{"id":9508,"date":"2021-08-22T07:30:06","date_gmt":"2021-08-22T05:30:06","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/la-premiere-fois-3\/"},"modified":"2021-09-24T15:45:41","modified_gmt":"2021-09-24T13:45:41","slug":"la-premiere-fois","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/la-premiere-fois\/","title":{"rendered":"La premi\u00e8re fois"},"content":{"rendered":"\n<p>\u201cLa premi\u00e8re fois\u201d se d\u00e9cline de mani\u00e8re multiforme, en tout cas dans le langage pulsionnel, de la premi\u00e8re t\u00e9t\u00e9e \u00e0 la premi\u00e8re relation sexuelle. L\u2019ennui, c\u2019est que la premi\u00e8re fois ne peut \u00eatre narr\u00e9e au pr\u00e9sent par ses acteurs. Elle peut \u00eatre anticip\u00e9e &#8230; \u201cJe ne l\u2019ai jamais fait, je voudrais que cela soit comme \u00e7a etc&#8230;\u201d. Racont\u00e9e, elle est d\u00e9j\u00e0 reconstruite, elle engage un amont et du m\u00eame coup cr\u00e9e un aval. Et si nous imaginions une saisie de l\u2019\u00e9v\u00e9nement en <em>live<\/em>, le r\u00e9sultat descriptif ne serait pas \u00e0 la hauteur de son v\u00e9ritable contenu dans la mesure o\u00f9 il impliquerait le regard de l\u2019autre, du tiers comme interpr\u00e8te de la partition qui nous int\u00e9resse.<\/p>\n\n\n\n<p>Qui peut dire en effet la premi\u00e8re fois, sinon dans le r\u00e9cit, o\u00f9 le pass\u00e9 recompose l\u2019\u00e9v\u00e9nement de ses attentes et de ses inflexions, de ses attendus et de ses surprises. Y a-t-il une toute premi\u00e8re fois et si oui que peut-on en saisir&nbsp;? Ce constat para\u00eet n\u00e9cessaire \u00e0 qui souhaite restituer \u00e0 \u201cla clinique des premiers entretiens avec les enfants et les adolescents\u201d sa part substantielle d\u2019originalit\u00e9, de sp\u00e9cificit\u00e9. Cette clinique-l\u00e0 \u00e9chappe \u00e0 la description, au cadrage bien qu\u2019elle soit l\u2019objet de chapitres argument\u00e9s dans les trait\u00e9s de psychopathologie. C\u2019est un point sur lequel j\u2019ai particuli\u00e8rement insist\u00e9 dans mes travaux et dans mon enseignement. Pass\u00e9e l\u2019appropriation de mots et de repr\u00e9sentations qui permet l\u2019\u00e9change ult\u00e9rieur, (comme la connaissance de l\u2019alphabet autorise l\u2019\u00e9criture) les premiers entretiens avec les enfants et les adolescents apparaissent comme contenant d\u00e9j\u00e0 l\u2019histoire&nbsp;: celle du patient et la n\u00f4tre. Quel enfant, quel adolescent avons-nous \u00e9t\u00e9&nbsp;? Quel miroir de nos id\u00e9aux ou de nos blessures, de nos failles, celui que nous avons devant nous est-il pour nous&nbsp;? Quelles indications nous donne-t-il sur notre propre histoire, sur la construction de celle-ci, qui nous permette de penser que nous partagerons quelque chose avec lui, que nous ferons avec lui un bout de chemin&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u201cLa premi\u00e8re fois\u201d serait un mythe, une construction \u00e0 la tentation de laquelle personne n\u2019\u00e9chappe, comme s\u2019il fallait de temps en temps tenter d\u2019\u00e9prouver la pl\u00e9nitude narcissique du cr\u00e9ateur. La premi\u00e8re fois ne serait jamais qu\u2019une accumulation de d\u00e9j\u00e0-l\u00e0, de d\u00e9j\u00e0-vu, de d\u00e9j\u00e0-\u00e9prouv\u00e9 qui comme toutes les th\u00e9ories infantiles, de l\u2019universalit\u00e9 du p\u00e9nis \u00e0 la th\u00e9orie cloacale ou au co\u00eft sadique, contient sa petite part de v\u00e9rit\u00e9 mais n\u2019\u00e9puise pas le sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>Il se trouve que la semaine derni\u00e8re, alors que je pensais aux restes culturels, aux lieux communs qui hantent la notion de consultation \u201cpsychologique\u201d dans notre soci\u00e9t\u00e9 et qui contrarient l\u2019id\u00e9e d\u2019une originalit\u00e9 de la \u201cpremi\u00e8re fois\u201d, dans la mesure o\u00f9 la d\u00e9marche s\u2019inscrit dans un parcours d\u2019assistances de tous ordres d\u00e9j\u00e0-l\u00e0, (je pensais tout banalement aux repr\u00e9sentations de la folie, aux rat\u00e9s pr\u00e9coces de l\u2019adaptation \u00e0 l\u2019\u00e9cole&nbsp;; je pensais \u00e0 la r\u00e9activation de l\u2019histoire des parents souvent bless\u00e9s, qui sans conna\u00eetre Foucault, se sentent d\u00e9sign\u00e9s et exclus) <em>Le Monde<\/em> a publi\u00e9 la magnifique conf\u00e9rence de Pascal Quignard au Centre Roland Barthes (19 novembre 02) sur <em>Le Pass\u00e9 et le Jadis<\/em>. Je lis \u201cNous ne sommes jamais la source. Une image nous manque, qui nous pr\u00e9c\u00e8de et nous confie \u00e0 sa recherche. La beaut\u00e9 pr\u00e9c\u00e8de l\u2019homme et am\u00e8ne avec elle un retard irrattrapable\u201d. Et je lis encore&nbsp;: \u201cIl n\u2019y a pas que du linguistique (que du domestique) qui erre dans le langage que nous acquerons vers vingt mois. Il y a un indomesticable que je nomme le jadis et que j\u2019oppose au pass\u00e9 comme la lave \u00e9ruptive s\u2019oppose et d\u00e9vaste la cro\u00fbte solide et beaucoup plus r\u00e9cente des vieilles \u00e9ruptions s\u00e9diment\u00e9es\u201d. Je r\u00e9duis bien s\u00fbr le sens de ce texte sublime en lui attribuant la fonction d\u2019introduire mon propos. Que l\u2019auteur me pardonne&nbsp;! Le Jadis est cet indomesticable de nos histoires que nous tentons ind\u00e9finiment de nous r\u00e9approprier et qui soustrait la premi\u00e8re fois \u00e0 toute tentative de sch\u00e9matisation. Quelles que soient nos comp\u00e9tences d\u2019attention, d\u2019\u00e9coute, quels que soient les bonheurs de saisir \u201cla preuve par la parole\u201d de nos intuitions, ou au contraire l\u2019insatisfaction d\u2019une rencontre rat\u00e9e, il faut admettre que la premi\u00e8re fois c\u00e8le des \u00e9nigmes et que nous n\u2019avons pas les outils suffisants pour les lever. Si le pass\u00e9 peut faire l\u2019objet du r\u00e9cit, le jadis s\u2019y d\u00e9robe.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette premi\u00e8re fois qui n\u2019existe pas, nous devons pourtant la faire exister, ne serait-ce que pour pouvoir \u201ccommencer\u201d, pour pouvoir concevoir quelque chose d\u2019une relation \u00e0 l\u2019autre dont nous aurions \u00e0 saisir ce qui l\u2019affecte, la modifie ou ce qui lui est \u00e9tranger. La premi\u00e8re fois n\u2019est accessible que dans l\u2019apr\u00e8s coup certes. C\u2019est une rencontre qui a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vue mais ne pr\u00e9sume rien de son devenir. Elle se d\u00e9clinera selon les dispositions respectives des partenaires, dans l\u2019\u00e9change des mots ou des productions de chacun visant \u00e0 \u00e9tablir le lien, la communication (le dessin, le jeu, l\u2019\u00e9change sensoriel ou moteur). Rien ne peut en laisser pr\u00e9voir le d\u00e9roulement. Il s\u2019agit, \u00e0 chaque fois, d\u2019une partie \u00e0 rejouer, d\u2019un poker dans lequel nous ne sommes pas n\u00e9cessairement en posture avantageuse. Si nous pouvons, \u00e0 la fin d\u2019un parcours, dire que