{"id":9628,"date":"2021-08-22T07:30:20","date_gmt":"2021-08-22T05:30:20","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/lenfant-et-la-douleur-autistique-entre-pulsion-et-objet-2\/"},"modified":"2021-10-02T14:58:54","modified_gmt":"2021-10-02T12:58:54","slug":"lenfant-et-la-douleur-autistique-entre-pulsion-et-objet","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/lenfant-et-la-douleur-autistique-entre-pulsion-et-objet\/","title":{"rendered":"L&rsquo;enfant et la douleur autistique. Entre pulsion et objet"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p>Il m\u2019importe tout d\u2019abord de remercier C. Chabert et M. Missonnier d\u2019avoir men\u00e9 \u00e0 bien l\u2019organisation d\u2019un si beau congr\u00e8s, sur un th\u00e8me dont l\u2019importance n\u2019\u00e9chappe \u00e0 personne, et cela a \u00e9t\u00e9 pour moi un grand plaisir et un grand honneur que d\u2019y participer. Mais cela m\u2019a aussi donn\u00e9 l\u2019occasion d\u2019une r\u00e9elle \u00e9motion car J.-B. Pontalis a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des trois analystes qui m\u2019ont accept\u00e9 pour ma formation dans le cadre de l\u2019<em>Association Psychanalytique de France<\/em>, et l\u2019entretien que j\u2019ai eu avec lui, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, demeure encore aujourd\u2019hui extr\u00eamement vif dans ma m\u00e9moire, plus de vingt ans apr\u00e8s&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Si j\u2019ai choisi de parler de la douleur des enfants autistes dans le cadre de ce colloque, c\u2019est parce que celle-l\u00e0 me semble avoir \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment ni\u00e9e et d\u00e9ni\u00e9e au fil des pol\u00e9miques haineuses et ravageuses qui ont eu lieu ces derni\u00e8res ann\u00e9es, et qui ont amen\u00e9 la disqualification que l\u2019on sait du soin psychique, de la psychanalyse et des psychoth\u00e9rapies dans le champ de l\u2019autisme infantile. J\u2019y reviendrai plus loin, apr\u00e8s avoir dit quelques mots de l\u2019autisme en tant que limbes du <em>Self<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Quelques mots \u00e0 propos de l\u2019autisme comme limbes du <em>Self<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019autisme infantile repr\u00e9sente l\u2019\u00e9chec le plus grave de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019intersubjectivit\u00e9, et partant de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la subjectivation. D. Houzel (2002) a souvent dit que le b\u00e9b\u00e9 devait d\u2019abord fonctionner avec un mixte de parties \u00ab&nbsp;d\u00e9j\u00e0 n\u00e9es&nbsp;\u00bb et de parties \u00ab&nbsp;non encore n\u00e9es&nbsp;\u00bb de son psychisme, les parties n\u00e9es \u00e9tant celles qui ont d\u00e9j\u00e0 pu \u00eatre contenues, m\u00eame partiellement, par le psychisme de l\u2019autre, les parties non n\u00e9es \u00e9tant celles qui, \u00e0 l\u2019inverse, n\u2019ont pas encore \u00e9t\u00e9 contenues et transform\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enfant autiste na\u00eet certes physiquement, mais il a de la peine \u00e0 na\u00eetre psychiquement, et il nous montre ce qu\u2019il en co\u00fbte d\u2019un trop long d\u00e9couplage entre sa naissance physique et sa naissance psychique, tel cet enfant dont je parle dans mon dernier ouvrage (B. Golse, 2013) et qui, plusieurs ann\u00e9es apr\u00e8s avoir \u00e9merg\u00e9 de sa bulle autistique, me disait de mani\u00e8re