{"id":9601,"date":"2021-08-22T07:30:17","date_gmt":"2021-08-22T05:30:17","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/suicidalite-et-addictions-donnees-epidemiologiques-et-reflexions-psychopathologiques-2\/"},"modified":"2022-05-02T15:20:42","modified_gmt":"2022-05-02T13:20:42","slug":"suicidalite-et-addictions-donnees-epidemiologiques-et-reflexions-psychopathologiques","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/suicidalite-et-addictions-donnees-epidemiologiques-et-reflexions-psychopathologiques\/","title":{"rendered":"Suicidalit\u00e9 et addictions : donn\u00e9es \u00e9pid\u00e9miologiques et r\u00e9flexions psychopathologiques"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">I \u2013 Donn\u00e9es \u00e9pid\u00e9miologiques r\u00e9centes<\/h2>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on prend en compte dans un premier temps, les \u00e9tudes d\u2019importance \u00e9valuant chez les suicidants la comorbidit\u00e9 addictive, on rel\u00e8ve les donn\u00e9es suivantes&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Brent et coll. (1990) mettent en exergue la d\u00e9pression, surtout la double d\u00e9pression (ajout d\u2019une d\u00e9pression majeure sur un fond de dysthymie) et pr\u00e9cisent que le risque est augment\u00e9 lorsque cette d\u00e9pression est de plus associ\u00e9e \u00e0 une toxicomanie. Eyman et coll. (1990) citent de m\u00eame parmi les nombreux facteurs de risque de tentatives de suicides, l\u2019abus de substances. Stoelb et coll. (1998) distinguent des facteurs de risque primaires&nbsp;; une tentative de suicide ant\u00e9rieure, les troubles de l\u2019humeur, le sentiment de d\u00e9sespoir et d\u2019abandon&nbsp;; et des facteurs de risque secondaires dont la toxicomanie.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on prend maintenant en consid\u00e9ration l\u2019\u00e9tude chez les patients addictifs de la comorbidit\u00e9 suicidaire, on rel\u00e8ve les donn\u00e9es suivantes&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi un \u00e9chantillon de consommateurs d\u2019alcool (18.352 <em>current drinkers<\/em> ), \u00e2g\u00e9s de 18 ans et plus, la violence associ\u00e9e \u00e0 l\u2019usage d\u2019alcool ou d\u2019autres drogues et les tentatives\/id\u00e9es de suicide sont en corr\u00e9lation avec la quantit\u00e9 d\u2019alcool absorb\u00e9e, la proportion de jours d\u2019intoxication \u00e0 l\u2019alcool (index d\u2019intoxication) et la consommation ant\u00e9rieure de drogues en particulier la polyconsommation.<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi 295 jeunes patientes boulimiques, nous avons not\u00e9 que 28&nbsp;% ont r\u00e9alis\u00e9 au moins un geste suicidaire et que parmi elles 44&nbsp;% sont d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9es dans un processus de r\u00e9it\u00e9ration suicidaire. La gravit\u00e9 du geste cro\u00eet avec le nombre de tentatives de suicide, et elle est consid\u00e9r\u00e9e comme extr\u00eamement grave dans 34&nbsp;% lors du premier geste, dans 44&nbsp;% lors d\u2019un second geste et dans 61,5&nbsp;% des cas lors d\u2019un troisi\u00e8me geste. L\u2019\u00e2ge moyen lors de la premi\u00e8re tentative de suicide est en moyenne de 20 ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Les jeunes patientes boulimiques suicidantes ne diff\u00e8rent pas des non suicidantes en terme de caract\u00e9ristiques socio-d\u00e9mographiques ou de niveau scolaire. Les troubles du comportement alimentaire apparaissent similaires, hormis une image corporelle sensiblement plus alt\u00e9r\u00e9e chez les suicidantes ainsi qu\u2019un usage plus fr\u00e9quent des laxatifs et des diur\u00e9tiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Les boulimiques patientes suicidantes se caract\u00e9risent par un d\u00e9but plus pr\u00e9coce des troubles alimentaires, une id\u00e9ation suicidaire plus fr\u00e9quente \u00e0 l\u2019adolescence, ainsi que des \u00e9v\u00e8nements intra-familiaux plus fr\u00e9quents