u2019une apparente dispersion, d\u2019un d\u00e9faut d\u2019attention et de continuit\u00e9 t\u00e9moignait en fait d\u2019un effort constant d\u2019hypervigilance, d\u2019une tentative pour ne rien laisser \u00e9chapper, pour tout retenir et n\u2019\u00eatre pas elle m\u00eame oubli\u00e9e, ce qu\u2019il fut possible de lui montrer dans le jeu et de lui interpr\u00e9ter en plusieurs temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Il apparut ainsi que cette crainte s\u2019enracinait dans des temps forts de son histoire pr\u00e9coce et que dans son activit\u00e9 d\u00e9sordonn\u00e9e, elle captait avec une \u00e9tonnante pr\u00e9cision les paroles des adultes qui ne lui \u00e9taient pas destin\u00e9es mais produisaient en elle excitation et sentiment inqui\u00e9tant d\u2019impuissance. L\u2019\u00e9volution dans le traitement passa par des phases d\u2019intenses angoisses de s\u00e9paration \u00e0 la maison au cours desquelles sa m\u00e8re ne pouvait ni regarder la t\u00e9l\u00e9vision, ni t\u00e9l\u00e9phoner et devait tout faire en l\u2019ayant pr\u00e8s d\u2019elle, tandis que parall\u00e8lement la jeune patiente tentait de me convaincre qu\u2019elle \u00e9tait la seule personne \u00e0 venir me voir et \u00e0 utiliser le mat\u00e9riel que je mettais \u00e0 sa disposition. La d\u00e9pression qu\u2019avaient laiss\u00e9 supposer les aspects d\u2019hypermaturit\u00e9, devint patente et alterna alors avec l\u2019excitation, les fabulations et la destructivit\u00e9 exerc\u00e9e sur les objets familiers. Mais les apprentissages scolaires red\u00e9marr\u00e8rent avec une \u00e9tonnante rapidit\u00e9. La s\u00e9dation de l\u2019agitation des d\u00e9buts, d\u2019abord partielle il est vrai, ne repr\u00e9sentait nullement la fin des difficult\u00e9s de cette enfant, mais l\u2019ouverture dans le traitement \u00e0 des niveaux de fonctionnement diff\u00e9rents masqu\u00e9s par les sympt\u00f4mes les plus bruyants et les plus difficilement travaillables. Cela pourrait \u00eatre un argument, souvent mis en avant d\u2019ailleurs, pour ceux qui pr\u00e9conisent le m\u00e9thylph\u00e9nidate afin de supprimer ou r\u00e9duire l\u2019agitation, laquelle emp\u00eacherait les diff\u00e9rentes approches relationnelles et psychoth\u00e9rapiques. Je ferais cependant remarquer qu\u2019on risque fort ainsi de jeter le b\u00e9b\u00e9 avec l\u2019eau du bain, que c\u2019est en tout cas une affaire \u00e0 juger avec beaucoup de discernement d\u2019un cas \u00e0 l\u2019autre et non pas \u00e0 syst\u00e9matiser.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soulagement symptomatique et familial, quand le m\u00e9dicament marche, et ses heureuses cons\u00e9quences au plan social, peuvent avoir un prix&nbsp;: le d\u00e9saveu global ainsi mis en acte devant ce qui est profond\u00e9ment \u00e9prouv\u00e9 et exprim\u00e9 par le patient. On objectera, et comment ne pas \u00eatre d\u2019accord, qu\u2019\u00e0 un certain degr\u00e9 de souffrance, d\u2019emballement du sympt\u00f4me et de la d\u00e9sadapta-tion scolaire, ce serait le refus de soulager dans l\u2019imm\u00e9diat, de rompre l\u2019insupportable cercle vicieux qui serait un d\u00e9faut d\u2019\u00e9coute et de reconnaissance du patient. C\u2019est incontestable, mais il devrait s\u2019agir l\u00e0 de cas rares et non pas de g\u00e9n\u00e9ralisation d\u2019une prescription sur un faisceau de sympt\u00f4mes qui n\u2019ont ni sp\u00e9cificit\u00e9, ni signification univoque. De plus il faudrait s\u2019interroger sur ce qui a pu mener, dans bon nombre de cas, aux situations d\u2019impasse, d\u2019emballement dont il a \u00e9t\u00e9 question plus haut. Les raisons sont-elles uniquement \u00e0 chercher dans le g\u00e9nie \u00e9volutif de la \u201cmaladie\u201d, ou dans ce qui n\u2019a pu \u00eatre saisi \u00e0 temps, dans les difficult\u00e9s r\u00e9p\u00e9t\u00e9es ou trop consid\u00e9rables de d\u00e9nouage des configurations psychopathologiques dans lesquelles est inscrit le patient&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019acte de prescription, quelle que soit la mol\u00e9cule prescrite et ses propri\u00e9t\u00e9s pour autant qu\u2019elles