{"id":9574,"date":"2021-08-22T07:30:15","date_gmt":"2021-08-22T05:30:15","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/camus-sartre-gary-et-les-enfants-surdoues-absence-paternelle-depression-maternelle-et-symbolisation-2\/"},"modified":"2021-10-08T02:14:15","modified_gmt":"2021-10-08T00:14:15","slug":"camus-sartre-gary-et-les-enfants-surdoues-absence-paternelle-depression-maternelle-et-symbolisation","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/camus-sartre-gary-et-les-enfants-surdoues-absence-paternelle-depression-maternelle-et-symbolisation\/","title":{"rendered":"Camus, Sartre, Gary et les enfants surdou\u00e9s : absence paternelle, d\u00e9pression maternelle et symbolisation"},"content":{"rendered":"\n<p>Nos travaux th\u00e9oriques autour de la question du caract\u00e8re souvent exceptionnel de la symbolisation et de la sublimation chez les enfants surdou\u00e9s nous ont amen\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tude du g\u00e9nie cr\u00e9ateur, largement explor\u00e9e par la litt\u00e9rature psychanalytique.<\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs similarit\u00e9s familiales et psychiques entre ces deux profils ont retenu notre attention. Elles ont \u00e9galement fait \u00e9cho avec nos r\u00e9f\u00e9rences th\u00e9oriques freudiennes du d\u00e9veloppement psychique, pour nous amener \u00e0 formuler l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une sorte de carrefour susceptible d\u2019avoir favoris\u00e9 chez ces sujets une exceptionnelle capacit\u00e9 de symbolisation. Puisque, rappelons-le \u00e0 cette occasion, ces profils que nous savons extr\u00eamement fragiles, ne sont devenus ni <em>simplement intelligents<\/em> ni <em>simplement malades<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Trois param\u00e8tres ont ainsi retenu notre attention.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier est relatif au paradoxe entre absence (r\u00e9elle ou non) du p\u00e8re Oedipien (charg\u00e9 de combler la m\u00e8re et de b\u00e2tir les interdits Surmo\u00efques) et existence pourtant simultan\u00e9e d\u2019une figure symbolique paternelle exigeante et id\u00e9alis\u00e9e (image du p\u00e8re d\u00e9c\u00e9d\u00e9, grand-p\u00e8re, ma\u00eetre d\u2019\u00e9cole, etc.).<\/p>\n\n\n\n<p>Notre second axe de compr\u00e9hension touche, non sans lien avec le premier, au type de maternage offert \u00e0 ces sujets pendant l\u2019enfance, m\u00ealant investissements anaclitiques et incestueux, et qualifi\u00e9 de Jocastien par M. Besdine<sup>1<\/sup> \u00e0 propos du g\u00e9nie cr\u00e9ateur.<\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me aborde la question de la d\u00e9pression infantile et de la place prise par le surinvestissement du langage et de la fonction symbolique dans l\u2019affectivit\u00e9 de ces enfants, confront\u00e9s \u00e0 la fois au vide affectif parental, et aux exigences d\u2019un Id\u00e9al narcissique lancinant.<\/p>\n\n\n\n<p>Nos pr\u00e9c\u00e9dents travaux<sup>2<\/sup> ont \u00e9tay\u00e9 ces trois axes sous un angle clinique et projectif, en convoquant des examens psychologiques d\u2019enfants et adolescents surdou\u00e9s consultants. Bien que men\u00e9e par les m\u00eames enjeux de d\u00e9monstration, nous chargerons une m\u00e9taphore litt\u00e9raire d\u2019illustrer notre propos, \u00e0 travers les romans auto-biographiques de trois grands \u00e9crivains &#8211; Albert Camus<sup>3<\/sup>, Jean-Paul Sartre<sup>4<\/sup> et Romain Gary<sup>5<\/sup>. Nous emprunterons des passages illustrant avec sensibilit\u00e9 ces faits familiaux et psychiques, que nous ne manquerons pas de lier \u00e0 nos connaissances de l\u2019enfant surdou\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">P\u00e8re Oedipien d\u00e9faillant &#8211; P\u00e8re symbolique