{"id":9491,"date":"2021-08-22T07:30:04","date_gmt":"2021-08-22T05:30:04","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/la-creativite-pur-donald-wood-winnicott-2\/"},"modified":"2021-10-24T20:32:47","modified_gmt":"2021-10-24T18:32:47","slug":"la-creativite-pur-donald-wood-winnicott","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/la-creativite-pur-donald-wood-winnicott\/","title":{"rendered":"La cr\u00e9ativit\u00e9 pur Donald Wood Winnicott"},"content":{"rendered":"\n<p>En ce qui concerne la cr\u00e9ativit\u00e9, Winnicott ne se reconna\u00eet ni dans les travaux de Freud sur L\u00e9onard de Vinci, qui d\u00e9montent le \u00ab pourquoi \u00bb pulsionnel de l\u2019acte cr\u00e9ateur, ni dans ceux de M\u00e9lanie Klein et son introduction de la notion de r\u00e9paration m\u00eame s\u2019il reconna\u00eet l\u2019importance centrale du sentiment de culpabilit\u00e9 personnelle. Pour lui seule une vie cr\u00e9ative, en communication avec le vrai <em>self<\/em> donne le sentiment que la vie vaut la peine d\u2019\u00eatre v\u00e9cue.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La cr\u00e9ativit\u00e9 primaire<\/h2>\n\n\n\n<p>Elle est li\u00e9e au d\u00e9veloppement du moi, n\u2019est pas \u00ab fondamentalement li\u00e9e aux conflits des instincts, et conduit \u00e0 la sant\u00e9 \u00bb dans un mouvement de vie et d\u2019authenticit\u00e9. Nous verrons qu\u2019elle concerne tout individu sain et non uniquement les artistes cr\u00e9ateurs. Elle convoque l\u2019illusion, et est en jeu dans l\u2019aire transitionnelle, qui se d\u00e9ploie entre elle et la r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019enfant cr\u00e9e le monde : le \u00ab trouv\u00e9-cr\u00e9\u00e9 \u00bb en fait un enfant dieu :<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00ab Il faut dire que le b\u00e9b\u00e9 a cr\u00e9\u00e9 le sein, mais cela n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 possible si la m\u00e8re n\u2019\u00e9tait pas venue donner le sein au bon moment. On communique au b\u00e9b\u00e9 : \u201c Viens vers le monde avec cr\u00e9ativit\u00e9, cr\u00e9e le monde ; ce n\u2019est que ce que tu cr\u00e9es qui a un sens pour toi \u201d. Puis vient : \u00ab Le monde est sous ton contr\u00f4le \u00bb. \u00c0 partir de cette premi\u00e8re exp\u00e9rience d\u2019omnipotence le b\u00e9b\u00e9 est capable de commencer \u00e0 faire l\u2019exp\u00e9rience de la frustration, de parvenir m\u00eame un jour \u00e0 un point oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019omnipotence et d\u2019avoir le sentiment de n\u2019\u00eatre qu\u2019une petite poussi\u00e8re dans l\u2019univers ; dans un univers qui existait d\u00e9j\u00e0 avant que le b\u00e9b\u00e9 ne soit con\u00e7u, et con\u00e7u par deux parents qui prenaient du plaisir l\u2019un avec l\u2019autre. N\u2019est-ce pas \u00e0 partir du sentiment d\u2019\u00eatre Dieu que les \u00eatres humains finissent par ressentir une humilit\u00e9 qui est le propre de l\u2019individualit\u00e9 humaine ? \u00bb<sup>2<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Winnicott prend ici clairement position quand \u00e0 une perception qui ne devient possible que soutenue par un investissement. Serge Lebovici aimait \u00e0 dire que \u00ab L\u2019objet est investi avant d\u2019\u00eatre per\u00e7u \u00bb. Winnicott accentue cette position qui fait proc\u00e9der la perception de l\u2019hallucinatoire et non l\u2019inverse. L\u00e0 se situe le v\u00e9ritable point de divergence avec les cognitivistes qui postulent un ext\u00e9rieur perceptible d\u2019embl\u00e9e. Quel dommage que les cognitivistes anglais n\u2019aient pas lu et discut\u00e9 <em>Jeu et r\u00e9alit\u00e9<\/em>\u2026 Mais Winnicott se situe aussi dans une ligne profond\u00e9ment freudienne qui lie perception de la r\u00e9alit\u00e9, d\u00e9lire et r\u00eave. Il l\u2019accentue en consid\u00e9rant que l\u2019objet <em>subjectif<\/em> est au d\u00e9part le seul r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019identification primaire et le \u00ab f\u00e9minin pur \u00bb pour D.W. Winnicott<\/h2>\n\n\n\n<p><em>Le clivage des \u00e9l\u00e9ments masculins et f\u00e9minins chez l\u2019homme et chez la femme<\/em> (<em>Jeu et R\u00e9alit\u00e9<\/em>, p.101) donne en 1966 une vision tr\u00e8s originale d\u2019un premier temps de l\u2019identit\u00e9, le f\u00e9minin pur que Winnicott d\u00e9crit dans ce c\u00e9l\u00e8bre cas clinique chez un homme \u00e0 qui il est amen\u00e9 \u00e0 dire que le mat\u00e9riel qu\u2019il \u00e9coute est en rapport avec l\u2019envie du p\u00e9nis :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Je suis en train d\u2019\u00e9couter une fille. Je sais parfaitement que vous \u00eates un homme, mais c\u2019est une fille que j\u2019\u00e9coute, et c\u2019est \u00e0 une fille que je parle. Je dis \u00e0 cette fille : \u201c Vous parlez de l\u2019envie du p\u00e9nis. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Je tiens \u00e0 souligner que ceci n\u2019a rien \u00e0 voir avec l\u2019homosexualit\u00e9.(\u2026)<\/p>\n\n\n\n<p>Cette fois, mon interpr\u00e9tation eut un effet imm\u00e9diat : acceptation intellectuelle et soulagement ; puis il y eut des effets plus \u00e9loign\u00e9s. Apr\u00e8s une pause, le patient dit : \u201c Si je me mettais \u00e0 parler de cette fille \u00e0 quelqu\u2019un, on me prendrait pour un fou. \u201d<\/p>\n\n\n\n<p>Les choses auraient pu en rester l\u00e0, mais je ne regrette pas, \u00e9tant donn\u00e9 ce qui suivit, d\u2019\u00eatre all\u00e9 plus avant. La remarque que je fis me surprit moi m\u00eame ; elle confirmait ce que j\u2019avais avanc\u00e9. Je dis : \u00ab Il ne s\u2019agissait pas de vous qui en parliez \u00e0 quelqu\u2019un ; c\u2019est moi qui voit la fille et qui entend une fille parler alors qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est un homme qui est sur mon divan. S\u2019il y a quelqu\u2019un de fou, c\u2019est moi \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Winnicott r\u00e9actualise ainsi un environnement fou dans une interpr\u00e9tation qui implique la r\u00e9alit\u00e9 interne de l\u2019objet primaire, la folie maternelle. \u00c0 partir de cet exemple extr\u00eame, il d\u00e9veloppe l\u2019id\u00e9e d\u2019un clivage entre les \u00e9l\u00e9ments masculins et f\u00e9minins de la personnalit\u00e9 qui lui permet de d\u00e9finir un \u00e9l\u00e9ment <em>f\u00e9minin pur<\/em>. Le masculin est ici reli\u00e9 au lien, <em>actif ou passif<\/em> \u00e0 l\u2019objet, pulsionnellement investi. Le f\u00e9minin pur d\u00e9finit un lien bien diff\u00e9rent au sein ou \u00e0 la m\u00e8re : \u00ab le b\u00e9b\u00e9 devient le sein (ou la m\u00e8re), <em>l\u2019objet est alors le sujet<\/em> \u00bb et Winnicott d\u2019ajouter : \u00ab je ne vois l\u00e0 aucune motion pulsionnelle. \u00bb \u00ab Il ne s\u2019agit pas d\u2019\u00eatre-un-avec, \u00e0 ce moment le b\u00e9b\u00e9 et l\u2019objet <em>sont un<\/em>. \u00bb Il mentionne \u00e0 cet endroit explicitement l\u2019identification primaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la construction complexe du <em>self<\/em> pour Winnicott, aucun sentiment du <em>self<\/em> ne peut s\u2019\u00e9difier sans le sentiment d\u2019\u00eatre (<em>sense on being<\/em>) qui d\u00e9coule de cet \u00e9prouv\u00e9 d\u2019existence partag\u00e9 avec la m\u00e8re. Cette exp\u00e9rience vitale d\u2019\u00eatre inaugure toutes les identifications qui vont suivre et repr\u00e9sente une continuit\u00e9 r\u00e9elle des g\u00e9n\u00e9rations, transmise par les m\u00e8res aux enfants des deux sexes. Elle est beaucoup plus pr\u00e9coce que l\u2019exp\u00e9rience de la relation objectale masculine (dans les deux sexes) qui implique de doter l\u2019objet de la qualit\u00e9 de non-moi, dont la frustration fera ressentir de la col\u00e8re et la satisfaction renforcera l\u2019objectivation de l\u2019objet, ouvrant aux identifications complexes ult\u00e9rieures. Faisant ensuite la diff\u00e9rence entre \u00ab l\u2019\u00eatre \u00bb tenant du f\u00e9minin pur et le \u00ab faire \u00bb appartenant au registre masculin, il souligne l\u2019importance de la rencontre avec un sein qui <em>est<\/em> et non un sein qui <em>fait,<\/em> entra\u00eenant chez l\u2019enfant l\u2019exp\u00e9rience de la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019<em>\u00eatre<\/em>, prot\u00e9geant de l\u2019envie qui n\u2019a alors pas lieu d\u2019\u00eatre, au lieu du risque du <em>faire comme<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Winnicott d\u00e9bouche sur le risque du <em>faux self<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Il sp\u00e9cifie avec le f\u00e9minin pur un destin particulier des femmes dans son autobiographie posthume publi\u00e9e dans <em>L\u2019Arc<\/em> n\u00b069 par sa femme Clare : \u00ab elles sont continues \u00bb, pouvant faire \u00e9prouver \u00e0 leur fille ce que leur m\u00e8re leur a fait conna\u00eetre, alors que les hommes ne peuvent comme prolongement \u00ab qu\u2019avoir un fils pour les tuer imaginairement et leur survivre \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Vivre cr\u00e9ativement<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00ab Quelque soit la d\u00e9finition (de la vie &#8211; NT) que nous adoptions, elle doit comporter l\u2019id\u00e9e que la vie vaut ou non d\u2019\u00eatre v\u00e9cue selon que la cr\u00e9ativit\u00e9 fait ou non partie de l\u2019exp\u00e9rience de tout \u00eatre vivant. Pour \u00eatre cr\u00e9atrice, une personne doit exister et avoir le sentiment d\u2019exister, non de mani\u00e8re consciente, mais comme une base qui lui permet d\u2019agir. La cr\u00e9ativit\u00e9 est alors