{"id":9481,"date":"2021-08-22T07:30:04","date_gmt":"2021-08-22T05:30:04","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/langoisse-de-redevenir-pere-2\/"},"modified":"2021-09-19T11:38:56","modified_gmt":"2021-09-19T09:38:56","slug":"langoisse-de-redevenir-pere","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/langoisse-de-redevenir-pere\/","title":{"rendered":"L&rsquo;angoisse de redevenir p\u00e8re"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00ab&nbsp;Tu vas \u00eatre p\u00e8re&nbsp;\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans un provocant r\u00e9cit de quelques pages sign\u00e9 d\u2019\u00ab&nbsp;Un certain Plume&nbsp;\u00bb, alias Henri Michaux, intitul\u00e9 <em>Tu vas \u00eatre p\u00e8re<\/em> <sup>1<\/sup>, un homme qui va l\u2019\u00eatre accepte plut\u00f4t mal cette id\u00e9e&nbsp;; p\u00e8re, il le devient pourtant, jusqu\u2019au jour o\u00f9 l\u2019enfant, \u00e0 3&nbsp;ans, pour sa premi\u00e8re grande promenade dans le monde, s\u2019approche trop pr\u00e8s de la fosse de l\u2019ours. Issue fatale&nbsp;: \u00ab&nbsp;Peut-\u00eatre me serais-je fait un jour \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00eatre p\u00e8re&nbsp;\u00bb, ainsi se termine le texte publi\u00e9 en 1943. Sous l\u2019\u00e9v\u00e9nement autobiographique&nbsp;\u2013&nbsp;la femme du po\u00e8te est enceinte, \u00e0 un mauvais moment&nbsp;: c\u2019est la guerre au-dehors et dans le couple&nbsp;\u2013, apparaissent, avec l\u2019ironie du conte cruel, haine et fantaisie meurtri\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019enfant. Dans la r\u00e9alit\u00e9, une fausse couche r\u00e9soudra l\u2019\u00e9preuve, que le texte exorcise avec ruse, selon une m\u00e9thode ch\u00e8re \u00e0 Michaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Quatre&nbsp;ans plus tard, Winnicott confirmera l\u2019intuition de l\u2019artiste&nbsp;: \u00ab&nbsp;La sentimentalit\u00e9 est inutile chez les parents, car elle nie la haine et la sentimentalit\u00e9 chez une m\u00e8re ne vaut rien du point de vue du petit enfant<sup>2<\/sup>.&nbsp;\u00bb Pas de sentimentalit\u00e9 non plus chez le p\u00e8re&nbsp;\u2013&nbsp;pass\u00e9 \u00e0 la trappe d\u2019une ligne \u00e0 l\u2019autre de Winnicott, on l\u2019aura remarqu\u00e9&nbsp;: pas de diff\u00e9rence, un parent suffisamment bon est un parent \u00e0 la haine bien temp\u00e9r\u00e9e, autrement dit une m\u00e8re non sentimentale.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas de diff\u00e9rence, ou plut\u00f4t si&nbsp;: \u00ab&nbsp;Elle, elle doit l\u2019aimer lui, ses excr\u00e9ments et tout, au moins au d\u00e9but, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il (l\u2019enfant) ait des doutes sur lui-m\u00eame&nbsp;\u00bb, \u00e9crit Winnicott<sup>3<\/sup>. Et lui, le p\u00e8re, \u00e9crit Michaux, que je ne r\u00e9siste pas \u00e0 citer un peu longuement, il \u00ab&nbsp;fait docilement le dada (pour un enfant son p\u00e8re sera toujours infiniment moins int\u00e9ressant qu\u2019un cheval), mais pas trop souvent [\u2026], et puis il faut redevenir p\u00e8re et commander, commander \u00e0 l\u2019enfant, commander \u00e0 sa voix, commander \u00e0 ses yeux, commander \u00e0 la m\u00e8re, commander des choses. \u00c0&nbsp;ce moment, il arrive que par la fen\u00eatre