{"id":9487,"date":"2021-08-22T07:30:04","date_gmt":"2021-08-22T05:30:04","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/la-psychanalyse-des-contes-de-fees-les-concepts-de-bettelheim-examines-experimentalement-2\/"},"modified":"2023-01-17T09:41:28","modified_gmt":"2023-01-17T08:41:28","slug":"la-psychanalyse-des-contes-de-fees-les-concepts-de-bettelheim-examines-experimentalement","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/la-psychanalyse-des-contes-de-fees-les-concepts-de-bettelheim-examines-experimentalement\/","title":{"rendered":"La psychanalyse des contes de f\u00e9es : les concepts de Bettelheim examin\u00e9s exp\u00e9rimentalement (2006)"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Perspectives psychanalytiques des contes de f\u00e9es<\/h2>\n\n\n\n<p>La fascination qu\u2019\u00e9prouvent les enfants pour les contes de f\u00e9es a fait l\u2019objet de diverses \u00e9tudes, essentiellement du point de vue litt\u00e9raire (Favat, 1977 ; Applebee, 1978). Les interpr\u00e9tations symboliques des contes des f\u00e9es ainsi que leur relation avec l\u2019inconscient sont devenues un champ de sp\u00e9culation o\u00f9 entrent en lice aussi bien des analystes freudiens que jungiens (Bettelheim, 1976 ; Von Franz, 1982 ; Ka\u00ebs et al., 1989 ; De la G\u00e9nardi\u00e8re, 1996). Freud (1900) fut le premier \u00e0 d\u00e9couvrir la nature symbolique des contes de f\u00e9es. De m\u00eame que les mythes et les l\u00e9gendes, ils plongent dans les parties les plus primitives de la psych\u00e9. Dans son <em>Interpr\u00e9tation des r\u00eaves<\/em>, Freud se r\u00e9f\u00e8re aux contes de f\u00e9es pour justifier l\u2019analyse des r\u00eaves : \u201cNous savons d\u00e9j\u00e0 que les mythes et les contes de f\u00e9es, les proverbes et les chansons, le langage d\u2019imagination utilisent le m\u00eame symbolisme\u201d (1916, p.168). Dans <em>L\u2019Homme aux Loups<\/em>, Freud soutient que le conte de f\u00e9es offre \u00e0 l\u2019enfant un mode de pens\u00e9e qui correspond \u00e0 sa repr\u00e9sentation de lui-m\u00eame. Il ne sent pas de diff\u00e9rence entre l\u2019animal et lui, ce qui explique qu\u2019il n\u2019est pas surpris par les animaux anthropomorphiques figurant dans de nombreux contes.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00f3heim (1953) souligne la ressemblance entre les contes de f\u00e9es et les exp\u00e9riences oniriques. Une grande partie de la mythologie, affirme-t-il, d\u00e9rive des r\u00eaves. Les contes de f\u00e9es pourraient provenir d\u2019exp\u00e9riences oniriques racont\u00e9es et re-racont\u00e9es. En outre, selon Schwartz (1956), le conte de f\u00e9es, comme le r\u00eave, proc\u00e8de par opposition ou contraste, est illogique, poss\u00e8de une signification manifeste et latente, emploie des symboles, interpr\u00e8te et \u00e9tend le concept de r\u00e9alit\u00e9, est une forme d\u2019expression dramatis\u00e9e, contient des \u00e9l\u00e9ments sexuels et culturels, exprime des d\u00e9sirs, fait preuve-d\u2019humour et utilise les m\u00e9canismes de condensation, substitution, d\u00e9placement, \u00e9valuation et sur\u00e9valuation.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est avec Bruno Bettelheim, que la signification des contes de f\u00e9es chez l\u2019enfant a atteint son point culminant. Le livre de Bettelheim <em>Psychanalyse des contes de f\u00e9es<\/em> (1976) est devenu un classique de l\u2019approche psychanalytique de ces r\u00e9cits. Il offre un tableau \u00e9labor\u00e9 de la relation entre l\u2019enfant et les contes de f\u00e9es, en mettant l\u2019accent sur leur valeur th\u00e9rapeutique pour l\u2019enfant. Bettelheim a longuement analys\u00e9 des contes populaires et a tent\u00e9 de d\u00e9montrer la mani\u00e8re dont chacun d\u2019eux refl\u00e8te des conflits ou des angoisses apparaissant \u00e0 des stades sp\u00e9cifiques du d\u00e9veloppement. Gr\u00e2ce \u00e0 sa longue exp\u00e9rience clinique en tant qu\u2019\u00e9ducateur et th\u00e9rapeute aupr\u00e8s des enfants et leurs parents, Bettelheim \u00e9labore des interpr\u00e9tations des contes. Il sugg\u00e8re que les contes aident l\u2019enfant \u00e0 d\u00e9couvrir le sens profond de la vie tout en le divertissant et en \u00e9veillant sa curiosit\u00e9. Les contes stimulent l\u2019imagination de l\u2019enfant et l\u2019aident \u00e0 voir clair dans ses \u00e9motions mais aussi \u00e0 prendre conscience de ses difficult\u00e9s tout en lui proposant des solutions possibles aux probl\u00e8mes qui le troublent.<\/p>\n\n\n\n<p>Les analystes jungiens ont aussi \u00e9tudi\u00e9 les contes de f\u00e9es d\u2019un point de vue aussi bien th\u00e9orique que clinique. Jung a attribu\u00e9 une grande importance aux contes et a d\u00e9clar\u00e9 que dans ces histoires on peut mieux \u00e9tudier l\u2019anatomie comparative de la <em>psych\u00e9<\/em>. Les mythes et les l\u00e9gendes permettent de trouver des mod\u00e8les de base de la psych\u00e9 et un mat\u00e9riel culturel ; il y a moins de mat\u00e9riel culturel conscient sp\u00e9cifique dans les contes. Marie Von Franz (1982) souligne que ces contes sont l\u2019expression la plus pure et simple des processus collectifs inconscients. Hans Dieckmann (1986) sugg\u00e8re que les contes d\u00e9crivent nos complexes primaires mais aussi la mani\u00e8re avec laquelle on apprend \u00e0 se comporter dans la relation avec eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Pierre P\u00e9ju (1981) dans son ouvrage <em>La Petite fille dans la for\u00eat des contes<\/em> met l\u2019accent sur le fait que le conte est un moyen de penser, d\u2019imaginer et d\u2019exp\u00e9rimenter une \u201canimalisation\u201d : la description du loup faite par le <em>Petit Chaperon rouge<\/em> est fine et suggestive et se limite \u00e0 la t\u00eate de l\u2019animal. Elle est tout aussi \u00e9rotique livrant le corps enfantin \u00e0 un contact animal, qui en retour animalise l\u2019enfant. \u201cCe n\u2019est donc pas seulement la grandm\u00e8re qui est fantasmatiquement faite loup, mais la petite fille elle-m\u00eame, durant ces minutes tendues, devient quelque chose en rupture avec la famille et avec la distinction humain\/animal\u201d (p.80).