{"id":9596,"date":"2021-08-22T07:30:17","date_gmt":"2021-08-22T05:30:17","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/depression-et-melancolie-2\/"},"modified":"2023-02-23T14:25:57","modified_gmt":"2023-02-23T13:25:57","slug":"depression-et-melancolie","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/depression-et-melancolie\/","title":{"rendered":"D\u00e9pression et m\u00e9lancolie"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">D\u00e9pression au d\u00e9triment de m\u00e9lancolie<\/h2>\n\n\n\n<p>On peut partir d\u2019un paradoxe&nbsp;: la m\u00e9lancolie, sujet in\u00e9puisable dans notre culture depuis la nuit des temps, s\u2019av\u00e8re, pour la psychiatrie, une notion d\u00e9su\u00e8te&nbsp;: pour Pierre Pichot, son \u00ab&nbsp;utilit\u00e9 est nulle&nbsp;\u00bb<sup>1<\/sup>. Dans le DSM III, et dans le DSM IV, s\u2019il n\u2019est finalement pas rejet\u00e9, le terme n\u2019appara\u00eet que comme comme \u00ab&nbsp;sous-type de d\u00e9pression&nbsp;\u00bb, qualifiant des \u00ab&nbsp;\u00e9tats d\u00e9pressifs majeurs&nbsp;\u00bb, et il ne figure qu\u2019\u00e0 l\u2019index final de la CIM 10. Certes, comme l\u2019\u00e9crit le neurobiologiste Roland Jouvent qui fait de cette formule le titre de son article, \u00ab&nbsp;la m\u00e9lancolie n\u2019est plus ce qu\u2019elle \u00e9tait&nbsp;\u00bb<sup>2<\/sup>, et on aurait ainsi, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 une m\u00e9lancolie des philosophes, des psychanalystes, et de l\u2019autre une m\u00e9lancolie des psychiatres. Noy\u00e9e dans un <em>continuum<\/em> indiff\u00e9renci\u00e9 des \u00ab&nbsp;troubles de l\u2019humeur&nbsp;\u00bb, qui joue sur les seuls registres de la gravit\u00e9, du degr\u00e9 ou du rythme, la m\u00e9lancolie s\u2019efface derri\u00e8re les troubles bipolaires ou la \u00ab&nbsp;maladie&nbsp;\u00bb maniaco-d\u00e9pressive. C\u2019est dor\u00e9navant la \u00ab&nbsp;d\u00e9pression&nbsp;\u00bb qui occupe le devant de la sc\u00e8ne. Une telle d\u00e9pression, prise dans un sens extensif, occupe non seulement la sc\u00e8ne psychiatrique, mais encore la sc\u00e8ne sociologique, puisque, comme donn\u00e9e anthropologique, elle constitue, selon A. Ehrenberg, un param\u00e8tre majeur de la \u00ab&nbsp;crise du sujet&nbsp;\u00bb contemporain.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc dans ce contexte, pol\u00e9mique et probl\u00e9matique, qu\u2019on peut sugg\u00e9rer un abord diff\u00e9rentiel de la m\u00e9lancolie et de la d\u00e9pression<sup>3<\/sup>. Il s\u2019agit d\u2019une part de maintenir l\u2019int\u00e9r\u00eat pour la m\u00e9lancolie au titre de \u00ab&nbsp;grand st\u00e9r\u00e9otype culturel&nbsp;\u00bb<sup>4<\/sup>, telle qu\u2019elle permet, sur la base du r\u00e9f\u00e9rentiel psychanalytique, de saisir quelque chose du principe m\u00eame du fonctionnement psychique de l\u2019humain, au-del\u00e0 du champ de la pathologie mentale. Ce qui va dans le sens de Romano Guardini, commentateur de Kierkegaard, affirmant que \u00ab&nbsp;la m\u00e9lancolie s\u2019insinue trop profond\u00e9ment jusqu\u2019aux racines de l\u2019existence humaine pour qu\u2019il nous soit permis de l\u2019abandonner aux psychiatres&nbsp;\u00bb<sup>5<\/sup>. Et qui va m\u00eame dans le sens d\u2019un sociologue contemporain comme A. Ehrenberg pour qui \u00ab&nbsp;la folie ou la d\u00e9pression ont des raisons que la raison m\u00e9dicale ne conna\u00eet pas&nbsp;\u00bb<sup>6<\/sup>. Il s\u2019agit d\u2019autre part, et en ne sortant pas alors du cadre psychanalytique, de sugg\u00e9rer une distinction entre la m\u00e9lancolie comme configuration extr\u00eame de potentialit\u00e9s humaines, et la d\u00e9pression commune, ordinaire, cern\u00e9e justement dans sa dimension statistique, susceptible alors de constituer un objet significatif pour la vis\u00e9e de construction sociale de la maladie mentale qu\u2019A. Ehrenberg appelle de ses v\u0153ux.