on voie passer au galop un grand chien, dont l\u2019enfant est aussit\u00f4t occup\u00e9, sentant en lui des mouvements quadrup\u00e9diques, agr\u00e9able accroissement de l\u2019\u00eatre, et il se d\u00e9tourne de vous, dans un oubli insolent&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment se priver de l\u2019insolence de la litt\u00e9rature&nbsp;? Papa, maman, la fen\u00eatre et le galop du grand chien qui traverse, telle la charge pulsionnelle&nbsp;: voil\u00e0 r\u00e9unis les acteurs de la sc\u00e8ne primitive. Laissons Michaux protester&nbsp;: \u00ab&nbsp;Freud, il veut me refiler une famille<sup>4<\/sup>&nbsp;!&nbsp;\u00bb, disait-il. Restons un instant encore dans la chambre de l\u2019enfant, o\u00f9 se pressent derri\u00e8re \u00ab&nbsp;le p\u00e8re&nbsp;\u00bb diff\u00e9rents genres de p\u00e8re&nbsp;: le <em>Daddy<\/em> au dada, qui fait l\u2019enfant, docile compagnon de jeu, \u00ab&nbsp;ingu\u00e9rissable fils de fils&nbsp;\u00bb peut-\u00eatre (et l\u00e0 encore c\u2019est une expression de Michaux), et le p\u00e8re Commandeur&nbsp;\u2013&nbsp;ici p\u00e8re Ubu, ivre de sa toute-puissance.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019y glisse aussi, celui-ci \u00e9crit d\u2019un pays lointain, l\u2019ombre d\u2019un autre p\u00e8re, id\u00e9al et id\u00e9alement aim\u00e9 de cet amour \u0153dipien que la psychanalyse nomme invers\u00e9, ou n\u00e9gatif, pour d\u00e9crire (chez le gar\u00e7on) cet attachement amoureux trouble, dirig\u00e9 vers le p\u00e8re, tout aussi essentiel \u00e0 la constitution et surtout au d\u00e9clin du complexe d\u2019\u0152dipe que l\u2019autre&nbsp;: toujours Michaux, qui s\u2019embarque pour l\u2019\u00c9quateur l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 Freud \u00e9crit <em>L\u2019avenir d\u2019une illusion&nbsp;:<\/em> \u00ab&nbsp;J\u2019aurais tant d\u00e9sir\u00e9 avoir un p\u00e8re. J\u2019entends&nbsp;: comme une femme\u2026 qu\u2019on cherche, qu\u2019on choisit, et si l\u2019on trouve c\u2019est un \u00e9merveillement<sup>5<\/sup>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Au lieu de ce p\u00e8re merveilleux de papier, se pr\u00e9sente un p\u00e8re plus r\u00e9el&nbsp;: dans \u00ab&nbsp;la plus autobiographique de ses fictions de l\u00e9gende<sup>6<\/sup>&nbsp;\u00bb, intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;<em>Le portrait de A<\/em>&nbsp;\u00bb (A est un fils \u00e0 la vie insignifiante), Michaux brosse un portrait de ce p\u00e8re-l\u00e0, vu par le fils&nbsp;: \u00ab&nbsp;Son p\u00e8re avait cela pour id\u00e9al&nbsp;: se retirer. Jamais il n\u2019eut rien d\u2019offrant. Il \u00e9tait prudent, tr\u00e8s prudent, d\u2019humeur \u00e9gale et triste. Il s\u2019effa\u00e7ait parfois comme une tache. Il avait aussi de ces \u00e9nervements terribles, douloureux et extr\u00eamement rares comme en ont les \u00e9l\u00e9phants lorsque, quittant une tranquillit\u00e9 qui leur a co\u00fbt\u00e9 des ann\u00e9es de surveillance, ils s\u2019abandonnent \u00e0 la col\u00e8re pour une bagatelle<sup>7<\/sup>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>P\u00e8re ou m\u00e8re, mais quel p\u00e8re \u2013&nbsp;ou quelle m\u00e8re&nbsp;? C\u2019est que l\u2019un comme l\u2019autre ont de multiples visages. C\u00f4t\u00e9 p\u00e8re, chez