<\/p>\n\n\n\n<p>Selon Ren\u00e9 Ka\u00ebs et <em>al.<\/em> (1989), c\u2019est par son contenu, ses m\u00e9canismes et la subjectivit\u00e9 avec laquelle nous y r\u00e9agissons que le conte de f\u00e9es se rapproche le plus du r\u00eave. Comme dans le r\u00eave, les actions des personnages dans le conte, aux prises avec leurs conflits, cherchent une issue \u00e0 leur d\u00e9sir ou \u00e0 leur besoin. \u201cChaque personnage constitue un p\u00f4le identificatoire possible ou impossible\u201d (p.13). Pour ces auteurs, le personnage a trois fonctions : celles de lien, de transformation et d\u2019interm\u00e9diaire. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, il relie des processus primaires et secondaires, il transforme des fantasmes inconscients en r\u00e9cits structur\u00e9s, et agit comme un interm\u00e9diaire entre le corps et le milieu social.<\/p>\n\n\n\n<p>Christian Gu\u00e9rin (1989) a d\u00e9velopp\u00e9 une th\u00e8se originale sur la fonction \u201cconteneur potentiel\u201d du conte -en s\u2019appuyant sur la th\u00e9orie de Bion-, c\u2019est-\u00e0-dire sur sa fonction de transformation des affects ou des objets non pens\u00e9s, parce que destructeurs du penseur lui-m\u00eame en repr\u00e9sentations tol\u00e9rables : en repr\u00e9sentations capables d\u2019engendrer des repr\u00e9sentations.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Georges Jean (1990), \u201cle magique\u201d des contes garde toute sa place dans l\u2019imaginaire des enfants. Cette magie-l\u00e0 demeure dans \u201cle pouvoir des contes\u201d o\u00f9 s\u2019inscrivent nos interpr\u00e9tations possibles et personnelles. En effet, c\u2019est ce pouvoir qui nous permet de faire le \u201cdouble trajet\u201d entre le monde ext\u00e9rieur et le monde int\u00e9rieur, entre le r\u00e9el et l\u2019imaginaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Claude de la G\u00e9nardi\u00e8re (1996) \u00e9voque les discours sur les diff\u00e9rentes versions du <em>Petit Chaperon rouge<\/em> allant des versions orales aux versions \u00e9crites de Perrault et de Grimm. Pour elle, les personnages des contes comme les personnages des r\u00eaves sont tous des figures du moi. Elle met l\u2019accent sur l\u2019espace \u201cdans l\u2019entre-deux-m\u00e8res\u201d o\u00f9 les deux m\u00e8res (m\u00e8re et grand-m\u00e8re du <em>Petit Chaperon rouge<\/em>) \u00e9changent des choses (nourriture, v\u00eatement de la petite) par l\u2019enfant interpos\u00e9. \u201cTrois personnages sont alors situ\u00e9s en fonction de leur \u00e9lan pour elle, \u00e9lans maternels\u201d (p.81). Par cons\u00e9quent, l\u2019enfant existe dans le d\u00e9sir des autres et c\u2019est son trajet qui va leur proposer un point de rencontre. Chacun de ces personnages \u00e9tant la condition de l\u2019existence de l\u2019autre.<br>Pour Ren\u00e9 Diatkine (1998), l\u2019analyse d\u2019un conte ne doit pas \u00eatre orient\u00e9e par la recherche d\u2019une signification unique. Dans l\u2019analyse d\u2019un r\u00eave, la polys\u00e9mie des personnages, des objets, des lieux et des actions permet d\u2019aborder les formes les plus cach\u00e9es de chacun de nous. \u201cQuand il s\u2019agit d\u2019un conte, c\u2019est une cl\u00e9 pr\u00e9cieuse pour comprendre quelqu\u2019un\u2026\u201d(p.338). Chaque \u201cr\u00f4le\u201d ne repr\u00e9sente pas la totalit\u00e9 d\u2019une personne, mais un de ses aspects, le produit d\u2019une de ses identifications.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le test des contes de f\u00e9es<\/h2>\n\n\n\n<p>Le <em>Fairy Tales Test<\/em> (FTT) est un test projectif destin\u00e9 aux enfants de 6 \u00e0 12 ans (Coulacoglou, 1998). Il se compose de 21 planches dont les images repr\u00e9sentent des personnages de contes de f\u00e9es tr\u00e8s connus et des sc\u00e8nes d\u00e9riv\u00e9es du <em>Petit Chaperon rouge<\/em> et de <em>Blanche-neige et les Sept Nains<\/em>. Les images sont pr\u00e9sent\u00e9es par s\u00e9ries de 3 planches aux sujets qui doivent r\u00e9pondre \u00e0 des questions comme par exemple \u201cQue pense\/ressent chacun(e) d\u2019entre eux (elles) ?\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>Le FTT a \u00e9t\u00e9 \u00e9talonn\u00e9 sur un \u00e9chantillon normatif de 873 enfants, choisis dans la plus grande r\u00e9gion d\u2019Ath\u00e8nes. Les r\u00e9ponses des enfants peuvent \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es quantitativement aussi bien que qualitativement. L\u2019analyse quantitative am\u00e8ne \u00e0 l\u2019\u00e9valuation de 29 variables de personnalit\u00e9 : Ambivalence, Estime de Soi, Agression Type A, Agression par D\u00e9fense, par Envie, par Repr\u00e9sailles, Agression-Dominance, Agression Orale, Besoins Oraux, Moralit\u00e9, Angoisse, D\u00e9pression, Relation avec la m\u00e8re et le p\u00e8re, Bizarres et autres. L\u2019interpr\u00e9tation qualitative inclut l\u2019\u00e9valuation de la dynamique familiale, l\u2019int\u00e9gration du Moi et les fonctions du Moi, la r\u00e9solution des conflits et l\u2019analyse des m\u00e9canismes de d\u00e9fense. Les m\u00e9canismes, le plus fr\u00e9quemment observ\u00e9s aux r\u00e9ponses des enfants au FTT sont : l\u2019Annulation, la Formation R\u00e9actionnelle, le Clivage, la Rationalisation, la Projection, le D\u00e9ni et le Refoulement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le petit chaperon rouge<\/h2>\n\n\n\n<p>Alors qu\u2019il y a un grand nombre de versions diff\u00e9rentes du conte, retrouv\u00e9es dans plusieurs r\u00e9gions de la France (Zipes, 1993), on retrouve des origines asiatiques de ce m\u00eame conte dans les \u00e9tudes effectu\u00e9es (Dundes, 1989). Les variations asiatiques (Chine, Japon, Cor\u00e9e) du <em>Petit Chaperon rouge<\/em> sont diff\u00e9rentes des europ\u00e9ennes selon un grand nombre de caract\u00e9ristiques : l\u2019agresseur peut \u00eatre un tigre, les h\u00e9ro\u00efnes peuvent \u00eatre deux ou trois petites filles. Une autre diff\u00e9rence concerne le type de d\u00e9ception : l\u2019animal pr\u00e9tend \u00eatre la m\u00e8re, la grand-m\u00e8re ou la tante des jeunes filles et d\u2019habitude c\u2019est la grand-m\u00e8re qui leur rend visite.