les conditions du succ\u00e8s ou de l\u2019\u00e9chec de la th\u00e9rapie \u00e9taient inscrites dans la premi\u00e8re consultation, ceci non plus n\u2019est pas saisissable <em>Hic et Nunc<\/em>. Il serait aventureux de s\u2019asseoir sur des certitudes d\u00e8s la premi\u00e8re rencontre. Je r\u00e9sumerai ces consid\u00e9rations en r\u00e9p\u00e9tant que \u201cla premi\u00e8re fois\u201d n\u2019est pas un instant d\u00e9termin\u00e9 mais une aventure dont les pr\u00e9misses sont d\u00e9j\u00e0 \u00e9crites et que nous ne ma\u00eetrisons pas.<br>De cette premi\u00e8re fois, nous pouvons th\u00e9oriser, c\u2019est-\u00e0-dire tenter de g\u00e9n\u00e9raliser par avance deux choses&nbsp;: les questions du cadre et des contre-attitudes institutionnelles. Comment accueille-t-on les invit\u00e9s&nbsp;? Est-ce qu\u2019on va d\u00eener dans la cuisine ou dans la salle \u00e0 manger, voire dans le salon&nbsp;? A quel genre de cuisine nos invit\u00e9s sont-ils sensibles&nbsp;? Bien les recevoir et parler leur langue. Pas d\u2019exotisme pour certains, au contraire&nbsp;! Des efforts de notre part pour rendre sensible \u00e0 leurs yeux la d\u00e9marche dans laquelle nous nous engageons. Je parle le langage de la pulsion orale mais cela aussi se d\u00e9cline. Comment l\u2019institution se pr\u00e9pare-t-elle \u00e0 entendre un nouveau patient et \u00e0 recevoir sa demande&nbsp;? Comment faire (et \u00eatre) pour que le jeune patient \u00e9prouve cette premi\u00e8re rencontre comme un moment de reconnaissance de sa personne et de ses difficult\u00e9s&nbsp;? On sait la sensibilit\u00e9 narcissique de l\u2019adolescent \u00e0 ces signes ext\u00e9rieurs dont il nourrit ses r\u00e9sistances \u00e0 une demande d\u2019aide. Comment faire en sorte que l\u2019\u00e9preuve ne soit pas insurmontable&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La question du cadre<\/h2>\n\n\n\n<p>Elle se r\u00e9sume \u00e0 la question des conditions optimales de l\u2019accueil et de l\u2019\u00e9coute. Il est important que le jeune sache le nom de la personne qu\u2019il doit rencontrer et qu\u2019il ait le sentiment d\u2019\u00eatre attendu. Dans les institutions \u00e0 vocation d\u2019aide psychologique, les jeunes supportent mal le fait de partager une salle d\u2019attente avec les tout-petits. Il est int\u00e9ressant de noter que ce qu\u2019ils peuvent supporter chez leur p\u00e9diatre, en priv\u00e9, est v\u00e9cu, ici, comme une blessure narcissique&nbsp;: illustration s\u2019il en \u00e9tait besoin, du fait que, dans son imaginaire, \u201ccorps\u201d et \u201cpsych\u00e9\u201d n\u2019ont pas le m\u00eame statut. Ce ne sont pas les qualit\u00e9s esth\u00e9tiques du local, les couleurs des murs ou la d\u00e9coration <em>ad hoc<\/em> du Centre qui sont en question, mais le fait que le jeune puisse percevoir qu\u2019il y est re\u00e7u comme une personne \u00e0 part enti\u00e8re, digne de respect et que tout est en place pour que la confidentialit\u00e9 de sa demande soit assur\u00e9e. Il est \u00e9vident que les signes ext\u00e9rieurs de qualit\u00e9 de l\u2019accueil ne rel\u00e8vent pas seulement d\u2019\u00e9l\u00e9ments d\u2019une organisation mat\u00e9rielle, mais supposent un projet d\u2019\u00e9quipe auquel chacun contribue par sa mani\u00e8re d\u2019\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>La qualit\u00e9 d\u2019\u00e9coute est aussi partiellement d\u00e9pendante du cadre. Le temps dont nous disposons en est un \u00e9l\u00e9ment essentiel, encore qu\u2019un