{"id":9632,"date":"2021-08-22T07:30:23","date_gmt":"2021-08-22T05:30:23","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/approche-psychosomatique-des-addictions-2\/"},"modified":"2021-09-24T12:13:53","modified_gmt":"2021-09-24T10:13:53","slug":"approche-psychosomatique-des-addictions","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/approche-psychosomatique-des-addictions\/","title":{"rendered":"Approche psychosomatique des addictions"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le corps-esprit addict\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>Les psychanalystes psychosomaticiens, en premier lieu M. Fain et J.Mc Dougall, ont contribu\u00e9 \u00e0 la connaissance psychosomatique des addictions. A leur suite, nous avons tent\u00e9 de repenser les liens entre comportements addictifs et maladie du corps en prenant en compte l\u2019apport incontournable de l\u2019\u0153uvre de P. Marty. La question du corps est en effet incluse dans l\u2019\u00e9tymologie du mot addiction. <em>Addictus<\/em> en latin est le substantif d\u2019<em>addico<\/em> et signifie \u201cesclave pour dette\u201d&nbsp;: il d\u00e9finissait ainsi une pratique de contrainte par corps inflig\u00e9e \u00e0 des d\u00e9biteurs (esclaves) ne parvenant pas \u00e0 honorer autrement leurs dettes (la d\u00e9finition n\u2019inclut donc pas la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la pr\u00e9sence d\u2019un objet). Le terme latin <em>ad-dicere<\/em>, signifiait \u201cdire \u00e0 \u201d, dire au sens d\u2019attribuer quelqu\u2019un \u00e0 quelqu\u2019un d\u2019autre en esclavage (l\u2019esclave \u00e9tait <em>dictus ad<\/em>, dit \u00e0 tel ma\u00eetre). On peut \u00eatre ainsi addict\u00e9 au jeu, aux aliments (boulimie) ou \u00e0 \u201cl\u2019absence d\u2019aliment\u201d (anorexie), au suicide, aux achats pathologiques, \u00e0 des toxiques (l\u2019alcool, le tabac, haschich, h\u00e9ro\u00efne, morphine, coca\u00efne), aux jeux, y compris vid\u00e9o, \u00e0 des m\u00e9dicaments, \u00e0 la sexualit\u00e9, au travail, \u00e0 l\u2019acte criminel ou encore \u00e0 la relation amoureuse et transf\u00e9rentielle&#8230; La notion d\u2019addiction n\u2019a de pertinence qu\u2019en raison de la possibilit\u00e9 de fournir un mod\u00e8le d\u2019interpr\u00e9tation de pathologies dissemblables (boulimie, alcoolisme, toxicomanies, etc) par l\u2019individualisation de dimensions psychopathologiques communes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Hypoth\u00e8ses freudiennes mod\u00e8les de la psychosomatique des addictions<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">1 \u2013 Premier mod\u00e8le freudien&nbsp;: masturbation<\/h3>\n\n\n\n<p>Freud eut tr\u00e8s t\u00f4t l\u2019intuition selon laquelle la drogue n\u2019\u00e9tait pas \u201cle\u201d toxique. \u201cL\u2019addiction \u00e0 l\u2019hypnose\u201d (<em>Sucht nach Hypnose<\/em>) repr\u00e9sentait pour Freud le paradigme r\u00e9v\u00e9lant l\u2019existence d\u2019une forme de relation de transfert passionnel &#8211; (\u201cfoule \u00e0 deux\u201d, communaut\u00e9 inavouable proche de la \u201ccommunaut\u00e9 du d\u00e9ni\u201d). Dans la lettre de Freud \u00e0 Fliess du 16 mars 1897, Freud signale l\u2019alternance entre somatisation, addiction \u00e0 l\u2019alcool et au jeu, ce qu\u2019il faut rapprocher de ce qu\u2019il \u00e9crit en 1890, dans <em>Traitement psychique<\/em>, o\u00f9 il