{"id":9581,"date":"2021-08-22T07:30:15","date_gmt":"2021-08-22T05:30:15","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/psychanalyse-et-psychotherapie-debat-et-enjeux-2\/"},"modified":"2021-09-24T17:49:00","modified_gmt":"2021-09-24T15:49:00","slug":"psychanalyse-et-psychotherapie-debat-et-enjeux","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/psychanalyse-et-psychotherapie-debat-et-enjeux\/","title":{"rendered":"Psychanalyse et psychoth\u00e9rapie : d\u00e9bat et enjeux"},"content":{"rendered":"\n<p>\u25a0 <em>Est-il l\u00e9gitime d\u2019\u00e9tablir une distinction entre psychanalyse (cure psychanalytique proprement dite) et psychoth\u00e9rapies psychanalytiques&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ind\u00e9pendamment m\u00eame du principe de cette distinction, comment prendre en compte les variations des pratiques et des th\u00e9ories du processus th\u00e9rapeutique&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Un m\u00eame mot n\u2019est pas un m\u00eame concept et le d\u00e9bat actuel autour des d\u00e9crets d\u2019application de l\u2019amendement 52 de la loi du 9 Ao\u00fbt 2004 sur l\u2019usage du titre de psychoth\u00e9rapeute le d\u00e9montre amplement. Dans l\u2019avant-projet des d\u00e9crets d\u2019application que la Direction G\u00e9n\u00e9rale de la Sant\u00e9 a remis aux repr\u00e9sentants des associations de professionnels concern\u00e9es par la psychoth\u00e9rapie, nous trouvons une d\u00e9finition bureaucratique de la psychoth\u00e9rapie r\u00e9duite aux \u201c4 principales approches de psychoth\u00e9rapie valid\u00e9es scientifiquement (analytique, syst\u00e9mique, cognitivo-comportementaliste, int\u00e9grative)\u201d (article 8). La r\u00e9f\u00e9rence m\u00e9dico-administrative \u00e0 la validation \u201cscientifique\u201d des \u201c4 approches\u201d proc\u00e8de d\u2019un cache-mis\u00e8re rh\u00e9torique pla\u00e7ant sous le manteau de mis\u00e9ricorde de la science la nudit\u00e9 et l\u2019indigence de l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie de ce catalogue \u00e0 la Prevert. Ici nul besoin de r\u00e9flexion \u00e9pist\u00e9mologique ou m\u00e9thodologique, on rassemble au nom du contr\u00f4le social et sanitaire un ensemble de pratiques qui sous le m\u00eame nom proc\u00e8dent de concepts totalement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour nombre d\u2019entre nous, les TCC ne sont pas des psychoth\u00e9rapies et leur rationalit\u00e9 technique proc\u00e8de d\u2019une d\u00e9marche psychor\u00e9\u00e9ducative permettant la r\u00e9habilitation de sc\u00e9narios et de sch\u00e9mas d\u2019apprentissage sinistr\u00e9s. C\u2019est toute une conception cognitivo-instrumentale de l\u2019individu qui fait bien souvent du psychologue l\u2019instrument d\u2019un pouvoir qui transforme l\u2019homme en instrument pour reprendre la c\u00e9l\u00e8bre phrase de Canguilhem. Les psychoth\u00e9rapies syst\u00e9miques et familiales proc\u00e8dent d\u2019un autre paradigme \u00e9pist\u00e9mologique qui fonde sa rh\u00e9torique d\u2019influence sur la communication et l\u2019analyse des interactions. Cette approche syst\u00e9mique sugg\u00e8re une d\u00e9centration de l\u2019individu isol\u00e9 pour agir efficacement sur le contexte relationnel dans lequel il s\u2019ins\u00e8re. Cette approche proc\u00e8de essentiellement de la psychologie sociale et environnementale tout en se r\u00e9clamant davantage de l\u2019efficacit\u00e9 que de la v\u00e9rit\u00e9. Quant \u00e0 la psychoth\u00e9rapie int\u00e9grative, comme son nom l\u2019indique, elle rel\u00e8ve d\u2019une \u00e9pist\u00e9mologie \u00e9clectique, molle, qui lib\u00e8re