{"id":9515,"date":"2021-08-22T07:30:08","date_gmt":"2021-08-22T05:30:08","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/lattente-2\/"},"modified":"2021-09-21T00:38:20","modified_gmt":"2021-09-20T22:38:20","slug":"lattente","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/lattente\/","title":{"rendered":"L&rsquo;attente"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00ab Ce livre explore les principales modalit\u00e9s de ce que Freud, dans une de ses toutes premi\u00e8res d\u00e9finitions de la psychanalyse, a appel\u00e9 \u201cle royaume de l\u2019interm\u00e9diaire\u201d. Autant de variantes de l\u2019entre-deux : entre le masculin et le f\u00e9minin, entre le savoir et le fantasme, entre l\u2019enfant et l\u2019adulte, entre le mort et le vif, entre le hors de soi et la pr\u00e9sence \u00e0 soi. La vie psychique est ici d\u00e9crite entre deux p\u00f4les : l\u2019exp\u00e9rience du r\u00eave, cet \u00e9v\u00e9nement de la nuit d\u2019o\u00f9 peut na\u00eetre la parole, et la connaissance de sa douleur qui fait silence ou cri \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette proposition de J.-B. Pontalis s\u2019inscrit d\u2019embl\u00e9e dans l\u2019entre-deux, dont la premi\u00e8re qualit\u00e9, \u00e0 l\u2019instar de l\u2019objet transitionnel de Winnicott<sup>1<\/sup>, est justement, non seulement de n\u2019appartenir ni \u00e0 l\u2019un, ni \u00e0 l\u2019autre, mais de ne pas m\u00eame se pr\u00eater \u00e0 la question de son appartenance. A partir de l\u2019entre-deux, c\u2019est vers l\u2019attente que je souhaite m\u2019orienter sans que je sache tr\u00e8s bien o\u00f9 celle-ci peut nous conduire, ne serait-ce que parce qu\u2019elle n\u2019est pas un concept analytique au sens plein du terme. Il m\u2019a sembl\u00e9 que, \u00e0 travers cette exp\u00e9rience \u00e0 la fois riche et douloureuse, cette exp\u00e9rience fondamentalement humaine, je pouvais chercher l\u2019empreinte de Winnicott, bien s\u00fbr \u00e0 travers l\u2019aire transitionnelle qui sert de creuset \u00e0 toute forme de cr\u00e9ation et dont on peut penser, justement, qu\u2019elle est partie constituante de la capacit\u00e9 d\u2019\u00eatre seul et donc d\u2019attendre, en l\u2019absence de l\u2019objet. Mais je souhaite \u00e9galement aller ailleurs, du c\u00f4t\u00e9 de la diff\u00e9rence, non seulement entre dedans et dehors, moi et autre mais aussi entre masculin et f\u00e9minin, et revenir, \u00e0 cet \u00e9gard &#8211; le th\u00e8me de ce colloque oblige &#8211; aux propositions de Winnicott, dans une perspective plus critique, concernant ce qu\u2019il appelle l\u2019\u00e9l\u00e9ment f\u00e9minin et l\u2019\u00e9l\u00e9ment masculin, et surtout le f\u00e9minin pur, essentiellement pour tenter de comprendre, pourquoi, pour certains analystes, l\u2019usage de l\u2019\u0153uvre de Winnicott a pu porter un coup \u00e0 la psychanalyse freudienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Commen\u00e7ons par le d\u00e9but, et par ce motif de l\u2019attente qui s\u2019offre justement pour se saisir de configurations plurielles &#8211; aussi bien dans les \u00e9changes de l\u2019<em>infans<\/em> avec son environnement, la m\u00e8re ou son substitut, que dans la situation paradigmatique du complexe d\u2019\u0152dipe. L\u2019attente donc, entre-deux, et\/ou entre-eux-deux.<\/p>\n\n\n\n<p>Je savais bien que Freud avait \u00e9voqu\u00e9 plusieurs fois la notion de repr\u00e9sentation d\u2019attente, mais au moment o\u00f9 j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire mon expos\u00e9, j\u2019\u00e9tais loin de Paris et je n\u2019avais pas emport\u00e9 avec moi les <em>\u0152uvres Compl\u00e8tes<\/em> ! J\u2019\u00e9tais donc priv\u00e9e d\u2019un ancrage possible, un \u00e9chafaudage indispensable pour moi au d\u00e9part, je me trouvais sans le soutien compliqu\u00e9 mais s\u00fbr de la m\u00e9tapsychologie qui accompagne substantiellement la m\u00e9thode et la clinique analytiques. J\u2019ai pens\u00e9 alors me laisser emporter par la litt\u00e9rature : je pourrais m\u2019offrir ainsi un d\u00e9tournement temporaire de la r\u00e9alit\u00e9 clinique, de l\u2019attraction et de la cruaut\u00e9 du transfert. Je trouverais davantage de libert\u00e9 dans la construction d\u2019interpr\u00e9tations concernant les h\u00e9ros &#8211; ils n\u2019opposent pas de r\u00e9sistances ! Davantage de libert\u00e9 aussi puisque le destin de ces personnages fictifs a \u00e9t\u00e9 trac\u00e9, d\u00e9cid\u00e9, \u00e9tabli par l\u2019auteur\u2026 Une lib\u00e9ration du transfert, une suspension qui permettrait de surplomber le ph\u00e9nom\u00e8ne et de le transformer psychiquement par la gr\u00e2ce de la litt\u00e9rature\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Elle a trente ans et sa vie terne et morose ressemble \u00e0 une longue plaine sans horizon. La mort de sa m\u00e8re, quelques mois plus t\u00f4t, ne l\u2019a pas lib\u00e9r\u00e9e d\u2019une enfance feutr\u00e9e, sage, born\u00e9e d\u2019un c\u00f4t\u00e9 par une surprotection apeur\u00e9e contre le monde et de l\u2019autre par une immense solitude : sa langue infantile n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 entendue ou comprise par ses parents, trop occup\u00e9s d\u2019eux-m\u00eames et de leur couple pour pouvoir se pencher vers elle. L\u2019\u00e9criture est son seul espoir. Elle s\u2019y livre avec passion et l\u2019attente la berce : un jour, elle sera publi\u00e9e, lue, reconnue. Sa tension et son excitation lui font anticiper une jouissance extr\u00eame gr\u00e2ce \u00e0 la foule de partenaires anonymes qui l\u2019accueilleront enfin et lui accorderont la place qu\u2019elle n\u2019a jamais obtenue. \u00ab Ecrire est le moyen de me faire entendre. De rappeler aux autres que je suis l\u00e0. Et quand j\u2019ai dispos\u00e9 mes personnages, pill\u00e9 mes r\u00e9serves d\u2019images, et que j\u2019ai d\u00e9pouill\u00e9 les uns et les autres de toute la tristesse que je peux ressentir, alors il m\u2019est possible de brancher le courant qui me permet, quand je m\u2019y mets, d\u2019\u00e9crire si facilement et de faire rire les gens.(\u2026) Si j\u2019\u00e9tais davantage aid\u00e9e par mon aspect ext\u00e9rieur et ma mani\u00e8re d\u2019\u00eatre, je communiquerais le message personnellement. Je dirais : \u201c Et moi ?