{"id":9622,"date":"2021-08-22T07:30:20","date_gmt":"2021-08-22T05:30:20","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/dejouer-le-symptome-accueillir-la-souffrance-et-jouer-avec-psyche-2\/"},"modified":"2021-10-08T05:08:12","modified_gmt":"2021-10-08T03:08:12","slug":"dejouer-le-symptome-accueillir-la-souffrance-et-jouer-avec-psyche","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/dejouer-le-symptome-accueillir-la-souffrance-et-jouer-avec-psyche\/","title":{"rendered":"D\u00e9jouer le sympt\u00f4me, accueillir la souffrance et jouer avec Psych\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p>Le th\u00e8me de ce dossier interpelle des points fondamentaux de la pratique analytique contemporaine, principalement sa fonction th\u00e9rapeutique et l\u2019am\u00e9nagement de ses dispositifs. Mais de quel soin, de quelle maladie, de quelle gu\u00e9rison s\u2019agit-il&nbsp;? Nous sommes tous les h\u00e9ritiers de Freud, sur le chemin d\u2019une transmission qui nous permet de poursuivre sa r\u00e9flexion et de mettre au travail les outils conceptuels face \u00e0 l\u2019\u00e9largissement du champ clinique. D\u2019embl\u00e9e appara\u00eet la question de l\u2019articulation entre la maladie, le soin, la gu\u00e9rison. Contrairement au mod\u00e8le m\u00e9dical qui, \u00e0 partir du sympt\u00f4me se donnant \u00e0 voir, identifie la maladie, \u00e9tablit un diagnostic et un programme de soin qui aura des effets de gu\u00e9rison directement objectivables, le mod\u00e8le analytique s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la psych\u00e9, aux fantasmes, aux r\u00e9miniscences, aux entraves \u00e0 la repr\u00e9sentation et \u00e0 la pens\u00e9e. L\u2019analyste s\u2019en va \u00e0 la recherche des blessures de l\u2019\u00e2me qui plongent leurs racines dans l\u2019inconscient et tente, gr\u00e2ce \u00e0 un long travail, de les mettre en sens et en paroles. \u00ab&nbsp;La psychanalyse est n\u00e9e comme th\u00e9rapie, sa croissance est all\u00e9e bien au-del\u00e0, mais elle n\u2019a jamais abandonn\u00e9 son sol maternel et pour son approfondissement et son d\u00e9veloppement ult\u00e9rieur, elle est toujours li\u00e9e \u00e0 la fr\u00e9quentation des malades.&nbsp;\u00bb (Freud <em>in<\/em> Nouvelle suite des le\u00e7ons d\u2019<em>Introduction \u00e0 la psychanalyse<\/em>, OCF, XIX). Freud, donc, n\u2019abandonnera jamais le caract\u00e8re psychoth\u00e9rapeutique bien que sa conception du psychisme aura largement \u00e9volu\u00e9 tout au long de son \u0153uvre. Ses mod\u00e8les th\u00e9oriques auront subi de profonds remaniements li\u00e9s \u00e0 la d\u00e9couverte et \u00e0 la compr\u00e9hension progressive de la r\u00e9alit\u00e9 psychique inconsciente. Celle-ci se constitue en appui sur l\u2019oscillation entre les ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e9tudi\u00e9s et la construction des outils m\u00e9thodologiques qui les traitent. La cure doit \u00eatre racont\u00e9e au m\u00eame titre qu\u2019une exp\u00e9rience qui rend compte d\u2019une d\u00e9marche singuli\u00e8re et observable par un tiers, nous dit Freud. Quant \u00e0 Andr\u00e9 Green, il avance la conception d\u2019une pens\u00e9e clinique. \u00ab&nbsp;Ce par quoi nous sommes concern\u00e9s n\u2019est pas de savoir si nous avons affaire \u00e0 la douleur ou \u00e0 la jouissance, mais de savoir si l\u2019analyste peut y changer quelque chose, s\u2019il est en mesure de r\u00e9sister \u00e0 la tentation d\u2019en profiter aux d\u00e9pens de l\u2019analysant. Quoi qu\u2019il en soit, nous voil\u00e0 ici aux fronti\u00e8res de ce qui, pour \u00eatre de l\u2019ordre du mal-\u00eatre, pose n\u00e9anmoins la question de la maladie. De la clinique donc. Que le patient soit allong\u00e9 ou qu\u2019il soit face \u00e0 son analyste, le mal, dans tous les cas, aura fait ses ravages et remplac\u00e9 le plaisir d\u2019exister par un \u00e9tat qui para\u00eet plus pr\u00e8s de la mort que de la vie. Ce mal appelle un traitement, oblige \u00e0 rechercher une mani\u00e8re de traiter avec lui, soit encore d\u2019\u00eatre trait\u00e9 par un analyste. Pour d\u00e9faire le mal, ce dernier n\u2019a gu\u00e8re le choix. Le brillant esprit qu\u2019il peut \u00eatre ne peut se passer d\u2019\u00eatre clinicien. Mais un clinicien qui puisse penser comme pense la clinique.