un faire qui est issue d\u2019un \u00eatre. Elle indique que celui qui existe, est vivant. La pulsion peut \u00eatre au repos, mais quand le mot \u201cfaire\u201d est bien employ\u00e9, la cr\u00e9ativit\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0. \u2026 La cr\u00e9ativit\u00e9, alors, est la capacit\u00e9 de conserver tout au long de la vie quelque chose qui est propre \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience du b\u00e9b\u00e9 : la capacit\u00e9 de cr\u00e9er le monde. \u00bb<sup>3<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Jan Abram relie ainsi le sentiment du sens de la vie pour Winnicott : \u00ab La vie cr\u00e9atrice na\u00eet de l\u2019aperception cr\u00e9atrice et celle-ci, de l\u2019exp\u00e9rience d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 m\u00eal\u00e9 \u00e0 sa m\u00e8re. {\u2026} Une communication silencieuse s\u2019instaure avec les objets per\u00e7us subjectivement dans le monde interne de l\u2019individu pour constituer un \u00e9l\u00e9ment inatteignable au fond de chacun ; c\u2019est essentiellement gr\u00e2ce \u00e0 celui-ci que la vie est ressentie comme ayant un sens et qu\u2019elle vaut la peine d\u2019\u00eatre v\u00e9cue. \u00bb<sup>4<\/sup> La cr\u00e9ativit\u00e9 est donc profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans le vrai <em>self<\/em>, que Winnicott d\u00e9gage en contrepoint du <em>faux self<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Vrai et <em>faux self<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p>Subtilement, Winnicott a d\u00e9velopp\u00e9 une th\u00e9orie n\u00e9gative du vrai <em>self<\/em>, qui est surtout connu comme n\u00e9gatif du <em>faux self<\/em> qui lui se donne \u00e0 conna\u00eetre. Le <em>faux self<\/em> r\u00e9sulte d\u2019une apparente soumission aux empi\u00e9tements inad\u00e9quats de l\u2019environnement. La localisation du psychisme dans la t\u00eate, dans une position dissoci\u00e9e du reste de l\u2019exp\u00e9rience du corps appara\u00eet par exemple \u00e0 Winnicott comme caract\u00e9ristique d\u2019un <em>faux self<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce clivage fondamental de la personnalit\u00e9 entra\u00eene une distorsion des \u00e9changes entre l\u2019individu et l\u2019environnement, ce dernier n\u2019ayant acc\u00e8s qu\u2019au <em>faux self<\/em>. Le m\u00e9canisme initial qui aboutit au <em>faux self<\/em> est un r\u00e9flexe sain \u201c qui g\u00e8le la carence \u201d contenant l\u2019espoir inconscient qu\u2019une r\u00e9gression ult\u00e9rieure aupr\u00e8s d\u2019un environnement ad\u00e9quat permettra la reprise de la progression psychique. \u00ab Le d\u00e9veloppement d\u2019un <em>faux self<\/em> est l\u2019une des <em>organisations de d\u00e9fense les plus r\u00e9ussies<\/em> en vue de prot\u00e9ger le noyau du vrai <em>self<\/em>. Il r\u00e9sulte cependant de sa pr\u00e9valence un sentiment de futilit\u00e9. \u00bb<sup>5<\/sup> Cette futilit\u00e9, cette inanit\u00e9 de la vie infiltre m\u00eame les exp\u00e9riences sensuelles les plus satisfaisantes. Seul le contact, m\u00eame partiel avec le vrai <em>self<\/em> redonnera le sentiment que \u201c la vie vaut la peine \u201d, qu\u2019elle est r\u00e9elle, et que ce que le sujet ressent, aussi agressif soit-il, est r\u00e9el et plus tard bon.<\/p>\n\n\n\n<p>Une des traductions cliniques de l\u2019\u00e9cart entre vrai et <em>faux self<\/em> est la \u201c fantasmatisation \u201d que Winnicott d\u00e9crit dans <em>Jeu et r\u00e9alit\u00e9<\/em><sup>6<\/sup> comme une r\u00eaverie \u00e9veill\u00e9e qui se d\u00e9veloppe aux d\u00e9pens de la vie r\u00e9elle, la dissociation de la personnalit\u00e9 prenant le pas sur le refoulement. Ce terme entretient l\u2019\u00e9quivoque en fran\u00e7ais car l\u2019aspect p\u00e9joratif, comme r\u00eavasser par rapport \u00e0 r\u00eaver, n\u2019y appara\u00eet pas. Apr\u00e8s avoir dans l\u2019enfance plus fait semblant de jouer avec les autres enfants que jouer vraiment, la patiente qui illustre ce th\u00e8me comblait le vide par des activit\u00e9s solitaires et r\u00e9p\u00e9titives comme des jeux obsessionnels &#8211; le jeu de patience &#8211; sans affects, sans joie, pour <em>fill the gap<\/em> &#8211; combler l\u2019\u00e9cart. Winnicott lui dit qu\u2019il ne peut rien faire du jeu de patience, alors que si elle r\u00eavait qu\u2019elle jouait au jeu de patience, il pourrait lui dire qu\u2019elle combat Dieu ou le destin, visant \u00ab \u00e0 contr\u00f4ler la destin\u00e9e des quatre familles royale \u00bb. La patiente lui r\u00e9pond : \u00ab J\u2019ai fait des patiences pendant des heures dans ma chambre vide, et la chambre est r\u00e9ellement vide, car quand je fais des patiences, je n\u2019existe pas. \u00bb (p.54). Winnicott insiste \u00e0 travers le cas clinique de cette femme qui d\u00e9couvre qu\u2019elle pourrait d\u00e9sirer avoir eu un enfant et que la vie \u00ab pourrait n\u2019\u00eatre pas si mal que \u00e7a \u00bb sur le fait que sa patiente semble avoir manqu\u00e9 d\u2019une possibilit\u00e9 primitive d\u2019 \u00ab \u00eatre <em>informe<\/em> \u00bb, et avoir d\u00fb se construire sur un mod\u00e8le impos\u00e9 du dehors.