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des \u00ab&nbsp;logiques&nbsp;\u00bb de la d\u00e9pression dans le champ de la pathologie mentale<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L\u2019inflation de la \u00ab&nbsp;d\u00e9pression&nbsp;\u00bb devenue un concept fourre-tout<\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019une approche diff\u00e9rentielle entre les deux appellations part d\u2019abord de la n\u00e9cessit\u00e9 de s\u2019y rep\u00e9rer dans la n\u00e9buleuse des \u00ab&nbsp;troubles de l\u2019humeur&nbsp;\u00bb rassembl\u00e9s sous le chef de \u00ab&nbsp;d\u00e9pression&nbsp;\u00bb. Certes, de fa\u00e7on descriptive, il est s\u00fbr que les sympt\u00f4mes du large \u00e9ventail des dits troubles (sentiment de vide, perte du d\u00e9sir, \u00e9moussement affectif global, mais aussi ralentissement psychomoteur, troubles somatiques et v\u00e9g\u00e9tatifs\u2026) d\u00e9crits dans les manuels diagnostiques concernent tant la m\u00e9lancolie, dont le tableau \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 bien \u00e9tabli par Hippocrate dans l\u2019Antiquit\u00e9, que la d\u00e9pression r\u00e9pandue au point de constituer une v\u00e9ritable \u00ab&nbsp;\u00e9pid\u00e9mie&nbsp;\u00bb de notre soci\u00e9t\u00e9<sup>7<\/sup>. La distinction diagnostique n\u2019est pas toujours simple sur le plan clinique \u00e9tant donn\u00e9 la conjoncture extraordinairement complexe et enchev\u00eatr\u00e9e d\u2019un cas singulier (multiplicit\u00e9 des param\u00e8tres, chevauchements entre les troubles, continuit\u00e9 des tableaux symptomatiques\u2026).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le syndrome \u00ab&nbsp;d\u00e9pression&nbsp;\u00bb, qui se d\u00e9ploie en caract\u00e9ristiques tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rales et en multiples subdivisions (formes \u00ab&nbsp;grave&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;mineure&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;r\u00e9actionnelle&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;primaire&nbsp;\u00bb, d\u2019\u00ab&nbsp;involution&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;larv\u00e9e&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;masqu\u00e9e&nbsp;\u00bb, etc.) dans les nomenclatures, devient un concept fourre-tout qui fait l\u2019\u00e9conomie des structures cliniques. M\u00eame si la distinction s\u2019impose entre une d\u00e9pression de gravit\u00e9 moyenne et la d\u00e9pression \u00ab&nbsp;grave&nbsp;\u00bb, \u00e9pisodique, ce qui fait dire \u00e0 P. Pichot que \u00ab&nbsp;la d\u00e9pression psychotique de type m\u00e9lancolique est une expression pl\u00e9onastique&nbsp;\u00bb. La d\u00e9pression devient une notion floue, qui englobe aussi, sociologiquement, on l\u2019a dit, la r\u00e9alit\u00e9 sur-repr\u00e9sent\u00e9e mais ind\u00e9termin\u00e9e des \u00ab&nbsp;d\u00e9prim\u00e9s&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les mod\u00e8les explicatifs de la d\u00e9pression et la limite d\u2019une vis\u00e9e d\u2019unification<\/h2>\n\n\n\n<p>Proposer des \u00ab&nbsp;logiques&nbsp;\u00bb de la d\u00e9pression<sup>8<\/sup> s\u2019est en effet impos\u00e9. Pourtant, il n\u2019est pas \u00e9vident qu\u2019il puisse y avoir un \u00ab&nbsp;\u00e9clectisme critique et bien temp\u00e9r\u00e9&nbsp;\u00bb<sup>9<\/sup> susceptible, sinon d\u2019unifier la notion de d\u00e9pression, du moins d\u2019offrir des abords compl\u00e9mentaires, et cela d\u2019abord sur le plan th\u00e9rapeutique. Derri\u00e8re les r\u00e9f\u00e9rentiels th\u00e9oriques concernant la maladie mentale en g\u00e9n\u00e9ral -pour aller vite, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 d\u2019inspiration psychanalytique, de l\u2019autre, d\u2019inspiration biologique ou cognitivese profilent des enjeux culturels et humains vitaux. On est renvoy\u00e9 \u00e0 une vaste pol\u00e9mique qui engage des d\u00e9bats id\u00e9ologiques et politiques tout \u00e0 fait d\u00e9cisifs en ce moment en France, notamment autour des mod\u00e8les de psychoth\u00e9rapies et de la l\u00e9gislation \u00e9valuative les concernant.