{"id":9564,"date":"2021-08-22T07:30:13","date_gmt":"2021-08-22T05:30:13","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/monet-leblouissement-de-la-vision-originaire-2\/"},"modified":"2021-10-12T16:32:42","modified_gmt":"2021-10-12T14:32:42","slug":"monet-leblouissement-de-la-vision-originaire","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/monet-leblouissement-de-la-vision-originaire\/","title":{"rendered":"Monet : l&rsquo;\u00e9blouissement de la vision originaire"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Monet : l\u2019\u00e9blouissement de la vision originaire.<\/strong> Exposition Claude Monet au Grand Palais jusqu\u2019au 24 janvier 2011<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00ab Un peintre voit un sentier serpentant \u00e0 travers un champ piqu\u00e9 de coquelicots et d\u00e9cide de le peindre : \u00e0 un bout de cet encha\u00eenement de faits, il y a un champ de coquelicots, \u00e0 l\u2019autre bout une toile dont la surface a \u00e9t\u00e9 couverte de couleurs. Nous pouvons reconna\u00eetre que la toile repr\u00e9sente le champ ; aussi supposerai-je qu\u2019en d\u00e9pit des diff\u00e9rences entre un champ de coquelicots et un carr\u00e9 de toile, en d\u00e9pit de la transformation que l\u2019artiste a op\u00e9r\u00e9e \u00e0 partir de ce qu\u2019il voyait pour lui donner la forme d\u2019un tableau, quelque chose est demeur\u00e9 inchang\u00e9 et que la reconnaissance d\u00e9pend de ce quelque chose. J\u2019appellerai \u00ab invariants \u00bb les \u00e9l\u00e9ments qui rendent compte de l\u2019aspect inchang\u00e9 de la transformation \u00bb. C\u2019est ainsi que W.R. Bion introduit son livre sur les <em>Transformations<\/em> avec <em>Les coquelicots<\/em> de Monet (Mus\u00e9e d\u2019Orsay), qui est expos\u00e9 actuellement dans l\u2019exposition du Grand Palais. Avec Monet, Bion a choisi un peintre qui donne \u00e0 voir de mani\u00e8re exemplaire les processus de cr\u00e9ation artistiques comparables aux processus psychiques d\u00e9crits par les psychanalystes aux origines de la pens\u00e9e et de la rencontre analytique.<\/p>\n\n\n\n<p>Soixante ans de peinture\u2026 Un parcours aussi exceptionnel n\u2019est donn\u00e9 qu\u2019aux peintres qui ont eu la chance de devenir tr\u00e8s vieux (Titien, Rembrandt, Velazquez, Matisse, Picasso \u2026) et qui ont pu aller jusqu\u2019au bout de leur capacit\u00e9 cr\u00e9ative et r\u00e9aliser toutes leurs potentialit\u00e9s. La longue existence de peintre de Monet lui a permis d\u2019effectuer plusieurs r\u00e9volutions : inventeur de l\u2019impressionnisme, puis l\u2019un des premiers \u00e0 inaugurer le travail en s\u00e9rie qui a eu une importance capitale pour l\u2019histoire de l\u2019art, et enfin les tableaux abstraits de la fin, qui dans les ann\u00e9es cinquante, bien apr\u00e8s sa mort, sont devenus la source d\u2019inspiration des peintres am\u00e9ricains de l\u2019abstraction lyrique.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab C\u2019est beau ici, si clair, si lumineux ! On nage dans l\u2019air bleu, c\u2019est effrayant \u00bb, dit Monet lorsqu\u2019il arrive au bord de la M\u00e9diterran\u00e9e, en 1880. Le visiteur qui entre dans le <em>Grand Palais<\/em> pourrait en dire autant. Tant de beaut\u00e9s et des beaut\u00e9s aussi resplendissantes, \u00e9blouissantes, c\u2019est presque effrayant. Mais si Monet a souvent souffert pour y parvenir, le spectateur, lui, baigne plut\u00f4t dans le bonheur (m\u00eame s\u2019il a souffert un peu pour parvenir \u00e0 entrer dans l\u2019exposition et voir les tableaux au milieu de la foule\u2026).