certain nombre de choses puisse s\u2019exprimer de mani\u00e8re inattendue, fugace, incontr\u00f4l\u00e9e, dans les couloirs ou sur le pas de la porte. Le temps certes v\u00e9hicule des implicites diff\u00e9rents selon que la \u201cpremi\u00e8re fois\u201d a vocation \u00e0 engager une d\u00e9marche psychoth\u00e9rapique ou une d\u00e9marche \u00e9valuative, laquelle viserait \u00e0 poser une indication th\u00e9rapeutique, mais il n\u2019est pas \u201caccessoire\u201d. Chaque professionnel a dans les tiroirs de ses souvenirs un cas, des cas, o\u00f9 au cours d\u2019un \u00e9change improvis\u00e9, d\u2019un entretien \u00e9court\u00e9, d\u2019une rencontre non programm\u00e9e au secr\u00e9tariat ou dans les couloirs, surgit brusquement la cl\u00e9 signifiante d\u2019une histoire conflictuelle jusque-l\u00e0 obscure. On ne peut cependant miser sur ces exceptions pour sous-estimer la fonction du temps allou\u00e9 \u00e0 la qualit\u00e9 de la rencontre. Il importe que ce temps soit balis\u00e9 sans rigidit\u00e9, qu\u2019il permette au patient de se d\u00e9ployer et en m\u00eame temps que la demi-heure, les trois quarts d\u2019heure introduisent de la r\u00e9alit\u00e9 et de \u201cl\u2019alt\u00e9rit\u00e9\u201d dans cette premi\u00e8re prise de contact.<\/p>\n\n\n\n<p>Le cadre est l\u00e0 pour contenir l\u2019angoisse et favoriser l\u2019expression des conflits internes. S\u2019il n\u2019existe pas, si l\u2019adolescent n\u2019a pas les indices qui lui permettent de se repr\u00e9senter les contraintes externes auxquelles sa demande le soumet, il risque d\u2019\u00eatre vite submerg\u00e9 d\u2019affects incontr\u00f4lables. Le cadre, l\u2019horaire, le temps, les rituels de l\u2019accueil en institution ou en priv\u00e9 sont des \u00e9l\u00e9ments qui contiennent les \u00e9prouv\u00e9s li\u00e9s au d\u00e9sir de s\u00e9duire ou \u00e0 celui d\u2019\u00eatre objet de s\u00e9duction. Le cadre est l\u2019outil de gestion d\u2019une distance bien temp\u00e9r\u00e9e \u00e0 l\u2019adolescent, et en ce sens participe d\u00e9j\u00e0 d\u2019un processus psychoth\u00e9rapique, si celui-ci doit advenir. Le cadre s\u2019impose de l\u2019ext\u00e9rieur, comme un en-soi et il n\u2019est sans doute pas n\u00e9gligeable, alors, d\u2019en pr\u00e9ciser rapidement les contours et les contraintes. Parler du cadre, c\u2019est engager la repr\u00e9sentation du processus th\u00e9rapeutique. Aussi n\u2019est-ce pas inutile de le mettre en mots&nbsp;: \u201cpourquoi \u00eates-vous l\u00e0, qu\u2019est-ce qui vous am\u00e8ne&nbsp;? Quels sont les enjeux de la d\u00e9marche, comment \u00e7a se passe\u201d. L\u2019adolescent a besoin, sinon de s\u2019entendre \u00e9noncer la r\u00e8gle fondamentale, en tout cas de savoir que nous sommes l\u00e0 pour l\u2019aider \u00e0 comprendre, \u00e0 \u00e9laborer, et qu\u2019il est l\u00e0 pour dire.<br>Je pense cependant \u00e0 ces adolescents qui \u201cn\u2019ont pas de mots\u201d, qui d\u00e9barquent contraints et forc\u00e9s par quelque instance \u00e9ducative ou judiciaire, encore qu\u2019on puisse se dire que s\u2019ils sont l\u00e0, c\u2019est qu\u2019ils le veulent bien un peu. Ces jeunes-l\u00e0 parlent le langage du corps&nbsp;: ils sont dissimul\u00e9s dans des grandes parkas, des pantalons \u00e9normes, des capuches qui leur tombent sur les yeux et masquent leurs visages, ou bien ils exhibent des paupi\u00e8res ou des langues perc\u00e9es, des oreilles tintinabulantes. Ils n\u2019ont de mots que ceux de la bande ou de la