{"id":9645,"date":"2021-08-22T07:30:23","date_gmt":"2021-08-22T05:30:23","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/discussion-sur-la-residence-alternee-2\/"},"modified":"2021-10-02T13:56:20","modified_gmt":"2021-10-02T11:56:20","slug":"discussion-sur-la-residence-alternee","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/discussion-sur-la-residence-alternee\/","title":{"rendered":"Discussion sur la r\u00e9sidence altern\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un savoir au service du processus de m\u00e9diation<\/h2>\n\n\n\n<p>Il me semble que vous nous parlez beaucoup de la fonction d\u2019expertise \u00e0 partir de laquelle le p\u00e9do-psychiatre est sollicit\u00e9 lorsque des parents en telle souffrance le consulte pour ces probl\u00e9matiques d\u2019h\u00e9bergement. Vous montrez comment cet \u00ab&nbsp;expert&nbsp;\u00bb cherche \u00e0 soutenir, \u00e0 partir de la fine connaissance des besoins de l\u2019enfant dont il dispose, un processus par lequel il invite les parents \u00e0 prendre davantage en compte les besoins de leur petit. \u00c0 un moment donn\u00e9, vous avez parl\u00e9 de \u00ab&nbsp;m\u00e9diation&nbsp;\u00bb et vos illustrations cliniques m\u2019ont fait penser au sens que donnent \u00e0 ce mot mes coll\u00e8gues qui exercent \u00ab&nbsp;la m\u00e9diation familiale en sant\u00e9 mentale&nbsp;\u00bb. Dans ce projet men\u00e9 depuis 15 ans dans notre service du <em>Chien Vert<\/em> et pour lequel nous sommes le seul service de sant\u00e9 mentale \u00e0 \u00eatre agr\u00e9\u00e9 en R\u00e9gion Bruxelloise, la m\u00e9diation est men\u00e9e en bin\u00f4me par un p\u00e9do-psychiatre et une avocate m\u00e9diatrice familiale. Bien plus que de trouver des solutions imm\u00e9diates, mes coll\u00e8gues mettent au travail les questions concernant les besoins de l\u2019enfant, incluant les parents dans ce processus qui vise \u00e0 ce qu\u2019ils s\u2019approprient les d\u00e9cisions concernant leur parentalit\u00e9, tout en les articulant \u00e0 l\u2019histoire de la famille. Ils disent que s\u2019engager dans ces processus en cas de s\u00e9paration traumatique et quand il existe de tels probl\u00e8mes psychiques, c\u2019est faire l\u2019exp\u00e9rience du dialogue mais en partant de la haine, ce qui s\u2019av\u00e8re incontournable. Bien que vous partiez d\u2019un cadre de travail diff\u00e9rent, vous me para\u00eessez \u00e9galement contenir les mouvements de haine, avant d\u2019amener les parents \u00e0 regarder avec vous l\u2019enfant. Bien entendu, il s\u2019agit de cet enfant pr\u00e9sent que se divisent les parents. Mais vous l\u2019avez dit, cela conduit souvent \u00e0 se pencher sur \u00ab&nbsp;l\u2019enfant dans le parent&nbsp;\u00bb. Ainsi, \u00e9mergent les souffrances infantiles du parent qui sont entr\u00e9es en r\u00e9sonnance avec la situation pr\u00e9sente et exacerbent la dimension psychopathologique. Et lorsque vous parlez des ratages de la parentalit\u00e9, il m\u2019a sembl\u00e9 qu\u2019ici encore, c\u2019est au titre de votre expertise que vous vous situez concernant, cette fois, la psycho- pathologie,<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc sur cette intrication du ratage de l\u2019accession \u00e0 la parentalit\u00e9, des processus d\u2019identification au tout-petit et de la question de l\u2019expertise que je voudrais rebondir, en portant mon attention sur les intervenants qui se trouvent avant d\u2019\u00e9ventuelles judiciarisations ou cristallisations conflictuelles. Il me semble que nous n\u2019en avons pas encore beaucoup parl\u00e9 dans la journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le passage \u00e0 la parentalit\u00e9, entre