{"id":9523,"date":"2021-08-22T07:30:08","date_gmt":"2021-08-22T05:30:08","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/lantique-terre-natale-nostalgie-inquietante-etrangete-et-fusion-separation-2\/"},"modified":"2021-10-03T10:03:08","modified_gmt":"2021-10-03T08:03:08","slug":"lantique-terre-natale-nostalgie-inquietante-etrangete-et-fusion-separation","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/lantique-terre-natale-nostalgie-inquietante-etrangete-et-fusion-separation\/","title":{"rendered":"L&rsquo;antique terre natale : nostalgie, inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 et fusion\/s\u00e9paration"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00ab&nbsp;Si vous deviez mourir maintenant et \u00eatre con\u00e7u \u00e0 nouveau cette nuit, dans quelle femme choisiriez-vous de passer les neuf premiers mois de votre prochaine vie&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Avec cette demande, Ronald David Laing (1977), donne une version radicale et g\u00e9n\u00e9rique du fantasme originaire de retour dans le ventre maternel. On y entend une multitude de possibles dans une grande tension paradoxale qui caract\u00e9rise le ressenti ambivalent de cette question, \u00e0 mi-chemin entre attraction et r\u00e9pulsion&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; <em>a priori<\/em>, il s\u2019agit d\u2019une interrogation d\u2019un adulte qui conna\u00eet la finitude humaine et les r\u00e8gles biologiques de la procr\u00e9ation\u2026 mais on ne sait d\u00e9cid\u00e9ment pas si l\u2019interlocuteur va r\u00e9pondre&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Bien s\u00fbr, ma m\u00e8re, on ne change pas une \u00e9quipe qui gagne&nbsp;!&nbsp;\u00bb,<\/p>\n\n\n\n<p>ou \u00ab&nbsp;Une telle, qui comme je le constate aujourd\u2019hui, serait la plus aimante des m\u00e8res&nbsp;\u00bb,<\/p>\n\n\n\n<p>ou encore&nbsp;: \u00ab&nbsp;oh \u00e9coutez, je ne sais vraiment pas et je vais r\u00e9fl\u00e9chir&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>et, enfin&nbsp;: \u00ab&nbsp;je n\u2019ai pas de temps \u00e0 perdre avec une devinette pareille&nbsp;!&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre nostalgie monopolistique de la maison-m\u00e8re, possibles conqu\u00eates exotiques de nouveaux habitats et \u00e9vitement phobique, la libido s\u2019exprime en tout cas entre interdit et transgression de l\u2019inceste.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; mais on entend aussi dans le questionnement de cette citation la pertinente incongruit\u00e9 de l\u2019infantile qui ose poser la question telle quelle en \u00e9chappant furtivement au refoulement et \u00e0 la pression du surmoi&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>d\u2019abord, avec l\u2019affirmation explicite que ce fantasme n\u2019est pas celui du retour dans le \u00ab&nbsp;sein maternel&nbsp;\u00bb externe et a\u00e9rien, mais bien celui \u00ab&nbsp;du ventre maternel&nbsp;\u00bb interne et liquidien. Freud dit sans ambages <em>mutterleib<\/em>, ventre maternel, et il est repr\u00e9sentatif du traitement d\u00e9fensif coutumier \u00e0 l\u2019\u00e9gard de cette int\u00e9riorit\u00e9 matricielle de constater que les traducteurs de Freud traduisent par \u00ab&nbsp;sein maternel&nbsp;\u00bb. Cet \u00e9cart m\u00e9taphorique est typique de la tradition chr\u00e9tienne o\u00f9 la souche h\u00e9bra\u00efque est contin\u00fbment gomm\u00e9e&nbsp;: en h\u00e9breu <em>rahamim<\/em>, est clairement issu du mot <em>rehem<\/em>, ventre maternel, ut\u00e9rus, dont il est le \u00ab&nbsp;pluriel de pl\u00e9nitude&nbsp;\u00bb comme attribut de pi\u00e9t\u00e9, de mis\u00e9ricorde et de tendresse de Dieu (merci \u00e0 Jessica Shulz pour son pr\u00e9cieux \u00e9clairage). Traduire <em>rahamin<\/em> par seins maternels (<em>shada\u00efm<\/em> en h\u00e9breu) est typiquement un d\u00e9placement. L\u2019infantile est aussi pr\u00e9sent dans les propos de Laing avec l\u2019id\u00e9e que la supr\u00eame angoisse de castration de la s\u00e9paration de la mort, peut \u00eatre magiquement annul\u00e9e et donner lieu \u00e0 une renaissance terrestre. On le retrouve enfin dans la revendication fantasmatique toute puissante du choix de sa m\u00e8re ut\u00e9rine en lieu et place du trop humain \u00ab&nbsp;on ne choisit pas ses parents&nbsp;\u00bb. La suppression pure et simple du rival \u0153dipien et de la sc\u00e8ne originaire est bien dans l\u2019esprit de cet infantile. C\u2019est en effet, une th\u00e9orie sexuelle avantageuse pour un petit gar\u00e7on de d\u00e9cider dans quelle Maman il va p\u00e9n\u00e9trer, habiter pour cro\u00eetre et prendre forme humaine dans un auto-\u00e9rotisme que ne troublera pas l\u2019ennemi sexuel. C\u2019est m\u00eame un roman familial typique d\u2019une filiation divine&nbsp;: le fils de Dieu a fait le coup avant lui avec l\u2019<em>Immacul\u00e9e Conception<\/em>&nbsp;! Pour autant, \u00e0 l\u2019inverse, nous avons appris avec les commentaires de Freud sur le d\u00e9sir de l\u2019<em>Homme aux loups<\/em> de rentrer dans le corps de la m\u00e8re, qu\u2019il ne s\u2019agit pas simplement du d\u00e9sir \u00ab&nbsp;de fuir le monde&nbsp;\u00bb et de rena\u00eetre mais aussi possiblement d\u2019un d\u00e9sir homosexuel \u00ab&nbsp;d\u2019y rencontrer, dans le co\u00eft, son p\u00e8re, d\u2019obtenir de lui la satisfaction sexuelle et de lui donner un enfant&nbsp;\u00bb \u00e9crit Freud (1918). Mais, il y a aussi et enfin dans cette citation de Laing, toute la force \u00e9vocatrice de l\u2019apr\u00e8s-coup nostalgique de la fusion et, partant, le point de d\u00e9part dynamique de la fascination pour le traumatisme de la s\u00e9paration de la naissance comme matrice de l\u2019angoisse dont on sait combien Otto Rank et Freud vont partager initialement l\u2019attraction dans la fusion intellectuelle puis, secondairement, la conflictuelle s\u00e9paration.