extraordinairement touchante&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quand je suis n\u00e9, je n\u2019\u00e9tais pas l\u00e0&nbsp;\u00bb. De ce fait, le terme m\u00eame d\u2019autisme qui renvoie au soi-m\u00eame (\u00ab&nbsp;autos&nbsp;\u00bb en grec) pourrait \u00eatre critiqu\u00e9, puisque pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019enfant autiste souffre de ne pouvoir \u00e9difier son Soi, de ne pouvoir instaurer son <em>Self<\/em>, et d\u00e8s lors parler de \u00ab&nbsp;personnes avec autisme&nbsp;\u00bb ressort, purement et simplement, de la langue de bois.<\/p>\n\n\n\n<p>Si G. Canguilhem (1975) avait pu, \u00e0 juste titre, utiliser la \u00ab&nbsp;parabole du bossu&nbsp;\u00bb pour indiquer que le sujet en situation de handicap ne saurait \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 son handicap (le bossu \u00e9tait selon lui, un homme normal plus une bosse), ceci ne convient en rien pour l\u2019enfant autiste qui, h\u00e9las, n\u2019est pas un enfant normal plus un autisme mais qui est, au contraire, un enfant en mal de soi.<\/p>\n\n\n\n<p>Nombre de recherches, dont celles d\u2019Albert Ciccone (2005), tournent aujourd\u2019hui autour de la notion de synchronie sensorielle seule \u00e0 m\u00eame de permettre la d\u00e9couverte de l\u2019objet, c\u2019est-\u00e0-dire de permettre au b\u00e9b\u00e9 de vivre l\u2019objet en ext\u00e9riorit\u00e9, et l\u2019on sait d\u00e9sormais l\u2019importance des rythmes interactifs qui d\u00e9pendent en partie de la dynamique fantasmatique inconsciente, m\u00eame si leur synchronisation passe par un \u00e9quilibre subtil entre mant\u00e8lement, d\u00e9mant\u00e8lement et segmentation (centrale, p\u00e9riph\u00e9rique ou interactive) des diff\u00e9rents flux sensoriels, comme cela appara\u00eet d\u00e9sormais de plus en plus clairement dans le cadre de notre programme de recherches dit \u00ab&nbsp;PILE&nbsp;\u00bb (Programme International pour le Langage de l\u2019Enfant) implant\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital Necker-Enfants Malades (Paris) depuis maintenant plusieurs ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Si D. Ribas (1992) a pu parler de m\u00e8re suffisamment \u00ab&nbsp;intricante&nbsp;\u00bb ou non, dans la perspective des pulsions de vie et des pulsions de mort, on pourrait aujourd\u2019hui parler de fonction parentale suffisamment synchronisante ou non, ce qui d\u00e9pend sans doute que de l\u2019adulte. En tout \u00e9tat de cause, la question qui se pose donc \u00e0 nous, aujourd\u2019hui, est celle de savoir quelle est la douleur qui s\u2019av\u00e8re possible, qui s\u2019av\u00e8re pensable alors m\u00eame que ni le sujet, ni l\u2019objet ne sont encore v\u00e9ritablement \u00ab&nbsp;n\u00e9s&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le terme de douleur n\u2019est-il pas, chez l\u2019enfant autiste, aussi pr\u00e9matur\u00e9 que celui d\u2019angoisse (F. Joly, 1999), l\u2019enfant autiste \u00e9chouant \u00e0 transformer ses flux sensoriels en flux relationnels, et donc \u00e0 psychiser ses perceptions et ses sensations&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Et pourtant \u2026 l\u2019enfant autiste souffre&nbsp;!