<\/p>\n\n\n\n<p>Les versions les plus c\u00e9l\u00e8bres du <em>Petit Chaperon rouge<\/em> ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crites par Perrault et les fr\u00e8res Grimm. Cependant, ils ont \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9s d\u2019avoir fait des alt\u00e9rations aux contes par rapport au texte oral d\u2019origine (Dundes, 1989). Le texte original du conte a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 \u00e0 la fin du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle en France par Paul Delarue (Zipes, 1993). Selon Dundes (1989), Perrault \u00e9tait inform\u00e9 de l\u2019existence des contes qui lui ont servi comme source d\u2019inspiration pour ses propres \u00e9crits (le titre original : \u201cl\u2019histoire de la grand-m\u00e8re\u201d). La version de Perrault omet des \u00e9l\u00e9ments horribles comme l\u2019invitation du loup \u00e0 l\u2019h\u00e9ro\u00efne de manger la fl\u00e8che et le sang de sa grand-m\u00e8re morte, le fait que la fille enl\u00e8ve ses v\u00eatements, la ruse de sortir pour d\u00e9f\u00e9quer. Il a aussi chang\u00e9 la fin : le protagoniste est d\u00e9vor\u00e9 par le loup. Les fr\u00e8res Grimm ont ajout\u00e9 la pr\u00e9sence du chasseur et ainsi le sauvetage de deux femelles en restaurant la heureuse fin de l\u2019histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Les interpr\u00e9tations psychanalytiques les plus connues de ce conte sont entre autres celles de Fromm (1951), de R\u00f3heim (1953) et de Bettelheim (1976). Notre \u00e9tude mettra l\u2019accent sur les interpr\u00e9tations faites par Bettelheim et son analyse de l\u2019histoire et des personnages. Bettelheim (1976) \u00e9crit que ce conte exprime l\u2019ambivalence entre le plaisir et le principe de r\u00e9alit\u00e9. Le conte traite \u00e9galement le conflit oedipien qui est r\u00e9activ\u00e9 pendant l\u2019adolescence. La sexualit\u00e9 naissante du <em>Petit Chaperon rouge<\/em> est adress\u00e9e vers son p\u00e8re-loup qui est l\u2019externalisation des dangers des d\u00e9sirs oedipiens irr\u00e9sistibles. Le p\u00e8re est aussi repr\u00e9sent\u00e9 par le chasseur dans son r\u00f4le protecteur et sauveteur. En fait, on peut observer le clivage de la figure paternelle en animal f\u00e9roce et mena\u00e7ant et en chasseur aimable et serviable.<\/p>\n\n\n\n<p>Le th\u00e8me central de ce conte, selon Bettelheim (1976), est la peur de la petite fille d\u2019\u00eatre d\u00e9vor\u00e9e. Dans la maison de ses parents, elle est prot\u00e9g\u00e9e alors que dans la maison de sa grand-m\u00e8re, elle se trouve angoiss\u00e9e des cons\u00e9quences de sa rencontre avec le loup. Le probl\u00e8me qu\u2019elle doit r\u00e9soudre, ce sont les liens oedipiens qui peuvent l\u2019amener \u00e0 s\u2019exposer aux tentatives d\u2019un dangereux s\u00e9ducteur (le loup). La petite fille qui se situe \u00e0 un stade pr\u00e9pubertaire du d\u00e9veloppement, lutte avec les probl\u00e8mes de la pubert\u00e9 mais elle n\u2019est pas encore assez m\u00fbre sur le plan affectif pour ma\u00eetriser ses conflits oedipiens. Sa sexualit\u00e9 naissante la pousse \u00e0 s\u2019\u00e9carter du chemin en opposition avec sa m\u00e8re. Son ambivalence entre le principe de r\u00e9alit\u00e9 (impos\u00e9 par sa m\u00e8re) et le principe de plaisir (son propre d\u00e9sir) \u00e9voque son conflit int\u00e9rieur. Il s\u2019agirait d\u2019un conflit entre le \u00e7a et le moi-surmoi ; tous les enfants qui \u00e9prouvent des difficult\u00e9s \u00e0 ob\u00e9ir au principe de r\u00e9alit\u00e9, s\u2019identifient tr\u00e8s vite avec l\u2019image du protagoniste qui est le <em>Petit Chaperon rouge<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, dans la version des fr\u00e8res Grimm, le <em>Petit Chaperon rouge<\/em> revient en vie aussi bien que sa grand-m\u00e8re avec l\u2019intervention du chasseur. Cela permet aux enfants d\u2019acc\u00e9der \u00e0 un stade sup\u00e9rieur d\u2019existence et de pouvoir d\u00e9passer leurs peurs par rapport \u00e0 ce temps transitoire de la p\u00e9riode de latence \u00e0 la pubert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les questions pos\u00e9es \u00e0 l\u2019enfant devant les planches repr\u00e9sentant le <em>Petit Chaperon rouge<\/em>, sont les suivantes : \u201cQue pense\/ressent chacune d\u2019entre elles ? Pourquoi ?\u201d, \u201cLaquelle des trois est celle du conte ? Pourquoi ?\u201d et \u201cSi tu \u00e9tais le loup, laquelle tu mangerais ? Pourquoi ?\u201d. Dans les exemples suivants, le signe ( ?) fait r\u00e9f\u00e9rence au questionnement d\u2019\u00e9clairage, par exemple \u201cPourquoi ?\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>La plupart des interpr\u00e9tations psychanalytiques de l\u2019histoire du <em>Petit Chaperon rouge<\/em> mettent l\u2019accent sur la sexualit\u00e9 pubertaire, comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9. Cette sexualit\u00e9 refl\u00e8te des issues sp\u00e9cifiques comme les sentiments oedipiens du <em>Petit Chaperon rouge<\/em> envers son p\u00e8re qui est repr\u00e9sent\u00e9 par le loup. Au FTT, les r\u00e9ponses donn\u00e9es \u00e0 la deuxi\u00e8me planche r\u00e9v\u00e8lent souvent des pr\u00e9occupations narcissiques, des int\u00e9r\u00eats pour le sexe oppos\u00e9 et le d\u00e9sir de rencontrer ou parler au loup.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fille de 9 ans r\u00e9pond \u00e0 la deuxi\u00e8me planche repr\u00e9sentant le <em>Petit Chaperon rouge<\/em> : \u201cElle a vu le loup et elle devient timide parce qu\u2019elle est tomb\u00e9e amoureuse de lui ( ?) Ils se sont rencontr\u00e9s et ils sont devenus couple ( ?) elle ne veut plus aller chez sa grand-m\u00e8re parce qu\u2019elle veut rester avec le loup ( ?) elle est contente parce qu\u2019elle a trouv\u00e9 un copain.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>Une fille de 12 ans qui se trouve au d\u00e9but de sa pubert\u00e9, r\u00e9v\u00e8le ses pr\u00e9occupations sexuelles dans la r\u00e9ponse suivante \u00e0 la planche II : \u201cElle est timide parce qu\u2019elle a peut \u00eatre vu le loup ( ?) peut \u00eatre elle aime le loup ( ?) elle pense si le loup l\u2019aime aussi ( ?) parce qu\u2019elle l\u2019aime et elle veut savoir si le loup l\u2019aime bien aussi\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Les connotations sexuelles apparaissent aussi en r\u00e9ponse \u00e0 la question \u201cSi tu \u00e9tais le loup, laquelle tu mangerais ? Pourquoi ?