{"id":9512,"date":"2021-08-22T07:30:06","date_gmt":"2021-08-22T05:30:06","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/tendresse-au-negatif-2\/"},"modified":"2022-01-04T19:48:40","modified_gmt":"2022-01-04T18:48:40","slug":"tendresse-au-negatif","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/tendresse-au-negatif\/","title":{"rendered":"Tendresse au n\u00e9gatif"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u201cTravailler la peau comme une \u0153uvre d\u2019art en m\u00eame temps que comme v\u00e9hicule d\u2019une communication primordiale entre les humains devint mon id\u00e9al.\u201d<footer><em>L\u2019\u00c9piderme nomade<\/em><\/footer>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>L\u2019aboutissement du travail de D. Anzieu se trouve dans ce qui constitue selon moi son testament intellectuel&nbsp;: <em>Le Penser. Du Moi-peau au Moi-pensant<\/em>. Dans cet ouvrage, il condense clairement dans un style \u00e2pre et condens\u00e9 le d\u00e9veloppement de sa pens\u00e9e depuis son premier article sur le Moi-peau o\u00f9 il a forg\u00e9 ce terme et qui s\u2019intitule <em>La peau&nbsp;: du plaisir \u00e0 la pens\u00e9e<\/em> qui para\u00eet en 1974, dans un ouvrage collectif sur <em>L\u2019attachement<\/em>, dirig\u00e9 par R. Zazzo. Lorsque celui-ci d\u00e9couvre les travaux de J. Bowlby et de H. F. Harlow ainsi que la notion d\u2019attachement, il propose \u00e0 D. Anzieu de faire \u00e0 ce sujet un s\u00e9minaire commun \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Paris X-Nanterre, pour voir ce qu\u2019un analyste peut en \u00e9laborer. Loin de consid\u00e9rer que R. Zazzo produit une critique destructrice de la psychanalyse, D. Anzieu r\u00e9alise qu\u2019il lui permet au contraire de faire une d\u00e9couverte essentielle \u00e0 int\u00e9grer \u00e0 la th\u00e9orie et \u00e0 la technique analytiques \u201cC\u2019est lui le grand-p\u00e8re du Moi-peau, si j\u2019ose dire.\u201d \u00e9crit D. Anzieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le Moi-peau est surtout connu par sa dimension d\u2019enveloppe psychique \u00e9tablie par une th\u00e9orie topologique de l\u2019appareil psychique, il est aussi pris dans une mod\u00e9lisation qui implique un point de vue dynamique o\u00f9 D. Anzieu formalise une pulsion d\u2019attachement la plupart du temps pass\u00e9e sous silence dans les travaux le concernant, sans doute pour des raisons li\u00e9es aux d\u00e9saccords \u00e9pist\u00e9mologiques que la th\u00e9orie de J. Bowlby a soulev\u00e9s. Pourtant \u00e0 y regarder de pr\u00e8s, l\u2019\u00e9laboration de D. Anzieu maintient serr\u00e9 le cap sur la m\u00e9tapsychologie. A la libido qui recherche l\u2019excitation sexuelle et une satisfaction aupr\u00e8s d\u2019un objet excitant-excit\u00e9, D. Anzieu adjoint une pulsion d\u00e9clench\u00e9e par des signaux sp\u00e9cifiques qui permet l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une trame narcissique \u00e0 partir de laquelle l\u2019\u00e9change signifiant avec l\u2019autre peut s\u2019engager selon une pluralit\u00e9 de codes. Dans son ouvrage <em>Le Moi-peau<\/em>, apr\u00e8s a v o i r longuement d\u00e9crit les diff\u00e9rentes fonctions du Moi-peau, maintenance, contenance etc. D. Anzieu pr\u00e9cise&nbsp;: \u201cToutes les fonctions pr\u00e9c\u00e9dentes sont au service de la pulsion d\u2019attachement, puis de la pulsion libidinale.\u201d (p.105). Et en 1990 dans <em>L\u2019Epiderme nomade<\/em>, il ajoute&nbsp;: \u201cIl faut passer par l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une pulsion d\u2019attachement&nbsp;: mon sujet n\u2019est pas la peau en tant que telle, mais les investissements psychiques de la peau permettant la constitution d\u2019un fantasme de peau imaginaire.\u201d Dans tous ses \u00e9crits qui traitent du Moi-peau, D. Anzieu int\u00e8gre la pulsion d\u2019attachement.<br>Ainsi, la pulsion d\u2019attachement, le besoin de contact et la tendresse vont-ils constituer le premier axe de mon propos. Le second axe concerne quant \u00e0 lui \u201cl\u2019attachement au n\u00e9gatif\u201d qui me permet d\u2019aborder une certaine clinique et m\u2019a conduite \u00e0 \u201cl\u2019hallucination n\u00e9gative\u201d chez A. Green dans son rapport \u00e0 la structure encadrante dont je propose une articulation avec le Moi-peau.