{"id":9545,"date":"2021-08-22T07:30:11","date_gmt":"2021-08-22T05:30:11","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/goya-et-la-modernite-2\/"},"modified":"2021-08-22T07:30:11","modified_gmt":"2021-08-22T05:30:11","slug":"goya-et-la-modernite","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/goya-et-la-modernite\/","title":{"rendered":"Goya et la Modernit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><em><strong>11 octobre 2013 &#8211; 16 mars 2014.<br \/>\nPinacoth\u00e8que de Paris<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Quel esprit ! Un esprit universel. L\u2019esprit des Lumi\u00e8res. Capable d\u2019embrasser l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 du monde. Tous les aspects de la nature humaine apparaissent dans les \u0153uvres de Goya, au fil des d\u00e9cennies, puisqu\u2019il est mort \u00e0 82 ans. C\u2019est une chance &#8211; pour nous en tout cas &#8211; que ce peintre ait pu vivre assez longtemps pour d\u00e9ployer une \u0153uvre immense jusqu\u2019aux derni\u00e8res ann\u00e9es qui, comme chez beaucoup de peintres vieillissants, sont riches en productions innovantes. A la charni\u00e8re du 18\u00e8me et du 19\u00e8me, Goya anticipe sur le 20\u00e8me si\u00e8cle. <\/p>\n<p>Evidemment, l\u2019exposition est \u00e0 l\u2019\u00e9troit dans les espaces un peu \u00e9triqu\u00e9s de la Pinacoth\u00e8que. Goya m\u00e9ritait plus et mieux. Les salles de peintures ne rendent pas compte du g\u00e9nie du peintre. N\u00e9anmoins une \u0153uvre aussi magistrale s\u2019impose en tout lieu. D\u2019autant plus que le clou de l\u2019exposition, ce sont les gravures. Malgr\u00e9 ses insuffisances, cette exposition nous offre la chance formidable de voir &#8211; ou revoir &#8211; <em>Les Caprices, Les D\u00e9sastres de la guerre, La Tauromachie, les Proverbes<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire les \u0153uvres les plus importantes d\u2019un peintre qui est un des plus grands de toute l\u2019histoire de la peinture. Pour cela, il faut y courir. Et c\u2019est toujours un choc, tant ces gravures sont fortes. On traverse les salles o\u00f9 sont accroch\u00e9es <em>Les D\u00e9sastres de la guerre<\/em>, avec des frissons et des tremblements, saisi parfois d\u2019une envie de sortir, tant ces images nous confrontent \u00e0 des sc\u00e8nes insupportables, tant la mort est omnipr\u00e9sente et in\u00e9luctable, tant la cruaut\u00e9 semble implacable. Goya t\u00e9moigne de l\u2019horreur, il interroge l\u2019absurdit\u00e9, il d\u00e9nonce le pouvoir, il compatit avec les victimes. Nous pourrions \u00eatre l\u2019une d\u2019elles. Il fait le constat d\u00e9taill\u00e9 et implacable de ce que l\u2019homme fait \u00e0 l\u2019homme. \u00ab J\u2019ai vu cela \u00bb, \u00e9crit-il en l\u00e9gende d\u2019une gravure. Ou encore \u00ab Pourquoi ? \u00bb <\/p>\n<p>Goya a v\u00e9cu une p\u00e9riode historique d\u2019effondrement et de grandes violences. Il a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 sur le plan personnel par une grave maladie, qui l\u2019a laiss\u00e9 sourd. L\u2019impact de ces \u00e9v\u00e9nements traumatiques, c\u2019est dans les gravures qu\u2019il l\u2019exprime. L\u00e0, il combine la critique acerbe de la soci\u00e9t\u00e9 (tout y passe : le mariage, l\u2019Eglise, l\u2019\u00e9ducation\u2026) avec une vision du monde tr\u00e8s personnelle. Au-del\u00e0 d\u2019une \u00ab pens\u00e9e verbalisable et articulable\u00bb<sup>1<\/sup>, l\u2019artiste explore les zones inconscientes de son monde interne, comme l\u2019\u00e9crit Yves Bonnefoy dans un tr\u00e8s beau texte. C\u2019est cela la Modernit\u00e9 de Goya. <br \/>\nIl ne rend pas seulement compte des \u00e9v\u00e8nements, mais les restitue pass\u00e9s par le filtre de sa subjectivit\u00e9 et nous les fait partager. <\/p>\n<p>C\u2019est une \u0153uvre de pens\u00e9e. Goya d\u00e9veloppe au plus haut point la capacit\u00e9 de penser avec les images, alliant virtuosit\u00e9 esth\u00e9tique et profondeur de la r\u00e9flexion.&#160; Tourment\u00e9 par des questions essentielles, il va chercher les r\u00e9ponses tr\u00e8s loin, jouant avec des m\u00e9taphores et des m\u00e9tamorphoses inattendues et parfois herm\u00e9tiques, nourries par des visions li\u00e9es peut-\u00eatre \u00e0 sa maladie.<\/p>\n<p>Il invente des images en s\u00e9rie, tant\u00f4t dramatiques, tant\u00f4t grotesques, toujours subversives, parfois visionnaires, souvent bizarres, quelques fois incompr\u00e9hensibles. Elles d\u00e9passent notre entendement. Elles d\u00e9voilent un au-del\u00e0 des perceptions. R\u00e9alistes ou faussement r\u00e9alistes, elles jouent avec le surnaturel, elles annoncent le surr\u00e9alisme. Leurs titres, compl\u00e9ment verbal \u00e0 l\u2019image, en r\u00e9v\u00e8lent ou en dissimulent le sens. \u00ab Le sommeil de la raison engendre des monstres \u00bb, est le titre d\u2019un des Caprices les plus connus. Derri\u00e8re la rationalit\u00e9, se cache le monde du \u00ab monstrueux vraisemblable \u00bb, comme le formule Baudelaire. <br \/>\n<strong>&#160; <br \/>\nNotes<\/strong><br \/>\n1. Yves Bonnefoy, 2006, Goya, <em>les peintures noires,<\/em> William Blake\u00a7CO.\u00e9dit<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9545?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>11 octobre 2013 &#8211; 16 mars 2014. Pinacoth\u00e8que de Paris Quel esprit ! 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