{"id":9516,"date":"2021-08-22T07:30:08","date_gmt":"2021-08-22T05:30:08","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/ravages-de-la-separation-chez-marguerite-duras-2\/"},"modified":"2021-10-03T09:41:23","modified_gmt":"2021-10-03T07:41:23","slug":"ravages-de-la-separation-chez-marguerite-duras","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/ravages-de-la-separation-chez-marguerite-duras\/","title":{"rendered":"Ravages de la s\u00e9paration chez Marguerite Duras"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00ab&nbsp;J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 souffrir de la s\u00e9paration avec toi. Je deviens fou&#8230; je ne peux pas te s\u00e9parer, c\u2019est impossible et je vais le faire, je le sais&#8230;<sup>1<\/sup>&nbsp;\u00bb. Les mots de l\u2019amant disent la catastrophe d\u2019un arrachement \u00e0 l\u2019autre dont aucun des deux ne r\u00e9chappera. Chronique d\u2019une s\u00e9paration aussi impossible qu\u2019in\u00e9luctable, l\u2019histoire d\u2019amour entre la jeune fille blanche de Sa\u00efgon et l\u2019amant chinois de Cholen se r\u00e9\u00e9crit de multiples fois dans l\u2019\u0153uvre de Marguerite Duras, formant ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler \u00ab&nbsp;le cycle du barrage&nbsp;\u00bb. Dans les <em>Cahiers de la guerre<\/em>, recueil non publi\u00e9 de son vivant qui rassemble ses premiers \u00e9crits, Marguerite Duras fait le r\u00e9cit de son adolescence au Vietnam et de sa rencontre avec L\u00e9o, un chinois qui la d\u00e9go\u00fbte mais avec qui elle envisage n\u00e9anmoins de se marier. En 1950, dans <em>Un barage contre le Pacifique<\/em>, le chinois est devenu Mr Jo, soupirant qui poursuit Suzanne et qu\u2019elle \u00e9conduit finalement. En 1977, presque trente ans plus tard, avec <em>Eden cin\u00e9ma<\/em>, elle adapte au th\u00e9\u00e2tre le <em>Barrage<\/em>. En 1984, elle publie et obtient le prix Goncourt pour <em>L\u2019Amant<\/em>, nouvelle version de son adolescence qui se centre sur l\u2019histoire d\u2019amour entre elle et le chinois en la renouvelant profond\u00e9ment. Dix ans plus tard, elle livre dans <em>L\u2019Amant de la Chine du Nord<\/em> l\u2019ultime r\u00e9\u00e9criture d\u2019un motif romanesque qui l\u2019aura obs\u00e9d\u00e9 toute sa vie durant.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cycle du Barrage, la s\u00e9paration n\u2019est pas seulement un th\u00e8me, m\u00eame r\u00e9current, m\u00eame central, c\u2019est l\u2019enjeu m\u00eame de l\u2019\u00e9criture. Elle vectorise l\u2019ensemble des textes, au point de faire du r\u00e9cit de son adolescence le r\u00e9cit de toutes les s\u00e9parations\u00a0: s\u00e9paration de la jeune fille et de l\u2019amant, mais aussi s\u00e9paration du monde de l\u2019enfance et de l\u2019adolescence, s\u00e9paration d\u2019avec la famille nucl\u00e9aire form\u00e9e de la m\u00e8re, du cruel fr\u00e8re a\u00een\u00e9 et du petit fr\u00e8re ador\u00e9, s\u00e9paration enfin de l\u2019Indochine qu\u2019il faut quitter pour rentrer en France. Dans <em>L\u2019Amant<\/em> et <em>L\u2019Amant de la Chine du Nord<\/em>, le r\u00e9cit s\u2019ach\u00e8ve sur la vision du paquebot quittant \u00e0 tout jamais la terre indochinoise et s\u00e9parant irr\u00e9m\u00e9diablement les deux amants. \u00ab\u00a0Perdre, c\u2019est d\u2019abord perdre de vue\u00a0\u00bb, reconna\u00eet Pontalis<sup>2<\/sup>. Sur le bateau, la s\u00e9paration des amants entra\u00eene une vraie mort, celle d\u2019un jeune homme qui