&nbsp;\u00bb ( Andr\u00e9 Green, <em>La pens\u00e9e clinique<\/em>, Ed. Odile Jacob, Paris, 2002). \u00ab&nbsp;Ne bougez pas, ne dites rien, ne me touchez pas&nbsp;\u00bb, s\u2019\u00e9criait Emmy von N (1889) en pr\u00e9cisant \u00e0 Freud les \u00e9l\u00e9ments du dispositif qu\u2019elle souhaitait pour se sentir libre de dire et de penser. Alors que Freud en \u00e9tait encore \u00e0 appliquer les traitements cathartiques, il se heurtait d\u00e9j\u00e0 aux d\u00e9sirs et aux r\u00e9sistances de ses patientes. Dix ans plus tard, il aura compl\u00e8tement modifi\u00e9 sa m\u00e9thode th\u00e9rapeutique&nbsp;: la m\u00e9thode hypnotique et suggestive laisse la place \u00e0 l\u2019association libre du c\u00f4t\u00e9 du patient \u00e0 laquelle r\u00e9pondent l\u2019\u00e9coute et l\u2019interpr\u00e9tation du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019analyste. La cure de parole est n\u00e9e &#8211; sous le primat de l\u2019interdit de toucher &#8211; \u00e9troitement associ\u00e9e \u00e0 l\u2019invention du dispositif analytique qui en assume le d\u00e9roulement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">D\u00e9jouer le sympt\u00f4me<\/h2>\n\n\n\n<p>Le sympt\u00f4me &#8211; vous l\u2019aurez compris &#8211; ne nous int\u00e9resse pas en tant que tel. Il s\u2019agit de le d\u00e9jouer, c\u2019est-\u00e0-dire de faire \u00e9chec \u00e0 son projet, \u00e0 son intrigue pour comprendre ce qu\u2019il cache, d\u00e9guise et montre tout \u00e0 la fois. Il fait signe et \u00e9loigne tout aussit\u00f4t. Lorsque j\u2019ai rencontr\u00e9 \u00c9milie, une petite fille de cinq ans, elle souffrait d\u2019un asthme grave&nbsp;; les crises \u00e9taient fr\u00e9quentes et son allergologue me l\u2019envoya. Je la recevais \u00e0 raison de trois s\u00e9ances par semaine et un v\u00e9ritable processus analytique \u2013 compte tenu de la sp\u00e9cificit\u00e9 de l\u2019enfance \u2013 put se d\u00e9ployer. Les crises d\u2019asthme repr\u00e9sentaient de v\u00e9ritables moments de d\u00e9bordement d\u2019un surplus d\u2019excitation court-circuitant la mentalisation et passant \u00e0 l\u2019\u00e9tat brut dans le <em>soma<\/em>. Un jour, elle me dit \u00ab&nbsp;Hier soir, je n\u2019allais pas tr\u00e8s bien&nbsp;; j\u2019avais jou\u00e9 avec ma s\u0153ur, il y avait beaucoup de poussi\u00e8res&#8230; je croyais que j\u2019allais avoir une crise d\u2019asthme et puis&#8230; cela a \u00e9t\u00e9 bien plus horrible, pas d\u2019asthme, mais un cauchemar.&nbsp;\u00bb Le voici&nbsp;: \u00c9milie se prom\u00e8ne avec une amie de sa m\u00e8re qui l\u2019invite au restaurant. Elle est tr\u00e8s heureuse et s\u2019amuse beaucoup. Dans le jardin de ce restaurant, on aper\u00e7oit deux cages, avec des loups. Ils sont destin\u00e9s \u00e0 la pr\u00e9paration de la sp\u00e9cialit\u00e9 de la maison&nbsp;: un d\u00e9licieux p\u00e2t\u00e9 de loup. Mais le plaisir est de courte dur\u00e9e car une cage est mal ferm\u00e9e, justement celle dans laquelle est enferm\u00e9 le loup maigre et affam\u00e9. La cage s\u2019ouvre et le loup se met \u00e0 les poursuivre. Elles montent des vol\u00e9es d\u2019escalier, sont essouffl\u00e9es et esp\u00e8rent \u00eatre sauv\u00e9es car le loup les suit avec peine. Mais, horreur, l\u2019escalier ne m\u00e8ne nulle part et elles sont pr\u00e9cipit\u00e9es dans le vide. \u00c9milie termine son r\u00e9cit excit\u00e9e et pleine d\u2019effroi. Surtout il ne faut plus en parler, comme si le loup allait surgir dans mon bureau&nbsp;: sc\u00e9nario onirique tellement pr\u00e9gnant qu\u2019il risque de d\u00e9border dans la r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure. Ce r\u00eave t\u00e9moigne d\u2019un travail d\u00e9j\u00e0 \u00e9labor\u00e9 de la part de l\u2019appareil psychique de la petite patiente. Elle semble surprise en d\u00e9couvrant l\u2019intensit\u00e9 de son angoisse li\u00e9e \u00e0 l\u2019image de ce loup affam\u00e9 et d\u00e9vorateur et se r\u00e9veille dans la terreur du vide.<\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu\u2019ici, le loup avait \u00e9t\u00e9 un animal pr\u00e9sent dans ses jeux, mais il \u00e9tait apprivois\u00e9 et tr\u00e8s gentil puisqu\u2019elle lui confiait ses objets pr\u00e9cieux et ses b\u00e9b\u00e9s. Un loup d\u00e9natur\u00e9 en quelque sorte. Et \u00e0 pr\u00e9sent, il \u00e9tait devenu ce monstre redoutable&nbsp;! Je peux lui montrer que ce cauchemar s\u2019est pass\u00e9 pendant le week-end, temps de s\u00e9paration entre elle et moi, et lui rappeler sa curiosit\u00e9 \u00e0 mon \u00e9gard et surtout le plaisir qu\u2019elle a pris \u00e0 prendre le r\u00f4le d\u2019une dame avec un mari et des enfants. \u00ab&nbsp;Ne me parle pas tout le temps de cela&nbsp;\u00bb, me r\u00e9pond-elle, \u00ab&nbsp;reprenons notre jeu.