le praticien des contraintes m\u00e9thodologiques pour doser \u00e0 sa convenance toutes les techniques que la pathologie du patient lui semble requ\u00e9rir. C\u2019est dire que l\u2019on gagne ici en flexibilit\u00e9 et en liquidit\u00e9 ce que l\u2019on perd en rigueur et en consistance m\u00e9thodologique. Comme on le sait, le seul ensemble qui soit aussi son propre sous-ensemble est l\u2019ensemble vide\u2026 En cons\u00e9quence de quoi, si comme je le pense, la psychoth\u00e9rapie psychanalytique se fonde sur un paradigme \u00e9pist\u00e9mologique radicalement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8de, il convient de ne pas la dissocier de la psychanalyse proprement dite. En effet, toutes deux demeurent subordonn\u00e9es aux m\u00eames r\u00e8gles m\u00e9thodologiques et aux m\u00eames concepts fondamentaux.<\/p>\n\n\n\n<p>De mon point de vue, les psychoth\u00e9rapies psychanalytiques constituent des variantes, des ajustements des modalit\u00e9s d\u2019un travail psychanalytique qui proc\u00e8de de la m\u00eame m\u00e9thode que celle mise en \u0153uvre dans la cure. Ces variantes et ces ajustements sont des traitements authentiquement analytiques n\u00e9cessit\u00e9s par les probl\u00e8mes que posent des situations cliniques et pratiques particuli\u00e8res. Le travail psychanalytique s\u2019effectue au cas par cas et \u00e0 distance d\u2019une id\u00e9alisation qui imposerait au praticien un protocole formel, homog\u00e8ne et standard.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant d\u2019\u00eatre un corpus th\u00e9orique ou une situation \u201cultraclinique\u201d, la psychanalyse est avant tout une m\u00e9thode mise en acte dans une pratique dont le transfert s\u2019av\u00e8re l\u2019op\u00e9rateur et le concept fondamental. Quant \u00e0 la question de savoir, comme on le dit traditionnellement, si l\u2019analyse du transfert serait la sp\u00e9cificit\u00e9 de la cure par opposition aux psychoth\u00e9rapies psychanalytiques, elle me para\u00eet conduire \u00e0 une impasse. Non seulement il nous faudrait pr\u00e9ciser davantage ce que les uns et les autres entendent par \u201canalyse du transfert\u201d, mais encore on risquerait de r\u00e9duire la pratique analytique \u00e0 une technique dont Freud, comme Lacan, Ferenczi ou Winnicott, ont su montrer qu\u2019elle demeurait subordonn\u00e9e aux effets de transfert de l\u2019analyste sur la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019analysant qui l\u2019affecte. Pour le dire autrement, l\u2019analyste fait acte analytique lorsque \u00e0 certains moments de la cure, il se montre psychoth\u00e9rapeute en tant que cette posture se trouve subordonn\u00e9e au dialogue analytique et ne proc\u00e8de pas d\u2019une autre finalit\u00e9. C\u2019est pour moi toute la question. La psychanalyse n\u2019a pas d\u2019autre finalit\u00e9 que sa mise en \u0153uvre et comme le rappelle Conrad Stein tout projet fait obstacle \u00e0 la m\u00e9thode de l\u2019analyse, et ce quel que soit le projet th\u00e9rapeutique ou didactique. A partir de cette position \u00e9thique et \u00e9pist\u00e9mologique, c\u2019est seulement dans l\u2019apr\u00e8s-coup que l\u2019on pourra constater les effets d\u2019un travail analytique et en d\u00e9limiter la port\u00e9e. Ce travail analytique ne saurait se confondre avec les conditions de sa mise en \u0153uvre et en particulier la situation concr\u00e8te qui en assure le d\u00e9veloppement. On peut ainsi dans l\u2019apr\u00e8s-coup constater qu\u2019une analyse n\u2019aura \u00e9t\u00e9 pour tel ou tel patient qu\u2019une psychoth\u00e9rapie, alors que pour tel ou tel autre \u201cen psychoth\u00e9rapie\u201d une analyse a pu avoir lieu.