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cas d\u2019instauration d\u2019un <em>faux self<\/em>, le vrai <em>self<\/em> ne peut communiquer qu\u2019avec les <em>objets subjectifs<\/em>, communication en cul de sac, comme dans les balancements autistiques &#8211; et la peinture abstraite, ajoute Winnicott -, mais porte en elle tout le sens du r\u00e9el, alors que les objets offerts ne sont en relation qu\u2019avec le <em>faux self<\/em> et la communication avec eux n\u2019est pas \u00e9prouv\u00e9e comme r\u00e9elle<sup>7<\/sup>. Il pr\u00e9cise cependant que chez toute personne normale capable de relations objectales subsiste un besoin qui reste de l\u2019ordre de la communication silencieuse avec un objet subjectif. Les artistes lui semblent ainsi dans un dilemme : \u201c Le besoin urgent de communiquer et le besoin encore plus urgent de ne pas \u00eatre trouv\u00e9. \u201d (p. 158).<\/p>\n\n\n\n<p>Si Winnicott pense cependant que \u00ab <em>se cacher est un plaisir, mais n\u2019\u00eatre pas trouv\u00e9 est une catastrophe<\/em> \u00bb il croit \u00e0 cette part isol\u00e9e, \u201c noyau du vrai <em>self<\/em> de la personnalit\u00e9 morcel\u00e9e \u201d qui fait de tout individu \u00ab <em>un \u00e9l\u00e9ment isol\u00e9 en \u00e9tat de non communication permanente, toujours inconnu, jamais d\u00e9couvert en fait<\/em>. \u00bb (p.161). L\u2019issue pour le psychanalyste dont la technique menace cette part sacr\u00e9e du <em>self<\/em> est d\u2019\u00eatre capable de recevoir <em>la communication de ce que le patient ne communique pas<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le risque de la fascination face \u00e0 la perversion : Winnicott et Masud Kahn<\/h2>\n\n\n\n<p>De m\u00eame que la seconde version de l\u2019article sur objets et ph\u00e9nom\u00e8nes transitionnels montre une \u00e9volution f\u00e9tichiste de l\u2019enfant \u00e0 la ficelle, de m\u00eame l\u2019immense valeur que Winnicott accorde \u00e0 la toute puissance primitive et au secret l\u2019expose \u00e0 une complicit\u00e9 avec les d\u00e9rives de Masud Kahn, son patient, son coll\u00e8gue et son \u00e9diteur, alors que Wynne Godley &#8211; patient de Masud Kahn &#8211; l\u2019aurait alert\u00e9 sur les passages \u00e0 l\u2019acte de ce dernier<sup>8<\/sup>. On dit que Masud Kahn aurait, par exemple, invent\u00e9 certains des cas cliniques que nous avons lus avec admiration : cr\u00e9ativit\u00e9 sans limite ?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les cons\u00e9quences techniques de la reconnaissance de la non int\u00e9gration<\/h2>\n\n\n\n<p>Les propositions de Winnicott changent consid\u00e9rablement la fonction de l\u2019analyste dans les enjeux atteints par la r\u00e9gression. Alors que la mise en sens par l\u2019analyste est pour nous essentielle, permettant l\u2019investissement du fonctionnement psychique du patient et favorisant son organisation (son auto-organisation ?) ce qui est d\u2019autant plus crucial que la psych\u00e9 est menac\u00e9e par le chaos, Winnicott nous propose l\u2019inverse. Il a reconnu qu\u2019avant le morcellement du moi &#8211; terreur absolue d\u2019essence schizoparano\u00efde &#8211; existe un \u00e9tat de non-int\u00e9gration. Ceci le rapproche des post-kleiniens &#8211; \u00e9l\u00e8ves de Bion &#8211; qui r\u00e9cusent l\u2019existence d\u2019embl\u00e9e du moi postul\u00e9e par M\u00e9lanie Klein. On reste d\u2019autant plus d\u00e9sol\u00e9s de n\u2019avoir aucune trace qu\u2019il y ait eu de v\u00e9ritables discussions entre Winnicott et Bion ! La cr\u00e9ativit\u00e9 trouve ses sources dans ces \u00e9tats non int\u00e9gr\u00e9s du moi. Ceci n\u2019emp\u00eache nullement l\u2019union par moment avec la psych\u00e9 maternelle : Winnicott le pr\u00e9cise dans une note : <em>il peut y avoir union avant qu\u2019il y ait id\u00e9e de l\u2019union<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Winnicott l\u2019analyste doit accompagner et partager l\u2019exp\u00e9rience du chaos, du non-sens. Sinon : \u00ab Il en r\u00e9sulte que le patient abandonne le champ de l\u2019absurdit\u00e9 parce qu\u2019il a perdu l\u2019espoir de communiquer l\u2019absurde. Une occasion de se d\u00e9tendre a \u00e9t\u00e9 manqu\u00e9e en raison du besoin du th\u00e9rapeute de trouver un sens \u00e0 l\u2019absurde. Le patient n\u2019a pu se reposer \u00e0 cause d\u2019un manque dans ce que lui fournit son environnement, ce qui lui a fait perdre confiance. Sans le savoir, le th\u00e9rapeute a abandonn\u00e9 une attitude professionnelle, et ceci parce qu\u2019il a voulu \u00eatre un analyste intelligent qui met de l\u2019ordre dans le chaos.