psychopathologie et normalit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>Ce matin, on a cit\u00e9 le nombre impressionnant de s\u00e9parations de couples dans la premi\u00e8re ann\u00e9e de vie de l\u2019enfant. La pratique p\u00e9rinatale nous rend t\u00e9moins du nombre de d\u00e9saccords, d\u00e9sinvestissements et ruptures se manifestant d\u00e9j\u00e0 autour de la grossesse ou des soins n\u00e9onataux. Cela indique la difficult\u00e9 de composer avec la transformation des investissements que la venue de l\u2019enfant implique et la constitution de ce nouvel \u00e9chelon g\u00e9n\u00e9rationnel. Car l\u2019\u00e9chec de ce passage au parental signe souvent la difficult\u00e9 \u00e0 c\u00e9der sa place d\u2019enfant au b\u00e9n\u00e9fice de son propre enfant (permutation symbolique des places), \u00e0 s\u2019accorder avec un autre (de sexe diff\u00e9rent ou du m\u00eame sexe dans les foyers homoparentaux) pour investir et \u00e9duquer l\u2019enfant, \u00e0 n\u00e9gocier des mouvements f\u00e9conds de s\u00e9paration et d\u2019individuation par rapport \u00e0 sa famille d\u2019origine et \u00e0 se d\u00e9brouiller avec les identifications archa\u00efques que le b\u00e9b\u00e9 mobilise au plus profond de soi. La capacit\u00e9 de l\u2019homme et de la femme \u00e0 faire face \u00e0 ces transformations identitaires et sociales porte en germe la possibilit\u00e9 de faire passer les besoins de l\u2019enfant avant ceux de l\u2019adulte, d\u2019ajuster besoins narcissiques et besoins conjugaux. Tout cela, bien avant d\u2019\u00e9ventuels conflits portant sur la r\u00e9sidence de l\u2019enfant. Vos illustrations montrent combien, dans certaines situations psychopathologiques, il est si difficile de le faire entendre. Personne ne semble consid\u00e9rer ce que vit le tout-petit et les signaux de souffrance qu\u2019il manifeste. J\u2019aimerais toutefois insister sur le fait que ces difficult\u00e9s sont inh\u00e9rentes \u00e0 l\u2019accession \u00e0 la parentalit\u00e9. Nous les trouvons dans les situations non pathologiques. D\u2019une part, parce que la situation parentale et la rencontre avec le nouveau-n\u00e9 sont in\u00e9dites. Comme le disait un p\u00e8re&nbsp;: \u00ab&nbsp;On ne sait jamais quel parent on va \u00eatre, ni quelle \u00e9quipe on va former avec son partenaire. D\u00e9cider de faire un enfant, c\u2019est comme signer un ch\u00e8que en blanc&nbsp;: on ne sait \u00e0 quoi on s\u2019est engag\u00e9 que quand il est l\u00e0, lui, avec toute la singularit\u00e9 de son temp\u00e9rament&nbsp;!&nbsp;\u00bb. D\u2019autre part, vous le rappelez, parce que les rep\u00e8res sociaux sont en pleine transformation. Nombreux sont ceux qui ne font plus la distinction entre r\u00f4les et fonctions, entre paternel et maternel, entre f\u00e9minin et masculin. Et d\u2019une certaine fa\u00e7on, nous brouillons les pistes quand, dans les pratiques n\u00e9onatales, nous sollicitons les p\u00e8res \u00e0 partager le p\u00f4le maternant. En Belgique, le nombre de cong\u00e9s parentaux demand\u00e9s par les p\u00e8res est en nette hausse et davantage d\u2019hommes \u00e9voquent leur identification au tout-petit. Il suffit de prendre le train le matin pour les entendre parler entre eux de leur pr\u00e9occupation quasi maternelle&nbsp;! Par ailleurs, nombre de m\u00e8res sont en difficult\u00e9 durant le temps du maternage&nbsp;: elles parlent de leur souffrance de devoir mettre en carence leurs besoins narcissiques, d\u2019\u00e9panouissement social et professionnel et \u00e9voquent la n\u00e9cessit\u00e9 de s\u2019appuyer sur un partenaire pour passer ce cap. Certaines disent combien il leur co\u00fbte de se mettre au service du b\u00e9b\u00e9 