emploie les termes de \u201c<em>Krankenhaften Gewohnheiten<\/em>\u201d, signifiant \u201chabitudes morbides\u201d pour d\u00e9signer l\u2019alcoolisme, la morphinomanie, la masturbation et les aberrations sexuelles. Le mot de <em>Sucht<\/em> -besoin, passion, d\u00e9sir- se retrouve dans le concept utilis\u00e9 par Freud d\u2019<em>Ursucht<\/em> d\u00e9finissant le \u201cbesoin primitif \u201d, \u201cla masturbation, la seule grande habitude, le \u201cbesoin primitif \u201d dont tous les app\u00e9tits, tels que le besoin d\u2019alcool, de morphine, de tabac, n\u2019en sont que des substitutifs, les produits de remplacement\u201d (lettre du 22 d\u00e9cembre 1897).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">2 \u2013 Deuxi\u00e8me mod\u00e8le&nbsp;: les n\u00e9vroses actuelles<\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019approche psychosomatique des addictions reprend, continue et d\u00e9veloppe les r\u00e9flexions et hypoth\u00e8ses \u201ctoxicologiques\u201d de S. Freud concernant les n\u00e9vroses actuelles qui aujourd\u2019hui trouvent de multiples points de rencontre avec les travaux neurobiologiques sur les addictions ou encore ses propositions de 1891 (<em>Les aphasies<\/em>) sur \u201cl\u2019image motrice\u201d, de 1896 (Manuscrit K ) sur la \u201crepr\u00e9sentation-limite\u201d et de 1895 (<em>L\u2019Esquisse<\/em>) sur la d\u00e9charge motrice et l\u2019action volontaire o\u00f9 Freud parle d\u2019images motrices et de leurs valeurs sensorielles qui les rendent proches des perceptions (cf. aujourd\u2019hui les neuronesmiroir).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tude sur les n\u00e9vroses d\u2019angoisse, ajout\u00e9e \u00e0 certains travaux, ceux sur la coca\u00efne et, d\u00e8s 1888, ceux portant sur l\u2019hyst\u00e9rie, permirent \u00e0 Freud de s\u2019interroger sur \u201cla formation d\u2019un surplus d\u2019excitation dans l\u2019organe psychique\u201d, question moderne qu\u2019ont retrouv\u00e9e, certes, l\u2019endocrinologie mais aussi l\u2019approche neurobiologique des addictions. Dans le Manuscrit E (1894), il postule l\u2019existence d\u2019un seuil d\u2019intensit\u00e9 \u00e0 partir duquel une excitation pourrait \u00eatre psychiquement utilis\u00e9e, hypoth\u00e8se qui donnera le concept de pulsion, celle-ci r\u00e9sultant d\u2019un certain travail psychique. A l\u2019origine de la n\u00e9vrose d\u2019angoisse, il postule une insuffisance de la libido psychique et une insuffisance de connexion psychique, ce dont s\u2019inspirera P. Marty lorsqu\u2019il parlera de la faiblesse d\u2019\u00e9paisseur, de fluidit\u00e9 et de permanence du pr\u00e9conscient chez les patients somatiques, \u00e0 la diff\u00e9rence des psychon\u00e9vroses de d\u00e9fense qui r\u00e9sultent du refoulement d\u2019un conflit sexuel infantile.<\/p>\n\n\n\n<p>La n\u00e9vrose d\u2019angoisse manifeste ainsi une frustration actuelle donnant un \u00e9tat toxique qui appara\u00eet comme le prototype de l\u2019affection de l\u2019organe psychique et \u00e9galement de \u201cl\u2019amour fou\u201d, passionnel auquel l\u2019addiction, par contre-investissement chimique et moteur, va r\u00e9pondre. Ce mod\u00e8le est similaire \u00e0 celui de la n\u00e9vrose traumatique, ou n\u00e9vrose d\u2019effroi (<em>Schreckneurose<\/em>) qui emp\u00eache l\u2019abr\u00e9action et favorise la formation d\u2019un groupe psychique s\u00e9par\u00e9 (<em>\u00c9tudes sur l\u2019Hyst\u00e9rie<\/em>, p.