{"id":9664,"date":"2021-08-22T07:30:25","date_gmt":"2021-08-22T05:30:25","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/traumatisme-et-perte-dobjet-a-ladolescence-2\/"},"modified":"2021-10-03T12:13:54","modified_gmt":"2021-10-03T10:13:54","slug":"traumatisme-et-perte-dobjet-a-ladolescence","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/traumatisme-et-perte-dobjet-a-ladolescence\/","title":{"rendered":"Traumatisme et perte d&rsquo;objet \u00e0 l&rsquo;adolescence"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00e0 partir de l\u2019expos\u00e9 d\u2019un cas d\u2019adolescent suivi une puis deux fois par semaine en face \u00e0 face, pendant six ans, nous investiguons les impasses subjectives li\u00e9es \u00e0 la rencontre traumatique entre le d\u00e9but de l\u2019adolescence et la mort d\u2019un p\u00e8re pour son fils. La probl\u00e9matique et les sympt\u00f4mes de Paul montrent \u00e0 quel point cette disparition brutale a mis \u00e0 mal le processus d\u2019adolescence et ses potentialit\u00e9s transformatrices (Freud, 1905), sur fond de deuil du p\u00e8re rest\u00e9 en souffrance et de probl\u00e9matique de perte.<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments, la mort du p\u00e8re emp\u00eache la construction d\u2019un sc\u00e9nario meurtrier parricide \u00e0 perlaborer tout au long de l\u2019adolescence, pour faire descendre la figure du p\u00e8re de son pi\u00e9destal et l\u2019humaniser, favorisant ainsi l\u2019identification secondaire du jeune adulte.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Paul, un adolescent face \u00e0 la mort de son p\u00e8re<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Coulisser \u00e0 la place du p\u00e8re<\/h3>\n\n\n\n<p>Paul a douze ans quand son p\u00e8re trouve la mort en d\u00e9vissant lors d\u2019une ascension en montagne ; de ses trois fils, c\u2019est Paul, le fils a\u00een\u00e9, que le p\u00e8re emmenait avec lui, sauf cette fois l\u00e0 ; Paul a des souvenirs d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 trop t\u00f4t sollicit\u00e9, qu\u2019il souffrait, avec ses petites jambes d\u2019enfant, d\u2019\u00eatre contraint de faire le m\u00eame trajet que son p\u00e8re, il \u00e9tait \u00e9puis\u00e9, il pleurait et ha\u00efssait son p\u00e8re. Et, lorsque son p\u00e8re meurt, il se dit que c\u2019est de sa faute, s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 l\u00e0, il aurait pu le sauver. Le p\u00e8re a v\u00e9cu dans la montagne avec ses parents ; le grand-p\u00e8re paternel dispara\u00eet pour rejoindre le mouvement nazi alors que le p\u00e8re est encore enfant. Adolescent, suite au d\u00e9part de son p\u00e8re, le p\u00e8re de Paul avait la responsabilit\u00e9 de garder sa s\u0153ur cadette dans la journ\u00e9e, celle-ci ayant sans cesse envie de sauter par la fen\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Mon probl\u00e8me, c\u2019est que j\u2019ai ni\u00e9 la mort de mon p\u00e8re pendant mon adolescence, me dit-il, et maintenant, je souffre le martyr en venant vous voir parce que \u00e7a fait tout remonter ; j\u2019ai l\u2019impression d\u2019\u00eatre rest\u00e9 bloqu\u00e9 \u00e0 douze ans. \u00bb Paul est d\u00e9j\u00e0 pub\u00e8re \u00e0 ce moment-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019il vient me voir, \u00e0 dix-neuf ans, sur la proposition insistante de sa m\u00e8re, il se sent \u00ab endolori, avec des interdits sur tout \u00bb, me dit-il. A propos du deuil de son p\u00e8re, sa m\u00e8re le plaint, lui disant qu\u2019il est le seul \u00e0 n\u2019avoir rien dit, \u00e0 rester interdit. La joie qu\u2019il a ressentie \u00e0 la mort de son p\u00e8re reste pour lui une source in\u00e9puisable de culpabilit\u00e9 et d\u2019auto-punition. Lorsque sa m\u00e8re se remet assez rapidement avec un autre homme, qui deviendra le beau-p\u00e8re de Paul, les conflits sont incessants ; en m\u00eame temps, il se replie sur lui, sans lien autre que familiaux. Il fantasme qu\u2019il est avec sa m\u00e8re et qu\u2019ils ont un enfant, qui serait son petit fr\u00e8re. R\u00e9aliser ses v\u0153ux oedipiens, dont il a gard\u00e9 des souvenirs infantiles, lui donne l\u2019impression de prendre la place de son p\u00e8re pendant son adolescence. Etre \u00e0 la place du p\u00e8re r\u00e9alise ses fantasmes incestueux et r\u00e9pare fantasmatiquement la m\u00e8re qui a perdu son mari ; cela lui donne aussi une longueur d\u2019avance dans la rivalit\u00e9 entre ses deux fr\u00e8res et lui, tout en \u00e9tant \u00e0 une place de gardien du p\u00e8re mort, comme identifi\u00e9 \u00e0 lui. Il se vit alors comme le chef de famille, la haine de son beau-p\u00e8re \u00e9tant tr\u00e8s intense.