et de composer avec les longues heures \u00e0 lui consacrer, jour apr\u00e8s jour, souvent dans la solitude, dans un manque de figures d\u2019identification maternelle et l\u2019absence de soutien social. La maternit\u00e9 n\u2019est pas toujours celle que nous pl\u00e9biscitons comme un temps nirvanesque, loin de l\u00e0. Et des m\u00e8res appellent, \u00e0 juste raison, \u00e0 ne pas rester seule en t\u00eate \u00e0 t\u00eate avec le b\u00e9b\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des intervenants en premi\u00e8re \u00e9coute<\/h2>\n\n\n\n<p>Ces appels \u00e0 \u00eatre \u00e9cout\u00e9 surviennent en amont, avant que le psychiatre soit sollicit\u00e9 comme expert, avant l\u2019avocat, le m\u00e9diateur ou le juge. Des professionnels de premi\u00e8re ligne sont ainsi sollicit\u00e9s par les parents dans les lieux mis \u00e0 leur disposition par la soci\u00e9t\u00e9, dans les lieux d\u2019accompagnement des grossesses ou dans les premiers lieux de garde, dans les lieux de pr\u00e9vention ou dans les lieux de consultations publiques. Si dans ces premiers moments d\u2019appel \u00e0 l\u2019aide, ces intervenants se sentent en mesure d\u2019aborder avec bienveillance et clart\u00e9 les besoins du b\u00e9b\u00e9, c\u2019est vraiment une aubaine&nbsp;! Mais malheureusement, le manque de balise qui touche la soci\u00e9t\u00e9 globale touche \u00e9galement les professionnels. Et c\u2019est parfois une longue cha\u00eene d\u2019influences qui s\u2019initie alors avec les risques iatrog\u00e8nes qu\u2019on lui conna\u00eet, li\u00e9s aux interventions multiples des uns et des autres. Les avis divergents des professionnels font parfois le lit de disqualifications, alimentent l\u2019angoisse et le conflit naissant. En vous \u00e9coutant, je pensais en termes de pr\u00e9vention \u00e0 cette expertise potentielle qu\u2019a chaque intervenant quand il rencontre ces parents en grande souffrance. Comment peut-il se sentir soutenu, \u00e0 partir de sa position professionnelle, \u00e0 intervenir alors au b\u00e9n\u00e9fice du tout-petit&nbsp;? N\u2019est-il pas fondamental pour cela de soutenir un espace de r\u00e9flexion entre professionnels&nbsp;? Ainsi s\u2019il y a lieu d\u2019entendre les id\u00e9ologies familiales sous-jacentes, il y a aussi lieu de nous entendre, entre professionnels, sur nos propres savoirs et sur les id\u00e9ologies qui sous-tendent nos actions &#8211; D\u2019o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat de cette journ\u00e9e, dont nous donnerons prolongement au sein de la WAIMH Belgo-luxembourgeoise &#8211; Quelle connaissance avons-nous de l\u2019esprit de la loi dans nos pays respectifs&nbsp;? Comment distinguons-nous r\u00f4les et fonctions maternelles et paternelles&nbsp;? Quelles connaissances avons-nous des besoins \u00e9volutifs de l\u2019enfant&nbsp;? Que savons-nous des contextes dans lesquelles vivent les familles, notamment des familles socio-\u00e9conomiquement pr\u00e9caris\u00e9es dont il a \u00e9t\u00e9 ici tr\u00e8s peu question&nbsp;? N\u2019est-ce pas au travers d\u2019un tel dialogue entre professionnels que cette potentialit\u00e9 peut avant tout se d\u00e9ployer&nbsp;? Si les intervenants prennent le temps de se doter de balises claires, ils pourront certainement avec plus de qui\u00e9tude proposer aux parents de se mettre au diapason du v\u00e9cu de l\u2019enfant, y compris dans les situations si difficiles. A condition, selon moi, que ces balises aient profond\u00e9ment pris sens pour eux-m\u00eames et qu\u2019ils puissent en t\u00e9moigner en toute simplicit\u00e9&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, je me rem\u00e9more une supervision de cr\u00e8che. L\u2019\u00e9quipe