{"id":9538,"date":"2021-08-22T07:30:11","date_gmt":"2021-08-22T05:30:11","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/adolescence-se-separer-de-quoi-de-qui-2\/"},"modified":"2021-11-21T21:29:34","modified_gmt":"2021-11-21T20:29:34","slug":"adolescence-se-separer-de-quoi-de-qui","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/adolescence-se-separer-de-quoi-de-qui\/","title":{"rendered":"Adolescence : se s\u00e9parer de quoi, de qui ?"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00ab&nbsp;<em>C\u2019est arriv\u00e9 au cours de cet \u00e9t\u00e9 vert et fou. Frankie avait douze ans. (&#8230;). Et puis le printemps, cette ann\u00e9e l\u00e0, avait \u00e9t\u00e9 une saison bizarre et interminable. C\u2019est alors que les choses avaient commenc\u00e9 \u00e0 changer, mais Frankie ne comprenait pas ce changement. (&#8230;) Il y avait quelque chose dans ces fleurs d\u2019avril et dans ces arbres verts qui emplissait Frankie de tristesse. Elle ne savait pas pourquoi elle \u00e9tait triste, mais \u00e0 cause de cette tristesse inconnue elle se mit \u00e0 penser qu\u2019elle devait quitter la vile<\/em>.&nbsp;\u00bb (2000, p. 9). Voil\u00e0 comment Carson McCullers introduit son roman, <em>Frankie Adams<\/em>, le roman de l\u2019entr\u00e9e dans l\u2019adolescence, et y pose certains des motifs et des enjeux du processus qu\u2019implique &#8211; qu\u2019exige&nbsp;? &#8211; cette entr\u00e9e (sentiment d\u2019\u00e9tranget\u00e9, flou du ressenti, flottement des limites dedans\/dehors et imp\u00e9ratif du recours \u00e0 l\u2019agir pour occuper une position active face aux affects sans repr\u00e9sentation li\u00e9s aux changements). Revenant sur le titre que j\u2019ai donn\u00e9 \u00e0 cette communication&nbsp;: <em>se s\u00e9parer de quoi, de qui<\/em>, j\u2019aurais d\u00fb ajouter&nbsp;: <em>comment<\/em>&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Comment allons-nous faire, l\u2019an prochain&nbsp;?&nbsp;\u00bb me demande Julien avec insistance, m\u2019englobant dans son inqui\u00e9tude. L\u2019an prochain, il a choisi de partir pour une ann\u00e9e d\u2019\u00e9tudes \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Partir enfin &#8211; il y pense depuis ses 16 ans, il l\u2019anticipe, le craint et l\u2019esp\u00e8re tout \u00e0 la fois, mais n\u2019a pu encore s\u2019y r\u00e9soudre, fig\u00e9 par l\u2019angoisse de la s\u00e9paration. Depuis ce temps, nos rencontres ont d\u00e9ploy\u00e9 chez lui les aspects ambivalents du lien \u00e0 une m\u00e8re et \u00e0 un p\u00e8re pendant longtemps pos\u00e9s comme intouchables&nbsp;: rien du malaise pour lequel il venait me voir ne pouvait leur \u00eatre imput\u00e9&nbsp;; il craignait (d\u00e9sirait&nbsp;?) que je ne l\u2019y entra\u00eene&nbsp;; il a fallu bien du temps pour qu\u2019il puisse soulever le globe qui, comme des reliques, prot\u00e9geait de toute attaque consciente ces parents fiables mais risquant de devenir fragiles sous l\u2019effet de la d\u00e9sid\u00e9alisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec son amie, un lien pr\u00e9coce et exclusif, prot\u00e9g\u00e9 aussi, longtemps, de toute ambivalence, il a tranch\u00e9, le lui a annonc\u00e9&nbsp;: mieux vaut arr\u00eater tout de suite. Il faut du temps pour qu\u2019il \u00e9voque la crainte de se d\u00e9cevoir l\u2019un l\u2019autre et se faire souffrir. Renoncer, s\u2019arracher d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment pour ne pas perdre, dans l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 adolescente qui s\u2019oppose \u00e0 la souffrance du ressenti du temps. Hors de sa pr\u00e9sence il ne peut se projeter dans une suite, ni avec ni sans elle. Les rationnalisations, pour lesquelles il excelle, battent leur plein. Avec moi, il revient r\u00e9guli\u00e8rement sur cette id\u00e9e&nbsp;: comment ferons-nous&nbsp;? Des parents, bien entendu, il n\u2019en est plus question.