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019id\u00e9alisation de son p\u00e8re semble rest\u00e9e en l\u2019\u00e9tat ; il se souvient d\u2019une relation idyllique avec son p\u00e8re pendant l\u2019enfance, souvenir \u00e9cran qui laissera place plus tard \u00e0 des souvenirs de violences physiques, de gifles, lorsqu\u2019il devait apprendre le piano. Mais, \u00e0 l\u2019adolescence, le p\u00e8re est l\u2019\u00e9quivalent d\u2019une idole, une ic\u00f4ne. \u00ab J\u2019ai \u00e9t\u00e9 son incarnation, je suis comme un p\u00e8re d\u2019\u00e9glise \u00bb, dit-il en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un p\u00e8re \u00ab sanctifi\u00e9 \u00bb. Dans un premier temps, la psychoth\u00e9rapie semble avoir pour effet d\u2019accentuer sa qu\u00eate de p\u00e8re de substitution : il veut correspondre pr\u00e9cis\u00e9ment aux injonctions de son entra\u00eeneur de gymnastique, qui l\u2019encourage \u00e0 faire des performances physiques exigeant un mode de vie tr\u00e8s strict. Cette qu\u00eate, souvent au service de tendances masochiques est soutenue par des modalit\u00e9s d\u00e9fensives telles que l\u2019intellectualisation ou l\u2019asc\u00e9tisme ; elle \u00e9voque une conflictualit\u00e9 infanto-adolescente sans fin, aux tourments incessants, accompagn\u00e9e d\u2019id\u00e9es suicidaires. Ainsi, alors qu\u2019il a craint que son abstinence sexuelle adolescente signifie qu\u2019il est homosexuel, il devient l\u2019amant d\u2019une jeune femme en ayant l\u2019impression de la tourmenter, d\u2019\u00eatre mauvais avec elle.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Enjeux d\u2019une hospitalisation. L\u2019abandon et son retournement<\/h3>\n\n\n\n<p>Alors que je me suis absent\u00e9 de fa\u00e7on inhabituelle pendant une semaine peu avant les vacances d\u2019\u00e9t\u00e9, il m\u2019appelle pour me dire qu\u2019il ne peut pas s\u2019emp\u00eacher de suivre son amie, qu\u2019il veut savoir o\u00f9 elle va et qui elle voit quand ils ne sont pas ensembles. Il a l\u2019impression qu\u2019elle lui ment, et a envie de lui faire du mal. Tr\u00e8s inquiet, il \u00e9voque une hospitalisation ou d\u2019aller aux urgences psychiatriques pour qu\u2019on lui prescrive des m\u00e9dicaments. Il semble confus, affol\u00e9, craignant de perdre le contr\u00f4le de ses actes. Finalement, apr\u00e8s que je lui ai confirm\u00e9 au t\u00e9l\u00e9phone qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas question de violenter son amie, il pourra attendre mon retour pour reprendre ce que mon absence lui fait vivre. Pour le moment, je suis celui dont ils parlent avec son amie, elle reprochant que je ne vois pas dans quel \u00e9tat il est, lui me d\u00e9fendant ou imaginant que je pourrai la rencontrer et la s\u00e9duire ; il se sent alors fou de jalousie, quasi-pers\u00e9cut\u00e9 par l\u2019id\u00e9e d\u2019un rival, ce p\u00e8re cherch\u00e9-ha\u00ef.<\/p>\n\n\n\n<p>Et quelques mois plus tard, il m\u2019appelle pour dire qu\u2019il est hospitalis\u00e9 pour des id\u00e9es suicidaires qu\u2019il a \u00e9nonc\u00e9es devant sa m\u00e8re, qui l\u2019a amen\u00e9 aux urgences psychiatriques. Il y reste deux semaines, puis y reviendra une semaine, mais sans jamais interrompre la psychoth\u00e9rapie. Dans l\u2019apr\u00e8s-coup, il interpr\u00e8te de plusieurs fa\u00e7ons \u00e9galement son hospitalisation : comme une jalousie vis-\u00e0-vis de son fr\u00e8re (le second) maniaco-d\u00e9pressif, pour aller plus loin que lui en mena\u00e7ant de se suicider car son fr\u00e8re attire l\u2019attention de sa m\u00e8re par son comportement exub\u00e9rant. Il associe \u00e9galement sur les r\u00e9v\u00e9lations de la th\u00e9rapie familiale qui a d\u00e9but\u00e9 quelques mois avant son hospitalisation : avoir en t\u00eate que son p\u00e8re s\u2019est suicid\u00e9 remobilise ces id\u00e9es-l\u00e0 pour lui ; enfin c\u2019est aussi parce lors d\u2019une s\u00e9ance pr\u00e9c\u00e9dant cette hospitalisation, il a essay\u00e9 de m\u2019atteindre en m\u2019attaquant, mais de fa\u00e7on assez fausse, sans oser vraiment. Ce jour l\u00e0, il veut changer de jour et d\u2019heure de s\u00e9ance, tente de me harceler en me provoquant, mais devant ma patience, il semble d\u00e9sappoint\u00e9, il a \u00e9chou\u00e9 dans son d\u00e9sir de me blesser, de retrouver avec moi son p\u00e8re dans un \u00e9change violent, une sorte de corps \u00e0 corps. Lorsqu\u2019il reprend ce qui s\u2019est pass\u00e9 dans cette s\u00e9ance, il utilise des termes sexualis\u00e9s, ce qui me permet d\u2019interpr\u00e9ter la dimension homosexuelle du transfert.