\u201d. Un grand nombre d\u2019enfants r\u00e9pondent que le loup mangerait le <em>Petit Chaperon rouge<\/em> repr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 la deuxi\u00e8me planche parce qu\u2019elle est jolie, gentille, timide, belle, porte une courte jupe, veut se marier etc\u2026 Il a \u00e9t\u00e9 constat\u00e9 que des r\u00e9ponses semblables sont fournies dans leur majorit\u00e9 par les filles.<\/p>\n\n\n\n<p>La position de Bettelheim sur le conte du <em>Petit Chaperon rouge<\/em> traite aussi l\u2019ambivalence entre le principe de plaisir et le principe de r\u00e9alit\u00e9 qui est soutenue par les r\u00e9ponses \u00e0 la question \u201cQue pense\/ressent chaque <em>Petit Chaperon rouge<\/em> ? Pourquoi ?\u201d. L\u2019ambivalence est exprim\u00e9e sous forme d\u2019ind\u00e9cision : quel chemin prendre, doit-elle parler au loup ou non, doit-elle cueillir des fleurs ou non, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Au FTT, le conflit de l\u2019enfant entre le principe de r\u00e9alit\u00e9 et le principe de plaisir peut \u00eatre d\u00e9montr\u00e9, comme dans l\u2019exemple suivant, par sa r\u00e9ponse \u00e0 la question \u201cQue pense\/ressent chacune d\u2019entre elles ?\u201d, aux planches repr\u00e9sentant le <em>Petit Chaperon rouge<\/em>. Une fille de 11 ans r\u00e9pond \u00e0 la planche III : \u201cElle est s\u00e9rieuse ( ?) elle pense aller chez elle ou rester dans la for\u00eat ( ?) ses amis, les animaux sont dans la for\u00eat et \u00e0 la maison sa m\u00e8re l\u2019attend ( ?) elle est confuse ( ?) pour cette raison l\u00e0\u201d. De fa\u00e7on similaire, une autre fille de 8 ans r\u00e9pond : \u201cPeut \u00eatre ses amis sont quelque part pr\u00e8s d\u2019elle et elle ne sait pas quoi faire ( ?) Aller chez sa grand-m\u00e8re comme sa m\u00e8re lui a dit ou rester avec ses amis pour jouer ?\u201d Lorsque la fille entre dans la for\u00eat et r\u00e9alise qu\u2019elle s\u2019\u00e9loigne du bon chemin, ou bien qu\u2019elle ne veut plus rendre visite \u00e0 sa grand-m\u00e8re parce qu\u2019elle a peur, elle est ennuy\u00e9e, pr\u00e9f\u00e8re aller jouer etc., le loup assume le r\u00f4le de son surmoi. En d\u2019autres mots, lorsque le principe de r\u00e9alit\u00e9 c\u00e8de la place au principe de plaisir, le loup assume le r\u00f4le du surmoi \u201cqui d\u00e9vore\u201d. Ainsi, le loup d\u00e9cide de manger le <em>Petit Chaperon rouge<\/em> parce qu\u2019elle a d\u00e9sob\u00e9i, elle est \u00e9go\u00efste, rus\u00e9e, fi\u00e8re, m\u00e9chante, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Un gar\u00e7on de 9 ans r\u00e9pond \u00e0 la deuxi\u00e8me planche repr\u00e9sentant le <em>Petit Chaperon rouge<\/em> : \u201cJe vais empoisonner la grand-m\u00e8re\u201d (?) \u201cParce qu\u2019elle a l\u2019air m\u00e9chante et elle pense que sa grand-m\u00e8re ne la traite pas bien\u201d. Ensuite, \u00e0 la question : \u201cSi tu \u00e9tais le loup, laquelle tu mangerais ? Pourquoi ?\u201d, il donne la r\u00e9ponse : \u201cJe mangerais la deuxi\u00e8me (Planche II) parce qu\u2019elle a un c\u0153ur malin et elle va tuer d\u2019autres gens dans l\u2019avenir.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>Le loup peut aussi assumer le r\u00f4le du surmoi lorsque le <em>Petit Chaperon rouge<\/em> agit selon le principe de plaisir et non selon le principe de r\u00e9alit\u00e9. A ce propos, une fille de 7 ans r\u00e9pond \u00e0 la question : \u201cSi tu \u00e9tais le loup, laquelle tu mangerais ? Pourquoi ?\u201d de la mani\u00e8re suivante : \u201cIl semble qu\u2019elle aime bien le m\u00e9chant loup. Elle veut avoir une relation intime avec lui, se marier avec lui. Il l\u2019approche et il la mange\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre constat, d\u00e9riv\u00e9 des r\u00e9ponses des enfants aux questions des planches repr\u00e9sentant le <em>Petit Chaperon rouge<\/em>, est que le <em>Petit Chaperon rouge<\/em> \u00e9prouve une angoisse de s\u00e9paration. Ses pens\u00e9es sont souvent monopolis\u00e9es par des peurs irrationnelles et de l\u2019angoisse. Pendant que la jeune fille se prom\u00e8ne dans la for\u00eat, elle devient angoiss\u00e9e par la tomb\u00e9e de la nuit, les animaux sauvages, le fait que quelqu\u2019un la regarde, qu\u2019elle peut tomber dans un pi\u00e8ge, qu\u2019elle peut se perdre, que sa grand-m\u00e8re peut mourir, sa m\u00e8re tombe malade, etc. L\u2019angoisse de s\u00e9paration peut \u00eatre d\u00e9montr\u00e9e dans la r\u00e9ponse d\u2019une fille de 9 ans \u00e0 la planche III : \u201cElle pense que sa grand-m\u00e8re peut mourir et que cela ne vaut plus la peine de lui amener de la nourriture ( ?) elle a peur ( ?) sa grand-m\u00e8re peut \u00eatre morte et si elle va chez elle, elle peut rencontrer un fant\u00f4me qui la mangerait.\u201d<br>Un autre exemple est la r\u00e9ponse donn\u00e9e par une fille de 8 ans \u00e0 la deuxi\u00e8me planche repr\u00e9sentant le <em>Petit Chaperon rouge<\/em> : \u201cSa m\u00e8re est morte \u00e0 cause des probl\u00e8mes cardiaques et elle est seule dans la rue. Elle ne sait pas quoi faire. Elle est tr\u00e8s triste que sa m\u00e8re soit morte\u201d.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le loup<\/h2>\n\n\n\n<p>La figure masculine, repr\u00e9sent\u00e9e par le loup, tient une place capitale dans l\u2019histoire du <em>Petit Chaperon rouge<\/em> ayant deux aspects oppos\u00e9s : un aspect s\u00e9ducteur qui devient meurtrier par la d\u00e9voration du protagoniste et de sa grandm\u00e8re et un aspect sauveteur, qui prot\u00e8ge l\u2019enfant dont il est responsable repr\u00e9sent\u00e9 par le chasseur. A ce propos, Bettelheim (1976) \u00e9crit que \u201ctout se passe comme si le <em>Petit Chaperon Rouge<\/em> essayait de comprendre la nature contradictoire du m\u00e2le en exp\u00e9rimentant tous les aspects de sa personnalit\u00e9 : les tendances \u00e9go\u00efstes, asociales, violentes, virtuellement destructives du \u00e7a (le loup) et les tendances altruistes, sociales, r\u00e9fl\u00e9chies et tut\u00e9laires du moi (le chasseur) (p.262). Au FTT, les questions pos\u00e9es \u00e0 l\u2019enfant par rapport aux planches repr\u00e9sentant le loup, sont les suivantes : \u201cQue pense\/ressent chacun d\u2019entre eux ?