{"id":9483,"date":"2021-08-22T07:30:04","date_gmt":"2021-08-22T05:30:04","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/bisexualite-genre-et-corps-erogene-2\/"},"modified":"2021-09-19T11:43:08","modified_gmt":"2021-09-19T09:43:08","slug":"bisexualite-genre-et-corps-erogene","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/bisexualite-genre-et-corps-erogene\/","title":{"rendered":"Bisexualit\u00e9, genre et corps \u00e9rog\u00e8ne"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p>La question de la bisexualit\u00e9, traditionnellement, renvoie \u00e0 la diff\u00e9rence entre homme et femme, soit directement entendue comme diff\u00e9rence anatomique entre les sexes, soit indirectement comme diff\u00e9rence entre masculin et f\u00e9minin, ce qui est tout autre chose. Aujourd\u2019hui en raison de l\u2019introduction du genre dans la th\u00e9orie sociale, il faudrait ajouter une troisi\u00e8me dichotomie&nbsp;: la diff\u00e9rence entre virilit\u00e9 et muli\u00e9brit\u00e9. Soit trois couples qui renverraient successivement \u00e0 la biologie &#8211; le corps -, \u00e0 la psychanalyse &#8211; la sexualit\u00e9 -, \u00e0 la sociologie &#8211; les rapports de domination -. Mais cette belle classification ne r\u00e9siste pas bien \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la clinique et de la th\u00e9orie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">I \u2013 Corps et sexualit\u00e9 originaire<\/h2>\n\n\n\n<p>Pour essayer d\u2019aborder la controverse sur la bisexualit\u00e9, je propose de suivre l\u2019ordre g\u00e9n\u00e9tique de la construction de la sexualit\u00e9. D\u00e8s le d\u00e9but de cette construction, le corps est convoqu\u00e9. Mais m\u00eame si le corps du nouveau-n\u00e9 est morphologiquement m\u00e2le ou femelle, ce n\u2019est pas, me semble-t-il, l\u2019anatomie sexuelle qui est en cause dans cette construction. Pour la gen\u00e8se de la sexualit\u00e9, la question anatomique est au second plan derri\u00e8re la question physiologique. Ce qui compte, en effet, \u00e0 l\u2019or\u00e9e de la vie, c\u2019est l\u2019immaturit\u00e9 des fonctions ou, mieux, des r\u00e9gulations physiologiques. En raison de cette immaturit\u00e9, la vie au sens biologique du terme, ne peut pas se poursuivre sans assistance ou sans soin apport\u00e9 \u00e0 ce corps, de l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais les soins du corps apport\u00e9s par l\u2019adulte, on le sait, ne peuvent pas se jouer exclusivement sur le plan de l\u2019instinctuel et de la conservation. L\u2019auto-conservation est port\u00e9e chez le nouveau-n\u00e9 par des comportements instinctuels que l\u2019on convient de r\u00e9unir sous la description de l\u2019attachement. En retour, m\u00eame si les soins prodigu\u00e9s par l\u2019adulte sont aussi port\u00e9s par des montages instinctuels, d\u00e9crits sous le nom de \u00ab&nbsp;<em>retrieval&nbsp;\u00bb<\/em>, ils ne peuvent pas se situer exclusivement sur le plan instrumental de l\u2019hygi\u00e9no-di\u00e9t\u00e9tique. Le soin, en effet, passe toujours par un corps \u00e0 corps entre l\u2019adulte et l\u2019enfant, qu\u2019il s\u2019agisse de lui donner le sein, de le porter dans ses bras, de le laver ou de l\u2019habiller. Et dans ce corps \u00e0 corps, les comportements de l\u2019adulte sont contamin\u00e9s par des fantasmes et des affects sexuels qui viennent de son inconscient sexuel \u00e0 lui. Dans la communication originelle entre l\u2019enfant et l\u2019adulte, o\u00f9 s\u2019\u00e9changent des messages auto-conservatifs entre \u00ab&nbsp;attachement&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;<em>retrieval&nbsp;\u00bb<\/em>, la communication est in\u00e9gale en ceci que les messages de l\u2019adulte sont compromis, c\u2019est-\u00e0-dire contamin\u00e9s de contenus sensuels et sexuels qui ont un pouvoir excitant sur le corps de l\u2019enfant. Dans le m\u00eame temps o\u00f9 l\u2019adulte donne un soin \u00e0 l\u2019enfant en touchant son corps avec le sien, il \u00ab&nbsp;implante&nbsp;\u00bb dans le corps de cet enfant une excitation sexuelle. Commence alors pour l\u2019enfant un travail psychique que Laplanche caract\u00e9rise comme une traduction, qui consiste \u00e0 traduire le message compromis et excitant de l\u2019adulte. Traduire pour l\u2019enfant, c\u2019est lier l\u2019excitation en une signification qui, au plan \u00e9conomique, lui permet de ma\u00eetriser ce qui se produit dans son corps, du fait de ses rapports avec l\u2019adulte. Ce deuxi\u00e8me temps &#8211; traductif &#8211; est un temps actif de