{"id":9600,"date":"2021-08-22T07:30:17","date_gmt":"2021-08-22T05:30:17","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/une-passion-cruelle-tout-vouloir-savoir-2\/"},"modified":"2021-09-20T10:39:06","modified_gmt":"2021-09-20T08:39:06","slug":"une-passion-cruelle-tout-vouloir-savoir","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/une-passion-cruelle-tout-vouloir-savoir\/","title":{"rendered":"Une passion cruelle : tout vouloir savoir"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Honte et confusion<\/h2>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9go\u00fbt pour l\u2019exhibition du corps transform\u00e9 est d\u2019une grande banalit\u00e9 chez tout adolescent. Son corps remodel\u00e9 par la pubert\u00e9 exhibe grossi\u00e8rement sa maturit\u00e9 sexuelle, sans qu\u2019il puisse penser cette transformation dont il est l\u2019objet&nbsp;: il ne veut encore rien en savoir, d\u00e9risoire d\u00e9fense face au regard de l\u2019adulte, un regard lourd d\u2019un savoir qu\u2019il m\u00e9connait, comme une langue encore \u00e9trang\u00e8re et qui provoque sa confusion. Il en rougit, l\u2019adolescent rougit de cette effraction de la pulsion g\u00e9nitale dans le moi sous le regard \u00ab&nbsp;clinique&nbsp;\u00bb de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>La honte de l\u2019adolescent participe des al\u00e9as de la subjectivation&nbsp;: reconna\u00eetre le regard port\u00e9 sur soi ne va pas sans renoncement \u00e0 un auto\u00e9rotisme infantile. Cette exhibition sexuelle provoque une des deux formes de honte dont Freud parle dans l\u2019<em>Interpr\u00e9tation des r\u00eaves<\/em>, soit la confusion (<em>Verlegenheit<\/em>), soit la honte (<em>Sham<\/em>). Dans les r\u00eaves, le d\u00e9faut dans la toilette, pas de cravate chez ce notable, pas de sabre chez cet officier, sont interpr\u00e9t\u00e9s par Freud comme le triomphe de la nudit\u00e9, triomphe enfantin. Honte ou confusion chez le r\u00eaveur viendront du regard que le t\u00e9moin porte sur le sexe exhib\u00e9. Le jeune Freud dut les exp\u00e9rimenter tous les deux. D\u2019abord une nourrice qui s\u2019exclame&nbsp;: \u00ab&nbsp;Fi&nbsp;! C\u2019est un scandale&nbsp;\u00bb <em>Schande<\/em> et non <em>Sham<\/em>, ce qui contribue \u00e0 exacerber le triomphe. Ensuite, au contraire, une \u00ab&nbsp;vieille pr\u00e9historique&nbsp;\u00bb, <em>Urheberin<\/em>, vieille grincheuse qui s\u2019occupait du jeune Sigmund, qui l\u2019\u00e9pie dans l\u2019escalier, tentant de le prendre en flagrant d\u00e9lit de salir le tapis en crachant. Il y a l\u00e0 le regard p\u00e9trifiant, le regard m\u00e9dusant qui suscite la honte et non plus la confusion. Si la confusion est plus l\u2019apanage du petit enfant, la honte est un sentiment plus adolescent. La confusion contribue \u00e0 reconna\u00eetre la pulsion, son plaisir, puis sa r\u00e9pression surmo\u00efque&nbsp;; on en pressent la fonction structurante pour l\u2019enfant. La confusion est faite d\u2019ambivalence, d\u2019apprivoisement de la g\u00e9nitalit\u00e9, d\u2019un jeu qui alterne de mani\u00e8re significative voilement et d\u00e9voilement&nbsp;; dans ce jeu, la confusion constitue \u00e0 la fois le point d\u2019acm\u00e9 du plaisir entrevu \u00e0 d\u00e9faut de pouvoir encore \u00eatre v\u00e9cu et un salvateur point d\u2019arr\u00eat. La confusion est une but\u00e9e protectrice qui dirig\u00e9e vers l\u2019ext\u00e9rieur pr\u00e9serve le moi du trauma comme un pare-excitation, et qui dirig\u00e9e vers l\u2019int\u00e9rieur refroidit la pulsion. A l\u2019adolescence, la honte peut marquer l\u2019\u00e9chec de la confusion lorsque le voile se d\u00e9chire&nbsp;: un regard peut destituer l\u2019adolescent d\u2019une place narcissique encore mal assur\u00e9e, un regard pers\u00e9cutif qui menace l\u2019humanit\u00e9 m\u00eame de celui qui est vis\u00e9 au point de le rabaisser \u00e0 l\u2019instinctuel animal. Par exemple, le