\u201d, \u201cLequel des trois loups est celui de l\u2019histoire du <em>Petit Chaperon rouge<\/em> ? Pourquoi ?\u201d, \u201cLequel te fait le plus peur ? Pourquoi ?\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors qu\u2019aux questions des planches repr\u00e9sentant le <em>Petit Chaperon rouge<\/em>, les enfants, en s\u2019identifiant au personnage, donnent des r\u00e9ponses avec des connotations symboliques par rapport au loup (objet sexuel, surmoi), aux planches repr\u00e9sentant le loup, ils s\u2019identifient beaucoup plus souvent avec lui qu\u2019avec le <em>Petit Chaperon rouge<\/em> (la victime). Le loup devient alors une figure sur laquelle se projettent les peurs, les angoisses et les pulsions agressives et\/ou sexuelles. L\u2019angoisse de perte et la d\u00e9pression qu\u2019\u00e9prouve une fille de 8 ans, peut \u00eatre illustr\u00e9e dans l\u2019extrait suivant \u00e0 la premi\u00e8re planche : \u201cIl est triste ( ?) il semble qu\u2019il pleure et avale ses larmes (?) il a perdu quelque chose (?) il a perdu son enfant.\u201d Un gar\u00e7on de 11 ans projette \u00e0 la figure du loup ses pulsions agressives ainsi que le montre sa r\u00e9ponse \u00e0 la troisi\u00e8me planche repr\u00e9sentant le loup : \u201cIl a pr\u00e9par\u00e9 un pi\u00e8ge au <em>Petit Chaperon rouge<\/em> et il pense la manger ( ?) le <em>Petit Chaperon rouge<\/em> est tr\u00e8s m\u00e9chante parce qu\u2019elle veut manger ( ?) elle lui a vol\u00e9 sa nourriture et il ne trouve plus rien \u00e0 manger dans la for\u00eat\u201d. De fa\u00e7on similaire, une fille de 10 ans projette ses pulsions sexuelles \u00e0 la troisi\u00e8me planche repr\u00e9sentant le loup : \u201cQuelqu\u2019un se moque de lui. Il se bat avec un autre loup parce qu\u2019il veut s\u2019accoupler avec une chienne mais il \u00e9choue et il veut se venger. Il est en col\u00e8re\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fantasme d\u2019incorporation se r\u00e9f\u00e8re au fantasme primitif de prendre quelque chose \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de son corps afin de s\u2019approprier les aspects et les qualit\u00e9s de l\u2019objet. Ce n\u2019est pas rare d\u2019observer dans les r\u00e9ponses des enfants \u00e0 la question \u201cSi tu \u00e9tais le loup, laquelle tu mangerais ? Pourquoi ?\u201d ce fantasme d\u2019incorporation comme une tentative d\u2019acqu\u00e9rir les qualit\u00e9s de l\u2019autre qui manquent chez soi. Voici, deux exemples :<\/p>\n\n\n\n<p>Un gar\u00e7on de 11 ans r\u00e9pond : \u201cJe mangerais la premi\u00e8re, parce qu\u2019elle est intelligente. Elle est la plus petite et le loup la mangerait en premier ( ?) elle est grosse et il serait satisfait en la mangeant. Apr\u00e8s l\u2019avoir mang\u00e9e, le loup deviendrait intelligent aussi\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne peut \u00eatre observ\u00e9 dans la r\u00e9ponse donn\u00e9e par une fille de 10 ans : \u201cJe mangerais la premi\u00e8re, parce qu\u2019elle est une bonne fille. Le loup aime manger les enfants qui sont bons et contents\u201d.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Blanche neige et les sept nains<\/h2>\n\n\n\n<p>Selon Dundes (1989), \u201cles folkloristes ont tent\u00e9 d\u2019\u00e9claircir les relations entre le texte, la texture et le contenu, qui fournissent ainsi un cadre utile o\u00f9 on peut \u00e9tudier des variations de <em>Blanche Neige<\/em>\u201d. Sa texture est la langue sp\u00e9cifique (la visualisation dans le cas du film) de l\u2019histoire particuli\u00e8re. Le contenu a des rapports avec des influences personnelles, sociales, historiques et autres. <em>Blanche Neige<\/em> est une tradition orale multiculturelle avec des contenus multiples. Selon Bettelheim (1976) le conte de <em>Blanche Neige<\/em> traite les conflits oedipiens entre la m\u00e8re et la fille, pendant l\u2019enfance et l\u2019adolescence et pr\u00e9vient les effets d\u00e9sastreux du narcissisme. L\u2019attitude de la belle-m\u00e8re devant son miroir rappelle le th\u00e8me de Narcisse. Elle est jalouse de la beaut\u00e9 de <em>Blanche Neige<\/em> aussi bien que de sa jeunesse et de mani\u00e8re symbolique, elle tente de l\u2019incorporer en ayant l\u2019intention de manger ses organes intestinaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Bettelheim interpr\u00e8te la mort provisoire de <em>Blanche Neige<\/em> comme une p\u00e9riode de pr\u00e9paration avant d\u2019entrer dans un stade plus m\u00fbr comme est celui de l\u2019adolescence. Pour lui, les nains \u00e9tant de sexe masculin et dont la croissance a avort\u00e9, sugg\u00e8rent une existence pr\u00e9oedipienne. Ils \u00e9voquent des associations phalliques -pas dans le sens sexuel- mais dans-leur fa\u00e7on de vivre et leur m\u00e9connaissance de l\u2019amour. Ils sont satisfaits de leur vie et m\u00e8nent des activit\u00e9s diverses de fa\u00e7on r\u00e9p\u00e9titive. Ce manque de changement ou de d\u00e9sir fait que leur existence est parall\u00e8le avec celle d\u2019un enfant pr\u00e9pubertaire. En plus, il argumente que les nains servent de symbole des valeurs morales telles que le travail dur et l\u2019intelligence dans leurs \u00e9changes.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, c\u2019est Ren\u00e9 Diatkine (1998) qui met l\u2019accent sur la figure maternelle dans le conte de <em>Blanche Neige<\/em>. \u201cM\u00e8re et mar\u00e2tre ne sont pas deux images simplement oppos\u00e9es. Elle sont rigoureusement compl\u00e9mentaires\u201d (p.341). Pour ce dernier, la m\u00e8re et la mar\u00e2tre sont le produit de la condensation des deux premi\u00e8res images de m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>A ce point, il est important de souligner ce que la recherche avec le FTT a d\u00e9montr\u00e9 par rapport \u00e0 l\u2019histoire de <em>Blanche Neige et les Sept Nains<\/em>. Il a \u00e9t\u00e9 constat\u00e9 que les enfants per\u00e7oivent les nains comme des \u00eatres ayant souvent des sentiments sexuels pour <em>Blanche Neige<\/em>. Il est souvent trouv\u00e9 dans les r\u00e9ponses donn\u00e9es par les enfants, que <em>Blanche Neige<\/em> repr\u00e9sente l\u2019objet d\u2019amour, objet de d\u00e9sir. L\u2019enfant projette \u00e0 la figure particuli\u00e8re son d\u00e9sir de se marier avec elle, de faire des enfants avec elle, de l\u2019aimer et d\u2019\u00eatre aim\u00e9 par elle. Dans certains cas, les pr\u00e9occupations sexuelles des sujets s\u2019associent au besoin d\u2019affection qu\u2019ils \u00e9prouvent.