l\u2019enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 par un premier temps, passif, celui de l\u2019implantation. Cette archi-passivit\u00e9 de l\u2019enfant face \u00e0 l\u2019implantation, est consubstantielle \u00e0 la s\u00e9duction de l\u2019enfant par l\u2019adulte. Et elle est le truchement par lequel le corps s\u2019affranchit de ses d\u00e9terminations biologiques, pour initier la formation d\u2019un deuxi\u00e8me corps, issu du premier&nbsp;: l\u2019implantation est le truchement par lequel passe la subversion libidinale des fonctions biologiques au profit de la formation du deuxi\u00e8me corps, le corps \u00e9rog\u00e8ne. Une \u00e9tude plus approfondie montrerait que la traduction n\u2019est pas seulement une production qui proc\u00e8de du g\u00e9nie de l\u2019intelligence de l\u2019enfant. Dans le temps m\u00eame o\u00f9 il traduit le message, l\u2019enfant acquiert un d\u00e9but de ma\u00eetrise sur ce qu\u2019il subissait jusque l\u00e0 passivement. Il peut commencer \u00e0 jouer autour de cette excitation avec l\u2019adulte, et m\u00eame \u00e0 entra\u00eener l\u2019adulte dans ce jeu, au point de le faire tourner en bourrique. Mais par le truchement de ce jeu, dans le corps-\u00e0-corps avec l\u2019adulte, il d\u00e9ploie de nouvelles habilet\u00e9s gr\u00e2ce auxquelles il commence aussi \u00e0 s\u2019\u00e9manciper des contraintes de son corps biologique. Et lorsqu\u2019il a faim, il peut diff\u00e9rer son besoin de nourriture, et jouer pendant un temps \u00e0 bavouiller, \u00e0 su\u00e7oter, \u00e0 mordiller le mamelon ou la t\u00e9tine, \u00e0 jouer donc, au lieu de se nourrir. Ainsi se profile peu \u00e0 peu un proc\u00e8s d\u2019\u00e9mancipation gr\u00e2ce auquel se d\u00e9veloppe, \u00e0 la marge du corps biologique, un deuxi\u00e8me corps&nbsp;: le corps \u00e9rotique, d\u2019une part&nbsp;; et se forme une capacit\u00e9 de ma\u00eetrise, d\u2019autre part, par laquelle il s\u2019\u00e9mancipe de l\u2019archi-passivit\u00e9 qui caract\u00e9risait au d\u00e9part l\u2019implantation du message excitant de l\u2019adulte.<\/p>\n\n\n\n<p>Si j\u2019insiste sur cette archi-passivit\u00e9, c\u2019est pour indiquer qu\u2019\u00e0 ce stade existe une in\u00e9galit\u00e9 fondamentale entre un adulte actif et s\u00e9ducteur, et un enfant passivement expos\u00e9. Ce dernier ne peut pas \u00e9chapper \u00e0 la s\u00e9duction de l\u2019adulte qui l\u2019entra\u00eene <em>nolens-volens<\/em>, dans la sexualit\u00e9 humaine. Mais cette passivit\u00e9 n\u2019est ni masculine, ni f\u00e9minine, ni m\u00e2le, ni femelle. Car elle est \u00e0 l\u2019origine de la sexualit\u00e9 aussi bien chez le petit gar\u00e7on que chez la petite fille. Ou, pour le dire autrement, <em>la sexualit\u00e9 originaire n\u2019a pas de sexe<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre faudrait-il compl\u00e9ter cette premi\u00e8re proposition en ajoutant qu\u2019\u00e0 ce stade, il n\u2019y a pas de diff\u00e9rence p\u00e8re-m\u00e8re. Il y a seulement un adulte qui prodigue des soins. La diff\u00e9rence ne se situe pas \u00e0 ce niveau. Ce qui compte, ici, c\u2019est l\u2019asym\u00e9trie des positions entre l\u2019enfant et l\u2019adulte, ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des positions, dont le corollaire est la passivit\u00e9 de l\u2019enfant. Et cette passivit\u00e9 de l\u2019enfant dans le premier temps de la gen\u00e8se de la sexualit\u00e9, conf\u00e8re au masochisme primaire \u00e9rog\u00e8ne un r\u00f4le primordial dans l\u2019organisation de la sexualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">II \u2013 L\u2019inconscient a-t-il un sexe&nbsp;?<\/h2>\n\n\n\n<p>Poursuivant cette investigation dans le sillage de Laplanche, on arrive \u00e0 l\u2019\u00e9tape de la traduction par l\u2019enfant des messages compromis et \u00e9nigmatiques venant \u00e0 lui par l\u2019adulte. Cette traduction, on le sait, n\u2019est jamais compl\u00e8te, elle laisse un reste non traduit, ni compris, qui vient se d\u00e9poser dans l\u2019inconscient &#8211; sexuel et refoul\u00e9 &#8211; de l\u2019enfant. C\u2019est de cette fa\u00e7on, par accumulation de ces restes non-traduits, que se forme l\u2019inconscient sexuel. La traduction et, dans son ombre, les r\u00e9sidus non-traduits qui forment l\u2019inconscient constituent le principe m\u00eame du refoulement&nbsp;: la th\u00e9orie de la s\u00e9duction est aussi une th\u00e9orie traductive du refoulement.<\/p>\n\n\n\n<p>La question qui vient alors est la suivante&nbsp;: <em>l\u2019inconscient sexuel refoul\u00e9 a-t-il un sexe&nbsp;?<\/em> Ou encore&nbsp;: <em>l\u2019inconscient sexuel est-il sexu\u00e9&nbsp;?