{"id":9531,"date":"2021-08-22T07:30:08","date_gmt":"2021-08-22T05:30:08","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/la-douleur-qui-se-tait-nen-est-que-plus-funeste-2\/"},"modified":"2021-09-19T21:54:39","modified_gmt":"2021-09-19T19:54:39","slug":"la-douleur-qui-se-tait-nen-est-que-plus-funeste","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/la-douleur-qui-se-tait-nen-est-que-plus-funeste\/","title":{"rendered":"La douleur qui se tait n&rsquo;en est que plus funeste"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00ab&nbsp;Si je vous croisais dans la rue, je vous trouverais certainement antipathique&#8230; Je n\u2019aurais jamais pu commencer une analyse avec quelqu\u2019un de sympathique&nbsp;\u00bb. L\u2019antipathie \u00e9voqu\u00e9e par Maeva, jeune femme en analyse, cette antipathie n\u2019est pas la haine. La haine tue ou d\u00e9truit, l\u2019antipathie se contente d\u2019\u00e9loigner. L\u00e0 o\u00f9 la haine s\u2019affronte \u00e0 l\u2019irr\u00e9ductibilit\u00e9 d\u2019autrui, \u00e0 l\u2019insulte de son alt\u00e9rit\u00e9, ou au narcissisme de la trop petite diff\u00e9rence, l\u2019antipathie se contente de garder ses distances&nbsp;; que rien ne touche, ne se touche. Elle est une alchimie qui ne prend pas, un \u00ab&nbsp;rapport de deux substances sans affinit\u00e9s&nbsp;\u00bb, l\u2019accentuation d\u2019une indiff\u00e9rence. La haine conf\u00e8re \u00e0 l\u2019objet une existence absolue, l\u2019antipathie le neutralise. Maeva parle tout le temps, les premiers mots qu\u2019elle prononce co\u00efncident avec l\u2019instant o\u00f9 sa t\u00eate prend appui sur le coussin. Elle \u00e9crit sans ponctuation, dit-elle, elle parle de m\u00eame. Que son propos h\u00e9site, et un \u00ab&nbsp;mais&#8230;&nbsp;\u00bb ou un \u00ab&nbsp;et&#8230;&nbsp;\u00bb tr\u00e8s \u00e9tir\u00e9s coordonnent les phrases qui menacent de se s\u00e9parer. Surtout ne pas laisser au silence le temps d\u2019appara\u00eetre, sans doute moins pour fuir le silence en lui-m\u00eame que le poids d\u2019existence et de proximit\u00e9 qu\u2019il risque de donner \u00e0 notre co-pr\u00e9sence dans une m\u00eame pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p>Maeva parle, pour parler. Chacune de ses phrases reprend la phrase pr\u00e9c\u00e9dente. Semble-t-il pour en pr\u00e9ciser, en ajuster le sens, mais au bout du compte plut\u00f4t pour le rendre insaisissable, \u00e9vanescent. Vider les mots, les \u00e9vider, au point que la communication ne para\u00eet poursuivre d\u2019autre but qu\u2019elle-m\u00eame. Le paradoxe est total entre la somme des mots prof\u00e9r\u00e9s tout au long de la s\u00e9ance et l\u2019impossibilit\u00e9 que j\u2019\u00e9prouve de m\u2019en faire le r\u00e9cit. La s\u00e9ance n\u2019a pas d\u2019histoire, son temps est celui d\u2019un pr\u00e9sent ind\u00e9fini.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Tant que je parle, dira-t-elle un jour, je peux penser que vous n\u2019\u00eates pas l\u00e0.&nbsp;\u00bb Sa parole neutralise doublement le geste de l\u2019interpr\u00e9tation, par sa continuit\u00e9, qui me force \u00e0 l\u2019interrompre&nbsp;; par sa t\u00e9nuit\u00e9, qui me prive de la mati\u00e8re n\u00e9cessaire. Je serai tr\u00e8s surpris le jour o\u00f9 elle me d\u00e9crira comme une \u00ab&nbsp;machine \u00e0 interpr\u00e9ter&nbsp;\u00bb, alors m\u00eame qu\u2019elle r\u00e9ussit fort bien \u00e0 immobiliser mes approches. Tel est bien l\u2019enjeu&nbsp;: emp\u00eacher l\u2019interpr\u00e9tation, le fait de l\u2019interpr\u00e9tation, son toucher, son effraction, plus encore que son contenu. L\u2019image du moi-peau va \u00e0 Maeva comme un gant. Les mots dont elle s\u2019entoure lui font une enveloppe qui la prot\u00e8ge de celui qu\u2019elle repousse, beaucoup plus qu\u2019ils ne s\u2019adressent \u00e0 lui.