{"id":9642,"date":"2021-08-22T07:30:23","date_gmt":"2021-08-22T05:30:23","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/entretien-avec-bernard-martino-2\/"},"modified":"2021-10-07T20:03:51","modified_gmt":"2021-10-07T18:03:51","slug":"entretien-avec-bernard-martino","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/entretien-avec-bernard-martino\/","title":{"rendered":"Entretien avec Bernard Martino"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Sylvain Missonnier&nbsp;: Comment doit-on vous pr\u00e9senter, quelle est votre identit\u00e9 professionnelle&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Bernard Martino<\/strong>&nbsp;: C\u2019est compliqu\u00e9. D\u2019ailleurs, dans votre num\u00e9ro de mars, Genevi\u00e8ve Delaisi de Parseval, qui est psychanalyste, me d\u00e9clare \u00ab&nbsp;inclassable&nbsp;\u00bb. J\u2019ai fait une \u00e9cole de cin\u00e9ma, je n\u2019ai pas fait des \u00e9tudes de psychologie ou de m\u00e9decine. Aucun de ces cursus ne m\u2019a tent\u00e9. Je ne fais pas partie de ces gens qui auraient eu le fantasme d\u2019\u00eatre psychanalyste, m\u00e9decin ou psychologue. C\u2019est l\u2019image qui m\u2019a toujours int\u00e9ress\u00e9. Je suis entr\u00e9 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision parce que je n\u2019arrivais pas \u00e0 me frayer un chemin vers le cin\u00e9ma. La d\u00e9couverte du documentaire a \u00e9t\u00e9, pour moi, la r\u00e9v\u00e9lation de ce qui faisait la gloire ou l\u2019honneur de la t\u00e9l\u00e9vision. Donc j\u2019ai fait du documentaire, mais, dans le fond, je suis plus un cin\u00e9aste qu\u2019un documentariste. Je travaille \u00e0 la frange du documentaire et de la fiction.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui surprend les gens, notamment les journalistes et t\u00e9l\u00e9spectateurs, c\u2019est que je ne sois pas m\u00e9decin. Je me permets en effet de dire des choses qui sont habituellement dites avec l\u2019autorit\u00e9 que conf\u00e8re une pratique m\u00e9dicale. Je peux ainsi donner l\u2019impression d\u00e9stabilisante de me positionner sur le m\u00eame plan que les psychanalystes et que les psychologues, de critiquer leur pratique et de discuter leurs th\u00e9ories, alors que je n\u2019ai, en principe, aucune qualification pour le faire. Souvent l\u2019erreur est faite sur les quatri\u00e8mes de couverture de mes livres. Je suis pr\u00e9sent\u00e9 comme \u00ab&nbsp;le docteur Bernard Martino&nbsp;\u00bb. Un lapsus pour rectifier une \u00ab&nbsp;anomalie&nbsp;\u00bb en somme.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Sylvain Missonnier&nbsp;: Votre rencontre avec Bruno Bettelheim repr\u00e9sente un temps fort de votre carri\u00e8re\u2026 une \u00e9preuve initiatique?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Bernard Martino<\/strong>&nbsp;: La plupart des journalistes, des r\u00e9alisateurs qui traitent des sujets de sciences humaines, au sens large du terme, le font toujours en s\u2019appuyant sur la parole du sp\u00e9cialiste. Ils ne rencontrent les malades ou les patients que pour mieux se tourner vers celui qui va leur expliquer ce qu\u2019ils voient.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec Daniel Karlin, nous n\u2019avions pas le m\u00eame \u00e9tat d\u2019esprit. Lorsque nous sommes arriv\u00e9s chez Bettelheim, nous nous sommes heurt\u00e9s \u00e0 quelque chose de terrifiant que nous ne connaissions pas, la maladie mentale des enfants. Les patients de l\u2019\u00c9cole Orthog\u00e9nique \u00e9taient des enfants profond\u00e9ment malades. Comme nous avions peur de mal faire et dans l\u2019id\u00e9e de cerner le probl\u00e8me, nous avons demand\u00e9 \u00e0 Bettelheim de nous parler de leurs dossiers. Bettelheim a eu une splendide r\u00e9action et il nous a dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne vais pas vous dire ce qu\u2019il y a dans leur dossier. Vous allez rencontrer des \u00eatres