<\/p>\n\n\n\n<p>Il peut aussi arriver que <em>Blanche Neige<\/em> soitper\u00e7ue comme une figure maternelle qui prend soin des nains, les prot\u00e8ge ou m\u00eame les puni quand ils ne sont pas sages, ils ne lavent pas leurs mains etc.. Par cons\u00e9quent, il n\u2019est pas rare que les nains r\u00e9v\u00e8lent de la rivalit\u00e9 fraternelle vis-\u00e0-vis de cette figure maternelle qu\u2019est <em>Blanche Neige<\/em>. Dans leurs r\u00e9ponses aux planches repr\u00e9sentant les nains, les enfants souvent expriment des sentiments de jalousie et m\u00eame d\u2019envie par rapport \u00e0 leurs fr\u00e8res et s\u0153urs dans une tentative d\u2019attirer l\u2019attention et l\u2019amour de <em>Blanche Neige<\/em>. Dans d\u2019autres cas, <em>Blanche Neige<\/em> devient elle-m\u00eame la rivale qui devient, tout en \u00e9tant intrusive, une menace \u00e0 la vie harmonieuse des nains. Il arrive alors que l\u2019enfant, en s\u2019identifiant au nain, se sente mis de c\u00f4t\u00e9, n\u2019ayant plus l\u2019attention qu\u2019il d\u00e9sire des autres, parce que <em>Blanche Neige<\/em> acquiert tout l\u2019amour et la tendresse de leur part.<\/p>\n\n\n\n<p>Le cas o\u00f9 <em>Blanche Neige<\/em> est per\u00e7ue comme une figure maternelle protectrice et tendre est illustr\u00e9 par la r\u00e9ponse donn\u00e9e par une fille de 9 ans, \u00e0 la troisi\u00e8me planche repr\u00e9sentant le nain : \u201cIl est tr\u00e8s content que <em>Blanche Neige<\/em> l\u2019aide \u00e0 faire le m\u00e9nage mais aussi \u00e0 prendre soin d\u2019eux et les aide dans des situations difficiles\u201d. Dans ces cas, les r\u00e9ponses aux planches repr\u00e9sentant les nains r\u00e9v\u00e8lent souvent la rivalit\u00e9 fraternelle qui appara\u00eet le plus fr\u00e9quemment sous forme de tentatives d\u2019attirer l\u2019attention de <em>Blanche Neige<\/em>. L\u2019exemple qui suit, illustre clairement cette probl\u00e9matique : une fille de 6 ans r\u00e9pond \u00e0 la deuxi\u00e8me planche : \u201cLe premier nain a aid\u00e9 <em>Blanche Neige<\/em>, alors elle danse toujours avec lui ( ?) Lui, le deuxi\u00e8me est malheureux parce que <em>Blanche Neige<\/em> ne danse jamais avec lui mais toujours avec le premier. Il est jaloux et il les d\u00e9teste\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans d\u2019autres cas, <em>Blanche Neige<\/em> est per\u00e7ue comme rivale qui arrive \u00e0 la famille et attire l\u2019attention des autres. Un gar\u00e7on de 10 ans r\u00e9pond \u00e0 la premi\u00e8re planche : \u201cElle pense o\u00f9 est-ce qu\u2019il va dormir avec <em>Blanche Neige<\/em> dans la maison ( ?) peut \u00eatre ils vont le renvoyer pour dormir quelque part \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur ( ?) <em>Blanche Neige<\/em> arrivera et ils vont lui donner son propre lit ( ?) il pense que s\u2019ils le renvoient de la maison, il sera seul et il aura peur\u201d. A ce propos, un gar\u00e7on de 11 ans donne la r\u00e9ponse suivante \u00e0 la troisi\u00e8me planche : \u201cIl est triste parce que tous les nains \u00e9taient ses amis mais maintenant que <em>Blanche Neige<\/em> est arriv\u00e9e, ils ne le veulent plus parce que tous veulent \u00eatre amis avec elle ( ?) il pense que ses amis lui gardaient compagnie juste pour lui parler et maintenant qu\u2019une nouvelle amie est arriv\u00e9e, ils l\u2019ont abandonn\u00e9\u201d. Bien que les nains soient des personnages symbolisant l\u2019existence phallique n\u2019ayant pas le d\u00e9sir de la d\u00e9passer en \u00e9tablissant des relations intimes, selon la th\u00e9orie de Bettelheim, les r\u00e9ponses des enfants rel\u00e8vent des observations diff\u00e9rentes. Comme d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9 auparavant, il arrive souvent que l\u2019enfant, en s\u2019identifiant aux nains, expriment des pr\u00e9occupations sexuelles vis-\u00e0-vis de <em>Blanche Neige<\/em>, qui devient objet d\u2019amour et d\u2019attirance. Les exemples suivant d\u00e9montrent les connotations sexuelles dans les r\u00e9ponses des enfants par rapport \u00e0 <em>Blanche Neige<\/em>.<br>Un gar\u00e7on de 8 ans r\u00e9pond \u00e0 la deuxi\u00e8me planche repr\u00e9sentant les nains : \u201cIl aime <em>Blanche Neige<\/em> ( ?) il veut tuer les deux autres nains ( ?) pour que <em>Blanche Neige<\/em> devienne sa copine ( ?) il est furieux\u201d. La r\u00e9ponse d\u2019une fille de 11 ans soul\u00e8ve cette m\u00eame probl\u00e9matique \u00e0 la deuxi\u00e8me planche : \u201cIl pense qu\u2019il est le plus beau parmi les autres, le plus jeune aussi et il veut se marier avec <em>Blanche Neige<\/em> ( ?) il aime beaucoup <em>Blanche Neige<\/em> ( ?) il a peur que <em>Blanche Neige<\/em> tombe amoureuse de quelqu\u2019un d\u2019autre ou quelqu\u2019un d\u2019autre la lui vole\u201d.