&nbsp;\u00bb Apr\u00e8s, elle prend le r\u00f4le f\u00e9minin, mais cette fois elle est enceinte et elle va accoucher incessamment. Sc\u00e8ne tr\u00e8s expressive o\u00f9 elle joint le geste \u00e0 la parole. A la fin de la s\u00e9ance, elle se pr\u00e9cipite sur moi et me prend mon soulier reconnu par elle comme un attribut f\u00e9minin intens\u00e9ment envi\u00e9. Le cauchemar ouvre ainsi une br\u00e8che dans la fa\u00e7ade des sc\u00e9narios oedipiens. Les attaques sadiques orales qui, dans une d\u00e9sintrication des pulsions libidinales et destructrices, renvoient \u00e0 une impulsion amoureuse infantile et se d\u00e9cha\u00eenent dans la sc\u00e8ne cauchemardesque. Pulsion orale figur\u00e9e par le loup affam\u00e9 dont la cage est ouverte. Partie avide et envieuse d\u2019\u00c9milie \u00e0 l\u2019\u00e9gard du sein maternel. Le p\u00e2t\u00e9 de loup est d\u2019ailleurs une nourriture des plus ambigu\u00ebs marquant la pr\u00e9carit\u00e9 du clivage entre le bon et le mauvais objet. Dans ce monde o\u00f9 l\u2019on s\u2019entre-mange, se d\u00e9coupent les deux personnages&nbsp;: l\u2019amie-m\u00e8re et l\u2019enfant, toutes deux aussi d\u00e9munies devant l\u2019imminence de la catastrophe. Ne se quittant pas, elles ne peuvent que fuir pour d\u00e9boucher sur l\u2019ab\u00eeme, l\u2019adulte n\u2019arrivant pas \u00e0 prot\u00e9ger l\u2019enfant des dangers qui la menacent. Pourtant, tout commen\u00e7ait par une invitation de sa part&nbsp;: manger ensemble, partager un plaisir oral. Mais cette invitation est d\u00e9j\u00e0 marqu\u00e9e du sceau de la catastrophe qui ne fera que se d\u00e9velopper dans un mouvement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9. Mont\u00e9e de l\u2019escalier, mont\u00e9e de l\u2019excitation qui, d\u00e9bordant l\u2019appareil psychique, d\u00e9bouche sur le vide, l\u2019asthme.<\/p>\n\n\n\n<p>Ne peut-on pas alors consid\u00e9rer ce cauchemar comme une premi\u00e8re repr\u00e9sentation du \u00ab&nbsp;trop&nbsp;\u00bb dont souffre \u00c9milie&nbsp;? Ce trop li\u00e9 au fantasme de sc\u00e8ne primitive qui la pr\u00e9cipite dans le monde des \u00e9motions et des affects inacceptables pour elle. Le moi est d\u00e9bord\u00e9 et attend une r\u00e9ponse d\u2019un objet secourable. Il repr\u00e9senterait donc un \u00e9v\u00e9nement dans la cha\u00eene des transformations qui sous-tend le travail psychique. Les jeux psychodramatiques qui avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le cauchemar pouvaient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme la construction de l\u2019espace analytique, aire transitionnelle &#8211; \u00ab&nbsp;entre deux&nbsp;\u00bb entre elle et moi &#8211; qui nous s\u00e9parait et nous unissait tout \u00e0 la fois (Winnicott). Un espace-cadre dans lequel \u00c9milie, auteur, metteur en sc\u00e8ne et actrice d\u00e9ployait les nombreux \u00e9pisodes de son th\u00e9\u00e2tre int\u00e9rieur, de son monde imaginaire. Elle m\u2019utilisait en tant que personnage r\u00e9el et imaginaire \u00e0 la fois, en ce lieu de cr\u00e9ation et d\u2019exp\u00e9rimentation, creuset d\u2019une possible rencontre avec l\u2019analyste capable de recevoir et de donner sens \u00e0 sa souffrance et \u00e0 sa destructivit\u00e9. De cette rencontre naissait progressivement sa capacit\u00e9 \u00e0 supporter la diff\u00e9rence, le conflit, l\u2019absence. Ainsi s\u2019instaurait un espace psychique o\u00f9 pourra se repr\u00e9senter l\u2019objet absent. C\u2019est ainsi que le cauchemar appara\u00eet comme un maillon de la cha\u00eene de transformations qui sous-tend le travail psychique et qui permet l\u2019av\u00e8nement du sens l\u00e0 o\u00f9 il fut interrompu. Passage du sympt\u00f4me somatique \u00e0 la mise en acte, en sc\u00e8ne, puis \u00e0 la mise en repr\u00e9sentation. Michel Fain, reprenant le cas de Dora, se pose la question de son \u00e9conomie psychique. Je le cite&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il ne me semble pas que le m\u00e9canisme hyst\u00e9rique ait offert \u00e0 lui seul, sur le plan \u00e9conomique, une issue suffisante aux \u00e9nergies engag\u00e9es. Une partie de celle-ci ne para\u00eet pas avoir \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e dans le jeu des investissements et des contre-investissements figur\u00e9 par le sympt\u00f4me (la g\u00eane respiratoire). Une partie restante a pu venir surcharger un autre syst\u00e8me en vue d\u2019obtenir une pure d\u00e9charge d\u00e9pourvue de sens et susceptible dans ses effets de se comporter comme un nouveau facteur de complaisance somatique, \u00e9ventuellement r\u00e9utilisable ult\u00e9rieurement pour exprimer un fantasme inconscient.