<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019enfant autiste souffre intens\u00e9ment, n\u2019en d\u00e9plaise aux parents qui n\u2019aiment gu\u00e8re qu\u2019on le leur rappelle tant ils souffrent eux-m\u00eames de la souffrance de leur enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette souffrance de l\u2019enfant autiste, certes intermittente, est utile \u00e0 rappeler dans le contexte actuel qui s\u2019obs\u00e8de \u00e0 vouloir la d\u00e9nier, comme on le voit actuellement avec des recherches qui portent de plus en plus sur des sujets dits \u00ab&nbsp;Asperger&nbsp;\u00bb, et qui sont men\u00e9es de plus en plus souvent par des chercheurs qui ne sont plus aucunement engag\u00e9s dans le soin quotidien avec des enfants autistes au sens le plus strict du terme.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019insiste donc sur le fait que l\u2019autisme n\u2019est pas un choix de vie, que l\u2019autisme n\u2019est pas une simple mani\u00e8re d\u2019\u00eatre-au-monde parmi d\u2019autres possibles, et que sortir de l\u2019autisme n\u2019est pas non plus une partie de plaisir, si je prends la libert\u00e9 de m\u2019exprimer de la sorte.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on a pu s\u2019interroger sur ce qu\u2019il en est de la probl\u00e9matique de la s\u00e9paration et de la dynamique d\u00e9pressive en-de\u00e7\u00e0 de l\u2019objet, nous avons \u00e9galement \u00e0 le faire aujourd\u2019hui \u00e0 propos de la douleur, mais sans mettre en doute son existence chez les enfants autistes, car cette douleur est un fait clinique ind\u00e9niable, m\u00eame si elle peut appara\u00eetre comme discontinue.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Alors qu\u2019en est-il de cette souffrance, de cette douleur&nbsp;?<\/h2>\n\n\n\n<p>On sait que la croissance et la maturation psychiques supposent la mise en place de trois probl\u00e9matiques successives et interd\u00e9pendantes, \u00e0 savoir celle des enveloppes, celles des liens primitifs et celle des relations proprement dites avec des angoisses qui leur sont relativement sp\u00e9cifiques&nbsp;: des angoisses de perte d\u2019objet sur le plan des relations qui se jouent en atmosph\u00e8re triadique ou triangul\u00e9e, des angoisses d\u2019arrachage ou de d\u00e9-fusion sur le plan des liens primitifs qui se jouent en atmosph\u00e8re dyadique, et des angoisses dites archa\u00efques sur le plan des enveloppes qui se jouent en atmosph\u00e8re principalement monadique. Nos mots d\u2019adultes peinent \u00e0 \u00e9voquer ces angoisses archa\u00efques&nbsp;: angoisses de chute sans fond, angoisses de chute sans fin, angoisses de vidange, angoisses de liqu\u00e9faction, agonies primitives, angoisses catastrophiques \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Le terme d\u2019angoisse pr\u00e9vaut, pas celui de douleur, mais quoi qu\u2019il en soit, il s\u2019agit d\u2019angoisses qui se situent bien en de\u00e7\u00e0 du morcellement schizophr\u00e9nique puisqu\u2019\u00e0 ce stade, il n\u2019y a encore rien, h\u00e9las, \u00e0 morceler&nbsp;! On sait aussi la violence d\u00e9veloppementale qui peut s\u2019attacher au creusement de l\u2019\u00e9cart intersubjectif et au ratage des liens primitifs qui doivent pourtant accompagner ce creusement afin que l\u2019enfant ne se retrouve pas tout seul de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la rive de l\u2019\u00e9cart intersubjectif.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains enfants autistes \u00e9chouent \u00e0 creuser l\u2019\u00e9cart intersubjectif et, pour eux, l\u2019objet demeure, en quelque sorte, une question sans objet (autisme typique), tandis que d\u2019autres, ou les m\u00eames apr\u00e8s un certain temps d\u2019\u00e9volution, sont capables de prendre en compte cet \u00e9cart intersubjectif, mais ne tissent aucun lien pr\u00e9verbal, ce qui les confine dans une grande solitude, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la rive de l\u2019\u00e9cart intersubjectif, en quelque sorte.