{"id":9497,"date":"2021-08-22T07:30:06","date_gmt":"2021-08-22T05:30:06","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/le-paradoxe-winnicott-2\/"},"modified":"2021-10-24T20:45:42","modified_gmt":"2021-10-24T18:45:42","slug":"le-paradoxe-winnicott","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/le-paradoxe-winnicott\/","title":{"rendered":"Le paradoxe Winnicott"},"content":{"rendered":"\n<p>Ce que tu viens de dire ne me rend pas la t\u00e2che facile, car c\u2019est, pour une part, indiscutable. Il y a une dimension de t\u00e9moignage, \u00e9mouvante et pr\u00e9cieuse, qui ne se discute pas. Mais un t\u00e9moignage convoque toujours un tiers, devant qui attester, et, en t\u2019\u00e9coutant, nous sommes mis \u00e0 cette place &#8211; \u00e0 tous points de vue excessive &#8211; qui ouvre au d\u00e9bat qui est un terme que tu aimes bien, d\u2019autant que tu t\u00e9moignes de ton d\u00e9bat avec Winnicott, avec son \u0153uvre. Mon intervention sera plut\u00f4t un \u00e9cho \u00e0 ce que tu as pu apporter, plut\u00f4t qu\u2019une discussion de propositions th\u00e9oriques. En t\u2019\u00e9coutant, je me suis demand\u00e9 o\u00f9 j\u2019\u00e9tais en 1971, ann\u00e9e fatale pour Winnicott. Ce mot de \u00ab libert\u00e9 \u00bb que tu as rappel\u00e9, qui qualifiait l\u2019attitude de Winnicott pour Octave Mannoni, m\u2019a conduit \u00e0 cette question. En 1971, j\u2019entrais \u00e0 peine dans mon premier stage de licence de psychologie \u00e0 l\u2019\u00e9cole de Bonneuil, fond\u00e9e par Maud Mannoni avec l\u2019aide, entre autres, de Pierre Fedida, qui adressait les \u00e9tudiants de Paris 7 pour des stages b\u00e9n\u00e9voles. Mais ce qu\u2019on sait moins dans cette affaire, c\u2019est la place de Winnicott dans cette aventure. En effet, Lacan avait adress\u00e9 \u00e0 Winnicott certains de ses \u00e9l\u00e8ves, Ginette Raimbault et Maud Mannoni qui entreprirent une supervision avec lui. Au cours de ses visites \u00e0 Londres, Winnicott les avait encourag\u00e9es \u00e0 visiter&nbsp;<em>Kingsley Hall<\/em>, o\u00f9 travaillait Ronald Laing, qui avait \u00e9t\u00e9 un de ses \u00e9l\u00e8ves. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019est n\u00e9 le projet de cr\u00e9er un lieu dit d\u2019\u00ab antipsychiatrie \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire en retenant \u00ab l\u2019attitude \u00bb de cette exp\u00e9rience anglaise sans souscrire aux th\u00e9ories qui sous-tendaient le projet. C\u2019est donc une des origines de la Fondation de Bonneuil. Je rappelle d\u2019ailleurs que lors du Congr\u00e8s de 1967 sur les psychoses de l\u2019enfant, o\u00f9, invit\u00e9, Winnicott finalement ne vint pas, il envoya Laing et Cooper, ainsi qu\u2019un texte&nbsp;<em>La schizophr\u00e9nie infantile en termes d\u2019\u00e9chec d\u2019adaptation<\/em>, traduit et lu par Octave Mannoni<sup>2<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019insisterai aussi sur ce que Daniel Widl\u00f6cher rappelait, qui est essentiel, quant au peu de place fait \u00e0 la psychanalyse d\u2019enfant et au travail avec les psychotiques dans la formation des psychanalystes. Il t\u00e9moigne, dans son livre <em>Comment on devient psychanalyste\u2026et comment on le reste<\/em><sup>3<\/sup>, de ce qui s\u2019est pass\u00e9 en Angleterre avec la difficult\u00e9 d\u2019introduire l\u2019analyse d\u2019enfant dans la formation du psychanalyste. Que dire alors de la situation en France ! Mais, pour ouvrir la discussion, je retiendrai deux points, en commen\u00e7ant par la notion de paradoxe. Le paradoxe pour Winnicott n\u2019est pas simplement quelque chose qui peut se d\u00e9duire de son mode de pens\u00e9e &#8211; une pens\u00e9e qui se pr\u00e9sente constamment comme paradoxale &#8211; mais un concept. Ce n\u2019est pas seulement une tournure d\u2019esprit, il en fait un concept.