marquant<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019absence de p\u00e8re, r\u00e9elle ou imaginaire, est fr\u00e9quemment observ\u00e9e chez les enfants surdou\u00e9s. V. Dufour a consacr\u00e9 un r\u00e9cent article<sup>6<\/sup> \u00e0 cette approche. Elle rappelle que \u201cle p\u00e8re imaginaire Oedipien est celui qui prive l\u2019enfant de la m\u00e8re parce qu\u2019il est pourvu du phallus, symbole de la puissance que la m\u00e8re attend pour \u00eatre satisfaite. Il interdit ainsi l\u2019acc\u00e8s de la m\u00e8re \u00e0 l\u2019enfant et permet le report \u00e0 plus tard des enjeux sexuels\u201d et observe que les p\u00e8res d\u2019enfants surdou\u00e9s de son \u00e9chantillon de th\u00e8se y apparaissent comme des \u201ccopains (\u2026) le p\u00e8re semble n\u2019avoir aucune consistance de p\u00e8re puissant, il est v\u00e9cu comme semblable et n\u2019est pas par\u00e9 du pouvoir phallique\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses conclusions semblent paraphraser les observations de M. Besdine \u00e0 propos du g\u00e9nie cr\u00e9ateur&nbsp;: dans son \u00e9tude, \u201cle p\u00e8re n\u2019a pas le phallus&nbsp;; il n\u2019est pas devenu p\u00e8re Oedipien. Ce n\u2019est pas lui qui arrive \u00e0 donner la r\u00e9ponse au d\u00e9sir de la m\u00e8re\u201d. \u201cC\u2019est (\u2026) le p\u00e8re de l\u2019infantile, le p\u00e8re Oedipien, celui que se construit l\u2019enfant \u201cPapa, c\u2019est le plus grand, c\u2019est le plus fort, ce qui fait que je n\u2019ai pas le droit d\u2019acc\u00e9der \u00e0 maman\u201d qui est invalid\u00e9. C\u2019est l\u2019interdit imaginaire \u201cJe ne peux pas parce que je suis trop petit\u2026\u201d qui semble d\u00e9faillant, (\u2026) c\u2019est la fonction de l\u2019impuissance (\u2026) qui est touch\u00e9e, sans respect de l\u2019ordre g\u00e9n\u00e9rationnel. L\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019Oedipe est donc difficile dans ce contexte pr\u00e9g\u00e9nital (\u2026) il n\u2019y a pas de lutte imaginaire pour le pouvoir, ce qui emp\u00eache (\u2026) la mise en place des processus de promesse Oedipienne (quand je serai grand)\u2026\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Camus, Sartre et Gary n\u2019ont jamais connu leurs p\u00e8res, tu\u00e9s par la guerre avant ou juste apr\u00e8s leur naissance. Tous trois ont partag\u00e9 le lit de leur m\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 la pubert\u00e9, vivant pour deux d\u2019entre eux chez les grand-parents maternels.<\/p>\n\n\n\n<p>Camus, en intitulant son ouvrage autobiographique <em>Le premier homme<\/em>, en dit long sur la place qu\u2019il s\u2019est attribu\u00e9e dans sa filiation (\u2026\u201cpuisque n\u00e9 sur une terre sans a\u00efeux et sans m\u00e9moire, o\u00f9 l\u2019an\u00e9antissement de ceux qui l\u2019avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 (\u2026) total\u201d). Sous sa plume, le p\u00e8re imaginaire-Oedipien appara\u00eet peu comblant&nbsp;: \u201cIl (Camus enfant) n\u2019\u00e9tait m\u00eame pas s\u00fbr qu\u2019elle (sa m\u00e8re) e\u00fbt aim\u00e9 passionn\u00e9ment cet homme (son p\u00e8re), et en tous cas il ne pouvait le lui demander (\u2026) il ne voulait m\u00eame pas savoir au fond ce qu\u2019il y avait eu entre eux\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Sartre d\u00e9crit une sc\u00e8ne primitive bien aust\u00e8re: \u201cEn 1904, \u00e0 Cherbourg, officier de marine et d\u00e9j\u00e0 rong\u00e9 par les fi\u00e8vres de Cochinchine, il (son p\u00e8re) fit la connaissance d\u2019Anne-Marie Schweitzer (sa m\u00e8re), s\u2019empara de cette grande fille d\u00e9laiss\u00e9e, l\u2019\u00e9pousa, lui fit un enfant au galop, moi, et tenta de se r\u00e9fugier dans la mort\u201d. Puis \u00e9nonce avec sagesse&nbsp;: \u201cEn v\u00e9rit\u00e9, la prompte retraite