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Les mouvements transf\u00e9rentiels ont donc mis en perspective un sympt\u00f4me somatique au travers d\u2019une succession de jeux psychodramatiques, donnant eux-m\u00eames lieu au surgissement d\u2019un cauchemar qui, \u00e0 son tour, se verra \u00eatre le point de d\u00e9part d\u2019une mise en repr\u00e9sentation qui se liera aux affects. Tout ce travail donnera lieu \u00e0 un r\u00e9am\u00e9nagement psychique, pare-excitant, et \u00e0 un nouvel investissement de soi, de l\u2019autre et de la r\u00e9alit\u00e9. Lorsque Freud s\u2019est confront\u00e9 aux sympt\u00f4mes des hyst\u00e9riques, il n\u2019a eu de cesse que d\u2019en d\u00e9couvrir le sens cach\u00e9, inconscient. D\u00e8s lors le sympt\u00f4me, comme le r\u00eave, les lapsus, les mots d\u2019esprit \u00e9taient d\u00e9finis comme l\u2019accomplissement sous une forme d\u00e9guis\u00e9e des \u00e9l\u00e9ments de la sexualit\u00e9 infantile refoul\u00e9s. Ces d\u00e9couvertes donnaient lieu au premier mod\u00e8le (1<sup>\u00e8re<\/sup> topique&nbsp;: Conscient \u2013 Pr\u00e9conscient \u2013 Inconscient).<\/p>\n\n\n\n<p>La cure-type s\u2019est constitu\u00e9e sur le mod\u00e8le du r\u00eave&nbsp;: inhibition de la motricit\u00e9, mise en suspens du perceptif au profit d\u2019une appr\u00e9hension de la r\u00e9alit\u00e9 psychique gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9gression topique. Mais \u2013 nous l\u2019avons vu \u2013 le r\u00eave peut devenir cauchemar. Le r\u00eave de la n\u00e9vrose traumatique r\u00e9v\u00e8le l\u2019\u00e9chec de sa fonction de r\u00e9alisation de d\u00e9sir. Les m\u00eames sc\u00e8nes s\u2019y reproduisent d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment sans espoir de transformation. Eternel retour \u00e0 la situation traumatique qui se r\u00e9p\u00e8te inlassablement, r\u00e9veillant le r\u00eaveur dans la terreur. A partir de 1920, le transfert ne sera plus du c\u00f4t\u00e9 du principe de plaisir mais sera le r\u00e9v\u00e9lateur d\u2019une compulsion de r\u00e9p\u00e9tition qui appara\u00eetra comme exigence de r\u00e9p\u00e9ter et d\u2019adresser une plainte en attente de r\u00e9ponse tout en \u00e9rigeant des d\u00e9fenses drastiques s\u2019opposant \u00e0 tout changement. Rien ne doit bouger. Pas de souvenirs, pas de repr\u00e9sentation. Le transfert sera davantage du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019acte que de la repr\u00e9sentation et de la rem\u00e9moration.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1937, Freud se heurte \u00e0 des rem\u00e9morations impossibles et requestionne la fonction de l\u2019analyste. \u00ab&nbsp;Il faut que, apr\u00e8s les indices \u00e9chapp\u00e9s \u00e0 l\u2019oubli, l\u2019analyste devine ou plus exactement construise ce qui a \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9. La fa\u00e7on et le moment de communiquer ces constructions \u00e0 l\u2019analysant, les explications dont l\u2019analyste les accompagne, ce sont l\u00e0 ce qui constitue la liaison entre les deux parties du travail analytique, celle de l\u2019analyste et celle de l\u2019analys\u00e9.&nbsp;\u00bb Avec l\u2019av\u00e8nement de la deuxi\u00e8me topique (Moi &#8211; \u00c7a &#8211; Surmoi), Freud nous pr\u00e9sente une nouvelle conception de l\u2019appareil psychique&nbsp;: v\u00e9ritable th\u00e9\u00e2tre interne qui d\u00e9crit un syst\u00e8me de relations entre les instances qui ne font pas toujours bon m\u00e9nage. <em>\u00c9ros<\/em> et <em>Thanatos<\/em> entrent sur la sc\u00e8ne psychique. La situation traumatique sera explor\u00e9e non pas tant au niveau de ses contenus que de ses conditions d\u2019\u00e9mergence&nbsp;: exp\u00e9rience d\u2019impuissance du Moi confront\u00e9 \u00e0 une accumulation d\u2019excitations internes et externes. Les exp\u00e9riences traumatiques