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Si nous sommes \u00e0 jamais s\u00e9par\u00e9s du langage, c\u2019est qu\u2019il est la s\u00e9paration et ne dit que la s\u00e9paration.&nbsp;\u00bb<sup>1<\/sup>. Ces mots de JB Pontalis seraient un exergue possible de l\u2019ensemble de son \u0153uvre, aussi bien psychanalytique que litt\u00e9raire. Le mot n\u2019est pas la chose, il signe au contraire la perte de celle-ci. La d\u00e9faillance du langage \u00e0 poss\u00e9der ce qu\u2019il vise et d\u00e9signe n\u2019est pas un accident, c\u2019est son essence, son essentielle m\u00e9lancolie. Il est \u00e9videmment frappant de noter \u00e0 quel point cette d\u00e9finition m\u00e9lancolique du langage est proche de la d\u00e9finition psychanalytique de l\u2019objet. La notion d\u2019objet inclut l\u2019id\u00e9e d\u2019une distance, d\u2019une s\u00e9paration proprement constitutive. Dans l\u2019expression \u00ab&nbsp;objet-perdu&nbsp;\u00bb, perdu est moins un qualificatif qu\u2019il n\u2019appartient au substantif. Nul \u00e9tonnement donc \u00e0 ce que Pontalis, lorsqu\u2019il \u00e9voque la parole en analyse, le fasse sur le mod\u00e8le du travail de deuil, r\u00e9unissant ainsi, sous le signe de la perte, le langage et l\u2019objet&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dans le d\u00e9tail, dans l\u2019infime, dans le pas \u00e0 pas des restes, la parole, quand rien ne la commande que sa pouss\u00e9e propre, reconduit \u00e0 l\u2019objet perdu pour s\u2019en d\u00e9tacher.&nbsp;\u00bb<sup>2<\/sup>. C\u2019est d\u00e9finir la parole en analyse comme travail de deuil, beaucoup plus comme une exp\u00e9rience de douleur que comme une partie de plaisir.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que JB Pontalis rep\u00e8re comme une faillite, un langage d\u00e9finitivement s\u00e9par\u00e9 de ce qu\u2019il cherche \u00e0 saisir, Maeva y voit au contraire sa plus grande r\u00e9ussite&nbsp;: le langage pour tenir \u00e0 distance, pour ne jamais se rencontrer, et donc pour ne jamais avoir \u00e0 se s\u00e9parer, \u00e0 se perdre. Profiter du d\u00e9faut de la langue plut\u00f4t que de chercher \u00e0 le pallier. Les choses en seraient rest\u00e9es l\u00e0 que l\u2019analyse n\u2019aurait jamais eu lieu. Comme on peut s\u2019y attendre, c\u2019est l\u2019exp\u00e9rience transf\u00e9rentielle douloureuse de la perte qui brisa la neutralit\u00e9 jusque-l\u00e0 maintenue. Aupr\u00e8s de la petite fille qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9, une marraine affectueuse avait compens\u00e9 l\u2019indiff\u00e9rence d\u2019une m\u00e8re. Cette femme \u00e9tait morte d\u2019une maladie incurable quand l\u2019enfant n\u2019avait encore que quelques ann\u00e9es, mais Maeva n\u2019avait nul souvenir d\u2019avoir souffert de sa disparition, et l\u2019\u00e9voquait encore aujourd\u2019hui avec une tranquillit\u00e9 d\u00e9tach\u00e9e. Jusqu\u2019au jour o\u00f9 je lui fis remarquer que son d\u00e9sir avort\u00e9 d\u2019entreprendre des \u00e9tudes de m\u00e9decine avait sans doute quelque rapport avec le fantasme de triompher apr\u00e8s coup de la maladie invincible. Un silence, rare chez elle, suivit mes mots et nous accompagna jusqu\u2019\u00e0 la fin de la s\u00e9ance. Ce silence prit sens \u00e0 la s\u00e9ance suivante, celui d\u2019une douleur dont le refoulement venait d\u2019\u00eatre lev\u00e9. Elle rapporta la pens\u00e9e qui l\u2019avait assaillie en quittant le cabinet&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je hais ce type&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Nous en avions fini avec l\u2019antipathie, la haine donnait brutalement corps \u00e0 l\u2019objet, l\u2019amour de transfert ne demandait qu\u2019\u00e0 suivre, sinon du jour au lendemain. Il prit chez elle l\u2019accent de la n\u00e9cessit\u00e9, celle qui se formule dans un&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai besoin de vous&nbsp;\u00bb, quand l\u2019\u00e2pret\u00e9 de l\u2019amour se tient au plus pr\u00e8s de l\u2019angoisse-d\u00e9tresse de la perte.