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La pulsion d\u2019attachement, le besoin de contact et la tendresse<\/h2>\n\n\n\n<p>A la th\u00e9orisation de J. Bowlby qui s\u2019appuie sur le mod\u00e8le cybern\u00e9tique et qui d\u00e9laisse la m\u00e9tapsychologie freudienne pr\u00e9f\u00e9rant examiner \u201cdes comportements d\u2019attachement\u201d en lien avec \u201cdes figures d\u2019attachement\u201d, D. Anzieu lui oppose, comme psychanalyste, une pulsion d\u2019attachement li\u00e9e \u00e0 la pulsion d\u2019autoconservation. Cette pulsion a pour but de satisfaire le besoin de protection, de r\u00e9confort et de soutien. Les facteurs satisfaisants la recherche d\u2019attachement sont l\u2019\u00e9change de sourires, l\u2019\u00e9change de signaux sensoriels et moteurs lors de l\u2019allaitement, la solidit\u00e9 du portage, la chaleur du contact, le toucher caressant tels que Bowlby les a d\u00e9crits. D. Anzieu ajoute&nbsp;: la concordance des rythmes. Remarquons que tous ces crit\u00e8res am\u00e9nagent des contacts. Lorsque la pulsion d\u2019attachement est suffisamment satisfaite, elle apporte au nourrisson \u201cla base sur laquelle peut se manifester l\u2019\u00e9lan int\u00e9gratif du moi\u201d c\u2019est-\u00e0-dire le Moi-peau. L\u2019\u00e9change langagier s\u2019\u00e9taye aussi sur la pulsion d\u2019attachement, celle-ci \u00e9tant au service du rep\u00e9rage, chez la m\u00e8re puis dans le groupe familial, des signaux-sourire, douceur du contact, chaleur de l\u2019\u00e9treinte etc., qui fournissent des indices sur la r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure et son maniement et sur le partage des affects. Les sources de la pulsion d\u2019attachement sont li\u00e9es aux exp\u00e9riences sensorielles et sensorimotrices pr\u00e9coces qui deviennent ensuite une source corporelle imaginaire, localis\u00e9e dans tel organe des sens, dans tel orifice de la surface du corps. La pulsion d\u2019attachement permet au Moi-peau de se constituer progressivement comme une enveloppe d\u2019excitation sexuelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le texte intitul\u00e9 <em>Le corps de la pulsion<\/em>, D. Anzieu remarque qu\u2019en latin le mot <em>pellis<\/em> a deux sens&nbsp;: \u201cla peau\u201d et \u201ctu pousses\u201d. Pouss\u00e9e et peau sont li\u00e9es d\u00e8s l\u2019origine. Pour D. Anzieu, la pouss\u00e9e de la pulsion est essentielle, elle consiste \u00e0 \u201cfaire que l\u2019inanim\u00e9 s\u2019anime\u201d, le nourrisson n\u2019\u00e9prouvant la pouss\u00e9e pulsionnelle que s\u2019il a acquis la diff\u00e9rence entre l\u2019anim\u00e9 et l\u2019inanim\u00e9. L\u2019\u00e9nergie pulsionnelle se charge dans et par l\u2019environnement maternel en interaction avec le Moi-peau du b\u00e9b\u00e9 se constituant. Lors du dernier entretien que nous avons eu, E. Adda et moi-m\u00eame, avec lui, entretien o\u00f9 appara\u00eet tout son lien \u00e0 la philosophie empiriste, D. Anzieu nous a dit&nbsp;: \u201cIl y a des sensations ou plut\u00f4t des impressions qui sont les premi\u00e8res sensations, o\u00f9 l\u2019on sent que cela imprime, cela pousse, appuie. La premi\u00e8re impression, c\u2019est l\u2019enfant pris dans les bras de l\u2019accoucheur, de sa m\u00e8re et serr\u00e9 dans leurs bras. Ces pressions donnent des impressions et ce sont les tout premiers conflits psychiques fondamentaux, c\u2019est leur \u201cvivance\u201d, leur \u201cvivacit\u00e9\u201d. L\u2019objet de la pulsion d\u2019attachement est le Moi-peau maternel stimulant et communicant. Ce sont les stimulations qu\u2019il suscite qui sont introject\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>D. Anzieu consid\u00e8re que la libido implique le plaisir qui se r\u00e9partit sur un continuum allant de la sensualit\u00e9 diffuse de la peau \u00e0 la d\u00e9charge sexuelle de l\u2019orgasme adulte. Il propose deux lign\u00e9es libidinales repr\u00e9sentant des d\u00e9clinaisons de la libido consid\u00e9r\u00e9e comme fluide \u00e0 partir du concept freudien de viscosit\u00e9. La premi\u00e8re lign\u00e9e rend compte des fixations o\u00f9 la libido appara\u00eet plus ou moins fig\u00e9e, arr\u00eat\u00e9e \u00e0 un objet. La seconde lign\u00e9e, celle de l\u2019agrippement (I. Herman), de l\u2019attachement, met l\u2019accent sur une participation plus active du tout petit \u00e0 la relation duelle.