regard port\u00e9 sur Ulysse, personnage inattendu convoqu\u00e9 par Freud, le valeureux guerrier qui appara\u00eet \u00ab&nbsp;nu, d\u00e9fait et couvert de fange&nbsp;\u00bb aux yeux de Naussica et ses compagnes. On rencontre plut\u00f4t cette honte de para\u00eetre au monde dans la clinique de l\u2019adolescence, comme symptomatologie dite phobique et dans les conduites agies des troubles narcissiques de cet \u00e2ge&nbsp;: troubles des conduites alimentaires, addictions, effets retard\u00e9s de ruptures symboliques pendant l\u2019enfance&nbsp;: enfants battus, abus\u00e9s, objets de conduites incestueuses, etc. L\u2019impudeur du regard de l\u2019adulte traverse l\u2019enveloppe externe, corporelle et sociale de l\u2019enfant, m\u00e9conna\u00eet le jeu de voiles, et vise directement l\u2019intime, le tr\u00e9sor propre du sujet qui se trouve ainsi d\u00e9chu.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Kafka et la m\u00e9tamorphose<\/h2>\n\n\n\n<p>Kafka a choisi de t\u00e9moigner par \u00e9crit pour s\u2019affranchir des cons\u00e9quences d\u00e9l\u00e9t\u00e8res de la honte\u00a0: \u00ab\u00a0Ma vie a consist\u00e9 depuis toujours en tentatives pour \u00e9crire et le plus souvent en tentatives manqu\u00e9es. Mais lorsque je n\u2019\u00e9crivais pas, j\u2019\u00e9tais par terre, tout juste bon \u00e0 \u00eatre balay\u00e9\u00a0\u00bb<sup>1<\/sup>. Etre balay\u00e9, comme un d\u00e9chet, seront les seules fun\u00e9railles de Gr\u00e9goire Samsa, le h\u00e9ros de la <em>M\u00e9tamorphose<\/em>\u00a0: <em>Il ne faut pas vous tracasser pour emporter le machin d\u2019\u00e0 cot\u00e9. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 r\u00e9gl\u00e9<\/em> dit la femme de peine \u00e0 la famille Samsa \u00e0 la fin de l\u2019essai. Kafka en passe par une cr\u00e9ation monstrueuse et non par la m\u00e9taphore pour repr\u00e9senter la d\u00e9gradation de l\u2019humain dans l\u2019abjection. Le h\u00e9ros n\u2019est pas <em>comme<\/em> une vermine, un cancrelat, il <em>est<\/em> une vermine, <em>v\u00e9ritable<\/em>, insiste Kafka. Kafka n\u2019aime pas les m\u00e9taphores. Il \u00e9crit m\u00eame dans son journal\u00a0: \u00ab\u00a0Les m\u00e9taphores sont une des choses qui me font d\u00e9sesp\u00e9rer de la litt\u00e9rature.\u00a0\u00bb La m\u00e9tamorphose n\u2019est pas un processus, ni biologique, ni psychologique\u00a0; elle a eu lieu la nuit \u00e0 l\u2019insu de sa victime et n\u2019int\u00e9resse pas l\u2019auteur\u00a0; la nouvelle commence apr\u00e8s le traumatisme, apr\u00e8s la catastrophe. Kafka est int\u00e9ress\u00e9 par l\u2019\u00e9v\u00e8nement psychique qui la suit. Alors que Gr\u00e9goire Samsa continue de penser comme le jeune homme qu\u2019il \u00e9tait, il endosse le corps immonde de la vermine\u00a0: homme en dedans, b\u00eate abjecte au dehors. Gr\u00e9goire n\u2019est pas vraiment \u00e9tonn\u00e9 de ce qu\u2019il lui arrive, il en prend acte et cherche surtout \u00e0 r\u00e9duire les cons\u00e9quences de sa ruine dans ses rapports \u00e0 l\u2019autre qu\u2019il soit familier ou \u00e9tranger. Kafka refuse qu\u2019on figure le monstre\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019id\u00e9e m\u2019est venue qu\u2019on pourrait vouloir dessiner l\u2019insecte lui-m\u00eame. Pas cela, surtout pas cela\u00a0! L\u2019insecte lui-m\u00eame ne peut pas \u00eatre dessin\u00e9\u2026 Je choisirai les sc\u00e8nes suivantes\u00a0: les parents et le fond\u00e9 de pouvoir devant la porte ferm\u00e9e\u00a0; ou mieux encore, les parents et la s\u0153ur dans la pi\u00e8ce \u00e9clair\u00e9e, tandis que la porte s\u2019ouvre en grand sur la chambre voisine plong\u00e9e dans l\u2019obscurit\u00e9.