se jette \u00e0 la mer et qu\u2019on ne retrouvera plus\u00a0: \u00ab\u00a0Au cours d\u2019un voyage, pendant la travers\u00e9e de cet oc\u00e9an, tard dans la nuit, quelqu\u2019un \u00e9tait mort \u2026 Le plus terrible c\u2019\u00e9tait \u00e7a. Le lever du soleil, la mer vide, et la d\u00e9cision d\u2019arr\u00eater les recherches. La s\u00e9paration<sup>3<\/sup>\u00a0\u00bb. S\u00e9paration, mort, le glissement a sans cesse lieu chez Marguerite Duras, dans une analogie qui fait de la s\u00e9paration une perte aussi d\u00e9finitive que tragique. Dans <em>Barrage contre le Pacifique<\/em>, l\u2019\u00e9quation maternelle est simple\u00a0: \u00ab\u00a0Si Joseph revenait, la m\u00e8re vivrait, s\u2019il ne revenait pas, elle mourrait<sup>4<\/sup>\u00a0\u00bb. Dans <em>L\u2019Amant<\/em>, la s\u00e9paration et la mort s\u2019\u00e9quivalent de nouveau, mais c\u2019est au contraire la mort qui apporte une s\u00e9paration d\u00e9finitive, une indiff\u00e9rence que plus rien ne peut renverser\u00a0: \u00ab\u00a0Le petit fr\u00e8re est mort en trois jours d\u2019une broncho-pneumonie, le c\u0153ur n\u2019a pas tenu. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que j\u2019ai quitt\u00e9 ma m\u00e8re. \u2026 Tout s\u2019est termin\u00e9 ce jour-l\u00e0. \u2026 Elle est morte pour moi de la mort de mon petit fr\u00e8re. De m\u00eame que mon fr\u00e8re a\u00een\u00e9. Je n\u2019ai pas surmont\u00e9 l\u2019horreur qu\u2019ils m\u2019ont inspir\u00e9e tout \u00e0 coup. Ils ne m\u2019importent plus<sup>5<\/sup>\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u00e9paration, mort, l\u2019origine d\u2019une telle analogie repose, selon Freud, sur la confusion originaire qui existe chez le nourrisson entre s\u00e9paration et disparition, confusion qui installe la menace de la perte au c\u0153ur du processus de s\u00e9paration. Il faudra \u00e0 l\u2019enfant un certain temps, et une certaine rythmicit\u00e9, que l\u2019on retrouve dans le <em>fort-da<\/em>, pour d\u00e9passer l\u2019impensable d\u00e9tresse dans laquelle la disparition de l\u2019objet plonge le sujet. Mais l\u00e0 o\u00f9 r\u00e8gne l\u2019illimit\u00e9, le processus de s\u00e9paration \u00e9choue \u00e0 constituer ainsi un objet distinct du sujet, objet qu\u2019on pourrait quitter puis retrouver \u00e0 l\u2019envi. Dans l\u2019univers durassien, rien, aucun <em>fort-da<\/em> pour att\u00e9nuer le ravage de s\u00e9parations qui r\u00e9sonnent toujours comme la mise \u00e0 mort d\u2019au moins l\u2019un des deux partenaires. La s\u00e9paration y est abandon, ce dont t\u00e9moigne la mendiante, ce personnage obs\u00e9dant qui hante tout le cycle d\u2019<em>India song<\/em> et qui ressurgit dans <em>L\u2019Amant<\/em> au moment pr\u00e9cis o\u00f9 la narratrice ne reconna\u00eet plus sa m\u00e8re&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai peupl\u00e9 toute la ville de cette mendiante de l\u2019avenue. \u2026 \u00c0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle, la petite fille de l\u2019histoire. Elle la porte depuis deux mille kilom\u00e8tres. Elle n\u2019en veut plus du tout, elle la donne, allez, prends. Plus d\u2019enfants. Pas d\u2019enfant. Tous morts ou jet\u00e9s, \u00e7a fait une masse \u00e0 la fin de la vie<sup>6<\/sup>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, avant, ou plus exactement en contrepoint de l\u2019abandon, c\u2019est la fusion, voire la confusion qui r\u00e8gne. \u00c0 l\u2019image des barrages qui c\u00e8dent sous les vagues, l\u2019empi\u00e8tement