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fond, vous le pressentiez, la constellation d\u2019\u00e9l\u00e9ments m\u00eal\u00e9s d\u2019effroi et de familiarit\u00e9 de cette citation correspond typiquement \u00e0 celle que Freud (1919) d\u00e9crit dans son essai <em>L\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9<\/em> (<em>L\u2019inqui\u00e9tant<\/em> dans la derni\u00e8re traduction du collectif de Laplanche). Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, il s\u2019agit sp\u00e9cifi-quement de l\u2019attraction\/r\u00e9pulsion de l\u2019humain confront\u00e9 \u00e0, je cite Freud&nbsp;: \u00ab&nbsp;l\u2019entr\u00e9e de l\u2019antique terre natale du petit d\u2019homme, du lieu dans lequel chacun a s\u00e9journ\u00e9 une fois et d\u2019abord&nbsp;\u00bb. Cette citation agit en effet comme un activateur projectif donnant une grande actualit\u00e9 \u00e0 ce que Freud nomme des \u00ab&nbsp;convictions primitives d\u00e9pass\u00e9es&nbsp;\u00bb des complexes infantiles refoul\u00e9s en g\u00e9n\u00e9ral et du d\u00e9sir incestueux en particulier. Choisir dans la toute puissance un habitat ut\u00e9rin pour \u00e9chapper \u00e0 la mort et rena\u00eetre vient mettre en exergue le d\u00e9sir incestueux au c\u0153ur de la libido non incestueuse. L\u2019espace qui s\u00e9pare les repr\u00e9sentations d\u2019ut\u00e9rus-m\u00e8re et d\u2019ut\u00e9rus-femme est celui de la transgression et de l\u2019interdit de l\u2019inceste. \u00ab&nbsp;L\u2019amour est le mal du pays (natal) (<em>heimweh<\/em>)&nbsp;\u00bb affirme Freud sans d\u00e9tour dans un raccourci saisissant&nbsp;! Au quotidien, la principale caract\u00e9ristique de cette nostalgie pour le pays natal (<em>heimat<\/em>) est la r\u00e9p\u00e9tition souligne Freud. Pour autant, pr\u00e9cise-t-il, l\u2019impression de nouveaut\u00e9 qui l\u2019accompagne dans la r\u00e9currence est illusoire&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Unheimlich<\/em> n\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 rien de nouveau ou d\u2019\u00e9tranger, mais quelque chose qui est pour la vie psychique familier de tout temps, et qui ne lui est devenu \u00e9tranger que par le processus de refoulement&nbsp;\u00bb. Et, dans ce cadre de compulsion de r\u00e9p\u00e9tition, ce sentiment comm\u00e9more des \u00ab&nbsp;phases isol\u00e9es de l\u2019histoire de l\u2019\u00e9volution du sentiment du moi, d\u2019une r\u00e9gression \u00e0 des \u00e9poques o\u00f9 le moi ne s\u2019\u00e9tait pas encore nettement d\u00e9limit\u00e9 par rapport au monde ext\u00e9rieur et \u00e0 autrui&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Fantasmes originaires<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans la s\u00e9rie des fantasmes originaires (vie intra-ut\u00e9rine, sc\u00e8ne originaire, castration, s\u00e9duction), le fantasme de retour dans le ventre maternel, est le moins pris\u00e9 des psychanalystes ce qui semble bien coh\u00e9rent avec le refoulement opini\u00e2tre qu\u2019il impose face \u00e0 sa valence incestueuse. Dans sa premi\u00e8re \u00e9vocation en 1915 dans sa <em>Communication d\u2019un cas de parano\u00efa en contradiction avec la th\u00e9orie psychanalytique<\/em>, Freud n\u2019y fait pas r\u00e9f\u00e9rence se concentrant sur les d\u00e9j\u00e0 stars&nbsp;: sc\u00e8ne originaire, s\u00e9duction, castration.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans <em>L\u2019homme aux loups<\/em> (1918) et dans <em>L\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9<\/em> (1919) que Freud est le plus prolixe sur le fantasme originaire de retour dans le ventre maternel o\u00f9 il r\u00e9unit certains des \u00e9l\u00e9ments que nous venons de rappeler \u00e0 partir de la citation de Laing. Dans ses textes clefs sur l\u2019angoisse (la XXV<sup>\u00e8me<\/sup> conf\u00e9rence, 1917&nbsp;; <em>Inhibition, sympt\u00f4me et angoisse<\/em>, 1926, et la XXII<sup>\u00e8me<\/sup> conf\u00e9rence, 1932), le fantasme n\u2019est pas explicitement pr\u00e9sent mais en filigrane du d\u00e9bat sur le traumatisme de la naissance et de l\u2019hypoth\u00e9tique \u00ab&nbsp;angoisse&nbsp;\u00bb du nouveau-n\u00e9 pour qui, selon Freud, la m\u00e8re n\u2019est pas encore un objet. Plong\u00e9 dans le d\u00e9sarroi (\u00ab&nbsp;le d\u00e9saide initial&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;l\u2019impuissance originelle&nbsp;\u00bb), le nouveau-n\u00e9 acc\u00e8de \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience de satisfaction avec \u00ab&nbsp;l\u2019action sp\u00e9cifique&nbsp;\u00bb de \u00ab&nbsp;l\u2019\u00eatre-humain-proche&nbsp;\u00bb, le <em>nebenmensch<\/em>. \u00ab&nbsp;Ce n\u2019est pas la personne, mais la fonction qui importe parce que la personne n\u2019est pas alors constitu\u00e9e comme telle&nbsp;\u00bb (M\u00e9rot, 2010). \u00c0 la naissance, la m\u00e8re n\u2019est encore pas un objet pour le f\u0153tus\/nouveau-n\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela vaut la peine de revisiter le d\u00e9tail du texte freudien de 1926 je le cite&nbsp;: \u00ab&nbsp;Cette co\u00efncidence frappante&nbsp;: que l\u2019angoisse de la naissance, aussi bien que l\u2019angoisse du nourrisson ait pour condition d\u00e9terminante la s\u00e9paration de la m\u00e8re, ne n\u00e9cessite pas une interpr\u00e9tation psychologique&nbsp;; le fait biologique suivant l\u2019explique assez simplement&nbsp;: la m\u00e8re qui d\u2019abord avait satisfait tous les besoins du f\u0153tus par les dispositifs somatiques de la grossesse, continue apr\u00e8s la naissance encore, \u00e0 remplir la m\u00eame fonction, encore que partiellement par d\u2019autres moyens. La vie intra-ut\u00e9rine et la premi\u00e8re enfance sont bien plus