\u00a0\u00bb<sup>2<\/sup>. L\u2019image sugg\u00e9r\u00e9e renverse \u00e9tonnamment le fantasme de sc\u00e8ne primitive\u00a0: la chambre obscure, secr\u00e8te, interdite de Gr\u00e9goire grande ouverte \u00e0 la curiosit\u00e9 perverse du couple parental. Nul doute que Kafka \u00e9rotise cette exhibition de l\u2019abject. Les visiteurs ne sont jamais rebut\u00e9s mais fascin\u00e9s par la vision du monstre qu\u2019ils ne quittent pas des yeux\u00a0; la pudeur seule de la famille ou de Gr\u00e9goire le soustrait aux regards dans un coin sombre ou sous un drap. Sous le drap, la m\u00e9saventure de Gr\u00e9goire la vermine, illustre le fantasme des origines de Kafka, produit de la relation sexuelle abjecte de ses parents. Le drap retir\u00e9, l\u2019horreur est l\u00e0\u00a0: \u00ab\u00a0La vue du lit conjugal de mes parents, des draps qui ont servi, des chemises de nuit soigneusement \u00e9tendues, peut m\u2019exasp\u00e9rer jusqu\u2019\u00e0 la naus\u00e9e, peut me retourner le dedans du corps\u00a0; c\u2019est comme si je n\u2019\u00e9tais pas d\u00e9finitivement n\u00e9, comme si je sortais toujours de cette vie \u00e9touff\u00e9e pour venir au monde dans cette chambre \u00e9touffante.\u00a0\u00bb<sup>3<\/sup>. Ainsi, la chambre obscure de Gr\u00e9goire devient une sorte d\u2019annexe de la chambre parentale o\u00f9 s\u2019expose le produit de leur union monstrueuse. M. Schneider \u00e9crit que le v\u0153u du honteux serait de retourner dans \u00ab\u00a0l\u2019ombre pr\u00e9c\u00e9dent toute \u00e9mergence. Il s\u2019agit moins d\u2019effacer une faute que d\u2019effacer une pr\u00e9sence.\u00a0\u00bb<sup>4<\/sup>. Le clinicien a souvent entendu cet argument final de l\u2019adolescent \u00e0 l\u2019encontre de ses parents\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019ai pas demand\u00e9 \u00e0 na\u00eetre\u00a0!\u00a0\u00bb. C\u2019est-\u00e0-dire ne me reprochez pas l\u2019\u00e9clat de ma pr\u00e9sence honteuse au monde. Les adultes, parents, visiteurs vont porter leur regard sur ce qui, du jeune homme, aurait d\u00fb rester invisible, l\u2019animalit\u00e9 la plus sombre et d\u00e9gradante\u00a0: ils veulent voir, savoir, et ils en jouissent. W. Benjamin retourne alors l\u2019argument de <em>La m\u00e9tamorphose<\/em> en \u00e9crivant\u00a0: \u00ab\u00a0Dans les \u00e9tranges familles de Kafka, le p\u00e8re se nourrit du fils, p\u00e8se sur lui comme un monstrueux parasite. Le p\u00e8re ne ronge pas seulement la force du fils, il ronge son droit d\u2019exister.\u00a0\u00bb<sup>5<\/sup>. Face \u00e0 sa famille, toute expression pulsionnelle ne pourrait que renforcer son indignit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les pulsions \u00e0 l\u2019\u0153uvre apr\u00e8s la m\u00e9tamorphose attestent avant tout de sa r\u00e9gression orale et anale. Son go\u00fbt abject pour l\u2019ordure, le rebut des autres exalte sa honte jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ultime d\u00e9cision de je\u00fbne qui le r\u00e9habilite comme \u00eatre de pens\u00e9e. L\u2019anorexie est une tentation fr\u00e9quente chez Kafka&nbsp;; le clivage des besoins du corps et de la puissance de la pens\u00e9e y est \u00e0 l\u2019\u0153uvre comme d\u00e9fense contre le risque d\u2019invasion pulsionnelle&nbsp;: mais comme chez les adolescentes, l\u2019impulsion boulimique honteuse r\u00e9tablit par effraction une dimension libidinale perdue. <em>Il avala comme un goulu le fromage, les l\u00e9gumes et la sauce avec des yeux mouill\u00e9s de satisfaction<\/em>. Et \u00e0 cette d\u00e9shinibition peut succ\u00e9der la cruelle censure de l\u2019anorexie&nbsp;: chez Gr\u00e9goire le honteux, la voie sublimatoire, habituellement au service de la cr\u00e9ation, de la vie ne sert que de pr\u00e9lude \u00e0 une mort plus digne que celle esp\u00e9r\u00e9e par un cancrelat. La nourriture spirituelle, c\u00e9leste, l\u2019harmonie de la musique d\u2019Else, sa s\u0153ur, en \u00e9change de l\u2019ordure. Gr\u00e9goire s\u2019\u00e9l\u00e8ve alors qu\u2019il s\u2019efface socialement &#8211; sa s\u0153ur ne veut plus prononcer le nom de son fr\u00e8re &#8211; et que ses forces s\u2019\u00e9puisent au service