de la mer\/m\u00e8re menace sans cesse de recouvrir et d\u2019engloutir la terre\/l\u2019enfant. Pas de limites \u00e0 cet amour maternel, amour absolu, cruel, violent, amour que les coups viennent \u00e0 la fois contredire et sceller, dans une d\u00e9mesure \u00e0 laquelle les barrages contre le Pacifique, bien que r\u00e9els historiquement, viennent conf\u00e9rer une dimension mythologique. Le ravage maternel, pour reprendre l\u2019expression de Lacan, trouve l\u00e0 sa m\u00e9taphore ultime. Dans <em>Eden Cin\u00e9ma<\/em>, la voix de Suzanne raconte&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;Rien ne pouvait pousser dans la plaine.<br>La plaine n\u2019existait pas.<br>Elle faisait partie du Pacifique.<br>C\u2019\u00e9taient des eaux sal\u00e9es, des plaines d\u2019eau.<br>On ne savait pas o\u00f9 commen\u00e7ait le Pacifique. O\u00f9 se terminait la plaine.<br>Entre le ciel et la mer<sup>7<\/sup>&nbsp;\u00bb.\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Pas de limites entre les corps, m\u00eame pas celles des mots. Dans ce huis clos o\u00f9 la parole est acte, les cris, les coups, les fous rires rythment une vie sur laquelle le temps n\u2019a plus aucune prise&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous avons \u00e9t\u00e9 longtemps tout petits. Un temps in\u00e9puisable, inou\u00ef, qu\u2019il me semble ne jamais pouvoir mesurer<sup>8<\/sup>&nbsp;\u00bb. Ces agirs familiaux, qui manifestent une emprise des uns sur les autres et un collage \u00e9touffant, \u00e9voquent le registre incestuel de Racamier<sup>9<\/sup>, o\u00f9 le maintien d\u2019une symbiose \u00e9troite r\u00e8gne comme \u00e9quivalent de l\u2019inceste. Au sommet de ce syst\u00e8me clos et immobile, la m\u00e8re, personnage omnipr\u00e9sent et impr\u00e9visible, r\u00e9unit les contraires dans une figure toute-puissante&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je croyais en ma m\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9gal de Dieu<sup>10<\/sup>&nbsp;\u00bb. M\u00e8re par d\u00e9finition, par fanatisme, elle condense l\u2019amour et la haine dans un syst\u00e8me o\u00f9 les signes se brouillent et s\u2019inversent. Dans l\u2019un des premiers textes de Marguerite Duras, intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;<em>l\u2019Enfance illimit\u00e9e<\/em>&nbsp;\u00bb, \u00e9crit \u00e0 la fin des ann\u00e9es 30, on lit&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est d\u2019elle que je veux dire l\u2019histoire, l\u2019\u00e9tonnant myst\u00e8re jamais connu, ce myst\u00e8re qui a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s longtemps ma joie, ma douleur, o\u00f9 je me retrouvais toujours et d\u2019o\u00f9 je m\u2019enfuyais pour y revenir<sup>11<\/sup>&nbsp;\u00bb. Cinquante ans plus tard, dans <em>L\u2019Amant<\/em>, le myst\u00e8re est intact&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je suis encore l\u00e0, devant ces enfants poss\u00e9d\u00e9s, \u00e0 la m\u00eame distance du myst\u00e8re. Je n\u2019ai jamais \u00e9crit, croyant le faire, je n\u2019ai jamais aim\u00e9, croyant aimer, je n\u2019ai jamais rien fait qu\u2019attendre devant la porte ferm\u00e9e<sup>12<\/sup>&nbsp;\u00bb. Face \u00e0 une m\u00e8re morte, ab\u00eem\u00e9e dans la passion d\u2019un deuil inconnu dans lequel tout amour a sombr\u00e9 sauf l\u2019amour d\u00e9mesur\u00e9 pour le fr\u00e8re ha\u00ef, comment se d\u00e9tourner de la porte ferm\u00e9e&nbsp;? Comment inscrire une c\u00e9sure, une sexion qui permette d\u2019exister hors de la fusion ou de l\u2019abandon&nbsp;? La n\u00e9cessit\u00e9 de la s\u00e9paration achoppe ici sur son impossible.