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autre part, D. Anzieu pose que pr\u00e9alablement aux interdits oedipiens, il faut consid\u00e9rer un double interdit du toucher qui s\u2019appuie sur les premi\u00e8res interdictions signifi\u00e9es \u00e0 l\u2019enfant. L\u2019interdit primaire porte sur le contact par \u00e9treinte corporelle qui concerne une large partie de la peau, les diff\u00e9rentes pressions. L\u2019interdiction est signifi\u00e9e implicitement par l\u2019\u00e9loignement de la m\u00e8re qui retire son sein, \u00e9carte son visage, d\u00e9pose le b\u00e9b\u00e9 dans son lit. L\u2019interdit primaire du toucher s\u2019oppose sp\u00e9cifiquement \u00e0 la pulsion d\u2019attachement. Le second interdit de toucher concerne le toucher avec la main qui n\u2019est concevable que subordonn\u00e9 au principe de r\u00e9alit\u00e9 et aux r\u00e8gles morales et sociales. Il s\u2019oppose \u00e0 la pulsion d\u2019emprise. Par les interdits, le moi qui fonctionne selon une structuration en Moi-peau passe \u00e0 la pens\u00e9e propre, \u00e0 un moi-psychique diff\u00e9renci\u00e9 d\u2019un moi-corporel et autrement articul\u00e9 \u00e0 lui.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le besoin de contact et la tendresse<\/h2>\n\n\n\n<p>Le travail de D. Anzieu sur le Moi-peau et la pulsion d\u2019attachement et celui d\u2019A. Green, notamment sa th\u00e9orisation du contact (<em>Le Moi et la th\u00e9orie du contact<\/em>), m\u2019ont conduite \u00e0 l\u2019\u00e9laboration suivante du fonctionnement psychique&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Les concepts de pulsion et d\u2019enveloppe psychique doivent \u00eatre travaill\u00e9s ensemble. Il n\u2019y a pas de force psychique qui n\u2019\u00e9pouse une certaine forme, il n\u2019y a pas de forme qui ne soit sous-tendue par une dynamique. L\u2019enveloppe conduit la force \u00e0 l\u2019\u0153uvre \u00e0 se mouler en suivant ses courbures et la force transforme la forme de l\u2019enveloppe dans des jeux de tension\/d\u00e9tente en des points de contact avec elle. Le pulsionnel est \u00e0 double foyer et fonctionne de fa\u00e7on elliptique. La pulsionnalit\u00e9 du nourrisson travaille la pulsionnalit\u00e9 maternelle qui travaille celle du nourrisson.<\/p>\n\n\n\n<p>Confront\u00e9e \u00e0 une clinique de la survivance, j\u2019ai port\u00e9 mon int\u00e9r\u00eat aux pulsions d\u2019autoconservation. Partant du postulat freudien d\u2019un courant tendre et d\u2019un courant sensuel, qui a une valeur structurale selon A. Green, j\u2019ai propos\u00e9 l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une pulsion de tendresse, tendresse dont l\u2019\u00e9tymologie provient en particulier du latin <em>tenire<\/em> qui signifie \u00e0 la fois \u201ctenir \u00e0 quelqu\u2019un\u201d, \u201c\u00eatre attach\u00e9\u201d, et renvoie aux mots \u201cmaintenance\u201d et \u201ccontenance\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>La pulsion de tendresse, telle que je la d\u00e9finis, a pour but de satisfaire le besoin de contacts humains corporels et psychiques dans sa valence autoconservatrice de protection, de constitution et de maintien du narcissisme. Je pense que la tendresse participe au principe de constance comme principe auto-r\u00e9gulateur, procurant la charge et le maintien \u00e9nerg\u00e9tique. Elle contribue ainsi \u00e0 constituer un tonus identitaire de base, comme le d\u00e9crit M. De M\u2019Uzan, n\u00e9cessaire \u00e0 la construction du psychisme dans ses liens avec le corps et dans ses liens avec d\u2019autres psych\u00e9s. Ce substrat pr\u00e9-sexuel autoconservatif \u00e9taye le sexuel (th\u00e9orie de l\u2019\u00e9tayage chez Freud) et r\u00e9cursivement s\u2019\u00e9taye sur le sexuel. L\u2019un trame l\u2019autre qui le trame.