{"id":9524,"date":"2021-08-22T07:30:08","date_gmt":"2021-08-22T05:30:08","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/passion-de-lignorance-2\/"},"modified":"2021-09-29T17:58:35","modified_gmt":"2021-09-29T15:58:35","slug":"passion-de-lignorance","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/passion-de-lignorance\/","title":{"rendered":"Passion de l&rsquo;ignorance"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;Telle fut, Ath\u00e9niens, l\u2019enqu\u00eate qui m\u2019a fait tant d\u2019ennemis, des ennemis tr\u00e8s passionn\u00e9s, tr\u00e8s malfaisants, qui ont propag\u00e9 tant de calomnies et m\u2019ont fait ce renom de savant. Car, chaque fois que je convaincs quelqu\u2019un d\u2019ignorance, les assistants s\u2019imaginent que je sais tout ce qu\u2019il ignore. En r\u00e9alit\u00e9, citoyens, c\u2019est probablement le dieu qui le sait, et, par cet oracle, il a voulu d\u00e9clarer que la science humaine est peu de chose, ou m\u00eame qu\u2019elle n\u2019est rien.&nbsp;\u00bb<footer>(Platon, <em>Apologie de Socrate<\/em>, trad. M. Croiset, Paris).<\/footer>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>L\u2019ignorance est une des trois passions humaines apr\u00e8s l\u2019amour et la haine. Dans la clinique avec les enfants, surtout avec les adolescents et bien s\u00fbr celle de tous les n\u00e9vros\u00e9s, cette passion de l\u2019ignorance est essentielle, pivot central de la psych\u00e9 comme de la cure. Comment se fait-il qu\u2019un sujet, quel que soit son \u00e2ge, pris dans des sympt\u00f4mes plus ou moins invalidants, ne veuille rien savoir sur le sens de ses sympt\u00f4mes. Malgr\u00e9 une d\u00e9marche de demande aupr\u00e8s des analystes et des psychoth\u00e9rapeutes, le sujet pr\u00e9f\u00e8re rester dans une ignorance qui confine \u00e0 la passion. Au regard de l\u2019\u00e9tymologie, la passion comporte une dimension de souffrance, comme le sympt\u00f4me qu\u2019il porte. Quant \u00e0 l\u2019ignorance, il vient du latin <em>ignorarer<\/em>, ne pas conna\u00eetre, mais a aussi signifi\u00e9 \u00eatre n\u00e9gligent.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce que l\u2019ignorance fait partie de la constitution du sujet, et pourquoi dans le maniement du transfert, l\u2019analyste rencontre si fr\u00e9quemment cette but\u00e9e&nbsp;? Ce mur de l\u2019ignorance que le n\u00e9vros\u00e9 garde jalousement. Est-ce que l\u2019ignorance sur tout le champ du sexuel imprime sa marque sur la psych\u00e9 au point que le sujet ne veut pas en savoir sur son sympt\u00f4me comme sur son \u00eatre&nbsp;? Voici quelques questions lanc\u00e9es en pr\u00e9ambule qui vont me servir d\u2019axe pour d\u00e9ployer ce que je voudrais vous livrer. La constitution de la structure du sujet de l\u2019inconscient, repose sur un manque. Ce manque, porte sur plusieurs points dont la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019\u00eatre, et la nature du sexuel. Le sexuel a pourtant pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 sa naissance, et c\u2019est ce point aveugle qui le constitue. Ce qui a pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 sa conception, la sc\u00e8ne primitive est entach\u00e9e du sceau de l\u2019irrepr\u00e9sentabilit\u00e9. L\u2019enfant, l\u2019adolescent, ou l\u2019adulte ne peut, malgr\u00e9 son savoir sur le sexuel, se repr\u00e9senter le rapport sexuel de ses parents qui a \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine de sa conception. Pascal Quigniard le dit fort joliment. Sur le plan m\u00e9tapsychologique, cette ignorance est structurante, essentielle, car elle contribue \u00e0 \u00e9laborer le manque n\u00e9cessaire \u00e0 la constitution du sujet. Cependant chaque \u00eatre est structur\u00e9 selon des modalit\u00e9s qui lui sont propres, et qui fondent sa singularit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enfant puis l\u2019adolescent rentre dans les apprentissages et le savoir livresques, qui est un autre type de savoir, mais qui est en corr\u00e9lation \u00e9troite dans le psychisme avec cet autre savoir inconscient que je viens d\u2019\u00e9voquer \u00e0 l\u2019instant. C\u2019est la probl\u00e9matique des apprentissages dont il sera question plus loin. Freud a d\u00e9velopp\u00e9 une th\u00e9orisation par rapport au savoir que je condenserais ainsi&nbsp;: de sa propre v\u00e9rit\u00e9, on ne veut rien savoir, en particulier sur ses sympt\u00f4mes lorsque l\u2019on est n\u00e9vros\u00e9. Chez Freud, on trouve principalement deux termes g\u00e9n\u00e9ralement traduits par&nbsp;: Ignorance&nbsp;: <em>Unwissenheit<\/em> (<em>un<\/em> &#8211; pr\u00e9fixe privatif &#8211; <em>heit<\/em> marquant la qualit\u00e9 abstraite) et <em>Nichtwissen<\/em> (litt\u00e9ralement&nbsp;: le non-savoir). Pour ce qui est de la m\u00e9connaissance, les choses sont complexes, car le terme allemand <em>Verkennung<\/em> est assez peu utilis\u00e9. \u00c0 partir de 1909, (dans l\u2019analyse du <em>petit Hans<\/em>, et dans <em>L\u2019homme aux rats<\/em>) on trouve d\u00e9j\u00e0 cette id\u00e9e que le m\u00e9decin donne au malade les repr\u00e9sentations anticip\u00e9es qui lui permettront de reconna\u00eetre et de savoir ce qui est inconscient. Dans le chapitre de <em>L\u2019homme aux rats<\/em> intitul\u00e9 <em>Introduction \u00e0 l\u2019intelligence de la cure<\/em>, il explique comment il donne au patient des \u00ab&nbsp;notions de la th\u00e9rapeutique analytique&nbsp;\u00bb&nbsp;! Je cite Freud&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous avons depuis longtemps cess\u00e9 de croire (\u2026) que le malade souffrait d\u2019une sorte d\u2019ignorance (<em>Unwissenheit<\/em>) et que, si on voulait dissiper (<em>aufheben<\/em>) cette derni\u00e8re en lui parlant des rapports causaux entre sa maladie et son existence, des \u00e9v\u00e8nements de son enfance, etc., sa gu\u00e9rison serait certaine. Or, ce n\u2019est pas l\u2019ignorance en soi (<em>Nichtwissen<\/em>) qui constitue le facteur pathog\u00e8ne, cette ignorance a son fondement dans les r\u00e9sistances int\u00e9rieures qui l\u2019ont d\u2019abord provoqu\u00e9e, et qui continuent \u00e0 la maintenir&nbsp;\u00bb. Il est remarquable que le premier terme qu\u2019emploie Freud soit <em>Unwissenheit<\/em> dont le pr\u00e9fixe <em>Un<\/em> marque le sens privatif de la lacune (telle qu\u2019elle s\u2019entend dans le registre de l\u2019apprentissage). Ce que nous observons chez les enfants et adolescents en \u00e9chec scolaire.Mais la suite est tout aussi importante, car Freud continue&nbsp;: \u00ab&nbsp;La r\u00e9v\u00e9lation au malade de ce qu\u2019il ne sait pas parce qu\u2019il l\u2019a refoul\u00e9 ne constitue que l\u2019un des pr\u00e9liminaires indispensables au traitement&nbsp;\u00bb. Il y a donc clairement \u00e0 entendre que dans la mise en place m\u00eame du dispositif analytique, il y a n\u00e9cessit\u00e9 pr\u00e9alable de constituer une ignorance&nbsp;: le sujet ne sait pas, et il ne sait pas quoi&nbsp;? Ce qu\u2019il en est de son d\u00e9sir, puisqu\u2019il l\u2019a refoul\u00e9, mais aussi qu\u2019il est dans la m\u00e9connaissance parce que, de cette m\u00e9connaissance non plus, il ne veut rien savoir. En 1916 dans son <em>Introduction \u00e0 la psychanalyse<\/em>, Freud