<\/em> Question embarrassante dont la r\u00e9ponse ne peut \u00eatre examin\u00e9e qu\u2019en deux \u00e9tapes&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; la premi\u00e8re \u00e9tape est celle du <em>genre<\/em>, et <em>non celle du sexe<\/em>. R\u00e9ponse contre-intuitive, fond\u00e9e sur la pr\u00e9c\u00e9dence chez l\u2019enfant de la diff\u00e9rence de genre sur la diff\u00e9rence de sexe. Dans ses <em>Probl\u00e9matiques II<\/em>, Laplanche s\u2019attarde sur deux textes de Freud&nbsp;: <em>Th\u00e9ories sexuelles infantiles<\/em> et <em>Quelques cons\u00e9quences psychiques de la diff\u00e9rence des sexes au niveau anatomique<\/em> (1925). Dans le premier texte (1908), Freud \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si, en renon\u00e7ant \u00e0 notre corpor\u00e9it\u00e9, nous pouvions, \u00eatres purement pensants, arrivant par exemple d\u2019une autre plan\u00e8te, envisager d\u2019un \u0153il neuf les choses de cette terre, peut-\u00eatre rien ne frapperait-il davantage notre attention que l\u2019existence de deux sexes parmi les humains qui, par ailleurs si semblables, accentuent pourtant leur caract\u00e8re distinct par les indices les plus ext\u00e9rieurs. Or il ne semble pas que m\u00eame les enfants choisissent ce fait fondamental pour point de d\u00e9part de leurs recherches sur les probl\u00e8mes sexuels. Etant donn\u00e9 qu\u2019ils connaissant p\u00e8re et m\u00e8re aussi loin qu\u2019ils se souviennent de leur vie, ils acceptent leur pr\u00e9sence comme une r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019il n\u2019y a pas lieu de soumettre davantage \u00e0 investigation&nbsp;\u00bb (<em>OCFP<\/em>, VIII, p 229).<\/p>\n\n\n\n<p>Freud revient sur cette affirmation en 1925 (<em>OCFP<\/em>, XVII, p 196, note n\u00b01). Voici le commentaire de Laplanche&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je dirai pour reprendre un terme qui est actuellement remis en avant \u00e0 la suite de travaux de langue anglaise, que, \u00e0 cette \u00e9poque &#8211; et Freud le reconna\u00eet l\u00e0, mais de fa\u00e7on \u00e9videmment trop passag\u00e8re &#8211; il y a, dans une \u00e9tape pr\u00e9-castrative, une reconnaissance d\u2019une <em>distinction des genres pr\u00e9c\u00e9dant la diff\u00e9rence des sexes&nbsp;\u00bb<\/em> (soulign\u00e9 par Laplanche. <em>Probl\u00e9matiques II<\/em>, PUF, 1980, p 32-33). Il pr\u00e9cise plus loin citant Freud&nbsp;: \u00ab&nbsp;La premi\u00e8re de ces th\u00e9ories (sexuelles infantiles) est li\u00e9e au fait que sont n\u00e9glig\u00e9es les diff\u00e9rences entre les sexes, n\u00e9gligence dont nous avons soulign\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9part qu\u2019elle \u00e9tait caract\u00e9ristique de l\u2019enfant. Cette th\u00e9orie consiste \u00e0 attribuer \u00e0 tous les \u00eatres humains, y compris les \u00eatres f\u00e9minins, un p\u00e9nis, comme celui que le petit gar\u00e7on conna\u00eet \u00e0 partir de son propre corps&nbsp;\u00bb (Freud, 1908).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Les deux genres sont admis mais leur distinction ne passe pas par la diff\u00e9rence sexu\u00e9e&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Il y a (donc) une diff\u00e9rence de genre, \u00e9crit Laplanche admise sans \u00eatre th\u00e9oris\u00e9e par l\u2019enfant, pr\u00e9alablement \u00e0 la diff\u00e9rence des sexes. L\u2019enfant est plong\u00e9 dans un univers adulte, il d\u00e9signe d\u2019embl\u00e9e le masculin et le f\u00e9minin qui sont d\u2019abord connot\u00e9s par des marques sociales&nbsp;; &#8211; ou plut\u00f4t il admet sans d\u2019abord la questionner cette distinction masculin-f\u00e9minin&nbsp;\u00bb. (<em>Probl\u00e9matiques<\/em> II, p 170).<\/p>\n\n\n\n<p>Laplanche reviendra par la suite sur la question dans un autre texte&nbsp;: <em>Le genre, le sexe, le sexual<\/em> (2003). Il prendra alors clairement position en faveur du genre comme source pr\u00e9coce du questionnement ou comme message \u00e9nigmatique premier adress\u00e9 \u00e0 l\u2019enfant par le <em>socius<\/em>, d\u00e8s les tout d\u00e9buts de la vie. Qu\u2019est-ce que le masculin, qu\u2019est-ce que le f\u00e9minin&nbsp;? Qu\u2019est-ce qu\u2019\u00eatre un homme&nbsp;? Qu\u2019est-ce qu\u2019\u00eatre une femme&nbsp;? Sur quelles diff\u00e9rences l\u2019enfant peut-il b\u00e2tir la distinction et son origine&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi ces questions s\u2019imposent-elles \u00e0 l\u2019enfant avec une telle force&nbsp;? Parce qu\u2019elles lui arrivent sous une