<\/p>\n\n\n\n<p>A la suite de son hospitalisation en psychiatrie, sa m\u00e8re demande \u00e0 me voir ; le fait qu\u2019elle aide son fils \u00e0 payer ses s\u00e9ances me pousse \u00e0 accepter, au grand soulagement de Paul, qui aimerait que tout le monde s\u2019occupe, ensemble, de lui. Plusieurs \u00e9l\u00e9ments de la vie infantile de Paul me sont d\u00e9voil\u00e9s. La m\u00e8re a pens\u00e9 \u00e0 se s\u00e9parer du p\u00e8re de Paul car celui-ci le frappait alors que Paul \u00e9tait encore b\u00e9b\u00e9 et qu\u2019il refusait de boire le biberon que le p\u00e8re lui donnait ; elle est tr\u00e8s \u00e9mue en \u00e9voquant le souvenir des ecchymoses \u00e0 la t\u00eate de son premier enfant.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De la dynamique transf\u00e9rentielle<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Curiosit\u00e9 sexuelle, sc\u00e8ne primitive et transgressions<\/h3>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, il me dit : \u00abJe confesse, j\u2019ai fait ma derni\u00e8re voiture apr\u00e8s avoir trop bu dans une soir\u00e9e \u00bb. Sortant ivre dans la rue, il d\u00e9chire la toile d\u2019une voiture d\u00e9capotable pour fouiller la voiture et voler un objet, n\u2019importe lequel ; lorsque je lui demande des pr\u00e9cisions, il me r\u00e9pond que ce n\u2019est pas tant l\u2019argent qu\u2019il recherche mais un objet intime, \u00ab comme une lettre d\u2019un mari \u00e0 son \u00e9pouse \u00bb, ajoute-t-il. C\u2019est depuis la mort de son p\u00e8re qu\u2019il a commenc\u00e9 \u00e0 commettre ce d\u00e9lit ; ceux-ci rel\u00e8vent d\u2019un fantasme sexuel \u00e0 peine voil\u00e9 : s\u2019immiscer dans la vie intime de ses parents, avoir acc\u00e8s \u00e0 leur vie sexuelle, eux qu\u2019il imagine comme un \u00ab couple inviolable \u00bb ; apr\u00e8s la mort de son p\u00e8re, il lui arrive de souhaiter \u00eatre adopt\u00e9 pour retrouver un p\u00e8re. Je propose l\u2019id\u00e9e de moments vol\u00e9s face au caract\u00e8re \u00e9nigmatique du couple parental et peu chaleureux de son p\u00e8re. Il \u00e9prouve aujourd\u2019hui encore sa col\u00e8re d\u2019enfant face \u00e0 sa curiosit\u00e9 sexuelle frustr\u00e9e et son sentiment d\u2019\u00eatre exclu. Puis il associe sur son p\u00e8re : \u00ab A sa disparition, je ne voyais plus rien dans le miroir \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Les vols de voiture sont li\u00e9s \u00e0 la recherche identitaire d\u2019une trace paternelle \u00e0 laquelle s\u2019accrocher, une lettre du p\u00e8re qui renvoie \u00e0 la lettre au p\u00e8re qu\u2019il n\u2019a pas pu lui \u00e9crire, \u00e0 une intimit\u00e9 entre son p\u00e8re et lui qu\u2019il n\u2019a pas connue si ce n\u2019est dans les coups. Dans ses lectures, il est aujourd\u2019hui tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9 par les correspondances. Je relie cette recherche de lettre \u00e0 la lettre qu\u2019il devait me faire porter \u00e0 la fin des vacances par un enfant ; la rupture du lien avec moi appara\u00eet comme une revanche sur la brusque disparition du p\u00e8re. Mais l\u2019investissement de cette correspondance fait directement \u00e9cho au m\u00e9tier de sa m\u00e8re, professeur de lettres. Il se souvient alors de sa grand-m\u00e8re maternelle qui, enfant, l\u2019aidait \u00e0 se laver, ce qui un jour provoque une \u00e9rection ; elle lui dit alors qu\u2019il faut que ce soit bien propre partout, sans r\u00e9pondre \u00e0 la question qu\u2019il lui pose, pourquoi c\u2019est \u00ab dur \u00bb au niveau de son \u00ab zizi \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Mise en acte dans le transfert<\/h3>\n\n\n\n<p>Dans le transfert, c\u2019est par le non-paiement des s\u00e9ances qu\u2019il signale son agressivit\u00e9 mise en acte. Je remarque que