humains souffrants, et vous allez essayer de trouver en vous-m\u00eames la mani\u00e8re d\u2019aller \u00e0 leur rencontre. Vous allez essayer de trouver dans votre souffrance intime quelque chose qui fait \u00e9cho \u00e0 leur souffrance&nbsp;\u00bb. Il avait cette belle expression qui disait \u00ab&nbsp;pour aller \u00e0 la rencontre de l\u2019autre, on est comme des tourelles de phare, il y a toujours une facette de nous par laquelle on peut correspondre avec l\u2019autre&nbsp;\u00bb. Le probl\u00e8me, c\u2019est de se mettre en face et de trouver la facette de notre souffrance qui correspond \u00e0 la souffrance de l\u2019autre et de s\u2019accorder, comme dirait Stern. Il nous a totalement d\u00e9sinfantilis\u00e9s et responsabilis\u00e9s. Avec Daniel Carlin, nous avons \u00e9cout\u00e9 les enfants et nous avons essay\u00e9 de ne pas ajouter \u00e0 leur souffrance dans la mesure du possible. Bettelheim nous avait dit que nous ferions des erreurs et nous en avons fait, mais pas tant que \u00e7a. Cette exp\u00e9rience a \u00e9t\u00e9 fondatrice.<\/p>\n\n\n\n<p>Par la suite, j\u2019ai toujours recherch\u00e9 les contacts avec les usagers, en conservant cette m\u00eame tournure d\u2019esprit. Quels sont leurs vrais besoins&nbsp;? Qu\u2019est-ce qu\u2019ils expriment de leur souffrance&nbsp;? Nous \u00e9tions \u00e0 la recherche d\u2019une articulation entre le marxisme et le freudisme, parce que le marxisme \u00e9tait dans une \u00e9valuation uniquement quantitative des besoins et que nous souhaitions faire une \u00e9valuation plus fine. En portant notre regard sur les pratiques pour essayer de les faire avancer, nous nous sommes retrouv\u00e9s dans une situation d\u2019\u00e9valuation ou d\u2019\u00abexpertise&nbsp;\u00bb. Ce qui avait un int\u00e9r\u00eat pour les usagers et ce qui pouvait, \u00e9ventuellement, pr\u00e9senter un int\u00e9r\u00eat pour ceux qui pratiquaient, \u00e0 condition qu\u2019ils aient la volont\u00e9 de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ces questions. Le fond de ma pens\u00e9e \u00e9tait de ne pas me tromper de c\u00f4t\u00e9. Je ne suis jamais pass\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de ceux qui soignent, je suis toujours rest\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 des usagers. J\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 plut\u00f4t prom\u00e9th\u00e9en, c\u2019est-\u00e0-dire d\u00e9rober la science du c\u00f4t\u00e9 de ceux qui l\u2019ont pour informer ceux qui trop souvent en font les frais.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Sylvain Missonnier&nbsp;: Est-ce que vous pourriez m\u2019\u00e9clairer sur ce qui vous a conduit \u00e0 vous int\u00e9resser de tr\u00e8s pr\u00e8s \u00e0 la petite enfance?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Bernard Martino<\/strong>&nbsp;: Je me suis int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 l\u2019enfance probablement parce la mienne s\u2019\u00e9tait mal pass\u00e9e. Comme j\u2019avais fait des \u00e9missions sur l\u2019enfance, Tony Lain\u00e9 m\u2019a demand\u00e9 si j\u2019\u00e9tais int\u00e9ress\u00e9 par l\u2019id\u00e9e \u00ab&nbsp;le b\u00e9b\u00e9 est une personne&nbsp;\u00bb. J\u2019ai consid\u00e9r\u00e9 cette proposition comme un challenge. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 essay\u00e9 de prouver que l\u2019enfant est une personne et, maintenant, il fallait d\u00e9montrer qu\u2019il est une personne quand il ne parle pas encore. \u00c0 partir de cette \u00e9mission, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement confront\u00e9 aux professionnels et aux questions sp\u00e9cifiques de la petite enfance.