<\/p>\n\n\n\n<p>Voir ? Il faudrait plut\u00f4t dire \u00eatre baign\u00e9 dans ce foisonnement de lumi\u00e8res, de couleurs, de reflets qui vous entra\u00eene dans une exp\u00e9rience impliquant tous les sens et pas seulement la vision et qui n\u2019est pas sans \u00e9voquer le monde de la sensorialit\u00e9 primitive du nourrisson. De salle en salle, on va de splendeur en splendeur. On \u00e9prouve un \u00e9merveillement semblable \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique d\u00e9crite par Donald Meltzer, celle du nourrisson \u00e9bloui par la beaut\u00e9 myst\u00e9rieuse de la m\u00e8re \u00e9nigmatique, telle la <em>Joconde<\/em>. On pourrait alors visiter l\u2019exposition d\u2019une mani\u00e8re un peu \u00e9trange, qui serait de regarder ces tableaux en s\u2019identifiant au \u00ab nourrisson Claude Monet \u00bb qui d\u00e9couvre le monde et n\u2019en finit pas de vouloir en rendre les lumi\u00e8res et les reflets. Jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie, \u00e0 l\u2019\u00e9poque des <em>Nymph\u00e9as<\/em>, o\u00f9 il dira que \u00ab ces paysages d\u2019eau et de reflets sont devenus une obsession.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Monet raconte comment Eug\u00e8ne Boudin, qu\u2019il fr\u00e9quente au Havre, sa ville natale, est \u00e0 l\u2019origine de sa vocation de peintre. Boudin l\u2019invite \u00e0 l\u2019accompagner pour aller peindre sur le motif. Monet accepte et ach\u00e8te une bo\u00eete de peinture. \u00ab Boudin installe son chevalet et se met au travail. Ce fut tout \u00e0 coup comme un voile qui se d\u00e9chire : j\u2019avais compris, j\u2019avais saisi ce que pouvait \u00eatre la peinture ; ma destin\u00e9e de peintre \u00e9tait ouverte. \u00bb Une fois le voile d\u00e9chir\u00e9, le voile qui recouvrait peut-\u00eatre la vision premi\u00e8re, il a pass\u00e9 sa vie \u00e0 scruter et peindre les reflets, les lumi\u00e8res, les brumes, la vaporisation des formes, les fum\u00e9es et les volutes. Quand il peint la gare Saint-Lazare, il s\u2019int\u00e9resse surtout aux fum\u00e9es blanches. Et quand il fait le portrait mortuaire de sa femme Camille, tant aim\u00e9e et morte pr\u00e9matur\u00e9ment, il la repr\u00e9sente entour\u00e9e de voiles aux reflets blancs, comme des nuages vaporeux qui l\u2019enveloppent et l\u2019emportent, d\u2019o\u00f9 \u00e9merge son visage de morte, mais qui pourrait aussi \u00eatre le visage d\u2019un nouveau-n\u00e9 entour\u00e9 de ses langes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Monet n\u2019est qu\u2019un \u0153il mais quel \u0153il ! \u00bb, disait de lui C\u00e9zanne. En effet, Monet avait un \u0153il capable de discerner les variations infimes de la nature et il cherchait les sensations visuelles brutes afin d\u2019avoir un regard aussi neuf que possible sur le monde. \u00ab Il aurait voulu \u00eatre n\u00e9 aveugle puis, apr\u00e8s avoir subitement recouvr\u00e9 la vue, commencer \u00e0 peindre en ignorant tout des objets plac\u00e9s devant lui. Le premier regard vers le motif, affirmait-il, \u00e9tait toujours le plus vrai, le plus fid\u00e8le \u00bb, \u00e9crit Lilla Cabot Perry dans le catalogue. Ce d\u00e9sir de Monet de partager l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un aveugle recouvrant soudainement la vue, de d\u00e9couvrir chaque objet comme si c\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois, n\u2019est-il pas celui de reproduire les premi\u00e8res sensations visuelles apr\u00e8s la naissance ? Ebloui comme l\u2019enfant de Meltzer, Monet est en m\u00eame temps \u00e9merveill\u00e9 et terroris\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab J\u2019ai repris encore des choses impossibles \u00e0 faire : de l\u2019eau avec de l\u2019herbe qui ondule dans le fond. C\u2019est admirable \u00e0 voir, mais c\u2019est \u00e0 rendre fou de vouloir faire \u00e7a. Enfin, je m\u2019attaque toujours \u00e0 ces choses-l\u00e0 ! \u00bb L\u2019expression \u00ab \u00e0 rendre fou \u00bb revient plusieurs fois sous la plume de Monet. A propos de la C\u00f4te normande : \u00ab \u2026 la beaut\u00e9 de la mer depuis deux jours, mais quel talent il faudrait pour rendre cela, c\u2019est \u00e0 rendre fou \u00bb. Les fleurs de Hollande sont admirables, mais \u00ab \u00e0 rendre fou le pauvre peintre \u00bb. Il y a de quoi devenir fou en effet, lorsque le ciel vous tombe sur la t\u00eate et que le sol se d\u00e9robe sous vos pieds. Dans les toiles des derni\u00e8res ann\u00e9es, tout est en dessous dessus. On ne sait plus o\u00f9 est le haut et le bas. Il abandonne progressivement la perspective et cherche de nouveaux points de vue. Il voulait meubler son atelier de tr\u00e8s hauts bancs pour observer ses mod\u00e8les depuis des points de vue inattendus, sans pr\u00e9jug\u00e9s. De m\u00eame, il installe des chevalets au ras du sol, pour voir les \u0153uvres d\u2019un angle inhabituel. Il peint des toiles o\u00f9 rien n\u2019indique plus o\u00f9 est le haut ou le bas, le ciel ou la surface de l\u2019eau\u2026 Le spectateur a une double perspective : il voit les nymph\u00e9as qui flottent sur la surface de l\u2019\u00e9tang en m\u00eame temps par dessus, comme s\u2019il se penchait sur la surface de l\u2019eau, mais il les voit aussi par en dessous, comme s\u2019il \u00e9tait immerg\u00e9 dans l\u2019eau. Les nuages se refl\u00e8tent dans la surface de l\u2019eau. Les herbes que l\u2019on voit sont-elles des plantes aquatiques ondulant au fond de l\u2019eau ou le reflet des arbres au bord de l\u2019eau ? Est-on dedans ou dehors ? On flotte en \u00e9tat d\u2019apesanteur comme le f\u0153tus dans son habitacle maternel, entre le liquide et le v\u00e9g\u00e9tal. Monet rend incertaine la fronti\u00e8re entre le monde aquatique et le monde a\u00e9rien, le monde pr\u00e9natal et le monde post-natal, s\u00e9par\u00e9s par la \u00ab c\u00e9sure \u00bb de W. R. Bion, qu\u2019il nous fait traverser dans les deux sens. Quel que soit le sujet du tableau, on circule entre l\u2019aquatique (le liquide, l\u2019eau, les rivi\u00e8res, la mer, les \u00e9tangs) et l\u2019a\u00e9rien (les ciels, les nuages, les fum\u00e9es, les brumes et les brouillards). Les deux univers se c\u00f4toient, se touchent, se s\u00e9parent, se bagarrent et se r\u00e9concilient, pour finir par se m\u00e9langer, dans ce qui est peut-\u00eatre la figuration la plus proche qu\u2019un peintre ait jamais effectu\u00e9e du monde de la vision primitive.<\/p>\n\n\n\n<p>Il parle du paysage comme d\u2019une figure, il s\u2019adresse \u00e0 lui comme \u00e0 une personne. \u00ab Vous savez ma passion pour la mer (\u2026) Je sens chaque jour que je la comprends mieux, la gueuse, et certes ce nom lui va bien ici, car elle est terrible (\u2026) Bref, j\u2019en suis fou ; mais je sais bien que pour peindre vraiment la mer, il faut la voir tous les jours, \u00e0 toute heure et au m\u00eame endroit pour en conna\u00eetre la vie \u00e0 cet endroit-l\u00e0 : aussi je refais les m\u00eames motifs jusqu\u2019\u00e0 quatre ou six fois m\u00eame \u00bb. Le peintre t\u00e9moigne de l\u2019extraordinaire capacit\u00e9 \u00e0 voir du diff\u00e9rent dans l\u2019identique, ou plut\u00f4t il prouve que rien n\u2019est jamais rigoureusement identique, d\u00e8s lors qu\u2019on change de point de vue. Avec le travail en s\u00e9rie &#8211; les peupliers, les meules, les cath\u00e9drales de Rouen &#8211; Monet montre la potentialit\u00e9 cr\u00e9atrice de la r\u00e9p\u00e9tition. \u00ab Chaque jour j\u2019ajoute et surprends quelque chose que je n\u2019avais pas encore pu voir \u00bb, dit Monet \u00e0 propos de la cath\u00e9drale de Rouen. Mais encore, il l\u2019interpelle : \u00ab Bon dieu, que cette m\u00e2tine de cath\u00e9drale est donc dure \u00e0 faire ! \u00bb Et encore : \u00ab Quelle difficult\u00e9 \u2026 Je suis rompu, je n\u2019en peux plus\u2026 J\u2019ai eu une nuit remplie de cauchemars : la cath\u00e9drale me tombait dessus, elle semblait ou bleue ou rose ou jaune \u00bb. En scrutant la cath\u00e9drale, les moindres variations de lumi\u00e8re sur la fa\u00e7ade, il scrute le ciel, il scrute les yeux de la m\u00e8re, il scrute l\u2019objet maternel primaire.