forme incontournable&nbsp;: <em>l\u2019assignation de genre<\/em> qui commence d\u00e8s la d\u00e9claration \u00e0 l\u2019\u00e9tat civil et le choix d\u2019un pr\u00e9nom. Assignation qui se mute chez l\u2019enfant en exigence de travail \u00e0 traduire ce message. Que signifie donc d\u2019\u00eatre assign\u00e9 gar\u00e7on ou fille&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Pour traduire l\u2019assignation, l\u2019enfant recourt au code, ou \u00e0 \u00ab&nbsp;l\u2019aide \u00e0 la traduction&nbsp;\u00bb, qui lui sont fournis par le <em>socius<\/em> ou par la culture, \u00e0 savoir&nbsp;: c\u2019est avoir un p\u00e9nis ou n\u2019en point avoir. Traduction binaire qui convoque donc la <em>diff\u00e9rence anatomique des sexes, cette fois<\/em>, pour traduire le genre en phallique\/ch\u00e2tr\u00e9. Le sexe anatomique donc est convoqu\u00e9 dans un temps second par rapport au genre. La diff\u00e9rence de genre masculin\/f\u00e9minin pr\u00e9c\u00e8de donc la convocation de la diff\u00e9rence anatomique des sexes.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce travail de traduction, du genre par le sexe, toutefois, comme dans toute traduction, il y a des restes non traduits qui s\u2019inscrivent dans l\u2019inconscient sexuel refoul\u00e9. Mais ces restes sont en \u00e9tat de d\u00e9liaison, et comme source d\u2019excitation venant d\u00e9sormais de l\u2019int\u00e9rieur <em>ils ont perdu leur liaison signifiante avec le genre<\/em>. C\u2019est pourquoi on aboutit \u00e0 la conclusion que l\u2019inconscient refoul\u00e9 est <em>sexuel<\/em>, (source d\u2019excitation interne) mais <em>non sexu\u00e9<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire ni masculin, ni f\u00e9minin. Les restes d\u00e9pos\u00e9s dans l\u2019inconscient seraient plut\u00f4t polyvalents, indistinctement masculins et f\u00e9minins, ou mieux masculins et f\u00e9minins simultan\u00e9ment. Ou, pour caract\u00e9riser la force potentielle contenue dans l\u2019inconscient qui est au principe du \u00ab&nbsp;sexual&nbsp;\u00bb, on pourrait dire que <em>l\u2019inconscient sexuel refoul\u00e9 est pansexuel, voire pansexualiste<\/em>. Ou, pour le dire autrement, l\u2019inconscient sexuel refoul\u00e9 n\u2019a que faire des diff\u00e9rences, il peut faire feu de tout bois&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Vient alors la seconde \u00e9tape&nbsp;: celle de la diff\u00e9rence anatomique entre les sexes, plus pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019interrogation de l\u2019enfant sur <em>l\u2019origine<\/em> de cette diff\u00e9rence entre les sexes. Freud en parle longuement dans le texte sur les <em>Th\u00e9ories sexuelles infantiles<\/em>. Mais ici s\u2019intercale une discussion qui, donn\u00e9e par pr\u00e9t\u00e9rition par Freud, est sans doute inaper\u00e7ue de la plupart des psychanalystes. \u00ab&nbsp;(La petite fille) remarque le p\u00e9nis, visible de mani\u00e8re frappante et bien dimensionn\u00e9, d\u2019un fr\u00e8re ou d\u2019un compagnon de jeu, le reconna\u00eet aussit\u00f4t comme la contrepartie sup\u00e9rieure de son propre organe, petit et cach\u00e9, et elle a d\u00e8s lors succomb\u00e9 \u00e0 l\u2019envie de p\u00e9nis&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis Freud parle de petit gar\u00e7on&nbsp;: \u00ab&nbsp;Une opposition int\u00e9ressante dans le comportement des deux sexes&nbsp;: dans le cas analogue, quand le petit gar\u00e7on aper\u00e7oit pour la premi\u00e8re fois la r\u00e9gion g\u00e9nitale de la fille, il se montre ind\u00e9cis, tout d\u2019abord peu int\u00e9ress\u00e9&nbsp;; il ne voit rien, ou il d\u00e9nie sa perception, l\u2019att\u00e9nue, cherche des exp\u00e9dients pour la mettre en harmonie avec son attente. Ce n\u2019est que plus tard, lorsqu\u2019une menace de castration a acquis de l\u2019influence sur lui, que cette observation va devenir significative pour lui&nbsp;; le souvenir ou le renouvellement de la menace suscite en lui une terrible temp\u00eate d\u2019affects et le soumet \u00e0 la croyance en la r\u00e9alit\u00e9 effective de la <em>menace prof\u00e9r\u00e9e<\/em> dont il se riait jusque l\u00e0&nbsp;\u00bb (Freud, <em>OCFP<\/em>, XVII, p 195).