<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame que la souffrance au nom de laquelle le patient vient consulter ne saurait se confondre avec la souffrance sp\u00e9cifique de la cure que le transfert actualise, de m\u00eame les effets psychoth\u00e9rapiques d\u2019un travail psychanalytique ne sauraient se confondre avec la finalit\u00e9 programmatique d\u2019une psychoth\u00e9rapie. La pes\u00e9e d\u2019un tel projet ferait obstacle \u00e0 la m\u00e9thode. On l\u2019aura compris, pour reprendre les termes chers \u00e0 Pierre F\u00e9dida, pour moi la psychoth\u00e9rapie psychanalytique n\u2019est pas une \u201cpsychanalysette\u201d mais bien plut\u00f4t une \u201cpsychanalyse compliqu\u00e9e\u201d. Je pr\u00e9f\u00e8re quant \u00e0 moi dire \u201cajust\u00e9e\u201d aux probl\u00e9matiques des patients telles qu\u2019elles se manifestent dans les situations cliniques. C\u2019est un acte authentiquement analytique d\u2019en tenir compte et Winnicott comme Ferenczi, sur cette question, nous ont \u00e9norm\u00e9ment appris. Par exemple, la psychanalyse avec certains jeunes enfants ou certains patients ou encore dans certaines situations ne saurait \u00eatre initialis\u00e9e selon le protocole habituel. Ce serait une nouvelle violence que d\u2019essayer \u00e0 tout prix d\u2019y conformer nos patients, et donc anti-analytique. Alors, la m\u00e9thode n\u00e9cessite des ajustements pour permettre \u00e0 la fonction symbolique de la parole de produire ses effets. C\u2019est bien souvent l\u2019analyste qui s\u2019ouvre alors aux effets de l\u2019analyse pour se positionner dans l\u2019interlocution et permettre une subjectivation des questions.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous connaissons le travail remarquable de Jacques Hochmann qui a donn\u00e9 toute son importance \u00e0 la valeur symbolique de l\u2019aide mat\u00e9rielle dans la prise en charge des patients psychotiques. Il a montr\u00e9 comment les signaux de l\u2019espace soignant pouvaient devenir les possibles signifiants d\u2019une d\u00e9sali\u00e9nation. Dans ce cas, les symboles se greffent sur la syntaxe des objets familiers en passant de l\u2019utile \u00e0 l\u2019effet signifiant. Au moins pour les th\u00e9rapeutes, dans de telles pratiques, les conditions mat\u00e9rielles du soin peuvent se trouver \u00e9lev\u00e9es \u00e0 la dignit\u00e9 d\u2019occasions d\u2019un travail authentiquement analytique. Pour conclure, l\u2019expression \u201cpsychoth\u00e9rapie psychanalytique\u201d porte en elle-m\u00eame une contradiction fondamentale car aucun projet fut-il de soin ne saurait peser sur la m\u00e9thode analytique. Quant \u00e0 la sp\u00e9cificit\u00e9 de cette m\u00e9thode, c\u2019est de tenir compte plus, que toute autre, des conditions de sa gen\u00e8se et de sa mise en \u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p>? <em>Quelle place accorder aux institutions psychanalytiques, \u00e0 des institutions de psychoth\u00e9rapie psychanalytique, \u00e0 l\u2019universit\u00e9, aux structures de soins&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019\u00e9valuation des pratiques psychoth\u00e9rapiques dans le domaine du soin semble une n\u00e9cessit\u00e9. Quelle place r\u00e9server \u00e0 l\u2019expertise individuelle fond\u00e9e sur la qualit\u00e9 de la formation (initiale ou continue)&nbsp;? Quelle place accorder aux recherches empiriques et selon quelles orientations m\u00e9thodologiques doivent-elles \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9es&nbsp;? Quelle place accorder \u00e0 la recherche conceptuelle&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Compte