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La sorci\u00e8re, blanche neige et les nains<\/h2>\n\n\n\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 l\u2019hypoth\u00e8se faite par Bettelheim, les planches repr\u00e9sentant la sorci\u00e8re r\u00e9v\u00e8lent une relation antagoniste entre la m\u00e8re et sa fille \u00e0 cause des sentiments oedipiens. L\u2019enfant s\u2019identifie \u00e0 la sorci\u00e8re pendant que <em>Blanche Neige<\/em> assume le r\u00f4le de la m\u00e8re et le roi ou le prince peut symboliser le p\u00e8re. Les sentiments narcissiques sont refl\u00e9t\u00e9s \u00e0 la figure de la sorci\u00e8re qui d\u00e9sire l\u2019appr\u00e9ciation et l\u2019approbation des autres aussi bien que l\u2019acquisition d\u2019un statut sup\u00e9rieur. Les sentiments d\u2019envie soulevant le conflit oedipien peuvent \u00eatre retrouv\u00e9es dans la r\u00e9ponse d\u2019une fille de 8 ans \u00e0 la deuxi\u00e8me planche repr\u00e9sentant la sorci\u00e8re : \u201cElle pense faire le filtre magique pour tuer <em>Blanche Neige<\/em> ( ?) son p\u00e8re l\u2019aime beaucoup et il ne donne attention qu\u2019\u00e0 <em>Blanche Neige<\/em>, et pas \u00e0 elle\u201d. De m\u00eame, une fille de 10 ans r\u00e9pond \u00e0 la premi\u00e8re planche : \u201cElle pense se marier avec le roi ( ?) parce qu\u2019elle est jalouse de <em>Blanche Neige<\/em>. Elle ne veut pas que Blanche Neige se marie avec lui\u201d. Un autre exemple qui illustre le conflit oedipien chez une fille de 7 ans, appara\u00eet dans sa r\u00e9ponse aux sc\u00e8nes de <em>Blanche Neige et les Sept Nains<\/em> : Planche II : \u201c<em>Blanche Neige<\/em> est assise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du roi. Le prince est parti. Elle veut l\u2019embrasser ( ?) la fille veut embrasser son p\u00e8re sur la bouche\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Des sentiments li\u00e9s au narcissisme de l\u2019enfant peuvent aussi \u00eatre r\u00e9v\u00e9l\u00e9s dans ses r\u00e9ponses aux planches repr\u00e9sentant la sorci\u00e8re. Le besoin d\u2019un gar\u00e7on de 11 ans d\u2019un statut sup\u00e9rieur est illustr\u00e9 \u00e0 la r\u00e9ponse suivante Planche I : \u201cElle pense \u00eatre reine de toutes les sorci\u00e8res et qu\u2019elle veut conqu\u00e9rir toutes les sorci\u00e8res ( ?) avec ses plans sataniques qu\u2019elle a en t\u00eate ( ?) elle est contente qu\u2019elle est deviendra reine\u201d. En plus, le besoin de reconnaissance par l\u2019autre peut \u00eatre d\u00e9montr\u00e9 par la r\u00e9ponse \u00e0 la deuxi\u00e8me planche, d\u2019une fille de 10 ans : \u201cElle met des jolis v\u00eatements et elle brosse ses cheveux avec sa main. Elle est contente parce qu\u2019elle pense qu\u2019elle est la plus belle de toutes les femmes au monde et tous les hommes l\u2019admirent\u201d.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le clivage de l\u2019objet et du moi<\/h2>\n\n\n\n<p>Bruno Bettelheim a mis l\u2019accent sur le fantasme de la m\u00e9chante mar\u00e2tre dans les contes de f\u00e9es lorsqu\u2019il a parl\u00e9 de la division de la m\u00e8re (et\/ou du p\u00e8re) en deux personnages : une bonne m\u00e8re et une m\u00e9chante mar\u00e2tre. Pour le jeune enfant, cette division est importante, il doit pr\u00e9server en lui-m\u00eame l\u2019image d\u2019une m\u00e8re bonne mais aussi cela lui donne la possibilit\u00e9 de se mettre en col\u00e8re contre la m\u00e9chante m\u00e8re. Il ajoute que cette division peut avoir lieu aussi pour le moi propre de l\u2019enfant : il peut se diviser en deux \u00eatres, tout bon et tout m\u00e9chant sans pouvoir int\u00e9grer ces deux aspects en une int\u00e9grit\u00e9. Ainsi, \u201cl\u2019enfant ext\u00e9riorise et projette sur quelqu\u2019un d\u2019autre toutes les mauvaises choses qui lui sont effrayantes pour qu\u2019il puisse voir en elles une partie de lui-m\u00eame\u201d (p.110). Au FTT, le m\u00e9canisme de clivage par lequel l\u2019individu cherche de ma\u00eetriser l\u2019angoisse par deux r\u00e9actions simultan\u00e9es et oppos\u00e9es, peut se trouver aux planches repr\u00e9sentant les sorci\u00e8res. Le m\u00e9canisme de clivage de l\u2019objet (figure maternelle repr\u00e9sent\u00e9e par la sorci\u00e8re) peut \u00eatre d\u00e9cel\u00e9 dans les r\u00e9ponses du FTT comme dans les exemples suivants :<\/p>\n\n\n\n<p>Voici, la r\u00e9ponse d\u2019un gar\u00e7on de 12 ans \u00e0 la premi\u00e8re planche : \u201cElle pense que sa fille est tellement belle ! Sa m\u00e8re l\u2019aime beaucoup parce qu\u2019elle est belle. Parce qu\u2019elle est sa vraie m\u00e8re et non pas sa mar\u00e2tre\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Et \u00e0 la deuxi\u00e8me planche : \u201cLa mar\u00e2tre est tr\u00e8s belle et elle veut tuer sa fille parce qu\u2019elle est sa mar\u00e2tre. Elle pense aller \u00e0 la maison des nains et essayer de la tuer en lui donnant la pomme empoisonn\u00e9e\u201d. Une fille de 8 ans, emploi aussi le m\u00e9canisme de clivage de l\u2019objet comme d\u00e9montr\u00e9 dans ses r\u00e9ponses aux planches repr\u00e9sentant la sorci\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Planche II : \u201cElle s\u2019inqui\u00e8te de <em>Blanche Neige<\/em>. Elle veut qu\u2019elle soit heureuse et elle pense qu\u2019elle est sa belle fille : \u201cJe dois lui apporter tout le bonheur du monde\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Planche III : \u201cElle est en col\u00e8re parce qu\u2019elle veut tuer <em>Blanche Neige<\/em> parce qu\u2019elle est jalouse de sa beaut\u00e9. Elle pense que puisque <em>Blanche Neige<\/em> est sa belle fille, elle doit la tuer et apr\u00e8s sa mort ses enfants recevront tout l\u2019amour et l\u2019attention de sa part\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Le clivage du moi, par lequel le sujet divise son propre moi en deux parties \u00e9tant \u00e0 la fois tout bon et tout m\u00e9chant, peut aussi \u00eatre d\u00e9cel\u00e9 aux planches repr\u00e9sentant la sorci\u00e8re de la fa\u00e7on suivante : une fille de 10 ans, donne la r\u00e9ponse suivante \u00e0 la premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me planche :<\/p>\n\n\n\n<p>Planche I : \u201cJe dois tuer <em>Blanche Neige<\/em>. Elle veut justement \u00eatre la plus belle. Elle veut aller au pays o\u00f9 tous les gens sont beaux et elle veut les tuer parce qu\u2019elle les d\u00e9teste\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Planche II : \u201cElle pense qu\u2019elle doit porter des jolis v\u00eatements. Elle veut plaire aux gens. Elle veut \u00eatre gentille pour que les autres l\u2019aiment. Elle ne veut pas d\u00e9tester les gens\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, un dernier exemple, pr\u00e9sentant l\u2019emploi du m\u00e9canisme du clivage du moi par un gar\u00e7on de 9 ans :<\/p>\n\n\n\n<p>Planche I : \u201cElle veut transformer tous les m\u00e9chants gens en hommes gentils ( ?) elle se sent tr\u00e8s bien ( ?) Il est bien de faire de bonnes choses pour les gens\u201d.