cette transgression de notre accord sur le paiement des s\u00e9ances intervient souvent \u00e0 la suite d\u2019une absence de ma part. Comme en \u00e9cho \u00e0 un p\u00e8re froid dont il attendait en vain une parole affectueuse, il ne parvient pas \u00e0 d\u00e9chiffrer mes sentiments ; il critique alors ma neutralit\u00e9 tout en guettant le moindre de mes mouvements \u00e9motionnels. Il cherche \u00e0 me plaire en trouvant des id\u00e9es pour moi, en me disant qu\u2019il se sent d\u00e9pendant de mes interpr\u00e9tations. Il craint mon jugement, et veut trouver un p\u00e8re spirituel avec moi. Malgr\u00e9 sa forte tendance \u00e0 l\u2019intellectualisation, il se sent r\u00e9gresser \u00e0 cause de cette psychoth\u00e9rapie : il se r\u00e9veille la nuit en su\u00e7ant son pouce, et retrouve avec \u00e9motion son nounours d\u2019enfant. Il d\u00e9couvre qu\u2019il est d\u00e9pressif depuis qu\u2019il a commenc\u00e9 cette psychoth\u00e9rapie. Mais la dimension homosexuelle du lien infantile au p\u00e8re n\u2019en reste pas moins centrale. Il se sent parfois d\u00e9bord\u00e9 par ses sentiments pour l\u2019analyste, il en a les mains qui tremblent, il a envie d\u2019arr\u00eater la s\u00e9ance ou d\u2019en diminuer la fr\u00e9quence. Lorsque les vacances d\u2019\u00e9t\u00e9 sont v\u00e9cues comme \u00ab un enfer \u00bb, il m\u2019appelle pour qu\u2019on se voie plus t\u00f4t que pr\u00e9vu au retour des vacances, ce que j\u2019accepte ; l\u00e0, il accuse la psychoth\u00e9rapie, car depuis qu\u2019elle a d\u00e9but\u00e9, sa m\u00e8re prendrait davantage de distance avec lui ; il rejette l\u2019id\u00e9e d\u2019une seconde s\u00e9ance hebdomadaire, il a trop souffert d\u2019avoir ressenti l\u2019abandon pendant l\u2019\u00e9t\u00e9, l\u2019id\u00e9e que je ne pense plus \u00e0 lui. Lorsqu\u2019il ne paye plus les s\u00e9ances, il a tendance \u00e0 se d\u00e9personnaliser, il devient un peu confus : il n\u2019y a plus que l\u2019affect entre nous. Il m\u2019indique aussi qu\u2019il souffre de vertige, ce qu\u2019il associe \u00e0 la chute de son p\u00e8re en montagne, puis \u00e0 des moments de d\u00e9personnalisation lorsque, enfant, sans qu\u2019il puisse comprendre pourquoi, son p\u00e8re le frappait. Il se sentait alors bizarre, dans les nuages, sans corps, comme si cela ne lui \u00e9tait pas adress\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque je reprends ce point du cadre concernant le paiement des s\u00e9ances, rep\u00e9rant qu\u2018il repousse r\u00e9guli\u00e8rement le paiement des s\u00e9ances en avan\u00e7ant souvent des arguments flous, il int\u00e8gre progressivement l\u2019id\u00e9e de respecter la r\u00e8gle ; je remarque qu\u2019il peut alors associer plus librement. Dans la continuit\u00e9, il reprend l\u2019id\u00e9e d\u2019une seconde s\u00e9ance hebdomadaire, qu\u2019il accepte. Maintenant, il alterne entre bien-\u00eatre les jours des s\u00e9ances et tourmente en dehors, m\u2019indiquant l\u2019importance de l\u2019alternance entre pr\u00e9sence et absence de l\u2019objet, notamment dans cette esquisse de deuil de l\u2019image paternelle. Il me prot\u00e8ge \u00e9galement de sa haine en r\u00e9primant tout mouvement hostile pendant les s\u00e9ances, contrairement \u00e0 ce qu\u2019il agit en dehors des s\u00e9ances. Plus tard, il voudra \u00e9viter la dette et la d\u00e9pendance li\u00e9es aux s\u00e9ances manqu\u00e9es pendant les vacances en voulant m\u2019envoyer de l\u2019argent par courrier, ce que je refuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Son \u00e9chec aux examens universitaires, les conflits incessants avec sa famille et ses proches confine \u00e0 l\u2019auto-sabotage. R\u00e9ussir, et se d\u00e9tacher de sa m\u00e8re, est trop charg\u00e9 d\u2019ambivalence ; la m\u00e8re est d\u2019ailleurs ha\u00efe pour ne plus pratiquer la m\u00eame religion que lui : le culte du p\u00e8re. Cette f\u00e9tichisation de l\u2019image paternelle participe de la persistance du lien homosexuel, annuler ses potentialit\u00e9s est la voie qu\u2019il emprunte pour rester fid\u00e8le au p\u00e8re et au caract\u00e8re infantile du lien ; \u00e9voluer, grandir, serait trahir le p\u00e8re en l\u2019abandonnant. Cet abandon du p\u00e8re en d\u00e9sinvestissant son image rel\u00e8ve d\u2019un retournement actif de ce qu\u2019il a subi ; le profond sentiment de culpabilit\u00e9 que Paul ressent est li\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e de faire \u00e0 nouveau mourir le p\u00e8re, cette fois symboliquement, en \u00e9laborant cette perte comme une part oubliable de son histoire et non un lien actif constamment r\u00e9actulis\u00e9 et maintenu en l\u2019\u00e9tat. En ce sens, \u00e9chouer dans ses \u00e9tudes en ne travaillant pas est v\u00e9cu comme une transgression : par cette contre-identification au p\u00e8re, il perp\u00e9tue sa passion infantile pour lui, position transgressive sur le plan oedipien (garder son p\u00e8re pour soi).