<\/p>\n\n\n\n<p>Le rejet du paradigme de la m\u00e9lancolie comme \u00ab&nbsp;moment fondateur du sujet&nbsp;\u00bb<sup>10<\/sup>, on va le voir, peut alors sembler illustrer de fa\u00e7on particuli\u00e8rement significative un conflit de \u00ab&nbsp;discours&nbsp;\u00bb. Discours qui ont certes chacun leur coh\u00e9rence, mais qui, comme des parall\u00e8les, ne se rencontrent pas. Ainsi le \u00ab&nbsp;mod\u00e8le animal&nbsp;\u00bb de la d\u00e9pression (D. Widl\u00f6cher) se dispense de l\u2019approche du sujet dans sa sp\u00e9cificit\u00e9 de vivant d\u00e9fini par la parole, et se prive de la consid\u00e9ration structurale de la maladie mentale avec ce qu\u2019elle implique d\u2019in\u00e9liminable quant \u00e0 la dimension d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 avec son articulation au registre proprement humain du pulsionnel, notamment sur son versant de pulsion de mort. Refuser de r\u00e9duire la \u00ab&nbsp;douleur d\u2019exister&nbsp;\u00bb \u00e0 des causalit\u00e9s neuro-endocriniennes ou g\u00e9n\u00e9tiques, c\u2019est ce qui caract\u00e9rise, \u00e0 l\u2019autre extr\u00eame, une logique qu\u2019on peut proposer d\u2019approcher en terme de \u00ab&nbsp;mod\u00e8le existentiel&nbsp;\u00bb.<br>L\u2019imp\u00e9rialisme id\u00e9ologique de la rationalit\u00e9 positiviste est une menace constante pour la psychiatrie, qui b\u00e9n\u00e9ficie de l\u2019essor spectaculaire des neurosciences, et de la d\u00e9couverte des psychotropes -leur efficacit\u00e9 n\u2019est plus \u00e0 d\u00e9montrer-, mais dont l\u2019hyperm\u00e9dicalisation objectivante fait le lit de la notion d\u00e9lay\u00e9e et d\u00e8s lors inconsistante de \u00ab&nbsp;d\u00e9pression&nbsp;\u00bb. C\u2019est donc sur le fond de la tentative d\u2019accaparement de la d\u00e9pression par le mod\u00e8le biologique dominant qu\u2019on peut plaider pour le maintien du terme de m\u00e9lancolie, y compris au sein de la psychiatrie. Car sacrifier le mot, c\u2019est sacrifier la chose&nbsp;: la richesse du terme de m\u00e9lancolie, dont la conceptualisation a travers\u00e9 toute l\u2019histoire et toute la culture, n\u2019a d\u2019\u00e9gal que la rigueur avec laquelle il permet de cerner, structuralement, la dimension sp\u00e9cifique de la r\u00e9alit\u00e9 humaine&nbsp;: la subjectivit\u00e9 et les al\u00e9as de sa construction, c\u2019est-\u00e0-dire rien moins que la vie psychique elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">D\u2019une approche existentielle \u00e0 l\u2019approche structurale avec Lacan<\/h2>\n\n\n\n<p>La d\u00e9r\u00e9liction du \u00ab&nbsp;Plut\u00f4t n\u2019\u00eatre jamais n\u00e9&nbsp;!&nbsp;\u00bb d\u2019\u0152dipe, le fait d\u2019\u00eatre jet\u00e9 dans le monde, la souffrance d\u2019exister, la \u00ab&nbsp;douleur au joint au plus intime de la vie&nbsp;\u00bb (Lacan), l\u2019exil par rapport \u00e0 l\u2019Un mythique des origines\u2026 concerne la psychanalyse dans sa rationalit\u00e9 et sa dimension clinique propres. Freudiennement, cela a en partie \u00e0 voir avec le deuil d\u2019une pleine satisfaction pulsionnelle, et fonde la n\u00e9gativit\u00e9 comme cat\u00e9gorie du psychisme. Lacan l\u2019articulera sur un plan structural autour de la fonction mutilante de la capacit\u00e9 symbolique r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l\u2019humain. Le langage s\u00e9pare l\u2019homme des choses et le divise lui-m\u00eame. La m\u00e9lancolie, \u00e9preuve in\u00e9liminable de la finitude, perte, fracture, constitue un paradigme pour