en continuit\u00e9 que ne nous le laisse croire la c\u00e9sure frappante de l\u2019acte de la naissance. L\u2019objet maternel psychique remplace pour l\u2019enfant la situation f\u0153tale biologique. Ce n\u2019est pas une raison pour oublier que dans la vie intra-ut\u00e9rine la m\u00e8re n\u2019\u00e9tait pas un objet pour le f\u0153tus, et qu\u2019il n\u2019y avait alors pas d\u2019objet&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour argumenter sa critique du traumatisme de la naissance de Rank comme matrice de l\u2019angoisse toute la vie durant, Freud refuse d\u2019accorder au f\u0153tus une anticipation psychologique des dangers de la naissance&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le f\u0153tus ne peut rien enregistrer d\u2019autre qu\u2019une perturbation consid\u00e9rable dans l\u2019\u00e9conomie de sa libido narcissique. De grandes quantit\u00e9s d\u2019excitations lui parviennent, sources de sensations de d\u00e9plaisir nouvelles&nbsp;; de nombreux organes obtiennent de force une augmentation des investissements, sorte de pr\u00e9lude de l\u2019investissement d\u2019objet qui va bient\u00f4t commencer&nbsp;\u00bb. Le f\u0153tus est dans le seul registre biologique de la douleur (la seule pr\u00e9forme sensorielle physiologique de l\u2019angoisse)&nbsp;; le nourrisson \u00e0 travers l\u2019exp\u00e9rience de situations de satisfactions r\u00e9p\u00e9t\u00e9es cr\u00e9e l\u2019objet qu\u2019est la m\u00e8re, actrice principale des actions sp\u00e9cifiques et va conqu\u00e9rir l\u2019angoisse psychologique.<\/p>\n\n\n\n<p>Victoires de la s\u00e9paration\u2026 donc mais parfois, r\u00e9p\u00e9titions de douleurs catastrophiques<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Mme N.<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Tout au long de ses deux premi\u00e8res \u00e9chographies (12 et 22 semaines d\u2019am\u00e9norrh\u00e9e), Mme N. m\u2019a parl\u00e9 avec insistance de ses terribles craintes de l\u2019accouchement. Elle est compl\u00e8tement t\u00e9tanis\u00e9e sur ce point. Je lui ai parl\u00e9 de toi lors du premier examen et \u00e0 la derni\u00e8re \u00e9cho, elle a accept\u00e9 de te rencontrer&nbsp;\u00bb. C\u2019est en ces termes qu\u2019une \u00e9chographiste m\u2019\u00e9voque Mme N. pour la premi\u00e8re fois. Dans le cadre des \u00e9changes interdisciplinaires entre \u00e9chographistes et psychologues initi\u00e9s au d\u00e9part par la recherche-action, notre \u00e9quipe a progressivement donn\u00e9 \u00e0 l\u2019examen \u00e9chographique \u00ab&nbsp;tout venant&nbsp;\u00bb, une possible dimension d\u2019accueil de la parentalit\u00e9 en souffrance et des dysharmonies relationnelles pr\u00e9coces parents\/f\u0153tus\/b\u00e9b\u00e9. La salle d\u2019attente de mes consultations se trouve \u00e0 l\u2019\u00e9tage de la maternit\u00e9 o\u00f9 l\u2019incessant ballet des soignants, des parturientes et des visiteurs signe, avec les vocalises des b\u00e9b\u00e9s, une incontournable atmosph\u00e8re d\u2019apr\u00e8s naissance. A peine assise dans mon bureau, Mme N. me signale qu\u2019elle est arriv\u00e9e avec un bon quart d\u2019heure d\u2019avance et qu\u2019elle vient justement de \u00ab&nbsp;vivre un cauchemar&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Je n\u2019y arriverai jamais&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Pour en arriver l\u00e0, il faut d\u2019abord avoir accouch\u00e9 et \u00e7a, c\u2019est vraiment impossible pour moi&nbsp;\u00bb. Le d\u00e9cor est ainsi rapidement plant\u00e9. Mme N., une jeune primipare, enceinte de six mois, a bien souhait\u00e9 avec son ami avoir un enfant mais, sa \u00ab&nbsp;peur panique&nbsp;\u00bb des \u00ab&nbsp;dou-leurs&nbsp;\u00bb l\u2019accouchement augmentant, elle en arrive \u00e0 regretter ce projet qui tient d\u00e9sormais plus \u00e0 c\u0153ur \u00e0 son conjoint qu\u2019\u00e0 elle-m\u00eame. Ce qui me frappe dans la pr\u00e9sence de Mme N., c\u2019est que sa plainte verbale explicite, quoique forte, est supplant\u00e9e en intensit\u00e9 par ce que je ressens de son malaise somatique&nbsp;: elle est rouge avec une tache \u00e9carlate dans le bas du cou et probablement la poitrine. Elle est en apn\u00e9e quand elle parle avec un flux tendu et fr\u00f4le l\u2019hyper-ventilation lors de pauses impos\u00e9es par le manque d\u2019air. Inqui\u00e8te, elle \u00e9vite mon regard mais son observation en vision p\u00e9riph\u00e9rique trahit son hypervigilance qui lui fait changer de position en \u00e9cho d\u00e8s que j\u2019esquisse le moindre mouvement.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand j\u2019invite Mme N. \u00e0 me livrer sa vision de cette \u00ab&nbsp;peur panique&nbsp;\u00bb, elle reste sans mot. L\u2019id\u00e9e m\u00eame qui sous-tend mon interrogation &#8211; qu\u2019elle puisse disposer d\u2019une th\u00e9orie sur cette peur &#8211; semble lui para\u00eetre d\u2019une totale incongruit\u00e9. Apr\u00e8s un long silence o\u00f9 son habillement de coll\u00e9gienne sage me frappe avec un ensemble bleu et des chaussures plates qui m\u2019\u00e9voquent les tenues des pensionnaires d\u2019autrefois, elle me r\u00e9pond sur un ton subitement tr\u00e8s r\u00e9gressif&nbsp;: \u00ab&nbsp;Non, je ne sais pas du tout et c\u2019est justement pour \u00e7a que j\u2019ai accept\u00e9 de vous rencontrer pour que vous me disiez ce qui ne va pas&nbsp;\u00bb. \u00c0 la fin de sa phrase, elle se met dans une attitude d\u2019attente passive de questions sur le mode d\u2019un \u00ab&nbsp;interrogatoire&nbsp;\u00bb m\u00e9dical ou scolaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Non, sa propre m\u00e8re n\u2019a pas connu d\u2019accouchement difficile et v\u00e9hicul\u00e9 un discours alarmiste sur ce point. Ce ne sont ni des souvenirs, ni certaines images pr\u00e9cises ou