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ann\u00e9e va se passer \u00e0 se d\u00e9fendre puis, peu \u00e0 peu, \u00e0 jouer avec les id\u00e9es de s\u00e9paration, pour admettre que, s\u2019il l\u2019a choisie, s\u2019il la d\u00e9sire, c\u2019est qu\u2019elle lui fait si peur, de longue date, et qu\u2019il lui faudra bien prendre le risque de se livrer aux contraintes de l\u2019attente, ressentir le manque, le d\u00e9sir (ou le besoin&nbsp;?) de l\u2019autre, et les mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du temps et de l\u2019espace. Certes, c\u2019est encore lui qui contr\u00f4le le jeu (o\u00f9, quand, combien de temps sera-t-il absent), mais il admet de vivre avec son amie une s\u00e9paration \u00ab&nbsp;en relation&nbsp;\u00bb, il prend le risque que l\u2019objet lui \u00e9chappe, une fois le lien permanent all\u00e9g\u00e9, et la demande qu\u2019il m\u2019adresse vise \u00e0 s\u2019assurer par ailleurs que, s\u2019il s\u2019autorise le d\u00e9sengagement d\u2019avec les premiers objets, s\u2019il s\u2019offre \u00e0 de nouveaux investissements, il y aura encore, toujours, un creux pour l\u2019accueillir, un lieu o\u00f9 ce qu\u2019il a d\u00e9pos\u00e9 de lui se maintient et un objet qu\u2019il peut continuer \u00e0 investir, sachant le retrouver au moins en lui, f\u00fbt-ce au prix de la douleur, de la tristesse.<\/p>\n\n\n\n<p>Perdre de vue, insupportable dans ses pr\u00e9mices, devient au cours de ce processus une perspective qui cesse d\u2019impliquer la radicale disparition de l\u2019objet et, <em>avec lui<\/em>, <em>de soi-m\u00eame<\/em>. Sur cet accomplissement de la distance, certains buteront toute leur vie, emprisonn\u00e9s dans l\u2019agrippement aux objets, enferm\u00e9s dans un processus pathologique ali\u00e9nant. D\u2019autres trouveront, pour transmuer la souffrance de cette but\u00e9e, le recours \u00e0 la cr\u00e9ation.<\/p>\n\n\n\n<p>Temps et espace&nbsp;: c\u2019est ce qui, tout \u00e0 la fois, n\u2019est pas encore vraiment constitu\u00e9 et se perturbe avec l\u2019entr\u00e9e dans l\u2019adolescence, ce qui se fait sentir dans le processus de s\u00e9paration. Ainsi que les rapports r\u00e9ciproques entre l\u2019objet et le moi, mis en crise lorsque le lien d\u2019amour et de tendresse de l\u2019enfance voit, avec les transformations de la pubert\u00e9, sa fiabilit\u00e9 \u00e9branl\u00e9e par sa resexualisation et la n\u00e9cessit\u00e9, en h\u00e2te, parfois \u00e0 la hussarde, de s\u2019en d\u00e9tacher.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est une des questions fondamentales que pose la s\u00e9paration \u00e0 l\u2019adolescence&nbsp;: s\u2019en d\u00e9tache-t-on&nbsp;? comment&nbsp;? avec quelle temporalit\u00e9&nbsp;? Les textes de Catherine Azoulay et de Benoit Verdon prolongent vers l\u2019adolescent et vers l\u2019adulte ce questionnement. On se d\u00e9tache, dans les d\u00e9buts, et pour certains toute la vie, certainement le plus souvent par l\u2019arrachement ou le rejet plus que par la n\u00e9gociation \u2013 ou on y r\u00e9siste par l\u2019agrippement. Puis, peu \u00e0 peu, dans les meilleurs des cas, par les d\u00e9placements substitutifs qui s\u2019op\u00e8rent, et d\u2019objet en objet nous conduisent \u00e0 des choix dans lesquels demeurent toujours les traces confondues des premiers investissements. Et, pour certains qui ne s\u2019en d\u00e9tachent jamais, la cr\u00e9ation, comme chez Proust ou Duras, se nourrit de cette impossibilit\u00e9, de cette douleur, travaille \u00e0 partir de ce temps arr\u00eat\u00e9, de cet espace fig\u00e9. C\u2019est ce qui s\u2019entend dans cette bouleversante phrase de Duras \u00e9voquant ses liens d\u2019enfance&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je suis encore l\u00e0, devant ces enfants poss\u00e9d\u00e9s, \u00e0 la m\u00eame distance du myst\u00e8re. Je n\u2019ai jamais \u00e9crit, croyant le faire, je n\u2019ai jamais aim\u00e9, croyant aimer, je n\u2019ai jamais rien fait qu\u2019attendre devant la porte ferm\u00e9e<\/em>.