<\/p>\n\n\n\n<p>Les premiers suscitent chez l\u2019autre un contre-transfert extr\u00eamement douloureux fond\u00e9 sur un sentiment de d\u00e9ni d\u2019existence et sur un v\u00e9cu d\u2019\u00e9vacuation, tandis que les seconds suscitent un contre-transfert paradoxal dans la mesure o\u00f9 leur retrait a malgr\u00e9 tout valeur d\u2019appel, un peu dans la perspective de ce que l\u2019on observe chez les enfants gravement carenc\u00e9s ou d\u00e9pressifs.<\/p>\n\n\n\n<p>En fait, aujourd\u2019hui, pour tenter de mieux comprendre l\u2019existence de la souffrance autistique, je voudrais indiquer trois autre pistes de r\u00e9flexion&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>celle du d\u00e9sarroi pulsionnel en l\u2019absence d\u2019objet,<\/li><li>celle des d\u00e9pressions primitives \u00e0 valeur d\u2019amputations narcissiques,<\/li><li>et celle enfin qui nous est indiqu\u00e9e par l\u2019Addendum C de ISA (SF, 1926).<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>A propos de la s\u00e9paration, A. Green (1986) a sugg\u00e9r\u00e9 que l\u2019angoisse provenait, certes, de l\u2019absence d\u2019objet \u00e0 investir par la pulsion, mais qu\u2019il fallait \u00e9galement tenir compte de l\u2019excitation pulsionnelle en tant que telle, excitation \u00e0 vide d\u2019objet et susceptible par elle-m\u00eame d\u2019\u00eatre anxiog\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceci rejoint, me semble-t-il, ce que G. Haag (1993, 2002) nous dit de son c\u00f4t\u00e9, quant \u00e0 l\u2019absence de \u00ab&nbsp;point de rebond&nbsp;\u00bb utilisable par les enfants autistes dont les projections ne parviennent pas \u00e0 trouver de but\u00e9e dans le psychisme de leur partenaire relationnel et qui tombent ainsi, en quelque sorte, au del\u00e0 de la psych\u00e9 de l\u2019adulte qui ne les contient pas ou qui les contient mal.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Doit-on parler ici d\u2019angoisse ou de douleur&nbsp;?<\/h2>\n\n\n\n<p>Autre piste de r\u00e9flexion, celle des d\u00e9pressions primitives, probablement quasi constantes chez les enfants autistes. Ces d\u00e9pressions pr\u00e9cocissimes r\u00e9sulteraient, selon F. Tustin (1977, 1986, 1992), d\u2019une s\u00e9paration psychique pr\u00e9matur\u00e9e et d\u2019une rencontre avec un environnement dont la capacit\u00e9 de r\u00eaverie serait d\u00e9faillante, premier temps en creux d\u2019un traumatisme en plusieurs coups, selon l\u2019hypoth\u00e8se \u00e9voqu\u00e9e par R. Diatkine dans son article fameux de 1979 sur \u00ab&nbsp;le psychanalyste et l\u2019enfant avant l\u2019apr\u00e8s-coup&nbsp;\u00bb, v\u00e9ritable \u00ab&nbsp;vertige des origines&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, ces d\u00e9pressions primitives s\u2019organiseraient comme des pertes d\u2019objets encore tr\u00e8s narcissiques, elles seraient v\u00e9cues comme de v\u00e9ritables amputations de certaines parties de soi (\u00ab&nbsp;amputations du museau&nbsp;\u00bb), et l\u2019on voit bien, ici, \u00e0 quel point c\u2019est le travail psychique de l\u2019autre qui, comme l\u2019a bien montr\u00e9 A. Green dans son travail de 1987 (\u00ab&nbsp;La repr\u00e9sentation de chose entre pulsion et langage&nbsp;\u00bb), permet d\u2019abord la mentalisation (\u00ab&nbsp;j\u2019ai mal&nbsp;\u00bb) puis la figuration (\u00ab&nbsp;j\u2019ai mal \u00e0 ma m\u00e8re&nbsp;\u00bb).