un contexte particulier qui favorisent cette appr\u00e9hension&nbsp;: \u00ab&nbsp;depuis que je sens mon enfant dans mon ventre, je stresse tout le temps en pensant \u00e0 la douleur de l\u2019accouchement, quand il va devoir sortir&nbsp;\u00bb. Une de ses amies a accouch\u00e9 r\u00e9cemment sous p\u00e9ridurale mais elle a d\u00fb affronter en d\u00e9but de travail des contractions \u00ab&nbsp;tr\u00e8s douloureuses&nbsp;\u00bb. Mme N. n\u2019attend donc rien de bon d\u2019une quelconque analg\u00e9sie \u00e0 l\u2019exception d\u2019une seule, radicale&nbsp;: \u00ab&nbsp;j\u2019aimerai vraiment avoir une c\u00e9sarienne sous anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale et ne pas \u00eatre l\u00e0 du tout&nbsp;\u00bb. \u00c0 l\u2019issue de cette premi\u00e8re rencontre, Mme N. est poliment int\u00e9ress\u00e9e par ma proposition de mener ensemble une enqu\u00eate \u00ab&nbsp;pour tenter d\u2019explorer plus avant ses craintes&nbsp;\u00bb. Je l\u2019invite donc, en compagnie de son conjoint si elle le souhaite, \u00e0 poursuivre. Sur le seuil de la porte, Mme N. regarde avec attention si \u00ab&nbsp;elle n\u2019a rien oubli\u00e9&nbsp;\u00bb puis me demande si elle doit passer de nouveau \u00e0 l\u2019accueil avant le prochain rendez-vous pour finalement me demander o\u00f9 se trouve la borne de paiement pour le parking. Je la salue r\u00e9p\u00e9titivement ressentant une grande adh\u00e9sivit\u00e9 de sa part. Elle est \u00e9carlate \u00e0 nouveau.<\/p>\n\n\n\n<p>Au deuxi\u00e8me rendez-vous, Mme N. a dix minutes d\u2019avance. En ouverture, elle m\u2019affirme tout de go avec une certaine fiert\u00e9 infantile \u00ab&nbsp;ne pas avoir avanc\u00e9 du tout&nbsp;\u00bb sur sa peur d\u2019accoucher. Comme une enfant qui parle d\u2019un parent, elle ajoute que, son mari, soumis \u00e0 des horaires de travail tr\u00e8s contraignants, n\u2019a pas pu venir mais il souhaite qu\u2019elle me raconte \u00ab&nbsp;ce qui s\u2019est pass\u00e9 autrefois&nbsp;\u00bb. Je suis subitement frapp\u00e9 par la distance entre moi et elle&nbsp;: avec dext\u00e9rit\u00e9, Mme N. a rapproch\u00e9 d\u2019un bon m\u00e8tre la chaise de la mienne avant de s\u2019asseoir. Int\u00e9rieurement, je me dis que j\u2019ai rarement senti avec autant d\u2019intensit\u00e9 le poids d\u2019un appui anaclitique. En se cachant derri\u00e8re la recommandation maritale, Mme N. me raconte avec une attitude d\u2019\u00e9l\u00e8ve concentr\u00e9e qui r\u00e9cite sa le\u00e7on. J\u2019apprends ainsi sur un ton anodin qu\u2019elle a v\u00e9cu seule avec sa m\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 19 ans. Son p\u00e8re les a \u00ab&nbsp;laiss\u00e9es tomber&nbsp;\u00bb quand elle avait \u00ab&nbsp;quelque mois&nbsp;\u00bb. Il \u00e9tait tr\u00e8s jeune et, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une permission lors du service militaire, il a rencontr\u00e9 une autre femme et a disparu. Sur un ton plus affect\u00e9 mais sombre, Mme N. me dit que sa m\u00e8re et elle ont v\u00e9cu dans un \u00ab&nbsp;coll\u00e9 serr\u00e9 tr\u00e8s fort&nbsp;\u00bb&nbsp;: habitant dans un studio jusqu\u2019\u00e0 ses 11 ans, elles dormaient ensemble. Quand la situation financi\u00e8re s\u2019est am\u00e9lior\u00e9e, un d\u00e9m\u00e9nagement dans un deux pi\u00e8ces a permis une certaine ind\u00e9pendance. Tr\u00e8s relative pourtant, car quand elle n\u2019arrivait pas \u00e0 s\u2019endormir, elle partageait encore le lit de sa m\u00e8re qui ne s\u2019est jamais remari\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Ma m\u00e8re et moi on ne faisait qu\u2019un&nbsp;: elle n\u2019avait rien d\u2019autre dans sa vie que moi et, si je m\u2019int\u00e9ressais \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, j\u2019avais l\u2019impression de la trahir, de lui faire tr\u00e8s mal. C\u2019est pour \u00e7a, j\u2019ai pris l\u2019habitude de ne jamais lui parler de ce que je faisais dehors. D\u2019ailleurs, il n\u2019y avait pas grand chose \u00e0 raconter\u2026&nbsp;\u00bb. De nouveau, je suis frapp\u00e9 par mon sentiment d\u2019oppression face \u00e0 Mme N., ma respiration devient consciente face \u00e0 la sienne qui est irr\u00e9guli\u00e8re avec notamment des suspensions qui me paraissent bien longues puis des reprises sur le mode de l\u2019urgence. Comme pour me d\u00e9gager d\u00e9fensivement de cette pesanteur claustrophobe, je lui demande si elle a revu son p\u00e8re. Son p\u00e8re&nbsp;? Elle ne l\u2019a revu qu\u2019apr\u00e8s son mariage \u00e0 deux reprises gr\u00e2ce aux encouragements de son mari. Il a refait sa vie, il a deux fils. Ces derniers propos sont formul\u00e9s sur un ton faussement trivial et ponctu\u00e9s de nombreux \u00ab&nbsp;voil\u00e0 tout&nbsp;!&nbsp;\u00bb qui m\u2019invitent \u00e0 ne pas tra\u00eener sur ce sujet et \u00e0 ne pas m\u2019attarder dans l\u2019exploration de sa rage mal contenue \u00e0 son \u00e9gard. Alors que le silence s\u2019installe apr\u00e8s cette \u00e9vocation paternelle et cette r\u00e9action de fermeture, Mme N. se touche le ventre avec insistance et fait des grimaces exprimant un ressenti douloureux. Face \u00e0 mon visage interrogatif, elle me dit sur un ton d\u2019\u00e9vidence que sa m\u00e8re lui fait des massages qui l\u2019apaisent beaucoup. Je lui demande surpris&nbsp;: \u00ab&nbsp;Votre m\u00e8re est chez vous&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Elle me r\u00e9pond que oui et \u00ab&nbsp;qu\u2019elle est \u00e0 la fois tr\u00e8s contente de faire la petite fille mais aussi tr\u00e8s irrit\u00e9e de cette pr\u00e9sence qui lui donne l\u2019impression qu\u2019elle a besoin d\u2019elle&nbsp;\u00bb. Son mari \u00e9tait contre la venue de sa m\u00e8re mais rajoute-t-elle avec fatalisme&nbsp;: \u00ab&nbsp;il sait bien que je ne peux pas m\u2019en passer&nbsp;\u00bb. 5 minutes apr\u00e8s la fin de l\u2019entretien, Madame N. frappe \u00e0 mon bureau o\u00f9 je suis avec une famille en consultation&nbsp;: elle ne retrouve plus son ticket de parking et se demande si elle l\u2019a perdu chez moi. Nous ne le retrouvons pas. Mme N. est \u00e9carlate.