d\u2019un corps qu\u2019il a banni et qu\u2019il ne nourrit plus. Gr\u00e9goire, comme le <em>Champion de je\u00fbne<\/em><sup>6<\/sup>, \u00e9crit dix ans plus tard, trouve dans l\u2019anorexie une voie singuli\u00e8re pour en finir avec le moindre reste. \u00ab&nbsp;<em>Non pas se d\u00e9barrasser de soi, se consumer<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>7<\/sup> \u00e9crit-il dans son journal. Il n\u2019y a plus rien \u00e0 voir dans la cage, le corps du champion de je\u00fbne se confond \u00e0 un f\u00e9tu de la paille de sa liti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019hypocrisie professionnelle&nbsp;: interpr\u00e9tation malveillante et neutralit\u00e9 bienveillante, la pulsion d\u2019emprise avec les enfants et les adolescents<\/h2>\n\n\n\n<p>Si le regard de ses parents peuvent consumer Gr\u00e9goire Sansa, l\u2019adolescent, qu\u2019en est-il de la volont\u00e9 de savoir du clinicien lorsqu\u2019elle rejoint la volont\u00e9 m\u00e9dicale&nbsp;? M\u00e9fions-nous \u00e9crivait Freud &#8211; qui visait Ferenczi &#8211; de notre <em>furor sanandi<\/em>, notre fureur de gu\u00e9rir qui constitue le risque d\u2019imposture majeure du psychanalyste. M\u00e9fions-nous aussi de cette pulsion \u00e9pist\u00e9mophyllique qui, au nom de la lev\u00e9e des r\u00e9sistances, nous fait rechercher une v\u00e9rit\u00e9 derni\u00e8re sous la forme d\u2019un aveu qui viendrait complaire notre th\u00e9orie. On passe ainsi de la bienveillance \u00e0 l\u2019agressivit\u00e9, nous heurtant \u00e0 nos propres r\u00e9sistances et non \u00e0 celles du patient. Lacan s\u2019est inspir\u00e9 de Ferenczi lorsqu\u2019il dit qu\u2019il n\u2019y a de r\u00e9sistance que celle de l\u2019analyste. Freud bataillait ferme avec ses patients et for\u00e7ait souvent les r\u00e9sistances au nom de la v\u00e9rit\u00e9. Lorsqu\u2019Irma se tait, Freud r\u00eave de lui faire ouvrir la bouche, m\u00eame de force&nbsp;; souill\u00e9e, la seringue peut lui inoculer une infection que l\u2019on jugerait aujourd\u2019hui nosocomiale. Dans sa conf\u00e9rence de Wiesbaden, en 1932, d\u00e9cri\u00e9e par Freud, censur\u00e9e par Balint, Ferenczi d\u00e9nonce la confusion des langues de la tendresse et de la passion entre enfants et adultes. Mais rappelons qu\u2019il d\u00e9nonce longuement auparavant l\u2019hypocrisie professionnelle de ses coll\u00e8gues psychanalystes qui loin d\u2019\u0153uvrer pour le <em>bien-\u00eatre du patient<\/em>, manquent de <em>sinc\u00e9rit\u00e9<\/em> et <em>poussent de surcro\u00eet le malade \u00e0 la reproduction du trauma<\/em>. La citation suivante convient tout autant \u00e0 la situation de l\u2019enfant abus\u00e9 qu\u2019\u00e0 celle de l\u2019analysant&nbsp;: <em>la peur atteint son point culminant, les oblige \u00e0 se soumettre automatiquement \u00e0 la volont\u00e9 de l\u2019agresseur, \u00e0 deviner le moindre de ses d\u00e9sirs, \u00e0 ob\u00e9ir en s\u2019oubliant compl\u00e8tement, et \u00e0 s\u2019identifier totalement \u00e0 l\u2019agresseur<\/em>. La m\u00e9taphore des langues diff\u00e9rentes, mal traduites, revient \u00e0 la fin de l\u2019article lorsque Ferenczi conseille aux analystes <em>d\u2019\u00e9couter les critiques de leurs enfants et ainsi de leur d\u00e9lier les langues<\/em>. A quoi fait-il allusion&nbsp;? A l\u2019ali\u00e9nation dans laquelle se trouve l\u2019enfant devant son p\u00e8re, comme l\u2019analysant devant un psychanalyste identifi\u00e9 \u00e0 l\u2019autorit\u00e9. Le n\u00e9cessaire transfert peut devenir un instrument de pouvoir autocratique dans une relation d\u2019emprise ou le levier pour assouplir les sympt\u00f4mes et vaincre les r\u00e9sistances du n\u00e9vros\u00e9 au changement. Nous sommes les h\u00e9ritiers de ces deux conceptions oppos\u00e9es li\u00e9es \u00e0 deux pratiques cliniques diff\u00e9rentes&nbsp;: Freud qui ne traite pas d\u2019enfants s\u2019y int\u00e9resse de mani\u00e8re