de mon p\u00e8re m\u2019avait gratifi\u00e9 d\u2019un \u201cOedipe\u201d fort incomplet&nbsp;: pas de Sur-moi, d\u2019accord, mais point d\u2019agressivit\u00e9 non plus. Ma m\u00e8re \u00e9tait \u00e0 moi, personne ne m\u2019en contestait la tranquille possession&nbsp;: j\u2019ignorais (\u2026) la jalousie; faute de m\u2019\u00eatre heurt\u00e9 \u00e0 ses angles (\u2026). Contre qui, contre quoi me serais-je r\u00e9volt\u00e9&nbsp;: jamais le caprice d\u2019un autre ne s\u2019\u00e9tait pr\u00e9tendu ma loi\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Gary, seul homme connu de la vie de sa m\u00e8re, ignorera tout de son g\u00e9niteur, dont il apprendra tr\u00e8s tardivement sa mort dans les camps de concentration.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, chez nos trois g\u00e9nies litt\u00e9raires, l\u2019absence de p\u00e8re r\u00e9el ou comblant pour la m\u00e8re laisse place \u00e0 des repr\u00e9sentations paternelles h\u00e9ro\u00efques ayant certainement eu une valeur structurante sur le plan des identifications et du b\u00e2tissement de l\u2019id\u00e9al du Moi&nbsp;; instance dont on sait la fonction centrale chez les cr\u00e9ateurs<sup>7<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Camus d\u00e9couvre son p\u00e8re \u00e0 travers les mots de sa famille maternelle: sa m\u00e8re dit de lui: \u201cIl avait de la t\u00eate\u201d. Son oncle l\u2019affiliait \u00e0 son p\u00e8re par ces mots: \u201cL\u2019a la bonne t\u00eate, celui l\u00e0. Dure, mais bonne. (\u2026) Comme son p\u00e8re\u201d. En outre, ce souvenir h\u00e9ro\u00efque du p\u00e8re d\u00e9c\u00e9d\u00e9 semble s\u2019\u00eatre trouv\u00e9 relay\u00e9 par la figure de son ma\u00eetre d\u2019\u00e9cole, \u00e0 qui il continuera \u00e0 \u00e9crire toute sa vie&nbsp;: \u201cCelui-l\u00e0 n\u2019avait pas connu son p\u00e8re, mais il lui en parlait souvent sous une forme un peu mythologique, et (\u2026) il avait su remplacer ce p\u00e8re. C\u2019est pourquoi Jacques (Camus) ne l\u2019avait jamais oubli\u00e9, comme si, n\u2019ayant jamais \u00e9prouv\u00e9 r\u00e9ellement l\u2019absence d\u2019un p\u00e8re qu\u2019il n\u2019avait pas connu, il avait reconnu cependant inconsciemment, \u00e9tant enfant d\u2019abord, puis tout au long de sa vie, le seul geste paternel, \u00e0 la fois r\u00e9fl\u00e9chi et d\u00e9cisif, qui f\u00fbt intervenu dans sa vie d\u2019enfance. Car Monsieur Bernard, son instituteur de la classe du certificat d\u2019\u00e9tudes, avait pes\u00e9 de tout son poids d\u2019homme, \u00e0 un moment donn\u00e9, pour modifier le destin de cet enfant dont il avait la charge, et il l\u2019avait modifi\u00e9 en effet\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Sartre, lui, vivait avec son grand-p\u00e8re maternel, figure incontournable de son histoire infantile: \u201cRestait le patriarche&nbsp;: il ressemblait tant \u00e0 Dieu le P\u00e8re qu\u2019on le prenait souvent pour lui. Un jour, il entra dans une \u00e9glise par la sacristie&nbsp;; le cur\u00e9 mena\u00e7ait les ti\u00e8des des foudres c\u00e9lestes&nbsp;: \u201cDieu est l\u00e0! Il vous voit&nbsp;!\u201dTout \u00e0 coup les fid\u00e8les d\u00e9couvrirent, sous la chaire, un grand vieillard barbu qui les regardait&nbsp;: ils s\u2019enfuirent. D\u2019autres fois, mon grand-p\u00e8re disait qu\u2019ils s\u2019\u00e9taient jet\u00e9s \u00e0 ses genoux\u201d, etc.<br>Chez Gary, c\u2019est le profil extr\u00eamement pr\u00e9cis d\u2019homme que sa m\u00e8re a en t\u00eate pour son avenir qui semble avoir eu valeur symbolique structurante&nbsp;: pr\u00e9dit par elle aviateur, prix Goncourt de litt\u00e9rature et ambassadeur de France, il deviendra effectivement pr\u00e9cis\u00e9ment\u2026 tout cela.