soient objectivables quand il s\u2019agit du psychisme et qui plus est de celui de l\u2019enfant, produit des s\u00e9ries d\u2019effets complexes sur le patient et sa famille mais aussi sur le prescripteur et l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9quipe soignante. La d\u00e9marche de pens\u00e9e et le mode de circulation des \u00e9changes dans le traitement s\u2019en trouvent profond\u00e9ment modifi\u00e9s. La mise en jeu d\u2019une action directe correctrice au niveau biologique est tout autre chose que la reconnaissance implicite des jeux d\u2019influences r\u00e9ciproques et de possibles correspondances dans les traductions symptomatiques entre les deux syst\u00e8mes neuro-biologique et psychique. Curieusement le biologique lorsqu\u2019il y est fait appel et qu\u2019il offre des r\u00e9ponses op\u00e9rantes tant sur le plan exploratoire diagnostique que psycho-pharmacologique, fait figure de v\u00e9rit\u00e9 ultime et d\u00e9finitive, rel\u00e9guant au second plan les autres modes de compr\u00e9hension du trouble et de son sens. La dimension psychoth\u00e9rapique peut alors \u00eatre r\u00e9duite au rang de simple adjuvant, de \u201csoutien\u201d, de prise en compte des \u201cr\u00e9percussions psychologiques du trouble\u201d, la dynamique globale dans laquelle la question du biologique est elle m\u00eame impliqu\u00e9e \u00e9tant perdue de vue. R\u00e9cemment en institution, la suspicion en consultation neurologique d\u2019un syndrome g\u00e9n\u00e9tique \u00e9tiquet\u00e9 a entra\u00een\u00e9 un vacillement marqu\u00e9 de l\u2019\u00e9quipe qui n\u2019a pu qu\u2019\u00e0 travers un tr\u00e8s gros travail sur elle-m\u00eame r\u00e9investir ses capacit\u00e9s th\u00e9rapeutiques et le jeune patient.<br>De fa\u00e7on \u00e9quivalente, l\u2019\u00e9vacuation du biologique, dans ses aspects constitutionnels ou secondaires aux perturbations psychologiques, est pure r\u00e9duction de la pens\u00e9e, la d\u00e9marche psychanalytique ne comportant aucun a priori \u00e9tiologique mais \u00e9tant une pratique en mouvement de l\u2019\u00e9tude des changements dans une situation donn\u00e9e ayant ses r\u00e8gles, r\u00e8gles offrant les meilleures conditions de lisibilit\u00e9 du \u201cdialogue\u201d entre transfert et interpr\u00e9tations au sens large. Mais l\u2019articulation simultan\u00e9e des deux domaines, leur int\u00e9gration dans une m\u00eame pratique est loin d\u2019\u00eatre acquise et rel\u00e8ve de th\u00e9orisations qui restent \u00e0 construire, demandant \u00e0 l\u2019heure actuelle un constant travail de recentrage. Pour en revenir au cas bri\u00e8vement d\u00e9crit, c\u2019est bien \u00e0 partir d\u2019une conception en rupture avec l\u2019urgence apparente mais qui n\u2019a rien d\u2019attentiste, qu\u2019il \u00e9tait possible de donner au sympt\u00f4me \u201cagitation\u201d une certaine valeur, un sens \u00e9ventuel, ne le cantonnant pas au seul ph\u00e9nom\u00e8ne g\u00eanant \u00e0 \u00e9liminer, et d\u2019ouvrir sur d\u2019autres conditions de changement. La reprise d\u2019une meilleure continuit\u00e9 dans l\u2019exercice de l\u2019efficience intellectuelle en fut un des effets les plus rapides chez cette fillette, sans qu\u2019il eut \u00e9t\u00e9 fait appel \u00e0 une action pharmacologique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Deuxi\u00e8me exemple clinique<\/h2>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agissait de troubles du comportement chez un enfant intelligent pr\u00e9sentant un recours pr\u00e9f\u00e9rentiel \u00e0 la motilit\u00e9, registre dans lequel il poss\u00e9dait une ind\u00e9niable aisance et suscitait l\u2019admiration, parentale en particulier. La vie imaginaire semblait peu investie. Plusieurs \u00e9l\u00e9ments de la lign\u00e9e d\u00e9pressive \u00e9taient pauvrement exprim\u00e9s ainsi qu\u2019une importante demande affective sous forme de phobies mal organis\u00e9es, de comportements r\u00e9gressifs qui, cela m\u00e9rite d\u2019\u00eatre soulign\u00e9, aboutissaient principalement \u00e0 des r\u00e9assurances corporelles (corps \u00e0 corps, pr\u00e9sence physique au coucher, prise dans les