tenu de ce que je viens de d\u00e9velopper, il appara\u00eet que la transmission de la psychanalyse est ins\u00e9parable de la mise en \u0153uvre de sa m\u00e9thode et qu\u2019elle ne saurait constituer un projet d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 l\u2019avance, sauf \u00e0 risquer d\u2019y faire obstacle. L\u2019histoire singuli\u00e8re de cette transmission peut se trouver archiv\u00e9e par des institutions de psychanalystes (et non par des institutions psychanalytiques). A cette occasion, les psychanalystes de ces institutions peuvent offrir des dispositifs d\u2019habilitation et de formations sp\u00e9cifiques qui permettent \u00e0 chaque sujet qui en fait la demande d\u2019\u00e9prouver et d\u2019analyser les enjeux subjectifs que mobilise la reconnaissance sociale de ce travail au nom de laquelle il est venu se pr\u00e9senter. L\u2019institution demeurant libre, \u00e0 l\u2019instar de toute association, d\u2019inscrire \u00e0 un titre ou \u00e0 un autre le postulant qui en fait la demande et dont on peut esp\u00e9rer que le travail qui s\u2019en est suivi, et quels qu\u2019en soient les r\u00e9sultats, ait eu aussi des effets analytiques. Ici je suivrai volontiers Jacques Lacan et Fran\u00e7ois Perrier rappelant qu\u2019il n\u2019y avait pas de formations de l\u2019analyste mais simplement des formations de l\u2019inconscient.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 la place de l\u2019Universit\u00e9, je m\u2019en suis longuement expliqu\u00e9 dans un num\u00e9ro d\u2019Etudes freudiennes. Disons qu\u2019\u00e0 suivre Freud, il est \u00e9vident que les \u00e9tudiants, dans la plupart des formations universitaires, apprendront quelque chose sur la psychanalyse plut\u00f4t que de la psychanalyse. On peut y enseigner les diff\u00e9rentes m\u00e9tapsychologies et concepts fondamentaux de la psychanalyse. On peut aussi y enseigner la psychopathologie clinique qui se d\u00e9cline comme une m\u00e9thode au cas par cas, m\u00e9thode du singulier, et proc\u00e8de de la connaissance tragique du <em>pathei mathos<\/em>. On peut aussi y apprendre les diff\u00e9rentes constructions psychiatriques et psychologiques qui tentent de rendre compte de l\u2019humain, des formes de sa souffrance et des conditions tragiques de son existence. Ne serait-ce que pour pouvoir ensuite les d\u00e9construire\u2026 Mais ce savoir acad\u00e9mique ne s\u2019inscrit pas dans la m\u00eame r\u00e9gion ontologique que le savoir inconscient. Aussi, pour permettre aux \u00e9tudiants-praticiens du soin psychique (psychiatres et psychologues) d\u2019entr\u2019apercevoir cette autre r\u00e9gion que suppose l\u2019hypoth\u00e8se de l\u2019inconscient, il convient de prendre en compte d\u2019autres exp\u00e9riences de formations actuellement en \u0153uvre dans les universit\u00e9s. La premi\u00e8re est bien \u00e9videmment l\u2019exp\u00e9rience des stages cliniques qui permet aux \u00e9tudiants praticiens de se confronter \u00e0 la souffrance, celle des patients, comme la leur. Cette exp\u00e9rience clinique constitue le r\u00e9el du savoir acad\u00e9mique puisqu\u2019elle en d\u00e9voile le manque \u00e0 \u00eatre. Le savoir est une chose, en faire l\u2019exp\u00e9rience en est une autre. Ensuite, il y a les groupes de supervision et d\u2019analyse des situations cliniques qui permettent d\u2019analyser pour un \u00e9tudiant-praticien une part des effets intersubjectifs que la rencontre avec la probl\u00e9matique d\u2019une clinique a pu produire sur sa mani\u00e8re de l\u2019entendre et d\u2019en parler. A distance de l\u2019apprentissage d\u2019une technique ou d\u2019un fantasme de psychanalyse, cette exp\u00e9rience d\u2019analyse des situations cliniques est le point pivot d\u2019une formation authentiquement psychopathologique.