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut pourtant se quitter\u00a0: le cycle du Barrage donne \u00e0 cette sentence le poids d\u2019une injonction radicale. Quand bien m\u00eame la s\u00e9paration r\u00e9sonnerait comme un abandon, sa n\u00e9cessit\u00e9 s\u2019impose sans tergiversation possible, tant la proximit\u00e9 devient porteuse, avec la pubert\u00e9, d\u2019un danger pour la survie psychique\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait \u00e0 Long-Ha\u00ef, c\u2019\u00e9tait une plage de la mer de Chine o\u00f9 nous allions en vacances avec la m\u00e8re et mes fr\u00e8res. J\u2019avais onze ans et demi, j\u2019avais mes r\u00e8gles pour la premi\u00e8re fois et je suis rest\u00e9e un mois avec mes r\u00e8gles. Je me baignais toujours et mes r\u00e8gles ne cessaient jamais. C\u2019est sans doute \u00e0 cette \u00e9poque-l\u00e0 que j\u2019ai approch\u00e9 le plus la folie. Je crois que pendant un mois j\u2019\u00e9tais r\u00e9veill\u00e9e, toujours par les m\u00eames r\u00eaves, des r\u00eaves meurtriers, je voulais tuer tout. \u2026 Je ne croyais pas en Dieu mais j\u2019insultais Dieu et j\u2019appelais la mort sur mes fr\u00e8res, sur moi, sur ma m\u00e8re, sur l\u2019humanit\u00e9<sup>13<\/sup>\u00a0\u00bb. Le sang des r\u00e8gles se m\u00eale \u00e0 la mer, et la coloration incestueuse de la fusion se d\u00e9voile, entra\u00eenant dans son sillage le meurtre, \u00e0 la fois comme corollaire de l\u2019inceste et comme ultime moyen d\u2019instaurer une limite entre des corps devenus flux qui s\u2019interp\u00e9n\u00e8trent dans un co\u00eft sans fin. Face \u00e0 ce danger, la s\u00e9paration appara\u00eet comme une lutte pour la survie dans la tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de cr\u00e9er envers et contre tout un espace \u00e0 soi\u00a0: \u00ab\u00a0nous \u00e9tions tous ab\u00eem\u00e9s dans une enfance illimit\u00e9e, et en somme nous tentions vainement d\u2019en sortir. On passait m\u00eame sa vie enti\u00e8re \u00e0 tenter d\u2019en sortir par n\u2019importe quel moyen<sup>14<\/sup>\u00a0\u00bb. Dans le <em>Barrage<\/em>, Suzanne s\u2019\u00e9crie\u00a0: \u00ab\u00a0Et c\u2019\u00e9tait l\u00e0 la chose importante\u00a0: il fallait avant tout se lib\u00e9rer de la m\u00e8re<sup>15<\/sup>\u00a0\u00bb, en \u00e9cho \u00e0 son fr\u00e8re Joseph qui revient de la ville muni de la m\u00eame certitude\u00a0: \u00ab\u00a0Depuis toujours, je me pr\u00e9parais \u00e0 \u00eatre un homme cruel, un homme qui quitterait sa m\u00e8re un jour et qui s\u2019en irait apprendre \u00e0 vivre, loin d\u2019elle, dans une ville. J\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 toi \u00e0 elle, et je me suis dit que c\u2019\u00e9tait fini, de toi et d\u2019elle. Je ne pourrai plus jamais redevenir un enfant, m\u00eame si elle meurt, je me suis dit, m\u00eame si elle meurt je m\u2019en irai<sup>16<\/sup>\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Joseph, comme pour Suzanne, la d\u00e9couverte de la sexualit\u00e9 instaure une disjonction entre l\u2019espace maternel et l\u2019espace propre&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est ce d\u00e9sir qui m\u2019a fait me foutre des sentiments, m\u00eame du sentiment qu\u2019on a pour sa m\u00e8re, et qui m\u2019a fait comprendre que ce n\u2019\u00e9tait plus la peine d\u2019en avoir peur<sup>17<\/sup>&nbsp;\u00bb. L\u2019amant, personnage