<\/p>\n\n\n\n<p>La tendresse maternelle et ses caract\u00e9ristiques de contenance permettent que s\u2019organisent les fantasmes d\u2019un espace interne et d\u2019un espace externe avec leurs formes et que se constitue un noyau d\u2019\u00eatre, lui-m\u00eame \u00e0 la source du mouvement pulsionnel et du sentiment d\u2019\u00eatre (<em>sense of being<\/em> chez Winnicott), sentiment d\u2019\u00eatre vivant qui procure des plaisirs que j\u2019appelle \u201cesth\u00e9siques\u201d. A. Green parle \u00e0 cet \u00e9gard d\u2019un \u201caffect d\u2019existence\u201d. Le nourrisson devient cette forme et ce contenu, les introjectant dans un premier moment sp\u00e9culaire lors duquel il est le reflet tactile, odorif\u00e9rant, visuel, sonore, kinesth\u00e9sique de sa m\u00e8re. Dans cet espace\/temps de l\u2019identification primaire la m\u00e8re refl\u00e8te son b\u00e9b\u00e9, le b\u00e9b\u00e9 refl\u00e8te sa m\u00e8re qui le refl\u00e8te. Il y a entre b\u00e9b\u00e9 et m\u00e8re un \u00e9tat tendre d\u2019attraction, d\u2019aimantation ouvrant le chemin \u00e0 \u201cl\u2019amantation\u201d sexualis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les premiers affects de diff\u00e9rence, en s\u2019\u00e9tayant sur la tendresse (auto-conservative), la sexualit\u00e9 du nourrisson \u00e9merge (dans l\u2019homosexualit\u00e9 primaire), s\u2019internalisant dans les rebroussements de l\u2019auto-\u00e9rotisme. L\u2019affect qui est une attache puissante entre corps et psych\u00e9 (comme \u201cchair du signifiant et signifiant de la chair\u201d ) est ce aussi par quoi l\u2019humain s\u2019attache \u00e0 un autre humain dans ses partages et recherche de contacts. La tendresse recherche le partage affectif (C. Parat) et se charge de l\u2019harmonie des affects. La m\u00e8re tendre se laisse sollicit\u00e9e par les affects de son nourrisson qui la sollicite de m\u00eame, afin de faire l\u2019exp\u00e9rience \u201cd\u2019\u00eatre avec\u201d, chacun se glissant dans l\u2019\u00e9tat affectif de l\u2019autre afin d\u2019entrer en contact. (\u201cLe tact c\u2019est la facult\u00e9 de se sentir avec\u201d disait Ferenczi). Ce jeu de r\u00e9sonance est soumis au rythme de la pulsionnalit\u00e9 de chacun, composant chez le nourrisson une trame d\u2019affects inconscients qui s\u2019agence en r\u00e9seaux pr\u00e9-signifiants. Ces premiers sch\u00e8mes tiss\u00e9s sont des sc\u00e8nes originaires d\u2019affects retranscrivant les premi\u00e8res rencontres du b\u00e9b\u00e9 avec le monde. Comme premiers scripts, ils participent \u00e0 la sc\u00e9narisation des fantasmes originaires. Le non-contact, ou plut\u00f4t le rythme de contact\/non-contact \u201cbien temp\u00e9r\u00e9\u201d par la tendresse, engendre une structure, la structure encadrante (A. Green) que j\u2019\u00e9voque plus loin, qui offre \u00e0 la psych\u00e9 d\u2019autres formes de contacts internalis\u00e9s. Je pense aussi que le travail de repr\u00e9sentation a pour but de rechercher le contact, voire le contact absent et que la repr\u00e9sentation du contact apporte une satisfaction pulsionnelle. Freud \u00e9voque dans <em>Totem et Tabou<\/em> \u201cune unit\u00e9 sup\u00e9rieure du contact\u201d que l\u2019on peut comprendre comme \u00e9tant une re-pr\u00e9sentation de l\u2019objet.<br>Remarquons encore, que la peau et le besoin de contact avec l\u2019objet sont tr\u00e8s pr\u00e9sents d\u00e8s les <em>Trois Essais<\/em> et reviennent \u00e0 plusieurs reprises sous la plume de Freud qui consid\u00e8re que la peau est \u201cla zone \u00e9rog\u00e8ne par excellence\u201d. S\u2019il note l\u2019importance de la peau aussi bien dans l\u2019activit\u00e9 auto\u00e9rotique que dans les pr\u00e9liminaires de la vie amoureuse, il pointe aussi, r\u00e9guli\u00e8rement, l\u2019importance du contact. Ainsi souligne-t-il dans une note, que Moll d\u00e9compose la pulsion sexuelle en pulsion de \u201ccontrectation\u201d et de d\u00e9tumescence, la premi\u00e8re indiquant le besoin de contact \u00e9pidermique mais aussi le besoin de contact mental. Freud a \u00e9crit aussi que \u201cC\u2019est \u00e0 l\u2019apport des pulsions de tendresse, (\u2026.), que l\u2019on peut mesurer le niveau de l\u2019\u00e9tat amoureux en opposition au d\u00e9sir purement sensuel.\u201d (p. 50).