se rattachent \u00e0 des impressions de nature sexuelle et agressive, certainement aussi \u00e0 des atteintes pr\u00e9coces du Moi. Si Freud pr\u00e9sentait l\u2019\u00e9tat de d\u00e9tresse originaire comme le prototype de la situation traumatique dans le cadre d\u2019un mod\u00e8le essentiellement \u00e9nerg\u00e9tique, ses successeurs suivront la voie \u00e0 l\u2019exploration des qualit\u00e9s formelles et dynamiques de la psych\u00e9. Elle est anim\u00e9e par des mouvements progr\u00e9dients et r\u00e9gr\u00e9dients. Mais avec la d\u00e9finition du trauma comme \u00e9tant d\u2019essence essentiellement narcissique, aux fondements m\u00eames de la vie psychique, se pose alors la question de la dialectique r\u00e9alit\u00e9 psychique \u2013 r\u00e9alit\u00e9 du monde ext\u00e9rieur et de l\u2019objet. La qualit\u00e9 psychique d\u00e9pend d\u2019une rencontre primordiale entre le moi et ses objets primaires. Pour gu\u00e9rir, il faut \u00eatre deux. Pour na\u00eetre \u00e0 la vie psychique, il faut deux psychismes&nbsp;: celui de la m\u00e8re, celui de l\u2019enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>La conception de la maladie, du soin et de la gu\u00e9rison subit forc\u00e9ment, elle aussi, des remaniements. Partant des sympt\u00f4mes hyst\u00e9riques, on est pass\u00e9 \u00e0 la prise en compte d\u2019une souffrance psychique dont les aspects \u00e9nigmatiques et inconscients peuvent faire surgir des angoisses li\u00e9es \u00e0 la perte de sens, \u00e0 la crainte de l\u2019effondrement, \u00e0 la terreur sans nom. La souffrance psychique peut tout aussi bien \u00eatre li\u00e9e \u00e0 une conflictualit\u00e9 interne qu\u2019\u00e0 une d\u00e9faite des processus psychiques eux-m\u00eames. C\u2019est la perte et le non-advenu de soi qui retient l\u2019attention, l\u2019\u00e9coute et la pratique de l\u2019analyste. Le travail de gu\u00e9rison passe alors par les retrouvailles avec l\u2019inqui\u00e9tant et l\u2019\u00e9nigmatique d\u2019une souffrance dont on ne veut rien savoir et qui pourtant, pas \u00e0 pas, sera mise en acte, puis en sc\u00e8ne, puis en sens dans la situation analytique. Finalement, ce sont les retrouvailles avec ces parts non \u00e9labor\u00e9es, non symbolis\u00e9es, non repr\u00e9sent\u00e9es (le vide dans le r\u00eave d\u2019\u00c9milie) qui seront les conditions et le moteur de la relation transf\u00e9ro-contretransf\u00e9rentielle. Oui, pour gu\u00e9rir il faut \u00eatre deux. La souffrance de l\u2019un s\u2019adresse \u00e0 l\u2019\u00e9coute de l\u2019autre. Gu\u00e9rir, c\u2019est chercher une certaine v\u00e9rit\u00e9, pas celle miraculeuse d\u2019une r\u00e9v\u00e9lation imm\u00e9diate mais celle qui se manifeste par la surprise d\u2019un surgissement perturbateur venu de l\u2019inconscient, petits fragments, petites pi\u00e8ces de chapitres manquants de l\u2019histoire du sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>Ferdinando Camon commenta abondamment dans ses romans ce qu\u2019est une analyse, la sienne plus pr\u00e9cis\u00e9ment, \u00ab&nbsp;<em>La Malatia chiamata uomo<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019analyste repr\u00e9sente pour son patient une inconnue. Ce non-savoir est une condition pr\u00e9alable de l\u2019analyse&nbsp;: il la motive. Nos souvenirs sont comme une pellicule impressionn\u00e9e&nbsp;; l\u2019analyse est une surimpression&nbsp;: on r\u00e9emploie la m\u00eame pellicule et les nouvelles images de l\u2019analyse viennent s\u2019imprimer sur les images anciennes de la vie. En regardant \u00e0 contre-jour une pellicule doublement expos\u00e9e, on ne voit plus tr\u00e8s bien ce qu\u2019elle contient, on ne distingue plus le nez de l\u2019analyste de celui du p\u00e8re&nbsp;; sur ce portrait de famille, on ne sait pourquoi il y a un personnage suppl\u00e9mentaire. L\u2019analyse existe pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il y a cette \u00e9nigme \u00e0 r\u00e9soudre. Sans \u00e9nigme, l\u2019analyse n\u2019a pas lieu.