<\/p>\n\n\n\n<p>Avec son amie, il associe sur le fait que quand il va mal, elle ne le supporte pas, elle le critique et il devient alors tr\u00e8s agressif verbalement ; de son c\u00f4t\u00e9, quand elle va mal, il est toujours l\u00e0 pour l\u2019\u00e9couter, le manque de r\u00e9ciprocit\u00e9 et la diff\u00e9rence le font souffrir. D\u2019abord il laisse passer, r\u00e9prime ses affects avant d\u2019attaquer avec des \u00ab piques acerbes \u00bb. Sur sa destructivit\u00e9 dans le lien, il dit qu\u2019il va jusqu\u2019au bout pour savoir o\u00f9 est la limite, jusqu\u2019o\u00f9 il peut aller pour \u00eatre s\u00fbr d\u2019\u00eatre aim\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il recherche un monde \u00e0 deux, la psychoth\u00e9rapie intervient comme un objet de m\u00e9diation entre un p\u00e8re vivant et un p\u00e8re mort ; les s\u00e9ances sont des moments de m\u00e9diation et j\u2019associe maintenant ma pr\u00e9sence en s\u00e9ance \u00e0 l\u2019image d\u2019une figure porteuse. Ainsi, dans le lien fantasmatique \u00e0 trois avec son amie, bien des reproches qui me sont adress\u00e9s sont d\u00e9plac\u00e9s sur son amie. Tout rejet ou absence est v\u00e9cu comme une mort violente, un brusque arrachement mobilisant les id\u00e9es suicidaires. Comme avec elle, il interpr\u00e8te mes mouvements : si je croise les jambes de gauche \u00e0 droite, c\u2019est que je me prot\u00e8ge, j\u2019ai peur de lui, si c\u2019est de droite \u00e0 gauche, je suis plus ouvert, je l\u2019\u00e9coute avec empathie. Ce qui tourne autour de la perte et de la s\u00e9paration semble au c\u0153ur de ses souffrances r\u00e9p\u00e9t\u00e9es. Il cherche aussi dans mes expressions ce que je ressens, comme lorsqu\u2019il tente de savoir ce que ses parents ressentent dans leur lien de couple \u00e0 travers la recherche de lettres vol\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Absence de l\u2019objet et destructivit\u00e9<\/h3>\n\n\n\n<p>Il veut avoir un enfant comme son p\u00e8re, au m\u00eame \u00e2ge, avec son amie. Alors que celle-ci s\u2019\u00e9loigne, il me raconte qu\u2019il la harc\u00e8le pour obtenir qu\u2019elle le prenne dans ses bras, \u00ab pour savoir jusqu\u2019o\u00f9 elle vous aime, si elle peut tout supporter de vous \u00bb, lui dis-je. \u00ab Oui, je passe mon temps \u00e0 r\u00e9parer ce que je casse \u00bb, et j\u2019\u00e9voque alors le fait qu\u2019il a sans doute harcel\u00e9 sa m\u00e8re avant l\u2019hospitalisation, comme s\u2019il avait un doute sur l\u2019amour de sa m\u00e8re ; depuis son hospitalisation, elle s\u2019occupe de lui, le fait travailler. Au moment o\u00f9 il occupe un appartement seul, il a peur qu\u2019elle ne pense plus \u00e0 lui, qu\u2019il disparaisse de sa t\u00eate. J\u2019associe pour moi avec les moments o\u00f9 il observe et interpr\u00e8te les expressions sur mon visage, comme un b\u00e9b\u00e9 regardant le visage de sa m\u00e8re, en attente d\u2019un lien \u00e9motionnel profond. Sa m\u00e8re, tr\u00e8s sollicit\u00e9e par ses deux fils a\u00een\u00e9s fragiles, se met en arr\u00eat maladie, se d\u00e9prime, veut se \u00ab d\u00e9barrasser \u00bb de lui rapidement en insistant sur la n\u00e9cessit\u00e9 de trouver une voie professionnelle. Il s\u2019en plaint : \u00ab Elle me prend la t\u00eate pour que je travaille dans les espaces verts, pour que je sois trois-quart autonome et que je puisse payer mes \u00e9tudes et mes s\u00e9ances \u00bb. Puis, apr\u00e8s un temps silencieux : \u00ab Tout ce qui s\u00e9pare est difficile pour moi \u00bb. Cette pression culpabilisante mobilise aussi un sentiment d\u2019abandon meurtrier, qu\u2019il retourne activement : \u00ab Si je ne travaille plus, je vais l\u2019abattre \u00bb. Mais si sa m\u00e8re meurt, il