bras\u2026). La situation familiale \u00e9tait profond\u00e9ment perturb\u00e9e&nbsp;: d\u00e9pression et affection somatique graves d\u2019un p\u00e8re d\u00e9missionnaire, le plus souvent couch\u00e9&nbsp;; m\u00e8re dans la ma\u00eetrise, maintenant un lien primaire \u00e0 cet enfant, source de b\u00e9n\u00e9fices narcissiques dans ses troubles m\u00eames ( l\u2019application violente de sa force physique par exemple ). A partir du suivi longitudinal de ce gar\u00e7on, entre l\u2019\u00e2ge de 4 ans et 14 ans, suivi que, l\u00e0 encore, je ne d\u00e9crirai que de fa\u00e7on extr\u00eamement parcellaire, se posent plusieurs pistes de r\u00e9flexion.<\/p>\n\n\n\n<p>1. D\u2019abord le fait de voir se constituer sur plusieurs ann\u00e9es, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un tableau complexe, un mode pr\u00e9dominant d\u2019organisation et de d\u00e9charge r\u00e9sum\u00e9 de fa\u00e7on caricaturale par l\u2019hyperactivit\u00e9 et l\u2019impulsivit\u00e9, lesquelles ne repr\u00e9sentaient au d\u00e9part qu\u2019une des voies possibles d\u2019\u00e9volution. Les raisons de ce \u201cchoix\u201d rel\u00e8vent de facteurs al\u00e9atoires non pr\u00e9visibles mais aussi d\u2019impasses et de dysfonctionnements identifiables du c\u00f4t\u00e9 des relations et assignations familiales et de la rigidit\u00e9 des syst\u00e8mes en place. Bien s\u00fbr l\u2019ensemble des r\u00e9ponses aux difficult\u00e9s premi\u00e8res peut jouer un r\u00f4le ( on pense l\u00e0 \u00e0 la tol\u00e9rance et aux capacit\u00e9s contenantes des diff\u00e9rents milieux sociaux et scolaires ) et les r\u00e9ponses th\u00e9rapeutiques aux moments cl\u00e9s en font partie. Si la souplesse s\u2019impose, la continuit\u00e9 des personnes et de la r\u00e9flexion commune des multiples intervenants est une condition fondamentale pour d\u00e9passer certaines p\u00e9riodes critiques. Le d\u00e9part inopin\u00e9 d\u2019un th\u00e9rapeute peut par exemple avoir des cons\u00e9quences \u00e0 moyen terme beaucoup plus n\u00e9gatives qu\u2019il n\u2019y para\u00eet. Pour ce gar\u00e7on, l\u2019aggravation constante de l\u2019\u00e9tat du p\u00e8re et l\u2019attitude de la m\u00e8re faite de revendications et de refus r\u00e9p\u00e9t\u00e9s ou de ruptures devant les solutions patiemment mises en place, ont pes\u00e9 d\u2019un poids peut \u00eatre d\u00e9cisif.<\/p>\n\n\n\n<p>2. Lorsque sous la pression du sympt\u00f4me, devenu, par simplification et pour les raisons de \u201cchoix\u201d \u00e9voqu\u00e9es plus haut, r\u00e9sum\u00e9 ou r\u00e9sultant de l\u2019ensemble du trouble \u201cactuel\u201d, nous d\u00e9cid\u00e2mes, tout en poursuivant les traitements entrepris, d\u2019orienter l\u2019enfant et ses parents vers une consultation ayant une longue pratique de ce type de prescription, il se produisit une reconstruction particuli\u00e8re de ce qui avait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9. La famille tendait \u00e0 pr\u00e9senter les difficult\u00e9s d\u00e8s l\u2019origine, souvenirs pr\u00e9coces retrouv\u00e9s \u00e0 l\u2019appui, sous le seul angle de l\u2019hyperactivit\u00e9 comme si la simplification de la d\u00e9finition et de la r\u00e9ponse th\u00e9rapeutique, qui n\u2019\u00e9taient d\u2019ailleurs nullement le fait du consultant prescripteur, refluaient sur l\u2019ensemble de l\u2019histoire du trouble. Dans combien de cas bien plus atypiques ou bien moins graves que celui l\u00e0, \u00e9tiquet\u00e9s trop rapidement, assiste-t-on \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>3. A travers l\u2019ensemble symptomatique qui a conduit aux premi\u00e8res consultations se d\u00e9gagent un certain nombre de failles dans le fonctionnement qui m\u00e9ritent approfondissement car elles se situent au carrefour de risques \u00e9volutifs vers des pathologies souvent graves&nbsp;: n\u00e9vroses de comportement, psychopathies avec tendances au passage \u00e0 l\u2019acte, toxicomanies, troubles psychosomatiques, toutes organisations dans lesquelles l\u2019hyperactivit\u00e9, l\u2019expression comportementale, l\u2019agir et les conduites \u00e0 risque, la restriction de la vie fantasmatique, le