rue, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019ils n\u2019en ont pas et que ce qu\u2019ils apportent n\u2019est pas de l\u2019ordre du signifiant linguistique mais de celui du signifiant corporel informe ou mis \u00e0 mal par le vide int\u00e9rieur. La question du cadre, ici, se probl\u00e9matise de notre \u201cmani\u00e8re d\u2019\u00eatre\u201d plus que de notre capacit\u00e9 \u00e0 dire. C\u2019est de cette appr\u00e9ciation de la qualit\u00e9 de l\u2019\u00e9tat de la construction subjectale que d\u00e9pendra l\u2019issue de \u201ccette premi\u00e8re fois\u201d. Elle implique l\u2019am\u00e9nagement du cadre et l\u2019analyse d\u2019un contre-transfert plus difficile \u00e0 g\u00e9rer lorsque le patient n\u2019est pas \u201cconforme\u201d au mod\u00e8le habituel.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Contre-attitudes et contre-transfert<\/h2>\n\n\n\n<p>S\u2019il est n\u00e9cessaire de dater un premier entretien, une premi\u00e8re d\u00e9marche pour des raisons administratives ou mat\u00e9riellement personnelles, ce que nous \u00e9coutons, ce que nous voyons, ce que nous recevons d\u2019information est une histoire qui nous a \u00e9chapp\u00e9 et sur laquelle nous avons peu de prises, sauf \u00e0 fournir, si l\u2019occasion nous en est donn\u00e9e, les outils qui permettront au jeune patient de se percevoir comme acteur de sa propre vie, de s\u2019historiciser.<\/p>\n\n\n\n<p>Je voudrais faire ici une double parenth\u00e8se. La premi\u00e8re concerne la pratique psychanalytique dans les centres infanto-juv\u00e9niles. Je renvoie les lecteurs, pour l\u2019essentiel, \u00e0 l\u2019article de Jean Losserand paru dans <em>Le Coq H\u00e9ron<\/em> sur l\u2019histoire de la consultation psychanalytique. Il y d\u00e9crit minutieusement, historiquement, comme il sait le faire, l\u2019aventure des premiers psychanalystes, mettant en \u0153uvre les d\u00e9couvertes freudiennes. L\u2019histoire a montr\u00e9 que si cette aventure s\u2019est d\u00e9ploy\u00e9e, sa rigueur s\u2019est souvent disqualifi\u00e9e en raison m\u00eame de la multiplication et de la disparit\u00e9 de ses indications. D\u2019une part, le travail avec les psychotiques a contraint \u00e0 des am\u00e9nagements du cadre, \u00e0 des introductions d\u2019outils d\u2019expression qui n\u2019ont plus rien \u00e0 voir avec la technique psychanalytique telle qu\u2019elle fut enseign\u00e9e initialement. La d\u00e9finition m\u00eame du m\u00e9tier d\u2019analyste s\u2019y est trouv\u00e9e bouscul\u00e9e. Les prises en charge d\u2019outre-atlantique nous confirment cette d\u00e9viance soutenue par des option plus adaptatives ou r\u00e9\u00e9ducatives que strictement analytiques. D\u2019autre part, victime de son succ\u00e8s, la pratique psychanalytique s\u2019est \u201cg\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e\u201d non pas au sens d\u2019une d\u00e9mocratisation de son acc\u00e8s, mais comme une th\u00e9orie qui infiltrerait sans les gauchir toutes sortes d\u2019autres techniques. Or, si le divan n\u2019est pas le crit\u00e8re du processus analytique, la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Freud n\u2019est pas non plus celui d\u2019une prise en charge \u201canalytique\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>La seconde concerne l\u2019\u00e9valuation du type de prise en charge susceptible d\u2019\u00eatre propos\u00e9e \u00e0 l\u2019adolescent qui nous est adress\u00e9. Avec les ann\u00e9es, l\u2019\u00e9volution du monde des id\u00e9es, la