craint qu\u2019on lui reproche la mort de ses deux parents, comme il craint une explosion destructrice s\u2019il me dit sa col\u00e8re : il pourrait me d\u00e9truire et se d\u00e9truire. Sa m\u00e8re ne le comprend pas, ni son p\u00e8re qui ne comprend pas ses besoins quand il l\u2019a forc\u00e9 \u00e0 marcher dans la montagne, tandis que sa m\u00e8re veut le faire travailler \u00e0 marche forc\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Son int\u00e9r\u00eat pour ma pr\u00e9sence vivante dans le lien transf\u00e9rentiel est constant. S\u2019il a l\u2019impression que je pense \u00e0 autre chose ou que je rel\u00e2che mon attention, je le \u00ab d\u00e9nigre \u00bb me dit-il. Le lien de confiance \u00e9merge cependant : je pourrai \u00eatre pour lui un p\u00e8re plus solide que le sien et \u00eatre capable de reconna\u00eetre mes difficult\u00e9s, y faire face, comme face \u00e0 des adolescents difficiles. Le fil de la s\u00e9ance \u00e9voque aussi le chemin qu\u2019il parcourt : de rien \u00e0 dire au d\u00e9but, il passe \u00e0 une fin de s\u00e9ance o\u00f9 il peut s\u2019aimer davantage, une fois qu\u2019il a pu v\u00e9rifier au cours de la s\u00e9ance mon int\u00e9r\u00eat pour lui ; il a besoin d\u2019accumuler ces preuves de mon int\u00e9r\u00eat pour se lib\u00e9rer. Sa frustration centr\u00e9e sur la fin de s\u00e9ance est une forme de cruaut\u00e9 ressentie : au moment o\u00f9 il se lib\u00e8re, on se s\u00e9pare et je l\u2019abandonne jusqu\u2019\u00e0 la prochaine s\u00e9ance. Il craint de lire de la piti\u00e9 dans mon regard en fin de s\u00e9ance, et aussi que je l\u2019abandonne s\u2019il va mieux.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Du d\u00e9ni au souvenir : mouvements d\u2019\u00e9laboration<\/h3>\n\n\n\n<p>Au bout de six ans de psychoth\u00e9rapie, certains \u00e9l\u00e9ments de sa probl\u00e9matique semblent en voie d\u2019int\u00e9gration. \u00ab Je suis s\u00fbr que mes probl\u00e8mes avec ma copine sont li\u00e9s \u00e0 la mort violente de mon p\u00e8re. J\u2019ai peur que meure la trace de moi en elle \u00bb, ce qu\u2019il relie de lui-m\u00eame avec le fait qu\u2019il a disparu de la pens\u00e9e de son p\u00e8re \u00e0 sa mort. Je reprends les souffrances avec son amie en proposant l\u2019hypoth\u00e8se que cela puisse \u00eatre pour lui une fa\u00e7on de se souvenir. Il y r\u00e9pond par des souvenirs de son p\u00e8re \u00ab beau et caract\u00e9riel \u00bb, mais \u00ab pas si exigeant que \u00e7a sur le plan scolaire \u00bb, pouvant alors s\u2019approprier ce qu\u2019il a fait de l\u2019image de son p\u00e8re. Un jour, son p\u00e8re lui donne une tape sur la t\u00eate car il avait mang\u00e9 le beurre dans son assiette de p\u00e2tes avant qu\u2019il ne fonde ; apr\u00e8s sa mort, il a une passion pour le beurre comme fa\u00e7on de se souvenir de lui, il en mettait beaucoup, tout le monde le lui disait, il en mettait trop. Puis ensuite, il passe \u00e0 l\u2019huile d\u2019olive, comme son beau-p\u00e8re. Revenant sur sa scolarit\u00e9, il se rem\u00e9more sa m\u00e8re riant quand il classe ses notes d\u2019\u00e9cole de la plus forte \u00e0 la plus faible, de 10 \u00e0 5 sur 10. Puis, en CE2, il \u00ab monte un mytho \u00bb : quand il avait 8 sur 20, il faisait croire que c\u2019\u00e9tait sur 10. Ses parents ne son pas dupes, mais ne disent rien ; aussi, il y avait \u00e0 Montpellier deux coll\u00e8ges possibles, et ils ont choisi le moins prestigieux ; cette fois, il r\u00e9unit le couple parental pour consid\u00e9rer qu\u2019ils ne sont pas si exigeants que \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous constatons que depuis qu\u2019il s\u2019autorise \u00e0 me dire ce qu\u2019il pense, sa relation avec son amie s\u2019est am\u00e9lior\u00e9e. Il la comprend mieux, ce dont elle a besoin, comme le signe d\u2019une meilleure diff\u00e9renciation entre elle et lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Les vacances approchent. Tout en craignant mon absence conjugu\u00e9e \u00e0 celle de sa m\u00e8re, il \u00e9voque l\u2019image d\u2019un couple qui tient, il se sent plus fort pour supporter l\u2019absence. \u00ab J\u2019ai mon d\u00e9sir d\u2019\u00e9crire, mes expos et ballades dans Paris \u00bb, dit-il avant d\u2019\u00e9voquer son ancienne peur du vide, sans pr\u00e9sence r\u00e9elle et rappelant la chute de son p\u00e8re. Il