r\u00e9gr\u00e9diante par le biais de l\u2019infantile \u00e0 l\u2019\u0153uvre chez l\u2019adulte n\u00e9vros\u00e9&nbsp;; Ferenczi, qui re\u00e7oit des enfants et entend les maltraitances actuelles de ses jeunes patients, ne veut pas que soient n\u00e9glig\u00e9s leurs effets traumatiques. Ces conceptions diff\u00e9rentes qui traversent encore aujourd\u2019hui la psychanalyse ne sont pas que th\u00e9oriques, elles ont leurs effets sur la technique et l\u2019analyse du transfert. Granoff, qui commente l\u2019article de Ferenczi, tente le consensus en sugg\u00e9rant qu\u2019il critique l\u2019attaque par l\u2019analyste de l\u2019infantile de l\u2019analysant. Cette remarque est pertinente&nbsp;: c\u2019est l\u2019interpr\u00e9tation que l\u2019on peut faire de l\u2019hypocrisie professionnelle, mais Ferenczi va plus loin en pr\u00eatant \u00e0 l\u2019enfant une sorte de puret\u00e9 pulsionnelle originelle, laquelle ne sied pas \u00e0 la th\u00e8se freudienne de l\u2019universalit\u00e9 de la perversion polymorphe chez l\u2019enfant. La bont\u00e9 originelle de l\u2019enfant est un postulat pour celui qui se consid\u00e9rait injustement maltrait\u00e9 par Freud. L\u2019accueil froid que Sigmund f\u00eet de cet essai, la censure qu\u2019en fit Jones, pourtant ancien analysant de Ferenczi, montrent assez que ce postulat est \u00e0 mettre sur le compte du transfert.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui nous int\u00e9resse ici n\u2019est pas l\u2019attaque de l\u2019infantile d\u2019un adulte par l\u2019analyste, mais l\u2019attaque de l\u2019infantile d\u2019un enfant par son analyste. C\u2019est un autre probl\u00e8me transf\u00e9rentiel qui concerne plus l\u2019analyste que l\u2019enfant. Il me semble en effet que l\u2019analyste d\u2019enfants comme l\u2019\u00e9ducateur devrait se m\u00e9fier d\u2019une tendance universelle, exercer son emprise sur l\u2019enfant pour son bien, ce qui, nous le savons est la version la plus habituelle du sadisme. Qu\u2019est ce qui trotte dans sa t\u00eate? Que se passe t-il dans la chambre des enfants, quels cancrelas pulsionnels cachent-ils \u00e0 nos regards&nbsp;? L\u2019analyste partage avec les parents et les \u00e9ducateurs la pulsion de savoir&nbsp;; chez l\u2019analyste d\u2019enfants, la pulsion \u00e9pist\u00e9mophyllique est double&nbsp;: il s\u2019agit bien s\u00fbr de traiter l\u2019enfant en tentant de lever les fortes r\u00e9sistances qui tendent \u00e0 refouler des motions sexuelles, mais depuis la cr\u00e9ation de la psychanalyse, l\u2019observation de l\u2019enfant a aussi \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion de v\u00e9rifier la force r\u00e9troactive de l\u2019infantile \u00e0 l\u2019\u0153uvre chez l\u2019adulte. D\u00e9voiler la v\u00e9rit\u00e9 de la sexualit\u00e9 chez l\u2019enfant sert de miroir \u00e0 l\u2019adulte en mal de refoulement. Le d\u00e9sir de savoir qui est chevill\u00e9 au corps de l\u2019analyste depuis Freud, peut devenir une passion dangereuse. \u00ab&nbsp;Je ne suis pas le capitaine cruel&nbsp;\u00bb disait Freud \u00e0 Ernst Lanzer, l\u2019<em>Homme aux rats<\/em>. Il n\u2019emp\u00eache que Freud tente \u00e0 tout prix de forcer ses interpr\u00e9tations, pour le bien de son patient, en vain bien s\u00fbr. L\u2019interpellation de Freud est un d\u00e9ni&nbsp;: il prend bien la place du capitaine cruel que lui offre complaisamment Lanzer, pr\u00eat, nous dirait Ferenczi, \u00e0 s\u2019identifier \u00e0 l\u2019agresseur mais certainement pas de rendre gorge. On les dit inhib\u00e9s. Ils ne veulent rien en savoir&nbsp;; ils rougissent, se taisent mais veulent bien venir, parfois soulag\u00e9s de b\u00e9n\u00e9ficier de notre neutralit\u00e9, de ne pas susciter notre d\u00e9sir&nbsp;; mais comment tenir de s\u00e9ance en s\u00e9ance&nbsp;? Chance, il y a le psychodrame \u00e0 Etienne-Marcel&nbsp;: \u00e0 d\u00e9faut de parler, ils joueront&nbsp;! Comme si la cigale qui chantait tout l\u2019\u00e9t\u00e9 pouvait danser maintenant. Le psychodrame propose le jeu l\u00e0 o\u00f9 la pens\u00e9e r\u00e9siste \u00e0 la verbalisation ou m\u00eame \u00e0 l\u2019expression par le dessin ou le modelage. Mais nous savons que l\u2019inhibition s\u2019oppose \u00e0 l\u2019inventivit\u00e9, \u00e0 la richesse et la fluidit\u00e9 du psychodrame&nbsp;; l\u2019ennui guette aussi au psychodrame.