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Sylvain Missonnier&nbsp;: Le film<\/em> Le b\u00e9b\u00e9 est une personne <em>a obtenu, en France, un succ\u00e8s consid\u00e9rable. On le trouve encore aujourd\u2019hui dans les rayons de supermarch\u00e9. Qu\u2019en pensez-vous apr\u00e8s-coup&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Bernard Martino<\/strong>&nbsp;: Commen\u00e7ons par l\u2019aspect discutable des choses. C\u2019\u00e9tait un film militant. Mais je n\u2019ai aucune illusion sur le fait qu\u2019on ne remporte jamais des victoires d\u00e9finitives. Nombres de professionnels de la sant\u00e9 ont clam\u00e9 \u00ab&nbsp;le b\u00e9b\u00e9 est une personne&nbsp;\u00bb, sans rien changer dans leur pratique quotidienne. Ce n\u2019est pas pour rien que j\u2019ai fait, dix ans plus tard, un autre film qui s\u2019appelle Le b\u00e9b\u00e9 est un combat. Tout le monde m\u2019a demand\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;mais pourquoi un combat&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Parce que dire que le b\u00e9b\u00e9 est une personne, cela consiste \u00e0 penser qu\u2019il faut lui faire une place, qu\u2019il faut prot\u00e9ger la place dont il a besoin pour s\u2019\u00e9panouir, ce qui est impossible \u00e0 obtenir sans combat. Nous \u00e9tions dans un contexte o\u00f9 les parents \u00e9taient priv\u00e9s de la grossesse, de la naissance, de leurs \u00e9motions et, en d\u00e9finitive, de leur enfant. Cette \u00e9mission a permis aux parents de faire la part entre leurs responsabilit\u00e9s et celles du corps m\u00e9dical, de critiquer les pratiques autour du b\u00e9b\u00e9 et de modifier leur comportement. Ce qui est d\u00e9j\u00e0 bien. Mais je pense que cela a aussi produit des d\u00e9viations. Ainsi, des p\u00e8res ont voulu entrer en comp\u00e9tition avec les m\u00e8res, ce qui a engendr\u00e9 de nombreux conflits autour de l\u2019enfant et parfois m\u00eame la s\u00e9paration des parents. Au-del\u00e0 des cas particuliers, je pense qu\u2019il y a un r\u00e9\u00e9quilibrage qui favorise les questions sur les relations entre les adultes et les b\u00e9b\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Sylvain Missonnier&nbsp;: Avec<\/em> Le b\u00e9b\u00e9 est une personne <em>et<\/em> Le b\u00e9b\u00e9 est un combat, <em>les professionnels et les parents d\u00e9couvrent des images sur leurs pratiques, alors qu\u2019ils n\u2019avaient jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent que du texte. Est-ce que vous pourriez me dire ce que repr\u00e9sente la sp\u00e9cificit\u00e9 de cet apport cin\u00e9matographique&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Bernard Martino<\/strong>&nbsp;: Tr\u00e8s fondamentalement, je ne suis pas un intellectuel. Je ne suis pas capable d\u2019appr\u00e9hender la r\u00e9alit\u00e9 uniquement \u00e0 partir du texte. Par contre, j\u2019ai un grand respect pour l\u2019\u00e9crit et, chaque fois que j\u2019ai commenc\u00e9 un travail, j\u2019ai toujours commenc\u00e9 par lire. Ensuite, je vais voir comment \u00e7a se passe sur le terrain. Dans cette perspective, je n\u2019\u00e9coute pas uniquement la parole m\u00e9dicale et j\u2019essaie d\u2019\u00e9tablir un lien entre ce que les gens me disent et ce que j\u2019ai pu lire. Cela me donne des images, mais ensuite j\u2019essaie de mettre des mots sur les choses et je me retrouve alors en situation d\u2019\u00e9crire. Il y a les images, je montre les gens, les situations, les lieux, les \u00e9motions qui passent sur un visage, ce qui me para\u00eet \u00eatre une partie constituante du r\u00e9cit. Par le biais d\u2019une r\u00e9flexion \u00e9crite, de commentaires, j\u2019essaie d\u2019\u00e9clairer ces sc\u00e8nes et d\u2019en pr\u00e9ciser le sens.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Sylvain Missonnier&nbsp;: Comment avez-vous d\u00e9couvert l\u2019exp\u00e9rience in\u00e9dite de L\u00f3czy&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Bernard Martino<\/strong>&nbsp;: J\u2019ai entendu parler de L\u00f3czy par l\u2019interm\u00e9diaire de Genevi\u00e8ve Appell. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e0 la pouponni\u00e8re de L\u00f3czy, en 1983, pendant tr\u00e8s peu de temps, trois ou quatre jours, mais suffisamment longtemps pour rencontrer Judith Falke et pour comprendre l\u2019int\u00e9r\u00eat de leur travail. Ce qu\u2019elle racontait me paraissait lumineux. J\u2019ai donc film\u00e9 les soins et j\u2019ai termin\u00e9 l\u2019\u00e9mission Le b\u00e9b\u00e9 est une personne par une s\u00e9quence film\u00e9e \u00e0 L\u00f3czy. Je pense que L\u00f3czy est un endroit o\u00f9 le b\u00e9b\u00e9 est globalement trait\u00e9 comme une personne, dans tous les gestes et dans tous les mots. L\u00f3czy, c\u2019est vraiment la maison des enfants.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus tard, Genevi\u00e8ve Appell est venue me voir pour me dire que L\u00f3czy \u00e9tait menac\u00e9 de fermeture. J\u2019ai eu l\u2019image de la biblioth\u00e8que d\u2019Alexandrie qui br\u00fblait, bref d\u2019un haut lieu qui allait dispara\u00eetre. Je me suis dit qu\u2019il fallait essayer de s\u2019y opposer. La seule chose que je sais faire, c\u2019est filmer, donc allons filmer. Ce sera une mani\u00e8re de dire discr\u00e8tement aux autorit\u00e9s hongroises, sans faire intrusion dans leur libre droit de r\u00e9former leur syst\u00e8me de sant\u00e9, qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un endroit important puisque les \u00e9trangers viennent le filmer. D\u2019autre part, si jamais la pouponni\u00e8re fermait d\u00e9finitivement, c\u2019\u00e9tait une mani\u00e8re d\u2019archiver et de sauvegarder la m\u00e9moire de ce lieu qui allait dispara\u00eetre. Je me suis lanc\u00e9 \u00e0 corps perdu dans cet archivage, sans penser qu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e il y aurait un film. Finalement, la pouponni\u00e8re de L\u00f3czy a r\u00e9sist\u00e9 et Genevi\u00e8ve Appell s\u2019est tellement battue pour que ce film se fasse qu\u2019elle a finalement trouv\u00e9 de l\u2019argent.<\/p>\n\n\n\n<p>Je devais donc faire un film avec toutes ces images que je n\u2019avais accumul\u00e9es que pour les archiver. J\u2019avais film\u00e9 des centaines de bobines. J\u2019ai essay\u00e9 de comprendre ce que les images racontaient, en d\u00e9passant le point de vue anecdotique. Il faut fuir l\u2019anecdote. Une nurse donne un soin \u00e0 un enfant, qu\u2019est-ce qui n\u2019est pas anecdotique dans cette rencontre que je filme&nbsp;? Nous avons commenc\u00e9 par monter des petites s\u00e9quences&nbsp;: Par exemple, Sabina dans son bain. Je regarde cette petite fille qui sort sa main gauche, puis sa main droite. Puis la nurse lui dis \u00ab&nbsp;donne-moi ton pied&nbsp;\u00bb. Elle sort son pied, elle regarde son pied comme si elle l\u2019avait jamais vu. Comment les images doivent-elles s\u2019articuler pour que l\u2019\u00e9motion soit passe et que la r\u00e9flexion naisse&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Sylvain Missonnier&nbsp;: Quand j\u2019ai vu votre film sur L\u00f3czy pour la deuxi\u00e8me fois, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 de la fa\u00e7on dont votre commentaire s\u2019imposait comme un fil rouge agr\u00e9able et organisateur tout au long du film<\/em><\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Bernard Martino<\/strong>&nbsp;: Je me retrouve, dans ces commentaires, en train de dire des choses qui normalement ne sont pas de ma comp\u00e9tence. J\u2019attire l\u2019attention du spectateur sur des \u00e9l\u00e9ments qui rel\u00e8vent th\u00e9oriquement d\u2019une pratique clinique ou analytique. Je ne devrais pas, normalement, tenir un discours comme celui-l\u00e0. Mon souci, c\u2019est de prendre le t\u00e9l\u00e9spectateur par la main et de lui frayer un chemin vers ses propres \u00e9motions. S\u2019il y a un message adress\u00e9 au soignant, il concerne la revendication du respect qu\u2019il doit \u00e0 l\u2019\u00eatre humain qu\u2019il a en face de lui. Fondamentalement, ce qui me g\u00eane le plus dans la relation entre les soignants et les soign\u00e9s, c\u2019est la m\u00e9fiance end\u00e9mique\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Sylvain Missonnier\u00a0: En guise de conclusion, un mot sur votre livre<\/em><\/strong>.