termine cette s\u00e9ance par l\u2019id\u00e9e d\u2019interpr\u00e9tations qu\u2019il garde en t\u00eate, et de s\u00e9ances qui lui ont fait du bien. Lors de la derni\u00e8re s\u00e9ance avant les vacances, il am\u00e8ne un ouvrage de Victor Hugo, <em>Les travailleurs de la mer<\/em>, dont il veut me lire un passage. Il associe sur son p\u00e8re lui lisant des livres avant de s\u2019endormir le soir, et me demande si je ne peux pas lui lire aussi des passages de ce livre. J\u2019\u00e9voque ce bon souvenir qui pr\u00e9c\u00e9dait une s\u00e9paration, celle de la nuit, et apr\u00e8s avoir h\u00e9sit\u00e9, il lit un passage \u00e0 haute voix, avant de penser au fait qu\u2019il en veut toujours \u00e0 sa m\u00e8re de partir en vacances sans lui et de ne pas reconna\u00eetre tous les efforts qu\u2019il fait pour elle, comme un travailleur de la mer. Il est tr\u00e8s \u00e9mu \u00e0 l\u2019id\u00e9e de notre s\u00e9paration, \u00e0 laquelle il a pens\u00e9 en lisant cet extrait. Mais, souligne-t-il, il se sent plus fort pour supporter ce qu\u2019il va vivre, \u00ab au moment o\u00f9 \u00e7a me tombera dessus \u00bb, dit-il pour conclure.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Commentaires<\/h2>\n\n\n\n<p>La mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du cadre et du psychanalyste a une valeur d\u2019exp\u00e9rience fondamentale dans le lien : face \u00e0 la destructivit\u00e9 mise en acte des adolescents, dans ou en dehors de la s\u00e9ance, survivre et maintenir le lien permet l\u2019int\u00e9riorisation progressive d\u2019un pare-excitation anti-traumatique vis-\u00e0-vis des affects remobilis\u00e9s par la dynamique transf\u00e9rentielle.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les relations pr\u00e9coces, la m\u00e8re donne le sens de ce qui se produit ; pendant la seconde guerre mondiale, \u00e0 Londres, les b\u00e9b\u00e9s dont les m\u00e8res \u00e9taient paniqu\u00e9es sous la pluie de bombes r\u00e9agissaient en \u00e9tant aussi angoiss\u00e9s ; celles qui restaient suffisamment constantes sous les bombes et qui gardaient confiance dans leur capacit\u00e9 de s\u2019en sortir indemnes transmettaient \u00e0 leur b\u00e9b\u00e9 cette confiance rassurante. Ce n\u2019est pas la quantit\u00e9 d\u2019excitation en soi qui \u00e9tait d\u00e9terminante, c\u2019\u00e9tait le sens donn\u00e9 par la m\u00e8re, c\u2019est-\u00e0-dire la mani\u00e8re dont est interpr\u00e9t\u00e9e l\u2019intensit\u00e9 du bruit qui r\u00e9gule les sens (Roussillon, 2010). Rien ne peut p\u00e9n\u00e9trer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur sans \u00eatre transform\u00e9 en une forme compatible avec ce milieu interne ; pour l\u2019effraction traumatique, le traumatique est ce qui p\u00e9n\u00e8tre sans transformation. Il n\u2019y aurait donc pas de traumatisme en soi : m\u00eame dans les cas extr\u00eames, l\u2019effet du <em>trauma<\/em> est relatif \u00e0 l\u2019\u00e9tat de la psych\u00e9 du sujet et de ce que son exp\u00e9rience ant\u00e9rieure lui permet d\u2019\u00e9laborer.<\/p>\n\n\n\n<p>Le cas de Paul montre comment il a \u00e9t\u00e9 contraint de donner du sens \u00e0 un v\u00e9cu traumatique qui a eu un effet de collage \u00e0 une identification ali\u00e9nante \u00e0 la figure paternelle. Un part de ses r\u00e9sistances est li\u00e9e au d\u00e9sir de maintenir cette identification idol\u00e2tre, d\u2019emp\u00eacher tout mouvement meurtrier-critique visant \u00e0 d\u00e9sid\u00e9aliser et humaniser son p\u00e8re. Se d\u00e9gager de cette figure tut\u00e9laire serait tuer \u00e0 nouveau son p\u00e8re, lui qui se sent coupable de sa mort.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9pendance met en tension le rapport pr\u00e9sence-absence de l\u2019objet : l\u2019objet absent est absent-perdu dans la perception, et re-trouv\u00e9 dans la psych\u00e9, pr\u00e9sent\u00e9 dans celle-ci re-pr\u00e9sent\u00e9 gr\u00e2ce au tiers, dans un lien. L\u2019horizon \u00e9laboratif de la d\u00e9pendance repose sur la capacit\u00e9 \u00e0 penser et \u00e0 repr\u00e9senter que l\u2019objet absent est pr\u00e9sent ailleurs, aupr\u00e8s d\u2019un autre objet, que l\u2019objet absent prend du plaisir, la continuit\u00e9 psychique \u00e9tant \u00e0 ce prix. Mais cette continuit\u00e9 suppose aussi que le sujet ne soit pas radicalement absent de la pens\u00e9e de l\u2019objet absent, qu\u2019il puisse penser qu\u2019il n\u2019est pas radicalement absent de la pens\u00e9e de l\u2019objet \u00ab ailleurs et avec un autre objet \u00bb, qu\u2019il ne soit pas perdu dans la psych\u00e9 de l\u2019objet (Golse, 2010).