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Mais, l\u00e0 aussi, s\u2019agit-il d\u2019angoisse ou de douleur&nbsp;?<\/h2>\n\n\n\n<p>Troisi\u00e8me piste de r\u00e9flexion, enfin&nbsp;: celle de l\u2019Addendum C de S. Freud dans <em>Inhibition, sympt\u00f4me et angoisse<\/em> (1926). La douleur a pos\u00e9 probl\u00e8me \u00e0 S. Freud comme l\u2019indique le fait qu\u2019il n\u2019aborde cette question que dans le dernier Addendum de cet ouvrage. De cet Addendum intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Angoisse, douleur et deuil&nbsp;\u00bb, je retiendrai aujourd\u2019hui trois interrogations principales&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 <em>Quand la s\u00e9paration de l\u2019objet produit-elle l\u2019angoisse, quand produit-elle le deuil, et quand produit-elle seulement, peut-\u00eatre, de la douleur&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>S. Freud pr\u00e9cise alors qu\u2019angoisse et douleur sont encore indiff\u00e9renci\u00e9es chez le nourrisson, et il souligne l\u2019absence d\u2019objet \u00e0 la naissance, ce texte de 1926 devant \u00eatre lu comme une r\u00e9ponse au livre d\u2019O. RANK de 1924 sur <em>Le traumatisme de la naissance<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 <em>La douleur serait-elle la r\u00e9action propre \u00e0 la perte de l\u2019objet tandis que l\u2019angoisse serait la r\u00e9action au danger que comporte cette perte et, au terme d\u2019un d\u00e9placement suppl\u00e9mentaire, la r\u00e9action au danger de la perte de l\u2019objet elle-m\u00eame&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>S. Freud diff\u00e9rencie alors la douleur physique par effraction du syst\u00e8me pare-excitation externe, et la douleur psychique, la douleur int\u00e9rieure par effraction d\u2019une p\u00e9riph\u00e9rie interne et non plus externe.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 <em>Enfin, le passage de la douleur corporelle \u00e0 la douleur psychique correspond-elle \u00e0 la transformation de l\u2019investissement narcissique en investissement d\u2019objet&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ces trois interrogations nous aident, me semble-t-il, \u00e0 conceptualiser la douleur autistique. En effet, elles nous permettent d\u2019imaginer que, chez les enfants autistes, c\u2019est la difficult\u00e9 de transformer une souffrance corporelle en souffrance psychique qui est source de douleur.<\/p>\n\n\n\n<p>Certaines automutilations des enfants autistes, certains cognements de t\u00eate sur le plancher ou sur les murs viseraient alors \u00e0 activer une souffrance corporelle en mal de psychisation, pour tenter co\u00fbte que co\u00fbte cette transformation, pour en faire le pari, et ceci afin de ne pas laisser la douleur en souffrance pourrait-on dire&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Man\u0153uvre bien \u00e9videmment path\u00e9tique, man\u0153uvre en impasse, mais tentative quand m\u00eame de forcer le petit saut \u00e9nigmatique entre corps et psych\u00e9, et de fournir \u00e0 la pulsion un objet interne encore inaccessible ou non stabilis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>Ne pas reconna\u00eetre la souffrance des enfants autistes ne peut que l\u2019aggraver, et c\u2019est en quoi, me semble-t-il, les pol\u00e9miques actuelles sur l\u2019autisme sont \u2013 d\u2019abord et avant tout \u2013 extr\u00eamement cruelles pour les enfants autistes eux-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ce que j\u2019ai voulu montrer ici pour dire que le d\u00e9ni de leur souffrance a, bien entendu, valeur de d\u00e9fense et de protection des adultes qui les c\u00f4toient, mais qu\u2019il se retourne en dernier ressort contre les enfants et leur reconnaissance en tant que sujets en devenir.