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ainsi que pendant deux ans, nous recevons Alex, 14 ans, dont j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 aux journ\u00e9es de Ville d\u2019Avray, en 2008, devant Patrick Delaroche encore pr\u00e9sent aujourd\u2019hui. Les premiers entretiens avec le consultant avaient conclu \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un travail psychoth\u00e9rapique chez cet enfant passif, plut\u00f4t d\u00e9prim\u00e9 et dont l\u2019inhibition en entretien contrastait avec les troubles du comportement qu\u2019on lui reproche en milieu scolaire. Sa pr\u00e9sentation, sa d\u00e9marche h\u00e9sitante, \u00e0 pas compt\u00e9s, donnait l\u2019impression qu\u2019il marchait sur des \u0153ufs, n\u2019avait pas de place assur\u00e9e dans le monde. Il semblait contraint \u00e0 la d\u00e9saffection, une mani\u00e8re protectrice de lutter contre la d\u00e9pression et d\u2019\u00eatre au monde sans engagement notable vis-\u00e0-vis de l\u2019autre. Dans les premiers temps, Alex jouait r\u00e9p\u00e9titivement des sc\u00e8nes de coll\u00e8ge&nbsp;: il s\u2019ennuyait en classe ou s\u2019endormait avec des professeurs inconsistants ou \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de leur mission. Pendant les s\u00e9ances, nous partagions cet ennui&nbsp;; il s\u2019en est rendu compte et pendant quelques mois, les id\u00e9es lui firent d\u00e9faut. Alex arrivait, s\u2019asseyait en face de moi, me regardait, en attente, silencieux. Pas d\u2019id\u00e9e&nbsp;; une fois, il me dit avec justesse&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mes id\u00e9es d\u00e9sertent.&nbsp;\u00bb Bien s\u00fbr, plus d\u2019une fois, nous avions jou\u00e9 le \u00ab&nbsp;pas d\u2019id\u00e9es au psychodrame&nbsp;\u00bb, dupliquant en miroir la situation de suspens. J\u2019eus cette fois l\u2019id\u00e9e de lui faire jouer les id\u00e9es elles-m\u00eames, de les sortir de l\u2019abstraction de l\u2019indicible et l\u2019irrepr\u00e9sentable, en les imaginant dans la peau d\u2019un co-th\u00e9rapeute. Alex participa toujours avec plaisir \u00e0 ce type de jeu qui venait surplomber son inhibition et son ambivalence. Dans une sc\u00e8ne o\u00f9 un co-th\u00e9rapeute joue l\u2019id\u00e9e de la r\u00e9ussite et un autre l\u2019id\u00e9e de l\u2019\u00e9chec, Alex joue l\u2019id\u00e9e du psychodrame et clame \u00e0 l\u2019envi qu\u2019il n\u2019a pas d\u2019id\u00e9e en demandant aux autres id\u00e9es de lui en donner un peu. La semaine suivante, jouant le r\u00f4le de sa m\u00e8re, il rassurait un co-th\u00e9rapeute qui jouait son r\u00f4le&nbsp;: \u00ab&nbsp;T\u2019inqui\u00e8tes pas, le Dr Solal va t\u2019aider \u00e0 trouver des id\u00e9es&nbsp;; il peut tout r\u00e9ussir&nbsp;\u00bb. Les bonnes id\u00e9es sont les miennes, elles lui permettent de neutraliser les siennes ou de les contraindre \u00e0 une d\u00e9sertion protectrice d\u2019affects d\u00e9pressifs que le psychodrame vient amplifier. L\u2019affect est pourtant rarement reconnu&nbsp;: je lui demande un jour d\u2019inventer une histoire. Il dit n\u2019en conna\u00eetre aucune puis il sourit&nbsp;: sa m\u00e8re lui racontait l\u2019histoire de Richard le mouchoir qui n\u2019a pas de sentiment. \u00ab&nbsp;C\u2019est la peur de tout le monde de ne pas avoir de sentiment&nbsp;\u00bb me dit-il. On joue&nbsp;: une sorci\u00e8re lui apporte un filtre magique pour ne plus avoir de sentiment, Alex ne veut pas le boire. Revenu au fauteuil, il est inquiet et associe&nbsp;: quand ses parents le r\u00e9primandaient avant leur divorce, il allait dans sa chambre et s\u2019endormait, \u00ab&nbsp;ma s\u0153ur est plus dou\u00e9e pour discuter avec les parents.