\u2026 Et moi ? \u201d Un jour, le d\u00e9cor change, comme au hasard d\u2019une rencontre. Frances est adopt\u00e9e par un jeune couple, brillant et joyeux, sans inhibition ni contraintes, s\u00e9ducteur, provoquant, fantaisiste\u2026 \u00ab La premi\u00e8re fois que j\u2019ai vu Nick et Alix ensemble, j\u2019ai eu l\u2019impression d\u2019assister au triomphe des th\u00e9ories du XIX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle sur la s\u00e9lection naturelle (\u2026) Leur pr\u00e9sence physique, on pourrait presque dire leur gloire physique, \u00e9tait tellement suffocante que je me suis imm\u00e9diatement sentie faible et p\u00e2le, pas d\u00e9cadente, mais sous-aliment\u00e9e, priv\u00e9e des forces les plus puissantes de la vie, condamn\u00e9e aux pi\u00e8ces sombres, aux repas frugaux et \u00e0 une existence rampante, appropri\u00e9e \u00e0 ma condition de faiblesse, qui me permettrait de d\u00e9cliner doucement jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extinction \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle ne sait pas lequel, de l\u2019homme ou de la femme, lui pla\u00eet le plus, elle tombe amoureuse des deux. Le regard de ses nouveaux amis, leur attraction, d\u00e9clenchent une r\u00e9volution : d\u00e9couverte d\u2019une nouvelle dimension d\u2019elle-m\u00eame, r\u00e9v\u00e9lation de tout ce qui, jusqu\u2019ici, s\u2019\u00e9tait endormi dans les limbes\u2026 Elle laisse son esprit jaillir et son humour d\u00e9j\u00e0 f\u00e9roce se fait tout \u00e0 coup enj\u00f4leur et dr\u00f4le, elle devient jolie et d\u00e9voile une \u00e9l\u00e9gance raffin\u00e9e. Elle m\u00e9conna\u00eet l\u2019emprise dont elle est la proie m\u00eame si son discours latent trahit l\u2019ombre insidieuse d\u2019une menace vague et enveloppante.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle abandonne l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n\n\n\n<p>Une nouvelle rencontre amoureuse la sauvera-t-elle des dangers qu\u2019elle encourt en se jetant \u00e9perdument dans le pi\u00e8ge qui risque de la briser ? Comme elle, James est seul, comme elle, il a \u00e9t\u00e9 meurtri par un premier amour, comme elle, il est tout d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 sa m\u00e8re. C\u2019est l\u00e0, pourtant, que tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment, le d\u00e9roulement en apparence heureux de l\u2019histoire prend un tour subtilement d\u00e9cisif : promenades main dans la main malgr\u00e9 le froid de l\u2019hiver, tendres baisers\u2026La relation amoureuse reste curieusement platonique. Frances ne s\u2019en plaint pas, trouvant l\u00e0 un apaisement r\u00e9parateur, un baume pour l\u2019ancienne blessure toujours douloureuse dont elle garde jalousement le secret de l\u2019humiliation ingu\u00e9rissable. Le couple ami, et surtout Alix qui, au d\u00e9part, avait favoris\u00e9 l\u2019idylle, s\u2019inqui\u00e8te de son caract\u00e8re chaste et cette inqui\u00e9tude attentive se transforme rapidement en d\u00e9rision, moquerie puis en m\u00e9pris ; les uns comme les autres servent en fait de pr\u00e9texte \u00e0 ce que le couple &#8211; mais surtout la femme, encore &#8211; \u00e9prouve comme une tra\u00eetrise : le nouage d\u2019une relation en dehors d\u2019eux, nouage qui menace l\u2019emprise dont ils se nourrissent et qui leur permet de vivre et de maintenir leur propre lien. La suite est catastrophique : lorsque Frances prend conscience de la situation, son amoureux est perdu, d\u00e9tourn\u00e9 d\u2019elle, d\u00e9finitivement, et elle assiste, impuissante et effray\u00e9e aux d\u00e9bordements de ses d\u00e9sirs sensuels pour une autre. Elle se retrouve seule, in\u00e9luctablement, pour toujours. Elle se remet \u00e0 \u00e9crire.<\/p>\n\n\n\n<p>Si je reprends le synopsis du beau roman d\u2019Anita Brookner, <em>Regardez-moi<\/em>, c\u2019est, en premi\u00e8re approche, parce qu\u2019il me para\u00eet soulever des questions essentielles, dans la limpidit\u00e9 de son d\u00e9roulement, quant aux liaisons entre narcissisme et perversion dans la mesure o\u00f9 le destin narcissique des identifications et du mode de traitement de la perte en constitue la trame. La seconde approche mettrait plut\u00f4t en \u00e9vidence le caract\u00e8re peut-\u00eatre incongru de ce pr\u00e9ambule par rapport aux chapitres qui vont suivre mais il s\u2019est impos\u00e9 \u00e0 moi, sans doute parce que le d\u00e9tour par la litt\u00e9rature m\u2019a permis d\u2019emprunter une voie plus m\u00e9taphorique, plus r\u00eaveuse, et donc fictive dans des contextes transf\u00e9rentiels de cures particuli\u00e8rement enlis\u00e9es dans l\u2019actualit\u00e9 et la factualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le contenu manifeste de l\u2019intrigue romanesque &#8211; car il ne s\u2019agit pas d\u2019un conflit, seulement d\u2019enjeux narcissiques majeurs &#8211; pourrait \u00e9voquer une relation d\u2019emprise marqu\u00e9e par la cruaut\u00e9 et le sado-masochisme : l\u2019h\u00e9ro\u00efne occuperait alors une place de victime innocente, na\u00efve, emprisonn\u00e9e dans une recherche \u00e9perdue de reconnaissance et d\u2019amour, incapable de d\u00e9chiffrer une langue sexuelle, perverse (adulte ?) et finalement vaincue par elle, d\u00e9finitivement enferm\u00e9e par les forces d\u2019un destin tragique dont la forme appelle sans \u00e9quivoque ce que Freud d\u00e9crit \u00e0 propos du masochisme moral.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut cependant suivre, parall\u00e8lement, une autre ligne de force, qui n\u2019exclut pas la pr\u00e9c\u00e9dente : celle qui conduit au triomphe narcissique de l\u2019h\u00e9ro\u00efne. Le prix \u00e0 payer pour acc\u00e9der au registre de la sexualit\u00e9 qui lui convient le mieux parce qu\u2019il n\u2019implique plus le d\u00e9sir de l\u2019autre et se maintient dans une id\u00e9alit\u00e9 \u00e9chappant aux ali\u00e9nations charnelles et \u00e0 l\u2019empreinte de leur satisfaction, le prix \u00e0 payer donc, serait celui de la solitude et de l\u2019isolement : un incroyable retournement de la perte qui, initialement \u00e9tait passivement \u00e9prouv\u00e9e, en abandon actif de l\u2019objet d\u2019amour en faveur de la cr\u00e9ation. Cette activit\u00e9 \u00ab sublimatoire \u00bb exigerait implacablement la frustration amoureuse tout en s\u2019alimentant, dans ses bas-fonds fantasmatiques, de mouvements pulsionnels sauvages et cruels.