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>G. Canguilhem, <em>Le normal et le pathologique<\/em>, P.U.F., Paris, 1975<\/p>\n\n\n\n<p>A. Ciccone, \u00ab L\u2019exp\u00e9rience du rythme chez le b\u00e9b\u00e9 et dans le soin psychique \u00bb, <em>Neuropsychiatrie de l\u2019enfance et de l\u2019adolescence<\/em>, 2005, 1-2, 24-31<\/p>\n\n\n\n<p>R. Diatkine, \u00ab&nbsp;Le psychanalyste et l\u2019enfant avant l\u2019apr\u00e8s-coup ou le vertige des origines&nbsp;\u00bb, <em>Nouvelle Revue de Psychanalyse<\/em>, 1979, 19 (\u00ab&nbsp;L\u2019enfant&nbsp;\u00bb), 49-63.<\/p>\n\n\n\n<p>S. Freud (1926), <em>Inhibition, sympt\u00f4me et angoisse<\/em>, P.U.F., Coll. \u00ab&nbsp;Biblioth\u00e8que de Psychanalyse&nbsp;\u00bb, Paris, 1975 (5<sup>\u00e8me<\/sup> \u00e9d.)<\/p>\n\n\n\n<p>B. Golse, <em>Mon combat pour les enfants autistes,<\/em> Editions Odile Jacob, Paris 2013.<\/p>\n\n\n\n<p>A. Green, <em>Pulsion de mort, narcissisme n\u00e9gatif, fonction d\u00e9sobjectalisante<\/em>, 49-59, <em>in<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;La pulsion de mort&nbsp;\u00bb (ouvrage collectif), P.U.F., Paris, 1986<\/p>\n\n\n\n<p>A. Green, <em>La repr\u00e9sentation de chose entre pulsion et langage, Psychanalyse \u00e0 l\u2019Universit\u00e9<\/em>, 1987, 12, 47, 357-372<\/p>\n\n\n\n<p>G. Haag, <em>Hypoth\u00e8se d\u2019une structure radiaire de conte nance et ses transformations<\/em>, 41-59, In&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les contenants de pens\u00e9e&nbsp;\u00bb (ouvrage collectif), Dunod, Coll. \u00ab&nbsp;Inconscient et Culture&nbsp;\u00bb, Paris, 1993<\/p>\n\n\n\n<p>G. Haag, <em>Le th\u00e9\u00e2tre des mains<\/em>, Communication au Sixi\u00e8me Congr\u00e8s international sur l\u2019observation des nourrissons selon la m\u00e9thode d\u2019Esther Bick (communication non publi\u00e9e), Cracovie, septembre 2002<\/p>\n\n\n\n<p>D. Houzel, <em>L\u2019aube de la vie psychique \u2013 Etudes psychanalytiques<\/em>, ESF, Coll. \u00ab&nbsp;La vie de l\u2019enfant&nbsp;\u00bb, Paris, 2002<\/p>\n\n\n\n<p>F. Joly, <em>L\u2019angoisse dans l\u2019autisme et les \u00e9tats post-autistiques<\/em>, Editions du Septentrion, Lille, 1999.<\/p>\n\n\n\n<p>O. Rank, <em>Le traumatisme de la naissance<\/em>, Payot, Paris, 1976.<\/p>\n\n\n\n<p>D. Ribas, <em>Un cri obscur &#8211; L\u2019\u00e9nigme des enfants autistes<\/em>, Calmann-L\u00e9vy, Paris, 1992<\/p>\n\n\n\n<p>F. Tustin, <em>Autisme et psychose de l\u2019enfant<\/em>, Le Seuil, Coll. \u00ab&nbsp;Points&nbsp;\u00bb, Paris, 1977<\/p>\n\n\n\n<p>F. Tustin, <em>Les \u00e9tats autistiques chez l\u2019enfant<\/em>, Le Seuil, Paris, 1986.<\/p>\n\n\n\n<p>F. Tustin, <em>Autisme et protection<\/em>, Le Seuil, Coll. \u00ab&nbsp;La couleur des id\u00e9es&nbsp;\u00bb, Paris, 1992.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9628?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction Il m\u2019importe tout d\u2019abord de remercier C. Chabert et M. 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