{"id":9527,"date":"2021-08-22T07:30:08","date_gmt":"2021-08-22T05:30:08","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/vieilir-aujourdhui-introduction-2\/"},"modified":"2021-10-02T13:59:24","modified_gmt":"2021-10-02T11:59:24","slug":"vieilir-aujourdhui-introduction","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/vieilir-aujourdhui-introduction\/","title":{"rendered":"Vieilir aujourd&rsquo;hui : introduction"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;Toute psychanalyse nous parle de la mort insinu\u00e9e dans la vie. Et si le travail du psychanalyste vise \u00e0 ce que l\u2019espace psychique ne soit pas seulement une surface mais prenne corps, gagne une \u00e9paisseur, une chair, acqui\u00e8re une libert\u00e9 de mouvement et de jeu, cela implique qu\u2019il ne peut pas \u00e9luder le travail antagoniste de la mort, qu\u2019il doit se porter \u00e0 sa rencontre.&nbsp;\u00bb<footer>J.B. Pontalis (1977), <em>Entre le r\u00eave et la douleur<\/em>, Gallimard, p.251.<\/footer>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>S\u2019il y a toujours eu des femmes et des hommes, depuis l\u2019aube de l\u2019humanit\u00e9, qui ont v\u00e9cu plus longtemps que les autres, faisant alors souvent figures de survivants au milieu des maladies, des guerres, des deuils et des d\u00e9couragements, nous n\u2019avons jamais assist\u00e9 \u00e0 un tel ph\u00e9nom\u00e8ne que celui, contemporain, du nombre, de la pr\u00e9sence, de la vivacit\u00e9 et de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des vieux d\u2019aujourd\u2019hui. Or, voil\u00e0 d\u00e9j\u00e0 un mot, un gros mot, \u00ab&nbsp;vieux&nbsp;\u00bb, que d\u2019aucuns ne veulent plus que l\u2019on prononce, lui pr\u00e9f\u00e9rant \u00ab&nbsp;a\u00een\u00e9s&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;seniors&nbsp;\u00bb, pensant ainsi, sous pr\u00e9texte de rendre justice \u00e0 la jeunesse potentielle des esprits, \u00e9dulcorer la gravit\u00e9 et la difficult\u00e9 qu\u2019est le fait de vieillir. Certes, \u00ab&nbsp;vieux&nbsp;\u00bb, \u00e7a peut \u00e9tiqueter, cantonner et restreindre&nbsp;; mais \u00e7a dit aussi une r\u00e9alit\u00e9 que l\u2019on nie trop souvent, celle que l\u2019on vieillit \u00e0 vivre longtemps, et que si vieillir peut \u00eatre marqu\u00e9 de blessures au corps et \u00e0 l\u2019\u00e2me, cela peut \u00eatre aussi une aventure qui vaut vraiment le coup d\u2019\u00eatre v\u00e9cue.<\/p>\n\n\n\n<p>On vieillissait autrefois diff\u00e9remment selon si l\u2019on \u00e9tait riche ou pauvre, entour\u00e9 ou isol\u00e9, malade ou bien portant&nbsp;; ces r\u00e9alit\u00e9s discriminantes demeurent, et demeurent des facteurs de grande in\u00e9galit\u00e9 devant le vieillissement, faisant de cette longue p\u00e9riode de la vie une trag\u00e9die lorsque pauvret\u00e9, maladie et isolement cumulent leur attraction d\u00e9sesp\u00e9rante. On vieillit aussi diff\u00e9remment selon si on est homme ou femme, vivant en milieu urbain ou rural, plut\u00f4t enclin \u00e0 l\u2019autonomie ou plut\u00f4t soucieux de pr\u00e9sence familiale, et ces facteurs ont leurs int\u00e9r\u00eats et leurs limites. Il y a surtout les lois g\u00e9n\u00e9rales et les chemins toujours singuliers&nbsp;; et l\u2019exp\u00e9rience de vie comme l\u2019exp\u00e9rience clinique nous font