<\/p>\n\n\n\n<p>Au troisi\u00e8me entretien, Mme N. r\u00e9affirme avec force \u00eatre toujours sous l\u2019emprise constante de sa crainte envahissante des douleurs de l\u2019accouchement. Pourtant, elle est fi\u00e8re d\u2019avoir vu, blottie dans les bras de son mari, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 un reportage o\u00f9 on voyait un accouchement. \u00ab&nbsp;J\u2019ai m\u00eame regard\u00e9 le moment o\u00f9 le b\u00e9b\u00e9 est parti&nbsp;\u00bb me dit-elle. Surjouant alors mon \u00e9tonnement anxieux, je reformule interrogatif&nbsp;: \u00ab&nbsp;le b\u00e9b\u00e9 est parti&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Apr\u00e8s, un contact visuel franc, et un sourire esquiss\u00e9 qui injecte une pointe d\u2019humour r\u00e9flexif, Mme N. m\u2019explique qu\u2019elle fait allusion au moment o\u00f9 le b\u00e9b\u00e9 sort du ventre de sa m\u00e8re mais que je me rassure, il ne va pas bien loin et que le papa le suit pour son premier bain\u2026 Le rayon de soleil m\u2019appara\u00eet furtif et Mme N. associe aussit\u00f4t sur le fait qu\u2019elle a d\u00fb venir deux fois aux urgences de la maternit\u00e9 pour de fortes \u00ab&nbsp;douleurs abdominales&nbsp;\u00bb que les massages de sa m\u00e8re n\u2019ont pas r\u00e9ussi \u00e0 calmer. Apr\u00e8s divers examens, ces douleurs sont intitul\u00e9es \u00ab&nbsp;ligamentaires&nbsp;\u00bb et ne donnent lieu \u00e0 aucune inqui\u00e9tude m\u00e9dicale. Cette \u00ab&nbsp;incom-pr\u00e9hension&nbsp;\u00bb m\u00e9dicale a beaucoup irrit\u00e9 Mme N. qui \u00e9tait convaincue d\u2019\u00eatre hospitalis\u00e9e\u2026 Apr\u00e8s un silence, Mme N. rajoute avec ce ton de petite fille m\u00e9t\u00e9oriquement espi\u00e8gle mais r\u00e9solument invasive que je commen\u00e7ais \u00e0 pressentir&nbsp;: \u00ab&nbsp;Comme \u00e7a j\u2019aurais \u00e9t\u00e9 chez vous (elle montre du doigt le sol de mon bureau), on aurait pu se voir plus souvent&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Puis revenant tr\u00e8s vite \u00e0 un ton plus mature et rageur, elle poursuit&nbsp;: \u00ab&nbsp;ma m\u00e8re me dit aussi que ces douleurs ne sont pas pathologiques et qu\u2019elle peut tout \u00e0 fait les soigner avec ses massages&nbsp;\u00bb. Elle rajoute&nbsp;: \u00ab&nbsp;Elle me disait pareil avec mon ecz\u00e9ma et quand j\u2019ai enfin consult\u00e9 un sp\u00e9cialiste \u00e0 14 ans, elle a bien d\u00fb convenir que j\u2019\u00e9tais r\u00e9ellement malade&nbsp;\u00bb. J\u2019apprends \u00e0 cette occasion que Mme N. a le souvenir d\u2019avoir toujours eu des plaques d\u2019ecz\u00e9ma sur tout le corps et que sa m\u00e8re \u00e0 l\u2019adolescence la pommadait matin et soir avec des cr\u00e8mes \u00e0 la cortisone.<\/p>\n\n\n\n<p>Mme N. exprime alors de grandes difficult\u00e9s pour mettre en mots son ressenti. De nouveau, sa respiration devient saccad\u00e9e, ses rougeurs apparaissent. Elle esquisse combien elle se sent \u00ab&nbsp;engloutie&nbsp;\u00bb quand elle partage le m\u00eame espace que sa m\u00e8re tout en ayant le sentiment que c\u2019est impossible de s\u2019\u00e9loigner d\u2019elle. Ce sentiment l\u2019habite du plus profond de sa m\u00e9moire. Mme N. me regarde avec des grands yeux ronds. Int\u00e9rieurement, je me dis subitement que je mesure la limite de l\u2019adjectif adh\u00e9sif pour qualifier sa pr\u00e9sence et que le terme de p\u00e9n\u00e9trance est bien plus adapt\u00e9. Cette aspiration de Mme N. d\u2019\u00eatre en moi (\u00ab&nbsp;d\u2019\u00eatre chez moi&nbsp;\u00bb) m\u2019\u00e9voque \u00e0 ce moment pr\u00e9cis, Georgette, la patiente de Joyce Mc Dougall qui lui inspire les pr\u00e9cieuses formulations de \u00ab&nbsp;transfert osmotique&nbsp;\u00bb et de \u00ab&nbsp;fantasme d\u2019un corps pour deux&nbsp;\u00bb (1989). Vient ensuite, Pierre Marty et sa m\u00e9connue \u00ab&nbsp;relation objectale allergique&nbsp;\u00bb (1958) o\u00f9 le patient, comm\u00e9morant une fixation archa\u00efque pr\u00e9natale s\u2019identifie au th\u00e9rapeute \u00ab&nbsp;au sens d\u2019interp\u00e9n\u00e9tration&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;n\u2019a qu\u2019un seul d\u00e9sir, unique, et capital&nbsp;: se rapprocher le plus possible de l\u2019objet jusqu\u2019\u00e0 se confondre avec lui&nbsp;\u00bb. Mais cette fois, \u00ab&nbsp;transfert osmotique&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;relation objectale allergique&nbsp;\u00bb ne sont pas intellectualis\u00e9s \u00e0 partir d\u2019une rencontre livresque distanci\u00e9e&nbsp;: c\u2019est bien la massivit\u00e9 du transfert de Mme N. qui me force \u00e0 ressentir dans mon corps cette invasion fusionnelle. Alors que je m\u2019attendais \u00e0 de nouvelles p\u00e9rip\u00e9ties \u00e0 la fin de la s\u00e9ance qui sanctionnent l\u2019\u00e9prouvante s\u00e9paration, rien ne se passe\u2026 ce qui me permet en prenant quelques notes, de r\u00e9aliser enfin que Mme N. a un parfum qui persiste bien longtemps apr\u00e8s son d\u00e9part. Je con\u00e7ois \u00e0 cette occasion que le parfum p\u00e9n\u00e8tre r\u00e9solument \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et met en exergue un commerce a\u00e9rien bien intime.