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>Les traumatismes narcissiques sont reconstruits \u00e0 travers la compulsion \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter ; la th\u00e9orie du traumatisme de Freud (1920) ne s\u2019oriente plus tant sur le <em>trauma<\/em> sexuel dans une organisation oedipienne, mais \u00e0 partir du narcissisme. Les exp\u00e9riences traumatiques ont alors trois caract\u00e8res : elles sont pr\u00e9coces ; inacessibles au souvenir ; elles se rattachent \u00e0 des impressions de nature sexuelle-agressives (les deux aspects \u00e9tant confondus), mais aussi \u00e0 des atteintes pr\u00e9coces du moi (blessures narcissiques).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la cure, ces exp\u00e9riences ne passent pas par la rem\u00e9moration mais par la r\u00e9alisation ou la reviviscence. Par exemple, on assiste \u00e0 un transfert par retournement, un caract\u00e8re de contrainte, ind\u00e9pendamment des autres processus psychiques accord\u00e9s avec la r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure, d\u2019o\u00f9 clivage, <em>trauma<\/em> comme un \u00e9tat dans l\u2019\u00e9tat selon Freud, qui peut aller jusqu\u2019\u00e0 la psychose. L\u2019irruption de sympt\u00f4mes est comme une tentative de gu\u00e9rison, un effort pour r\u00e9concilier les parties du moi retranch\u00e9es sous l\u2019influence du traumatisme et pour les r\u00e9unir en un ensemble puissant contre le monde ext\u00e9rieur. Donc d\u00e9ni et clivage de parties du moi pr\u00e9dominent et, \u00e0 la place d\u2019une r\u00e9surgence de souvenir, la tendance \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter\/r\u00e9aliser le traumatisme. Dans cette perspective, le maintien du lien et la contenance du cadre peuvent se r\u00e9v\u00e9ler d\u00e9cisifs pour permettre aux sympt\u00f4mes comme aux reliquats traumatiques de trouver une autre voie que celle des diverses formes d\u2019auto-sabotage ou d\u2019auto-destruction (Houssier, 2010).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Freud S. (1920), <em>Essais de psychanalyse<\/em>, Paris, Payot, 1975.<\/p>\n\n\n\n<p>Houssier F., \u00ab D\u00e9pression et perte d\u2019objet dans le lien p\u00e8re-fils \u00bb, in Birraux A., Lauru D., <em>Adolescence et prises de risque<\/em>, Paris, Albin-Michel, 2010, p. 133-149. Roussillon R., Golse B., <em>La naissance de l\u2019objet<\/em>, Paris, PUF, 2010.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9664?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00e0 partir de l\u2019expos\u00e9 d\u2019un cas d\u2019adolescent suivi une puis deux fois par semaine en face \u00e0 face, pendant six ans, nous investiguons les impasses subjectives li\u00e9es \u00e0 la rencontre traumatique entre le d\u00e9but de l\u2019adolescence et la mort d\u2019un&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1217,1214],"thematique":[601],"auteur":[1471],"dossier":[801],"mode":[60],"revue":[684],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-9664","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-adolescence","rubrique-psychanalyse","thematique-traumatisme","auteur-florian-houssier","dossier-autour-du-traumatisme","mode-payant","revue-684","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9664","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9664"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9664\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16601,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9664\/revisions\/16601"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9664"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=9664"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=9664"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=9664"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=9664"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=9664"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=9664"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=9664"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=9664"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}