&nbsp;7 et 176).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">3 \u2013 Troisi\u00e8me mod\u00e8le&nbsp;: la pr\u00e9forme organique \u00e0 la pulsion<\/h3>\n\n\n\n<p>Freud offre un autre mod\u00e8le de l\u2019alcoolisme&nbsp;: l\u2019\u00e9pilepsie o\u00f9 il fait l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un m\u00e9canisme de d\u00e9charge pulsionnelle anormal pr\u00e9form\u00e9 organiquement&nbsp;; Freud postule ainsi l\u2019existence d\u2019une pr\u00e9formation organique (neuro-chimique, hormonale, instinctuelle&nbsp;?) de d\u00e9charge excitationnelle sousjacente \u00e0 la d\u00e9charge pulsionnelle et mise en \u0153uvre dans le <em>soma<\/em> lorsque l\u2019\u00e9conomie de l\u2019appareil psychique se trouve d\u00e9bord\u00e9e ou pr\u00e9matur\u00e9e. Dans l\u2019\u00e9pilepsie, la \u201cpr\u00e9forme organique de la d\u00e9charge pulsionnelle\u201d peut trouver \u00e0 se d\u00e9charger dans un \u201cappareil\u201d d\u2019emprise musculaire\u2026 comme dans les addictions.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019aspect op\u00e9ratoire et alexithymique du fonctionnement mental \u201caddict\u201d<\/h2>\n\n\n\n<p>Les descriptions des sujets somatisants et celles portant sur les sujets \u201caddicts\u201d ont amen\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9vidence que ces deux types de population pouvaient \u00eatre d\u00e9crits, sur le plan du fonctionnement psychique, de mani\u00e8re relativement proche&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>pr\u00e9sence d\u2019une \u201cpens\u00e9e op\u00e9ratoire\u201d;<\/li><li>probl\u00e9matiques de perte d\u2019\u00e9tayage pr\u00e9coce, de traumatismes massifs (sur le plan de l\u2019\u00e9tayage) -que nous avions qualifi\u00e9s de \u201ctraumatisme psychique pr\u00e9-psychique\u201d (par analogie au \u201ctraumatisme sexuel pr\u00e9sexuel\u201d d\u00e9crit par Freud concernant les n\u00e9vroses mais ici beaucoup plus pr\u00e9coce et aggravant le \u201cclivage\u201d pr\u00e9coce corps-esprit&nbsp;;<\/li><li>d\u00e9pression essentielle qui draine avec elle une baisse du tonus vital et des fonctions psychiques contre lesquelles les conduites addictives luttent de mani\u00e8re neurochimique.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Toute une psychodynamique de la motricit\u00e9 pulsionnelle inh\u00e9rente \u00e0 la relation d\u2019objet (Marty, 1955) se trouve ainsi perdurer dans les addictions au lieu de laisser place au fantasme comme \u201crepr\u00e9sentation d\u2019action\u201d et repr\u00e9sentant-repr\u00e9sentation de la pulsion. La question pos\u00e9e par S. Freud de la \u201crepr\u00e9sentation limite\u201d se retrouve ici pos\u00e9e dans les conduites addictives et proc\u00e9d\u00e9s auto-calmants comme F. Duparc l\u2019a montr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe une dimension alexithymique primaire dans les conduites addictives, en particulier alimentaires, comme le sugg\u00e8rent les donn\u00e9es \u00e9pid\u00e9miologiques. Cette dimension n\u2019est pas forc\u00e9ment g\u00e9n\u00e9tique, mais doit \u00eatre entendu au sens de fixations structurelles d\u2019un type de relation d\u2019objet. La dimension de la relation d\u2019objet se retrouve dans \u201cla phobie du relationnel\u201d propre \u00e0 l\u2019addict\u00e9 et que l\u2019on peut rattacher \u00e0 une angoisse plus r\u00e9gressive face \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. C\u2019est la probl\u00e9matique du couple d\u00e9pendance\/autonomie qui est ici en premi\u00e8re ligne sous l\u2019angle de la perte des limites et de la confusion (A. Green, 1982). Le sujet addict\u00e9 tend alors \u00e0 r\u00e9investir des traces corporelles lors de la perception de sa propre excitation et dans certaines situations d\u2019absence v\u00e9cues comme vide psychique. Certains \u201cseuils d\u2019intensit\u00e9 affective\u201d se trouvant constamment en risque d\u2019\u00eatre d\u00e9pass\u00e9s, \u201cl\u2019addict\u201d tente de contenir ces d\u00e9bordements par l\u2019usage d\u2019un objet d\u2019addiction qui a des effets corporels de \u201ccontenance\u201d \u00e0 tout d\u00e9bordement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Complexit\u00e9 et paradoxes de l\u2019approche psychosomatique des addictions<\/h2>\n\n\n\n<p>On peut se demander avec Kreisler, Fain et Soul\u00e9 si, chez certaines personnalit\u00e9s, il n\u2019existe pas une certaine contigu\u00eft\u00e9 entre une d\u00e9fense comportementale, l\u2019addiction, et une autre aboutissant \u00e0 une pathologie organique. On pourrait suivre P. Marty (1995, note 1 p.55) qui se posa la question de savoir si \u201cdes investissements toxicomaniaques modifiant l\u2019\u00e9conomie de certains sujets par des chemins hasardeux et pouvant mettre fin \u00e0 des d\u00e9pressions essentielles\u201d n\u2019\u00e9vitaient pas, \u00e0 court terme, des d\u00e9sorganisations somatiques. Cette question se pose aussi devant l\u2019apparent paradoxe qu\u2019est l\u2019absence de sensibilit\u00e9 particuli\u00e8re aux infections de patientes anorexiques en phase aigu\u00eb de d\u00e9nutrition et le retour d\u2019une vuln\u00e9rabilit\u00e9 normale lors des phases de restauration pond\u00e9rale. Citons U. Otto montrant que les adolescents suicidant d\u00e9veloppent \u00e0 distance plus de maladies organiques que les autres adolescents&nbsp;; ceci invite \u00e0 penser qu\u2019on ne peut encore une fois passer d\u2019une th\u00e9orie psychanalytique psychosomatique sur ces ph\u00e9nom\u00e8nes, m\u00eame si celle-ci doit prendre en compte les diff\u00e9rences entre les addictions. Le rapport addiction\/somatisation appara\u00eet donc complexe. \u201cUn genre de toxicomanie est d\u00e9couvert par certains jeunes enfants&nbsp;: le spasme du sanglot. Celui-ci correspond \u00e0 une v\u00e9ritable manipulation chimique par blocage de la respiration pour parvenir \u00e0 un \u00e9tat d\u2019inconscience\u201d, \u00e9crit M. Fain (1981).<\/p>\n\n\n\n<p>Cette atteinte des instincts d\u2019autoconservation qui recouvrent en psychanalyse les fonctions physiologiques se montre dans l\u2019observation de M. Fain d\u2019une femme de vingt-cinq ans ayant pr\u00e9sent\u00e9 dans son enfance des crises de spasmes du sanglot et qui en \u00e9tait \u00e0 la septi\u00e8me tentative de suicide par barbituriques&nbsp;: \u201cIl se r\u00e9v\u00e9la au cours de la psychoth\u00e9rapie que ces tentatives de suicide se pr\u00e9sentaient sous forme d\u2019acc\u00e8s aigus \u00e9quivalents \u00e0 une v\u00e9ritable toxicomanie\u201d. Charles-Nicolas relate le cas d\u2019une jeune femme, Elise, h\u00e9ro\u00efnomane, plac\u00e9e dans son enfance en nourrice par sa m\u00e8re qui ne la reprenait que le week-end et