<\/p>\n\n\n\n<p>Si j\u2019avais \u00e0 d\u00e9finir la trajectoire des six s\u00e9ances suivantes jusqu\u2019\u00e0 la naissance, je dirai que les douleurs ligamentaires de Mme N. ont pris petit \u00e0 petit le pas sur sa peur panique des douleurs de la s\u00e9paration de l\u2019accouchement. Sa participation \u00e0 des s\u00e9ances de pr\u00e9paration \u00e0 la naissance avec une sage-femme que je lui avais recommand\u00e9e (et dont je connaissais les qualit\u00e9s de femme bisexu\u00e9e et de m\u00e8re \u00ab&nbsp;suffisamment faible&nbsp;\u00bb) n\u2019\u00e9tait pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 cette mutation. Une piste \u00e9mergeait peu \u00e0 peu dans notre espace&nbsp;: les douleurs ligamentaires &#8211; dans la mesure o\u00f9 sa hargne contre elles \u00e9taient l\u2019objet d\u2019une hospitalit\u00e9 bienveillante &#8211; offraient un miroir r\u00e9flexif propice \u00e0 une mise en r\u00e9cit intersubjective. L\u2019affectation de sa plainte \u00e0 leur \u00e9gard lui permettait de rompre avec sa passivit\u00e9 initiale face \u00e0 une m\u00e8re archa\u00efque toute puissante, et ainsi, de soutenir son insertion dans notre dialogue&nbsp;: leur \u00e9vocation en d\u00e9but de s\u00e9ance, constituait un rituel introductif efficient pour affronter le transfert et le vertige biographique&nbsp;; la douleur ligamentaire, en accord avec son \u00e9tymologie &#8211; en latin, <em>ligamentum<\/em> signifie \u00ab&nbsp;lien&nbsp;\u00bb -, remplissait son office. A plusieurs reprises, je ressentis le plaisir musical que je ressens avec quelques bons morceaux affectionn\u00e9s de <em>blues<\/em> o\u00f9 les peines des champs de coton de la vie sont d\u00e9samorc\u00e9es. Le discours sur ses douleurs abdominales d\u00e9voila peu \u00e0 peu leurs virtualit\u00e9s subjectivantes. Gr\u00e2ce \u00e0 elles, Mme N. entreprend une exploration in\u00e9dite de son enfance dyadique. Il y avait une m\u00e8re id\u00e9alis\u00e9e, d\u2019une disponibilit\u00e9 parfaite et une m\u00e8re carc\u00e9rale d\u00e9niant le reste du monde en g\u00e9n\u00e9ral et toute \u00e9vocation aimante ou rageuse envers son p\u00e8re absent. Mais, l\u2019une et l\u2019autre ne semblent ne faire qu\u2019un. Progressivement s\u2019est impos\u00e9 \u00e0 moi l\u2019hypoth\u00e8se que son ecz\u00e9ma d\u2019autrefois et ses craintes initiales de douleurs de l\u2019accouchement constituaient une parade psychosomatique archa\u00efque face \u00e0 cette absence de clivage entre bonne et mauvaise m\u00e8re. Joyce MacDougall \u00e9crit au sujet de Georgette&nbsp;: \u00ab&nbsp;nous pourrions supposer que les images d\u2019une m\u00e8re qui incarne la vie et une autre qui est une menace de mort ont fusionn\u00e9, n\u2019ayant jamais subi le clivage normal de l\u2019enfance entre objet b\u00e9n\u00e9fique et objet mal\u00e9fique&nbsp;\u00bb. <em>A contrario<\/em>, les douleurs ligamentaires me semblaient constituer une nouvelle alternative synonyme de promesses de diff\u00e9rentiation et de \u00ab&nbsp;tierc\u00e9it\u00e9&nbsp;\u00bb (Green, 1990) recompos\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la reconstruction de ce huis clos fusionnel avec sa m\u00e8re, les r\u00e8gles douloureuses s\u2019impos\u00e8rent apr\u00e8s-coup comme un autre espace de d\u00e9gagement anticipant celui des douleurs ligamentaires d\u2019aujourd\u2019hui. Ces r\u00e8gles douloureuses lui permettaient autrefois de ne pas aller au lyc\u00e9e et de rester seule \u00e0 la maison, sa m\u00e8re travaillant. Ces absences scolaires repr\u00e9sentaient un territoire identitaire inali\u00e9nable en compagnie des rares photos de son p\u00e8re et de romans fleuves o\u00f9, dit-elle, le prince charmant enl\u00e8ve la belle. Avec une troublante \u00e9motion, Mme N. se rem\u00e9mora les \u00ab&nbsp;d\u00e9lices&nbsp;\u00bb de ces journ\u00e9es alit\u00e9es en \u00e9voquant ses r\u00eaveries romantiques lors de ses moments de lib\u00e9ration de l\u2019enfermement dyadique. \u00c0 en croire ma partition sensorielle en s\u00e9ance, les r\u00e8gles douloureuses comme les douleurs abdominales contrastaient nettement avec l\u2019ecz\u00e9ma car elles permettaient \u00e0 Mme N. et \u00e0 moi-m\u00eame de nous distancier de son fantasme \u00ab&nbsp;d\u2019un corps pour deux&nbsp;\u00bb. Didier Anzieu (1985) parlait lui du fantasme d\u2019une peau commune&nbsp;: je sentais la passion de Mme N. pour cet habitat commun avec moins de pesanteur. Un r\u00eave mettant en sc\u00e8ne un p\u00e8re aimant venant la voir \u00e0 la maternit\u00e9 apr\u00e8s la naissance a marqu\u00e9 un moment fort de notre cheminement et de la tonalit\u00e9 transf\u00e9rentielle. \u00ab&nbsp;C\u2019est vraiment dr\u00f4le, quand je me suis r\u00e9veill\u00e9e, j\u2019ai pens\u00e9 que cet homme ressemblait un peu \u00e0 mon p\u00e8re mais aussi \u00e0 mon mari mais, c\u2019est bizarre, \u00e7a se passait ici dans votre bureau&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Vers le d\u00e9but du neuvi\u00e8me mois, les douleurs n\u2019apparaissaient plus dans son discours. A la derni\u00e8re \u00e9chographie, le couple avait, contrairement \u00e0 pr\u00e9c\u00e9demment, demand\u00e9 \u00e0 conna\u00eetre le sexe de leur enfant. Ils attendaient un petit gar\u00e7on. C\u2019est lui qui occupait d\u00e9sormais l\u2019essentiel des pens\u00e9es de Mme N. Fait notable s\u2019il en est, elle appela son p\u00e8re pour lui annoncer la nouvelle du sexe de son enfant. En d\u00e9pit des r\u00e9ticences de sa m\u00e8re, un repas en pr\u00e9sence de ses deux parents et de son conjoint inaugura une nouvelle alliance filiale. Il fait des efforts pour \u00ab&nbsp;rattraper le temps perdu&nbsp;\u00bb me dit-elle mais je lui en veux encore beaucoup de son \u00ab&nbsp;abandon&nbsp;\u00bb. Le ton \u00e9tait explicitement affect\u00e9, engag\u00e9 et rageur ce qui contrastait beaucoup avec les propos distanci\u00e9s et la position passive au d\u00e9part.