&nbsp;\u00bb Alors Alex pr\u00e9f\u00e8re se recroqueviller dans l\u2019inhibition. Je lui fis remarquer un jour qu\u2019il utilise souvent des mots-valises&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00e7a d\u00e9pend&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;pas forc\u00e9ment&nbsp;\u00bb, et \u00ab&nbsp;j\u2019ai oubli\u00e9&nbsp;\u00bb. Je lui propose de jouer avec ces personnages. Il choisit un embl\u00e8me du doute obsessionnel, \u00ab&nbsp;\u00e7a d\u00e9pend&nbsp;\u00bb, qui l\u2019isolera dans le jeu&nbsp;: alors que \u00ab&nbsp;j\u2019ai oubli\u00e9&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;pas forc\u00e9ment&nbsp;\u00bb arrivent \u00e0 dialoguer, Alex monologue \u00e0 l\u2019infini une seule formule \u00ab&nbsp;\u00e7a d\u00e9pend&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le psychodrame est devenu un combat guerrier o\u00f9 Alex joue \u00e0 qui perd gagne. Il ne dit ni oui ni non, il n\u2019opine pas, il biaise. Sa passivit\u00e9, sa complaisance vis-\u00e0-vis du meneur de jeu excitent peu \u00e0 peu nos pulsions d\u2019emprise sadique. Dans le jeu, on monte les ench\u00e8res. Un jour, le psychodrame est jou\u00e9 sur sc\u00e8ne avec comme seule indication, le d\u00e9saccord sur le psychodrame. Un co-th\u00e9rapeute touille un rago\u00fbt de patient dans une marmite&nbsp;: \u00ab&nbsp;on est l\u00e0 pour manger du patient&nbsp;\u00bb. Alex joue mon r\u00f4le et s\u2019insurge&nbsp;: \u00ab&nbsp;les co-th\u00e9rapeutes font n\u2019importe quoi, qu\u2019ils mangent \u00e0 leur sauce, je suis l\u00e0 pour regarder, je me fous des patients&nbsp;\u00bb. Dans la sc\u00e8ne suivante, les th\u00e9rapeutes re\u00e7oivent un nouveau patient qu\u2019Alex, jouant toujours mon r\u00f4le lance comme un nouveau gibier&nbsp;; on trouve qu\u2019il pue&nbsp;: Alex propose qu\u2019on lui \u00ab&nbsp;bourre le mou&nbsp;\u00bb, ce que fait un co-th\u00e9rapeute \u00e0 l\u2019abri du regard des autres d\u00e9gout\u00e9s. \u00ab&nbsp;Bourrer le mou&nbsp;\u00bb f\u00fbt l\u2019expression la plus aboutie du for\u00e7age tant psychique que physique qu\u2019il me pr\u00eata&nbsp;: si l\u2019expression \u00e9voque la tromperie r\u00e9ussie d\u2019un ma\u00eetre imposteur \u00e0 la faveur de sa position d\u2019autorit\u00e9, on pense plus cr\u00fbment \u00e0 une sodomie. Chronologiquement, cette phase d\u2019agressivit\u00e9 s\u2019est d\u2019abord exprim\u00e9e dans le jeu des psychodramatistes exasp\u00e9r\u00e9s par sa passivit\u00e9&nbsp;; dans un second temps, Alex s\u2019autorisa \u00e0 la d\u00e9noncer puis \u00e0 se d\u00e9fendre, enfin \u00e0 nous attaquer, sans pour autant accepter de renoncer \u00e0 ses d\u00e9fenses. Le jeu fini, il ne me laisse pas m\u2019appuyer sur une interpr\u00e9tation conclusive&nbsp;: Alex d\u00e9clare fermement que ce qui vaut pour le jeu ne vaut pas pour la vie. Les effets du for\u00e7age me sont visuellement apparus lorsqu\u2019un jour j\u2019ai re\u00e7u Alex, ses cheveux blonds et fins en p\u00e9tard, le regard fixe et perdu. Je me suis dit&nbsp;: c\u2019est un oiseau tomb\u00e9 du nid et j\u2019ai \u00e9prouv\u00e9 un sentiment de honte. Probablement \u00e9tait-il n\u00e9cessaire de faire enfin tomber du nid un adolescent de quatorze ans. L\u2019\u00e9thique de la psychanalyse est en cause lorsque le dispositif de jeu sert de preuve \u00e0 charge validant l\u2019intervention interpr\u00e9tative de l\u2019analyste, alors que le jeu devrait permettre l\u2019irruption d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 qui dissimul\u00e9e deviendrait \u00e9vidente. La r\u00e9ussite au psychodrame survient pour moi quand le patient partage un sourire bien entendu apr\u00e8s la sc\u00e8ne avec le meneur de jeu. Il n\u2019y a rien d\u2019entendu avec Alex&nbsp;; il y tient. Ce cas commente la position de Patrick Delaroche dans le psychodrame&nbsp;: \u00ab&nbsp;Telle interpr\u00e9tation dans le jeu et par le jeu fait souvent office de v\u00e9rit\u00e9 mais cette v\u00e9rit\u00e9 reste flottante.