&nbsp;\u00bb (1984)<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 apparus, avec le d\u00e9but d\u2019un ouvrage, <em>Frankie Adams<\/em>, et la fin d\u2019un traitement, les indices de ce qui engage tout enfant entrant dans l\u2019adolescence dans l\u2019in\u00e9luctable contrainte de la s\u00e9paration, et la trame de ce qui devrait en \u00eatre l\u2019issue, s\u2019il en existe. Car, que faisons-nous de plus essentiel, au cours de notre vie, que de nous s\u00e9parer&nbsp;? De nous-m\u00eame, de mani\u00e8re imperceptible le plus souvent, mais parfois brutale&nbsp;; de nos objets d\u2019amour, ceux de notre monde interne, ceux de la r\u00e9alit\u00e9. Et une part de cette vie toute enti\u00e8re se passe \u00e0 n\u00e9gocier notre rapport \u00e0 ces objets dans leur apparition et dans leur fuite, dans leur arrachement ou leur glissement dans et hors de notre espace et de notre temps. Le contrat \u0153dipien, d\u00e8s ses pr\u00e9mices, n\u2019est-il pas avant tout un contrat s\u00e9parateur de l\u2019enfant et de sa m\u00e8re, qui, par le recours \u00e0 un tiers, ouvre l\u2019enfant au monde&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Mais sans doute est-ce au temps de l\u2019adolescence que cette perspective inh\u00e9rente au destin humain appara\u00eet, de la mani\u00e8re la plus aigu\u00eb, comme une n\u00e9cessit\u00e9 &#8211; absolue pour certains, bonne \u00e0 engager pour d\u2019autres, comme un d\u00e9fi dont on se saisit avec plus ou moins de bonheur &#8211; mais parfois aussi comme une perte des rep\u00e8res, ou encore comme un gouffre, g\u00e9n\u00e9rateur d\u2019angoisses de perte de soi, de mouvements phobiques qui mettent un tour d\u2019\u00e9crou sur le lien aux objets.<\/p>\n\n\n\n<p>Des composantes initiales de la personnalit\u00e9, de la fiabilit\u00e9 des premiers liens et de ceux qui s\u2019ensuivent, de la capacit\u00e9, articul\u00e9e aux modalit\u00e9s de s\u00e9duction pr\u00e9coce et \u0153dipienne, \u00e0 faire face au ressenti de la pulsion en soi, des mouvements libidinaux qui tendent vers de nouveaux objets, puis les attaquent, et des mouvements ambivalents qui colorent n\u00e9gativement les objets anciens, vont d\u00e9pendre les issues de ce travail essentiel qui accompagne le sujet sa vie durant et lui permet, lorsque la travers\u00e9e est fructueuse, de passer de la s\u00e9paration \u00e0 la perte pour se trouver, dans une rencontre avec un autre dont la diff\u00e9rence est assum\u00e9e. Le transfert condense et symbolise, permettant d\u2019y voir plus clair, ce qui se joue dans ces op\u00e9rations et qui s\u2019y emp\u00eache&nbsp;: glissement du premier objet d\u2019amour vers un amour \u0153dipien, d\u2019un amour \u0153dipien vers des amours qui tentent de s\u2019\u00e9loigner de cette polarit\u00e9 premi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce voyage, le r\u00f4le du tiers s\u00e9parateur, d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9, est crucial au moment de l\u2019adolescence&nbsp;: les \u00e9checs du processus sont bien souvent en lien avec ses d\u00e9faillances, avec sa vuln\u00e9rabilit\u00e9 qui entrave les attaques agressives n\u00e9cessaires, comme dans le cas de Julien, supposant son p\u00e8re incapable de \u00ab&nbsp;survivre, intact&nbsp;\u00bb, ou encore avec les d\u00e9fauts d\u2019int\u00e9gration, par ce tiers, de l\u2019investissement de la f\u00e9minit\u00e9 ou de la masculinit\u00e9 de l\u2019adolescent \u00e0 distance suffisante. Ici, c\u2019est le film r\u00e9cent de Christophe Honor\u00e9, <em>Les Bien aim\u00e9s<\/em> (2011) illustrant les \u00e9checs transg\u00e9n\u00e9rationnels de la s\u00e9paration, qui me vient en exemple.