pr\u00e9c\u00e9dant ou concomitant aux troubles du comportement alimentaire. Les \u00e9tats d\u00e9pressifs sont fr\u00e9quemment associ\u00e9s, ainsi que d\u2019autres conduites addictives (alcool, abus de substance) et des troubles des conduites divers tels que automutilations, prises de risque ou mensonge pathologique\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Sur les 1491 sujets qui ont particip\u00e9 \u00e0 la recherche conduite dans le r\u00e9seau d\u00e9pendance (Corcos M., Flament M., Jeammet Ph., 2003), 334 sujets ont fait une ou plusieurs tentatives de suicide. Ils sont 285 dans le groupe clinique des patients pr\u00e9sentant une conduite de d\u00e9pendance (alcoolisme, toxicomanies, troubles des conduites alimentaires) et 49 dans le groupe t\u00e9moin. L\u2019analyse par type de conduite de d\u00e9pendance dans le groupe clinique montre une gravit\u00e9 au regard de la suicidalit\u00e9, importante dans tous les groupes cliniques mais surtout chez les sujets pr\u00e9sentant une d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019alcool et \u00e0 la drogue, et enfin chez les boulimiques qui se caract\u00e9risent par une forte suicidalit\u00e9 et une tendance aux r\u00e9cidives, ce qui confirme les r\u00e9sultats de l\u2019\u00e9tude pr\u00e9c\u00e9dente. Les moyens utilis\u00e9s pour ces tentatives de suicide chez les patients d\u00e9pendants sont d\u2019abord les m\u00e9dicaments seuls, les m\u00e9dicaments associ\u00e9s \u00e0 l\u2019alcool, et les phl\u00e9botomies&nbsp;; mais on retrouve aussi une sur-repr\u00e9sentation des overdoses volontaires (72 au total, plus nombreuses chez les toxicomanes, mais aussi chez les patients pr\u00e9sentant un trouble du comportement alimentaire).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tude de la comorbidit\u00e9 montre une tr\u00e8s forte corr\u00e9lation entre conduites suicidaires et \u00e9pisodes d\u00e9pressifs majeurs d\u2019une part, entre conduites suicidaires et troubles anxieux d\u2019autre part, pour le groupe clinique et pour les t\u00e9moins.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tude des dimensions psychopathologiques investigu\u00e9es lors de cette \u00e9tude donne les r\u00e9sultats suivants&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Pour la d\u00e9pression, la diff\u00e9rence est tr\u00e8s significative en faveur d\u2019une d\u00e9pression chez les sujets suicidants. Pour la recherche de sensations, les sujets suicidaires du groupe clinique se distinguent significativement des non suicidaires du m\u00eame groupe par un plus haut score aux items d\u00e9sinhibition et ennui et au score total. Pour la d\u00e9pendance interpersonnelle, les sujets suicidaires sont plus haut sur l\u2019\u00e9chelle de d\u00e9pendance \u00e9motionnelle, de perte de confiance et au score total. Pour l\u2019alexithymie, les sujets suicidaires sont plus haut sur l\u2019\u00e9chelle identification des \u00e9motions et au score total.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, l\u2019\u00e9tude de la suicidalit\u00e9 au regard des \u00e9v\u00e8nements de vie met en \u00e9vidence le r\u00f4le des exp\u00e9riences traumatiques de s\u00e9paration avec les parents, de placement, d\u2019adoption dans l\u2019enfance, de rupture scolaire, d\u2019interruption dans la vie professionnelle, de perte d\u2019emploi&nbsp;; on retrouve \u00e9galement certains \u00e9v\u00e8nements traumatiques tels que le viol, l\u2019incarc\u00e9ration, le d\u00e9c\u00e8s de la m\u00e8re et le suicide d\u2019un parent.<br>On a pu mettre en \u00e9vidence que les sujets addictifs avec tentatives de suicide r\u00e9p\u00e9t\u00e9es \u00e9taient en g\u00e9n\u00e9ral caract\u00e9ris\u00e9s par un score plus haut sur la plupart de toutes les variables utilis\u00e9es dans la recherche, que ce soit celles qui concernent les \u00e9v\u00e8nements de vie, celles qui se r\u00e9f\u00e8rent aux troubles psychologiques et, finalement celles qui proviennent d\u2019auto-questionnaires mesurant diverses caract\u00e9ristiques de la personnalit\u00e9 comme l\u2019alexithymie, la d\u00e9pression, la recherche de sensation, la d\u00e9pendance interpersonnelle, et la personnalit\u00e9 selon le MMPI-2.