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est vrai que la pens\u00e9e de Winnicott s\u2019\u00e9nonce tr\u00e8s souvent sous cette forme, il y a certainement quelque chose de l\u2019esprit anglais. Juliet Mitchell, lorsque nous avons fait ce colloque \u00e0 l\u2019Institut Fran\u00e7ais de Londres, <em>Winnicott avec Lacan<\/em>, s\u2019\u00e9tonnait de ce que les analystes fran\u00e7ais de tous bords s\u2019int\u00e9ressent tant \u00e0 Winnicott<sup>4<\/sup> : \u00ab <em>He\u2019s so british !<\/em> \u00bb En \u00e9coutant l\u2019une des tables rondes pr\u00e9c\u00e9dentes, je pensais \u00e0 cette id\u00e9e, g\u00e9n\u00e9ralement admise aujourd\u2019hui, qui nous vient d\u2019outre-Manche, que nous sommes tous cr\u00e9ateurs : a-t-elle la m\u00eame r\u00e9sonnance dans le monde fran\u00e7ais ? Dans un monde qui n\u2019a pas eu par exemple quelqu\u2019un comme l\u2019\u00e9v\u00eaque Berkeley dans sa culture. Il faut quand m\u00eame un certain agencement de pens\u00e9es dans une culture pour qu\u2019ensuite d\u2019autres pens\u00e9es soient possibles. Ainsi Winnicott se disait tr\u00e8s m\u00e9fiant \u00e0 l\u2019\u00e9gard des th\u00e9ories, mais on voit \u00e0 quel point sa th\u00e9orie est cons\u00e9quente et consistante. Il pr\u00e9tendait m\u00eame n\u2019avoir pas lu Freud, mais tout d\u00e9duire de l\u2019exp\u00e9rience. Pourtant \u00e0 certains endroits, il propose des commentaires pr\u00e9cis de passages de textes de Freud. Une autre affirmation paradoxale ? Ou une m\u00e9fiance toute britannique \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un certain mode de th\u00e9orisation ?<\/p>\n\n\n\n<p>Le paradoxe au sens de Winnicott n\u2019est pas simplement une formule qui va \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019opinion commune, mais, sur le plan logique, un \u00e9nonc\u00e9 auquel on peut attribuer une valeur de v\u00e9rit\u00e9 sans \u00eatre amen\u00e9 \u00e0 constater une contradiction. D\u2019ailleurs, la psychanalyse n\u2019est-elle pas fondamentalement paradoxale, puisqu\u2019elle consiste \u00e0 se d\u00e9faire pour chacun de l\u2019opinion commune ? A tel point, que, lorsque nos th\u00e9ories diffusant dans la culture finissent par nourrir le discours courant, elles deviennent le ferment majeur de la r\u00e9sistance commune \u00e0 la psychanalyse elle-m\u00eame, et ne sont pas sans poser de probl\u00e8me \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le paradoxe a pour Winnicott une valeur de plus. Il donne au paradoxe une valeur fondamentale, conceptuelle, puisqu\u2019il en distingue deux principalement qui renvoient \u00e0 deux textes que Daniel Widl\u00f6cher a cit\u00e9s. Tout d\u2019abord le \u00ab paradoxe essentiel \u00bb, <em>essential paradox<\/em> ; et puis le second paradoxe, <em>second paradox<\/em>. Le paradoxe essentiel est celui de l\u2019objet transitionnel. L\u2019objet transitionnel est un objet que la m\u00e8re propose \u00e0 son enfant, s\u2019attendant &#8211; dans la traduction fran\u00e7aise &#8211; \u00e0 ce que l\u2019enfant \u00ab s\u2019y attache avec passion \u00bb. En anglais, la m\u00e8re attend que l\u2019enfant devienne <em>addicted<\/em> \u00e0 cette chose<sup>5<\/sup>. Le lien est d\u2019une nature tr\u00e8s particuli\u00e8re, tout comme la position de l\u2019autre dans l\u2019investissement possible de l\u2019objet, ce qui le situe dans un autre registre. Le paradoxe est que cet objet est \u00e0 la fois \u00e0 la m\u00e8re et \u00e0 l\u2019enfant, et qu\u2019en m\u00eame