d\u00e9faut de continuit\u00e9 peuvent se trouver impliqu\u00e9s de fa\u00e7on variable. Pour ce qui concerne les comportements moteurs, les th\u00e9orisations de psychosomaticiens sur les proc\u00e9d\u00e9s auto calmants ( G\u00e9rard Szwec, Claude Smadja ) me paraissent tr\u00e8s \u00e9clairantes. Ce serait dans la recherche r\u00e9p\u00e9titive de l\u2019excitation et l\u2019exercice d\u2019une motricit\u00e9 inextinguible que serait men\u00e9e la lutte du sujet contre l\u2019effondrement d\u00e9pressif et narcissique, la motricit\u00e9 \u00e9tant v\u00e9cue par ce m\u00eame sujet sur un mode \u00e9quivalent \u00e0 la substance d\u2019addiction par le toxicomane. Le d\u00e9faut de constitution des auto-\u00e9rotismes et des capacit\u00e9s fantasmatiques de liaison psychique entra\u00eenerait une tentative de liaison par le comportement lui m\u00eame entre pulsions \u00e9rotiques et mortif\u00e8res. Pour ce gar\u00e7on, le m\u00e9thylph\u00e9nidate n\u2019eut qu\u2019un effet limit\u00e9 et difficilement appr\u00e9ciable compte tenu de l\u2019ensemble des facteurs qui entraient en jeu, mais la mobilisation commune des diff\u00e9rents intervenants a permis de maintenir une continuit\u00e9 des traitements.<br>En conclusion, tous les \u00e9l\u00e9ments \u00e9voqu\u00e9s soutiennent l\u2019id\u00e9e d\u2019une inflation qui n\u2019est pas sans risque du concept d\u2019hyperactivit\u00e9 appliqu\u00e9 \u00e0 des tableaux cliniques d\u2019une grande h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9. Le sympt\u00f4me hyperactif n\u2019est pas univoque et ne peut \u00eatre valablement interpr\u00e9t\u00e9 qu\u2019en fonction d\u2019un ensemble. Il parait de plus maintenant bien \u00e9tabli que les effets favorables du m\u00e9thylph\u00e9nidate n\u2019ont gu\u00e8re de sp\u00e9cificit\u00e9 permettant en retour une validation de l\u2019existence de l\u2019entit\u00e9 \u201csyndrome hyperactif et troubles de l\u2019attention\u201d. L\u2019am\u00e9lioration \u00e9ventuelle sur l\u2019agitation, le comportement, la concentration, l\u2019efficience concerne des enfants relevant de diagnostics tr\u00e8s vari\u00e9s, dont certains ne pr\u00e9sentant pas d\u2019hyperactivit\u00e9, et cette \u201cam\u00e9lioration\u201d peut m\u00eame \u00eatre observ\u00e9e dans ces m\u00eames secteurs de fonctionnement chez des enfants sans troubles, d\u2019intelligence sup\u00e9rieure.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9698?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec le regroupement de l\u2019hyperactivit\u00e9 et des troubles de l\u2019attention en un syndrome implicitement psycho-organique, on peut voir revenir en force sous une forme modernis\u00e9e le classique sch\u00e9ma: l\u00e9sion \/ fixit\u00e9\/ r\u00e9ponse. Ici la l\u00e9sion serait un trouble primaire neurobiologique&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1231,1215,1245],"thematique":[292],"auteur":[1918],"dossier":[294],"mode":[60],"revue":[295],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-9698","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-enfance","rubrique-psychopathologie","rubrique-soin","thematique-hyperactivite","auteur-bernard-touati","dossier-lenfant-instable","mode-payant","revue-295","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9698","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9698"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9698\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16982,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9698\/revisions\/16982"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9698"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=9698"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=9698"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=9698"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=9698"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=9698"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=9698"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=9698"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=9698"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}