Michaux, et ma recension est loin d\u2019\u00eatre exhaustive&nbsp;: le <em>Daddy <\/em>p\u00e8re-enfant, le Commandeur, p\u00e8re-\u00e9l\u00e9phant, le p\u00e8re effac\u00e9 comme une tache, le p\u00e8re d\u00e9sir\u00e9 comme une femme et le p\u00e8re \u00e0 fuir&nbsp;\u2013&nbsp;lui, et tous les anc\u00eatres<sup>8<\/sup>\u2026 Autant d\u2019ombres ou de fant\u00f4mes que le po\u00e8te vient d\u00e9poser dans le mot, et la chose, \u00ab&nbsp;p\u00e8re&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0&nbsp;sa mani\u00e8re \u00e0 elle, sur un autre ton, la m\u00e9ta-psychologie freudienne dit elle aussi la multiplicit\u00e9 des figures paternelles, et l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019essentialiser P\u00e8re ou M\u00e8re&nbsp;: elle distingue par exemple (et ces distinctions sont de vraies diff\u00e9rences, fondatrices et de l\u2019objet \u00ab&nbsp;p\u00e8re&nbsp;\u00bb et de la m\u00e9tapsychologie, qui lui doit beaucoup) le p\u00e8re originaire, celui de la horde primitive et celui du p\u00e8re de la pr\u00e9histoire individuelle, le p\u00e8re du complexe d\u2019\u0152dipe, ha\u00ef et aim\u00e9, le p\u00e8re s\u00e9ducteur dans la r\u00e9alit\u00e9 et dans le fantasme, et encore le p\u00e8re qu\u2019on a et celui qu\u2019on devient. Les identifications dans lesquelles viennent se s\u00e9dimenter ces gisements d\u2019objets de haine et d\u2019amour constituent autant de couches g\u00e9ologiques, m\u00eal\u00e9es dans les sols et sous-sols de la r\u00e9alit\u00e9 psychique (primaires et pr\u00e9-\u0153dipiennes, secondaires et post-\u0153dipiennes\u2026), bien difficiles \u00e0 distinguer, elles, d\u2019autant qu\u2019elles sont, comme on sait, d\u2019\u00e9toffes et de textures vari\u00e9es (hyst\u00e9rique, narcissique, m\u00e9lancolique\u2026).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le patient dont j\u2019ai choisi de parler, un homme d\u2019une quarantaine d\u2019ann\u00e9es, plusieurs de ces figures de p\u00e8re, et d\u2019autres encore, se croisent, se nouent et combattent&nbsp;\u2013&nbsp;comme en chacun de nous.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019angoisse de Dominique, qui va redevenir p\u00e8re<\/h2>\n\n\n\n<p>Sueur froide, col\u00e8re froide, vague joie, \u00e9c\u0153urement, haine pour l\u2019enfant \u00e0 na\u00eetre, \u00e9crivait Michaux\u2026 Moins qualifi\u00e9e, moins sp\u00e9cifi\u00e9e, c\u2019est d\u2019angoisse que Dominique a \u00e9t\u00e9 saisi \u00e0 l\u2019annonce de la grossesse de sa compagne, apr\u00e8s presque un an de traitement (je le vois alors deux fois par semaine, en face \u00e0 face). D\u2019un pr\u00e9c\u00e9dent mariage, il a deux filles, au bord de l\u2019adolescence, et il esp\u00e9rait bien \u00ab&nbsp;s\u2019arr\u00eater l\u00e0&nbsp;\u00bb. La compagne avec laquelle il vit avec bonheur depuis quelques ann\u00e9es n\u2019avait pas d\u2019enfant. \u00c0&nbsp;la douleur caus\u00e9e par ce que la m\u00e9decine appelait une infertilit\u00e9, Dominique compatissait, secr\u00e8tement soulag\u00e9. La nouvelle de cette grossesse inesp\u00e9r\u00e9e est pour lui \u00ab&nbsp;comme un coup de tonnerre&nbsp;\u00bb. L\u2019orage s\u2019approche&nbsp;; bien pire, c\u2019est \u00ab&nbsp;une catastrophe&nbsp;\u00bb qui le \u00ab&nbsp;met plus bas que terre&nbsp;\u00bb, et l\u2019angoisse terriblement, dit-il, tandis que son amie, elle, est toute \u00e0 sa joie. De cette angoisse qui lui fera visiter les sous-sols, Dominique se d\u00e9gagera peu ou prou au fil de nos rencontres&nbsp;; s\u2019il est un peu plus apais\u00e9 vers la fin de la grossesse, la naissance de l\u2019enfant suscite pendant plusieurs mois une \u00e9lation massive.