rencontrer des femmes et des hommes qui, malgr\u00e9 le veuvage et l\u2019\u00e9loignement des enfants, les handicaps et la lenteur impos\u00e9e, demeurent p\u00e9tris d\u2019un vif app\u00e9tit pour les affaires de la cit\u00e9, prenant soin d\u2019eux et des autres, soucieux de vivre au mieux jusqu\u2019au bout et d\u00e9sireux d\u2019y travailler&nbsp;; et d\u2019autres qui, bien qu\u2019entour\u00e9s, h\u00e9ritiers d\u2019un patrimoine g\u00e9n\u00e9tique qui leur donne de vieillir sans de trop grands dommages, ne peuvent envisager le changement que comme un \u00e9chec, la perte que comme une trahison, et n\u2019ont plus go\u00fbt \u00e0 rien, crisp\u00e9s sur ce qui n\u2019est plus, d\u00e9j\u00e0 d\u00e9sinvestis d\u2019eux-m\u00eames, avant que la nuit ne se couche sur leurs jours.<\/p>\n\n\n\n<p>Vieillir est une exp\u00e9rience difficile, disons-le clairement&nbsp;; c\u2019est m\u00eame, insiste Henri Danon-Boileau, \u00ab&nbsp;un exercice p\u00e9rilleux dont on conna\u00eet le d\u00e9nouement&nbsp;\u00bb, veillant \u00e0 ne le point nommer (2000, p.9). Car ce n\u2019est pas sans raison que l\u2019on ne dit plus de quelqu\u2019un qu\u2019il grandit, ni m\u00eame qu\u2019il m\u00fbrit. Et ce n\u2019est pas sans raison que l\u2019on parle de retraite et d\u2019automne de la vie, et que d\u2019aucuns ont m\u00eame parl\u00e9 de naufrage. Vieillir comporte une face sombre&nbsp;: l\u2019augmentation du nombre de personnes certes centenaires mais en mauvaise sant\u00e9, du nombre de quinquag\u00e9naires qui peinent \u00e0 trouver un emploi et \u00e0 vivre dans des conditions d\u00e9centes une fois revers\u00e9e une maigre pension de retraite, du nombre de personnes plus ou moins \u00e2g\u00e9es, fragiles, d\u00e9laiss\u00e9es, voire atteintes de la maladie d\u2019Alzheimer ou de toute autre pathologie c\u00e9r\u00e9brale potentiellement invalidante, les faits de maltraitance dans les institutions g\u00e9riatriques ou les cercles familiaux, pas si rares, si peu sanctionn\u00e9s, faute de moyens, de preuves, de personnel motiv\u00e9 et form\u00e9 pour prendre la rel\u00e8ve&nbsp;; mais aussi l\u2019efflorescence d\u2019un \u00ab&nbsp;march\u00e9 de la d\u00e9pendance&nbsp;\u00bb li\u00e9 au parc immobilier adapt\u00e9 aux personnes \u00e2g\u00e9es en grande perte d\u2019autonomie, permettant, para\u00eet-il, des placements immobiliers assur\u00e9ment rentables et s\u00e9curis\u00e9s&nbsp;; et l\u2019\u00e9ternel march\u00e9 de l\u2019\u00e9ternelle jeunesse qui sous couvert d\u2019embellir et amenuiser les d\u00e9g\u00e2ts, entretient avec force des repr\u00e9sentations d\u2019un bien vieillir qui consiste \u00e0 ne pas vieillir, discours paradoxal et violent qui formule l\u2019injonction tant attendue de vieillir sans faille, en restant incessamment vif, vaillant, sexuellement et cognitivement performant, int\u00e9gr\u00e9 dans les d\u00e9fis technologiques de la soci\u00e9t\u00e9 moderne (Martz D. et Bill\u00e9 M., 2010). Or, celles et ceux qui travaillent aupr\u00e8s d\u2019adultes \u00e2g\u00e9s, et pas seulement aupr\u00e8s de ceux dont l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 pr\u00e9caire n\u00e9cessite une prise en charge institutionnelle, savent combien l\u2019injonction de pr\u00e9servation de la jeunesse, de la performance sexuelle et de