pr\u00e9cise que le m\u00e9decin devrait pouvoir facilement, du fait de son habitude de l\u2019analyse, r\u00e9tablir son malade en le d\u00e9livrant de son ignorance par la communication de ce qu\u2019il sait. Mais \u00e9crit-il&nbsp;: \u00ab\u2026il y a diff\u00e9rentes sortes de savoir qui n\u2019ont pas la m\u00eame valeur psychologique. Le savoir du m\u00e9decin n\u2019est pas celui du malade et ne peut pas manifester les m\u00eames effets. Lorsque le m\u00e9decin communique au malade le savoir qu\u2019il a acquis, il n\u2019obtient aucun succ\u00e8s. Ou plut\u00f4t le succ\u00e8s qu\u2019il obtient consiste non \u00e0 supprimer les sympt\u00f4mes mais \u00e0 mettre en marche l\u2019analyse\u2026&nbsp;\u00bb. Et plus loin&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le malade sait alors quelque chose qu\u2019il ignorait avant, \u00e0 savoir le sens de son sympt\u00f4me, et pourtant il ne le sait pas plus qu\u2019auparavant. Nous apprenons ainsi qu\u2019il y a plus d\u2019une sorte de non savoir&nbsp;\u00bb. Ces derni\u00e8res remarques m\u00e9ritent un commentaire. Il s\u2019agit de se d\u00e9caler de l\u2019analyse sauvage d\u2019une part, et l\u2019on peut m\u00eame se demander de nos jours si la conception freudienne de d\u00e9livrer au patient le sens de son sympt\u00f4me, garde toute sa pertinence puisque, si nous suivons Freud, ce n\u2019est pas l\u00e0 l\u2019essentiel. Mais plut\u00f4t la fa\u00e7on dont le sujet va se mettre \u00e0 devenir un analysant et va partir lui-m\u00eame \u00e0 la recherche du sens de ses sympt\u00f4mes.<\/p>\n\n\n\n<p>Lacan de son c\u00f4t\u00e9 a d\u00e9ploy\u00e9 une th\u00e9orisation sur la question du savoir poursuivant les avanc\u00e9es de Freud. Il a isol\u00e9 3 passions chez le sujet. \u00c0 Sainte-Anne, en 1971, Lacan dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Que l\u2019ignorance puisse \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e dans le bouddhisme comme une passion, c\u2019est un fait qui se justifie avec un peu de m\u00e9ditation&nbsp;\u00bb, ajoutant aussit\u00f4t que \u00ab&nbsp;la m\u00e9ditation, ce n\u2019est pas notre fort&nbsp;\u00bb. La m\u00e9ditation dans le bouddhisme, c\u2019est le <em>sine qua non<\/em>, si l\u2019on peut dire, pour se purifier de ces trois passions fondamentales, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019agir qui anime les passions humaines. L\u2019amour la haine et l\u2019ignorance. La passion de l\u2019ignorance, c\u2019est que justement c\u2019est de cela qu\u2019il ne veut rien savoir. \u00ab&nbsp;De l\u2019\u00eatre de l\u2019Autre, il ne veut rien savoir&nbsp;\u00bb. L\u2019ignorance se constitue d\u2019une fa\u00e7on polaire par rapport \u00e0 la position virtuelle d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 atteindre. Le sujet ne veut pas ou plut\u00f4t ne peut atteindre sa v\u00e9rit\u00e9. Il m\u2019arrive de dire que la n\u00e9vrose rend b\u00eate. Ce qui est vrai et faux \u00e0 la fois. Mais c\u2019est ce qui cliniquement nous permet de consid\u00e9rer autrement un sujet n\u00e9vros\u00e9 qui vient nous consulter. D\u2019autant plus, s\u2019il s\u2019agit d\u2019un enfant ou d\u2019un adolescent qui se trouve dans un \u00e9chec ou un refus scolaires. Le sujet qui vient en analyse se met dans la position de celui qui ignore. Il n\u2019y a pas d\u2019entr\u00e9e possible dans l\u2019analyse sans cette r\u00e9f\u00e9rence. L\u2019analyste de son c\u00f4t\u00e9 m\u00e9conna\u00eet le pouvoir d\u2019accession du sujet \u00e0 cette dimension de l\u2019ignorance ou parfois ne sait pas qu\u2019il a \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 celui qui, par tout son discours, l\u2019interroge. L\u2019analyste doit savoir ce qu\u2019il fait avec l\u2019analysant. Non pas lui montrer qu\u2019il se trompe, au sens d\u2019erreur, puisqu\u2019il est forc\u00e9ment dans l\u2019erreur, mais qu\u2019il a \u00e0 lui montrer comment il parle \u00ab&nbsp;\u00e0 c\u00f4t\u00e9&nbsp;\u00bb, comment il parle sans savoir, comment il parle comme un ignorant. Ce sont les voies de son erreur qui sont importantes.