<\/p>\n\n\n\n<p>Maeva fait partie de ces patients chez lesquels le refoulement, ici tr\u00e8s proche du clivage, porte \u00e9lectivement sur les affects, tous les affects, douleur comprise. L\u2019hyst\u00e9rique coince un affect et l\u2019emp\u00eache de se manifester, Maeva et les siens soumettent l\u2019ensemble de la vie d\u2019affect au silence. L\u2019id\u00e9e que la douleur elle-m\u00eame puisse \u00eatre inconsciente ne laisse pas d\u2019\u00e9tonner. \u00ab&nbsp;La douleur qui se tait n\u2019en est que plus funeste&nbsp;\u00bb<sup>3<\/sup>. \u00c0 l\u2019aune de mon exp\u00e9rience, dans de tels cas de figure, quand la force du transfert permet de rompre la glace, c\u2019est toujours par la douleur d\u2019une perte que s\u2019ouvre l\u2019ab\u00eeme\u2026 L\u2019ab\u00eeme et la sortie de l\u2019ab\u00eeme. \u00ab&nbsp;Deuil&nbsp;\u00bb vient du bas latin <em>dolus<\/em>, douleur&nbsp;; le deuil est douleur, mais il est aussi travail contre la douleur, contre l\u2019investissement de l\u2019objet, contre la m\u00e9lancolie de la perte, pour le d\u00e9tachement. Que ce travail \u00e9choue, que la douleur refuse de c\u00e9der, et c\u2019est toujours une fa\u00e7on pour Narcisse de signer sa victoire sur la libido d\u2019objet et le go\u00fbt ind\u00e9cent de celle-ci pour les d\u00e9placements. Un de perdu, un autre trouv\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exp\u00e9rience de douleur\u2026 <em>Schmezerlebnis<\/em>, l\u2019expression freudienne ne conna\u00eetra pas le m\u00eame succ\u00e8s que l\u2019expression sym\u00e9trique et contemporaine&nbsp;: \u00ab&nbsp;exp\u00e9rience de satisfaction&nbsp;\u00bb. Peut-\u00eatre s\u2019en est-il fallu de peu. Un bref moment d\u2019histoire de la pens\u00e9e de Freud sur le sujet permet de ressaisir les enjeux \u00e0 la fois complexes et obscurs de cette question de la douleur&nbsp;; obscurs pour Freud et pour nous, encore aujourd\u2019hui. Fortement pr\u00e9sente dans <em>l\u2019Esquisse<\/em> de 1895, la douleur dispara\u00eet de l\u2019\u0153uvre jusqu\u2019\u00e0 ce que s\u2019introduise le narcissisme, vingt ans plus tard. En d\u2019autres termes, elle dispara\u00eet tout le temps que r\u00e8gne sans partage la premi\u00e8re topique, celle qui se construit sur le dualisme&nbsp;: sexualit\u00e9 infantile \/ auto-conservation. Certes, la douleur n\u2019est pas absente du registre auto-conservatif, notamment \u00e0 travers la douleur organique, ni de la vie sexuelle, d\u2019abord <em>via<\/em> le sadisme et le masochisme. Mais, comme l\u2019\u00e9crira Freud plus tard, \u00ab&nbsp;l\u2019enfant fait des exp\u00e9riences v\u00e9cues de douleur qui sont ind\u00e9pendantes des exp\u00e9riences v\u00e9cues de besoin&nbsp;\u00bb<sup>4<\/sup>&nbsp;; comme il \u00e9prouve de la douleur qui ne laisse pas ramener au d\u00e9plaisir. Entre le registre auto-conservatif des besoins, et celui sexuel du plaisir \/ d\u00e9plaisir, la douleur propose une exp\u00e9rience originale, celle d\u2019une \u00ab&nbsp;pseudo-pulsion&nbsp;\u00bb au-del\u00e0 du principe de plaisir comme de la conservation de la vie. D\u00e8s lors on devine qu\u2019un autre dualisme eut \u00e9t\u00e9 possible d\u00e8s 1895, non plus auto-conservation \/ sexualit\u00e9, mais principe de plaisir \/ d\u00e9plaisir <em>versus<\/em> douleur. On n\u2019est pas si loin de la deuxi\u00e8me topique et de son deuxi\u00e8me dualisme, si ce n\u2019est que douleur et destructivit\u00e9 ne sont \u00e9videmment pas simplement synonymes.