la perfection esth\u00e9tique, sont fort susceptibles d\u2019\u00eatre pr\u00e9judiciables au consentement au vieillissement si la singularit\u00e9 de chacun (de son rythme propre, de ses id\u00e9aux irr\u00e9ductiblement personnels, \u00e0 l\u2019instar des sources de plaisir qui sont les siennes, de ses ressources et de ses fragilit\u00e9s psychiques) n\u2019est pas respect\u00e9e. Il est des femmes et des hommes qui, s\u2019affrontant \u00e0 la perte et \u00e0 la perspective de leur mort, se sentent exclus et impuissants, peinent \u00e0 renoncer sans se r\u00e9signer, \u00e0 privil\u00e9gier un certain d\u00e9tachement pour pr\u00e9venir l\u2019arrachement, l\u2019effraction ou la menace de l\u2019emprise d\u2019un corps qui devient \u00e9tranger, d\u2019objets desquels il est difficile de consentir \u00e0 \u00eatre dor\u00e9navant d\u00e9pendant en confiance. Souvenons-nous de Jacques Rainier, personnage central du roman de Romain Gary, <em>Au-del\u00e0 de cette limite votre ticket n\u2019est plus valable<\/em>, qui confie&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019avais trente-sept ans de plus que Laura et je commen\u00e7ais \u00e0 guetter mon corps comme s\u2019il \u00e9tait celui d\u2019un \u00e9tranger qui \u00e9tait venu prendre ma place. J\u2019avais du mal \u00e0 me d\u00e9barrasser de cette vigilance dont je connaissais pourtant l\u2019insidieux p\u00e9ril et, apr\u00e8s l\u2019\u00e9treinte, il m\u2019arrivait d\u2019\u00eatre plus heureux parce que j\u2019avais \u00e9t\u00e9 \u201c\u00e0 la hauteur\u201d que d\u2019\u00eatre tout simplement heureux&nbsp;\u00bb (1975, p.37).<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9veloppement somme toute assez r\u00e9cent des r\u00e9flexions psychopathologiques sur la clinique de l\u2019adulte \u00e2g\u00e9 ne pouvait qu\u2019\u00eatre lou\u00e9, \u00e0 la condition cependant de tenir compte du \u00ab&nbsp;risque de faire d\u2019une classe d\u00e9mographique une entit\u00e9 clinique et de l\u2019\u00e2ge un facteur \u00e9tiologique, en nous d\u00e9tournant de l\u2019exploration du fonctionnement mental individuel&nbsp;\u00bb (Charazac P., 2001, p. 1). S\u2019il importe fonci\u00e8rement de ne pas appliquer les mod\u00e8les de compr\u00e9hension de la vie psychique adulte \u00e0 la clinique infantile et juv\u00e9nile, la question se complexifie avec la clinique g\u00e9rontologique qui, volontiers consid\u00e9r\u00e9e \u00e0 part sous le seul pr\u00e9texte de l\u2019\u00e2ge, n\u2019en demeure pas moins constitu\u00e9e d\u2019adultes&nbsp;; adultes certes aux prises avec une r\u00e9alit\u00e9 nouvelle, mais aussi une r\u00e9alit\u00e9 r\u00e9actualis\u00e9e qui n\u2019est aucunement d\u00e9tachable des conflits qui ont anim\u00e9 jusque-l\u00e0 leur vie psychique. Sous un titre provocant, <em>La personne \u00e2g\u00e9e n\u2019existe pas<\/em>, Jack Messy publia d\u00e8s 1992 un essai incisif d\u00e9non\u00e7ant le risque de subsumer l\u2019individualit\u00e9 des femmes et des hommes dans l\u2019\u00e9vidence r\u00e9ductrice d\u2019un groupe d\u00e9mographique d\u00e9fini par des d\u00e9nominateurs communs et sp\u00e9cifiques qui, s\u2019ils ont leur part de r\u00e9alit\u00e9, se r\u00e9v\u00e8lent fort \u00e9loign\u00e9s des param\u00e8tres d\u00e9gag\u00e9s pour penser la dynamique du fonctionnement psychique.