<br><strong>Bernard Martino<\/strong>\u00a0: Au centre de mes pr\u00e9occupations, il y a l\u2019id\u00e9e de la restitution. J\u2019essaie d\u2019\u00eatre un \u00ab\u00a0reporter\u00a0\u00bb au sens propre du terme. Celui qui expose les faits, mais qui dit aussi ce qu\u2019il en ressent. Le livre, c\u2019est l\u2019occasion de reprendre la mati\u00e8re du film, pour aller encore plus loin dans ce que j\u2019en restitue. C\u2019est que j\u2019ai fait avec <em>Les enfants de la Colline des roses<\/em>. Pour une fois, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de ne pas appeler le livre comme le film. Une maison pour grandir, c\u2019est un titre qui va bien pour introduire des images. Par contre, pour le livre, il fallait un titre qui fasse image. Mais la mati\u00e8re qui est brass\u00e9e dans les deux cas est la m\u00eame. Simplement, elle ne m\u2019am\u00e8ne pas \u00e0 dire les m\u00eames choses. Cela m\u2019a conduit \u00e0 un deuxi\u00e8me niveau de lecture et d\u2019interpr\u00e9tation. J\u2019ai montr\u00e9 L\u00f3czy dans le film, j\u2019ai analys\u00e9 L\u00f3czy dans le livre.<br>On a beaucoup parl\u00e9 de la fonction contenante de l\u2019institution. Je cite cette phrase de Judith Falque\u00a0: \u00ab\u00a0Quand on n\u2019a pas la solution, les murs nous la renvoient\u00a0\u00bb. Il y a un savoir accumul\u00e9 dans cet endroit. Ce qui me para\u00eet \u00eatre le propre de L\u00f3czy, c\u2019est la notion de pr\u00e9vision. Emmi Pikler n\u2019a eu de cesse de transmettre \u00e0 ces femmes une certaine image du b\u00e9b\u00e9 en devenir. Ce que Pikler donnait aux parents et aux nurses, c\u2019est une image du b\u00e9b\u00e9 \u00e0 venir, tr\u00e8s puissante. Les nurses sont en pr\u00e9sence d\u2019un enfant qui vient de perdre ses parents ou qui a v\u00e9cu un traumatisme de s\u00e9paration tr\u00e8s fort et elles ne sont pas domin\u00e9es par l\u2019angoisse des cons\u00e9quences. En effet, Emmi Pikler leur dit\u00a0: \u00ab\u00a0Je vais vous montrer ce que ce b\u00e9b\u00e9, soign\u00e9 d\u2019une certaine mani\u00e8re, va \u00eatre capable de produire en activit\u00e9 libre, je vais vous montrer ce que ce b\u00e9b\u00e9 va \u00eatre\u00a0\u00bb. Il y a l\u00e0 un regard fondamentalement d\u00e9sali\u00e9nant pos\u00e9 sur l\u2019avenir de ce b\u00e9b\u00e9. C\u2019est une notion que j\u2019ai analys\u00e9e dans le livre et que je n\u2019ai pas \u00e9voqu\u00e9e dans le film.<\/p>\n\n\n<h2>Biographie<\/h2>\n<p>Bernard Martino est n\u00e9 le 11 novembre 1941 \u00e0 Alger. Il a fait ses \u00e9tudes \u00e0 l\u2019IDHEC (Institut des Hautes \u00c9tudes Cin\u00e9matographiques), XXI<sup>e<\/sup> promotion.<\/p>\n<h2>Principales r\u00e9alisations<\/h2>\n<p><strong>En collaboration avec Daniel Karlin<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Portrait de Bruno Bettelheim ou un autre regard sur la folie\u00a0\u00bb. S\u00e9rie de quatre \u00e9missions d\u2019une heure sur l\u2019autisme infantile. 1974.<\/p>\n<p><strong>En tant que co-auteur<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Des hommes libres\u00a0\u00bb. S\u00e9rie de cinq \u00e9missions d\u2019une heure sur une exp\u00e9rience de r\u00e9insertion de d\u00e9tenus r\u00e9cidivistes en Californie. 1978.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La raison du plus fou ou enqu\u00eate sur la sant\u00e9 mentale d\u2019un pays au-dessus de tout soup\u00e7on\u00a0\u00bb. s\u00e9rie de trois \u00e9missions de deux heures, avec Tony Lain\u00e9, p\u00e9dopsychiatre. 1980.<\/p>\n<p><strong>Auteur-r\u00e9alisateur de<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019am\u00e8re patrie\u00a0\u00bb. Documentaire fiction sur les enfants de Harki. 1981.