<\/p>\n\n\n\n<p>Par certains aspects, le trouble et les difficult\u00e9s adolescentes sont les m\u00eames pour les deux sexes&nbsp;; par d\u2019autres, les tonalit\u00e9s dues aux diff\u00e9rences dans le processus ant\u00e9rieur et \u00e0 venir, dans les particularit\u00e9s de l\u2019\u0152dipe et de ses destins, dans les modalit\u00e9s de traitement de la perte qu\u2019ils convoquent diversement, modulent, irisent d\u2019un sexe \u00e0 l\u2019autre les destins de la s\u00e9paration, en y engageant l\u2019int\u00e9gration du f\u00e9minin dans les deux sexes et les destins de la passivit\u00e9 et de l\u2019activit\u00e9&nbsp;: sous la plume de Racine, c\u2019est B\u00e9r\u00e9nice, non Titus, qui livre ces vers sublimes&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Dans un mois, dans un an, comment soufrirons-nous, Seigneur, que tant de mers me s\u00e9parent de vous<\/em>&nbsp;\u00bb (1670&nbsp;; 1998, p. 414). Faute de temps pour un tel sujet, je m\u2019appuierai \u00e0 pr\u00e9sent sur des figures f\u00e9minines.<\/p>\n\n\n\n<p>Premier temps pour l\u2019adolescent, le coup de th\u00e9\u00e2tre de la pubert\u00e9, des modifications physiologiques auxquelles elle soumet le jeune sujet, lui imposant une s\u00e9paration d\u2019avec son corps d\u2019enfant, d\u2019avec l\u2019image de soi jusque-l\u00e0 progressivement r\u00e9ajust\u00e9e, en appui sur la continuit\u00e9 du regard tendre de l\u2019entourage. Ici, en effet, la capacit\u00e9, pour la m\u00e8re et le p\u00e8re, d\u2019investir le corps de l\u2019adolescente comme un corps sexu\u00e9, d\u00e9semmaillot\u00e9 du corps maternel, et diff\u00e9rent du sien dans son potentiel attractif, non excitant mais potentiellement d\u00e9sirable pour des tiers \u00e0 venir, a un r\u00f4le crucial pour la fille dans son propre investissement et dans le r\u00f4le qu\u2019elle attribuera aux objets externes.<\/p>\n\n\n\n<p>Laissons parler Frankie, qui exprime l\u2019angoisse de la passivit\u00e9 devant l\u2019\u00e9volution anarchique de son corps &#8211; sans pour autant \u00e9voquer directement l\u2019essentiel, sa sexualisation et la double passivation \u00e0 laquelle est soumise la fille&nbsp;: \u00e0 celle qu\u2019impose \u00e0 tous la pubert\u00e9 et ses \u00e9mois internes s\u2019ajoute, pour cette derni\u00e8re, celle o\u00f9 la soumet, tout \u00e0 coup, le d\u00e9sir de l\u2019autre. La folie justificatrice qui, chez Frankie, rationnalise le sentiment d\u2019in\u00e9luctabilit\u00e9 et de perte de contr\u00f4le, traduit la difficult\u00e9 adolescente \u00e0 s\u2019inscrire dans une temporalit\u00e9 nuanc\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Elle \u00e9tait debout devant le miroir, et elle se sentait effray\u00e9e. Cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0 \u00e9tait pour elle l\u2019\u00e9t\u00e9 de la peur &#8211; et parmi toutes ses peurs il y en avait une qu\u2019on pouvait calculer math\u00e9matiquement (\u2026) Cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0, elle avait douze ans et dix mois. Elle mesurait un m\u00e8tre soixante-six et chaussait du quarante. Depuis l\u2019an dernier, selon sa propre estimation, elle avait grandi de dix centim\u00e8tres (\u2026) Si elle devait grandir jusqu\u2019\u00e0 dix-huit ans, cela durerait encore cinq ans et deux mois. Donc, d\u2019apr\u00e8s ses calculs math\u00e9matiques, si elle ne trouvait d\u2019ici l\u00e0 aucun moyen de s\u2019arr\u00eater, elle finirait par mesurer deux m\u00e8tres soixante-quatorze. Et qu\u2019est-ce que c\u2019\u00e9tait qu\u2019une femme qui mesurait deux m\u00e8tres soixante-quatorze&nbsp;? C\u2019\u00e9tait un ph\u00e9nom\u00e8ne de foire<\/em>&nbsp;\u00bb (ibid., p 38).