y travaillait une situation qui lui semblait \u00ab&nbsp;folle&nbsp;\u00bb. Un enfant de la petite section devait soudain changer de cr\u00e8che pour suivre l\u2019un de ses parents dans le d\u00e9m\u00e9nagement li\u00e9 \u00e0 la rupture conjugale. La cr\u00e8che \u00e9tait sollicit\u00e9e pour le projet suivant&nbsp;: une semaine en cr\u00e8che n\u00e9erlandophone dans une ville en Flandre, une semaine en cr\u00e8che francophone \u00e0 Bruxelles, les parents pr\u00e9voyant comme point de continuit\u00e9 pour l\u2019enfant la pr\u00e9sence de 4 doudous \u00e0 l\u2019identique, un doudou par cr\u00e8che et un doudou par parent. Ce matin, un avocat partageait ainsi son questionnement&nbsp;: \u00ab&nbsp;Est-ce que la r\u00e9sidence atern\u00e9e est souhaitable ou nuisible&nbsp;? Je suis dans l\u2019ignorance, la r\u00e9ponse \u00e9chappe \u00e0 mon savoir&nbsp;\u00bb, disait-il. Comme lui, les pu\u00e9ricultrices semblent tout d\u2019abord ne pas savoir. Puis dans l\u2019espace <em>secure<\/em> de la supervision, elles s\u2019interrogent&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mais comment va-t-on prendre soin de cet enfant&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Et les cr\u00e8ches de s\u2019appeler, par-del\u00e0 la barri\u00e8re linguistique. Les pu\u00e9ricultrices de r\u00e9f\u00e9rence d\u00e9cident de se rencontrer, d\u2019\u00e9changer des photos, de se parler l\u2019une de l\u2019autre, de permettre qu\u2019un m\u00eame objet circule d\u2019un endroit \u00e0 l\u2019autre, d\u2019accueillir l\u2019enfant le lundi matin avec des mots \u00e0 propos de ce qu\u2019il a v\u00e9cu de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 les jours pr\u00e9c\u00e9dents. Tout ceci se pense, se r\u00e9fl\u00e9chit, se met en branle\u2026 Quand soudain en supervision, timidement mais calmement, une petite voix s\u2019\u00e9l\u00e8ve pour demander&nbsp;: \u00ab&nbsp;On est vraiment oblig\u00e9 \u00e0 cela&nbsp;? On ne peut pas leur dire qu\u2019ils d\u00e9connent&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Suit toute une r\u00e9flexion autour de&nbsp;: \u00ab&nbsp;Est ce qu\u2019on peut dire que c\u2019est impossible ce qu\u2019on nous demande, ce qu\u2019on lui demande&nbsp;?&nbsp;\u00bb. L\u2019\u00e9quipe d\u00e9cide alors courageusement de parler aux parents, estimant qu\u2019elle est sans doute la plus \u00e0 m\u00eame \u00e0 dialoguer avec eux sur ce projet. \u00ab&nbsp;Si nous ne le faisons pas, y aura-t-il quelqu\u2019un d\u2019aussi bienveillant que nous pour faire part aux parents de l\u2019impossible situation dans laquelle ils se pr\u00e9parent \u00e0 mettre leur enfant&nbsp;?&nbsp;\u00bb, se disent-elles. Au travers de leur dialogue, de leur r\u00e9flexion et de leur engagement, ces deux cr\u00e8ches sont ainsi parvenues \u00e0 activer un regard parental sur le v\u00e9cu de l\u2019enfant. Sans entrer dans le conflit, elles ont tout d\u2019abord tent\u00e9 de mettre en \u0153uvre, avec les parents et sous leur regard, la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une continuit\u00e9 pour l\u2019enfant&nbsp;; tentant de relier les espaces de fa\u00e7on <em>secure<\/em>, connecter les lieux, le passage d\u2019une langue \u00e0 l\u2019autre, d\u2019une maternante \u00e0 l\u2019autre, insistant sur la valeur du doudou, un seul doudou, offrant des mots \u00e0 l\u2019enfant sur ce qui se vivait pour lui et sa famille. Quelle volont\u00e9 et quelle identification du b\u00e9b\u00e9&nbsp;! Quelle confiance dans leur propre comp\u00e9tence&nbsp;! Sans prendre position quant \u00e0 savoir ce qui \u00e9tait bon pour les parents, elles ont tent\u00e9 de donner \u00ab&nbsp;droit de