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">II \u2013 R\u00e9flexions psychopathologiques<\/h2>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de tous ces indices pronostiques symptomatiques, le facteur de risque essentiel dans le passage \u00e0 l\u2019acte suicidaire appara\u00eet \u00eatre l\u2019importance de la fragilit\u00e9 narcissique du patient et la nature de sa dynamique familiale. L\u2019ensemble de ces donn\u00e9es \u00e9pid\u00e9miologiques apparaissent d\u00e9couler directement et indirectement de ces deux dimensions centrales, ainsi que d\u2019une \u00e9ventuelle vuln\u00e9rabilit\u00e9 biologique. Ces trois dimensions qui interagissent entre elles sont particuli\u00e8rement visibles dans la d\u00e9pendance du sujet aux autres et la massivit\u00e9 et la rigidit\u00e9 (peu de capacit\u00e9 de d\u00e9placement) de ces investissements. Le patient suicidaire, qui \u00e9choue \u00e0 se rassembler dans une organisation d\u00e9pressive salvatrice, dont on sait le r\u00f4le essentiel dans tout processus de subjectivation \u00e0 l\u2019adolescence, est emport\u00e9 par une rage narcissique destructrice \u00e0 l\u2019origine de ces divers passages \u00e0 l\u2019acte. L\u2019angoisse inh\u00e9rente aux pertes et aux s\u00e9parations r\u00e9elles ou fantasm\u00e9es qui survient \u00e0 l\u2019adolescence, est contourn\u00e9e, court-circuit\u00e9e en particulier par les conduites addictives parce que intol\u00e9rable, probablement du fait que la premi\u00e8re phase de s\u00e9paration-individuation dans l\u2019enfance a \u00e9t\u00e9 insuffisamment \u00e9labor\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u2019autres termes, le patient qui ne peut se plaindre des premiers chaos de sa vie d\u2019adolescent (qui risquent de r\u00e9activer une vieille f\u00ealure), assume rageusement par les passages \u00e0 l\u2019acte addictifs et suicidaires, la s\u00e9paration pour ne pas avoir \u00e0 la subir. Evitant de se d\u00e9primer, et renaissant de ses diff\u00e9rentes tentatives de suicide, il prot\u00e8ge insidieusement le lien d\u2019avec ses premiers objets d\u2019attachement. Cependant, en particulier au moment du sevrage le risque d\u00e9pressif et suicidaire appara\u00eet majeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Le corps de l\u2019adolescent suicidaire qui porte avec le processus pubertaire la sexualit\u00e9 et la mort, et qui a perdu dans ce passage sa coh\u00e9sion et sa coh\u00e9rence propres, est un corps incestueux, qui est \u00e9galement investi (en de\u00e7\u00e0) en tant que lien fondamental de d\u00e9limitation sujet-objet.<br>Le recours \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des limites du corps dans le passage \u00e0 l\u2019acte serait parfois la seule possibilit\u00e9 de se soustraire \u00e0 l\u2019emprise de l\u2019objet d\u2019ali\u00e9nation&nbsp;: ainsi la tentative de suicide mais aussi les addictions et les automutilations si souvent associ\u00e9es qui r\u00e9pondent aussi \u00e0 cette probl\u00e9matique d\u2019emprise, seraient autant de \u201ctentatives de d\u00e9limitation du corps propre, mais en m\u00eame temps tentative de reliaison pulsionnelle, au service de la libido, sur un mode paradoxal, au point extr\u00eame o\u00f9 seule la mort viendrait garantir la sauvegarde de sa vie psychique\u201d.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9601?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I \u2013 Donn\u00e9es \u00e9pid\u00e9miologiques r\u00e9centes Si l\u2019on prend en compte dans un premier temps, les \u00e9tudes d\u2019importance \u00e9valuant chez les suicidants la comorbidit\u00e9 addictive, on rel\u00e8ve les donn\u00e9es suivantes&nbsp;: Brent et coll. 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