<sup>9<\/sup>\u00bb Il rejoint alors le Bion qui \u00e0 la fin de sa vie pr\u00f4ne un analyste \u00ab sans m\u00e9moire et sans d\u00e9sir \u00bb et valorise la capacit\u00e9 n\u00e9gative de Keats, que Winnicott convoque souvent dans ses \u00e9crits\u2026<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La cr\u00e9ativit\u00e9 et l\u2019artiste<\/h2>\n\n\n\n<p>Vivre cr\u00e9ativement n\u2019exige donc aucun talent particulier. Il en est diff\u00e9remment pour l\u2019artiste. On peut justement penser au contraire \u00e0 son sujet une \u00ab faille dans sa vie cr\u00e9ative \u00bb : \u00ab lorsqu\u2019une cr\u00e9ation est achev\u00e9e, elle ne comble jamais l\u2019absence de sentiments d\u2019\u00eatre soi (<em>sense of self<\/em>) qui est sous-jacente \u00bb \u00e9crit Winnicott (<em>Jouer, l\u2019activit\u00e9 cr\u00e9atrice, et la qu\u00eate de soi<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">B\u00e9ance du trouv\u00e9, exacerbation du cr\u00e9\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>Andr\u00e9 Green estime que les \u00e9tats limites peuvent r\u00e9aliser des sublimations remarquables au prix \u00ab de clivages ayant laiss\u00e9s intacts des pans entiers de la personnalit\u00e9 qui continuent d\u2019\u00eatre poss\u00e9d\u00e9s par les pulsions les plus brutes, les angoisses les plus d\u00e9sorganisantes, et les affects de pers\u00e9cution qui les font vivre dans un enfer plus ou moins permanent et viennent cruellement leur rappeler l\u2019\u00e9chec de leur id\u00e9alisation de l\u2019objet ou d\u2019eux-m\u00eames \u00bb (<em>La folie priv\u00e9e<\/em>, p. 275). Ce lien entre folie et cr\u00e9ation nous est familier : nous avons parfois le sentiment coupable devant de grands artistes que nous profitons esth\u00e9tiquement du feu d\u2019artifice dans lequel se consume une psych\u00e9 luttant tr\u00e8s douloureusement et sans espoir pour sa survie. Le cr\u00e9ateur qui s\u2019adresse \u00e0 un analyste a aussi cela en t\u00eate, et craint de perdre le feu sacr\u00e9 de son inspiration en perdant de sa souffrance. Nous le rassurons habituellement car nous savons que ce qu\u2019il gagnera sur ses inhibitions l\u2019emporte habituellement sur le risque d\u2019une tranquillit\u00e9 st\u00e9rilisante. Probablement savons-nous aussi que les traces traumatiques f\u00e9condes remontent si loin dans son histoire, convoquent des \u00e9prouv\u00e9s si archa\u00efques, des probl\u00e9matiques de l\u2019origine, que notre modestie concernant nos possibilit\u00e9s de r\u00e9\u00e9laborer le pass\u00e9 est justifi\u00e9e : l\u2019analyse ne changera jamais un \u00eatre au point qu\u2019il soit autre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Pr\u00e9sence et absence de l\u2019objet primaire<\/h2>\n\n\n\n<p>Il nous faut faire intervenir l\u2019objet, ou plut\u00f4t les objets primaires du sujet puisque nous nous int\u00e9ressons \u00e0 une p\u00e9riode tr\u00e8s pr\u00e9coce de l\u2019organisation psychique. Parfois il s\u2019absente, d\u00e9sinvestit ou d\u00e9faille. Cela arrive toujours, mais de mani\u00e8re tr\u00e8s variable qualitativement et quantitativement. On sait que la catastrophe qui en r\u00e9sulte pour l\u2019enfant ira &#8211; selon la nature et le dur\u00e9e du d\u00e9sinvestissement &#8211; de la d\u00e9couverte heureuse d\u2019une pr\u00e9sence paternelle dans le d\u00e9sir de la m\u00e8re (la censure de l\u2019amante de D. Braunschweig et M. Fain) \u00e0 un cataclysme trop destructeur pour \u00eatre \u00e9prouv\u00e9 et qui reste suspendu au dessus du psychisme (<em>La crainte de l\u2019effondrement<\/em> de Winnicott). Selon la dur\u00e9e de la d\u00e9privation : x+y ou x+y+z, cela peut signifier la vie ou la mort de l\u2019objet.<\/p>\n\n\n\n<p>Le destin de l\u2019id\u00e9alisation de l\u2019objet (qui est le corollaire de la sublimation de la pulsion) va \u00e9videmment d\u00e9pendre pour une part importante du message que l\u2019objet adresse au sujet quand \u00e0 son abandon. Sera-t-il assum\u00e9, rendu intelligible, mis en sens, ou au contraire la responsabilit\u00e9 en sera-t-elle attribu\u00e9e au sujet par l\u2019objet ? Une \u00ab confusion de langues \u00bb entre les adultes et l\u2019enfant, (Ferenczi) &#8211; double contrainte &#8211; imposera-t-elle \u00e0 l\u2019enfant de sacrifier la logique de sa pens\u00e9e sous peine de revivre l\u2019abandon ?<\/p>\n\n\n\n<p>Le pire est \u00e9videmment d\u2019imposer comme une \u00e9vidence que c\u2019est par amour pour le sujet que l\u2019objet l\u2019abandonne. On imagine bien que des destins fort diff\u00e9rents peuvent r\u00e9sulter de ces diff\u00e9rents cas de figure.