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Accueillir la souffrance et jouer avec <em>Psych\u00e9<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p>Comment donc accueillir la souffrance qui nous est adress\u00e9e&nbsp;? Comment lever les entraves, les r\u00e9sistances que les patients toujours nous font vivre, exp\u00e9rimenter et travailler&nbsp;? Je pense \u00e0 un nombre important de personnes que nous rencontrons dans l\u2019intimit\u00e9 de nos \u00e9changes transf\u00e9ro-contre-transf\u00e9rentiels dont les capacit\u00e9s de symbolisation et de pens\u00e9e sont d\u00e9faillantes et dont le manque \u00e0 repr\u00e9senter se laisse appr\u00e9hender en s\u00e9ance par la pr\u00e9valence du registre perceptif, moteur et hallucinatoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 ces \u00e9tats de d\u00e9faite psychique et de troubles de la pens\u00e9e, mon \u00e9coute s\u2019est progressivement modifi\u00e9e, entra\u00eenant n\u00e9cessairement un \u00e9toffement et un \u00e9clairage neuf de mon propre fonctionnement psychique, de m\u00eame qu\u2019une transformation des modalit\u00e9s d\u2019intervention en s\u00e9ance. Peut-\u00eatre ai-je appris \u00e0 mieux jouer en donnant une chance \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience informe &#8211; comme dit Winnicott &#8211; une chance aux pulsions motrices et sensorielles de se manifester car elles sont la trame du jeu. Construire, trouver-cr\u00e9er une forme qui contiendra et r\u00e9v\u00e9lera l\u2019informe tapi au sein de toute psych\u00e9. La recherche du dispositif optimum qui permet l\u2019av\u00e8nement d\u2019un processus analytique passe donc par le travail contretransf\u00e9rentiel de l\u2019analyste. Celui-ci met en tension son \u00e9coute, sa capacit\u00e9 d\u2019attente et d\u2019accueil des projections et motions pulsionnelles de son patient, son auto-analyse et une souplesse indispensable vis-\u00e0-vis de ses mod\u00e8les th\u00e9oriques (<em>cf.<\/em> Bion). Ainsi, l\u2019analyste ne peut se d\u00e9rober \u00e0 une exp\u00e9rience dont l\u2019\u00e9tranget\u00e9 et l\u2019incompr\u00e9hensible suscitent en lui angoisse, inconfort et r\u00e9sistance.<\/p>\n\n\n\n<p>La modalit\u00e9 transf\u00e9rentielle, lors de la prise en charge des patients pr\u00e9sentant des troubles de la pens\u00e9e et de la symbolisation, nous confronte plus encore \u00e0 l\u2019\u00e9nigmatique d\u2019une souffrance dont le sujet est v\u00e9ritablement coup\u00e9 tant est massif le d\u00e9sinvestissement des objets, des liens \u00e0 ceux-ci, de la r\u00e9alit\u00e9 psychique elle-m\u00eame et finalement, dans les \u00e9tats psychotiques, de tout ce qui a fonction de lien avec le monde ext\u00e9rieur. Par ailleurs, nous pouvons \u00eatre confront\u00e9s en s\u00e9ance \u00e0 de tels moments qui peuvent parfois passer inaper\u00e7us lorsqu\u2019ils sont passagers et nous mettent en contact avec un sentiment d\u2019inanit\u00e9, de flottement. Nous sommes parfois habit\u00e9s par des sensations dont nous ne pouvons saisir le sens que dans des apr\u00e8s-coups successifs. Dans cet \u00e9tat de r\u00e9gression formelle, temporelle et topique, nous pouvons \u00e9prouver un sentiment de vacillement identitaire. Un patient m\u2019avait emmen\u00e9e dans le marasme de sa vie psychique et dans l\u2019\u00e9prouv\u00e9 d\u2019un temps fig\u00e9 et \u00e9ternel. Il voulait que je l\u2019aide \u00e0 survivre pour ne pas avoir \u00e0 vivre et \u00e0 changer, pour ne pas avoir \u00e0 vivre la rencontre avec l\u2019objet analyste et les turbulences \u00e9motionnelles dont il s\u2019\u00e9tait absent\u00e9. Un jour, il me demanda s\u2019il pouvait me confier ce qu\u2019il vivait vraiment&nbsp;: la nuit, il avait des sensations bizarres, une sorte de cauchemar de sensations, \u00e9tait-il \u00e9veill\u00e9 ou endormi&nbsp;? Il semblait terroris\u00e9. A ce moment, je suis moi-m\u00eame prise de naus\u00e9es et je me sens angoiss\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9e que je pourrais perdre connaissance&nbsp;; j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019il scrute mon regard et me dit qu\u2019il sent pr\u00e9cis\u00e9ment\u2026. je l\u2019\u00e9coute \u00e0 peine, toute occup\u00e9e \u00e0 r\u00e9soudre mon malaise. Mais j\u2019entends qu\u2019il me parle de la peau de son visage qui devient molle et se r\u00e9tracte ou se d\u00e9tache. Je parvins, je ne sais comment, \u00e0 sortir de ma sid\u00e9ration et je lui dis dans un \u00e9tat quasi hallucinatoire \u2026 \u00ab&nbsp;une peau de chagrin&nbsp;\u00bb. A partir de mes sensations de mal-\u00eatre, avait \u00e9merg\u00e9 une figuration, n\u00e9e de la r\u00e9gression topique de ma pens\u00e9e, une r\u00e9gression traumatique, un vacillement identitaire, l\u2019angoisse d\u2019\u00eatre