qui disait&nbsp;:\u201cJe vomissais tout le temps, j\u2019\u00e9tais toujours malade, ecz\u00e9ma sur le visage et psoriasis sur les jambes (\u2026), avec l\u2019h\u00e9ro\u00efne tout a disparu\u201d. On peut encore ajouter le propos de M. Monjauze qui rappelait que le peintre F. Bacon avait vu son asthme dispara\u00eetre lorsqu\u2019il se mit \u00e0 peindre et \u00e0 boire ou encore celui de B. Brusset (1985) relatant des cas de boulimies s\u2019\u00e9tant transform\u00e9es en pharmacomanies, en toxicomanies et en pratiques alcoolique ou d\u00e9linquantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Il appara\u00eet au regard de ces exemples qu\u2019une addiction pourrait suivre ou formuler autrement une pathologie somatique de l\u2019enfance et qu\u2019une pathologie somatique peut dispara\u00eetre avec une addiction&nbsp;!<br>A. Green, dans son \u00e9tude sur l\u2019affect n\u2019alla-t-il pas jusqu\u2019\u00e0 rapprocher pathologie psychosomatique et <em>acting-out<\/em>&nbsp;? \u201cCes observations (celles portant sur les patients psychosomatiques) nous ont fait penser que la crise somatique des psychosomatiques (ou de certains d\u2019entre eux) repr\u00e9sente un authentique <em>acting out<\/em>. Un agir au-dehors orient\u00e9 vers le dedans, car, comme dans l\u2019<em>acting-out<\/em>, le but essentiel est l\u2019expulsion de l\u2019intrus (l\u2019affect) hors de la r\u00e9alit\u00e9 psychique. C\u2019est ce qui nous incite \u00e0 rapprocher structure psychosomatique et structures psychopathiques. Le malade psychosomatique serait un psychopathe corporel, qui traite son corps comme les psychopathes traitent la r\u00e9alit\u00e9 sociale, avec une d\u00e9sinvolture extr\u00eame et o\u00f9 le sadomasochisme est de quelque mani\u00e8re non seulement inconscient, mais forclos\u201d. (p.181). C\u2019est toute la construction du \u201ccorps \u00e9rotique\u201d, de la sexualit\u00e9 psychique, du \u201cmasochisme de vie\u201d qui se trouve chez ces patients insuffisamment construit et pose la question d\u2019un sadisme anobjectal.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Addictions et proc\u00e9d\u00e9s autocalmants<\/h2>\n\n\n\n<p>La recherche de sensations d\u2019excitations a \u00e9t\u00e9 mise en \u00e9vidence par Zuckerman afin, pensait-il, pour les sujets addict\u00e9s, de maintenir un niveau \u00e9lev\u00e9 d\u2019activation c\u00e9r\u00e9brale ce qui, ajouterions-nous, permet de lutter contre la d\u00e9pression essentielle. Ayant recours \u00e0 une \u00e9conomie de la perception ces sujets, \u201cesclaves de la quantit\u00e9\u201d (M\u2019Uzan ), luttent contre le vide psychique ou une d\u00e9pression \u201cblanche\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Les addictions apparaissent comme permettant une resomatisation, par l\u2019excitation, des affects. Il s\u2019agirait d\u2019une ma\u00eetrise traumatolytique autocalmante p\u00e9riodique sur la part excitationnelle-sensorielle de la pulsion relative \u00e0 la p\u00e9riodicit\u00e9 de la vie instinctuelle, p\u00e9riodicit\u00e9 susceptible de surprendre le narcissisme du sujet \u00e0 n\u2019importe quel moment. Rappelons que le \u201cproc\u00e9d\u00e9 autocalmant\u201d, isol\u00e9 par les psychanalystes de l\u2019IPSO est un proc\u00e9d\u00e9 de port\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale, pr\u00e9sent chez tout individu&nbsp;: telle personne \u00e9prouvera le besoin, pendant qu\u2019elle \u00e9crit un texte, de d\u00e9ambuler&nbsp;; telle autre, pendant une discussion se mettra \u00e0 fumer, ou tel adolescent, comme le rapporte G. Szwec, aura besoin de taper tr\u00e8s fort sur une batterie pour r\u00e9p\u00e9ter un <em>trauma<\/em> aux traces sonores inconscientes encore vivaces.