<br>Planche III : \u201cElle a une arme redoutable dans chacune de ses poches. Elle aide les gens m\u00e9chants gagner les autres afin que tout le monde se contr\u00f4le par les m\u00e9chants ( ?) elle est tr\u00e8s emb\u00eatante\u201d.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusions<\/h2>\n\n\n\n<p>Le but de cette \u00e9tude \u00e9tait de fournir une validation exp\u00e9rimentale \u00e0 la th\u00e9orie psychanalytique de Bruno Bettelheim sur les contes de f\u00e9es. Le Test des Contes de F\u00e9es (FTT) est un instrument susceptible d\u2019une telle tentative, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un test projectif de la personnalit\u00e9 dont le mat\u00e9riel est d\u00e9riv\u00e9 par les contes classiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Les histoires du <em>Petit Chaperon rouge<\/em> et de <em>Blanche Neige et les Sept Nains<\/em> ont \u00e9t\u00e9 choisies pour \u00eatre analys\u00e9es puisque le FTT comporte des planches repr\u00e9sentant des personnages et des sc\u00e8nes des contes particuliers. En commen\u00e7ant par l\u2019histoire du <em>Petit Chaperon rouge<\/em> qui est consid\u00e9r\u00e9e \u00eatre une histoire refl\u00e9tant des conflits oedipiens et la sexualit\u00e9 \u201cnaissante\u201d de l\u2019h\u00e9ro\u00efne, on a \u00e9tudi\u00e9 les r\u00e9ponses aux questions des planches repr\u00e9sentant le <em>Petit Chaperon rouge<\/em> et le Loup.<\/p>\n\n\n\n<p>Une innovation, dans le m\u00eame sens de la th\u00e9orie de Bettelheim de l\u2019histoire du <em>Petit Chaperon rouge<\/em> est le r\u00f4le assum\u00e9 par le loup comme surmoi. Les r\u00e9ponses \u00e0 la question \u201cSi tu \u00e9tais le loup, laquelle des trois tu mangerais ? Pourquoi ?\u201d d\u00e9montrent fr\u00e9quemment le fait que le loup \u201cmange\u201d l\u2019h\u00e9ro\u00efne que l\u2019enfant a d\u00e9crit comme d\u00e9sob\u00e9issante, provocatrice ou maline.<\/p>\n\n\n\n<p>Concernant l\u2019histoire de <em>Blanche Neige et les Sept nains<\/em>, des sentiments et conflits oedipiens sont pr\u00e9sent\u00e9s aux r\u00e9ponses des planches repr\u00e9sentant la Sorci\u00e8re et les sc\u00e8nes de l\u2019histoire. Tels sentiments sont pr\u00e9sent\u00e9s comme un antagonisme par rapport au choix que fait le prince pour se marier, entre la sorci\u00e8re et <em>Blanche Neige<\/em>. Une autre innovation, concernant l\u2019interpr\u00e9tation de Bettelheim de l\u2019histoire de <em>Blanche Neige et les Sept nains<\/em>, est la rivalit\u00e9 fraternelle. La rivalit\u00e9 fraternelle appara\u00eet le plus fr\u00e9quemment dans les r\u00e9ponses aux planches repr\u00e9sentant la Sorci\u00e8re et les Nains. La variable de la personnalit\u00e9 qui est refl\u00e9t\u00e9e dans ces r\u00e9ponses est l\u2019Agression motiv\u00e9e par l\u2019Envie (AgrEnvie). La sorci\u00e8re repr\u00e9sente l\u2019enfant, alors que <em>Blanche Neige<\/em> symbolise la rivale. Il semble que ce qui est important sont les sentiments d\u2019envie dans la dynamique familiale et l\u2019envie qui se d\u00e9veloppe non seulement entre la (mar\u00e2tre) m\u00e8re et la fille, mais aussi entre les rivaux. A ce point, il est important de souligner la version grecque de <em>Blanche Neige<\/em> &#8211;<em>Myrsina<\/em>&#8211; o\u00f9 les protagonistes sont des s\u0153urs et non pas m\u00e8re et fille. La rivalit\u00e9 fraternelle peut \u00eatre aussi observ\u00e9e dans les r\u00e9ponses aux planches repr\u00e9sentant les Nains o\u00f9 elle est produite lors de l\u2019arriv\u00e9e inattendue de <em>Blanche Neige<\/em> ou de l\u2019antagonisme entre les nains. Ce qui est int\u00e9ressant \u00e0 \u00e9laborer plus profond\u00e9ment est le constat que la figure de la sorci\u00e8re repr\u00e9sente plus fr\u00e9quemment des aspects de l\u2019enfant que des parents. Les enfants projettent \u00e0 la sorci\u00e8re des d\u00e9sirs ou des vuln\u00e9rabilit\u00e9s narcissiques, des sentiments d\u2019omnipotence ou de l\u2019agression. En \u00e9tudiant les enfants des cultures non europ\u00e9ennes, on a observ\u00e9 que la sorci\u00e8re repr\u00e9sente souvent une figure qui se trouve sans aide, malade et priv\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Un commentaire essentiel avant de conclure serait l\u2019hypoth\u00e8se que les r\u00e9ponses des enfants au Test projectif des Contes de F\u00e9es, soutiennent les hypoth\u00e8ses psychanalytiques. Cependant, les r\u00e9sultats indiquent que d\u2019autres th\u00e8mes ont \u00e9t\u00e9 sous \u00e9valu\u00e9s, comme le fait que le loup souvent assume le r\u00f4le d\u2019un rigide surmoi dans l\u2019histoire du <em>Petit Chaperon rouge<\/em>. Les r\u00e9ponses des enfants r\u00e9v\u00e8lent souvent les peurs excessives et irrationnelles du <em>Petit Chaperon rouge<\/em> lorsqu\u2019elle entre dans la for\u00eat, probablement issues de l\u2019angoisse de s\u00e9paration, apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 la s\u00e9curit\u00e9 du nid familial. Enfin, on voudrait souligner l\u2019importance de la rivalit\u00e9 fraternelle, un th\u00e8me qui revient souvent dans les r\u00e9ponses des enfants aux planches repr\u00e9sentant les Nains et la Sorci\u00e8re. Il semble que Bettelheim et autres th\u00e9oriciens ont sous estim\u00e9 l\u2019impact de la pr\u00e9sence et l\u2019arriv\u00e9e de <em>Blanche Neige<\/em> sur les sept \u201cfr\u00e8res\u201d ou \u201cc\u00e9libataires\u201d.<br>En concluant, il semble que le mat\u00e9riel riche et \u00e9labor\u00e9 fourni par les enfants dans leurs r\u00e9ponses au FTT, peut compl\u00e9ter et v\u00e9rifier les interpr\u00e9tations psychanalytiques des contes de f\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9f\u00e9rences Bibliographiques<\/h2>\n\n\n\n<p>Applebee, A. (1978). <em>The Child\u2019s Concept of Story<\/em>. Chicago. The University of Chicago Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Bettelheim, B. (1976). <em>The Uses of Enchantment : The Meaning and Importance of Fairy Tales<\/em>. London: Thames and Hudson.<\/p>\n\n\n\n<p>Coulacoglou, C. <em>Le Test des Contes de F\u00e9es. Le manuel<\/em>. Paris : ECPA.<\/p>\n\n\n\n<p>De la Genardi\u00e8re, C. (1996). <em>Encore un Conte? 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