th\u00e9oriser la gen\u00e8se de la subjectivit\u00e9, mais aussi le mode fondamental de son rejet. Pas d\u2019identit\u00e9 sans alt\u00e9rit\u00e9, sans capture dans les cha\u00eenes du langage (\u00ab&nbsp;ali\u00e9nation&nbsp;\u00bb). Certes, le sujet comme tel n\u2019est pas th\u00e9oris\u00e9 chez Freud -on trouve quand m\u00eame chez lui la m\u00e9taphore du psychisme comme vase qui se brise selon ses lignes de force structurales -, et c\u2019est la pulsion de mort qui rend compte de cette m\u00e9lancolisation de structure. Lacan, lui, l\u2019envisage \u00e0 partir du \u00ab&nbsp;d\u00e9s\u00eatre&nbsp;\u00bb qui d\u00e9finit le sujet parlant, l\u2019effet de la coupure constitutive de l\u2019objet -objet pulsionnel, objet partiel, perdu- dont l\u2019assomption est th\u00e9oris\u00e9e comme \u00ab&nbsp;s\u00e9paration&nbsp;\u00bb<sup>11<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le paradigme m\u00e9lancolique propre \u00e0 des structures psychiques extr\u00eames&nbsp;: leur point de rencontre autour de la probl\u00e9matique de l\u2019objet<\/h2>\n\n\n\n<p>Avec le r\u00e9f\u00e9rentiel de la psychanalyse et la port\u00e9e conceptuelle r\u00e9volutionnaire de l\u2019objet &#8211; \u00ab&nbsp;objet a&nbsp;\u00bb que Lacan revendique comme sa \u00ab&nbsp;seule invention&nbsp;\u00bb -, il devient possible de saisir deux configurations psychiques extr\u00eames. N\u00e9gativement, la \u00ab&nbsp;folie&nbsp;\u00bb pathologique &#8211; la m\u00e9lancolie psychotique comme forme la plus \u00ab&nbsp;grave&nbsp;\u00bb de d\u00e9pression&nbsp;; mais aussi, positivement, \u00e0 l\u2019autre bout de la cha\u00eene, et rep\u00e9r\u00e9e comme telle chez Aristote, l\u2019\u00e9l\u00e9ment de folie qui affecte les \u00eatres d\u2019exception, les personnalit\u00e9s hors du commun (h\u00e9ros, mystiques, \u00ab&nbsp;g\u00e9nies cr\u00e9ateurs&nbsp;\u00bb\u2026) et qu\u2019on peut d\u00e9signer comme \u00ab&nbsp;bonne m\u00e9lancolie&nbsp;\u00bb (R. Guardini) ou comme \u00ab&nbsp;bonne folie&nbsp;\u00bb (G. Swain).<\/p>\n\n\n\n<p>En restant ici extr\u00eamement sch\u00e9matique<sup>12<\/sup>, bornons-nous \u00e0 isoler un trait de l\u2019exemplarit\u00e9 de la structure m\u00e9lancolique autour de la probl\u00e9matique de l\u2019objet r\u00e9\u00e9valu\u00e9e par Lacan&nbsp;: l\u2019objet envisag\u00e9 en tant que reste, r\u00e9sidu, de la Chose maternelle (<em>das Ding<\/em>) dans sa pl\u00e9nitude et sa toute-puissance mythiques. Dans le cadre de la pathologie m\u00e9lancolique, l\u2019\u00e9chec du deuil lors de la perte d\u2019un objet &#8211; hauss\u00e9 alors au rang d\u2019absolu -, serait une r\u00e9p\u00e9tition de la \u00ab&nbsp;mauvaise rencontre&nbsp;\u00bb que fait tout sujet humain de la castration de la m\u00e8re. Inversement, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la subjectivation passe pour chacun par la constitution de l\u2019objet comme tel \u2013 objet <em>a<\/em> qui ne fonctionne justement comme objet libidinal, comme objet de d\u00e9sir, que parce qu\u2019il est d\u00e9tach\u00e9, s\u00e9par\u00e9&nbsp;; objet dont l\u2019\u00ab&nbsp;extraction&nbsp;\u00bb correspond \u00e0 une op\u00e9ration de deuil de l\u2019illusoire comblement, de l\u2019illusoire compl\u00e9tude. Ainsi, dans l\u2019\u00e9tat m\u00e9lancolique, ce que recouvre la \u00ab&nbsp;perte d\u2019objet&nbsp;\u00bb t\u00e9moigne de la d\u00e9faite de la <em>subjectivation<\/em> (conditionn\u00e9e par la prise ali\u00e9nante dans le langage gr\u00e2ce \u00e0 la m\u00e9taphore paternelle) corr\u00e9lative de la d\u00e9faite de la constitution de <em>l\u2019objet<\/em> -objet qui ne se donne qu\u2019au titre de \u00ab&nbsp;d\u00e9chet&nbsp;\u00bb, marqu\u00e9 par la logique phallique de la n\u00e9gativit\u00e9, selon le prototype de la d\u00e9ch\u00e9ance de la Chose, toujours d\u2019abord id\u00e9alis\u00e9e. Dans la m\u00e9lancolie, c\u2019est autour de ce non-deuil d\u2019une pl\u00e9nitude leurrante \u2013 ce mode de rejet fondamental de la castration &#8211; que toute la probl\u00e9matique freudienne du narcissisme primaire comme d\u00e9fense peut \u00eatre repens\u00e9e.