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u00e0 un des points essentiels que je voulais souligner&nbsp;: dans les cures de sujets quel que soit leur \u00e2ge, c\u2019est que l\u2019essentiel pour l\u2019analyste n\u2019est pas de d\u00e9livrer un message sur la v\u00e9rit\u00e9 de son sympt\u00f4me, mais qu\u2019il d\u00e9couvre par lui-m\u00eame les diff\u00e9rentes voies d\u2019acc\u00e8s \u00e0 son sympt\u00f4me qui sont autant d\u2019errements subjectifs. Les adolescents nous offrent souvent une belle illustration clinique de cet errement subjectif, qui est selon moi un passage oblig\u00e9 dans la structure pour acc\u00e9der \u00e0 un statut de sujet \u00e0 part enti\u00e8re. Ce qui, sur le fond, pose la question de l\u2019interpr\u00e9tation. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 l\u2019interpr\u00e9tation freudienne qui explicite dans le transfert les diff\u00e9rentes motions inconscientes relev\u00e9es par l\u2019analyste en tenant compte des coordonn\u00e9es singuli\u00e8res de l\u2019histoire de chacun, et d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9 l\u2019interpr\u00e9tation signifiante qui ouvre, dans le meilleur des cas des pistes in\u00e9dites \u00e0 l\u2019analysant sur le chemin de la lev\u00e9e de l\u2019ignorance sur son sympt\u00f4me. J\u2019entends par interpr\u00e9tation signifiante, le fait de relever, de scander ou de souligner un signifiant du discours du patient et de lui livrer cela \u00e0 ses propres associations.<\/p>\n\n\n\n<p>Marc, lyc\u00e9en de 18 ans en terminale, vient pour des angoisses massives d\u2019apparition soudaine, sur un fond de personnalit\u00e9 plut\u00f4t phobique. D\u2019embl\u00e9e ce gar\u00e7on intelligent m\u2019annonce qu\u2019il sait en fait pourquoi il est sujet \u00e0 des angoisses. Mais il ne comprend pas pourquoi malgr\u00e9 cela, il continue \u00e0 \u00eatre la proie d\u2018angoisses qui le submergent et envahissent tout son champ de pens\u00e9e et retentissent sur sa scolarit\u00e9. Il est persuad\u00e9 que cela vient de la s\u00e9paration de ses parents quand il avait 13 ans, car ses angoisses ont d\u00e9but\u00e9 peu apr\u00e8s. Mais il a cependant un doute&nbsp;: comment des ann\u00e9es apr\u00e8s, il reste impr\u00e9gn\u00e9 de cette s\u00e9paration et pourquoi cela l\u2019emp\u00eache d\u2019avoir des relations satisfaisantes avec les filles de son \u00e2ge. Lorsqu\u2019il relate ce qui s\u2019apparente \u00e0 une d\u00e9pression maternelle, il r\u00e9alise comment il a \u00e9t\u00e9 institu\u00e9 en quasi-th\u00e9rapeute de sa m\u00e8re \u00e0 son insu. Cette action th\u00e9rapeutique ayant bien s\u00fbr \u00e9chou\u00e9. Il avait eu cependant \u00e0 vivre au quotidien avec une m\u00e8re abandonn\u00e9e, abandonnique, et ne pouvait percevoir les coordonn\u00e9es de pulsions de mort dont il \u00e9tait l\u2019objet, indirectement. Sur un autre plan, il ne pouvait s\u2019accorder avec un p\u00e8re qui s\u2019\u00e9tait mis \u00e0 mener une vie de \u00ab&nbsp;joyeux c\u00e9libataire&nbsp;\u00bb, alternant les conqu\u00eates f\u00e9minines \u00e0 une cadence assez rapide, et dont il ne supportait