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019attente offre des r\u00e9sonances, voire des correspondances temporelles avec ce que, comme entre-deux, Winnicott a nomm\u00e9 espace interm\u00e9diaire, une aire transitionnelle. Bien entendu, il ne para\u00eet pas possible de radicaliser l\u2019espace potentiel en termes topologiques et pourtant les figurations qui s\u2019imposent \u00e0 nous visuellement prennent place dans une topographie effective. L\u2019attente, elle, appara\u00eet d\u2019abord comme une situation \u00e0 la fois pr\u00e9cise et plurielle d\u2019un temps qui s\u2019\u00e9tire entre pr\u00e9sence et absence. Qu\u2019il s\u2019agisse du sens le plus banal &#8211; attendre &#8211; ou qu\u2019il s\u2019agisse des tourments du d\u00e9sir, que ce d\u00e9sir soit porteur de repr\u00e9sentations ou d\u2019affects concernant le moi ou l\u2019objet, l\u2019un et\/ou l\u2019autre, il y a toujours un \u00e9cart, un d\u00e9lai, un suspens, un d\u00e9tour\u2026 C\u2019est l\u00e0 que peuvent se retrouver les fonctions des repr\u00e9sentations d\u2019attente telles que les a bri\u00e8vement d\u00e9finies Freud : \u00ab En ses d\u00e9buts, la cure psychanalytique \u00e9tait impitoyable et \u00e9puisante. Il fallait que le patient dise tout de lui-m\u00eame, et l\u2019activit\u00e9 du m\u00e9decin \u00e9tait de le presser sans cesse. Aujourd\u2019hui, les choses se pr\u00e9sentent sous un jour plus amical. La cure se compose de deux parts, ce que le m\u00e9decin devine et dit au malade, l\u2019\u00e9laboration de ce qu\u2019il a entendu. Le m\u00e9canisme de l\u2019aide que nous apportons est certes facile \u00e0 comprendre, nous donnons au malade la repr\u00e9sentation d\u2019attente consciente, \u00e0 la ressemblance de laquelle il d\u00e9c\u00e8le chez lui celle qui est inconsciente, refoul\u00e9e. C\u2019est cette aide intellectuelle qui lui facilite le surmontement des r\u00e9sistances entre conscient et inconscient. Je vous fais remarquer que ce n\u2019est pas l\u2019unique m\u00e9canisme qui est utilis\u00e9 dans la cure analytique ; vous connaissez tous en effet le m\u00e9canisme, de beaucoup plus \u00e9nergique, qui consiste \u00e0 utiliser le transfert \u00bb<sup>2<\/sup> (p 64).<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les nombreux couples d\u2019oppos\u00e9s pris dans la bipolarit\u00e9 si ch\u00e8re \u00e0 la pens\u00e9e freudienne, r\u00e9-ouverts en quelque sorte par les diff\u00e9rents entre-deux \u00e9voqu\u00e9s en exergue, je m\u2019attacherai plus volontiers \u00e0 celui qui conjugue les temps de la pr\u00e9sence et de l\u2019absence d\u2019abord, et \u00e0 celui qui, au-del\u00e0 du masculin et du f\u00e9minin, au-del\u00e0 de l\u2019enfant et de l\u2019adulte, ou encore du savoir et du fantasme, nous place, in\u00e9luctablement, entre le p\u00e8re et la m\u00e8re. On peut approcher ces deux entre-deux sans les dissocier dans des temps et des espaces qui leur conf\u00e8reraient une chronologie \u00e9volutive qui accorderait \u00e0 l\u2019un le privil\u00e8ge du pr\u00e9coce et du maternel, \u00e0 l\u2019autre l\u2019accession \u00e0 un \u00e9tat structurellement plus avanc\u00e9, stigmatis\u00e9 par le complexe d\u2019\u0152dipe. Si l\u2019entre-deux winnicottien contient la distinction entre moi et non-moi, l\u2019entre-deux du p\u00e8re et de la m\u00e8re renforce cette distinction par la reconnaissance de la diff\u00e9rence. Il n\u2019est pas question pour moi de revenir \u00e0 une psychanalyse des contenus, centr\u00e9e sur des figures prises dans des sc\u00e8nes qui actualisent tel ou tel fantasme : je tente seulement de m\u2019appuyer sur la diff\u00e9rence des sexes comme repr\u00e9sentant de la s\u00e9paration, comme coupure et comme lien entre l\u2019un et l\u2019autre, comme d\u00e9gagement de l\u2019attraction et la r\u00e9p\u00e9tition du m\u00eame et passage vers le nouveau.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le temps ne passe pas, si son inscription inconsciente reste imperceptible, l\u2019attente, elle, s\u2019\u00e9prouve sans conteste dans l\u2019exp\u00e9rience d\u2019\u00e9tats d\u2019affects : douloureuse ou d\u00e9ni\u00e9e, elle d\u00e9cline l\u2019excitation et son extinction, elle construit des repr\u00e9sentations ind\u00e9cises, chaotiques ou au contraire si pr\u00e9cises qu\u2019elles fr\u00f4lent l\u2019hallucinatoire. D\u2019un point de vue \u00e9conomique, elle rassemble et condense les grands courants pulsionnels de vie et de mort : les forces de d\u00e9sir, les forces de retrait et d\u2019effacement restent rigoureusement entrelac\u00e9es, enserr\u00e9es les unes avec les autres au m\u00eame titre que les deux principes &#8211; plaisir et r\u00e9alit\u00e9 &#8211; qui eux aussi s\u2019entendent en termes d\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 ou de suspens de r\u00e9alisation de d\u00e9sir. \u00c9videmment, la m\u00e9thode analytique offre des voies de d\u00e9ploiement de l\u2019entre-deux et de l\u2019attente extraordinairement denses : l\u2019analyse, sans eux, est-elle possible ?<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avions, tous les deux, beaucoup attendu, tout au long de notre enfance. L\u00e0 commen\u00e7ait et peut-\u00eatre s\u2019arr\u00eatait la particularit\u00e9 de notre ressemblance. Jusqu\u2019\u00e0 quel point, d\u2019ailleurs, pouvait-on consid\u00e9rer ce fait comme une particularit\u00e9, une singularit\u00e9 remarquable ? L\u2019enfance, sans attente, existe-t-elle ? Il disait qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment marqu\u00e9 par les absences de son p\u00e8re. Il voyageait beaucoup, il partait souvent, il revenait toujours. Lui se rappelait la tension constante \u00e0 la maison, le visage ferm\u00e9 de sa m\u00e8re, ses tentatives d\u2019enfant, acharn\u00e9es et vaines, pour la d\u00e9tourner de son silence et surtout l\u2019oppression coupable qui, chaque fois, le gagnait. Un sentiment de faute flou et sans motif, qui le for\u00e7ait \u00e0 se sentir inutile, pas \u00e0 sa place, pas vraiment attendu.