<\/p>\n\n\n\n<p>Deuxi\u00e8me remarque historique&nbsp;: la douleur est fortement associ\u00e9e \u00e0 la premi\u00e8re th\u00e9orie freudienne du moi. Les deux paragraphes&nbsp;: \u00ab&nbsp;exp\u00e9rience de douleur&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;introduction du moi&nbsp;\u00bb se font imm\u00e9diatement<sup>5<\/sup>. Certes, cette premi\u00e8re th\u00e9orie est loin d\u2019avoir la complexit\u00e9 de la th\u00e9orisation ult\u00e9rieure, mais il est remarquable qu\u2019elle contient d\u00e9j\u00e0 quelques-unes des id\u00e9es essentielles. La d\u00e9finition du moi comme \u00ab&nbsp;\u00eatre de fronti\u00e8res&nbsp;\u00bb c\u2019est pour plus tard, mais en \u00e9voquant les \u00ab&nbsp;barri\u00e8res de contact&nbsp;\u00bb, leur capacit\u00e9 \u00e0 contenir ou, au contraire, \u00e0 c\u00e9der devant l\u2019assaut dont elles font l\u2019objet, Freud fait d\u00e9j\u00e0 co\u00efncider l\u2019image du moi avec celle d\u2019un territoire plus ou moins bien d\u00e9fendu. Or la douleur, l\u2019exp\u00e9rience de douleur, plus encore que celle du plaisir sans doute, impose au moi l\u2019 \u00e9preuve de ses propres limites, jauge sa capacit\u00e9 \u00e0 int\u00e9grer ce qui lui fait mal, ou au contraire \u00e0 se d\u00e9liter quand l\u2019attaque de douleur d\u00e9passe les bornes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le langage doit avoir raison, \u00e9crit Freud, qui n\u2019a qu\u2019un seul mot pour dire la douleur, qu\u2019elle soit physique ou psychique, que l\u2019empi\u00e8tement des fronti\u00e8res vienne du dehors ou du dedans. Reste qu\u2019entre ces deux douleurs, l\u2019une est m\u00e9taphorique de l\u2019autre. La valeur paradigmatique de la douleur organique pour saisir ce qu\u2019il en est de l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue de douleur se retrouve d\u2019une certaine fa\u00e7on dans une d\u00e9finition beaucoup plus tardive du moi. <em>Le moi et le \u00e7a<\/em> (1923)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le moi est avant tout corporel, il n\u2019est pas seulement un \u00eatre de surface, mais lui-m\u00eame la projection d\u2019une surface.&nbsp;\u00bb<sup>6<\/sup>. Le moi serait ainsi d\u00e9riv\u00e9 de sensations corporelles, principalement celles qui ont leur source \u00e0 la surface du corps &#8211; la d\u00e9finition par Anzieu du premier moi comme moi-peau est directement issue de cette hypoth\u00e8se tr\u00e8s condens\u00e9e de Freud. Certes, ce moi primitif, tr\u00e8s proche de l\u2019organisme, est appel\u00e9 rapidement \u00e0 se diff\u00e9rencier, se transformer\u2026 notamment gr\u00e2ce aux m\u00e9canismes par lesquels il m\u00e9tabolise l\u2019exp\u00e9rience&nbsp;: incorporation, introjection, identification\u2026 Mais il reste que ce moi <em>corporel avant tout<\/em>, avant de se complexifier et devenir une poup\u00e9e russe, vit sa propre vie, inscrit ses premi\u00e8res acquisitions, subit ses premi\u00e8res atteintes, enkyste dans sa chair ses premi\u00e8res \u00e9pines. Nul doute que la douleur, dans la construction de ce premier moi, joue un r\u00f4le majeur. \u00c0 commencer par la douleur de na\u00eetre. \u00c0 celle qui est \u00ab&nbsp;prise par les douleurs&nbsp;\u00bb r\u00e9pond le cri de celui qui vient d\u2019\u00e9merger. Na\u00eetre est un cri, et ce cri n\u2019est pas celui d\u2019une partie de plaisir. La physiologie de la respiration a\u00e9rienne conjugue ses effets avec la premi\u00e8re expression de l\u2019entr\u00e9e dans la vie. Le nouveau-n\u00e9 est dans l\u2019<em>Hilflosigkeit<\/em>, dans l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 se venir \u00e0 lui-m\u00eame en aide, une sorte d\u2019\u00e9tat de d\u00e9tresse objectif