r\u00e9current de plus en plus magnifi\u00e9 au cours des r\u00e9\u00e9critures successives, tire son efficace et son aura du pouvoir de s\u00e9paration qu\u2019il met en \u0153uvre en initiant la narratrice au d\u00e9sir et au plaisir&nbsp;: \u00ab&nbsp;D\u00e8s qu\u2019elle a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans l\u2019auto, elle l\u2019a su, elle est \u00e0 l\u2019\u00e9cart de cette famille pour la premi\u00e8re fois et pour toujours. D\u00e9sormais ils ne doivent plus savoir ce qu\u2019il adviendra d\u2019elle. Qu\u2019on la leur prenne, qu\u2019on la leur emporte, qu\u2019on la leur blesse, qu\u2019on la leur g\u00e2che, ils ne doivent plus le savoir. Ni la m\u00e8re, ni les fr\u00e8res<sup>18<\/sup>&nbsp;\u00bb. La gar\u00e7onni\u00e8re de Cholen devient le lieu in\u00e9dit d\u2019une intimit\u00e9 qui \u00e9chappe \u00e0 l\u2019univers familial&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les fils le savaient d\u00e9j\u00e0. La fille, pas encore. Ils ne parleront jamais de la m\u00e8re ensemble, de cette connaissance qu\u2019ils ont et qui les s\u00e9pare d\u2019elle, de cette connaissance d\u00e9cisive, derni\u00e8re, celle de l\u2019enfance de la m\u00e8re. La m\u00e8re n\u2019a pas connu la jouissance<sup>19<\/sup>&nbsp;\u00bb. Diff\u00e9rence mince mais d\u00e9cisive, la jouissance est le lieu des enfants, lieu d\u2019une rencontre avec l\u2019autre dont la m\u00e8re est par d\u00e9finition exclue. La rencontre de l\u2019amant, dans l\u2019\u00e9criture, c\u2019est la rencontre du masculin, une rencontre qui fait exister la diff\u00e9rence des sexes et dont la r\u00e9f\u00e9rence paternelle \u0153dipienne se lit clairement dans la fa\u00e7on qu\u2019a Marguerite Duras de se d\u00e9signer, dans <em>L\u2019Amant de la Chine du Nord<\/em>, comme l\u2019enfant du Chinois, cet enfant qu\u2019il aime d\u2019amour et qu\u2019il viole chaque jour.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais si la jouissance t\u00e9moigne d\u2019une s\u00e9paration, \u00e0 la fois t\u00e9nue et d\u00e9finitive, entre le corps maternel et le corps propre, ainsi qu\u2019entre les deux sexes, elle est aussi le lieu o\u00f9 l\u2019indiff\u00e9renciation des temps originaires se rejoue \u00e0 l\u2019infini. Dans <em>L\u2019Amant<\/em>, et plus encore dans <em>L\u2019Amant de la Chine du Nord<\/em>, la jouissance y est jouissance sans limites, rejoignant ce que Lacan a d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 partir d\u2019un autre roman de Marguerite Duras, <em>Le Ravissement de Lol V. Stein<\/em><sup>20<\/sup>. Cette jouissance f\u00e9minine, au-del\u00e0 de l\u2019ordre phallique, rejoint l\u2019extase mystique comme exp\u00e9rience de d\u00e9possession de soi. En ce sens, elle s\u2019apparente \u00e9galement au sentiment oc\u00e9anique cher \u00e0 Romain Rolland, sentiment qui repose sur l\u2019\u00ab&nbsp;absence de fronti\u00e8res&nbsp;\u00bb et la sensation extatique d\u2019un \u00ab&nbsp;lien avec le Tout<sup>21<\/sup>&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;Elle ne le regarde pas. Elle le touche. Elle touche la douceur du sexe, de la peau, elle caresse la couleur dor\u00e9e, l\u2019inconnue nouveaut\u00e9. Il g\u00e9mit, il pleure. Il est dans un amour abominable. Et pleurant, il le fait. D\u2019abord il y a la douleur. Et puis apr\u00e8s cette douleur est prise \u00e0 son tour, elle est chang\u00e9e, lentement arrach\u00e9e, emport\u00e9e vers la jouissance, embrass\u00e9e \u00e0 