<\/p>\n\n\n\n<p>Perte du corps de l\u2019enfance, de ses rep\u00e8res narcissiques&nbsp;; perte de l\u2019illusion d\u2019une compl\u00e9tude bisexuelle, et du sentiment de toute-puissance qui l\u2019accompagne, et perte aussi de la protection face aux d\u00e9sirs qui \u00e9mergent, sur un mode traumatique, portant attaque de l\u2019ext\u00e9rieur et, surtout, de l\u2019int\u00e9rieur et suscitant des d\u00e9sirs exhibitionnistes angoissants (ici, ph\u00e9nom\u00e8ne de foire), des projections (comme le montre Freud dans ce qui se joue pour Emma, avec les gar\u00e7ons de magasin). Ils rendent imp\u00e9ratives des mesures de protection et mettent souvent en d\u00e9faut des d\u00e9fenses psychiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Marie, 16 ans, \u00e9voque son effroi devant l\u2019apparition des signes de la f\u00e9minit\u00e9 sur son corps&nbsp;: \u00ab&nbsp;Avant, je me sentais bien avec mon corps, j\u2019avais l\u2019impression d\u2019\u00eatre un gar\u00e7on, enfin je savais que je n\u2019\u00e9tais pas un gar\u00e7on mais j\u2019aimais \u00eatre maigre, plate&nbsp;; quand j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 changer c\u2019\u00e9tait terrible&nbsp;: j\u2019avais l\u2019impression de ne plus me reconna\u00eetre et de ne plus m\u2019appartenir, parce qu\u2019on me regardait autrement, parce que des gar\u00e7ons me sifflaient dans la rue, tout \u00e9tait chang\u00e9&nbsp;\u00bb. Les \u00e9pisodes anorexiques transitoires, fr\u00e9quents \u00e0 l\u2019entr\u00e9e dans la pubert\u00e9, ont souvent pour fonction de nier et gommer tous les signes internes et externes de la f\u00e9minit\u00e9, et de r\u00e9primer la pulsion sexuelle. Du c\u00f4t\u00e9 des relations d\u2019objet, la pubert\u00e9 \u00e9veille chez tous les partenaires de la triangulation \u0153dipienne des mouvements contrast\u00e9s, parfois brutaux, qui engagent alors l\u2019adolescent dans le recours ponctuel &#8211; plus ou moins durable au registre de l\u2019agir.<\/p>\n\n\n\n<p>Frankie a perdu sa m\u00e8re \u00e0 la naissance&nbsp;; elle vit seule avec Berenice, une cuisini\u00e8re-gouvernante qui la materne avec suffisamment d\u2019ambivalence (et lui sert de mod\u00e8le f\u00e9minin) et son p\u00e8re, en \u00e9troite relation avec lui. Elle se voit brusquement contrainte de modifier le lien d\u2019enfance, \u00e9tabli depuis la mort de la m\u00e8re&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Depuis le mois de juin, et sans vouloir se l\u2019avouer, elle lui en voulait terriblement \u2013 depuis le soir o\u00f9 il avait demand\u00e9 quelle \u00e9tait cette grande godiche qui voulait encore dormir avec son papa<\/em>&nbsp;\u00bb (ibid., p. 98)&nbsp;: on appr\u00e9ciera la sym\u00e9trie des positions p\u00e8re-fille dans la lutte contre-\u0153dipienne et l\u2019utilisation, chez la fille, du retournement d\u2019affect en son contraire afin de r\u00e9cup\u00e9rer l\u2019illusion d\u2019une position active. On notera aussi, pour en rep\u00e9rer plus tard les cons\u00e9quences, la capacit\u00e9 de ce p\u00e8re \u00e0 poser cette distance, marquant la reconnaissance de la sexuation du corps de l\u2019adolescente et son respect.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce contexte d\u2019excitation, d\u2019affects d\u00e9bordants et m\u00eal\u00e9s, les recours d\u00e9fensifs sont toujours contrast\u00e9s&nbsp;: c\u2019est le cas pour Frankie. Envahie par le trouble vague, sensuel, issu du r\u00e9veil pulsionnel et d\u00e9pos\u00e9 sur tout l\u2019environnement (les fleurs, les odeurs, les musiques) qui suscite alors en elle des \u00e9mois diffus, elle r\u00eave tout d\u2019abord d\u2019une relation narcissique avec le couple form\u00e9 par son fr\u00e8re et sa fianc\u00e9e. Elle veut troquer son pr\u00e9nom contre celui de Jasmine pour s\u2019appeler, comme eux, d\u2019un pr\u00e9nom commen\u00e7ant par J&nbsp;: elle d\u00e9cide obstin\u00e9ment qu\u2019elle les suivra partout, partant avec eux lorsqu\u2019ils repartiront apr\u00e8s les fian\u00e7ailles, quittant ainsi pour toujours sa maison, son p\u00e8re, sa gouvernante. Elle r\u00eave, ainsi, de se perdre dans une relation id\u00e9alis\u00e9e, d\u00e9sexualis\u00e9e, d\u2019ordre oc\u00e9anique dans laquelle elle serait incluse, en miroir, et qui vise \u00e0 nier temporairement la diff\u00e9rence des sexes, l\u2019impact du sexuel, et la n\u00e9cessit\u00e9 de la s\u00e9paration.