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Maternage jocastien et d\u00e9pression maternelle<\/h2>\n\n\n\n<p>Nous devons la formule de maternage jocastien \u00e0 M. Besdine<sup>1<\/sup> pour qui l\u2019inceste entre Oedipe et sa m\u00e8re Jocaste rappelle le \u201cprocessus de maternage tr\u00e8s particulier\u201d v\u00e9cu par le futur g\u00e9nie cr\u00e9ateur. Selon lui, en l\u2019absence de p\u00e8re, \u201cLa m\u00e8re semble souffrir de soif d\u2019affection ou de frustration sentimentale, si bien qu\u2019elle \u00e9tablit avec le tout jeune enfant une symbiose \u00e9troite, intense, intime et exclusive qui se maintient pathologiquement au del\u00e0 de la premi\u00e8re ann\u00e9e\u201d, tout en jouant \u201cun certain r\u00f4le dans le d\u00e9veloppement intellectuel\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>M. Besdine effectue lui-m\u00eame le lien entre surdon infantile et g\u00e9nie cr\u00e9ateur, en reprenant une vignette clinique emprunt\u00e9e \u00e0 M.S. Malher<sup>7<\/sup>&nbsp;: \u201cCathie, une enfant dou\u00e9e dont le p\u00e8re servait dans les forces arm\u00e9es Am\u00e9ricaines \u00e0 l\u2019\u00e9tranger\u201d chez qui on retrouve \u201cune m\u00e8re \u00e9levant son enfant en l\u2019absence du p\u00e8re (\u2026). Cathie, \u00e2g\u00e9e de dix-huit mois, se montrait une enfant dou\u00e9e, pr\u00e9coce, dot\u00e9e d\u2019une activit\u00e9 ind\u00e9pendante orient\u00e9e vers les r\u00e9alisations. Elle avait une aptitude toute particuli\u00e8re \u00e0 entrer en contact avec un adulte qu\u2019elle ne connaissait pas en suscitant une r\u00e9action admirative. Malher a eu l\u2019impression que ce d\u00e9veloppement pr\u00e9coce du Moi \u00e9tait d\u00fb \u00e0 l\u2019investissement exclusif par la m\u00e8re de son enfant\u201d. Cette \u201cposition favoris\u00e9e et exclusive de l\u2019enfant sur laquelle la m\u00e8re, avide d\u2019affection, d\u00e9verse tout son amour et auquel seule elle se consacre\u201d aurait r\u00e9unit \u201cles conditions m\u00eames du maternage jocastien\u201d. Il note le \u201cd\u00e9veloppement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 du Moi \u00e0 cause de la nature exclusive et des aspects b\u00e9n\u00e9fiques de la symbiose continue\u201d, d\u00e9bouchant sur la pr\u00e9cocit\u00e9, ainsi que \u00e7a a \u00e9t\u00e9 le cas chez de nombreux g\u00e9nies cr\u00e9ateurs pr\u00e9coces dans l\u2019enfance.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon Besdine, l\u2019issue de \u201cLa chaude intimit\u00e9 et la tendresse (que l\u2019enfant -g\u00e9n\u00e9ralement le fils) a connues pendant sa premi\u00e8re ann\u00e9e de vie dans l\u2019\u00e9change et le dialogue pleins de douceur avec la m\u00e8re sont \u00e0 jamais contamin\u00e9es par un sentiment d\u2019asservissement, \u00e0 mesure que la m\u00e8re, assoiff\u00e9e d\u2019amour, emp\u00eache l\u2019enfant de se d\u00e9velopper normalement dans le sens de (\u2026) l\u2019auto-diff\u00e9renciation. Cette atmosph\u00e8re intense et diffuse d\u2019amour incestueux devient de plus en plus terrifiante, l\u2019enfant puis l\u2019adolescent et l\u2019adulte ressentant la situation comme dangereuse et interdite, voire comme un \u00e9tat de suj\u00e9tion empoisonn\u00e9e\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9voquons ici la sublime illustration de ces propos \u00e0 travers la plume de Romain Gary&nbsp;: \u201cCe fut seulement aux abords de la quarantaine que je commen\u00e7ai \u00e0 comprendre. Il n\u2019est pas bon d\u2019\u00eatre tellement aim\u00e9, si jeune, si t\u00f4t. Ca vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c\u2019est arriv\u00e9. On croit que \u00e7a existe ailleurs, que \u00e7a peut se retrouver. On compte l\u00e0-dessus. On regarde, on esp\u00e8re, on attend. Avec l\u2019amour maternel, la vie vous fait \u00e0 l\u2019aube une promesse qu\u2019elle ne tient jamais. On est oblig\u00e9 ensuite