<br>Dans le proc\u00e9d\u00e9 autocalmant, et dans l\u2019addiction, l\u2019excitation-sensation vise ainsi \u00e0 contre-investir toute repr\u00e9sentation fantasmatique (repr\u00e9sentant-repr\u00e9sentation) de la pulsion. Ce contre-investissement est un investissement en contre. Pour J. Cournut, ce contre-investissement est une but\u00e9e contre la d\u00e9sintrication pulsionnelle&nbsp;: chez les sujets addicts dont nous parlons, ce contre-investissement est chimique, neuromusculaire, sensoriel. Les proc\u00e9d\u00e9s autocalmants agissent ainsi, comme l\u2019addiction selon Hopper, en bloquant les effets de l\u2019\u00e9v\u00e9nement traumatique&nbsp;: ils sont donc paradoxalement traumatolytiques. Les sujets addict\u00e9s, d\u00e9sertiques, paraissent essayer de combler par une activit\u00e9 relevant d\u2019un sadisme anobjectal cons\u00e9cutif \u00e0 un traumatisme pr\u00e9matur\u00e9 pour le Moi, une tension d\u2019excitation impossible \u00e0 psychiser (Freud, 1920).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Faillite de la transitionnalit\u00e9 et passion de la non-s\u00e9paration<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019addiction commence ainsi dans l\u2019apr\u00e8scoup de la pubert\u00e9, alors que l\u2019excitation libidinale en exc\u00e8s, non li\u00e9e psychiquement, fait sentir son effet toxique sur l\u2019appareil psychique. Selon J. McDougall, l\u2019addiction vise \u00e0 \u201cremplir le vide du monde int\u00e9rieur o\u00f9 fait d\u00e9faut une repr\u00e9sentation internalis\u00e9e d\u2019une instance maternelle r\u00e9confortante.\u201d Si l\u2019objet addictif est qualifi\u00e9 de transitoire, c\u2019est en raison de son incapacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9soudre durablement, \u00e0 l\u2019inverse de l\u2019objet transitionnel, le manque interne. \u201cLes objets addictifs \u00e9chouent n\u00e9cessairement dans le fait qu\u2019ils sont des tentatives d\u2019ordre somatique plut\u00f4t que psychologique pour faire face \u00e0 l\u2019absence ou \u00e0 la douleur mentale, et ne fournissent qu\u2019un soulagement temporaire \u00e0 la souffrance psychique.\u201d Ainsi, alors que la relation \u00e0 l\u2019objet transitionnel permet \u00e0 l\u2019aube de la subjectivit\u00e9 une appropriation des qualit\u00e9s de l\u2019objet maternel et une identification, la relation \u00e0 l\u2019objet-drogue se transforme en un besoin compulsif car \u201cl\u2019objet addictif est transitoire, toujours \u00e0 recr\u00e9er, car toujours en dehors\u201d. Nous sommes l\u00e0, comme avec nombre de somatisations, dans des probl\u00e9matiques psychiques archa\u00efques relevant de la \u201cpassion de la non-s\u00e9paration\u201d.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9632?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le corps-esprit addict\u00e9 Les psychanalystes psychosomaticiens, en premier lieu M. Fain et J.Mc Dougall, ont contribu\u00e9 \u00e0 la connaissance psychosomatique des addictions. 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