impos\u00e9 par sa nature mammif\u00e8re. Le cri subjective instantan\u00e9ment cet \u00e9tat de nature, humanise dans la seconde cette pouss\u00e9e animale. Mais pour cela il faut \u00eatre au moins deux, un b\u00e9b\u00e9 qui hurle et un adulte qui interpr\u00e8te&nbsp;: que veut-il, qu\u2019est-ce qui ne va pas, que m\u2019adresse ce cri, que cherche-t-il \u00e0 me dire&nbsp;? L\u2019oreille de l\u2019adulte fait du cri de l\u2019enfant un d\u00e9sir de se faire comprendre. Tout se passe comme si les cris de l\u2019enfant r\u00e9veillaient chez l\u2019adulte \u00ab&nbsp;le souvenir de ses propres cris et de ses propres exp\u00e9riences v\u00e9cues de douleur&nbsp;\u00bb, \u00e9crit Freud. Il ne manque plus grand chose, d\u00e8s lors, pour inventer le langage. Freud, comme Rousseau, est convaincu que \u00ab&nbsp;le cri est le premier langage de l\u2019homme, le langage le plus universel&nbsp;\u00bb, m\u00eame si son message reste une \u00e9nigme. Ce qu\u2019un mot d\u2019enfant \u00e9nonce d\u00e9licieusement&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pourquoi J\u00e9sus crie&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il arrive aussi que le premier cri n\u2019arrive pas \u00e0 sourdre, que la douleur reste muette, \u00e0 l\u2019image du tableau de Munch. L\u2019angoisse des parents est alors imm\u00e9diate, ne retenant de la d\u00e9tresse respiratoire que la d\u00e9tresse. Je re\u00e7ois Ana\u00efs plusieurs fois par semaine, en face \u00e0 face. R\u00e9guli\u00e8rement, un m\u00e9lange de col\u00e8re et de douleur l\u2019enferme dans son silence. Jusqu\u2019au jour o\u00f9 elle gagnera la libert\u00e9 de se lever et partir, interrompant la s\u00e9ance et claquant la porte. \u00c0 son tour, cette sc\u00e8ne va se r\u00e9p\u00e9ter sans pouvoir s\u2019\u00e9laborer. J\u2019avais remarqu\u00e9 la contorsion particuli\u00e8re de son visage dans le moment qui pr\u00e9c\u00e9dait imm\u00e9diatement le d\u00e9part brusque. Faute de mots, faute de cri, il y avait l\u2019image&nbsp;: celle d\u2019un visage de b\u00e9b\u00e9, celui d\u2019Ana\u00efs, qui se tord avant que le cri ne soit pouss\u00e9. Je me r\u00e9solus donc \u00e0 interpr\u00e9ter ce signe de d\u00e9tresse d\u2019avant le langage, aussi sobrement que possible&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qu\u2019est-ce qui se passe l\u00e0&nbsp;?&nbsp;\u00bb Cela suffit \u00e0 lui permettre de rester en silence dans le fauteuil jusqu\u2019\u00e0 la fin de la s\u00e9ance, sinon en toute tranquillit\u00e9, au moins apais\u00e9e. Un b\u00e9b\u00e9 demandait \u00e0 ce que l\u2019on devine sa douleur.<\/p>\n\n\n\n<p>Le \u00ab&nbsp;moi avant tout corporel&nbsp;\u00bb est-il dat\u00e9, soumis au seul d\u00e9veloppement, ou b\u00e9n\u00e9ficie-t-il d\u2019une a-temporalit\u00e9 qui est la marque de l\u2019inconscient&nbsp;? L\u2019exemple d\u2019Ana\u00efs fait pencher du c\u00f4t\u00e9 de cette deuxi\u00e8me hypoth\u00e8se, celle d\u2019un moi corporel primitif qui poursuit sa vie, qui maintient sa propre existence plus ou moins discr\u00e8tement chez chacun de nous, par-del\u00e0 la s\u00e9dimentation de toutes les identifications ult\u00e9rieures. C\u2019est \u00e0 cette condition que l\u2019invitation du transfert \u00e0 la r\u00e9gression permet parfois d\u2019en r\u00e9actualiser quelque chose, \u00e9ventuellement jusqu\u2019\u00e0 ouvrir la possibilit\u00e9 d\u2019une modification-correction du moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Rien d\u2019\u00e9tonnant, sur fond de cette complicit\u00e9 entre la constitution du moi et l\u2019exp\u00e9rience de douleur, que ce soit \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 le narcissisme s\u2019introduit dans la th\u00e9orie que la douleur refasse surface dans l\u2019\u0153uvre