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, un des enjeux du processus adolescent, c\u2019est la poursuite d\u2019une diff\u00e9renciation qui permette tout \u00e0 la fois d\u2019affiner les diff\u00e9rences \u00e9tablies entre soi et l\u2019autre, et tout d\u2019abord entre m\u00e8re et fille, en se d\u00e9gageant de ce que Fran\u00e7ois Ladame d\u00e9signe comme emmaillotement narcissique (1983), et qui engage \u00e9galement l\u2019aboutissement de l\u2019int\u00e9gration de la diff\u00e9rence des sexes, \u00e0 travers la potentialit\u00e9 et plus tard l\u2019exp\u00e9rience orgasmique. L\u2019ensemble passe par la reconnaissance des limitations inh\u00e9rentes \u00e0 la condition \u0153dipienne et, plus largement, \u00e0 la condition humaine, qui nous assigne dans un sexe, un r\u00f4le, une position, et par l\u2019abandon des illusions de toute-puissance. \u00ab&nbsp;<em>Je voudrais \u00eatre n\u2019importe qui except\u00e9 moi<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;: cette pens\u00e9e de Frankie que j\u2019ai mise en exergue traduit le vacillement d\u00fb \u00e0 la perte de la continuit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience de soi, et du regard aimant de l\u2019autre. Elle signe le besoin d\u2019arrachement <em>actif<\/em> hors de soi et la recherche d\u2019un objet qui la rassemble \u00e0 nouveau et lui donne une identit\u00e9 nouvelle, faute de rep\u00e8res phalliques assur\u00e9s&nbsp;: prise dans un mouvement ambigu, que l\u2019on rencontre souvent chez les adolescentes, d\u2019ouverture au d\u00e9sir et de d\u00e9pr\u00e9ciation de soi, qui condense le masochisme de la d\u00e9marche, elle s\u2019engage alors brusquement dans un recours au sexuel qui la livre temporairement, passive, au d\u00e9sir d\u2019un homme inconnu, un soldat crois\u00e9 par hasard, dans son errance.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cas de Frankie, le passage \u00e0 l\u2019acte s\u2019interrompt avec la r\u00e9surgence d\u2019un souvenir traumatique, celui d\u2019une sc\u00e8ne sexuelle \u00e0 laquelle des adultes l\u2019ont expos\u00e9e dans l\u2019enfance, suscitant chez le p\u00e8re et la gouvernante une col\u00e8re jusque l\u00e0 non comprise, et qui prend tout \u00e0 coup sens et la conduit, dans un retournement de la passivit\u00e9 en activit\u00e9, \u00e0 assommer le soldat et \u00e0 s\u2019enfuir.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce recours \u00e0 l\u2019acte sexuel, bien souvent men\u00e9 jusqu\u2019au bout, est fr\u00e9quent en ce temps pr\u00e9coce d\u2019adolescence, comme une mani\u00e8re de couper court au processus de s\u00e9paration, de se jeter de l\u2019enfance dans l\u2019\u00e2ge adulte, de chercher \u00e0 rompre les attachements \u0153dipiens, et peut-\u00eatre aussi, secr\u00e8tement, de rechercher une contention, des limites interdictrices et protectrices.<\/p>\n\n\n\n<p>Chez Duras, de <em>Barrage contre le Pacifique<\/em> \u00e0 <em>l\u2019Amant<\/em>, on voit l\u2019intrication \u00e9troite qui se joue, dans la vie comme dans l\u2019\u0153uvre, entre l\u2019impossibilit\u00e9 de se d\u00e9tacher d\u2019une m\u00e8re qui ne l\u2019investit pas suffisamment, enti\u00e8rement tourn\u00e9e vers le fils a\u00een\u00e9, l\u2019absence de regard paternel et l\u2019acc\u00e8s pr\u00e9coce au lien amoureux. Elle se jette dans le d\u00e9sir de son amant, s\u2019y trouve ou s\u2019y perd&nbsp;: elle d\u00e9pose chez l\u2019autre l\u2019intensit\u00e9 de son besoin d\u2019investissement.