<br>Cette sensibilit\u00e9 aux variations climatiques \u00e0 l\u2019\u00e9tat du ciel et la luminosit\u00e9 atmosph\u00e9rique \u00e9voque les b\u00e9b\u00e9s de Winnicott, confront\u00e9s \u00e0 la d\u00e9faillance du regard maternel, qui \u00ab \u00e9tudient les variations du visage maternel pour tenter de pr\u00e9voir l\u2019humeur de leur m\u00e8re, tout comme nous scrutons le ciel pour deviner le temps qu\u2019il va faire. \u00ab Peu importe de savoir ce qu\u2019il en est de la m\u00e8re de Monet et de l\u2019exp\u00e9rience qu\u2019il a pu vivre. Ce qui importe c\u2019est de noter comment la vocation du peintre s\u2019enracine dans cette exp\u00e9rience inaugurale de miroir maternel. Ce qui est probablement le cas de tous les peintres, qui investissent- et dans la plupart des cas on peut dire surinvestissent &#8211; l\u2019exp\u00e9rience sp\u00e9culaire. Le miroir du regard maternel \u00e9tant le paradigme de la peinture. \u00ab Il est surprenant de voir \u00e0 quel point m\u00eame les petits enfants apprennent \u00e0 jauger l\u2019humeur des parents. Ils le font au d\u00e9but de chaque journ\u00e9e, et parfois ils apprennent \u00e0 rester attentifs \u00e0 l\u2019expression de la m\u00e8re ou du p\u00e8re presque tout le temps. Je pense que plus tard ils regardent le ciel ou \u00e9coutent les pr\u00e9visions m\u00e9t\u00e9orologiques \u00e0 la radio \u00bb, dit Winnicott. Ou encore ils font comme Bonnard qui notait quotidiennement sur ses petits agendas remplis de croquis, les indications m\u00e9t\u00e9orologiques du jour : beau, pluvieux, nuageux, couvert.<\/p>\n\n\n\n<p>Monet ne se contente pas de regarder le paysage, ni m\u00eame de choisir un point de vue, un angle de vision, une position dans l\u2019espace, mais il les cr\u00e9e. Il va sur le bassin d\u2019Argenteuil avec un bateau-atelier pour capter tous les points de vue. Pour pouvoir achever la s\u00e9rie des peupliers, il donne au propri\u00e9taire une somme d\u2019argent pour surseoir \u00e0 la coupe des arbres. Pour r\u00e9aliser ses tableaux sur le bras de la Seine, il ach\u00e8te un terrain. Pour les <em>Matin\u00e9es sur la Seine<\/em>, il se l\u00e8ve \u00e0 trois heures du matin afin de capter les premi\u00e8res lueurs du jour. A Rouen, il r\u00e9glait l\u2019heure de ses repas en fonction de l\u2019\u00e9clairage de la fa\u00e7ade de la cath\u00e9drale et revenait insatisfait et d\u00e9courag\u00e9, car il n\u2019\u00e9tait jamais s\u00fbr d\u2019avoir pu capter ces nuances subtiles, tellement changeantes et fugitives qu\u2019elles lui \u00e9chappaient. \u00ab Je veux faire de l\u2019insaisissable. C\u2019est \u00e9pouvantable. Cette lumi\u00e8re qui se sauve en emportant la couleur \u00bb. Et enfin, l\u2019apoth\u00e9ose, c\u2019est le jardin de Giverny et la cr\u00e9ation de l\u2019\u00e9tang aux nymph\u00e9as.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pourquoi la visite de Monet ne s\u2019arr\u00eate pas \u00e0 l\u2019exposition du <em>Grand Palais<\/em>. Elle pourrait d\u2019ailleurs \u00eatre pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e par une escapade au Havre, ville natale de Monet, o\u00f9 le <em>Mus\u00e9e Andr\u00e9 Malraux<\/em> poss\u00e8de une belle collection de toiles d\u2019Eug\u00e8ne Boudin, expos\u00e9es dans des salles tr\u00e8s ouvertes sur le ciel et cette mer du Nord, dont la lumi\u00e8re est la premi\u00e8re vision qu\u2019en ait eue Monet. Elle se poursuit par une visite au <em>Mus\u00e9e Marmottan<\/em> pour l\u2019exposition <em>Claude Monet. Son mus\u00e9e<\/em> (jusqu\u2019au 20 f\u00e9vrier 2011) qui poss\u00e8de dans ses collections le fameux <em>Impression. Soleil levant<\/em>, tableau embl\u00e9matique qui a donn\u00e9 le mot \u00ab impressionnisme \u00bb. Les conservateurs de <em>Marmottan<\/em> n\u2019ont pas voulu pr\u00eater ce tableau au <em>Grand Palais<\/em>, le gardant jalousement, en quoi ils ont eu bien raison, invitant les visiteurs \u00e0 d\u00e9couvrir leur