absent\u00e9e. Une figuration que je pus transmettre \u00e0 mon patient et qui put lui permettre de capter quelque chose de sa violence et de sa d\u00e9pression sans repr\u00e9sentations, que nous pouvions partager. A la s\u00e9ance suivante, il ramena l\u2019effroi de la nuit&nbsp;: une \u00e9norme silhouette noire sans chair et sans visage se dressait au pied de son lit. Il associa \u00e0 une m\u00e8re lointaine, une m\u00e8re dont le visage ne refl\u00e9tait rien et un corps vid\u00e9 de sa vitalit\u00e9. Une sorte de fant\u00f4me, un revenant qui \u00e9tait son invention n\u00e9e de la rencontre transf\u00e9rentielle. Il figurait et condensait tout \u00e0 la fois le manque \u00e0 repr\u00e9senter, le travail de symbolisation, de liaison et le chemin que nous avions \u00e0 parcourir pour rendre corps, visage et vie \u00e0 l\u2019objet maternel d\u00e9faillant. A partir d\u2019un envahissement sensoriel avait pu \u00e9merger en moi une figuration (la peau de chagrin ) dont l\u2019\u00e9nonc\u00e9 avait produit ses effets dans la psych\u00e9 de mon patient qui avait pu produire une figure onirique ou hallucinatoire, la forme d\u2019un personnage ali\u00e9nant et antipsychique. On peut faire l\u2019hypoth\u00e8se que, projet\u00e9es dans le champ analytique, les hallucinations sensorielles r\u00e9activaient les premi\u00e8res traces de la perte du contenant maternel. La formulation de Bollas me semble int\u00e9ressante lorsqu\u2019il parle de l\u2019objet transformationnel qui pr\u00e9c\u00e8de l\u2019objet transitionnel&nbsp;; il fait remarquer que la m\u00e8re, objet subjectif, est moins importante et moins identifiable en tant qu\u2019objet que comme processus identifi\u00e9 \u00e0 l\u2019accumulation des transformations d\u2019origine interne et externe.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 des mots et de la recherche de sens, nous ne pouvons pas nous d\u00e9rober \u00e0 la pr\u00e9valence du sensoriel, du perceptif&nbsp;: la prosodie nous ramenant \u00e0 l\u2019utilisation sensorielle du langage, les mots redeviennent sensation, chose, acte. Partir en qu\u00eate des zones psychiques dont le sujet s\u2019est absent\u00e9, se frotter \u00e0 l\u2019informe, souffrir de ne pouvoir comprendre, cheminer en terre inconnue. C\u2019est comme cela que nous rencontrons la souffrance psychique incommunicable de nos patients et que prend corps le processus de gu\u00e9rison analytique. Lorsque l\u2019opportunit\u00e9 nous est donn\u00e9e d\u2019un cheminement suffisamment long, les d\u00e9fenses c\u00e8dent le pas pour la laisser appara\u00eetre&nbsp;: elle est faite de rage, de d\u00e9sespoir et de terreur. Elle ne se pr\u00e9sente pas au travers d\u2019un processus de rem\u00e9moration mais par le retour de zones cliv\u00e9es, territoires abandonn\u00e9s de la psych\u00e9, \u00e9l\u00e9ments non encore symbolis\u00e9s ayant valeur traumatique au sein m\u00eame de la relation analytique. \u00c9lans pulsionnels non li\u00e9s en qu\u00eate de la r\u00e9ponse psychisante de l\u2019objet qui donnera une qualit\u00e9 \u00e9motionnelle et affective aux sensations qui deviendront d\u00e8s lors substance psychique, premi\u00e8re trace des premiers mouvements pulsionnels. L\u2019espace de la relation analytique se verrait ainsi \u00eatre le lieu d\u2019une mise en tension entre le retour d\u2019une exp\u00e9rience traumatique irrepr\u00e9sent\u00e9e et impensable et le surgissement d\u2019\u00e9v\u00e9nements al\u00e9atoires inconnus de l\u2019analyste et de l\u2019analysant. La surprise qui anime la capacit\u00e9 ludique et cr\u00e9ative de tout \u00eatre humain, au long de sa vie. Mais la souffrance psychique fait obstacle au jeu psychique. Des obstacles se mettent en travers du chemin.<\/p>\n\n\n\n<p>Les analystes d\u2019enfants, les psychodramatistes, mais aussi les psychoth\u00e9rapeutes et analystes d\u2019adultes savent bien que lorsqu\u2019\u00e9merge dans la s\u00e9ance ce qui ne peut encore \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9 sous forme d\u2019une sensation, d\u2019une agitation motrice, l\u2019analyste refait dans l\u2019actualisation de la s\u00e9ance le chemin qui, de la sensation, du peau \u00e0 peau et de l\u2019identique, m\u00e8ne par l\u2019activit\u00e9 ludique \u00e0 la modulation des angoisses et \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de l\u2019absence. C\u2019est avec l\u2019autre