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus tard, sa conviction avait \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9e par le r\u00e9cit de sa m\u00e8re, \u00e0 propos de sa naissance : la grossesse \u00e9tait arriv\u00e9e trop t\u00f4t, avait g\u00e2ch\u00e9 les premiers temps de l\u2019amour, les malaises occasionn\u00e9s avaient empoisonn\u00e9 la vie de tous les jours, du d\u00e9but jusqu\u2019\u00e0 sa venue au monde. Plus tard encore, dans l\u2019analyse, il avait mesur\u00e9 la violence de ce r\u00e9cit, et ses effets possibles sur elle, la sensation constante de ne pas m\u00e9riter une place \u00e0 lui. Plus tard encore, il avait compris que la r\u00e9p\u00e9tition de ce r\u00e9cit, au-del\u00e0 de l\u2019attaque ou peut-\u00eatre \u00e0 cause d\u2019elle, apportait un plaisir certain \u00e0 sa m\u00e8re, une sorte de victoire, voire de triomphe qui affirmait sa f\u00e9condit\u00e9, sa f\u00e9minit\u00e9, l\u2019importance primordiale de sa vie amoureuse. Et sa double d\u00e9tresse, sa double impuissance : \u00eatre un enfant, \u00eatre un gar\u00e7on. Il attendait donc son p\u00e8re comme sa m\u00e8re, me dit-il. \u00ab Vous attendiez votre p\u00e8re comme votre m\u00e8re \u00bb r\u00e9p\u00e9tai-je, et ces mots, tout \u00e0 coup repris, r\u00e9v\u00e8lent d\u2019autres sens, d\u2019autres versions. Il dit que je dis n\u2019importe quoi, que c\u2019est bien triste et qu\u2019il attendrait autre chose de moi. Il dit qu\u2019il n\u2019a jamais attendu sa m\u00e8re puisqu\u2019elle \u00e9tait toujours l\u00e0, et que le probl\u00e8me, avec elle, \u00e9tait plut\u00f4t de se d\u00e9barrasser de sa pr\u00e9sence insistante. Que si je voulais le comparer \u00e0 sa m\u00e8re, c\u2019\u00e9tait vraiment mal venu, car son p\u00e8re \u00e0 elle, le p\u00e8re de sa m\u00e8re, lui, n\u2019\u00e9tait jamais revenu et qu\u2019il est hors de question d\u2019attendre quelqu\u2019un dont on sait qu\u2019il ne reviendra plus\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Faut-il choisir ? Entre le p\u00e8re et la m\u00e8re, faut-il toujours privil\u00e9gier l\u2019un plut\u00f4t que l\u2019autre, faut-il abandonner l\u2019un au b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019autre ? Faut-il encore se laisser prendre par la question vive pos\u00e9e \u00e0 l\u2019enfant, dans sa maladresse brutale : \u00ab Qui pr\u00e9f\u00e8res-tu, ton p\u00e8re ou ta m\u00e8re ? Qui aimes-tu le plus, elle ou lui ? \u00bb. Question, \u00e9crit Freud dans <em>L\u2019homme aux rats,<\/em> \u00e0 laquelle l\u2019obsessionnel ne peut pas r\u00e9pondre, coinc\u00e9 par l\u2019alternative, oscillant sans cesse entre les deux. Est-il le seul ? La pr\u00e9valence accord\u00e9e \u00e0 l\u2019une ou l\u2019autre figure ordonne des mouvements de pens\u00e9e que d\u2019aucuns consid\u00e8rent comme conflictuels voire irr\u00e9ductibles. Etre, l\u00e0 encore, du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019un ou de l\u2019autre ? La langue, la r\u00e8gle, la s\u00e9paration, l\u2019interdit, la sexualit\u00e9 ou la parole, l\u2019excitation, la contenance, la confusion, la perte, la toute-puissance\u2026 Le cort\u00e8ge des repr\u00e9sentations et des concepts qu\u2019elles suscitent pour mettre en mots l\u2019exp\u00e9rience, suit immanquablement les m\u00eames trac\u00e9s pour retrouver la racine paternelle <em>ou<\/em> maternelle. Comme si, hors de la grande dramaturgie \u0153dipienne, il n\u2019y avait pas de lieu possible pour rassembler le p\u00e8re et la m\u00e8re, comme si la pens\u00e9e de leur co-existence ou plut\u00f4t de leur co-habitation se r\u00e9v\u00e9lait intol\u00e9rable, du fait de la douleur qu\u2019inflige la reconnaissance de leur vie commune, de leurs liens, de leurs d\u00e9sirs. Une \u00e9vidence d\u2019une grande simplicit\u00e9 : \u00eatre du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019un ou de l\u2019autre revient \u00e0 les s\u00e9parer, et donc \u00e0 \u00e9viter de les voir ou de les penser ensemble lorsque l\u2019attente se confond avec la solitude.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud est du c\u00f4t\u00e9 du p\u00e8re, voil\u00e0 qui est g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9clar\u00e9, voil\u00e0 ce qui s\u2019impose : il est l\u2019inventeur du complexe paternel, il le soutient comme il soutient le complexe d\u2019\u0152dipe qu\u2019il consid\u00e8re comme nucl\u00e9aire. Il en aurait n\u00e9glig\u00e9 la place de la m\u00e8re : la preuve, ses conflits avec Ferenczi. On a ainsi beaucoup reproch\u00e9 \u00e0 Freud de n\u2019avoir pas suffisamment port\u00e9 son attention sur la m\u00e8re, d\u2019avoir construit une m\u00e9tapsychologie phallo-centr\u00e9e, trop fortement r\u00e9f\u00e9r\u00e9e au p\u00e8re, d\u2019avoir ainsi construit ses th\u00e9ories et sa m\u00e9thode sur les fondements masculins du complexe paternel et des identifications qui en d\u00e9coulent.<sup>3<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Je ne reviendrai pas sur ces critiques, et je me garderai bien d\u2019interpr\u00e9ter la surench\u00e8re contemporaine du \u00ab maternel \u00bb comme une tentative pour combler les lacunes freudiennes, tentative qui mettrait au jour les d\u00e9fauts ou les d\u00e9faillances du p\u00e8re de la psychanalyse. Je rappellerai pourtant, entre autres, que dans les <em>Nouvelles Conf\u00e9rences<\/em><sup>4<\/sup> qui nous offrent une reprise des mouvements, des concepts et des conflits essentiels ayant jalonn\u00e9 tout son parcours, Freud accorde \u00e0 la f\u00e9minit\u00e9 une place de choix pour l\u2019avenir de la psychanalyse. \u00c0 la f\u00e9minit\u00e9, certes au f\u00e9minin, bien s\u00fbr, mais \u00e0 la femme ? Pourtant, d\u00e9j\u00e0, dans la construction de la th\u00e9orie du narcissisme, il trouve appui sur le mod\u00e8le de la femme \u00ab narcissique \u00bb comme repr\u00e9sentant de la forme la plus pure de l\u2019indiff\u00e9rence et de la froideur, paradigme du choix d\u2019objet domin\u00e9 par l\u2019auto-suffisance et le miroir. Mais bien avant, les th\u00e9ories de la s\u00e9duction \u00e9tablies \u00e0 partir de la mise en sc\u00e8ne de la diff\u00e9rence des sexes et des g\u00e9n\u00e9rations se construisent autour d\u2019une pathologie puis d\u2019une fantasmatique incarn\u00e9es par des femmes. L\u2019enfant s\u00e9duit, c\u2019est d\u2019abord la fille, innocente victime, et plus tard, la s\u00e9duisante accusatrice, c\u2019est toujours une fille. Pas grand chose, en effet, sur les fantasmes de s\u00e9duction des gar\u00e7ons, il faut attendre 1910 &#8211; \u00ab Un choix d\u2019objet particulier chez l\u2019homme \u00bb<sup>5<\/sup> &#8211; pour que se d\u00e9voilent les d\u00e9sirs incestueux du gar\u00e7on, cette fois dans l\u2019orchestration officielle du complexe d\u2019\u0152dipe.