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u2019oublions pas aussi que le sujet garde toujours la possibilit\u00e9 de nier lui-m\u00eame la d\u00e9faillance de l\u2019objet et de s\u2019en attribuer m\u00e9galomaniaquement la responsabilit\u00e9 par la culpabilit\u00e9 qui pr\u00e9serve l\u2019illusion d\u2019un sens et d\u2019une ma\u00eetrise de la catastrophe. Ren\u00e9 Roussillon a repris r\u00e9cemment ce point de vue pour en faire l\u2019origine du sentiment inconscient de culpabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e9onard Schengold donne dans son livre <em>Le meurtre d\u2019\u00e2me<\/em><sup>10<\/sup> (1989) plusieurs exemples de maltraitances du type abandon ou frustrations \u00ab pour le bien de l\u2019enfant \u00bb dans l\u2019enfance d\u2019\u00e9crivains importants comme Dickens, Kipling ou Orwell. Il raconte comment les riches parents d\u2019un de ses patients lui faisaient remballer le lendemain les nombreux cadeaux offerts le soir de No\u00ebl devant les invit\u00e9s pour les donner aux enfants pauvres. Ceci bien s\u00fbr pour \u00e9lever son \u00e2me, former son caract\u00e8re et lui apprendre la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. L\u2019enfant en \u00e9prouvait \u00e9videmment une effroyable haine\u2026 des enfants pauvres.<\/p>\n\n\n\n<p>Je voudrais aller plus loin et dans des voies moins famili\u00e8res pour rendre compte du paradoxe que des <em>d\u00e9sillusions<\/em> dont on pourrait penser que les cons\u00e9quences sont gravissimes &#8211; le \u00ab meurtre d\u2019\u00e2me \u00bb n\u2019est pas une vaine expression dans le cas d\u2019Orwell, si l\u2019on se souvient de ce que nous communique <em>1984<\/em> &#8211; non seulement pour le sujet mais pour ses capacit\u00e9s de cr\u00e9ation, alors que c\u2019est l\u2019inverse, en tous cas parfois : Orwell \u00e9crit. Mon hypoth\u00e8se est que dans la rencontre primaire du \u00ab trouv\u00e9 \u00bb et du \u00ab cr\u00e9\u00e9 \u00bb que nous propose Winnicott, l\u2019enfant per\u00e7oit une b\u00e9ance, une d\u00e9chirure, un trou dans l\u2019objet qui est alors pour lui tout l\u2019univers. Il en r\u00e9sulterait une n\u00e9cessit\u00e9 de re-cr\u00e9ation pour compenser, tenter sans fin de remplir ce trou. Une exacerbation du \u00ab cr\u00e9\u00e9 \u00bb s\u2019en suivrait pour r\u00e9parer la d\u00e9chirure du \u00ab trouv\u00e9 \u00bb, qui pourrait durer toute la vie. Cela suppose cependant que l\u2019objet ait \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9 suffisamment pour que l\u2019on en per\u00e7oive la faille.<\/p>\n\n\n\n<p>Je voudrais proposer que la b\u00e9ance particuli\u00e8re du \u00ab trouv\u00e9 \u00bb, de l\u2019objet parental primaire, concernerait de mani\u00e8re privil\u00e9gi\u00e9e les propres parents du parent, les objets primaires de l\u2019objet primaire. La faille dans l\u2019univers trouv\u00e9 communiquerait donc avec un autre univers d\u2019un autre espace ou plut\u00f4t d\u2019un autre temps\u2026 Voil\u00e0 une \u00e9nigme capable de susciter une curiosit\u00e9 sans fin.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous connaissons des cr\u00e9ateurs d\u2019univers : tout romancier de fiction l\u2019est. Mais la r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure n\u2019est pas forc\u00e9ment recr\u00e9\u00e9e. Le romancier de science-fiction, fort mal nomm\u00e9e, car la science n\u2019est ici qu\u2019un pr\u00e9texte, l\u2019est sans d\u00e9guisement : il cr\u00e9e de toute pi\u00e8ce un univers. Il y est fr\u00e9quemment repr\u00e9sent\u00e9 que l\u2019espace-temps communique avec d\u2019autres espaces-temps par des points de passages, permettant de parcourir des distances infinies ou d\u2019entrer dans <em>d\u2019autres temps<\/em>. Veut-il en recr\u00e9ant un tout autre monde signifier l\u2019\u00e9chec radical du \u00ab trouv\u00e9 \u00bb, et que tout est \u00e0 refaire ? Comme l\u2019utilisateur d\u2019un ordinateur tente de red\u00e9marrer par un \u00ab <em>reset<\/em> \u00bb, le cr\u00e9ateur tente-t-il de tout reprendre \u00e0 z\u00e9ro ? Le fantasme est fr\u00e9quent &#8211; nous l\u2019avons rencontr\u00e9, esp\u00e9r\u00e9 et craint, dans la demande d\u2019analyse &#8211; et l\u2019accusation forte : ce monde trouv\u00e9 \u00e9tait donc rat\u00e9. Au contraire l\u2019artiste n\u2019en finit-il pas de r\u00e9parer la blessure de l\u2019univers de l\u2019identit\u00e9 primaire auquel il a eu un jour acc\u00e8s ? Ce faisant il ignore que dans cette v\u00e9rit\u00e9 subjective, il s\u2019assujettit \u00e0 une m\u00e8re suffisamment bonne pour lui avoir fait \u00e9prouver le partage de l\u2019illusion, et suffisamment mauvaise, je veux dire suffisamment trou\u00e9e pour lui en avoir fait \u00e9prouver le naufrage et qu\u2019il consacre sa vie \u00e0 re-cr\u00e9er. Etait-ce la mission d\u2019un investissement narcissique bless\u00e9 de l\u2019enfant par un ou les parents ? Ou l\u2019enfant s\u2019est-il empar\u00e9 du r\u00f4le de ses grands-parents pour recr\u00e9er et r\u00e9parer sa m\u00e8re ? En tout cas, trace de l\u2019id\u00e9alisation primitive, il lui faut refaire le monde plus beau et non plus bon, plus s\u00fbr ou plus doux. Chacun de nous doit lui ressembler pour une petite part\u2026 car cela nous int\u00e9resse beaucoup plus.