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans tous ces cas, on peut esp\u00e9rer que si quelque chose se trouve transmis de la psychanalyse et non seulement sur la psychanalyse \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, cela ne proviendrait pas d\u2019un projet ou d\u2019un programme, mais de la position d\u2019\u00e9nonciation qu\u2019un psychanalyste occupe dans son enseignement et qui fait ne pas pouvoir le confondre avec un agr\u00e9g\u00e9 de philosophie ou un \u00e9rudit du CNRS intervenant sur les m\u00eames motifs. C\u2019est donc \u00e0 son insu, dans sa parfaite \u201cinconscience\u201d, qu\u2019un analyste peut de son plein gr\u00e9 transmettre aux \u00e9tudiants quelque chose de la psychanalyse.<br>J\u2019ai bien conscience qu\u2019en reformulant de cette mani\u00e8re les questions, je ne peux consid\u00e9rer les pratiques d\u2019\u00e9valuation actuelles que comme des formes modernes de contr\u00f4le social auquel le th\u00e9oscientisme contemporain a apport\u00e9 la l\u00e9gitimit\u00e9 qui leur manquait. Mais c\u2019est une autre histoire\u2026<br><strong>Roland Gori<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>? <em>Est-il l\u00e9gitime d\u2019\u00e9tablir une distinction entre psychanalyse (cure psychanalytique proprement dite) et psychoth\u00e9rapies psychanalytiques&nbsp;? Ind\u00e9pendamment m\u00eame du principe de cette distinction, comment prendre en compte les variations des pratiques et des th\u00e9ories du processus th\u00e9rapeutique&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Cette distinction, d\u00e9j\u00e0 formul\u00e9e par Freud, reste d\u2019actualit\u00e9. La cure-type n\u2019est pas une psychoth\u00e9rapie. Sa finalit\u00e9 primordiale ne s\u2019inscrit pas dans une vis\u00e9e curative au sens des objectifs issus de la pratique strictement m\u00e9dicale. Il ne s\u2019agit pas uniquement de fixer des buts de traitement, mais bien plus de se fixer des buts de vie et par l\u00e0 m\u00eame des buts de processus psychique. Pour autant il serait r\u00e9ducteur de concevoir une cure-type sans une certaine dimension psychoth\u00e9rapique. En contrepoint, il serait inexact de concevoir la psychoth\u00e9rapie psychanalytique en faisant abstraction de sa sp\u00e9cificit\u00e9 psychanalytique. Pour \u00eatre psychanalytique, une psychoth\u00e9rapie ne peut faire l\u2019\u00e9conomie d\u2019une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la m\u00e9tapsychologie freudienne, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la notion de r\u00e9alit\u00e9 psychique et de conflit intra-psychique, \u00e0 la sexualit\u00e9 infantile et au fait que l\u2019interpr\u00e9tation ne peut se r\u00e9clamer d\u2019une approche purement herm\u00e9neutique. Le principe de cette distinction ou d\u2019une non distinction ne peut \u00eatre ind\u00e9pendant de la prise en compte des variations des pratiques et des th\u00e9ories du processus th\u00e9rapeutique. Par exemple, accorde-t-on une place suffisante aux diff\u00e9rents modes d\u2019alliance th\u00e9rapeutique ou \u00e0 la distinction entre prise de conscience et perlaboration ou encore sur quoi se fonde l\u2019indication initiale&nbsp;: la capacit\u00e9 r\u00e9flexive, associative et\/ou le type de conflits internes, etc.&nbsp;? Mais ces variations ne d\u00e9pendent pas uniquement, comme les questions suivantes le soulignent, de cette seule distinction.