pas les manifestations de jouissance que celui-ci lui montrait ostensiblement. C\u2019est paradoxalement, au d\u00e9cours d\u2019une s\u00e9paration avec sa petite amie, initi\u00e9e par lui, que Marc est assailli d\u2019angoisses. \u00c0 ce stade, \u00e0 partir de ce qu\u2019il me livre, je suis en mesure de pouvoir lui livrer une interpr\u00e9tation qui para\u00eet d\u00e9sormais \u00e9vidente. Qu\u2019il sait mais refuse de voir et de savoir. Son app\u00e9tence pour l\u2019ignorance de ce qui l\u2019agite le fait s\u2019engouffrer dans les affres de l\u2019angoisse. Mais la prudence et le \u00ab&nbsp;tact&nbsp;\u00bb que se doit d\u2019avoir l\u2019analyste me conduisent \u00e0 ne rien lui en dire dans un premier temps. Puis, je lui \u00e9nonce, alors qu\u2019il reparle de son p\u00e8re, ce qui me semble \u00e9vident et ce qu\u2019il para\u00eet pr\u00eat \u00e0 entendre. Se sentant identifi\u00e9 \u00e0 une position paternelle ha\u00efe et abhorr\u00e9e, \u00e0 son insu, il ne peut qu\u2019\u00eatre assailli d\u2019angoisse. Je lui dis en r\u00e9alit\u00e9 quelque chose de beaucoup plus simple&nbsp;: \u00ab&nbsp;Au fond, vous \u00eates un peu comme votre p\u00e8re&nbsp;\u00bb. La port\u00e9e de cette interpr\u00e9tation tombe \u00e0 plat ne suscitant aucune association nouvelle de sa part. Il me faudra attendre une autre opportunit\u00e9 pour tenter de faire \u00e9chec \u00e0 sa passion de l\u2019ignorance. Un peu plus tard, alors qu\u2019il \u00e9voque son ancienne petite amie, il dit qu\u2019elle se d\u00e9prime, et qu\u2019il ne voit pas pourquoi, car il a \u00e9t\u00e9 \u00ab&nbsp;classe&nbsp;\u00bb avec elle, lui annon\u00e7ant en douceur la s\u00e9paration qu\u2019il avait d\u00e9cid\u00e9e, et lui assurant qu\u2019elle avait beaucoup de qualit\u00e9s. Il emploie une tournure de phrase particuli\u00e8re. Il dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne suis quand m\u00eame pas un enfant de salaud.&nbsp;\u00bb Je lui r\u00e9p\u00e8te simplement \u00ab&nbsp;vous n\u2019\u00eates pas un enfant de salaud&nbsp;?\u00bb sur le mode interrogatif&nbsp;; \u00ab&nbsp;oui, son p\u00e8re est un salaud&nbsp;\u00bb il n\u2019avait jusque-l\u00e0 jamais pu le formuler ainsi. Il reprend sur le champ une autre lecture de ce qu\u2019a \u00e9t\u00e9 son p\u00e8re. Les s\u00e9ances suivantes amorcent une lecture interpr\u00e9tative des comportements de son p\u00e8re sous un jour tr\u00e8s diff\u00e9rent. Mais ce qu\u2019il avait voulu ignorer jusqu\u2019alors se pose alors comme une \u00e9vidence. \u00c0 ceci pr\u00e8s que c\u2019est lui, dans sa position de patient, qui s\u2019autorise cette lecture, d\u00e9gag\u00e9e de la passion de l\u2019ignorance dans laquelle il s\u2019\u00e9tait cantonn\u00e9 jusque-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fil du temps o\u00f9 il revisitera son pass\u00e9, il percevra pleinement cette expression \u00ab&nbsp;enfant de salaud&nbsp;\u00bb, qui implique non seulement un jugement nouveau pour son p\u00e8re mais le confronte lui \u00e0 sa position sexu\u00e9e et \u00e0 sa place dans une transmission symbolique insoutenable. Il lui \u00e9choit d\u2019\u00eatre cet enfant de salaud qu\u2019il se refusait \u00e0 \u00eatre, cette identification impossible \u00e0 un p\u00e8re tant ha\u00ef. C\u2019est au bout d\u2019un certain temps de ce travail de d\u00e9gagement de l\u2019emprise symbolique et imaginaire dans laquelle il \u00e9tait confin\u00e9 que ses sympt\u00f4mes commencent \u00e0 c\u00e9der du terrain. C\u2019est la rencontre d\u2019une nouvelle jeune fille qui l\u2019am\u00e8nera \u00e0 se positionner diff\u00e9remment