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019attachement au n\u00e9gatif, l\u2019hallucination n\u00e9gative de la m\u00e8re et la structure encadrante chez A. Green<\/h2>\n\n\n\n<p>D. Anzieu a peu \u00e9tudi\u00e9 la question du n\u00e9gatif. Ses principaux travaux \u00e0 ce sujet sont rassembl\u00e9s dans son dernier ouvrage <em>Cr\u00e9er, d\u00e9truire<\/em>. Je ne vais suivre ici que le fil de la n\u00e9gativit\u00e9 se manifestant \u00e0 travers les d\u00e9faillances du Moi-peau en lien \u00e0 l\u2019attachement. Ses deux \u00e9crits sur \u201cl\u2019attachement au n\u00e9gatif\u201d me semblent \u00eatre des textes importants concernant sa pens\u00e9e du n\u00e9gatif. On constate qu\u2019ils comportent aussi une reprise de l\u2019\u00e9laboration de la pulsion d\u2019attachement. L\u2019attachement au n\u00e9gatif comprend \u00e0 la fois une exp\u00e9rience n\u00e9gative de l\u2019attachement, attachement empreint de destructivit\u00e9, et une fixation \u00e0 un objet d\u2019amour qui r\u00e9pond n\u00e9gativement aux demandes de tendresse qui lui sont adress\u00e9es. Dans ce type d\u2019attachement, le r\u00f4le du n\u00e9gatif est triple, selon Anzieu. Du point de vue \u201cphotographique m\u00e9taphorique\u201d, la fonction d\u2019inscription du Moi-peau fonctionne mais les traces restent en n\u00e9gatif. Du point de vue d\u00e9fensif, le psychisme op\u00e8re par n\u00e9gation, annulation, d\u00e9saveu, la pr\u00e9sence et la permanence du bon objet sont mises en question chez l\u2019autre et chez le sujet. L\u2019effacement est le m\u00e9canisme de d\u00e9fense sp\u00e9cifique de ces patients. L\u2019auto-effacement peut aller jusqu\u2019aux tendances suicidaires. D. Anzieu note des sympt\u00f4mes psychosomatiques et la pr\u00e9sence d\u2019hallucinoses. Du point de vue pulsionnel, la haine est un des moteurs du transfert, mais elle est consciente et pour cette raison intol\u00e9rable. L\u2019attachement n\u00e9gatif r\u00e9sulte de l\u2019alliance de la pulsion d\u2019attachement \u00e0 la pulsion d\u2019autodestruction. D. Anzieu constate que chez ces patients certains crit\u00e8res de l\u2019attachement ont \u00e9t\u00e9 manquants. La fixation adh\u00e9sive \u00e0 l\u2019objet maternant et maltraitant procure un artifice d\u2019attachement. \u00c0 d\u00e9faut d\u2019une relation gratifiante de tendresse, le sujet pr\u00e9f\u00e8re une relation douloureuse vivante plut\u00f4t de rejet que de se confronter \u00e0 l\u2019indiff\u00e9rence, ce que j\u2019appelle la tendresse au n\u00e9gatif.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Fr\u00e9d\u00e9rique<\/h2>\n\n\n\n<p>Lorsque Fr\u00e9d\u00e9rique est arriv\u00e9e chez moi, elle \u00e9tait tr\u00e8s d\u00e9prim\u00e9e et avait des phobies d\u2019impulsion qui la conduisaient \u00e0 r\u00f4der pr\u00e8s des fen\u00eatres de son appartement situ\u00e9 au dixi\u00e8me \u00e9tage, en se demandant de quelle fa\u00e7on elle allait se laisser tomber. D\u00e8s les d\u00e9buts de l\u2019analyse, des traumatismes archa\u00efques apparurent \u00e0 travers le r\u00e9cit des souffrances d\u2019enfance et les difficult\u00e9s qu\u2019elle manifesta \u00e0 poursuivre tant un travail dans la vie qu\u2019avec moi. Des carences affectives vont se d\u00e9voiler dans un climat d\u2019une grande violence provenant de ses deux parents. Elle-m\u00eame \u00e9tait aussi tr\u00e8s violente. Le transfert dans sa part n\u00e9gative \u00e9tait alors chaotique, \u00e9vitant, elle manquait assez souvent ses s\u00e9ances, se trompait d\u2019horaires r\u00e9guli\u00e8rement et particuli\u00e8rement avant et apr\u00e8s mes absences qui la plongeaient dans u n e grande confusion. Ce temps de l\u2019analyse fut aussi \u00e9prouvant pour moi, car aux craintes que je pouvais avoir concernant des passages \u00e0 l\u2019acte auto-agressifs, s\u2019ajoutait son agressivit\u00e9 \u00e0 l\u2019encontre du cadre qui parfois m\u2019irritait profond\u00e9ment et pouvait me conduire moi aussi \u00e0 une certaine confusion.