de manger froid jusqu\u2019\u00e0 la fin de ses jours (\u2026). Partout o\u00f9 vous allez, vous portez en vous le poison des comparaisons et vous passez votre temps \u00e0 attendre ce que vous avez d\u00e9j\u00e0 re\u00e7u. Je ne dis pas qu\u2019il faille emp\u00eacher les m\u00e8res d\u2019aimer leur petit. Je dis simplement qu\u2019il vaut mieux que les m\u00e8res aient encore quelqu\u2019un d\u2019autre \u00e0 aimer. Si ma m\u00e8re avait eu un amant, je n\u2019aurais pas pass\u00e9 ma vie \u00e0 mourir de soif aupr\u00e8s de chaque fontaine. Malheureusement pour moi, je me connais en vrai diamant\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019investissement maternel de ces enfants nous appara\u00eet simultan\u00e9ment tr\u00e8s ardent sur les plans physique et symbolique, et tr\u00e8s distant, presque instrumental, sur le plan affectif. Certes libidinales, ces m\u00e8res jocastiennes \u00e9voluent dans une m\u00e9connaissance totale de leur enfant, qui n\u2019existe que dans des termes projectifs et narcissisants pour elles. Nous serions tent\u00e9e de qualifier ce second type d\u2019investissement d\u2019\u201canaclitique\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>M. Besdine observe cette dimension dans son article&nbsp;: \u201cLa m\u00e8re de type jocastien cherche inconsciemment consolation et r\u00e9confort dans l\u2019amour qu\u2019elle porte \u00e0 son enfant. D\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, elle attire \u00e0 elle son jeune fils (\u2026)\u201d. Il observe \u00e9galement les mouvements d\u2019alternance qui s\u2019en suivent, entre \u201cintimit\u00e9 et mise \u00e0 distance, attirance et r\u00e9pulsion\u201d. Nos trois \u00e9crivains d\u00e9peignent avec sensibilit\u00e9 cette douleur de l\u2019enfance.<\/p>\n\n\n\n<p>Camus \u00e9crit \u00e0 propos de sa m\u00e8re&nbsp;: \u201cQuand, l\u2019ayant embrass\u00e9 de toutes ses forces deux ou trois fois, le serrant contre elle et apr\u00e8s l\u2019avoir rel\u00e2ch\u00e9, elle le regardait en le reprenant pour l\u2019embrasser encore une fois comme si, ayant mesur\u00e9 le plein de tendresse (qu\u2019elle venait de faire), elle aurait d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019une mesure manquait encore (\u2026). Et puis, tout de suite apr\u00e8s, d\u00e9tourn\u00e9e, elle semblait ne plus penser \u00e0 lui ni d\u2019ailleurs \u00e0 rien, et le regardait m\u00eame parfois avec une \u00e9trange expression comme si maintenant il \u00e9tait de trop, d\u00e9rangeant l\u2019univers vide, clos, restreint o\u00f9 elle se mouvait\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Sartre nous offre lui aussi cette illustration entre rapproch\u00e9 libidinal symbolique et corporel, puis d\u00e9pression maternelle et d\u00e9saccordage affectif profond avec la m\u00e8re&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u201cOn me montre une jeune g\u00e9ante, on me dit que c\u2019est ma m\u00e8re. De moi-m\u00eame, je la prendrais plut\u00f4t pour une s\u0153ur a\u00een\u00e9e. Cette vierge en r\u00e9sidence surveill\u00e9e, soumise \u00e0 tous, je vois bien qu\u2019elle est l\u00e0 pour me servir. Je l\u2019aime&nbsp;: mais comment la respecterais-je, si personne ne la respecte&nbsp;? Il y a trois chambres dans notre maison&nbsp;: celle de mon grand-p\u00e8re, celle de ma grand-m\u00e8re, et celle des \u201cenfants\u201d. Les \u201cenfants\u201d, c\u2019est nous&nbsp;: pareillement mineurs et pareillement entretenus. (\u2026) La jeune fille dort seule et s\u2019\u00e9veille chastement (\u2026) Elle me raconte ses malheurs et je l\u2019\u00e9coute avec compassion&nbsp;: plus tard je l\u2019\u00e9pouserai pour la prot\u00e9ger. Je le lui promets&nbsp;: j\u2019\u00e9tendrai ma main sur elle, je mettrai ma jeune importance \u00e0 son service.