<br>Mais du c\u00f4t\u00e9 du versant de la m\u00e9lancolie qui participe du processus cr\u00e9ateur ou du fonctionnement propre au \u00ab&nbsp;h\u00e9ros&nbsp;\u00bb \u00e9thique (ainsi Antigone)<sup>13<\/sup>, on aurait affaire \u00e0 un autre destin, en chicane, de l\u2019objet. De telles positions subjectives extr\u00e9mistes t\u00e9moignent d\u2019abord, \u00e0 l\u2019exact oppos\u00e9, d\u2019un v\u00e9ritable accomplissement du deuil. Epreuve y est faite, sur un mode originaire, de la perte de \u00ab&nbsp;l\u2019objet absolu du d\u00e9sir&nbsp;\u00bb&nbsp;: la Chose maternelle se r\u00e9duisant \u00e0 l\u2019objet <em>a<\/em>. Une telle coupure symbolique, o\u00f9 se saisit un \u00e9v\u00e9nement psychique \u00e0 l\u2019\u00e9tat naissant, est v\u00e9cue comme une d\u00e9chirure de l\u2019\u00eatre &#8211; d\u2019o\u00f9 toute la gamme des affects de d\u00e9r\u00e9liction, de d\u00e9sespoir, de \u00ab&nbsp;s\u00e9cheresse&nbsp;\u00bb m\u00e9lancoliques, de bien des t\u00e9moignages. Et pourtant, sur la base de cette construction sublimatoire \u00e9pur\u00e9e comme telle, ces sujets n\u2019en demeurent pas moins dans la perspective m\u00e9lancolique du non-renoncement \u00e0 l\u2019impossible. Ce th\u00e8me, souvent abord\u00e9 dans la litt\u00e9rature<sup>14<\/sup>, montre le m\u00e9lancolique comme celui qui veut tout, mais, lui, sans rien perdre, sans rien donner (comme le dit trivialement G. Agamben, \u00ab&nbsp;il voudrait tout avoir, sans se fatiguer&nbsp;\u00bb). Ce qui est vis\u00e9 dans l\u2019entreprise de cr\u00e9ation, c\u2019est bien aussi la pl\u00e9nitude de l\u2019Objet absolu &#8211; ainsi la tentative par Nicolas de Sta\u00ebl d\u2019atteindre \u00ab&nbsp;le sublime&nbsp;\u00bb dans sa peinture<sup>15<\/sup>. Mais si l\u2019art vise bien encore la Chose, c\u2019est comme radicalement perdue, et reconstitu\u00e9e dans l\u2019\u0153uvre \u00e0 partir de cette perte. C\u2019est parce que l\u2019artiste a d\u2019abord travers\u00e9 l\u2019\u00e9preuve castratrice radicale de sa n\u00e9gativit\u00e9, qu\u2019il peut produire <em>ex nihilo<\/em> \u00ab&nbsp;un objet \u00e9l\u00e9v\u00e9 \u00e0 la dignit\u00e9 de la Chose&nbsp;\u00bb (Lacan). L\u2019\u0153uvre d\u2019art, qui s\u2019offre comme un objet de d\u00e9sir et de jouissance, n\u2019est pas simplement un objet pulsionnel assum\u00e9 comme partiel, elle est aussi un objet sp\u00e9cifique d\u00e9fini par ses qualit\u00e9s mat\u00e9rielles (couleurs, sons, rythme, formes, tonalit\u00e9s\u2026) qui sont des traces sensibles de l\u2019absence-pr\u00e9sence de la Chose dans le monde.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La d\u00e9pression commune comme caract\u00e9risant le sujet de la postmodernit\u00e9&nbsp;: l\u2019un des destins culturels de la m\u00e9lancolie&nbsp;?<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une autre \u00e9conomie psychique que la m\u00e9lancolie&nbsp;?<\/h3>\n\n\n\n<p>La d\u00e9pression commune semble \u00e9chapper \u00e0 ce sch\u00e9ma extr\u00eame d\u2019une duplicit\u00e9 de la m\u00e9lancolie touchant la gen\u00e8se de la subjectivit\u00e9 ou, \u00e0 l\u2019inverse, sa destruction. Elle para\u00eet <em>a priori<\/em> relever d\u2019une autre logique. Les travaux d\u2019A. Erhenberg, qui ont l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019aborder le \u00ab&nbsp;trouble d\u00e9pressif&nbsp;\u00bb sous un angle anthropologique, cernent la d\u00e9pression comme nouveau paradigme visant \u00e0 supplanter celui de n\u00e9vrose. Par opposition au n\u00e9vros\u00e9 marqu\u00e9 par le conflit, la