cit\u00e9&nbsp;\u00bb au v\u00e9cu du b\u00e9b\u00e9 appel\u00e9 dans cette situation \u00e0 ne cesser de \u00ab&nbsp;perdre&nbsp;\u00bb le lien vivant \u00e0 son environnement et ont aid\u00e9 les parents \u00e0 s\u2019identifier \u00e0 ce v\u00e9cu\u2026 Jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils changent leurs plans&nbsp;! Et si la supervision a aid\u00e9 ces pu\u00e9ricultrices, c\u2019est surtout \u00e0 s\u2019assurer de leurs propres points de prise, comme en escalade, pour avancer sans trop de risque de se casser le cou et d\u2019entra\u00eener tout le projet d\u2019accueil dans la chute. Ce qui nous rappelle qu\u2019une \u00e9quipe a besoin, elle-aussi, d\u2019un espace <em>secure<\/em> o\u00f9 elle peut prendre le temps de penser son action.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00catre en r\u00e9sidence&nbsp;: \u00ab&nbsp;La maisonn\u00e9e&nbsp;\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p>Ceci m\u2019am\u00e8ne \u00e0 conclure \u00e0 propos de l\u2019environnement s\u00e9curisant sur fond duquel pr\u00e9sence et absence peuvent s\u2019inscrire et la pens\u00e9e de l\u2019enfant surgir. Souvent, nous pensons les choses en terme de dyade ou de triade. J\u2019aime \u00e9galement les penser en terme de \u00ab&nbsp;maisonn\u00e9e&nbsp;\u00bb. Ceci d\u00e9signe plus largement l\u2019espace de vie avec ses habitants et toutes les impr\u00e9gnations sensorielles auxquelles le petit est si sensible&nbsp;; les couleurs, odeurs, les sons, les objets quotidiens, les meubles, tapis, les fen\u00eatres et la qualit\u00e9 de la lumi\u00e8re, le paysage qui ouvre sur l\u2019ext\u00e9rieur, un arbre, un mur. C\u2019est sur ce fond d\u2019impr\u00e9gnation forte avec l\u2019habitat que l\u2019enfant va et vient dans ses observations, ses jeux et ses \u00e9prouv\u00e9s qui lui permettent de saisir, peu \u00e0 peu, de quoi est fait le monde, son monde. Sur ce point, Pierre Loti dit si bien les choses dans son livre <em>Le roman d\u2019un enfant<\/em> o\u00f9 il explore les premi\u00e8res traces d\u2019enfance encore en sa possession. Comment dans la pi\u00e8ce commune, aupr\u00e8s du feu qu\u2019on allume, il garde l\u2019\u00e9prouv\u00e9 de sa soudaine d\u00e9couverte du dedans et du dehors, ainsi que la subtile notion du temps connect\u00e9e \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019espace. Dans le cercle restreint du jeu de lumi\u00e8re et d\u2019ombre, dans le contraste entre les zones r\u00e9chauff\u00e9es par le feu et celles rest\u00e9es froides, il parvient un jour \u00e0 sauter sur ses deux pieds. La jubilation de cette exp\u00e9rience motrice in\u00e9dite le m\u00e8ne alors \u00e0 aller et venir au travers du cercle de lumi\u00e8re, allant et sautant au dessus de la bordure du tapis, dedans, dehors et vice-versa. Il per\u00e7oit autrement les chaises vides qui entourent le cercle du feu. Occup\u00e9es ou pas selon les heures du jour, elles pr\u00e9figurent la pr\u00e9sence de sa m\u00e8re qui va arriver. Elle qui va et vient, de part et d\u2019autre de la porte. Mais dont les absences et retours ne se font pas sur fond de rien puisque l\u2019annonce de sa venue s\u2019arrime \u00e0 ces subtiles variations de lumi\u00e8re, au feu qu\u2019on allume, \u00e0 l\u2019odeur du repas et au vieux qui viennent occuper les chaises jusque l\u00e0 rest\u00e9es vides. Loti montre \u00e0 quel point l\u2019\u00e9mergence de sa nouvelle habilet\u00e9 motrice se fait sur fond de permanence, tant avec les objets qu\u2019avec avec le groupe familial, et combien dans une telle connexion s\u2019originent, \u00e0 la fois, la s\u00e9curit\u00e9 et les op\u00e9rations cognitives majeures de l\u2019enfance.