mus\u00e9e, dont la collection est la deuxi\u00e8me en importance pour Monet apr\u00e8s Orsay. Elle compl\u00e8te magnifiquement celle du Grand Palais avec un ensemble tr\u00e8s riche d\u2019\u0153uvres tardives, qu\u2019on peut consid\u00e9rer comme les plus belles et les plus \u00e9tonnantes de Monet : <em>les glycines, les nymph\u00e9as, les ponts japonais, les saules pleureurs<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces toiles tardives correspondent \u00e0 la p\u00e9riode o\u00f9 Monet est atteint par une cataracte qui d\u00e8s 1912 a alt\u00e9r\u00e9 sa vision des couleurs. \u00ab Je ne percevais plus les couleurs avec la m\u00eame intensit\u00e9. Les rouges m\u2019apparaissaient boueux (\u2026) Je vois tout au travers d\u2019un brouillard \u00bb. Au point que Monet rep\u00e9rait les tubes par des \u00e9tiquettes qu\u2019il y collait. Mais il rajoute &#8211; et c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on voit qu\u2019un peintre reste toujours peintre : \u00ab C\u2019est tout de m\u00eame tr\u00e8s beau et c\u2019est ce que j\u2019aimerais pouvoir repr\u00e9senter \u00bb. L\u2019alt\u00e9ration de la perception des couleurs, critiqu\u00e9e par certains, donne lieu \u00e0 un renouvellement de son style, inaugural, dit-on, de l\u2019abstraction. Est-ce que les troubles visuels du peintre lui ont permis d\u2019\u00eatre parmi ceux qui ont inaugur\u00e9 l\u2019abstraction ?<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, comment ne pas aller \u00e0 l\u2019<em>Orangerie<\/em> voir l\u2019aboutissement de ce trajet artistique avec l\u2019\u0153uvre grandiose des <em>Nymph\u00e9as<\/em> se d\u00e9ployant sur pr\u00e8s de cent m\u00e8tres lin\u00e9aires. Monet voulait un motif qui, \u00ab transport\u00e9 le long des murs, enveloppant toutes les parois de son unit\u00e9, aurait prouv\u00e9 l\u2019illusion d\u2019un tout sans fin, d\u2019une onde sans horizon et sans rivage ; cette pi\u00e8ce aurait offert l\u2019asile d\u2019une m\u00e9ditation paisible au centre d\u2019un aquarium fleuri \u00bb. Enfin comment ne pas aller \u00e0 Giverny, lieu magique cr\u00e9e par ce peintre majeur de la peinture moderne, qui disait de lui-m\u00eame, en toute modestie : \u00ab En dehors de la peinture et du jardinage, je ne suis bon \u00e0 rien \u00bb.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9564?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Monet : l\u2019\u00e9blouissement de la vision originaire. Exposition Claude Monet au Grand Palais jusqu\u2019au 24 janvier 2011 \u00ab Un peintre voit un sentier serpentant \u00e0 travers un champ piqu\u00e9 de coquelicots et d\u00e9cide de le peindre : \u00e0 un bout&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1318],"thematique":[396],"auteur":[1391],"dossier":[],"mode":[61],"revue":[837],"type_article":[451],"check":[2023],"class_list":["post-9564","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-exposition","thematique-art","auteur-simone-korff-sausse","mode-gratuit","revue-837","type_article-articles","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9564","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9564"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9564\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":17292,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9564\/revisions\/17292"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9564"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=9564"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=9564"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=9564"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=9564"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=9564"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=9564"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=9564"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=9564"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}