de Freud, apr\u00e8s vingt ans d\u2019absence. L\u2019exemple qu\u2019il retient est bien connu, celui qui fait co\u00efncider le surgissement de la douleur avec la restriction maximum du moi, quand \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e2me du po\u00e8te se resserre au trou \u00e9troit de la molaire&nbsp;\u00bb. Impossible pourtant d\u2019\u00e9tablir une \u00e9quation simple entre exp\u00e9rience de douleur et repli narcissique, m\u00eame si c\u2019est bien souvent le cas. D\u2019autres figures sont aussi possibles, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 quand le narcissisme \u00e9choue \u00e0 maintenir les fronti\u00e8res et que la douleur rompt toutes les digues, qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019h\u00e9morragie m\u00e9lancolique ou de l\u2019effondrement d\u00e9pressif, ou d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, inverse, quand la douleur gonfle le narcissisme, nourrit son expansion&nbsp;: \u00ab&nbsp;Rien ne nous rend si grand qu\u2019une grande douleur&nbsp;\u00bb (Musset). Bien des deuils permettent d\u2019observer une telle disposition, si paradoxale.<\/p>\n\n\n\n<p>Troisi\u00e8me et derni\u00e8re remarque historique&nbsp;: la douleur et le trauma, tous les deux si pr\u00e9sents dans les ann\u00e9es de <em>l\u2019Esquisse<\/em>, disparaissent ensemble de la th\u00e9orie pour resurgir, sinon tout \u00e0 fait en m\u00eame temps, mais dans des temporalit\u00e9s proches. Le trauma qui quitte le devant de la sc\u00e8ne en 1897 est un abus sexuel, mais celui qui fait retour en 1920 est une exp\u00e9rience de douleur, qu\u2019il s\u2019agisse du trauma intraitable de la n\u00e9vrose traumatique, ou du trauma symbolisable et transformable de l\u2019absence-perte de la m\u00e8re pour l\u2019enfant \u00e0 la bobine.<\/p>\n\n\n\n<p>Le trauma et le moi sont indissociables, tout trauma consiste dans une effraction, une br\u00e8che ouverte dans les fronti\u00e8res du moi, que la violence soit physique ou psychique. Sans doute est-il aussi exact de dire que tout trauma est douleur, mais une douleur qui est alors cons\u00e9quente \u00e0 l\u2019effraction. Cependant, ce que cherche \u00e0 saisir \u00ab&nbsp;l\u2019exp\u00e9rience de douleur&nbsp;\u00bb, c\u2019est davantage la douleur comme source, ou origine du trauma. Freud note \u00e0 ce sujet que \u00ab&nbsp;la douleur laisse derri\u00e8re elle des frayages particuli\u00e8rement abondants\u2026 comme si la foudre avait frapp\u00e9.&nbsp;\u00bb C\u2019est ce qui va me guider pour la suite.<\/p>\n\n\n\n<p>Au couple allemand&nbsp;: <em>Schmerz \/ Leiden<\/em>, correspond assez bien le couple fran\u00e7ais douleur \/ souffrance. Si la langue distinguait clairement le sens de ces deux mots, le travail nous serait largement facilit\u00e9. Ce n\u2019est pas le cas&nbsp;; sans \u00eatre simplement synonyme, la zone de d\u00e9finition de l\u2019un empi\u00e8te sur celle de l\u2019autre, aussi bien en allemand qu\u2019en fran\u00e7ais. Il reste que si je pense \u00e0 la foudre qui frappe c\u2019est toujours \u00ab&nbsp;douleur&nbsp;\u00bb qui me viendra \u00e0 l\u2019esprit, et non \u00ab&nbsp;souffrance&nbsp;\u00bb. Comme si, entre douleur et souffrance, la temporalit\u00e9 faisait la diff\u00e9rence. La douleur est plus apte \u00e0 dire l\u2019\u00e9v\u00e9nement, sa frappe, quand la souffrance sugg\u00e8re davantage un temps long, celui d\u2019un processus. Tout cela reste approximatif, descriptif et non conceptuel, mais dans la rencontre transf\u00e9rentielle la nuance entre douleur et souffrance peut contribuer au travail de construction. Parce que la psychanalyse est une cure de parole, le mot juste, celui qui touche au vrai et \u00e0 son dialecte toujours singulier, le mot en lui-m\u00eame importe tout autant que le sens qu\u2019il rec\u00e8le.