<\/p>\n\n\n\n<p>Fr\u00e9d\u00e9rique d\u00e9crivait sa m\u00e8re comme une femme belle et froide. Elle n\u2019\u00e9tait pas c\u00e2line, s\u2019occupant peu de sa fille. Elle semblait plus pr\u00e9occup\u00e9e par une dermatose persistante et des plaintes hypocondriaques qui d\u00e9voraient sa vie, que par sa famille. Cette m\u00e8re tr\u00e8s \u201cailleurs\u201d, d\u2019origine juive, avait perdu une partie de sa famille d\u00e9port\u00e9e en camp de concentration. Elle avait \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9e par sa propre m\u00e8re qui l\u2019avait faite baptis\u00e9e par un pr\u00eatre catholique. Fr\u00e9d\u00e9rique apprit tardivement que sa famille maternelle \u00e9tait juive. Ce n\u2019est que pendant son analyse qu\u2019elle comprit que sa m\u00e8re avait cach\u00e9 \u00e0 son p\u00e8re ses origines juives et qu\u2019elle m\u00eame, sans que rien ne lui f\u00fbt demand\u00e9, n\u2019avait rien dit \u00e0 son p\u00e8re \u00e0 ce sujet. Ce secret maintenait inconsciemment ces deux femmes dans une complicit\u00e9 hostile \u00e0 l\u2019\u00e9gard du p\u00e8re. L\u2019une s\u2019\u00e9tait ainsi prot\u00e9g\u00e9e contre son mari et l\u2019autre avait prot\u00e9g\u00e9 sa m\u00e8re contre une des particularit\u00e9s de cet homme qui \u00e9tait d\u2019\u00eatre un militant actif du Front national&nbsp;! Fasciste, il l\u2019\u00e9tait depuis toujours. La m\u00e8re de Fr\u00e9d\u00e9rique l\u2019avait \u00e9pous\u00e9 juste apr\u00e8s sa conversion au catholicisme. Les opinions de celui-ci \u00e9taient sans doute une \u201cbonne couverture\u201d contre les rafles nazies. Cet homme \u00e9tait un infirmier attentif \u00e0 sa fille mais de fa\u00e7on exigeante et sadique. Lorsqu\u2019elle \u00e9tait malade ou chagrine, il la soignait et s\u2019occupait de ses peines affectives dans un climat empreint de tendresse et d\u2019une certaine brutalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>A la fin de la premi\u00e8re ann\u00e9e de cure, lors de la derni\u00e8re s\u00e9ance avant les vacances, Fr\u00e9d\u00e9rique arriva d\u00e9faite, tr\u00e8s anxieuse et d\u00e9prim\u00e9e. Elle avait fait le r\u00eave suivant&nbsp;: \u201celle se trouve sur les marches situ\u00e9es devant ma maison. Personne ne lui ouvre, elle crie, mais n\u2019obtient pas de r\u00e9ponse. Elle a, alors, la sensation de s\u2019effondrer\u201d. Elle associa sur une sc\u00e8ne du film <em>Le cuirass\u00e9 Potemkine<\/em> de Eisenstein au cours de laquelle une m\u00e8re l\u00e2che un landau en haut d\u2019un escalier et l\u00e8ve les bras au ciel effray\u00e9e, tandis que le b\u00e9b\u00e9 crie, mais sans qu\u2019on l\u2019entende puisque le film est muet. Je la l\u00e2chais de la m\u00eame fa\u00e7on. Elle se sentait comme une enfant abandonn\u00e9e, c\u2019\u00e9tait m\u00eame pire, elle pourrait en mourir. Lui revinrent des paroles de sa m\u00e8re \u201cje craignais beaucoup de te faire tomber lorsque tu \u00e9tais b\u00e9b\u00e9.\u201d Elle associa aussi sur un b\u00e9b\u00e9 qui pleurait et que personne n\u2019entendait. Qui, quant \u00e0 elle, l\u2019entendrait en mon absence&nbsp;? Des sensations p\u00e9nibles, hallucinations des traumatismes infantiles, comme \u201ctomber des bras de sa m\u00e8re\u201d, apparurent en s\u00e9ance, et dans un grand effroi elle me dit aussi \u201cc\u2019est comme si le divan ne pouvait plus me soutenir\u201d. Cette hallucination n\u00e9gative, au sens o\u00f9 A. Green l\u2019a red\u00e9finie r\u00e9cemment, c\u2019est-\u00e0-dire \u201cun ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019effacement de ce qui devrait \u00eatre per\u00e7u\u201d, apparaissant dans le processus transf\u00e9rentiel, va me permettre une \u00e9laboration que je propose en conclusion de cet expos\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les chutes \u00e9voqu\u00e9es lors de cette s\u00e9ance vont s\u2019associer, plus tard, \u00e0 un dire de sa m\u00e8re au sujet de ses origines&nbsp;: \u201cTu es une rescap\u00e9e du bidet\u201d, \u201crescap\u00e9e\u201d fut conjugu\u00e9 avec \u201crescap\u00e9 des camps, de la derni\u00e8re guerre\u201d. La m\u00e8re de ma patiente l\u2019avait sauv\u00e9e de sa propre haine et ma patiente ne s\u2019opposait jamais \u00e0 elle par crainte de sa violence, ce qu\u2019elle faisait d\u2019ailleurs en s\u00e9ance contr\u00f4lant l\u00e0 son agressivit\u00e9 haineuse. Par crainte de repr\u00e9sailles, elle ne pouvait pas non plus psychiquement quitter sa m\u00e8re, restant attach\u00e9e n\u00e9gativement \u00e0 elle, s\u2019agrippant de peur d\u2019\u00eatre l\u00e2ch\u00e9e. Par n\u00e9cessit\u00e9, elle avait prot\u00e9g\u00e9 sa m\u00e8re par son silence, s\u2019identifiant comme sauveur \u00e0 sa grand-m\u00e8re maternelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Un r\u00eave plus tardif permit de desserrer l\u2019emprise par une interpr\u00e9tation dans le transfert. Voici le r\u00eave&nbsp;: \u201cUn couple fornique dans une salle de bain. Un b\u00e9b\u00e9 g\u00eet dans un bidet. Je suis envelopp\u00e9e dans des tissus qui ressemblent \u00e0 vos rideaux. La pi\u00e8ce est tapiss\u00e9e du m\u00eame tissu.