elle. La mer, sans forme, simplement incomparable<sup>22<\/sup>&nbsp;\u00bb. L\u2019image de la mer\/m\u00e8re surgit dans la d\u00e9couverte d\u2019un plaisir qui an\u00e9antit toute limite dans la symbiose avec le corps de l\u2019autre. Freud note que le sentiment oc\u00e9anique persiste \u00ab&nbsp;dans la vie d\u2019\u00e2me de nombreux hommes<sup>23<\/sup>&nbsp;\u00bb <em>\u00e0 c\u00f4t\u00e9<\/em> et <em>en m\u00eame temps<\/em> que sa prise en compte d\u2019une s\u00e9paration d\u2019avec l\u2019ext\u00e9rieur, comme la Rome antique qui subsiste, cach\u00e9e mais intacte, sous la Rome moderne. \u00c0 l\u2019instar de l\u2019androgyne platonicien qui meurt de ne pouvoir rejoindre sa moiti\u00e9, l\u2019homme ne renonce jamais totalement au vertige de l\u2019Un. Dans <em>L\u2019Amant de la Chine du Nord<\/em>, ultime roman qui cl\u00f4t le cycle, la tentation de l\u2019ins\u00e9par\u00e9 est \u00e0 son acm\u00e9, au point que les personnages se confondent les uns avec les autres dans un amour illimit\u00e9, circulaire et r\u00e9ciproque, amour dont l\u2019inceste avec le petit fr\u00e8re ador\u00e9 est l\u2019illustration paradigmatique&nbsp;: \u00ab&nbsp;elle r\u00e9p\u00e8te&nbsp;: Je t\u2019ai d\u00e9sir\u00e9 tout de suite\u2026 tr\u00e8s vite tr\u00e8s fort \u00e0 ce moment-l\u00e0\u2026 c\u2019est vrai.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; autant que ton petit fr\u00e8re&nbsp;? Elle r\u00e9fl\u00e9chit. Elle dit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; comment dire \u00e7a\u2026mon petit fr\u00e8re c\u2019est aussi mon enfant\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; ton petit fr\u00e8re ne t\u2019a jamais prise.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Non. C\u2019\u00e9tait moi qui le prenais avec mes mains. Ils restent enlac\u00e9s. Il dit qu\u2019il aime d\u00e9j\u00e0 le petit fr\u00e8re, d\u2019amour<sup>24<\/sup>\u00a0\u00bb. \u00c0 l\u2019image de cette ambigu\u00eft\u00e9 propre \u00e0 la jouissance sexuelle, l\u2019\u0153uvre durassienne est comme suspendue entre s\u00e9paration et ins\u00e9paration\u00a0; la jouissance y institue la reconnaissance d\u2019une diff\u00e9rence porteuse d\u2019une s\u00e9paration dans le mouvement m\u00eame o\u00f9 elle la nie dans le sentiment extatique d\u2019une fusion avec l\u2019autre qui fait dispara\u00eetre l\u2019identit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Elle devient objet \u00e0 lui, \u00e0 lui seul secr\u00e8tement prostitu\u00e9e. Sans plus de nom. Livr\u00e9e comme chose, chose par lui seul, vol\u00e9e. Par lui seul prise, utilis\u00e9e, p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e. Chose tout \u00e0 coup inconnue, une enfant sans autre identit\u00e9 que celle de lui appartenir \u00e0 lui, d\u2019\u00eatre \u00e0 lui seul son bien, sans mot pour nommer \u00e7a, fondue \u00e0 lui, dilu\u00e9e dans une g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 pareillement naissante, celle depuis le commencement des temps nomm\u00e9e \u00e0 tort par un autre mot, celui d\u2019indignit\u00e9<sup>25<\/sup>\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais quand bien m\u00eame le roman mime la fusion, voire la confusion, la v\u00e9ritable s\u00e9paration se fait <em>dans<\/em> et <em>par<\/em> l\u2019\u00e9criture, par l\u2019\u00e9criture entendue comme activit\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il faut toujours une s\u00e9paration d\u2019avec les autres gens autour de la personne qui \u00e9crit