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Histoire sans fioritures de six jeunes sans emploi\u00a0\u00bb. Documentaire fiction sur le th\u00e8me de r\u00e9insertion professionnelle. 1984.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mourir chez soi ou vivre ailleurs\u00a0\u00bb, sur les r\u00e9fugi\u00e9s politiques. Co-\u00e9crit et r\u00e9alis\u00e9 avec Michel Honorin. 1982.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le b\u00e9b\u00e9 est une personne\u00a0\u00bb. Co-auteur\u00a0: Tony Lain\u00e9 et Gilbert Lauzun. 1984.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La maison de Nanterre\u00a0\u00bb. S\u00e9rie de deux \u00e9missions sur les \u00ab\u00a0sans-domicile fixe\u00a0\u00bb. 1986.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Voyage au bout de la vie\u00a0\u00bb. S\u00e9rie de quatre fois une heure sur les choses de la mort. Co-auteur\u00a0: Marc Horwitz. 1987<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Paroles d\u2019enfants\u00a0\u00bb de six \u00e0 douze ans. Deux \u00e9missions d\u2019une heure. 1988.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quelques jours avec Alain Souchon\u00a0\u00bb. Collaboration au premier T\u00e9l\u00e9thon. 1989.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les champs de l\u2019invisible\u00a0\u00bb. S\u00e9rie de cinq fois une heure sur les ph\u00e9nom\u00e8nes paranormaux \u00e0 travers le monde. 1991.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le rap du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Une sur dix\u00a0: les femmes battues\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les hommes violents\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Cette folie que l\u2019on dit furieuse\u00a0\u00bb sur les fous criminels intern\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Sida urgences\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Heureux qui communique\u00a0\u00bb, sur le travail de groupe du psychosociologue Jacques Salom\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les g\u00e8nes de l\u2019espoir\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0AMGEN, le futur des biotechnologies\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le b\u00e9b\u00e9 est un combat\u00a0\u00bb. Trois fois une heure. 1993.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les grandes \u00e9nigmes de la science\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les enfants de Buchenwald\u00a0\u00bb. 1996.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0En qu\u00eate d\u2019immortalit\u00e9\u00a0\u00bb. Le r\u00eave du fond des \u00e2ges \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la science. 1997.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u00f3czy, une maison pour grandir\u00a0\u00bb. \u00c0 Budapest, un haut lieu de l\u2019enfance abondonn\u00e9e. 2000.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p><em>Le b\u00e9b\u00e9 est une personne<\/em>, 1985, Balland.<\/p>\n<p><em>Voyage au bout de la vie<\/em>, 1987, Balland.<\/p>\n<p><em>Les chants de l\u2019invisible<\/em>, 1990, Balland.<\/p>\n<p><em>Le b\u00e9b\u00e9 est un combat<\/em>, 1995, TF1 Editions.<\/p>\n<p><em>Enqu\u00eate d\u2019immortalit\u00e9<\/em>, 1998, JC Latt\u00e8s,<\/p>\n<p><em>Les enfants de la colline des Roses. L\u00f3czy, une maison pour grandir<\/em>, 2001, JC Latt\u00e8s.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p><div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9642?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sylvain Missonnier&nbsp;: Comment doit-on vous pr\u00e9senter, quelle est votre identit\u00e9 professionnelle&nbsp;? Bernard Martino&nbsp;: C\u2019est compliqu\u00e9. D\u2019ailleurs, dans votre num\u00e9ro de mars, Genevi\u00e8ve Delaisi de Parseval, qui est psychanalyste, me d\u00e9clare \u00ab&nbsp;inclassable&nbsp;\u00bb. 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