<\/p>\n\n\n\n<p>Giovanni n\u2019est pas un homme qui souffre, le mot ne lui va pas. Certes, c\u2019est un malaise qui l\u2019a conduit vers l\u2019analyse, mais un malaise que rate le mot \u00ab&nbsp;souffrance&nbsp;\u00bb. Une grande s\u00e9duction se d\u00e9gage de son personnage. Il occupe dans la vie sociale une position enviable, on l\u2019appr\u00e9cie, il ne manque pas d\u2019amis et les femmes sont sensibles \u00e0 son charme. Que demander de plus&nbsp;? Giovanni est habit\u00e9 par une interrogation qui ne le l\u00e2che pas, que ses divers succ\u00e8s n\u2019apaisent pas et qu\u2019il demande \u00e0 l\u2019analyse sinon de r\u00e9soudre, au moins d\u2019\u00e9clairer. Il ne parvient pas \u00e0 savoir, \u00e0 d\u00e9cider si on l\u2019aime ou pas, et il ne suffit \u00e9videmment pas que la chose lui soit dite pour que la question soit r\u00e9gl\u00e9e. Comme si lui manquait l\u2019\u00e9preuve de v\u00e9rit\u00e9, celle qui lui permettrait d\u2019\u00eatre enfin assur\u00e9. Cette incertitude sur l\u2019amour qu\u2019on lui porte a son sym\u00e9trique&nbsp;: lui-m\u00eame n\u2019est jamais vraiment confiant dans ses propres sentiments. \u00ab&nbsp;Aimer bien&nbsp;\u00bb oui, mais <em>aimer<\/em>&nbsp;? Une relation pourtant \u00e9chappe absolument au doute, celle qui le relie \u00e0 son enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Cet homme peut se suicider&nbsp;\u00bb. Dans une vie d\u2019analyste, les occasions d\u2019entendre \u00e9voquer le suicide sont fr\u00e9quentes mais il y a le plus souvent un \u00e9cart entre le caract\u00e8re sinistre de l\u2019id\u00e9e et le fantasme qui l\u2019envisage. Balzac, impitoyable avec sa cr\u00e9ature&nbsp;: \u00ab&nbsp;Lucien de Rubempr\u00e9 voulait se tuer par d\u00e9sespoir et par raisonnement. Une fois sa r\u00e9solution prise, il tomba dans la d\u00e9lib\u00e9ration des moyens. Il vit alors l\u2019affreux spectacle de son corps revenu sur l\u2019eau, d\u00e9form\u00e9\u2026 Il eut, comme quelques suicid\u00e9s, un amour-propre posthume&nbsp;\u00bb. La plupart du temps, la pens\u00e9e du suicide est au service de la vie, comme l\u2019\u00e9crivait Nietzsche, \u00ab&nbsp;elle est une puissante consolation qui aide \u00e0 passer plus d\u2019une mauvaise nuit&nbsp;\u00bb. Il n\u2019est donc pas si fr\u00e9quent, fort heureusement, que s\u2019impose comme avec Giovanni, cette pens\u00e9e <em>in petto<\/em> d\u2019une inqui\u00e9tante tranquillit\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;cet homme peut se suicider&nbsp;\u00bb. Cet homme qui ne souffre pas porte en lui une douleur. Un peu \u00e0 l\u2019image de ces douleurs physiques, bien connues de celui qui les ressent, mais qui restent le plus souvent endormies. \u00ab&nbsp;Sois sage Oh&nbsp;! ma douleur, tiens-toi bien tranquille&nbsp;\u00bb. Jusqu\u2019\u00e0 ce que quelque chose vienne r\u00e9veiller l\u2019exp\u00e9rience douloureuse. Quelle est la douleur de Giovanni&nbsp;? Le premier \u00e9tage de celle-ci, le plus accessible, se laisse assez ais\u00e9ment approcher&nbsp;: comment comprendre que son p\u00e8re ait \u00e9t\u00e9 \u00e0 la fois capable de quelques vifs moments d\u2019\u00e9motion partag\u00e9e et sembler compl\u00e8tement le d\u00e9sinvestir une fois le divorce consomm\u00e9&nbsp;? La vie amoureuse de Giovanni est une sorte de sc\u00e9nario corrig\u00e9 de cette trag\u00e9die premi\u00e8re. Il s\u2019emporte pour une femme, pour tr\u00e8s rapidement ne plus savoir si elle l\u2019aime, s\u2019il l\u2019aime\u2026 Mais plut\u00f4t que de d\u00e9sinvestir la relation, il cherche la ligne de rupture pour enfin quitter la femme en question. C\u2019est le moment le plus important&nbsp;: s\u2019il ressent la douleur, celle de la s\u00e9paration, et