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1977, J.-B. Pontalis propose de se d\u00e9faire d\u2019une conception convenue du complexe d\u2019\u0152dipe et de la sexualit\u00e9 infantile, il propose, \u00e0 partir de la lecture de Winnicott, de d\u00e9velopper une autre perspective, tr\u00e8s pr\u00e9sente chez Freud d\u00e8s 1915<sup>6<\/sup>, insistante jusqu\u2019\u00e0 la fin, celle qui a trait \u00e0 la perte et aux modalit\u00e9s diverses de son traitement. Il s\u2019agit alors d\u2019envisager ce qui vient \u00e0 manquer au-del\u00e0 ou en de\u00e7\u00e0 de la castration : c\u2019est vers la m\u00e8re qu\u2019il faut se tourner certes, mais sans que cela oblige \u00e0 se d\u00e9tourner pour autant du p\u00e8re. C\u2019est bien ainsi que J.B. Pontalis se place pour pr\u00e9senter &#8211; et c\u2019est une nouveaut\u00e9, peut-\u00eatre m\u00eame un scandale &#8211; l\u2019\u0153uvre de Winnicott \u00e0 un public de psychanalystes fran\u00e7ais qui, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, manifestaient une franche r\u00e9serve, voire une certaine hostilit\u00e9 \u00e0 son \u00e9gard. Cela est difficile \u00e0 concevoir aujourd\u2019hui compte tenu de l\u2019immense succ\u00e8s de Winnicott au-del\u00e0 du cercle analytique : l\u2019objet transitionnel rivalise sans difficult\u00e9 avec l\u2019\u0153dipe dans la banalisation qu\u2019impose leur vulgarisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 de la m\u00e8re, Winnicott l\u2019est, c\u2019est une \u00e9vidence, et J.-B. Pontalis poursuit dans sa voie. En prenant appui sur Merleau-Ponty &#8211; \u00ab Faire une psychanalyse de la nature : c\u2019est la chair, c\u2019est la m\u00e8re \u00bb (in <em>Eloge de la philosophie<\/em>, p.321) &#8211; qui lui-m\u00eame cite Michelet : \u00ab La parole, c\u2019est la m\u00e8re parlante. Or, si la parole met l\u2019enfant dans une relation plus profonde avec celle qui nomme toutes choses et dit l\u2019\u00eatre, elle transporte aussi cette relation dans un ordre plus g\u00e9n\u00e9ral : la m\u00e8re ouvre \u00e0 l\u2019enfant des circuits qui s\u2019\u00e9cartent d\u2019abord de l\u2019imm\u00e9diat maternel et par lesquels il ne la retrouvera pas toujours \u00bb<sup>7<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le num\u00e9ro de la <em>Nouvelle revue de psychanalyse<\/em> intitul\u00e9 \u00ab Bisexualit\u00e9 et diff\u00e9rence des sexes \u00bb (1973, n\u00b07, Printemps 1973), est publi\u00e9 un texte de Winnicott sur le masculin &#8211; f\u00e9minin, sur le clivage des deux et sur le f\u00e9minin pur, exempt de toute r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la diff\u00e9rence, fondant en un seul l\u2019enfant et le sein, et, \u00e0 partir de cette unit\u00e9, l\u2019essence m\u00eame de l\u2019\u00eatre (<em>being<\/em>). Je retiendrai deux ou trois points qui int\u00e9ressent mon propos. D\u2019abord, il me faut souligner l\u2019affiliation tr\u00e8s freudienne de Winnicott, son absolue reconnaissance de la bisexualit\u00e9 psychique : mais au-del\u00e0, c\u2019est la mani\u00e8re dont il l\u2019utilise, au sens que lui-m\u00eame a pu donner \u00e0 l\u2019importance de l\u2019utilisation de l\u2019objet, et dont il la transforme \u00e0 partir de son exp\u00e9rience de l\u2019analyse et du transfert, je dis bien qu\u2019il la transforme et non qu\u2019il se l\u2019approprie, ce qui serait le comble pour l\u2019inventeur de l\u2019objet transitionnel.<\/p>\n\n\n\n<p>Je reprends la d\u00e9claration presque inaugurale de cet article : \u00ab La cr\u00e9ativit\u00e9 est l\u2019un des d\u00e9nominateurs communs \u00e0 l\u2019homme et \u00e0 la femme (\u2026) Toutefois, on peut soutenir d\u2019une certaine mani\u00e8re que la cr\u00e9ativit\u00e9 est la pr\u00e9rogative des femmes, tout comme on peut, dans une autre perspective, dire que c\u2019est un trait masculin \u00bb (op.cit\u00e9.p.301). L\u2019expos\u00e9 clinique qui suit est extr\u00eamement connu puisqu\u2019il rapporte la cure d\u2019un homme, d\u00e9clarant \u00e0 se s\u00e9ance du vendredi, qu\u2019il \u00e9tait pris par son \u00ab envie du p\u00e9nis \u00bb \u00e0 quoi Winnicott avait r\u00e9agi par cette phrase c\u00e9l\u00e8bre : \u00ab je suis en train d\u2019\u00e9couter une fille. Je sais parfaitement que vous \u00eates un homme, mais c\u2019est une fille que j\u2019\u00e9coute, et c\u2019est \u00e0 une fille que je parle \u00bb. (<em>ibid<\/em>. p.302). Cette s\u00e9quence illustre parfaitement la position de Winnicott quant au clivage des \u00e9l\u00e9ments masculins et f\u00e9minins chez l\u2019homme et chez la femme, titre de l\u2019article, disons-le au passage. Elle montre aussi sa conception et sa pratique du transfert : le patient imagine qu\u2019on le prendrait pour un fou, s\u2019il parlait de cette fille\u2026 et Winnicott poursuit : \u00ab C\u2019est moi qui vois la fille et qui entends une fille parler alors que c\u2019est un homme qui est sur mon divan. S\u2019il y a quelqu\u2019un de fou, c\u2019est moi. \u00bb (<em>ibid.<\/em> p.303). La reprise de l\u2019histoire du patient, du d\u00e9sir de sa m\u00e8re de le voir fille, le transfert et l\u2019actualisation dans l\u2019analyse de cette singuli\u00e8re situation ne sont pas essentiels \u00e0 reprendre sauf pour en d\u00e9gager deux aspects.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier a trait \u00e0 ce fameux clivage entre masculin et f\u00e9minin, et \u00e0 la lutte interne violente entre la voix de la fille qui veut \u00e0 tout pris \u00eatre entendue et reconnue, et les d\u00e9fenses de l\u2019homme qui \u00e9rige un barrage puissant pour ne pas la laisser passer. Cette id\u00e9e du clivage nous \u00e9loigne de la bisexualit\u00e9 psychique telle que Freud l\u2019a construite, dans laquelle, il n\u2019y a pas de coupure drastique entre les deux, mais seulement \u00ab un peu plus de l\u2019un que de l\u2019autre \u00bb comme il l\u2019\u00e9crit dans les <em>Nouvelles conf\u00e9rences<\/em>, une position beaucoup plus dialectique, qui, scandaleuse \u00e0 son \u00e9poque, est devenue, ailleurs m\u00eame que dans le champ de la psychanalyse, presque un principe, sinon une revendication.