culpabilit\u00e9, l\u2019int\u00e9riorisation des r\u00e8gles disciplinaires, des r\u00e8gles de conformit\u00e9, d\u2019interdiction, s\u2019imposerait davantage la figure de l\u2019individu contemporain marqu\u00e9 par la \u00ab&nbsp;question d\u2019\u00eatre soi&nbsp;\u00bb en tant que d\u00e9finie comme une \u00ab&nbsp;fatigue d\u2019\u00eatre soi&nbsp;\u00bb<sup>16<\/sup>. Si la probl\u00e9matique de l\u2019identit\u00e9 d\u00e9termine le sujet d\u00e9prim\u00e9, c\u2019est en tant qu\u2019il est ballott\u00e9 entre la toute-puissance et l\u2019impuissance, \u00ab&nbsp;fig\u00e9 par son insuffisance&nbsp;\u00bb, marqu\u00e9 par l\u2019\u00ab&nbsp;ins\u00e9curit\u00e9 identitaire&nbsp;\u00bb, le \u00ab&nbsp;sentiment de perte de sa propre valeur&nbsp;\u00bb. La d\u00e9pression se trouve alors en bonne place dans la cohorte des nouvelles pathologies rassembl\u00e9es sous le chef de \u00ab&nbsp;pathologies narcissiques&nbsp;\u00bb.<br>Ici la souffrance, fonci\u00e8rement imaginaire, concerne le moi, contrairement \u00e0 ce dont t\u00e9moigne le m\u00e9lancolique dont l\u2019existence hors du commun n\u2019a pas pour enjeu vital l\u2019image de soi, l\u2019angoisse de sa valeur personnelle, mais l\u2019engagement du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019absolu&nbsp;: Antigone peut \u00eatre dite m\u00e9lancolique, mais s\u00fbrement pas d\u00e9pressive&nbsp;! L\u2019objet auquel a affaire le m\u00e9lancolique, c\u2019est la Chose, dans ses diverses d\u00e9clinaisons&nbsp;: que ce soit \u00e0 travers l\u2019objet-\u0153uvre au sens large dans la \u00ab&nbsp;bonne m\u00e9lancolie&nbsp;\u00bb cr\u00e9atrice&nbsp;; que ce soit le double surmo\u00efque incorpor\u00e9 qui fait retour dans l\u2019hallucination comme objet \u00e9trange, ombre, pr\u00e9sence spectrale qui poss\u00e8de et \u00e9crase le sujet dans la folie pathologique&nbsp;; ou encore que ce soit l\u2019objet f\u00e9tichis\u00e9 au titre de substitut de la Chose, qu\u2019incarne la drogue analys\u00e9e selon la logique de la \u00ab&nbsp;cruaut\u00e9 m\u00e9lancolique&nbsp;\u00bb<sup>17<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La d\u00e9pression comme l\u2019une des formes culturelles sp\u00e9cifiques d\u2019\u00e9vitement du deuil&nbsp;: un autre avatar de la perte d\u2019objet<\/h2>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9pressif commun a un rapport tout diff\u00e9rent \u00e0 l\u2019objet et \u00e0 son statut d\u2019objet perdu. L\u2019objet du d\u00e9prim\u00e9 n\u2019est autre que son propre Moi, ce Moi narcissique, sp\u00e9culaire, que Lacan d\u00e9finit justement par son statut d\u2019objet imaginaire pour le sujet, souche des diverses identifications. On peut isoler le trait de cristallisation exacerb\u00e9e d\u2019un aspect de ce Moi id\u00e9al o\u00f9 la d\u00e9pression ordinaire comme maladie de l\u2019\u00e9valuation trouverait l\u2019un de ses ressorts. Si le d\u00e9prim\u00e9 se vit comme d\u00e9faillant, insuffisant, inhib\u00e9, voire r\u00e9duit \u00e0 rien, c\u2019est par confrontation malheureuse \u00e0 une image de soi hors d\u2019atteinte, parce qu\u2019illusoirement gonfl\u00e9e&nbsp;; il s\u2019y brise masochistement faute d\u2019en reconna\u00eetre la faille de structure. Il se laisse capter et fasciner par ce Moi sp\u00e9culaire qui est une construction \u00e9quivoque &#8211; \u00e0 la fois structure de l\u2019imaginaire &#8211; dont le prototype est l\u2019image du corps -, mais aussi d\u00e9fense contre la castration par le jeu d\u2019un m\u00e9canisme de d\u00e9ni du vide sur lequel s\u2019est \u00e9labor\u00e9 cet imaginaire. Le Moi id\u00e9al a en effet le privil\u00e8ge de relever du symbolique &#8211; la coupure du signifiant \u00e9vidant le corps et la perte de jouissance qui lui est corr\u00e9l\u00e9e a pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 sa gen\u00e8se symbolique d\u2019image. Mais il est aussi support d\u2019id\u00e9alit\u00e9, <em>i.e.