<\/p>\n\n\n\n<p>Mme N. a accouch\u00e9 par voie basse apr\u00e8s un travail assez long et douloureux. La p\u00e9ridurale qu\u2019elle avait souhait\u00e9e a, dit-elle, \u00ab&nbsp;moyennement march\u00e9&nbsp;\u00bb. Quand je suis pass\u00e9 dans la chambre le lendemain de la naissance, Mr N. m\u2019affirma avec beaucoup de fiert\u00e9 que sa femme avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s courageuse. Mme N. traversa un peu plus tard un <em>post partum blues<\/em> assez vif qui r\u00e9actualisa la douleur sourde avant de se m\u00e9tamorphoser en une pr\u00e9occupation ligamentaire primaire ajust\u00e9e avec son fils. Deux rendez-vous parents\/b\u00e9b\u00e9, un et six mois apr\u00e8s la naissance, confirm\u00e8rent cette \u00e9volution favorable et l\u2019efficacit\u00e9 symbolique diff\u00e9rentiatrice de Mr N.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Se diff\u00e9rencier et se s\u00e9parer<\/h2>\n\n\n\n<p>Au fond, cette illustration clinique met singuli\u00e8rement en exergue la f\u00e9condit\u00e9 du paradoxe de la menace pr\u00e9natale de la douleur de l\u2019enfantement&nbsp;: elle est rejet et appel de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. D\u2019abord, telle une Gorgone effrayante, l\u2019\u00e9vocation de la douleur \u00e0 venir, isole absolument. Elle est muette car elle prive l\u2019individu de son statut de sujet le coupant de toute symbolisation et le condamnant \u00e0 subir, dans une grande solitude, une suspension passive de la conscience. La menace de la douleur extr\u00eame, \u00e9crit Paul Ric\u0153ur (1994), correspond \u00e0 une rupture. Elle initie sur sa victime une \u00ab&nbsp;impuissance&nbsp;\u00bb \u00e0 dire, \u00e0 faire et \u00e0 s\u2019estimer soi m\u00eame qui se cristallise, <em>in fine<\/em>, dans un \u00ab&nbsp;d\u00e9sastre du narratif&nbsp;\u00bb. Mme N. donnait \u00e0 entendre en creux cet in\u00e9narrable avec sa position passive et sa \u00ab&nbsp;peur panique de la douleur de l\u2019accouchement&nbsp;\u00bb. Dans sa d\u00e9mesure, elle illustrait le caract\u00e8re non psychiquement contenable de la douleur brute de l\u2019empi\u00e9tement de son enfance. Contrairement \u00e0 l\u2019effroi paralysant et irrepr\u00e9sentable des douleurs de s\u00e9paration de l\u2019accouchement \u00e0 venir et de l\u2019ecz\u00e9ma, les douleurs ligamentaires offrent une voie de d\u00e9gagement, promesse d\u2019angoisses de s\u00e9paration \u00e9laborables. Ambassadrices dynamiques de son aspiration identitaire se rebellant contre le fantasme maternel d\u2019un corps pour deux, elles jettent un pont entre la douleur impensable et la souffrance partag\u00e9e, entre la douleur traumatique et l\u2019angoisse signal, dirait le Freud d\u2019<em>Inhibition, sympt\u00f4me et angoisse<\/em> (1926) et de la 32<sup>\u00e8me<\/sup> conf\u00e9rence (1932).<\/p>\n\n\n\n<p>La crise p\u00e9rinatale met \u00e0 jour les conflits de s\u00e9paration des plus archa\u00efques aux plus \u00e9labor\u00e9s. Chez la femme devenant m\u00e8re, le \u00ab\u00a0natal\u00a0\u00bb ressurgit. Dans le cadre de cette r\u00e9actualisation maternelle, la \u00ab\u00a0transformation de l\u2019investissement narcissique en investissement d\u2019objet\u00a0\u00bb de l\u2019enfant de la grossesse s\u2019accompagne d\u2019une r\u00e9\u00e9dition du \u00ab\u00a0passage de la douleur corporelle \u00e0 la douleur psychique\u00a0\u00bb qui culmine avec l\u2019accouchement. Selon l\u2019histoire individuelle, conjugale et g\u00e9n\u00e9rationnelle de chaque femme, la maturation de la gestation bio-psychique de l\u2019enfant \u00e0 na\u00eetre s\u2019exprime, notamment, dans le m\u00fbrissement de l\u2019anticipation pr\u00e9natale de l\u2019enfantement. Ce processus se caract\u00e9rise par un dynamisme singulier et \u00e9volutif entre les polarit\u00e9s narcissiques (la douleur de soi) et objectale (l\u2019angoisse signal de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 du nouveau-n\u00e9). Le cheminement de Mme N. dans ce domaine illustre combien la comm\u00e9moration de ce parcours originaire peut insuffler une douleur in\u00e9narrable \u00ab\u00a0dont l\u2019exp\u00e9rience n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 \u00e9prouv\u00e9e\u00a0\u00bb dirait Winnicott (1974), ni \u00ab\u00a0contenue\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0r\u00eav\u00e9e\u00a0\u00bb formulerait Bion (1962), tous deux jetant les bases de ce que Roussillon d\u00e9crit aujourd\u2019hui avec \u00ab\u00a0les restes\u00a0\u00bb in\u00e9labor\u00e9s de la \u00ab\u00a0symbolisation primaire\u00a0\u00bb (1999). Si le \u00ab\u00a0miroir primaire\u00a0\u00bb de Mme N. n\u2019a pas permis l\u2019apprivoisement de la s\u00e9paration, si les restes maternels sont chez elle sources compulsives de r\u00e9p\u00e9tition, la mise en r\u00e9cit et en sens est musel\u00e9e et l\u2019attente douloureuse de l\u2019accouchement suspend l\u2019\u00e9laboration de l\u2019accueil du nouveau-n\u00e9. Ici, la passion de la fusion primitive, le fantasme invasif de s\u00e9jour ininterrompu dans le ventre maternel, vient suspendre le temps et les pr\u00e9misses de l\u2019investissement objectal de l\u2019enfant \u00e0 na\u00eetre que j\u2019ai explor\u00e9 avec la proposition de relation d\u2019objet virtuelle (Missonnier, 2009). Gr\u00e2ce \u00e0 des liens interdisciplinaires \u00e0 la maternit\u00e9 favorisant la reconnaissance et l\u2019\u00e9laboration de ce pi\u00e8ge, Mme N. a pu b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un espace de consultation th\u00e9rapeutique pour lier sa peur panique initiale de la douleur de la s\u00e9paration de l\u2019accouchement. Le passage de la douleur impensable de l\u2019accouchement accompagn\u00e9 du corps \u00e0 corps des massages maternels aux douleurs ligamentaires, verbalement partageables, t\u00e9moigne de ce chemin qui va d\u2019un travail douloureux de diff\u00e9rentiation \u00e0 l\u2019esquisse d\u2019un travail de deuil de s\u00e9paration. Je crois en effet tr\u00e8s heureuse et cliniquement clarificatrice, cette distinction de Jean-Michel Quinodoz (1991) entre angoisses initiales de diff\u00e9rentiation d\u2019une \u00e9poque o\u00f9 les limites entre le Moi et l\u2019objet ne sont pas \u00e9tablies et angoisses ult\u00e9rieures de s\u00e9paration entre des sujets constitu\u00e9s. Les fantasmes de retour dans le ventre maternel accompagnent comme une ombre les vicissitudes du travail de diff\u00e9rentiation et de s\u00e9paration et j\u2019esp\u00e8re en avoir sugg\u00e9r\u00e9 ici, l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019en cerner les subtiles partitions dans la clinique du transfert \u00e0 tous les \u00e2ges de la vie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Anzieu, D., (1985), <em>Le moi-peau<\/em>, Paris, Dunod.