si l\u2019aim\u00e9e lui fait savoir qu\u2019elle ne peut vivre sans lui, alors la preuve est faite&nbsp;; seule la perte de l\u2019aim\u00e9e prouve l\u2019amour. Le doute et la r\u00e9p\u00e9tition ne demandent qu\u2019\u00e0 suivre une fois la liaison r\u00e9tablie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le second \u00e9tage rel\u00e8ve de la seule construction, son plus fort indice est la relation de Giovanni \u00e0 son enfant. On y retrouve d\u2019abord le d\u00e9menti de sa propre exp\u00e9rience&nbsp;: son amour pour l\u2019enfant ne conna\u00eet pas de rel\u00e2che, r\u00e9p\u00e9tant avec lui ce qui n\u2019a jamais eu lieu. Mais il y a davantage, une inqui\u00e9tude sous-jacente, au-del\u00e0 de tout apaisement possible. Il ne surveille pas son enfant, il le veille. Il se souvient des nuits enti\u00e8res o\u00f9 il a pu le tenir serrer contre lui, comme s\u2019il devait le sauver, ou le faire na\u00eetre ou rena\u00eetre. Les pans \u00e0 peu pr\u00e8s solides de la construction s\u2019arr\u00eatent l\u00e0, aux fronti\u00e8res de l\u2019amour et de la mort. Ce qui n\u2019emp\u00eache pas d\u2019\u00e9piloguer, imaginer par exemple un enfant mort dans les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes m\u00eame si Giovanni n\u2019en fait pas \u00e9tat.<\/p>\n\n\n\n<p>Une douleur qui se tait n\u2019en est que plus funeste\u2026 \u00c0 l\u2019ombre de ce silence, la douleur de l\u2019enfant mort emporte la palme. L\u2019ombre est parfois lointaine, d\u2019origine inconnue, il faut remonter aux parents, aux grands-parents\u2026 ombre port\u00e9e de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration par la d\u00e9pressivit\u00e9, \u00e9lectivement en ligne maternelle, mais sans exclusive. Quand elle ne se laisse pas seulement deviner, sans que les archives en soient jamais retrouv\u00e9es. Le plus souvent l\u2019enfant mort \u00ab&nbsp;erre sans s\u00e9pulture&nbsp;\u00bb (F\u00e9dida), \u00e9chappe \u00e0 la souffrance du deuil et au travail de d\u00e9tachement qui le constitue. Douleur muette\u2026 La chose nous ram\u00e8ne \u00e0 Maeva. Que la douleur reste enkyst\u00e9e ne signifie cependant pas qu\u2019elle demeure sans repr\u00e9sentation. J\u2019avais accroch\u00e9 en face du divan et du fauteuil une reproduction de Hans Hartung, vaste t\u00e2che bleue, version aussi abstraite que possible d\u2019une marine. Quelques ann\u00e9es plus tard, n\u2019y tenant plus, cessant de flotter au risque de me noyer, je lui substituais une reproduction de Nicolas de Sta\u00ebl, tout aussi abstraite, mais nettement plus diff\u00e9renci\u00e9e par la composition des couleurs vives. Maeva signifia que ce changement lui \u00e9tait p\u00e9nible, mais aujourd\u2019hui supportable &#8211; c\u2019est aussi un moment de la cure o\u00f9 les couleurs de ses v\u00eatements avaient rel\u00e9gu\u00e9 dans le placard le noir et le gris. \u00ab&nbsp;Par contre, je n\u2019aurais jamais pu m\u2019allonger sur ce divan si vous aviez mis au mur une <em>nature morte<\/em>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li><em>L\u2019amour des commencements<\/em>, Folio, Gallimard, 1986, p.195.<\/li><li><em>Perdre de vue<\/em>, Connaissance de l\u2019inconscient, Gallimard, 1988, p.193.<\/li><li><em>Racine<\/em>, Andromaque.<\/li><li>OCF XVII, p.285.<\/li><li>S.Freud, <em>Lettres \u00e0 Wilhelm Fliess<\/em>, 1887-1904, PUF, 2006, p.628 sq.<\/li><li>OCF XVI, p.270.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9531?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Si je vous croisais dans la rue, je vous trouverais certainement antipathique&#8230; Je n\u2019aurais jamais pu commencer une analyse avec quelqu\u2019un de sympathique&nbsp;\u00bb. 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