<\/p>\n\n\n\n<p>? <em>L\u2019histoire de la psychanalyse nous montre une \u00e9volution et une diversit\u00e9, tant des pratiques (\u00e9coute associative, travail d\u2019interpr\u00e9tation, etc.) que des processus (mod\u00e8les de transformation des repr\u00e9sentations inconscientes et pr\u00e9conscientes, des affects, etc. et mod\u00e8les des processus de transformation des structures psychiques et des formations pathologiques). Cette \u00e9volution permet-elle de r\u00e9pondre \u00e0 la question pos\u00e9e ou celle-ci n\u00e9cessite-t-elle d\u2019autres approches&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque l\u2019on parle de mod\u00e8le, encore faut-il savoir de quels mod\u00e8les parle-t-on&nbsp;: s\u2019agit-il d\u2019un mod\u00e8le du fonctionnement psychique&nbsp;? D\u2019un mod\u00e8le issu de la psychopathologie&nbsp;? D\u2019un mod\u00e8le se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 un autre champ de connaissance (sciences dites fondamentales ou autres sciences humaines)&nbsp;? Ou encore d\u2019un des mod\u00e8les du processus psychanalytique lui-m\u00eame. Freud, en son temps, a su \u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9coute des autres champs de connaissance sans pour autant compromettre son axe de r\u00e9flexion, de th\u00e9orisation et de pratique. L\u2019\u00e9volution devrait permettre aujourd\u2019hui encore de r\u00e9pondre \u00e0 cette distinction entre cure-type et psychoth\u00e9rapie telle que lui-m\u00eame se l\u2019\u00e9tait pos\u00e9. Est-ce le cas&nbsp;? Une recherche sur l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie psychanalytique et la pratique des d\u00e9bats devrait permettre, au moins pour une grande part, d\u2019y r\u00e9pondre.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9volution et la diversit\u00e9, tant des pratiques (\u00e9coute associative, travail d\u2019interpr\u00e9tation, etc.) que des processus (mod\u00e8les de transformation des repr\u00e9sentations inconscientes et pr\u00e9conscientes, des affects, etc. et mod\u00e8les des processus de transformation des structures psychiques et des formations pathologiques) permettent incontestablement de pr\u00e9ciser sur quel continuum (qu\u2019il faudrait mettre justement au pluriel selon ces diff\u00e9rents mod\u00e8les), se situe cette distinction entre cure-type et psychoth\u00e9rapies psychanalytiques. Ce qui justifie le point de vue que pr\u00e9d\u00e9finir le processus c\u2019est d\u2019une certaine mani\u00e8re l\u2019emp\u00eacher. Mais l\u2019histoire de la psychanalyse est analogue \u00e0 tous les champs de connaissance issus d\u2019une pratique exerc\u00e9e par des hommes qui sont eux-m\u00eames inscrits dans un contexte et qui sont d\u00e9pendants des ma\u00eetres qui les ont form\u00e9s, y compris ici leur propre psychanalyste. La distinction entre psychanalyse (cure psychanalytique proprement dite) et psychoth\u00e9rapies psychanalytiques d\u00e9pend donc n\u00e9anmoins d\u2019autres facteurs&nbsp;: \u00e9conomiques, sociaux et culturels.<\/p>\n\n\n\n<p>? <em>Une mani\u00e8re de consid\u00e9rer les variantes de la pratique repose sur des d\u00e9finitions cat\u00e9gorielles (cf. Kernberg \u2026\u2026, Wallerstein \u2026.). Cette d\u00e9marche vous semble-t-elle justifi\u00e9e et suffisante&nbsp;? Sur quels arguments fondez-vous votre jugement&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Cette d\u00e9marche est justifi\u00e9e mais insuffisante en raison du point de vue qu\u2019il s\u2019agit plus d\u2019un continuum allant de la cure-type, qui est un mod\u00e8le repr\u00e8sentant un id\u00e9al, (en fait jamais totalement ou constamment atteint), \u00e0 l\u2019approche psychoth\u00e9rapique qui, si elle est psychanalytique n\u2019est qu\u2019une \u201cpsychanalyse compliqu\u00e9e\u201d par tous les al\u00e9as qui font qu\u2019un id\u00e9al, par d\u00e9finition, n\u2019est qu\u2019id\u00e9al.