\u201d Puis&nbsp;: \u201cVermine stup\u00e9faite, sans foi, sans loi, sans raison ni fin, je m\u2019\u00e9vadais dans la com\u00e9die familiale, tournant, courant, volant d\u2019imposture en imposture. Je fuyais mon corps injustifiable et ses veules confidences (\u2026) De bonnes amies dirent \u00e0 ma m\u00e8re que j\u2019\u00e9tais triste, qu\u2019on m\u2019avait surpris \u00e0 r\u00eaver. Ma m\u00e8re me serra contre elle en riant&nbsp;: \u201cToi qui es si gai, toujours \u00e0 chanter&nbsp;! Et de quoi te plaindrais-tu&nbsp;? Tu as tout ce que tu veux\u201d. Elle avait raison&nbsp;: un enfant g\u00e2t\u00e9 n\u2019est pas triste&nbsp;; il s\u2019ennuie comme un chien. Je suis un chien&nbsp;: je b\u00e2ille, les larmes roulent, je les sens rouler (\u2026) De tremblantes minutes s\u2019affalent, m\u2019engloutissent, et n\u2019en finissent pas d\u2019agoniser (\u2026) ma m\u00e8re me r\u00e9p\u00e8te que je suis le plus heureux des petits gar\u00e7ons. Comment ne la croirais-je pas (\u2026)&nbsp;? A mon d\u00e9laissement je ne pense jamais&nbsp;; (\u2026) il n\u2019y a pas de mots pour le nommer\u201d.<br>Gary d\u00e9crit \u00e9galement ces sc\u00e8nes projectives m\u00e8re-fils troublantes&nbsp;: \u201cma m\u00e8re (\u2026) me regarda avec gratitude. Ce fut soudain comme si j\u2019eusse accompli quelque chose d\u2019\u00e9norme pour elle. Elle s\u2019approcha de moi, prit mon visage entre ses mains, fixant chaque trait avec une attention \u00e9tonnante et les larmes se mirent \u00e0 briller dans ses yeux. Un sentiment \u00e9trange de g\u00eane s\u2019empara de moi&nbsp;: j\u2019eus soudain la sensation d\u2019\u00eatre quelqu\u2019un d\u2019autre\u201d.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">D\u00e9pression infantile, place du surinvestissement du langage et de la fonction symbolique<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019exploration projective des protocoles d\u2019enfants surdou\u00e9s consultants r\u00e9v\u00e8le dans tous les cas une probl\u00e9matique narcissique et d\u00e9pressive majeure, plus ou moins d\u00e9sorganisante mais toujours \u00e9tay\u00e9e par une \u00e9tonnante capacit\u00e9 de secondarisation de la pens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces \u00e9l\u00e9ments se rappellent \u00e0 nous sous la plume de Camus&nbsp;: \u201cDe tout temps Jacques avait d\u00e9vor\u00e9 les livres qui lui tombaient sous la main et les avalait avec (\u2026) avidit\u00e9\u201d. \u201cLes pages (\u2026) remplies \u00e0 ras bord de mots et de phrases, comme ces \u00e9normes plats rustiques o\u00f9 l\u2019on peut manger beaucoup et longtemps sans jamais les \u00e9puiser et qui seuls peuvent apaiser certains \u00e9normes app\u00e9tits (\u2026). Ils ne connaissaient rien et voulaient tout savoir (\u2026). Ces livres (\u2026) (lui) donnaient (sa) p\u00e2t\u00e9 de r\u00eaves, sur lesquels ils pouvaient ensuite dormir lourdement\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment ne pas faire de parall\u00e8le entre cette avidit\u00e9 \u00e9tourdissante pour le livre et la m\u00eame avidit\u00e9 affective frustr\u00e9e pour la m\u00e8re&nbsp;? Dans cet extrait, l\u2019enfant tente de r\u00e9conforter l\u2019effondrement maternel&nbsp;: \u201c(elle) avait cess\u00e9 de sourire, et toute la mis\u00e8re et la lassitude du monde s\u2019\u00e9taient peintes sur son visage. Puis elle avait rencontr\u00e9 le regard fixe de son fils, avait essay\u00e9 de sourire encore, mais ses l\u00e8vres tremblaient et elle s\u2019\u00e9tait pr\u00e9cipit\u00e9e en pleurant dans sa chambre (\u2026), le dos maigre secou\u00e9 de sanglots. \u201cMaman, maman\u201d, avait dit Jacques en la touchant timidement de la main. \u201cTu es tr\u00e8s belle comme \u00e7a.