<\/em> d\u2019illusion maintenue en une pl\u00e9nitude projet\u00e9e sur l\u2019image, d\u2019o\u00f9 l\u2019arr\u00eat m\u00e9dus\u00e9 sur l\u2019unit\u00e9 et la totalit\u00e9 leurrantes de la <em>Gestalt<\/em> renvoy\u00e9e par le miroir. Ces identifications, le monde contemporain les conforte, avec leurs exigences surmo\u00efques relay\u00e9es par des mod\u00e8les sociaux d\u2019excellence et de perfection.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019organisation sociale tout enti\u00e8re t\u00e9moigne ainsi d\u2019une \u00ab&nbsp;nouvelle \u00e9conomie psychique&nbsp;\u00bb<sup>18<\/sup> qui repose sur un d\u00e9ni de la castration. Ce qui justifierait que la mutation de la subjectivit\u00e9 contemporaine, cern\u00e9e notamment par la d\u00e9pression, s\u2019analyse en effet davantage selon un paradigme pervers que selon un paradigme n\u00e9vrotique. On peut donc faire l\u2019hypoth\u00e8se que ce Moi-objet f\u00e9tichis\u00e9 se trouve promu au rang d\u2019objet absolu dans la d\u00e9pression commune. La souffrance n\u2019est pas li\u00e9e \u00e0 une s\u00e9paration de l\u2019objet, comme dans la m\u00e9lancolie, mais \u00e0 une insuffisante brillance du Moi. L\u2019impossible auquel se heurte le d\u00e9prim\u00e9 est celui d\u2019\u00eatre \u00e0 la hauteur d\u2019une image sans faille, dont le maintien comme telle fait tenir son \u00e9conomie psychique. Mais la structure d\u2019<em>alter ego<\/em> propre au narcissisme secondaire laisse bien place \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, marquant encore une autre distinction d\u2019avec la structure psychotique m\u00e9lancolique.<\/p>\n\n\n\n<p>Isoler cet aspect de la d\u00e9pression qualifi\u00e9e d\u2019\u00ab&nbsp;\u00e9pid\u00e9mique&nbsp;\u00bb renvoie donc \u00e0 une modalit\u00e9 sp\u00e9cifique de rejet de la castration&nbsp;: le voile id\u00e9alisant du Moi sp\u00e9culaire recouvre le trou du vide que d\u00e9signe la perte symbolique de l\u2019objet marqu\u00e9 par la n\u00e9gativit\u00e9. Ainsi les diverses figures, individuelles ou collectives, de la d\u00e9pression pourraient malgr\u00e9 tout \u00eatre rassembl\u00e9es autour du fondement existentiel du paradigme m\u00e9lancolique qui d\u00e9signe la pente naturelle, universelle, \u00e0 \u00e9viter le travail du deuil. L\u2019\u00eatre humain rechigne \u00e0 l\u2019existence, il cherche sans cesse \u00e0 \u00ab&nbsp;s\u2019extraire du tourment harcelant de la vie psychique&nbsp;\u00bb<sup>19<\/sup> qui le confronte \u00e0 sa finitude, en l\u2019obligeant \u00e0 faire le deuil de la toute-jouissance ou de la toute-puissance. Lacan \u00e9voque ainsi la \u00ab&nbsp;l\u00e2chet\u00e9 morale&nbsp;\u00bb de la tristesse d\u00e9pressive<sup>20<\/sup>, \u00ab&nbsp;qui ne se situe en dernier ressort que de la pens\u00e9e, soit du devoir de bien dire&nbsp;\u00bb, \u00e9crit-il, citant au passage la conception spinoziste de la tristesse.<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque sujet est pourtant tenu d\u2019\u00e9laborer sa propre solution face \u00e0 l\u2019exigence d\u2019avoir \u00e0 se situer dans l\u2019existence. La douleur de vivre d\u00e9pressive, sous la forme sp\u00e9cifique qu\u2019elle prend \u00e0 travers les \u00ab&nbsp;nouvelles maladies de l\u2019\u00e2me&nbsp;\u00bb caract\u00e9ristiques du monde contemporain, met en exergue l\u2019\u00e9l\u00e9ment de d\u00e9ficit de symbolisation, le rejet du langage qui n\u2019est autre que le rejet de l\u2019inconscient, comme le souligne Lacan. Ainsi la \u00ab&nbsp;cruaut\u00e9 m\u00e9lancolique&nbsp;\u00bb s\u2019applique-t-elle \u00e0 bien des figures pathologiques de \u00ab&nbsp;folies actuelles&nbsp;\u00bb&nbsp;: outre les registres de la toxicomanie et de l\u2019addiction, les passages \u00e0 l\u2019acte, fanatismes et violences\u2026 qui r\u00e9cusent le \u00ab&nbsp;meurtre de la Chose&nbsp;\u00bb, condition du symbole, au profit d\u2019une recherche de jouissance pleine, sans m\u00e9diations.