les livres. C\u2019est une solitude. C\u2019est la solitude de l\u2019auteur, celle de l\u2019\u00e9crit<sup>26<\/sup>&nbsp;\u00bb. La solitude de Marguerite Duras lui donne \u00ab&nbsp;un point de vue&nbsp;\u00bb, ce qui pr\u00e9suppose une s\u00e9paration d\u2019avec la sc\u00e8ne repr\u00e9sent\u00e9e. Le petit texte de jeunesse, <em>L\u2019enfance illimit\u00e9e<\/em>, butait d\u2019ailleurs sur cette absence de point de vue rendant impossible toute distance et donc finalement toute \u00e9criture&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ici, je m\u2019arr\u00eate car je voudrais pouvoir dire ce qu\u2019a \u00e9t\u00e9 et ce qu\u2019est toujours cette maternit\u00e9 \u2013 et les mots me semblent inexistants. Je voudrais, pour la voir, m\u2019\u00e9carter d\u2019elle repousser un moment cette actualit\u00e9 absorbante qu\u2019elle est toujours<sup>27<\/sup>&nbsp;\u00bb. L\u2019activit\u00e9 d\u2019\u00e9crire, qui chez Duras a la place que l\u2019on sait, institue une s\u00e9paration psychique par le travail de sublimation qu\u2019elle met en \u0153uvre, sublimation dont Jacques Andr\u00e9 a montr\u00e9 qu\u2019elle provient d\u2019une&nbsp;: \u00ab&nbsp;libido qui, gr\u00e2ce \u00e0 ses capacit\u00e9s de d\u00e9placement et de m\u00e9tamorphose, se soustrait d\u2019embl\u00e9e au destin du refoulement&nbsp;\u00bb, et qu\u2019elle tire sa force de la sexualit\u00e9 infantile et de \u00ab&nbsp;l\u2019extraordinaire plasticit\u00e9 des pulsions partielles<sup>28<\/sup>&nbsp;\u00bb. En ce sens, il n\u2019est sans doute pas indiff\u00e9rent que l\u2019amant devienne, au gr\u00e9 des r\u00e9\u00e9critures, un personnage qui soutient et encourage la narratrice dans son projet d\u2019\u00e9crire. Amant de papier, v\u00e9ritable objet litt\u00e9raire, si l\u2019amant peut ainsi soutenir le d\u00e9sir de s\u00e9paration, c\u2019est parce qu\u2019il propose une continuit\u00e9 d\u2019existence et d\u2019investissement qui console de toutes les s\u00e9parations, pass\u00e9es ou \u00e0 venir&nbsp;: \u00ab&nbsp;Des ann\u00e9es apr\u00e8s la guerre, apr\u00e8s les mariages, les enfants, les divorces, les livres, il \u00e9tait venu \u00e0 Paris avec sa femme. Il lui avait t\u00e9l\u00e9phon\u00e9. Elle l\u2019avait reconnu d\u00e8s la voix. Il avait dit&nbsp;: je voulais seulement entendre votre voix. Elle avait dit&nbsp;: c\u2019est moi, bonjour. Il \u00e9tait intimid\u00e9, il avait peur comme avant. Sa voix tremblait tout \u00e0 coup. Et avec le tremblement, tout \u00e0 coup, elle avait retrouv\u00e9 l\u2019accent de la Chine. Il savait qu\u2019elle avait commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire des livres, il l\u2019avait su par la m\u00e8re qu\u2019il avait revue \u00e0 Sa\u00efgon. Et aussi pour le petit fr\u00e8re, qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 triste pour elle. Et puis il n\u2019avait plus su quoi lui dire. Et puis il le lui avait dit. Il lui avait dit que c\u2019\u00e9tait comme avant, qu\u2019il l\u2019aimait encore, qu\u2019il ne pourrait jamais cesser de l\u2019aimer, qu\u2019il l\u2019aimerait jusqu\u2019\u00e0 sa mort<sup>29<\/sup>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>M. Duras, <em>L\u2019Amant de la Chine du Nord<\/em>, Paris, Gallimard, Folio, 1991, p. 110.<\/li><li>\u00ab\u00a0Le plus insupportable dans la perte, serait-ce la perte de vue\u00a0?\u00a0\u00bb J.-B. Pontalis, <em>Perdre de vue<\/em>, Paris, Gallimard, Folio essais, 1988, p. 361.