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais penser le vieillissement n\u2019est pas une entreprise ais\u00e9e. Parce qu\u2019il n\u2019est pas sans potentiellement mobiliser appr\u00e9hension, d\u00e9senchantement, voire effroi, l\u2019objet, en tant que tel, est fort susceptible d\u2019engager des conduites de rationalisation et d\u2019id\u00e9alisation visant \u00e0 le contr\u00f4ler, \u00e0 l\u2019amadouer, \u00e0 l\u2019\u00e9viter, \u00e0 le maintenir \u00e0 distance ou \u00e0 le positiver artificiellement. Plus encore, l\u2019objet se r\u00e9v\u00e8le fort complexe, \u00e0 l\u2019interface de domaines multiples o\u00f9 interagissent des repr\u00e9sentations individuelles et collectives, historiques et \u00e9conomiques, politiques, philosophiques et religieuses, des facteurs biologiques, sociaux et psychiques, des disciplines participant des sciences dites dures et des sciences humaines dont chacune, de la place singuli\u00e8re qui est la sienne et selon l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie qui lui est propre, brosse du vieillissement un tableau sp\u00e9cifique, plus ou moins en dialogue avec d\u2019autres perspectives, tableau qui, quels que soient ses int\u00e9r\u00eats et ses limites, n\u2019en contribue pas moins \u00e0 rendre compte de la complexit\u00e9 intrins\u00e8que du ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Sigmund Freud a exprim\u00e9 en 1904 un vif pessimisme \u00e0 propos de l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019engager une psychanalyse chez des personnes \u00e2g\u00e9es de plus de 50 ans (il en avait alors 48&nbsp;!), non pas tant du fait du nombre des ann\u00e9es que du fait du manque parfois observ\u00e9 de plasticit\u00e9 des processus psychiques (il parle alors de viscosit\u00e9 de la libido pour signifier la difficult\u00e9 de changement des investissements, les risques d\u2019installation dans des modalit\u00e9s de fonctionnement par trop fix\u00e9es) et de la surabondance de mat\u00e9riel psychique. Il s\u2019est pourtant av\u00e9r\u00e9 lui-m\u00eame un parfait contre-exemple de l\u2019id\u00e9e de rigidit\u00e9 quand on voit ce qu\u2019il eut comme activit\u00e9 cr\u00e9atrice jusqu\u2019\u00e0 sa mort, notamment dans le remaniement continuel de ses \u00e9crits, le nombre de notes infrapaginales qui furent r\u00e9guli\u00e8rement ajout\u00e9es dans ses divers textes, et la r\u00e9daction d\u2019ouvrages complexes et denses jusqu\u2019\u00e0 ce que, ext\u00e9nu\u00e9 et gravement malade, il cesse d\u2019\u00e9crire et laisse inachev\u00e9 son <em>Abr\u00e9g\u00e9 de psychanalyse<\/em>. Lui qui fut port\u00e9 par un ardent d\u00e9sir de comprendre et une formidable puissance de travail, il \u00e9crivit le 27 avril 1926 \u00e0 Marie Bonaparte&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je dois continuer mes excursions matinales dans le printemps viennois et je trouve cela r\u00e9ellement beau. Quel dommage qu\u2019il ait fallu devenir vieux et malade pour faire cette d\u00e9couverte&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0 est une richesse du vieillissement, la capacit\u00e9 du sujet, riche de son exp\u00e9rience, de sa maturit\u00e9, des combats men\u00e9s et des deuils travers\u00e9s, des habilet\u00e9s apprises et des amours