temps, il n\u2019est ni \u00e0 l\u2019un ni \u00e0 l\u2019autre. Ce n\u2019est pas tant qu\u2019il soit \u00e0 l\u2019un et \u00e0 l\u2019autre ; c\u2019est le fait qu\u2019\u00e0 la fois, il appartient aux deux et n\u2019appartient pas \u00e0 l\u2019un ou \u00e0 l\u2019autre. A cet \u00e9gard il joue le r\u00f4le d\u2019interm\u00e9diaire, mais sa fonction propre \u00e9chappe \u00e0 l\u2019observation. La s\u00e9paration observable de deux individus ne correspond pas \u00e0 ce qu\u2019un analyste peut investir puisque, \u00e9videmment, il y a un interm\u00e9diaire, qui n\u2019est pas qu\u2019un objet m\u00e9diateur, d\u2019autant qu\u2019il ne se situe pas au m\u00eame niveau pour les deux. On ne saurait le r\u00e9duire au tiers, puisqu\u2019il ne se situe pas dans le m\u00eame registre que les deux protagonistes, qui sont dans des positions fondamentalement dissym\u00e9triques.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant au \u00ab second paradoxe \u00bb, il s\u2019agit de l\u2019exp\u00e9rience d\u2019\u00eatre seul en tant que nourrisson ou petit enfant en pr\u00e9sence de la m\u00e8re. Il y a d\u2019autres paradoxes chez Winnicott, par exemple que l\u2019objet est \u00e0 la fois trouv\u00e9 et cr\u00e9\u00e9 &#8211; les r\u00e9sonances philosophiques, presque kantiennes, de la formule sont assez \u00e9tonnantes. A ce niveau-l\u00e0, Winnicott reste prudent. Dans ces cas, il ajoute \u00ab un philosophe ici pourrait dire quelque chose\u2026 \u00bb, mais aussi \u00ab mais moi, je m\u2019en distancie\u2026 \u00bb Il peut aussi d\u00e9crire la d\u00e9route compl\u00e8te du philosophe, \u00e0 qui il pr\u00e9senterait les id\u00e9es qu\u2019il est conduit \u00e0 d\u00e9duire de l\u2019exp\u00e9rience. Il convient de remarquer que le premier paradoxe touche \u00e0 l\u2019objet, et le second paradoxe au sujet. Pour le second paradoxe, Winnicott d\u00e9duit qu\u2019il y a un passage de <em>I am<\/em> \u00e0 <em>I am alone<\/em>, une \u00e9volution du \u00ab je suis \u00bb au \u00ab je suis seul \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le paradoxe, comme mode de conceptualisation privil\u00e9gi\u00e9 de Winnicott, t\u00e9moigne aussi d\u2019apories qui sont celles que la psychanalyse introduit dans le langage quotidien, dans le langage courant, apories qu\u2019il \u00ab convient d\u2019accepter \u00bb. Ainsi l\u2019objet transitionnel t\u00e9moigne d\u2019un espace, et ce qui est essentiel est sa dimension d\u2019objet occulte, dimension qui n\u2019est pas saisissable par l\u2019observation. L\u2019aire transitionnelle est fondamentale, et l\u2019objet y fait \u00e9cran, tout comme sa fonction dans le processus de s\u00e9paration, car celle-ci, qui est son destin, a d\u00e9j\u00e0 eu lieu. Ces but\u00e9es que le langage peine \u00e0 saisir se manifestent aussi dans le saut que fait Winnicott quand il s\u2019arrache \u00e0 la stricte observation \u00e0 cause de la psychanalyse. Il en parle dans un article de l\u2019ouvrage dont Daniel Widl\u00f6cher a fait la critique lors de sa parution <em>The Maturational Processes and the Facilitating Environment<\/em>. Il y \u00e9crit que la psychanalyse proc\u00e8de en allant <em>deeper and deeper<\/em>, et l\u2019observation <em>earlier and earlier<\/em>. Il insiste sur l\u2019utilit\u00e9 de l\u2019apport mutuel des deux d\u00e9marches, l\u2019observation de la psychologie du d\u00e9veloppement et la psychanalyse, \u00e0 la condition de pr\u00e9cautions \u00e9pist\u00e9mologiques qui ne soient pas oublieuses de la diff\u00e9rence des registres temporels o\u00f9 elles se d\u00e9ploient.