<\/p>\n\n\n\n<p>? <em>La prise en compte de crit\u00e8res psychopathologiques (\u00e9tats limites, psychoses, troubles narcissiques graves, etc.) est-elle une bonne mani\u00e8re pour d\u00e9crire des variantes de la psychanalyse&nbsp;? Est-elle bien \u00e9tay\u00e9e sur le plan de la technique et de la th\u00e9orie des processus de transformation&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Oui, car les crit\u00e8res psychopathologiques, d\u00e9ni\u00e9s surtout par ceux qui ne s\u2019y sont pas confront\u00e9s ou qui les ont formul\u00e9s diff\u00e9remment, sont des appuis pour mettre en place une alliance th\u00e9rapeutique, et au-del\u00e0 sont des appuis pour des identifications solides aux patients pour pouvoir les comprendre, comprendre avec eux et par l\u00e0 m\u00eame qu\u2019ils puissent se reconna\u00eetre en eux-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p>? <em>Dans une perspective qui prendrait en compte avant tout (ou exclusivement) un continuum entre les crit\u00e8res m\u00e9tapsychologiques et d\u00e9veloppementaux de r\u00e9f\u00e9rence de la psychanalyse et des perspectives prenant en compte d\u2019autres crit\u00e8res de r\u00e9f\u00e9rence (vie sociale, relations interpersonnelles du patient), comment formaliser le poids de ces crit\u00e8res th\u00e9oriques dans chaque cas individuel&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019originalit\u00e9 de la psychanalyse repose ici sur l\u2019int\u00e9r\u00eat fondamental accord\u00e9 au transfert. Ceci permet de d\u00e9passer la question des crit\u00e8res de r\u00e9f\u00e9rence, sans pour autant les annuler, qu\u2019ils soient plus li\u00e9s \u00e0 une th\u00e9orisation toujours \u00e0 rendre vivante ou \u00e0 des situations diverses que le sujet \u00e9voque dans tout traitement analytique, quel qu\u2019il soit, comme repr\u00e9sentations de son existence.<\/p>\n\n\n\n<p>? <em>Comment articuler par exemple psychanalyse et facteurs sociaux ou d\u00e9ficit cognitif&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est que dans l\u2019apr\u00e8s-coup que l\u2019analyste et\/ou l\u2019analys\u00e9 pourra s\u2019interroger sur ces articulations dans le traitement entrepris. Sinon, nous serons dans un autre type de technique comme par exemple les psychoth\u00e9rapies institutionnelles ou la th\u00e9rapie psychanalytique et cognitive (malheureusement peu exerc\u00e9e en tant que telle en France).<\/p>\n\n\n\n<p>? <em>Quels concepts de r\u00e9f\u00e9rence psychanalytique tiendra-t-on pour essentiels (sexualit\u00e9 infantile, conflit intrapsychique, perspective topique et structurale, etc.)&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Aucun des concepts th\u00e9oriques n\u2019est plus essentiel qu\u2019un autre. Cela d\u00e9pend du moment du traitement, du patient, du transfert mais probablement aussi de la formation th\u00e9orique du psychanalyste.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong><br><strong>Bertrand Hanin<\/strong><\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9581?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u25a0 Est-il l\u00e9gitime d\u2019\u00e9tablir une distinction entre psychanalyse (cure psychanalytique proprement dite) et psychoth\u00e9rapies psychanalytiques&nbsp;? Ind\u00e9pendamment m\u00eame du principe de cette distinction, comment prendre en compte les variations des pratiques et des th\u00e9ories du processus th\u00e9rapeutique&nbsp;? 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