<\/p>\n\n\n\n<p>Bion W., (1962), <em>Aux sources de l\u2019exp\u00e9rience<\/em>, PUF, 1979.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S., (1895), \u00ab&nbsp;De l\u2019esquisse d\u2019une psychologie scientifique&nbsp;\u00bb, <em>La naissance de la psychanalyse<\/em>, PUF, 1979.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud, S., (1915), \u00ab&nbsp;Un cas de parano\u00efa en contradiction avec la th\u00e9orie psychanalytique&nbsp;\u00bb, <em>N\u00e9vrose, psychose et perversion,<\/em> Paris, PUF, 1973.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud, S., (1918), \u00ab&nbsp;Extrait de l\u2019histoire d\u2019une n\u00e9vrose infantile (L\u2019homme aux loups)&nbsp;\u00bb, <em>Cinq Psychanalyses<\/em>, Paris, PUF, 1984.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S., (1919), <em>L\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9<\/em>, S. Freud, Essais de psychanalyse appliqu\u00e9e, Paris, Gallimard, 1976.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud, S., (1926), <em>Inhibition, sympt\u00f4me et angoisse<\/em>, PUF, 1981.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud, S., (1932), \u00ab&nbsp;XXXII Conf\u00e9rence&nbsp;: Angoisse et vie pulsionnelle&nbsp;\u00bb, <em>Nouvelles conf\u00e9rences d\u2019introduction \u00e0 la psychanalyse<\/em>, Gallimard, 1984.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud, S., (1917), \u00ab&nbsp;XXV Conf\u00e9rence&nbsp;: L\u2019Angoisse&nbsp;\u00bb, <em>Conf\u00e9rences d\u2019introduction \u00e0 la psychanalyse<\/em>, Gallimard, 1999.<\/p>\n\n\n\n<p>Green, A., (1990), \u00ab&nbsp;De la tierc\u00e9it\u00e9&nbsp;\u00bb, <em>La psychanalyse&nbsp;; Questions pour demain<\/em>, Monographie de la Revue fran\u00e7aise de Psychanalyse, PUF.<\/p>\n\n\n\n<p>Quinodoz J.M., (1991), <em>La solitude apprivois\u00e9e<\/em>, Paris, PUF.<\/p>\n\n\n\n<p>Laing R.D., (1977), <em>Les faits de la vie<\/em>, Stock\/Monde Ouvert.<\/p>\n\n\n\n<p>McDougall J., (1986), <em>Un corps pour deux<\/em>. Mijola A. (ed) Corps et histoire. Paris&nbsp;: Les belles Lettres; 1986. P.9-43.<\/p>\n\n\n\n<p>McDougall J., (1989), <em>Th\u00e9\u00e2tre du corps<\/em>, Paris, Gallimard.<\/p>\n\n\n\n<p>Marty P., (1958), \u00ab&nbsp;La relation d\u2019objet allergique&nbsp;\u00bb, <em>Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, 1958, vol. 22, n\u00b0 1.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00e9rot P., (2010), \u00ab&nbsp;Trace du maternel dans le religieux&nbsp;\u00bb, Rapport au 71<sup>\u00e8me<\/sup> Congr\u00e8s des psychanalystes de langue fran\u00e7aise, <em>Bulletin de la Soci\u00e9t\u00e9 de psychanalyse de Paris<\/em>, n\u00b098, p. 101-191.<\/p>\n\n\n\n<p>Missonnier S., (1999), <em>Devenir parent, na\u00eetre humain<\/em>. <em>La diagonale du virtuel<\/em>, Paris, PUF.<\/p>\n\n\n\n<p>Ric\u0153ur P., \u00ab&nbsp;La souffrance n\u2019est pas la douleur&nbsp;\u00bb, <em>Souffrances, Corps et \u00e2me, \u00e9preuves partag\u00e9es<\/em>, Paris, Autrement, s\u00e9rie Mutations, 1994, n\u00b0 142, p. 58-69.<\/p>\n\n\n\n<p>Roussillon R., (1999), <em>Agonie, clivage et symbolisation.<\/em> PUF.<\/p>\n\n\n\n<p>Winnicott D. W., (1974), \u00ab&nbsp;La crainte de l\u2019effondrement&nbsp;\u00bb, <em>Nouvelle Revue de Psychanalyse<\/em>, 1975, 11, 35-44.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9523?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Si vous deviez mourir maintenant et \u00eatre con\u00e7u \u00e0 nouveau cette nuit, dans quelle femme choisiriez-vous de passer les neuf premiers mois de votre prochaine vie&nbsp;?&nbsp;\u00bb Avec cette demande, Ronald David Laing (1977), donne une version radicale et g\u00e9n\u00e9rique du&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1223,1214,1215],"thematique":[239],"auteur":[1375],"dossier":[240],"mode":[60],"revue":[241],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-9523","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-perinatalite","rubrique-psychanalyse","rubrique-psychopathologie","thematique-separation","auteur-sylvain-missonnier","dossier-les-separations","mode-payant","revue-241","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9523","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9523"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9523\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16560,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9523\/revisions\/16560"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9523"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=9523"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=9523"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=9523"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=9523"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=9523"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=9523"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=9523"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=9523"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}