<\/li><li>M. Duras, <em>L\u2019Amant<\/em>, Paris, Les Editions de Minuit, 1984, p. 137.<\/li><li>M. Duras, <em>Barrage sur le Pacifique<\/em>, Paris, Gallimard, Folio, 1950, p. 200.<\/li><li><em>L\u2019Amant<\/em>, p. 37.<\/li><li>Ibid., p. 106.<\/li><li>M. Duras, <em>Eden Cin\u00e9ma<\/em>, Paris, Mercure de France, Folio, 1977, p. 21.<\/li><li>M. Duras, <em>Les Cahiers de la guerre<\/em>, P.O.L \u00e9diteur, 2006, p. 346.<\/li><li>P.-C. Racamier, <em>L\u2019inceste et l\u2019incestuel<\/em>, Paris, Les Editions du coll\u00e8ge, 1995.<\/li><li><em>Les Cahiers de la guerre<\/em>, p. 52.<\/li><li>Ibid., p. 342.<\/li><li>L\u2019Amant, p. 34.<\/li><li>M. Duras, <em>Entretiens avec Pierre Dumayet, Vu et entendu<\/em>, Paris, Stock, 1964, p. 108.<\/li><li><em>Les Cahiers de la guerre<\/em>, p. 63.<\/li><li><em>Barrage contre le Pacifique<\/em>, p. 183.<\/li><li>Ibid., p. 274.<\/li><li>Id.<\/li><li>L\u2019Amant, p. 46.<\/li><li>Ibid., p. 50.<\/li><li>J. Lacan, \u00ab\u00a0Hommage fait \u00e0 Marguerite Duras du ravissement de Lol V. Stein\u00a0\u00bb, <em>Marguerite Duras<\/em>, Paris, Editions Albatros, 1979, 131-137.<\/li><li>S. Freud, <em>Le Malaise dans la culture<\/em> (1929), \u0152uvres compl\u00e8tes, XVIII, Paris, PUF, 1994, p. 253.<\/li><li><em>L\u2019Amant<\/em>, p. 50.<\/li><li>S. Freud, <em>Le Malaise dans la culture<\/em>, op. cit., p. 253.<\/li><li><em>L\u2019Amant de la Chine du Nord<\/em>, p. 149.<\/li><li>Ibid., p. 99.<\/li><li><em>M. Duras, \u00c9crire<\/em>, Paris, Gallimard, Folio, 1993, p. 17.<\/li><li><em>Cahiers de la guerre<\/em>, p. 342.<\/li><li>J. Andr\u00e9, <em>L\u2019artiste et le psychanalyste<\/em>, Paris, PUF, 2008, p. 152.<\/li><li><em>L\u2019Amant<\/em>, p. 142.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Andr\u00e9 Jacques (2008). <em>L\u2019artiste et le psychanalyste<\/em>, Paris, PUF.<\/p>\n\n\n\n<p>Duras Marguerite (1950). <em>Barrage contre le pacifiques<\/em>, Paris, Gallimard.<\/p>\n\n\n\n<p>Duras Marguerite (1964). <em>Entretiens avec Pierre Dumayet, Vu et entendu<\/em>, Paris, Stock.<\/p>\n\n\n\n<p>Duras Marguerite (1977). <em>Eden cin\u00e9ma<\/em>, Paris, Mercure de France<\/p>\n\n\n\n<p>Duras Marguerite (1984). <em>L\u2019Amant<\/em>, Paris, Les Editions de Minuit.<\/p>\n\n\n\n<p>Duras Marguerite (1991). <em>L\u2019Amant de la Chine du Nord<\/em>, Paris, Gallimard.<\/p>\n\n\n\n<p>Duras Marguerite (1993). <em>Ecrire<\/em>, Paris, Gallimard.<\/p>\n\n\n\n<p>Duras Marguerite (2006). <em>Les Cahiers de la guerre<\/em>, Paris, P.O.L.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud Sigmund (1920) <em>Au-del\u00e0 du principe de plaisir<\/em>, \u0152uvres compl\u00e8tes, $$$.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud Sigmund (1929). <em>Le Malaise dans la culture<\/em>, \u0152uvres compl\u00e8tes, XVIII, Paris, PUF, 1994.<\/p>\n\n\n\n<p>Lacan Jacques (1965). \u00ab&nbsp;Hommage fait \u00e0 Marguerite Duras du ravissement de Lol V. Stein&nbsp;\u00bb, Marguerite Duras, Paris, Editions Albatros, 1979.<\/p>\n\n\n\n<p>Pontalis Jean-Bertrand (1988). <em>Perdre de vue<\/em>, Paris, Gallimard.<\/p>\n\n\n\n<p>Racamier Paul-Claude (1995). <em>L\u2019inceste et l\u2019incestuel<\/em>, Paris, Les Editions du coll\u00e8ge.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9516?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 souffrir de la s\u00e9paration avec toi. Je deviens fou&#8230; je ne peux pas te s\u00e9parer, c\u2019est impossible et je vais le faire, je le sais&#8230;1&nbsp;\u00bb. 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