<\/p>\n\n\n\n<p>Le second a trait au f\u00e9minin pur, saisi dans l\u2019enfant au sein, \u00ab <em>le b\u00e9b\u00e9 devient le sein (ou la m\u00e8re), l\u2019objet est alors dans le sujet<\/em> \u00bb (<em>ibid.<\/em> p.308) : celui-ci, qu\u2019il nomme \u00ab objet subjectif \u00bb est le premier objet, \u00ab <em>l\u2019objet qui n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 r\u00e9pudi\u00e9 en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne non moi<\/em> \u00bb (<em>ibid<\/em>. p.309). Position acceptable ou discutable ? \u00c0 l\u2019origine, peut-on penser une m\u00e8re qui serait totalement d\u00e9faite de son identit\u00e9 sexuelle ? Oui, dit Winnicott du fait du clivage inaugural, radical entre l\u2019\u00e9l\u00e9ment masculin et l\u2019\u00e9l\u00e9ment f\u00e9minin. Peut-on alors admettre une captation compl\u00e8te de la m\u00e8re par l\u2019enfant, sans aucune r\u00e9f\u00e9rence, m\u00eame \u00e0 l\u2019ombre du p\u00e8re &#8211; et quand je dis p\u00e8re, je pense au p\u00e8re de l\u2019enfant, bien s\u00fbr, mais aussi au p\u00e8re de la m\u00e8re ?<\/p>\n\n\n\n<p>Comment associer alors, cette prise de position et la conception du soi, compris dans l\u2019entre-deux, entre dedans et dehors, entre moi et non-moi, entre l\u2019enfant et sa m\u00e8re\u2026 et j\u2019ajoute, entre le p\u00e8re et la m\u00e8re ?<\/p>\n\n\n\n<p>Je cite \u00e0 nouveau J.-B. Pontalis : \u00ab Ce n\u2019est plus tout \u00e0 fait la dramaturgie freudienne o\u00f9 s\u2019affrontent les figures du p\u00e8re et de la m\u00e8re, grand th\u00e9\u00e2tre d\u2019ombres ind\u00e9finiment repr\u00e9sent\u00e9, travesti, d\u00e9doubl\u00e9, retourn\u00e9 dans le fantasme (\u2026) Pas de sc\u00e8ne chez Winnicott o\u00f9 se r\u00e9p\u00e8terait l\u2019originaire, ou de combinatoire o\u00f9 les m\u00eames \u00e9l\u00e9ments permuteraient dans le cercle, mais un terrain de jeu aux fronti\u00e8res mouvantes, qui fait notre r\u00e9alit\u00e9 (\u2026) Peu de chose, presque rien, simplement ce qui m\u2019arrive quand je puis l\u2019accueillir. Alors le trouv\u00e9 n\u2019est plus le pr\u00e9caire substitut du perdu, l\u2019informe n\u2019est plus le signe du chaos (\u2026) Winnicott ou le refus de traduire\u2026 Oui, mais tout aussi vif, le souci d\u2019entendre, entre les mots, malgr\u00e9 les mots parfois, ce qui, de la m\u00e8re, ind\u00e9finiment, commande notre parole. \u00bb (p.199-200).<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019un et l\u2019autre, au p\u00e8re et \u00e0 la m\u00e8re dans les multiples configurations qu\u2019ils sont susceptibles de prendre, ne nous importe pas seulement comme images, figures, partenaires de sc\u00e9narios pluriels des fantasmes originaires, mais au-del\u00e0, pour l\u2019<em>entre-eux-deux<\/em> qu\u2019ils constituent et qui repr\u00e9sente \u00e0 la fois le mouvement qui va de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre &#8211; et donc le d\u00e9placement &#8211; mais aussi le suspens, le d\u00e9tour, l\u2019ouverture associative et r\u00eavante dans l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019attente.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019oubli du p\u00e8re a comme premier effet de maintenir un syst\u00e8me \u00e9minemment narcissique, excluant tout signe de diff\u00e9rence parce que celle-ci appelle trop vite l\u2019effondrement d\u2019une unit\u00e9 dont la pr\u00e9servation constitue une pr\u00e9occupation premi\u00e8re : quelque chose qui s\u2019inscrirait dans une pulsionnalit\u00e9 auto-conservatrice, luttant \u00e2prement contre tout surgissement d\u2019un sexuel mena\u00e7ant parce que s\u00e9parateur du m\u00eame. Or, le grand int\u00e9r\u00eat de l\u2019entre-deux est de cr\u00e9er un espace de mouvement non seulement dans la relation m\u00e8re\/enfant, aire d\u2019illusion, de perte et de retrouvailles, mais aussi entre le p\u00e8re et la m\u00e8re pour l\u2019enfant, espace tout aussi vivant et anim\u00e9 pour le jeu de passage et de substitution, d\u2019abandon et de rencontre enti\u00e8rement pris dans les faisceaux de la sexualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle ne pouvait pas choisir\u2026 entre son p\u00e8re et sa m\u00e8re, entre son fr\u00e8re et sa s\u0153ur, entre les gar\u00e7ons et les filles, entre les hommes et les femmes. Elle ne choisissait pas, elle les gardait tous, croyait-elle, et courait sans cesse pour ne pas les perdre &#8211; de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, entre l\u2019un et l\u2019autre. La nuit, elle r\u00eavait de massacres et c\u2019\u00e9tait elle la meurtri\u00e8re, toujours. Entre les s\u00e9ances, elle se cachait dans l\u2019encoignure d\u2019un porche, en face de mes fen\u00eatres, elle veillait les lampes, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elles s\u2019\u00e9teignent. Alors seulement, elle pouvait rentrer chez elle et dormir. Elle attendait sans cesse, l\u2019attente \u00e9tait pour elle la vie, \u00e0 la fois indispensable pour qu\u2019elle se sente exister et douloureuse, aux limites du supportable. Pour elle, souffrir, c\u2019\u00e9tait se sentir vivante mais souffrir, c\u2019\u00e9tait d\u2019abord attendre.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle h\u00e9sitait sans cesse entre le hors d\u2019elle et la pr\u00e9sence en elle &#8211; c\u2019\u00e9tait bien l\u00e0 qu\u2019elle me pla\u00e7ait, entre les deux. Ce qu\u2019elle pensait, elle voulait croire que c\u2019\u00e9tait arriv\u00e9 ou que c\u2019\u00e9tait la v\u00e9rit\u00e9 tout en sachant absolument qu\u2019elle le pensait seulement et que c\u2019\u00e9tait elle qui le pensait. Elle croyait que si je pensais comme elle &#8211; que c\u2019\u00e9tait arriv\u00e9 ou que c\u2019\u00e9tait la v\u00e9rit\u00e9 &#8211; alors, oui, ce serait comme elle le voulait, la v\u00e9rit\u00e9, ou ce qui \u00e9tait effectivement arriv\u00e9. Les batailles sanglantes de la nuit et les petites guerres du jour se m\u00e9langeaient. La guerre, elle la menait contre moi. Elle poss\u00e9dait un sens des mots, une passion du langage extra- ordinaires. Elle savait parler, elle savait blesser. Elle savait. Puis, inqui\u00e8te tout \u00e0 coup de m\u2019avoir attaqu\u00e9e