psychoth\u00e9rapie s\u2019est donc g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Il faut noter cependant que dans l\u2019esprit du public, sa \u201cvulgarisation\u201d l\u2019a amput\u00e9e de sa sp\u00e9cificit\u00e9. Tout serait indication de psychoth\u00e9rapie puisque la psychoth\u00e9rapie se r\u00e9sumerait aux effets cathartiques du dire. En t\u00e9moignent les cellules de crise et des pompiers de l\u2019\u00e2me que nous voyons syst\u00e9matiquement se constituer ou \u00e9merger d\u00e8s qu\u2019un accident se produit. Nous avons sans doute contribu\u00e9 \u00e0 cet \u00e9tat des choses. Il n\u2019en reste pas moins que nous ne pouvons pas l\u2019entretenir. La souffrance d\u2019un adolescent n\u2019est pas n\u00e9cessairement une indication de psychoth\u00e9rapie. Je voudrais rappeler ici la prudence avec laquelle Pierre M\u00e2le en d\u00e9cidait pr\u00e9f\u00e9rant souvent ce qu\u2019il appelait \u201cune p\u00e9dagogie curative\u201d. J\u2019\u00e9voquerai aussi l\u2019int\u00e9r\u00eat des techniques du corps ou des ateliers divers d\u2019expression ou de cr\u00e9ation. Cette parenth\u00e8se pour insister sur le fait que la psychoth\u00e9rapie n\u2019est pas n\u00e9cessairement psychanalytique, mais que toute psychoth\u00e9rapie implique un travail sp\u00e9cifique autour d\u2019un objet que celui-ci soit le corps, la qualit\u00e9 du jugement, ou la parole. Si la question de la technique demeure donc li\u00e9e \u00e0 la sp\u00e9cificit\u00e9 de l\u2019approche, celle du contre-transfert et des contre-attitudes est commune \u00e0 tous les praticiens qui se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 la psychanalyse.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette \u201cpremi\u00e8re fois\u201d dont je pointais tout \u00e0 l\u2019heure la dimension mythique, il y a n\u00e9cessit\u00e9 de tenter de rencontrer la situation imaginaire du patient et de poser une indication. L\u2019indication psychanalytique n\u2019est pas la panac\u00e9e en toutes circonstances. Quel outil du pass\u00e9 va-t-on tenter de remobiliser pour que le plaisir de penser s\u2019incarne dans celui de vivre son corps&nbsp;; pour que les investissements soient plus libres, et que la prise sur le monde (ou l\u2019environnement) ne soit pas un enjeu d\u00e9fensif&nbsp;? Comment faire pour que les entraves de son monde interne soient moins contraignantes&nbsp;? Que lui proposer pour que le plaisir d\u2019\u00eatre, de penser et de cr\u00e9er le motive dans le choix de ses investissements&nbsp;?<br>Ces questions sont implicites \u00e0 la premi\u00e8re rencontre. Encore doivent-elles \u00eatre filtr\u00e9es par une interrogation sur nos contre-attitudes. C\u2019est une banalit\u00e9 de le formuler ainsi&nbsp;! Cependant, s\u2019il y a un processus qui peut pond\u00e9rer les effets du pass\u00e9 du patient que nous ne ma\u00eetrisons pas, c\u2019est bien du contre-transfert dont il s\u2019agit, mais sur celui-ci j\u2019ai peu \u00e0 dire en g\u00e9n\u00e9ral, convaincue que sa th\u00e9orie est une affaire particuli\u00e8re qui ne s\u2019\u00e9puise pas. Il s\u2019agit toujours d\u2019une \u201cpremi\u00e8re fois\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9508?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u201cLa premi\u00e8re fois\u201d se d\u00e9cline de mani\u00e8re multiforme, en tout cas dans le langage pulsionnel, de la premi\u00e8re t\u00e9t\u00e9e \u00e0 la premi\u00e8re relation sexuelle. 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