<\/p>\n\n\n\n<p>Chez la fille, en effet, Freud l\u2019a soulign\u00e9 tardivement (1931, <em>De la sexualit\u00e9 f\u00e9minine<\/em>&nbsp;; 1932, <em>La f\u00e9minit\u00e9<\/em>) les choses sont plus complexes que chez le gar\u00e7on dans ce domaine. Quitter le p\u00e8re, certes, c\u2019est essentiel, et aboutit \u00e0 le chercher toute sa vie parfois, mais souligne-t-il aussi, n\u2019est-ce pas bien souvent la m\u00e8re qu\u2019on avait crue t\u00f4t rejet\u00e9e au profit de l\u2019investissement \u0153dipien du p\u00e8re, que l\u2019on retrouve tardivement dans les choix d\u2019objet&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Car pour la fille, c\u2019est par deux fois que les n\u00e9cessit\u00e9s de la s\u00e9paration et des pertes qui l\u2019accompagnent se sont jou\u00e9es, engageant un sentiment de perte qui, dans sa r\u00e9surgence, affole l\u2019adolescente d\u2019autant plus que ses rep\u00e8res pour y faire face sont moins ancr\u00e9s dans l\u2019activit\u00e9 que chez le gar\u00e7on&nbsp;: si ce dernier est, comme l\u2019\u00e9crit Schaeffer \u00ab&nbsp;destin\u00e9 \u00e0 une sexualit\u00e9 de conqu\u00eate&nbsp;\u00bb (2007) qui, d\u00e8s la phase phallique, contribue aux premiers d\u00e9tachements par le recours \u00e0 la ma\u00eetrise anale, la fille est, par les destins m\u00eames de son organisation physiologique, vou\u00e9e \u00e0 l\u2019attente, au sentiment de non ma\u00eetrise de pertes successives, difficiles \u00e0 symboliser, et qui impliquent pour s\u2019\u00e9laborer l\u2019ancrage d\u2019un solide masochisme primaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour revenir \u00e0 <em>Frankie Adams<\/em>, Carson Mc Cullers nous permet d\u2019appr\u00e9hender non pas les turbulences d\u2019un cas clinique engag\u00e9 dans un processus pathologique mais les d\u00e9buts d\u2019une trajectoire adolescente qui, malgr\u00e9 l\u2019absence d\u2019une m\u00e8re d\u00e8s les premiers temps, vacille puis parvient \u00e0 se r\u00e9organiser, retrouvant des rep\u00e8res apr\u00e8s des tentatives d\u00e9fensives d\u2019ordre divers, et r\u00e9organise ses liens aux objets. Elle s\u2019appuie, ce faisant, sur une double polarit\u00e9&nbsp;: celle d\u2019un soutien f\u00e9minin suffisamment bienveillant, tout \u00e0 la fois prometteur de relations g\u00e9nitalis\u00e9es pour l\u2019avenir et limitant pour le pr\u00e9sent, incarn\u00e9 par Berenice, et celui d\u2019une pr\u00e9sence paternelle qui porte discr\u00e8tement l\u2019investissement du souvenir maternel et soutient, par l\u2019investissement bien temp\u00e9r\u00e9 qu\u2019il a de sa fille, le processus de s\u00e9paration amorc\u00e9 sous l\u2019impact des changements pubertaires. Frankie revient, en fin de roman, \u00e0 une sorte de niaiserie temporaire qui lui permet de pr\u00e9parer les s\u00e9parations \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019inverse, le destin de V\u00e9ra, la fille de Madeleine, pr\u00e9sent\u00e9 dans <em>Les Bien-aim\u00e9s<\/em> s\u2019organise autour d\u2019une configuration triangulaire non protectrice. On voit la fille adolescente, mise brusquement au c\u0153ur de la sexualit\u00e9 ardente de ses parents, des d\u00e9sirs de sa m\u00e8re pour son p\u00e8re, se sauver et errer dans les rues, emplie du d\u00e9sir d\u2019une relation sexuelle, pour vivre par elle-m\u00eame et sentir s\u2019incarner ce qui trouble tant les adultes&nbsp;: ici, se retrouve ce mouvement d\u00e9j\u00e0 d\u00e9crit, pr\u00e9sent chez Mc Cullers, chez Duras, dans la vie de tant d\u2019adolescentes. Mais &#8211; faute sans doute d\u2019avoir pu op\u00e9rer la s\u00e9paration d\u2019avec cette m\u00e8re si proche et si s\u00e9ductrice &#8211; sa vie s\u2019engage ensuite dans une r\u00e9p\u00e9tition amplifi\u00e9e du lien masochiste \u00e9tabli par la m\u00e8re avec ce p\u00e8re, seul homme de sa vie. Et faute d\u2019avoir rencontr\u00e9 de la part du p\u00e8re un regard qui lui soit destin\u00e9, qui la situe comme femme d\u00e9sirable autrement que comme reduplication de sa m\u00e8re, elle m\u00e8ne jusqu\u2019au bout, attach\u00e9e \u00e0 un homme qui ne peut l\u2019aimer exclusivement, une trajectoire destructrice.