\u201d A c\u00f4t\u00e9 de la sc\u00e8ne primitive mortif\u00e8re, elle me semblait enroul\u00e9e dans ma peau. Je lui dis&nbsp;: \u201cMa peau, mes rideaux pour deux.\u201d Ce fantasme d\u2019une peau pour deux d\u00e9crit par D. Anzieu, me sembla \u00eatre une voie de d\u00e9gagement transf\u00e9rentiel sur une bonne m\u00e8re, une fa\u00e7on de rena\u00eetre \u00e0 une vie plus tendre et temp\u00e9r\u00e9e. Le lien haineux \u00e0 la m\u00e8re se manifestait en particulier dans le transfert par les attaques du cadre. La cruaut\u00e9, dont j\u2019\u00e9tais la cible, pouvait \u00eatre comprise comme une mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve d\u2019une contenance dont sa m\u00e8re n\u2019\u00e9tait pas capable, violence qui, exerc\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9gard de celle-ci, l\u2019exposait \u00e0 l\u2019abandon. C\u2019est ainsi qu\u2019elle recherchait ma tendresse, ce qui \u201ctenait\u201d en moi et \u201cla tiendrait\u201d, ce qui ne la laisserait pas tomber malgr\u00e9 tout. Mais, ce qui fondait le lien entre Fr\u00e9d\u00e9rique et sa m\u00e8re n\u2019\u00e9tait pas uniquement le lien haineux mais un d\u00e9sir \u00e9perdu d\u2019\u00eatre aim\u00e9, une aspiration sans fond \u00e0 l\u2019amour maternel. Ces liens me firent penser \u00e0 l\u2019attachement au n\u00e9gatif tel que D. Anzieu le d\u00e9crit. Reprenant son travail, je pus constater que plusieurs crit\u00e8res de l\u2019attachement constitutifs du Moi-peau \u00e9taient manquants chez Fr\u00e9d\u00e9rique&nbsp;: la solidit\u00e9 du portage, la chaleur de l\u2019\u00e9treinte, la douceur du toucher. L\u2019effacement \u00e9tait bien chez Fr\u00e9d\u00e9rique une des principales d\u00e9fenses.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux \u00e9l\u00e9ments furent pour moi des indicateurs du d\u00e9but d\u2019un meilleur fonctionnement chez ma patiente. D\u2019une part, elle va pouvoir int\u00e9grer, dans une sc\u00e8ne primitive, que sa m\u00e8re l\u2019a \u201claiss\u00e9e tomber\u201d pour \u201cs\u2019envoyer en l\u2019air\u201d avec son p\u00e8re, ce qui sexualisait, relibidinalisait et structurait certains de ses fantasmes. D\u2019autre part, la veille d\u2019un d\u00e9part, elle \u201cm\u2019offrit\u201d ces premiers couplets d\u2019une berceuse chant\u00e9e par elle ne savait pas bien qui.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div><em>Une chanson douce<\/em><br><em>Que me chantait ma maman<\/em>,<br><em>En su\u00e7ant mon pouce<\/em><br><em>J\u2019\u00e9coutais en m\u2019endormant<\/em>.<br><em>Cette chanson douce<\/em>,<br><em>Je veux la chanter pour toi<\/em><br><em>Car ta peau est douce<\/em><br><em>Comme la mousse des bois<\/em>.<br><br><footer><strong><em>Le loup, la biche et le chevalier.<\/em><\/strong>, Henri Salvador)<\/footer>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Beaucoup de remarques peuvent \u00eatre encore faites ici partant de l\u2019enveloppe sonore de l\u2019analyste, mais il est temps de conclure.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>Revenons \u00e0 Fr\u00e9d\u00e9rique ne percevant pas le support, la maintenance du divan et par cons\u00e9quent celle de son analyste. Cette hallucination n\u00e9gative de l\u2019un des aspects du Moi-peau pouvait renforcer l\u2019id\u00e9e d\u2019une carence de Moi-peau et de tendresse, mais remarquons aussi que c\u2019est \u00e0 mon contact que l\u2019hallucinatoire de transfert se mobilisait comme absence de contact. La non perception du divan renvoyait \u00e0 une absence contenue par ma pr\u00e9sence. Ceci me permit une \u00e9laboration joignant D. Anzieu et A. Green.