v\u00e9cus, \u00e0 trouver en lui des ressources qu\u2019il n\u2019aurait pas, pas de la sorte, s\u2019il \u00e9tait jeune. Beaucoup, connus ou non, d\u00e9ploient en des champs d\u2019une tr\u00e8s grande diversit\u00e9, un style tardif, maintenu, renouvel\u00e9 ou inattendu, non pas dans la n\u00e9gation du changement et de la perte, mais dans la capacit\u00e9 assum\u00e9e de tirer profit de cette r\u00e9alit\u00e9 nouvelle, de la mettre au travail et de se laisser mettre au travail par elle. Pensons \u00e0 la maison autog\u00e9r\u00e9e des Babayagas \u00e0 Montreuil-sous-Bois port\u00e9e avec conviction par Th\u00e9r\u00e8se Clerc, qui t\u00e9moignait il y a quelques mois encore, \u00e0 86 ans, de son combat pour la libert\u00e9 sexuelle et les droits des femmes dans l\u2019exposition d\u2019Olivier Ciappa <em>Les couples imaginaires<\/em> \u00e0 l\u2019occasion du d\u00e9bat parlementaire sur le mariage pour tous. Pensons \u00e0 l\u2019<em>Indignez-vous<\/em>&nbsp;! de St\u00e9phane Hessel, traduit en plusieurs dizaines de langues touchant le c\u0153ur de plusieurs millions de personnes de tous \u00e2ges \u00e0 travers le monde. Et je pense \u00e0 Jean-Claude, qui \u00e9tait un jeune homme timide, p\u00e9tri de doutes et de scrupules, et qui, \u00e0 82 ans, se bat avec ardeur pour les droits des immigr\u00e9s de son quartier&nbsp;; et \u00e0 Suzanne, 86 ans, qui se d\u00e9sole avec douleur de \u00ab&nbsp;ne m\u00eame plus plaire aux chauffeurs de taxi&nbsp;\u00bb, mais qui veut prendre le temps d\u2019\u00e9crire ses m\u00e9moires pour que ses petites-filles sachent ce que fut sa vie, son r\u00f4le dans la r\u00e9sistance, elle qui d\u00e9couvre, effar\u00e9e, que leur conscience politique ne p\u00e8se pas lourd face aux enjeux d\u2019aujourd\u2019hui. On peut souhaiter que nos vieux d\u2019aujourd\u2019hui et les vieux de demain comprennent qu\u2019il est plus important de vieillir mieux que de rester jeune. Et que la soci\u00e9t\u00e9 garantisse \u00e0 tous et \u00e0 chacun le droit de vieillir comme bon lui semble. Symptomatiquement peut-\u00eatre, l\u2019ann\u00e9e 2013 fut toutefois l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 la <em>Fondation Nationale de G\u00e9rontologie<\/em>, cr\u00e9\u00e9e et reconnue d\u2019utilit\u00e9 publique en 1967, cessa ses activit\u00e9s faute de moyens. Elle veillait pourtant \u00e0 diffuser les connaissances disponibles sur tout sujet traitant de la vieillesse et du vieillissement, et contribuait \u00e0 changer les repr\u00e9sentations st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es et n\u00e9gatives de l\u2019avanc\u00e9e en \u00e2ge.<\/p>\n\n\n\n<p>Les personnes que nous avons invit\u00e9es, Manuelle Missonnier et moi, \u00e0 partager leur r\u00e9flexion dans ce dossier sont des psychologues, psychanalystes, psychiatres, philosophes, professionnels de terrain, enseignants-chercheurs, auxquels nous avons tenu \u00e0 associer Marie-Fran\u00e7oise Fuchs, pr\u00e9sidente de l\u2019association <em>Old-Up<\/em>. Ils s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 la chose psy, et nous parlent de leur exp\u00e9rience propre et de leur regard sur la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019aujourd\u2019hui, sur les pratiques cliniques, les \u00e9clairages th\u00e9oriques qui leur parlent, les