dans sa position phallique qui attestera du mouvement interne qu\u2019il a pu effectuer dans le transfert, mais aussi du fait de son engagement dans sa relecture critique de ses positions de sujet. Ce chemin sur les voies de la subjectivation, singulier, rend compte de cette accession difficile \u00e0 un statut de sujet, tant il \u00e9tait pris dans les aveuglements de sa passion de l\u2019ignorance. De m\u00eame l\u2019analyste est pris aussi par sa pulsion de savoir et souvent \u00e0 son insu dans une passion de l\u2019ignorance de ce qui est articul\u00e9 dans le discours de son patient. Sa position de sujet suppos\u00e9 savoir, ne le rend pas pour autant \u00ab&nbsp;sachant&nbsp;\u00bb. Il lui faut se d\u00e9partir de son savoir livresque pour se mettre en position d\u2019\u00e9coute d\u2019un savoir qui ne peut lui venir que de l\u2019autre, du patient dans la singularit\u00e9 de ses coordonn\u00e9es subjectives. C\u2019est une autre des facettes de la r\u00e9sistance de l\u2019analyste que de ne rien vouloir entendre ou de ne rien vouloir en savoir sur le sympt\u00f4me qui est avanc\u00e9 par le patient. L\u2019ignorance ne choisit jamais son camp&nbsp;! C\u2019est que l\u2019<em>ignorantia docta<\/em> devient facilement ce que j\u2019ai appel\u00e9, ce n\u2019est pas d\u2019hier, une <em>ignorantia docens<\/em>. Si le psychanalyste croit savoir quelque chose, en psychologie par exemple, c\u2019est pour lui d\u00e9j\u00e0 le commencement de sa perte, pour la bonne raison que tout le monde sait qu\u2019en psychologie personne ne sait grand-chose, sauf exactement dans la mesure o\u00f9 la psychologie elle-m\u00eame est, sur l\u2019\u00eatre humain, une erreur de perspective.<\/p>\n\n\n\n<p>Le sujet qui nous fait une demande, est la pi\u00e8ce qui manque \u00e0 un savoir conditionn\u00e9 par l\u2019ignorance. On peut dire aussi en suivant Lacan, qu\u2019il est toujours en position de d\u00e9chet par rapport \u00e0 sa repr\u00e9sentation. J\u2019insiste encore sur ces trois p\u00f4les, du savoir en tant qu\u2019inconscient, qui sait tout peut-\u00eatre, sauf ce qui le motive, du sujet qui s\u2019institue dans sa certitude d\u2019\u00eatre un manque \u00e0 savoir, et de ce troisi\u00e8me terme qui est pr\u00e9cis\u00e9ment le sexe, dans la mesure o\u00f9 il est rejet\u00e9 au d\u00e9part, et o\u00f9 il ressort qu\u2019on ne veut rien en savoir. Cela dit, apr\u00e8s ce que je viens de vous dire de l\u2019ignorance, vous ne vous \u00e9tonnerez pas que je fasse remarquer que l\u2019\u00ab&nbsp;ignorance docte&nbsp;\u00bb, comme s\u2019exprimait un certain cardinal, au temps o\u00f9 ce titre n\u2019\u00e9tait pas un certificat d\u2019ignorance, un certain cardinal appelait \u00ab&nbsp;ignorance docte&nbsp;\u00bb le savoir le plus \u00e9lev\u00e9. C\u2019\u00e9tait Nicolas de Cues, pour le rappeler en passant. De sorte que la corr\u00e9lation de l\u2019ignorance et du savoir est quelque chose dont il nous faut partir essentiellement et voir qu\u2019apr\u00e8s tout, si l\u2019ignorance, comme \u00e7a, \u00e0 partir d\u2019un certain moment, dans une certaine zone, porte le savoir \u00e0 son niveau le plus bas, ce n\u2019est pas la faute \u00e0 l\u2019ignorance, c\u2019est m\u00eame le contraire.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9524?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Telle fut, Ath\u00e9niens, l\u2019enqu\u00eate qui m\u2019a fait tant d\u2019ennemis, des ennemis tr\u00e8s passionn\u00e9s, tr\u00e8s malfaisants, qui ont propag\u00e9 tant de calomnies et m\u2019ont fait ce renom de savant. 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