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9fl\u00e9chir au lieu de r\u00e9sidence en cas de s\u00e9paration n\u00e9cessiterait d\u2019\u00eatre attentif \u00e0 la place prise par cette maisonn\u00e9e pour l\u2019enfant, aussi bien en tant que lieu physique de vie qu\u2019en tant que lieu de vie d\u2019un groupe humain qui l\u2019anime, investit l\u2019enfant et est investi par lui&nbsp;; avec les colat\u00e9raux, les nouveaux conjoints, les ascendants, les bouts de fratries laiss\u00e9es ou emport\u00e9es dans les valises au gr\u00e9 des changements familiaux. Il me semble que dans le monde actuel soumis \u00e0 une vitesse d\u2019acc\u00e9l\u00e9ration du mouvement sans pr\u00e9c\u00e9dent, les parents sont bien en mal, psychopathologie ou pas, de sentir la n\u00e9cessit\u00e9 pour l\u2019enfant de \u00ab&nbsp;disposer&nbsp;\u00bb d\u2019un tel ombilic, une telle zone de qui\u00e9tude. Pouvons-nous les aider \u00e0 percevoir la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un tel lieu de r\u00e9sidence, au sens winnicottien du terme&nbsp;: comme un lieu central d\u2019immobilit\u00e9 s\u00e9curisante sur fond duquel les variations peuvent surgir, avec lesquelles l\u2019enfant se met \u00e0 jouer et de ce fait \u00e0 penser. Le consid\u00e9rer de cette fa\u00e7on nous permettrait d\u2019\u00eatre \u00e9galement attentifs aux circonstances de vie si \u00e9prouvantes dans lesquelles certains parents sont plong\u00e9s quand une telle maisonn\u00e9e leur fait cruellement d\u00e9faut pour \u00e9lever leur enfant ou quand ils n\u2019ont pu faire l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une telle r\u00e9sidence pour eux-m\u00eames dans leur enfance. L\u2019enjeu me semble alors d\u2019ajuster nos propres balises aux leurs, en tenant compte respectueusement de leurs difficult\u00e9s mais sans c\u00e9der toutefois sur ce besoin essentiel pour le tout-petit d\u2019avoir un lieu \u00e0 soi, un lieu qui ne soit ni le d\u00e9sert, ni le chaos.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9645?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un savoir au service du processus de m\u00e9diation Il me semble que vous nous parlez beaucoup de la fonction d\u2019expertise \u00e0 partir de laquelle le p\u00e9do-psychiatre est sollicit\u00e9 lorsque des parents en telle souffrance le consulte pour ces probl\u00e9matiques d\u2019h\u00e9bergement&#8230;.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1231],"thematique":[1260,351],"auteur":[1475],"dossier":[284],"mode":[61],"revue":[285],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-9645","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-enfance","thematique-divorce","thematique-societe","auteur-pascale-gustin","dossier-la-residence-alternee","mode-gratuit","revue-285","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9645","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9645"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9645\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16437,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9645\/revisions\/16437"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9645"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=9645"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=9645"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=9645"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=9645"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=9645"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=9645"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=9645"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=9645"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}