<\/p>\n\n\n\n<p>Notons d\u2019abord, qu\u2019A. Green est un des psychanalystes fran\u00e7ais qui a le plus travaill\u00e9 la question du n\u00e9gatif, je pense en particulier \u00e0 ses concepts de travail du n\u00e9gatif, de narcissisme n\u00e9gatif, de fonction d\u00e9sobjectalisante et surtout pour mon \u00e9laboration \u00e0 celui d\u2019hallucination n\u00e9gative de la m\u00e8re dans son rapport \u00e0 la structure encadrante. La place du n\u00e9gatif prend l\u00e0, une valeur fondatrice. Selon A. Green, lorsque la m\u00e8re comme objet de satisfaction primaire s\u2019absente, se produit l\u2019hallucination n\u00e9gative, effacement de la repr\u00e9sentation maternelle, vide repr\u00e9sentationnel qui mobilise le Moi qui va rechercher des repr\u00e9sentations. La satisfaction hallucinatoire acquiert alors son statut d\u2019hallucination des \u00e9tats de satisfaction, sa dimension de virtualit\u00e9. La structure encadrante constitue ainsi une matrice qui articule le travail du n\u00e9gatif et l\u2019\u00e9mergence des repr\u00e9sentations, elle devient source de l\u2019auto-organisation et de la r\u00e9flexivit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, lorsque le nourrisson est confront\u00e9 \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience d\u2019\u201cune m\u00e8re morte\u201d, d\u2019\u201cune m\u00e8re ailleurs\u201d ou d\u2019une tendresse au n\u00e9gatif, le cadre ne peut plus cr\u00e9er de repr\u00e9sentation de substitution&nbsp;; il ne contient que le vide, c\u2019est-\u00e0-dire la non-existence de l\u2019objet ou d\u2019un quelconque objet de substitution. L\u2019hallucination n\u00e9gative de l\u2019objet ne peut \u00eatre surmont\u00e9e, le n\u00e9gatif ne conduit pas \u00e0 une substitution positive alternative.<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re formulation par A. Green de ce double concept qui se trouve dans les <em>Id\u00e9es directrices<\/em> est la suivante&nbsp;: \u201cJe fais l\u2019hypoth\u00e8se que l\u2019enfant (quelle que soit la culture dans laquelle il na\u00eet) est tenu par la m\u00e8re contre son corps. Lorsque le contact avec le corps de la m\u00e8re est interrompu, ce qui persiste de cette exp\u00e9rience est la trace du contact corporel &#8211; le plus souvent, le bras de la m\u00e8re- qui constitue une structure encadrante abritant la perte de la perception de l\u2019objet maternel, comme une hallucination n\u00e9gative de celle-ci. C\u2019est sur ce fond de n\u00e9gativit\u00e9 que vont s\u2019inscrire les futures repr\u00e9sentations d\u2019objet abrit\u00e9es par la structure encadrante.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>La structure encadrante est ainsi le r\u00e9sultat de l\u2019internalisation des contacts maternels avec son nourrisson, peau \u00e0 peau, corps \u00e0 corps de l\u2019un avec l\u2019autre, de la tendresse maternelle. Ainsi, le cadre que je proposais avec ses diff\u00e9rents contacts (et non-contacts) permettait \u00e0 Fr\u00e9d\u00e9rique d\u2019en halluciner l\u2019absence et il me semble que cela permit la recherche, entre autres, de la satisfaction hallucinatoire que comportait le r\u00eave d\u2019une peau pour deux montrant une internalisation du Moi-peau.<br>La proposition d\u2019articulation th\u00e9orique suivante m\u2019est alors venue&nbsp;: le Moi-peau est une structure topographique complexe \u00e0 double enveloppe qui rend compte du moi-corps constitu\u00e9 par un investissement pulsionnel \u00e0 double foyer&nbsp;: la m\u00e8re qui procure des contacts et l\u2019enfant qui les recherche lui en procurant. La rupture de contact li\u00e9 aux interdits du contact engendre la structure encadrante et la trace n\u00e9gativ\u00e9e du Moi-peau de la m\u00e8re.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9512?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u201cTravailler la peau comme une \u0153uvre d\u2019art en m\u00eame temps que comme v\u00e9hicule d\u2019une communication primordiale entre les humains devint mon id\u00e9al.\u201d L\u2019\u00c9piderme nomade &nbsp; L\u2019aboutissement du travail de D. 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