<\/p>\n\n\n\n<p>Freud affirme donc, ici, que la diff\u00e9rence anatomique des sexes (qui a pris le relais de la diff\u00e9rence de genre), est traduite diff\u00e9remment par le gar\u00e7on et la fille, en raison pr\u00e9cis\u00e9ment de leur anatomie diff\u00e9rente. Mais un peu plus loin, Freud \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;La diff\u00e9rence dans cette part du d\u00e9veloppement sexuel chez l\u2019homme et la femme est une cons\u00e9quence compr\u00e9hensible de la diversit\u00e9 anatomique des organes g\u00e9nitaux et de la situation psychique qui s\u2019y connecte, <em>elle correspond \u00e0 la diff\u00e9rence entre la castration accomplie (chez la fille) et la castration simplement prof\u00e9r\u00e9e en menace (chez le gar\u00e7on)<\/em>\u2026(<em>ibid<\/em>. p 200).<\/p>\n\n\n\n<p>Or la castration prof\u00e9r\u00e9e comme une menace, passe par le langage. En raison de la diff\u00e9rence anatomique, le gar\u00e7on et la fille ne re\u00e7oivent donc pas l\u2019\u00e9nigme de la castration de la m\u00eame fa\u00e7on. Pour la fille c\u2019est une <em>perception<\/em>, pour le gar\u00e7on, c\u2019est une <em>menace<\/em>. La fille est d\u2019embl\u00e9e dans la reconnaissance du r\u00e9el, le gar\u00e7on commence par un d\u00e9ni de perception, qui devient d\u00e9ni de la menace. D\u2019o\u00f9 r\u00e9sulterait une diff\u00e9rence fondamentale entre l\u2019homme et la femme vis-\u00e0-vis du <em>r\u00e9el<\/em> d\u2019une part, vis-\u00e0-vis de <em>l\u2019ordre du discours<\/em> d\u2019autre part. C\u2019est cette diff\u00e9rence qui a \u00e9t\u00e9 analys\u00e9e par Serge Leclaire dans un texte o\u00f9 il laisse entendre \u00ab&nbsp;qu\u2019anim\u00e9 d\u2019une passion de clairvoyance l\u2019homme m\u00e2le peut \u00eatre amen\u00e9 \u00e0 tenter d\u2019en reconstruire l\u2019hypoth\u00e8se (de la castration primaire), d\u2019articuler laborieusement les preuves de l\u2019existence du phallus. A la recherche de la castration sans le savoir, il deviendra \u00ab&nbsp;chercheur&nbsp;\u00bb, se r\u00e9v\u00e8lera parfois inventeur. Encore faut-il pour cela qu\u2019il conserve quelque vigueur pour d\u00e9passer les chemins ravin\u00e9s de s\u00e9duisantes orni\u00e8res, trac\u00e9s sur la carte du savoir-vivre de l\u2019honn\u00eate homme&nbsp;: philosophie, recherche scientifique, cr\u00e9ation artistique, exploration, ethnologie\u2026 psychanalyse&nbsp;; ou qu\u2019il sache conserver quelque ironie \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019activit\u00e9s si parfaitement \u00ab&nbsp;viriles&nbsp;\u00bb que celles de tous les b\u00e2tisseurs de famille, de fortunes, de routes, de barrages (!), de cit\u00e9s, de soci\u00e9t\u00e9s, d\u2019empires&nbsp;\u00bb (S. Leclaire, 1975,<em>On tue un enfant<\/em>, p 42-43, Editions du Seuil). \u00ab&nbsp;La femme est autrement engag\u00e9e dans cette voie de l\u2019amour (\u2026) Rien de ce qu\u2019elle peut attendre de l\u2019homme, et elle en attend tout, n\u2019est recevable qu\u2019en surcro\u00eet de cette reconnaissance qu\u2019elle est femme et qu\u2019elle parle d\u2019un lieu de <em>certitude du sexe<\/em>&nbsp;\u00bb (<em>ibid.<\/em> p 43) (c\u2019est-\u00e0-dire de la \u00ab&nbsp;castration accomplie&nbsp;\u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p>Si donc il y a place pour une bi-sexualit\u00e9, cette derni\u00e8re renvoie maintenant \u00e0 une diff\u00e9rence entre masculin et f\u00e9minin qui se concr\u00e9tise dans une diff\u00e9rence de posture par rapport au savoir et au discours, et non dans une opposition suppos\u00e9e entre activit\u00e9 et passivit\u00e9, on entre sadisme et masochisme. Et de surcro\u00eet cette bi-sexualit\u00e9 ne s\u2019enracine nullement dans la diff\u00e9rence anatomique des sexes. Cette bi-sexualit\u00e9 est secondaire et convoque la diff\u00e9rence anatomique comme argument d\u2019une d\u00e9monstration seulement et non comme inclination ou disposition \u00ab&nbsp;naturelle&nbsp;\u00bb des motions sexuelles \u00e0 s\u2019orienter dans une direction soit masculine soit f\u00e9minine.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">III \u2013 Du genre au choix d\u2019objet<\/h2>\n\n\n\n<p>Leclaire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce qui importe dans cette approche du sexe qu\u2019impose le travail psychanalytique, c\u2019est que la d\u00e9termination sexuelle <em>est un fait de discours<\/em>, une position subjective radicale, qui fait appara\u00eetre qu\u2019il n\u2019y a pas de discours universel qui soit l\u00e9gitime&nbsp;: parce qu\u2019il n\u2019y a pas de discours asexu\u00e9&nbsp;\u00bb. (Leclaire p 40-41). Plus loin il pr\u00e9cise&nbsp;: \u00ab&nbsp;Discours marqu\u00e9s, en leur \u00ab&nbsp;origine&nbsp;\u00bb, du clivage de sexe (\u2026) qui constituent ce qu\u2019on a rep\u00e9r\u00e9 depuis longtemps comme \u00ab&nbsp;bi-sexualit\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;; ajoutons que cette intrication (entre les discours