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma deuxi\u00e8me remarque, plut\u00f4t une question cette fois-ci, porte sur la copens\u00e9e, notion qui t\u2019est ch\u00e8re. Je ne suis pas comp\u00e9tent pour en parler, je ne suis m\u00eame pas s\u00fbr d\u2019\u00eatre au clair avec sa d\u00e9finition, mais quand tu en as parl\u00e9, cela m\u2019a \u00e9voqu\u00e9 le <em>playing<\/em> de Winnicott, ou quelque chose de cet ordre. A ce propos, il n\u2019est pas inutile de mentionner la dimension maternelle du transfert chez Winnicott, sa position maternelle dans le traitement. Il le dit lui-m\u00eame. Octave Mannoni pensait que c\u2019\u00e9tait son point aveugle. C\u2019est une question pour tout analyste et pour toute analyse, car c\u2019est ce \u00e0 quoi les analysants ont affaire surtout \u00e0 la fin de la cure, au moment o\u00f9 l\u2019analysant travaille les points aveugles de son analyste, l\u00e0 o\u00f9 celui-ci r\u00e9siste fondamentalement. Si l\u2019analyste veut bien entendre, en se dessaisissant de la place o\u00f9 le transfert l\u2019assigne, il peut peut-\u00eatre en apprendre quelque chose. D\u2019o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat de poursuivre ce m\u00e9tier impossible.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour continuer sur la copens\u00e9e et le <em>playing<\/em>, je voudrais \u00e9voquer une hypoth\u00e8se, construite \u00e0 partir d\u2019un travail ancien avec des b\u00e9b\u00e9s et leurs m\u00e8res psychotiques, o\u00f9 Winnicott m\u2019a servi de guide. Sur ce point, son article sur le cas Esther demeure l\u2019article socle, le premier grand travail produit sur cette clinique. Mais, pour cela, il faut revenir \u00e0 Melanie Klein, \u00e0 ce qu\u2019elle constate dans le cas Dick, quand elle dit qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9e de modifier sa technique en s\u2019appuyant moins sur la production clinique que sur ses connaissances g\u00e9n\u00e9rales, entendons th\u00e9oriques, pour fonder sa position d\u2019analyste dans la cure et intervenir. Il me semble que, dans ces cas, l\u2019analyste soutient une \u00ab supposition \u00bb. J\u2019avais expos\u00e9 les pr\u00e9mices de cette notion, \u00ab la supposition de sujet \u00bb, dans un congr\u00e8s de la WAIPAD il y a plus de vingt ans, \u00e0 Lugano. La WAIPAD est l\u2019anc\u00eatre de la WAIMH, l\u2019une des associations qui nous r\u00e9unit aujourd\u2019hui. Encore une r\u00e9miniscence ! C\u2019est sans doute le style de l\u2019expos\u00e9 de Daniel Widl\u00f6cher qui les fait resurgir. Cette \u00ab supposition de sujet \u00bb n\u2019est pas sans rapport avec la notion de <em>holding<\/em> chez Winnicott. Le <em>holding<\/em> de Winnicott n\u2019est pas simplement un portage physique, et ne se r\u00e9duit pas non plus au portage psychique au sens d\u2019un contenant, o\u00f9 par exemple, la m\u00e8re porterait psychiquement l\u2019enfant. C\u2019est plus que cela. Voil\u00e0 un autre paradoxe que Winnicott propose : si le <em>holding<\/em> d\u00e9faille, il ne dit pas que le nourrisson tombera par terre, il dit que le nourrisson tombera infiniment. On voit bien que l\u2019on n\u2019est plus du tout dans le champ de la r\u00e9alit\u00e9 commune. Il ne cessera pas de tomber, mais en anglais c\u2019est : il tombera <em>infinitely<\/em>. Quand on lit la transcription des enregistrements des proto-dialogues m\u00e8re-b\u00e9b\u00e9 dans la p\u00e9riode du <em>turn talking<\/em> on est frapp\u00e9 par la fa\u00e7on dont la m\u00e8re interpr\u00e8te constamment les lallations du b\u00e9b\u00e9. Elle est &#8211; pour repren\u00addre le mot de Piera Aulagnier &#8211; son porte-parole. Mais il me semble que, pour ce faire &#8211; et c\u2019est une difficult\u00e9 pour certaines