\u201d Mais elle n\u2019avait pas entendu et, de sa main, lui avait demand\u00e9 de la laisser. Il avait recul\u00e9 jusqu\u2019au pas de la porte, et lui aussi (\u2026) s\u2019\u00e9tait mis \u00e0 pleurer d\u2019impuissance et d\u2019amour\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un autre extrait, il lie ces deux univers de fa\u00e7on explicite&nbsp;: \u201cSeule l\u2019\u00e9cole donnait \u00e0 Jacques et \u00e0 Pierre (son ami) ces joies. Et sans doute ce qu\u2019ils aimaient si passionn\u00e9ment en elle, c\u2019est ce qu\u2019ils ne trouvaient pas chez eux, o\u00f9 la pauvret\u00e9 et l\u2019ignorance rendaient la vie plus dure, plus morne, comme referm\u00e9e sur elle-m\u00eame\u201d. \u201cLe myst\u00e8re chaleureux, int\u00e9rieur et impr\u00e9cis, o\u00f9 il baignait alors, \u00e9largissait seulement le myst\u00e8re quotidien du discret sourire ou du silence de sa m\u00e8re lorsqu\u2019il entrait dans la salle \u00e0 manger, le soir venu, et que, seule \u00e0 la maison, elle n\u2019avait pas allum\u00e9 la lampe \u00e0 p\u00e9trole, laissant la nuit envahir peu \u00e0 peu la pi\u00e8ce, elle-m\u00eame comme une forme plus obscure et plus dense encore qui regardait pensivement \u00e0 travers la fen\u00eatre les mouvements anim\u00e9s, mais silencieux pour elle, de la rue, et l\u2019enfant s\u2019arr\u00eatait alors sur le pas de la porte, le c\u0153ur serr\u00e9 plein d\u2019un amour d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 pour sa m\u00e8re et ce qui, dans sa m\u00e8re, n\u2019appartenait pas ou plus au monde\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Sartre \u00e9voque ses activit\u00e9s litt\u00e9raires d\u2019enfant et leur b\u00e9n\u00e9fice narcissique&nbsp;: \u201cje les poursuivais (\u2026) avec assiduit\u00e9&nbsp;: aux heures de r\u00e9cr\u00e9ation, le jeudi et le dimanche, aux vacances et, quand j\u2019avais la chance d\u2019\u00eatre malade, dans mon lit&nbsp;; je me rappelle (\u2026) un cahier noir \u00e0 tranche rouge que je prenais et quittais comme une tapisserie (\u2026) mes romans me tenaient lieu de tout. (\u2026) Je d\u00e9versais toutes mes lectures, mes bonnes et les mauvaises, p\u00eale-m\u00eale, dans ces fourretout. (\u2026) Auteur, le h\u00e9ros c\u2019\u00e9tait (\u2026) moi, je projetais en lui mes r\u00eaves \u00e9piques. (\u2026) je pouvais le mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve, lui percer le flanc d\u2019un coup de lance et puis le soigner comme me soignait ma m\u00e8re, le gu\u00e9rir comme elle me gu\u00e9rissait\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis plus tard&nbsp;: \u201cLa mort \u00e9tait mon vertige parce que je n\u2019aimais pas vivre&nbsp;: c\u2019est ce qui explique la terreur qu\u2019elle m\u2019inspirait. En l\u2019identifiant \u00e0 la gloire, j\u2019en fis ma destination. Je voulus mourir&nbsp;; parfois l\u2019horreur gla\u00e7ait mon impatience (\u2026). Nos intentions profondes sont des projets et des fuites ins\u00e9parablement li\u00e9s&nbsp;: l\u2019entreprise folle d\u2019\u00e9crire pur me faire pardonner mon existence (\u2026). Si je remonte aux origines, j\u2019y vois une fuite en avant, un suicide (\u2026). C\u2019\u00e9tait la mort que je cherchais. Longtemps j\u2019avais redout\u00e9 de finir comme j\u2019avais commenc\u00e9, n\u2019importe o\u00f9, n\u2019importe comment (\u2026). Ma vocation changea tout&nbsp;: (\u2026). Je n\u2019\u00e9crirais pas pour le plaisir d\u2019\u00e9crire mais pour tailler ce corps de gloire dans les mots\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Gary \u00e9voque tout au long de son r\u00e9cit les r\u00eaves de grandeur et autres fantasmes d\u2019omnipotence qui ont jalonn\u00e9 son enfance. Il se souvient: \u201cQuelque chose, toujours, manquait (\u2026). Vague et lancinant, tyrannique et informul\u00e9, un r\u00eave \u00e9trange s\u2019\u00e9tait mis \u00e0 bouger