r\u00e9alit\u00e9s de la maltraitance, de la place du corps et de la mort, et t\u00e9moignent de la passion et de l\u2019exigence qui les animent. Tous sont convaincus que les femmes et les hommes ne sont pas inertes face \u00e0 leur vieillissement, qu\u2019ils se cr\u00e9ent potentiellement toujours, dans leurs investissements narcissiques et objectaux, mais aussi qu\u2019ils ne pourront continuer de se cr\u00e9er que si la soci\u00e9t\u00e9 demeure \u00e0 leur \u00e9coute, que si leur place dans la cit\u00e9 n\u2019est pas \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie, que si l\u2019on cherche \u00e0 les penser autrement que comme des nantis de qui l\u2019on attend avec ardeur qu\u2019ils consomment avec prodigalit\u00e9, voire se sacrifient pour les jeunes g\u00e9n\u00e9rations, ou comme des pauvres diables \u00e0 la patte folle, qui perdent leur dignit\u00e9 en perdant la t\u00eate et qu\u2019il est pr\u00e9f\u00e9rable alors d\u2019ignorer et de clo\u00eetrer.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9alit\u00e9 du vieillissement engage un travail psychique intense et complexe chez les int\u00e9ress\u00e9s, leurs proches, et les intervenants professionnels, au risque de la souffrance et parfois de la pathologie. Vieillir est potentiellement un temps de compromis plus que de soumission, un temps de construction, d\u2019invention voire de transgression pour vivre encore, qui peut se r\u00e9v\u00e9ler une occasion inattendue de mobilisation de ressources psychiques permettant parfois au sujet de se rencontrer enfin, avant que de n\u2019\u00eatre plus\u00a0; \u00e0 condition de se rencontrer, si possible, pas trop loin des \u00eatres aim\u00e9s. \u00ab\u00a0Ne tardez pas trop, \u00e9crit Freud \u00e0 Arnold Zweig le 20 mars 1927. J\u2019aurai bient\u00f4t soixante et onze ans\u00a0\u00bb. Onze ans plus tard, le 24 octobre 1938, \u00e0 Yvette Guilbert qui lui annonce qu\u2019elle viendra le voir six mois plus tard, il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Le ton affectueux de votre lettre m\u2019a fait grand plaisir, et l\u2019assurance dont vous t\u00e9moignez en me promettant votre visite en mai 1939 m\u2019a beaucoup touch\u00e9. Mais, \u00e0 mon \u00e2ge, tout ajournement implique une triste \u00ab\u00a0connotation\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n\n\n\n<p>Bill\u00e9 M. et Martz D. (2010), <em>La Tyrannie du bien vieillir<\/em>, Latresne, Le bord de l\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p>Charazac P.M. (2001), \u00ab&nbsp;Psychoth\u00e9rapies du sujet \u00e2g\u00e9&nbsp;\u00bb, <em>Encyclop\u00e9die M\u00e9dico-Chirurgicale<\/em>, Paris, Psychiatrie, 37540-C50, 8 p.<\/p>\n\n\n\n<p>Danon-Boileau H. (2000), <em>De la vieillesse \u00e0 la mort. Point de vue d\u2019un usager<\/em>, Paris, Calmann-Levy.<\/p>\n\n\n\n<p>Gary R. (1975), <em>Au-del\u00e0 de cette limite votre ticket n\u2019est plus valable<\/em>, Paris, Gallimard.<\/p>\n\n\n\n<p>Messy J. (1992), <em>La personne \u00e2g\u00e9e n\u2019existe pas. Une approche psychanalytique de la vieillesse<\/em>, Rivages.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9527?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Toute psychanalyse nous parle de la mort insinu\u00e9e dans la vie. 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