m\u00e8res &#8211; il faut qu\u2019elle suppose du sujet dans le b\u00e9b\u00e9. Supposition, je ne l\u2019entends pas comme certitude, mais plut\u00f4t croyance, une foi dans ce sujet comme continuit\u00e9 de ce support d\u2019\u00eatre. Et cette supposition est port\u00e9e par la m\u00e8re. Bien plus, il est cr\u00e9\u00e9 par la m\u00e8re. Le sujet est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 d\u2019une certaine fa\u00e7on, mais il est dans la m\u00e8re ; c\u2019est elle qui le porte, elle est le premier lieu du sujet, cet Autre comme premier lieu du sujet. Ainsi l\u2019agent de la cr\u00e9ation, ce n\u2019est pas nous, pas le sujet, c\u2019est l\u2019Autre, d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, mais non encore constitu\u00e9 comme tel par le sujet. Celui-ci est dans la m\u00e8re qui se repr\u00e9sente le b\u00e9b\u00e9 comme s\u00e9par\u00e9. C\u2019est une modalit\u00e9 de l\u2019anticipation. D\u2019o\u00f9 la limite de l\u2019observation qui voit deux individus, mais de quel point de vue ? Le sujet est dans la m\u00e8re qui se le repr\u00e9sente s\u00e9par\u00e9 et le fait ainsi exister, litt\u00e9ralement. D\u2019o\u00f9, pour certaines m\u00e8res, ce que Winnicott remarquait pour Esther, une difficult\u00e9 qu\u2019elles rencontrent \u00e0 pouvoir r\u00e9pondre \u00e0 la demande quand elle \u00e9merge du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019enfant d\u2019une fa\u00e7on nouvelle. Quand l\u2019enfant demande autre chose, ces m\u00e8res sont en d\u00e9faut et ne peuvent plus r\u00e9pondre. La demande suppose alors un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9tachable qui fait d\u00e9faut, avec le corr\u00e9lat du pr\u00e9alable de la reconnaissance d\u2019un sujet que la m\u00e8re peut figurer, avec qui elle n\u2019a cess\u00e9 d\u2019ailleurs de parler avant m\u00eame la naissance. Je pense \u00e0 cette m\u00e8re psychotique qui, quand on lui demandait pourquoi elle n\u2019avait pas nourri depuis plusieurs heures son nourrisson d\u2019une semaine ou de quinze jours qui pleurait, elle r\u00e9pondait : \u00ab Je n\u2019ai pas faim. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne sais pas si cette hypoth\u00e8se apporte quelque chose \u00e0 la notion avanc\u00e9e par Daniel Widl\u00f6cher. C\u2019est en tout cas un \u00e9cho de ton intervention, et, peut-\u00eatre, cet \u00e9cho aura-t-il \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion d\u2019un exercice de l\u2019ordre de la copens\u00e9e ?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wrapper-children-grnote wp-block-list\"><li>Transcription de la discussion de la conf\u00e9rence de Daniel Widl\u00f6cher au colloque BBados&nbsp;<em>Winnicott et la cr\u00e9ation humaine<\/em>, organis\u00e9 par la WAIMH-Francophone (B. Golse), l\u2019ISAPP-Francophone (A. Braconnier) et le&nbsp;<em>Carnet Psy<\/em>&nbsp;(M. Missonnnier), \u00e0 Paris, Salle Gaveau, les 8 et 9 Octobre 2010. <\/li><li>Voir&nbsp;<em>Enfance ali\u00e9n\u00e9e<\/em>, Paris, Deno\u00ebl, 1984. <\/li><li>D. Widl\u00f6cher,&nbsp;<em>Comment on devient psychanalyste\u2026 et comment on le reste<\/em>, Paris, Odile Jacob, 2010. <\/li><li>C. &amp;A. Vanier (dir.),&nbsp;<em>Winnicott avec Lacan<\/em>, Paris, Hermann, 2010. <\/li><li>\u00ab \u2026<em>most mothers allow their infants some special object and expect them to become, as it were, addicted to such objects<\/em>. \u00bb <\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9497?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce que tu viens de dire ne me rend pas la t\u00e2che facile, car c\u2019est, pour une part, indiscutable. 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