avec tant de violence, elle v\u00e9rifiait que j\u2019\u00e9tais l\u00e0, toujours, elle t\u00e9l\u00e9phonait, elle veillait les lampes. Elle ne pouvait pas attendre, il fallait que tout s\u2019encha\u00eene, instantan\u00e9ment : pas de suspens, le plus mince \u00e9cart risquait de se transformer en un gouffre, un ab\u00eeme o\u00f9 elle pouvait sombrer. C\u2019est ce qu\u2019elle croyait. Je ne pensais pas comme elle, je l\u2019ai dit d\u00e9j\u00e0 : je pensais que cette attente intol\u00e9rable \u00e9tait aussi ce qui pouvait la d\u00e9gager de son enlisement, qu\u2019elle pouvait avoir un pouvoir de transformation, qu\u2019elle cesserait de se confondre avec la compulsion de r\u00e9p\u00e9tition qui poussait vers le m\u00eame, vers le recommencement de l\u2019identique. Je n\u2019\u00e9tais plus s\u00fbre que la seule empreinte ou emprise de la m\u00e8re, les alternances de ses humeurs &#8211; bref, tout ce qui, dans une d\u00e9rive lointaine inspir\u00e9e par Winnicott, r\u00e9duit la faillite de l\u2019environnement \u00e0 la m\u00e8re seule &#8211; animaient les forces destructrices qui nous gagnaient : elle voulait me convaincre \u00e0 tout prix qu\u2019elles \u00e9taient souveraines, et avec sa m\u00e8re, et l\u00e0 maintenant avec moi. Comme elle voulait \u00e0 tout prix nous convaincre, avec un acharnement rare, que j\u2019\u00e9tais la seule aujourd\u2019hui qui comptait dans sa vie : pas de place pour plus que deux, un seul \u00eatre \u00e0 aimer, \u00e0 idol\u00e2trer, un seul \u00e0 d\u00e9truire.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle refusait d\u2019admettre que l\u2019attente pouvait \u00eatre autre chose qu\u2019un immobilisme forcen\u00e9, une paralysie t\u00e9tanis\u00e9e par l\u2019angoisse. Elle refusait d\u2019admettre que moi aussi je pouvais attendre et ce qu\u2019elle me fit entendre, enfin, \u00e9tait que l\u2019attente et le f\u00e9minin \u00e9taient compl\u00e8tement et d\u00e9finitivement indissociables : si attendre c\u2019est \u00eatre une femme, cela signifie que le choix s\u2019est impos\u00e9, que la bisexualit\u00e9 est abandonn\u00e9e et que le renoncement \u00e0 ses avantages est in\u00e9luctable. Les b\u00e9n\u00e9fices de ce renoncement ne lui apparaissaient pas : elle militait pour le tout, pour l\u2019absolu, pour le vrai et le faux, et elle rejetait violemment le possible pour l\u2019impossible qu\u2019il impliquait. Elle ne supportait pas de penser que je pouvais attendre, moi aussi, attendre quelqu\u2019un d\u2019autre, diff\u00e9rent, \u00e9tranger, sexuellement diff\u00e9rent donc. Cela signifiait que je n\u2019avais pas tout et surtout que je ne pouvais pas tout lui donner, qu\u2019il fallait aller chercher ailleurs\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les couples d\u2019oppos\u00e9s qui s\u2019affrontent et s\u2019unissent dans la dialectique de la pens\u00e9e freudienne, le masculin\/f\u00e9minin occupe une place paradigmatique, et cette place se tient dans les r\u00e9seaux compliqu\u00e9s du complexe d\u2019\u0152dipe. Qu\u2019il s\u2019agisse de la fille ou du gar\u00e7on, l\u2019attente vers le p\u00e8re constitue un tournant essentiel : la fille &#8211; je cite Freud (p. 213)<sup>8<\/sup> &#8211; \u00ab sous l\u2019influence de l\u2019envie du p\u00e9nis (\u2026) est \u00e9vinc\u00e9e de la liaison \u00e0 la m\u00e8re et elle entre dans la situation \u0153dipienne comme dans un havre \u00bb : le p\u00e8re, objet d\u2019attraction, figure de d\u00e9placement des mouvements pulsionnels, incarne donc l\u2019espoir, l\u2019espoir d\u2019un d\u00e9gagement par rapport \u00e0 l\u2019emprise ou l\u2019empreinte maternelle, suscitant une nouvelle mont\u00e9e de passion forte de potentialit\u00e9s fantasmatiques visant la r\u00e9alisation de d\u00e9sir\u2026 \u00ab ce que ma m\u00e8re ne m\u2019a pas donn\u00e9, lui me le donnera \u00bb. M\u00eame si cette flamb\u00e9e doit, elle aussi, s\u2019\u00e9teindre, m\u00eame si l\u2019interdit et la r\u00e9alit\u00e9 se conjuguent pour emp\u00eacher la poursuite des buts \u0153dipiens, le passage de la m\u00e8re au p\u00e8re, l\u2019offre et le transfert qu\u2019il assure, t\u00e9moignent d\u2019une mobilit\u00e9 possible, d\u2019une fragmentation de l\u2019excitation qui en rend l\u2019\u00e9conomie plus ais\u00e9e. Ce passage, ce d\u00e9placement inscrivent la trace d\u2019un processus qui, \u00e0 partir d\u2019une d\u00e9ception et du renoncement \u00e0 l\u2019objet d\u2019amour originaire qu\u2019elle impose, s\u2019engage, en utilisant l\u2019\u00e9nergie libidinale lib\u00e9r\u00e9e, dans un nouvel investissement, l\u2019attente d\u2019un autre, si possible diff\u00e9rent.<\/p>\n\n\n\n<p>On insiste beaucoup sur l\u2019absence de changement d\u2019objet, sur la continuit\u00e9 du lien du gar\u00e7on avec la m\u00e8re. Pourtant, il faut bien que cette lin\u00e9arit\u00e9 soit rompue, il faut bien que la discontinuit\u00e9 survienne et c\u2019est bien la pr\u00e9sence du p\u00e8re dans la diff\u00e9rence et donc dans la coupure qui en ouvre la voie. L\u2019attente du gar\u00e7on serait celle d\u2019une lib\u00e9ration, du soulagement qu\u2019apporte, malgr\u00e9 tout, la castration elle-m\u00eame car qu\u2019y a-t-il de plus ali\u00e9nant que la r\u00e9alisation (illusoirement) totale du d\u00e9sir ? N\u2019implique-t-elle pas la menace d\u2019une fusion abrasant tout indice de s\u00e9paration, de distinction conduisant \u00e0 l\u2019effacement et de l\u2019objet et du moi ?