que l\u2019on joue\u00a0; le jeu d\u00e9busque ce que l\u2019on ne peut encore dire et se dire. Le jeu est mouvement psychique. Il introduit une c\u00e9sure dans la r\u00e9p\u00e9tition, introduit la vie l\u00e0 o\u00f9 elle est p\u00e9trifi\u00e9e et le sympt\u00f4me devient un objet \u00e0 explorer ensemble. Avec les adultes en face \u00e0 face, ou dans certains moments du processus analytique, l\u2019\u00e9coute de l\u2019analyste est particuli\u00e8rement habit\u00e9e par sa capacit\u00e9 ludique, par son travail de figurabilit\u00e9. Parce que le patient se montre alors particuli\u00e8rement sensible aux modalit\u00e9s d\u2019intervention de l\u2019analyste\u00a0: ses rythmes d\u2019intervention, l\u2019intonation de la voix, le maniement des mots au plus pr\u00e8s des \u00e9prouv\u00e9s, des enveloppes et des espaces psychiques, bref \u00e0 un aspect plus psychodramatique de sa prise de parole. Les mots sont faits de chairs et d\u2019affects. Il n\u2019est pas ais\u00e9 d\u2019inventer une mani\u00e8re d\u2019approcher la souffrance li\u00e9e aux d\u00e9faillances du lien primaire, de retrouver les traces du non-advenu de soi et de rassembler les fragments \u00e9pars et perdus d\u2019une histoire pass\u00e9e. M\u00eame chez l\u2019enfant, ce qui se pr\u00e9sente en s\u00e9ance ne respecte jamais la chronologie d\u2019un d\u00e9veloppement lin\u00e9aire\u00a0; les diff\u00e9rents temps de l\u2019histoire pr\u00e9coce non rem\u00e9morables sont amalgam\u00e9s dans l\u2019actualisation de la s\u00e9ance et les souvenirs subissent des remaniements en fonction des mouvements pulsionnels, de leurs interdits et des d\u00e9fenses mises en \u0153uvre. Le travail du jeu est fiction et r\u00e9alit\u00e9, il d\u00e9place les objets (le sein du jeu n\u2019est pas le vrai sein) et comme c\u2019est avec l\u2019autre que l\u2019on joue, il met en tension un mouvement d\u2019oscillations r\u00e9ciproques dedans-dehors. Tout se passe comme s\u2019il se constituait un espace pour externaliser ce que l\u2019on aura \u00e0 introjecter, pour mettre sur la sc\u00e8ne ext\u00e9rieure des objets en voie de transformation et d\u2019introjection. Winnicott (1975) nous avait bien montr\u00e9 tout au long de son \u0153uvre combien nous devions inventer et cr\u00e9er le cadre optimum pour permettre \u00e0 nos patients d\u2019acc\u00e9der au <em>comme si<\/em> du jeu et combien nous devions faire quelque chose pour leur permettre d\u2019avoir la capacit\u00e9 de jouer. On pourrait imaginer que les jeux de transfert p\u00e9triraient des formes au service des repr\u00e9sentations \u00e0 venir chez l\u2019analysant et de l\u2019acte d\u2019interpr\u00e9tation chez l\u2019analyste. Interpr\u00e9tation \u00e9nonc\u00e9e en appui sur le jeu. D\u2019autre part notre style r\u00e9v\u00e8le notre subjectivit\u00e9 mais toujours existe le hiatus entre ce qui est attendu et ce qui est per\u00e7u, entre ce qui est et ce qui a \u00e9t\u00e9, entre ce qui est \u00e9tranger et familier. Le soin psychique passe par la travers\u00e9e de l\u2019inqui\u00e9tant et nous sommes alors bien loin du sympt\u00f4me et de la plainte\u00a0; on passe par la souffrance pour gu\u00e9rir, ce qui fait dire \u00e0 Freud que \u00ab\u00a0la vie est bien difficile.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Bollas, Ch., (1995), \u00ab&nbsp;L\u2019objet transformationnel&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Revue Fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, PUF.<\/p>\n\n\n\n<p>Fain M., (1971), \u00ab\u00a0Pr\u00e9lude \u00e0 la vie fantasmatique\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Revue Fran\u00e7aise de Psychanalyse<\/em>, 2-3.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S., (1953),\u00a0<em>Cinq Psychanalyses<\/em>, PUF, (1995) Nouvelle suite des le\u00e7ons d\u2019introduction \u00e0 la psychanalyse, OCF XIX, PUF.<\/p>\n\n\n\n<p>Green A., ( 2002),\u00a0<em>La Pens\u00e9e clinique<\/em>, Ed Odile Jacob Winnicott D., (1971),\u00a0<em>Jeu et r\u00e9alit\u00e9<\/em>, Ed Gallimard.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9622?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction Le th\u00e8me de ce dossier interpelle des points fondamentaux de la pratique analytique contemporaine, principalement sa fonction th\u00e9rapeutique et l\u2019am\u00e9nagement de ses dispositifs. 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