en moi, un r\u00eave sans visage, sans contenu, sans contour (\u2026). Ce fut ainsi que je fis connaissance avec l\u2019absolu, dont je garderai sans doute jusqu\u2019au bout, \u00e0 l\u2019\u00e2me, la morsure profonde, comme une absence de quelqu\u2019un. Je n\u2019avais que neuf ans (\u2026). L\u2019absolu me signifiait soudain sa pr\u00e9sence inaccessible et, d\u00e9j\u00e0, \u00e0 ma soif imp\u00e9rieuse, je ne savais quelle source offrir pour l\u2019apaiser. Ce fut sans doute ce jour-l\u00e0 que je suis n\u00e9 en tant qu\u2019artiste (\u2026). Il me semble que j\u2019y suis encore, assis, dans ma culotte courte, parmi les orties (\u2026) je ne trouvais rien qui f\u00fbt \u00e0 la mesure de mon \u00e9trange besoin, rien qui f\u00fbt digne de ma m\u00e8re, de mon amour, de tout ce que j\u2019eusse voulu lui donner. Le go\u00fbt du chef-d\u2019\u0153uvre venait de me visiter et ne devrait plus jamais me quitter. Peu \u00e0 peu, mes l\u00e8vres se mirent \u00e0 trembler, mon visage fit une grimace d\u00e9pit\u00e9e et je me mis \u00e0 hurler de col\u00e8re, de peur et d\u2019\u00e9tonnement. Depuis, je me suis fait \u00e0 l\u2019id\u00e9e et, au lieu de hurler, j\u2019\u00e9cris des livres\u201d.<br>Ainsi l\u2019int\u00e9r\u00eat effr\u00e9n\u00e9 pour le symbole -ici lu et \u00e9crit- nous semble avoir eu pour fonction de colmater chez ces trois \u00e9crivains de g\u00e9nie une d\u00e9pression infantile m\u00eal\u00e9e de pr\u00e9occupations narcissiques majeures, faisant \u00e9cho avec les proc\u00e9d\u00e9s d\u00e9fensifs de nos enfants surdou\u00e9s en situation projective.<br>La pr\u00e9sente articulation contient finalement deux voeux essentiels. D\u2019une part, celui de ne pas d\u00e9courager les \u00e9lans de symbolisation de ces enfants pour le plaisir qu\u2019ils s\u2019offrent -nous offrent- \u00e0 cet exercice, et d\u2019autre part, celui de mettre \u00e0 jour la douleur qui les sous-tend, sans nous laisser duper par les b\u00e9n\u00e9fices narcissiques que ce surinvestissement colmate en apparence\u00a0; b\u00e9n\u00e9fices contentant \u00e0 notre sens trop souvent parents et professionnels de l\u2019enfance surdou\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>1 Besdine M. (1968-9), Complexe de Jocaste, maternage et g\u00e9nie, in Psychanalyse du g\u00e9nie cr\u00e9ateur, 1974, Paris, Dunod, pp.169-208.<\/p>\n\n\n\n<p>2 Goldman C. (2005), La question du masculin chez l\u2019enfant surdou\u00e9, in <em>Psychologie clinique et projective<\/em>, vol.11, pp.&nbsp;205-222.<\/p>\n\n\n\n<p>3 Camus A. (1960), <em>Le premier homme<\/em>, Paris, Folio, 1994.<\/p>\n\n\n\n<p>4 Sartre J.- P. (1964), <em>Les mots<\/em>, Paris, Gallimard Folio, 2003.<\/p>\n\n\n\n<p>5 Gary R. (1960), <em>La promesse de l\u2019aube<\/em>, Paris, Folio, 1980.<\/p>\n\n\n\n<p>6 Dufour V. (2004), La fonction paternelle et l\u2019enfant surdou\u00e9 : un \u00e9clairage sur la psychopathologie moderne, in <em>Le journal des Psychologues<\/em>, n\u00b0 de Juillet-Ao\u00fbt 2004<\/p>\n\n\n\n<p>7 Chasseguet-Smirgel J. (1973), <em>La maladie d\u2019Id\u00e9alit\u00e9<\/em>, Paris, \u00e9d. universitaires \u201c\u00c9mergences\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>8 Mahler M. S. (1963), Certains aspects of the separation-individuation phase, <em>in Psychoanalytic Quaterly<\/em>, 32.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9574?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nos travaux th\u00e9oriques autour de la question du caract\u00e8re souvent exceptionnel de la symbolisation et de la sublimation chez les enfants surdou\u00e9s nous ont amen\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tude du g\u00e9nie cr\u00e9ateur, largement explor\u00e9e par la litt\u00e9rature psychanalytique. 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