&nbsp;\u00bb Il faudrait en effet que cette v\u00e9rit\u00e9 reste flottante, c\u2019est-\u00e0-dire ne fasse pas couler un bateau qui doit naviguer au gr\u00e9 du vent, sans qu\u2019\u00e0 la barre le meneur de jeu soit seul \u00e0 indiquer le cap. A la voile, il vaut mieux ne pas \u00eatre trop savant et \u00ab&nbsp;tirer les bords&nbsp;\u00bb, pour rentrer \u00e0 bon port. La force du jeu n\u2019est-elle pas de produire ses effets sur la vie psychique, comme un r\u00eave dont le r\u00eaveur tire profit sans m\u00eame l\u2019interpr\u00e9ter&nbsp;? L\u2019insistance de l\u2019analyste meneur de jeu viendrait sinon figer le cours de l\u2019association m\u00e9taphorique, d\u00e9vitaliser la complexit\u00e9 des contenus psychiques en jeu par un argument d\u2019autorit\u00e9 que Delaroche appelle justement&nbsp;: \u00ab&nbsp;transfert oblig\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s ces s\u00e9ances en tour de force, Alex eut raison de notre d\u00e9termination&nbsp;; comme souvent, il f\u00fbt de moins en moins assidu. Je l\u2019ai convoqu\u00e9 en entretien individuel o\u00f9 il me fit part de sa lassitude&nbsp;: il n\u2019avait plus rien \u00e0 dire ni \u00e0 jouer mais il voulait bien continuer seul avec moi. Je m\u2019en \u00e9tonnai, n\u2019avait-il plus rien \u00e0 dire&nbsp;? Oui, mais moi, je savais tout sur lui, j\u2019\u00e9tais un professionnel et savais lire en lui ce qu\u2019il ne savait pas. Ainsi, je savais malgr\u00e9 lui. J\u2019ai estim\u00e9 que sa requ\u00eate \u00e9tait l\u00e9gitime, mais j\u2019ai estim\u00e9 ne pas pouvoir continuer avec lui apr\u00e8s le psychodrame et lui proposait un autre psychoth\u00e9rapeute, Lauru qu\u2019il accepta. Cette th\u00e9rapie n\u2019a pas dur\u00e9 longtemps&nbsp;: \u00e0 ce que m\u2019a confi\u00e9 Lauru, Alex resta jusqu\u2019au bout accroch\u00e9 \u00e0 une question \u00e0 laquelle Lauru non plus ne pouvait pas r\u00e9pondre&nbsp;: qu\u2019avait-on devin\u00e9 de lui qu\u2019il ne voulait pas nous livrer, se livrer&nbsp;? Ou encore&nbsp;: Tout savoir sur ce qu\u2019il ne voulait rien savoir. Il a d\u00fb penser que nous savions garder nos secrets d\u2019adultes sur ce que pensent les enfants. Et nous-m\u00eames avons \u00e9chou\u00e9 \u00e0 lui faire savoir. Ce f\u00fbt pourtant une th\u00e9rapie que j\u2019ai trouv\u00e9 fructueuse&nbsp;: sa qu\u00eate \u00e9tait probablement dans sa question et non dans notre tentative vaine d\u2019y r\u00e9pondre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Lettres \u00e0 F\u00e9lice, ibid p76<\/li><li>F. Kafka, \u00ab&nbsp;Lettres \u00e0 sa famille et \u00e0 ses amis&nbsp;\u00bb, <em>\u0152uvres Compl\u00e8tes<\/em>, tIII, La Pl\u00e9iade 1980, pp743-744.<\/li><li>F. Kafka, \u00ab&nbsp;Journaux&nbsp;\u00bb, <em>\u0152uvres Compl\u00e8tes<\/em>, tIII, La Pl\u00e9iade 1980<\/li><li>M. Schneider, ibid.<\/li><li>Walter Benjamin, Franz Kafka, pour le dixi\u00e8me anniversaire de sa mort&nbsp;: Potemkine (publi\u00e9 dans la J\u00fcdische Rundschau, 21 et 28 d\u00e9cembre 1934), <em>\u0152uvres II<\/em>, Gallimard 2000, pp 412-413.<\/li><li>F. Kafka, \u00ab&nbsp;Un champion de je\u00fbne&nbsp;\u00bb (Un artiste de la faim), <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, t II, La Pl\u00e9iade, 1980, pp 648-658.<\/li><li>F. Kafka, Journal, ibid, p469<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9600?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Honte et confusion Le d\u00e9go\u00fbt pour l\u2019exhibition du corps transform\u00e9 est d\u2019une grande banalit\u00e9 chez tout adolescent. 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