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De la cr\u00e9ativit\u00e9 \u00e0 l\u2019auto-engendrement et au suicide de l\u2019adolescent<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans quelle mesure la toute puissance cr\u00e9atrice ne risque-t-elle pas de d\u00e9nier la r\u00e9alit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la psychose au lieu d\u2019y ancrer le sujet ? Avant de revenir avec Winnicott lui-m\u00eame \u00e0 une r\u00e9surgence de la r\u00e9paration \u2013 mais de l\u2019objet primaire par la d\u00e9fense maniaque \u2013 revenons \u00e0 l\u2019adolescent ancien b\u00e9b\u00e9 qui donne son intitul\u00e9 \u00e0 notre colloque. Dans le \u00ab pot au noir \u00bb de l\u2019adolescence expression qui traduit le sentiment de Winnicott qu\u2019il faut supporter l\u00e0 encore un certain temps mort o\u00f9 l\u2019adolescent d\u00e9rive comme un voilier encalmin\u00e9 sans vent, il arrive que des tentatives de suicide impulsives et dangereuses se produisent. Il m\u2019a sembl\u00e9 qu\u2019une compr\u00e9hension pouvait se d\u00e9gager de certaines tentatives : en jouant sa vie comme \u00e0 la roulette russe, l\u2019adolescent d\u00e9nie la sc\u00e8ne primitive qui l\u2019a engendr\u00e9 et c\u2019est par son acte meurtrier qu\u2019il relance &#8211; dans les bons cas &#8211; une vie qu\u2019il s\u2019approprie, dans un auto-engendrement n\u00e9gatif. Celui-ci, auquel un patient m\u2019avait conduit par une fantasmatique temporelle coagulant mort et origine me semble rejoindre le fantasme d\u2019auto-d\u00e9sengendrement (FADE) d\u00e9crit par P.-C. Racamier.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les sources de la cr\u00e9ativit\u00e9 de Winnicott : \u00ab <em>The Tree<\/em> \u00bb, une m\u00e8re morte<\/h2>\n\n\n\n<p>Adam Phillips signale que Winnicott a envoy\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 67 ans un po\u00e8me <em>The Tree<\/em><sup>11<\/sup> &#8211; l\u2019arbre &#8211; \u00e0 son beau-fr\u00e8re, r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019arbre de la maison de son enfance dans<sup>12<\/sup> :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div><em>Ma m\u00e8re sous l\u2019arbre pleure<\/em><\/br><em>pleure<\/em><\/br><em>pleure<\/em><\/br><em>C\u2019est ainsi que je l\u2019ai connue<\/em><\/br><em>Un jour, \u00e9tendu sur ses genoux<\/em><\/br><em>Comme aujourd\u2019hui dans l\u2019arbre mort<\/em><\/br><em>J\u2019ai appris \u00e0 la faire sourire<\/em><\/br><em>A arr\u00eater ses larmes<\/em><\/br><em>A abolir sa culpabilit\u00e9<\/em><\/br><em>A gu\u00e9rir sa mort int\u00e9rieure<\/em><\/br><em>La ranimer me faisait vivre<\/em>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Phillips y voit une identification de Winnicott au Christ, l\u2019arbre figurant la croix. Winnicott aurait pu ainsi retrouver en lui la trace pr\u00e9coce d\u2019une d\u00e9pression maternelle, \u00e9prouv\u00e9e dans une faille du <em>holding<\/em>. Phillips signale que Woods (<em>wood<\/em> : le bois), second pr\u00e9nom de Winnicott, \u00e9tait le nom de jeune fille de sa m\u00e8re et surd\u00e9termine l\u2019image de l\u2019arbre mort. Il voit dans le po\u00e8me un lien avec les pr\u00e9occupations centrales dans l\u2019\u0153uvre de Winnicott de l\u2019int\u00e9gration de l\u2019absence de la m\u00e8re et l\u2019importance vitale pour l\u2019int\u00e9gration psychosomatique de la personnalit\u00e9 de l\u2019enfant des capacit\u00e9s de maintien, de contenance, de <em>holding<\/em> par la m\u00e8re. Winnicott, pour sa part dit simplement \u00e0 son beau-fr\u00e8re que c\u2019est la premi\u00e8re et, il l\u2019esp\u00e8re, la derni\u00e8re fois qu\u2019une chose pareille lui arrive.