sexu\u00e9s) peut aller jusqu\u2019\u00e0 inverser pour chacun la dominance \u00ab&nbsp;naturelle&nbsp;\u00bb du discours de son sexe&nbsp;\u00bb (S. Leclaire p 41). La question, me semble-t-il, n\u2019est pas l\u2019inversion des discours sexu\u00e9s qui est certes possible, mais exceptionnelle (c\u2019est la question du transsexualisme), c\u2019est plut\u00f4t celle de l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 du genre, de <em>l\u2019ambivalence<\/em> que ce dernier g\u00e9n\u00e8re, et des conflits qu\u2019il fait surgir dans le moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Virilit\u00e9 et muli\u00e9brit\u00e9 sont deux cat\u00e9gories de discours et de pens\u00e9e qui sont aussi deux cat\u00e9gories de comportement et d\u2019<em>habitus<\/em>, socialement construits, essentiellement \u00e0 partir de la r\u00e9f\u00e9rence au travail. En effet la virilit\u00e9 exalte dans le travail l\u2019endurance \u00e0 la douleur, la revendication du recours \u00e0 la force et \u00e0 la violence, et le primat de la rationalit\u00e9 instrumentale et de son crit\u00e8re, l\u2019efficacit\u00e9. La virilit\u00e9 est en fait une construction d\u00e9fensive, produite collectivement par les hommes pour ma\u00eetriser la peur face au danger dans les m\u00e9tiers \u00e0 risques de la navigation ou du b\u00e2timent jusqu\u2019au m\u00e9tier des armes. La muli\u00e9brit\u00e9 au contraire c\u00e9l\u00e8bre le renoncement, la disponibilit\u00e9 face \u00e0 la volont\u00e9 de l\u2019autre, et la vocation \u00e0 servir. C\u2019est le produit d\u2019une strat\u00e9gie de d\u00e9fense contre la souffrance impos\u00e9e par les contraintes parfois ext\u00e9nuantes du travail domestique. Virilit\u00e9 et muli\u00e9brit\u00e9 dissimulent derri\u00e8re le masculin et le f\u00e9minin, des positions <em>dans l\u2019ordre de la domination sociale<\/em> des hommes sur les femmes qu\u2019on d\u00e9signe actuellement sous le nom de \u00ab&nbsp;<em>genre&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La th\u00e9orie du complexe de castration revient \u00e0 faire jouer \u00e0 l\u2019organe m\u00e2le un r\u00f4le pr\u00e9valent, cette fois-ci en tant que symbole, dans la mesure o\u00f9 son absence ou sa pr\u00e9sence transforme une diff\u00e9rence anatomique en crit\u00e8re majeur de classification des \u00eatres humains&nbsp;\u00bb, \u00e9crivent Laplanche et Pontalis dans le <em>Vocabulaire de la psychanalyse<\/em> \u00e0 l\u2019article <em>Phallus<\/em>. Dans son texte sur l\u2019introduction du genre dans la th\u00e9orie sexuelle, Laplanche entend le genre comme une cat\u00e9gorie plurielle&nbsp;: \u00ab&nbsp;il est d\u2019ordinaire double, avec le masculin-f\u00e9minin, mais il ne l\u2019est pas par nature. Il est souvent pluriel, comme dans l\u2019histoire des langues, et dans l\u2019\u00e9volution sociale&nbsp;\u00bb (Laplanche J. (2007), <em>Sexual<\/em>, p 153). Mais si l\u2019on fait r\u00e9f\u00e9rence aux \u00ab&nbsp;<em>gender studies<\/em>&nbsp;\u00bb, on aurait plut\u00f4t tendance \u00e0 insister sur le fait que le genre n\u2019est pas pluriel, justement. Homme et femme, ou, mieux, virilit\u00e9 et muli\u00e9brit\u00e9 ne sont pas deux genres s\u00e9par\u00e9s. Ils sont au contraire indissociables l\u2019un de l\u2019autre et se d\u00e9finissent voire se construisent toujours l\u2019un par l\u2019autre. Il n\u2019y a qu\u2019un seul genre, parce que le genre est un rapport d\u2019opposition dont la v\u00e9rit\u00e9 est un rapport de domination.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019assignation de genre d\u00e8s le d\u00e9but de la vie, n\u2019est pas seulement un message sur la place que le socius donne \u00e0 l\u2019enfant dans l\u2019une des deux cat\u00e9gories homme ou femme. C\u2019est toujours en m\u00eame temps un message sur la domination. Classer l\u2019enfant en gar\u00e7on ou fille, c\u2019est aussi lui signifier, <em>de facto<\/em>, qu\u2019il entrera dans la soci\u00e9t\u00e9 par le c\u00f4t\u00e9 des dominants ou par celui des domin\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Les messages d\u2019assignation de genre vont par la suite faire l\u2019objet de multiples op\u00e9rations de traduction &#8211; d\u00e9traduction &#8211; retraduction. On a d\u00e9j\u00e0 insist\u00e9 sur le fait que la diff\u00e9rence binaire phallique-ch\u00e2tr\u00e9 (qui renvoie \u00e0 la diff\u00e9rence anatomique des sexes) s\u2019offre comme code de traduction du genre, selon la formule&nbsp;: c\u2019est le sexe qui interpr\u00e8te le genre&nbsp;; ou encore&nbsp;: c\u2019est par le truchement du recours \u00e0 la diff\u00e9rence anatomique des sexes que le message compromis relatif au genre est traduit par l\u2019enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la suite du d\u00e9veloppement sexuel, l\u2019\u00e9nigme de la domination de genre va revenir principalement par l\u2019interm\u00e9diaire du rapport au travail, \u00e0 l\u2019emploi, au ch\u00f4mage, et, en amont par l\u2019interm\u00e9diaire de l\u2019\u00e9cole qui pr\u00e9figure les rapports de domination dans le monde du travail, et pr\u00e9pare non sans cruaut\u00e9, les enfants \u00e0 les affronter. L\u2019orientation, dans l\u2019ordre de la domination, vers l\u2019une ou l\u2019autre des positions &#8211; virilit\u00e9 ou muli\u00e9brit\u00e9 &#8211; ne va pas sans entra\u00eener des conflits intrapsychiques qui passent par des conflits d\u2019identification qui commencent \u00e0 l\u2019\u00e9cole communale et culminent \u00e0 l\u2019adolescence. Les identifications successives qui scandent l\u2019adolescence sont autant de tentatives pour traduire les messages d\u2019assignation de genre \u00e0 l\u2019heure de prendre une place dans le monde des adultes.<\/p>\n\n\n\n<p>Force est de constater en clinique, qu\u2019aujourd\u2019hui, c\u2019est surtout \u00e0 l\u2019adolescence que la question de la bisexualit\u00e9 se fait entendre avec le plus de force. L\u2019adolescent, en effet, est somm\u00e9 de se d\u00e9finir dans sa position de genre. Surgissent alors nombre de difficult\u00e9s \u00e0 choisir sa situation dans le gradient qui s\u00e9pare les deux extr\u00eames que sont la virilit\u00e9 machiste et la muli\u00e9brit\u00e9 drap\u00e9e dans un <em>niqab<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on admet, donc, que la bisexualit\u00e9 renvoie \u00e0 la construction sociale du genre et non \u00e0 des donn\u00e9es de l\u2019anatomie ou de l\u2019embryologie comme le soutenait Fliess, dont Freud est parti pour penser la bisexualit\u00e9, alors il faut \u00e9couter comment la bisexualit\u00e9 est th\u00e9matis\u00e9e aujourd\u2019hui dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le terme en effet est d\u00e9sormais utilis\u00e9 aussi pour d\u00e9signer <em>l\u2019orientation sexuelle<\/em>, homo et h\u00e9t\u00e9rosexuelle, ce que Freud pensait en termes de choix d\u2019objet. <em>Bisexualit\u00e9<\/em> d\u00e9signe alors le choix chez un adolescent ou plus tard \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte, de pratiquer la sexualit\u00e9 dans les deux registres homo &#8211; et h\u00e9t\u00e9ro-sexuels. De prime abord, cette acception de la notion de bisexualit\u00e9 est totalement \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la bisexualit\u00e9 r\u00e9f\u00e9r\u00e9e \u00e0 l\u2019assignation de genre. Pour Freud, le choix d\u2019objet homosexuel a une g\u00e9n\u00e9alogie sp\u00e9cifique, dont il donne des versions diff\u00e9rentes dans les textes comme <em>Des th\u00e9ories sexuelles infantiles<\/em> (1908), \u00ab&nbsp;<em>Un souvenir d\u2019enfance de L\u00e9onard de Vinci<\/em> (1910) ou <em>Pour introduire le narcissisme<\/em> (1914). Mais en fin de compte il semble que le choix d\u2019objet homosexuel, dans la mesure o\u00f9 il se rattache au choix d\u2019objet narcissique, est finalement pr\u00e9sent chez tous les individus, y compris chez ceux qui ne sont pas homosexuels, avec toutefois l\u2019id\u00e9e que dans le d\u00e9veloppement normal, le choix d\u2019objet narcissique c\u00e8de progressivement la place au choix d\u2019objet h\u00e9t\u00e9rosexuel. Judith Butler, quant \u00e0 elle, soutient que l\u2019orientation h\u00e9t\u00e9rosexuelle r\u00e9sulte d\u2019une r\u00e9pression, voire d\u2019une amputation du potentiel homosexuel originellement pr\u00e9sent chez tout individu par le truchement d\u2019une m\u00e9lancolie de genre.<\/p>\n\n\n\n<p>La difficult\u00e9 th\u00e9orique, c\u2019est que la bisexualit\u00e9 pratique ne dit rien de la bisexualit\u00e9 r\u00e9f\u00e9r\u00e9e au genre dont il a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment question. Qu\u2019un homme ait une orientation sexuelle h\u00e9t\u00e9ro, homo ou bi- sexuelle ne permet en rien d\u2019inf\u00e9rer en quoi que ce soit ce qui se joue pour lui dans son identit\u00e9 de genre. Il y a des homosexualit\u00e9s masculines qui s\u2019expriment par un <em>habitus<\/em> eff\u00e9min\u00e9, mais dans d\u2019autres cas l\u2019homosexualit\u00e9 exalte la virilit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la caricature, dans le <em>body-building<\/em>, aussi bien que dans le m\u00e9pris machiste des femmes. Et