<\/p>\n\n\n\n<p>En for\u00e7ant la lecture de Freud, on pourrait penser que si le renoncement \u00e0 l\u2019objet d\u2019amour originaire, dans sa radicalit\u00e9, est masculin (double renoncement ou renoncement renforc\u00e9 \u00e0 la m\u00e8re de la petite enfance et \u00e0 la m\u00e8re \u0153dipienne, doublement incestueuse en quelque sorte), l\u2019attente est, elle, davantage port\u00e9e par le f\u00e9minin. Chez le gar\u00e7on, le complexe d\u2019\u0152dipe dispara\u00eet comme tombent les dents de lait, dit Freud : la raison en est claire, il y a menace pour l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du corps, pour son int\u00e9grit\u00e9 sexuelle : le temps passe et permet le passage vers autre chose. Chez la fille, pas de crainte de cet ordre, la menace est conjur\u00e9e par la perception m\u00eame de son sexe, le motif majeur de l\u2019abandon de l\u2019\u0153dipe s\u2019efface : le complexe se maintient, avec plus ou moins de bruit\u2026 Il survit et, avec lui, l\u2019attente. L\u2019inach\u00e8vement du complexe d\u2019\u0152dipe caract\u00e9riserait les formes les plus souffrantes de son d\u00e9clin alors que sa disparition d\u00e9finitive &#8211; sa destruction &#8211; scellerait son destin id\u00e9al. Une nouvelle oscillation entre deux p\u00f4les, un autre entre-deux peut alors se r\u00e9v\u00e9ler, entre renoncement et attente, un paradoxe qui concerne \u00e0 la fois l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019enfant avec la m\u00e8re et son exp\u00e9rience avec son p\u00e8re <em>et<\/em> sa m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>La crainte de l\u2019effondrement, au-del\u00e0 des exp\u00e9riences pr\u00e9-\u0153dipiennes de non-existence, de vide ou de d\u00e9faut d\u2019unit\u00e9 du <em>self<\/em>, li\u00e9es \u00e0 la faillite de l\u2019environnement (et donc du \u00ab maternel \u00bb) peut aussi \u00eatre attach\u00e9e \u00e0 la mati\u00e8re vive des fantasmes originaires : la sc\u00e8ne primitive notamment peut constituer une menace majeure pour l\u2019unit\u00e9 du moi, si elle est \u00e9prouv\u00e9e comme une \u00ab faillite \u00bb de l\u2019environnement. Cela souligne l\u2019impact du sexuel comme \u00e9v\u00e9nement d\u00e9j\u00e0 advenu, provoquant alors la crainte d\u2019un effondrement qui a d\u00e9j\u00e0 eu lieu mais qui ne peut \u00eatre mis au pass\u00e9 car le moi n\u2019a pas pu l\u2019accueillir : c\u2019est d\u2019ailleurs une construction analogue qui sous-tend le premier temps de la s\u00e9duction, celui qui assigne \u00e0 l\u2019enfant une place de victime innocente, au sens plein du terme, une innocence qui emp\u00eache la compr\u00e9hension et impose l\u2019impossibilit\u00e9 de prendre en soi l\u2019\u00e9v\u00e9nement advenu. Le caract\u00e8re \u00ab traumatique \u00bb &#8211; l\u2019effondrement de Winnicott<sup>9<\/sup> &#8211; ne vient-il pas toujours de l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 prendre au dedans, \u00e0 accueillir ce qui, par l\u00e0-m\u00eame, devient d\u00e9bordant ?<\/p>\n\n\n\n<p>Toute la doctrine freudienne est \u00e9difi\u00e9e sur les effets de la rencontre de l\u2019enfant avec la sexualit\u00e9 alors que Winnicott d\u00e9couvre un en-de\u00e7\u00e0 du sexuel qui qualifierait la nature des \u00e9changes entre l\u2019enfant et son environnement et infl\u00e9chirait son d\u00e9veloppement lorsque les faillites de cet environnement ne peuvent pas \u00eatre int\u00e9gr\u00e9es comme exp\u00e9\u00adriences psychiques. La port\u00e9e de ces deux positions est \u00e9vidente dans le jeu transf\u00e9rentiel des r\u00e9sistances de l\u2019analysant et de l\u2019analyste. Dans une perspective freudienne, nous avons affaire, dans le transfert, \u00e0 une sexualit\u00e9 redoutable puisqu\u2019elle sous-tend la parole et irradie le r\u00e9seau compliqu\u00e9 des identifications. Dans une perspective winnicottienne, l\u2019angoisse \u00ab diss\u00e9quante \u00bb est \u00e9prouv\u00e9e par le patient \u00ab en r\u00e9action aux faillites et aux erreurs de l\u2019analyste \u00bb. Pour Freud, la sexualit\u00e9 est amen\u00e9e par le p\u00e8re, pour Winnicott, l\u2019environnement se repr\u00e9sente \u00e0 travers la m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud \u00e9crit, dans <em>La dynamique du transfert<\/em><sup>10<\/sup>: \u00ab Celui dont le besoin d\u2019amour n\u2019est pas satisfait sans reste par la r\u00e9alit\u00e9 est donc dans l\u2019obligation de se tourner, avec des repr\u00e9sentations d\u2019attente libidinales, vers toute personne nouvelle qui entre en sc\u00e8ne, et il est tout \u00e0 fait vraisemblable que les deux portions de sa libido, celle qui est capable de conscience comme celle qui est inconsciente, participent \u00e0 cette attitude.\u00bb (p. 108). Aller vers un autre, attendre quelqu\u2019un d\u2019autre en pensant que lui, peut-\u00eatre, r\u00e9pondra aux exigences du d\u00e9sir. A mon avis, c\u2019est ce passage qui assure, dans l\u2019attente et surtout dans la rencontre avec le diff\u00e9rent &#8211; et donc l\u2019inconnu &#8211; la capacit\u00e9 v\u00e9ritable \u00e0 la cr\u00e9ation : trouver du diff\u00e9rent l\u00e0 o\u00f9 on risque d\u2019attendre le m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Winnicott D.W. (1951), \u00ab Objets transitionnels et ph\u00e9nom\u00e8nes transitionnels \u00bb, tr. fr. in <em>Jeu et R\u00e9alit\u00e9<\/em>, Paris, Gallimard, 1975, chapitre 1.<\/li><li>Freud S. (1909), \u00ab Les chances d\u2019avenir de la th\u00e9rapie psychanalytique \u00bb, <em>OC<\/em>, Vol. X, Paris, PUF, 1993 pp. 61-75.<\/li><li>Freud S. (1909) \u00ab L\u2019homme aux rats. Remarques sur un cas de n\u00e9vrose de contrainte \u00bb, <em>OC<\/em>, Vol. IX, Paris, PUF, 1998, pp. 131-214.<\/li><li>Freud S. (1932) \u00ab La f\u00e9minit\u00e9 \u00bb, <em>in Nouvelle suite des le\u00e7ons d\u2019introduction \u00e0 la psychanalyse<\/em>, Paris, PUF, 1995, XXXIII<sup>\u00e8me<\/sup> le\u00e7on, pp. 195-220.<\/li><li>Freud S. (1910) \u00ab D\u2019un type particulier de choix d\u2019objet chez l\u2019homme \u00bb, <em>OC<\/em>, Vol. X, Paris, PUF, 1993, pp. 187-200.<\/li><li>Freud S. (1915) <em>Deuil et m\u00e9lancolie<\/em>, <em>OC<\/em>, Vol. XIII, Paris, PUF, 1988, pp. 261-281.<\/li><li>R\u00e9sum\u00e9 de cours, p.30, cit\u00e9 par J.-B. Pontalis, 1977, p.75, note 5.<\/li><li>Freud S. (1932) <em>La f\u00e9minit\u00e9<\/em>, op. cit.<\/li><li>Winnicott D.W. (1974), \u00ab La crainte de l\u2019effondrement \u00bb, <em>Nouvelle Revue de psychanalyse<\/em>, \u00ab Figures du vide \u00bb, n\u00b0 11, 1975, p. 35-44. Nouvelle traduction, in <em>La crainte de l\u2019effondrement et situations cliniques<\/em>, Paris, Gallimard, 2000.<\/li><li>Freud S. (1912) \u00ab La dynamique du transfert \u00bb, in <em>OC<\/em>, T. XI, Paris, PUF, 2005, pp.105-117.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9515?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Ce livre explore les principales modalit\u00e9s de ce que Freud, dans une de ses toutes premi\u00e8res d\u00e9finitions de la psychanalyse, a appel\u00e9 \u201cle royaume de l\u2019interm\u00e9diaire\u201d. 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