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>L\u2019esprit et ses rapports avec le psych\u00e9-soma<\/em>, Winnicott avait d\u00e9crit comme une des cons\u00e9quences de la carence maternelle primaire une pr\u00e9maturation de l\u2019intellect de l\u2019enfant qui le fait s\u2019identifier au r\u00f4le de la m\u00e8re-environnement et l\u2019emp\u00eache de s\u2019identifier \u00e0 l\u2019individu d\u00e9pendant, devenant ainsi de mani\u00e8re fausse plus tard et pour des p\u00e9riodes limit\u00e9es \u00ab une m\u00e8re merveilleuse pour les autres \u00bb et pouvant m\u00eame d\u00e9velopper \u00ab <em>un pouvoir de gu\u00e9rison<\/em> presque magique \u00e0 cause d\u2019une aptitude extr\u00eame \u00e0 s\u2019adapter activement \u00e0 des besoins primitifs \u00bb \u00e0 condition de toujours trouver quelqu\u2019un d\u2019autre qui permette en en b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019ainsi donner une r\u00e9alit\u00e9 au bon environnement qui a fait d\u00e9faut. Ceci ne prot\u00e9geant \u00e9videmment pas durablement de la d\u00e9pression car ce n\u2019est pas en b\u00e9n\u00e9ficier soi-m\u00eame d\u2019une part, et n\u00e9cessite d\u2019autre part la d\u00e9pendance d\u2019autrui. Ce \u201c bon environnement \u201d se d\u00e9masque ainsi comme n\u00e9cessitant que l\u2019autre aille mal pour exister. Nous livrerait-il l\u00e0 un fragment important de son analyse personnelle, lui dont la pr\u00e9sence \u00e9tait tellement th\u00e9rapeutique, qui semblait souffrir d\u2019une difficult\u00e9 \u00e0 se situer dans un registre \u00e9go\u00efstement pulsionnel et dont le premier mariage fut, semble-t-il, sur le registre du soin d\u2019un conjoint allant mal, et qui refusait si \u00e9nergiquement de d\u00e9pendre de qui que ce soit ?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Ce texte reprend des \u00e9l\u00e9ments pr\u00e9sents dans : Ribas D., (1998), B\u00e9ance du \u00abtrouv\u00e9\u00bb exacerbation du \u00abcr\u00e9\u00e9\u00bb. <em>Revue Fran\u00e7aise de Psychanalyse<\/em>, 1998, vol. 62, n\u00b0 4, pp. 1185-1191, et :<\/br>Ribas D. (2000), <em>Donald Wood Winnicott<\/em> Paris, PUF.<\/li><li>\u00ab <em>Communication between Infant and Mother, and Mother and Infant, Compared and Contrasted<\/em> \u00bb p.101. (La communication entre le nourrisson et sa m\u00e8re, et la m\u00e8re et le nourrisson : comparaisons et contrastes).2-3-9 : Trois citations ont \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9es dans le choix sur ce th\u00e8me de Jan Abram, dans son livre <em>Le langage de Winnicott<\/em>, Trad. Fr. de Cl\u00e9op\u00e2tre Athanassiou-Popesco, Ed. Popesco.<\/li><li>\u00ab <em>Living Creatively<\/em> \u00bb, pp. 39-40. (Vivre cr\u00e9ativement )<\/li><li><em>Le langage de Winnicott<\/em> (p.89).<\/li><li><em>Les Aspects m\u00e9tapsychologiques de la r\u00e9gression au sein de la situation analytique<\/em>, p.145.<\/li><li>\u00ab R\u00eaver, fantasmer, vivre \u00bb in <em>Jeu et r\u00e9alit\u00e9<\/em> p.40-54.<\/li><li>\u00ab De la communication et de la non-communication suivi d\u2019une \u00e9tude de certains contraires \u00bb, in <em>Processus de Maturation chez l\u2019enfant<\/em>, p.157.<\/li><li><em>cf<\/em> l\u2019article de Wynne Godley dans la <em>Rfp<\/em> n\u00b03 de 2003<\/li><li>\u00ab <em>Playing : Creative Activity<\/em> \u00bb, pp.55-56. (Jouer. L\u2019activit\u00e9 cr\u00e9atrice et la qu\u00eate de soi)<\/li><li>Trad. Calmann L\u00e9vy, 1998.<\/li><li><em>Mother below is weeping \/ weeping \/ weeping \/ Thus I knew her \/\/ Once, stretched out on her lap \/ as now at dead tree \/ I learned to make her smile \/ to stem her tears \/ to undo her guilt \/ to cure her inward death \/ To enliven her was my living.<\/em><\/li><li>Trad. Marie-Claire Durieux.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9491?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En ce qui concerne la cr\u00e9ativit\u00e9, Winnicott ne se reconna\u00eet ni dans les travaux de Freud sur L\u00e9onard de Vinci, qui d\u00e9montent le \u00ab pourquoi \u00bb pulsionnel de l\u2019acte cr\u00e9ateur, ni dans ceux de M\u00e9lanie Klein et son introduction de&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1217,1231,1223,1214],"thematique":[459,458],"auteur":[1480],"dossier":[461],"mode":[61],"revue":[462],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-9491","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-adolescence","rubrique-enfance","rubrique-perinatalite","rubrique-psychanalyse","thematique-jeu","thematique-winnicott","auteur-denys-ribas","dossier-winnicott-et-la-creation-humaine","mode-gratuit","revue-462","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9491","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9491"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9491\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14735,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9491\/revisions\/14735"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9491"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=9491"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=9491"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=9491"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=9491"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=9491"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=9491"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=9491"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=9491"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}