dans un couple homosexuel, le travail dans la sph\u00e8re priv\u00e9e n\u2019est pas toujours r\u00e9parti de fa\u00e7on \u00e9gale, en particulier lorsqu\u2019il y a des enfants, l\u2019un des deux partenaires faisant plut\u00f4t fonction de m\u00e8re tandis que l\u2019autre joue le r\u00f4le du p\u00e8re. Enfin il existe de nombreuses formes diff\u00e9rentes de l\u2019homosexualit\u00e9 comme le montre bien l\u2019\u00e9tude de L\u00e9o Bersani sur Gide, Proust et Genet, et il faut bien en arriver \u00e0 la conclusion qu\u2019entre bisexualit\u00e9 pratique dans la sph\u00e8re \u00e9rotique et bisexualit\u00e9 par rapport au genre dans la sph\u00e8re sociale il n\u2019y a aucune relation nomologique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>En 1930, Freud \u00e9crivait \u00ab&nbsp;La doctrine de la bisexualit\u00e9 demeure encore dans une grande obscurit\u00e9, et nous ne pouvons en psychanalyse que ressentir comme une grave perturbation le fait qu\u2019elle n\u2019ait pas encore trouv\u00e9 de connexion avec la doctrine des pulsions&nbsp;\u00bb (<em>Malaise dans la culture<\/em>, OCFP, XVIII, p 293). La grande obscurit\u00e9 dont parle Freud \u00e0 propos de la doctrine de la bisexualit\u00e9 demeure. On peut surtout dire \u00e0 son propos ce qu\u2019elle n\u2019est pas. La bisexualit\u00e9 psychique ne renvoie pas au m\u00e2le et \u00e0 la femelle, ou \u00e0 la diff\u00e9rence anatomique des sexes. Il n\u2019y a pas de diff\u00e9rence psychique entre un m\u00e2le et une femelle car la sexualit\u00e9 <em>ne vient pas du corps biologique<\/em>. La transsexualit\u00e9 est la r\u00e9cusation radicale de tout biologisme et de tout essentialisme. S\u2019il y a une bisexualit\u00e9 psychique, elle ne peut \u00eatre que <em>secondaire<\/em>. Elle renvoie \u00e0 un autre corps, \u00e0 savoir le <em>corps \u00e9rog\u00e8ne<\/em>. De surcro\u00eet on ne peut pas \u00e9tablir de relation nomologique, c\u2019est-\u00e0-dire de loi entre orientation sexuelle (h\u00e9t\u00e9ro, homo ou bisexuelle) et probl\u00e9matique de la bisexualit\u00e9. La bisexualit\u00e9 semble \u00eatre surtout en rapport avec la probl\u00e9matique du genre, c\u2019est-\u00e0-dire avec une construction sociale et non avec une donn\u00e9e d\u2019ordre biologique (Chiland C. (2011)&nbsp;: <em>Changer de sexe&nbsp;: illusion et r\u00e9alit\u00e9<\/em>, Paris Editions Odile Jacob). D\u2019avoir \u00e0 se positionner dans le gradient virilit\u00e9-muli\u00e9brit\u00e9, il semble qu\u2019aucun individu ne puisse s\u2019y soustraire. Mais, l\u00e0 encore, il faut prudence garder, car ce gradient lui-m\u00eame est aujourd\u2019hui soumis \u00e0 des turbulences sous l\u2019effet des nouvelles pratiques de la sexualit\u00e9 (sexualit\u00e9 <em>queer<\/em>) d\u2019une part, des nouvelles productions th\u00e9oriques (<em>Gender Studies<\/em>), en particulier lorsqu\u2019elles font une place \u00e0 part enti\u00e8re aux diff\u00e9rentes formes d\u2019hermaphrodisme, et remettent en cause l\u2019universalit\u00e9 de la diff\u00e9rence anatomique entre les 2 sexes m\u00e2le ou femelle (Anne Fausto-Sterling (1993 et 2000)&nbsp;: <em>Les cinq sexes&nbsp;: pourquoi m\u00e2le et femelle ne suffisent pas<\/em>. Traduction fran\u00e7aise, Paris, Editions Payot et Rivages, 2013), ou encore lorsqu\u2019elles ont des incidences jusque sur la l\u00e9gislation en mati\u00e8re d\u2019assignation de genre, qu\u2019il s\u2019agisse du changement d\u2019\u00e9tat civil des transsexuels ou de l\u2019inscription dans l\u2019ordre de la filiation pour les enfants de m\u00e8res porteuses ou de couples homosexuels.<\/p>\n\n\n\n<p>Judith Butler parlait de \u00ab&nbsp;Trouble dans le genre&nbsp;\u00bb. Pour le psychanalyste, cela se traduit par un trouble dans la doctrine de la bisexualit\u00e9. Et pour nos contemporains, il semble bien que cela se manifeste par un trouble des rep\u00e8res identificatoires qui g\u00e9n\u00e8re l\u2019\u00e9closion d\u2019une kyrielle de nouvelles configurations cliniques et psychopathologiques in\u00e9dites dont on n\u2019a pas fini, je crois, de d\u00e9battre dans la communaut\u00e9 psychanalytique.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9483?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction La question de la bisexualit\u00e9, traditionnellement, renvoie \u00e0 la diff\u00e9rence entre homme et femme, soit directement entendue comme diff\u00e9rence anatomique entre les sexes, soit indirectement comme diff\u00e9rence entre masculin et f\u00e9minin, ce qui est tout autre chose. 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