<br>Dans ce contexte, les abords th\u00e9rapeutiques de la d\u00e9pression sous sa dimension \u00ab&nbsp;existentielle&nbsp;\u00bb s\u2019av\u00e8rent des enjeux vitaux. Les traitements pharmaceutiques, indispensables, ne doivent pas se faire complices de la passivit\u00e9 d\u00e9pressive, travaill\u00e9e par la haine du d\u00e9sir. Faire l\u2019impasse de l\u2019abord de la souffrance \u00e0 partir de la parole et de l\u2019\u00e9coute, c\u2019est faire l\u2019\u00e9conomie de l\u2019inconscient avec son versant de pulsion de mort. On ne peut \u00ab&nbsp;gu\u00e9rir&nbsp;\u00bb de la condition humaine, encore peut-on viser \u00e0 ce que les sujets d\u00e9prim\u00e9s retrouvent le \u00ab&nbsp;plaisir de penser&nbsp;\u00bb (Julia Kristeva).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>P. Pichot, \u00ab&nbsp;Les d\u00e9pressions, probl\u00e8mes de vocabulaire et nosologie&nbsp;\u00bb, in <em>Les voies nouvelles de la d\u00e9pression<\/em>, Paris, Masson, 1978.<\/li><li>R. Jouvent, \u00ab&nbsp;La m\u00e9lancolie n\u2019est plus ce qu\u2019elle \u00e9tait&nbsp;\u00bb, in <em>M\u00e9lancolie, maladie d\u2019amour, L\u2019Evolution psychiatrique<\/em>, tome 59, 1994.<\/li><li>An. Juranville, <em>La m\u00e9lancolie et ses destins, M\u00e9lancolie et d\u00e9pression<\/em>, Paris, Ed. In Press, 2005.<\/li><li>G. Swain, \u00ab&nbsp;Permanence et transformations de la m\u00e9lancolie&nbsp;\u00bb, in <em>Dialogue avec l\u2019insens\u00e9<\/em>, Paris, Gallimard, 1994.<\/li><li>R. Guardini, <em>De la m\u00e9lancolie<\/em>, Paris, Points Seuil, 1992, p.9.<\/li><li>A. Erhenberg, \u00ab&nbsp;Pourquoi avons-nous besoin d\u2019une r\u00e9flexion sur la psychiatrie&nbsp;?&nbsp;\u00bb, in <em>La maladie mentale en mutation. Psychiatrie et soci\u00e9t\u00e9<\/em>, (coll., dir. A. Erhenberg), Paris, Odile Jacob, 2001, p.31.<\/li><li>P. Pignarre, <em>Comment la d\u00e9pression est devenue une \u00e9pid\u00e9mie<\/em>, Paris, Hachette, Pluriel, 2003.<\/li><li>D. Widl\u00f6cher, <em>Les logiques de la d\u00e9pression<\/em>, Paris, Fayard, 1998.<\/li><li>Question que pose A. Erhenberg, in op.cit., p.&nbsp;256.<\/li><li>J. Hassoun, <em>La cruaut\u00e9 m\u00e9lancolique<\/em>, Paris, Aubier, 1995, p.&nbsp;11.<\/li><li>Sur la double op\u00e9ration d\u2019ali\u00e9nation et de s\u00e9paration, cf. J. Lacan, <em>Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse<\/em>, Paris, Seuil, 1973.<\/li><li>Ces th\u00e8ses sont d\u00e9velopp\u00e9es in An. Juranville, op.cit.<\/li><li>Cf. J. Lacan, <em>L\u2019\u00e9thique de la psychanalyse<\/em>, Paris, Seuil, 1986.<\/li><li>Cf. entre autres, G. Agamben, <em>Stanze<\/em>, Paris, Rivages, Poche, 1998.<\/li><li>Cf. An. Juranville, op.cit., p.&nbsp;18-20.<\/li><li>A. Ehrenberg, <em>La fatigue d\u2019\u00eatre soi<\/em>, Paris, Odile Jacob, 1998.<\/li><li>J. Hassoun, op.cit., p.21-36.<\/li><li>C. Melman, <em>L\u2019homme sans gravit\u00e9. Jouir \u00e0 tout prix<\/em>, Paris, Deno\u00ebl, 2002.<\/li><li>P. F\u00e9dida, <em>Des bienfaits de la d\u00e9pression<\/em>, Paris, Odile Jacob, 2001, p.&nbsp;63.<\/li><li>J. Lacan, <em>T\u00e9l\u00e9vision<\/em>, Paris, Seuil, 1974, p.39.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9596?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9pression au d\u00e9triment de m\u00e9lancolie On peut partir d\u2019un paradoxe&nbsp;: la m\u00e9lancolie, sujet in\u00e9puisable dans notre culture depuis la nuit des temps, s\u2019av\u00e8re, pour la psychiatrie, une notion d\u00e9su\u00e8te&nbsp;: pour Pierre Pichot, son \u00ab&nbsp;utilit\u00e9 est nulle&nbsp;\u00bb1. 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