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour conclure rapidement, je soulignerai l\u2019importance de ce moment d\u2019adolescence dans la trajectoire qui nous m\u00e8ne, ou pas, \u00e0 l\u2019accomplissement du processus de s\u00e9paration, l\u2019impact durable de sa non-\u00e9laboration. J\u2019aurais volontiers, pour faire transition avec le texte de Benoit Verdon, \u00e9voqu\u00e9 cette patiente qui, \u00e0 85 ans, engag\u00e9e au cours de sa vie dans deux longues analyses avec des th\u00e9rapeutes l\u2019un et l\u2019autre d\u00e9c\u00e9d\u00e9s, vient me voir quelque temps apr\u00e8s la disparition du second, en me disant pour expliquer son choix&nbsp;: \u00ab&nbsp;j\u2019ai lu votre ouvrage sur l\u2019adolescence, je m\u2019y suis totalement retrouv\u00e9e&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Faute de pouvoir proc\u00e9der \u00e0 cette \u00e9laboration, certains en effet vivent, parfois toute leur vie, ce qu\u2019\u00e9voque po\u00e9tiquement dans <em>Dactylographie<\/em>, sous le nom d\u2019Alvaro de Campos, Fernando Pessoa, prestidigitateur d\u2019identit\u00e9s, publiant sous 70 h\u00e9t\u00e9ronymes&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;<em>Nous avons tous deux vies&nbsp;:<\/em><br><em>la vraie, celle que nous avons r\u00eav\u00e9e dans notre enfance,<\/em><br><em>et que nous continuons \u00e0 r\u00eaver, adultes, sur un fond de brouillard&nbsp;;<\/em><br><em>la fausse, celle que nous vivons dans nos rapports<\/em><br><em>avec les autres,<\/em><br><em>qui est la pratique, l\u2019utile,<\/em><br><em>celle o\u00f9 l\u2019on finit par nous mettre au cercueil.<\/em>&nbsp;\u00bb<footer>(1933, p. 227)<\/footer>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\n\n\n\n<p>Duras M., 1984&nbsp;; 2005, <em>L\u2019Amant<\/em>, Paris, Ed de minuit.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S., 1931, <em>De la sexualit\u00e9 f\u00e9minine<\/em>, \u0152uvres compl\u00e8tes, XIX, Paris, PUF, 1995, 9-37.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S., 1932, <em>La f\u00e9minit\u00e9<\/em>, \u0152uvres compl\u00e8tes, XIX, Paris, PUF, 1995, 195-219.<\/p>\n\n\n\n<p>Honor\u00e9 C., 2011, <em>Les Bien-aim\u00e9s<\/em>, film.<\/p>\n\n\n\n<p>Ladame F., 1983, \u00ab&nbsp;Adolescence et f\u00e9minit\u00e9&nbsp;: histoire d\u2019une histoire&nbsp;\u00bb, <em>Adolescence<\/em>, 1, 2, 217-237.<\/p>\n\n\n\n<p>McCullers C., 1946, <em>Frankie Adams<\/em>, tr. fr. Paris, Stock, 1949, 2000.<\/p>\n\n\n\n<p>Pessoa F., 1933, \u00ab&nbsp;Dactylographie&nbsp;\u00bb, in <em>Le Gardeur de troupeaux et autres po\u00e8mes<\/em>, tr. fr. 1968, Paris, NRF, Po\u00e9sie\/Gallimard, 1987.<\/p>\n\n\n\n<p>Racine J., 1670, \u00ab&nbsp;B\u00e9r\u00e9nice&nbsp;\u00bb in <em>Th\u00e9\u00e2tre complet<\/em>, Le Livre de poche, La pochoth\u00e9que, Paris, 1998.<\/p>\n\n\n\n<p>Schaeffer J., 2007, \u00ab&nbsp;Peur et conqu\u00eate du f\u00e9minin \u00e0 l\u2019adolescence dans les deux sexes&nbsp;\u00bb, <em>Adolescence<\/em>, 25, 2, 261-277.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9538?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;C\u2019est arriv\u00e9 au cours de cet \u00e9t\u00e9 vert et fou. Frankie avait douze ans. (&#8230;). 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