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment je n\u2019\u00e9voquerai pas ici un ph\u00e9nom\u00e8ne de couvade, dont G. Delaisi de Parseval<sup>9<\/sup> a soulign\u00e9 toute la complexit\u00e9, pas plus que je n\u2019attribuerai ce tableau clinique aux \u00ab&nbsp;vicissitudes de la paternalit\u00e9<sup>10<\/sup>&nbsp;\u00bb. Mon point de vue ici n\u2019est pas celui d\u2019une psychopathologie de la paternit\u00e9, mais bien davantage d\u2019une clinique singuli\u00e8re&nbsp;: de quels mouvements psychiques l\u2019angoisse, qui saisit Dominique \u00e0 l\u2019annonce de sa prochaine paternit\u00e9<sup>11<\/sup>, et entrave fortement ses capacit\u00e9s de travailler et d\u2019aimer pendant presque toute la grossesse de sa compagne, t\u00e9moigne-t-elle&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une \u00ab&nbsp;enfance ferm\u00e9e&nbsp;\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p>Dominique avait souhait\u00e9 consulter six mois plus t\u00f4t \u00e0 cause d\u2019\u00e9prouv\u00e9s de violence intense, notamment envers ses filles, qu\u2019il dit adorer pourtant, et re\u00e7oit en garde altern\u00e9e&nbsp;: presque jamais agie, cette violence l\u2019effrayait, et venait renforcer les auto&#8211;reproches de n\u2019avoir pas \u00e9t\u00e9 un \u00ab&nbsp;bon p\u00e8re&nbsp;\u00bb dans leur petite enfance, tant la m\u00e9sentente conjugale qui s\u2019\u00e9tait vite install\u00e9e lui faisait fuir le foyer. Cette peur de sa propre violence avait rapidement disparu, et des s\u00e9ances et du quotidien familial. Les premiers mois de la cure avaient \u00e9t\u00e9 occup\u00e9s par l\u2019histoire et les motifs de cette m\u00e9sentente, \u00e0 laquelle les d\u00e9saccords permanents \u00e0 propos des filles et les proc\u00e9dures sans fin de leur m\u00e8re continuaient \u00e0 donner une vive et p\u00e9nible actualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire d\u2019enfant de Dominique, rest\u00e9e dans l\u2019ombre ces premiers mois du traitement, laissaient apercevoir \u00ab&nbsp;une enfance ferm\u00e9e<sup>12<\/sup>&nbsp;\u00bb. Ses efforts pour la banaliser et la laisser dans l\u2019impr\u00e9cision me donnaient \u00e0 penser qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 douloureuse&nbsp;: \u00ab&nbsp;Moi aussi mes parents ont divorc\u00e9&nbsp;\u00bb, dit-il, bless\u00e9 des cons\u00e9quences de son propre divorce sur ses filles. Il avait 4&nbsp;ans, ses grands-parents maternels l\u2019ont alors \u00ab&nbsp;r\u00e9cup\u00e9r\u00e9&nbsp;\u00bb, sans qu\u2019il sache ni n\u2019ait voulu savoir pourquoi, puis c\u2019est son p\u00e8re qui l\u2019a \u00ab&nbsp;pris&nbsp;\u00bb, vers 6-7&nbsp;ans, ou bien 8. Vers 10&nbsp;ans, il a d\u00e9cid\u00e9 seul de repartir chez sa m\u00e8re parce que sa belle-m\u00e8re le \u00ab&nbsp;malmenait&nbsp;\u00bb d\u00e9cid\u00e9ment trop&nbsp;\u2013&nbsp;comme le fera son ex-femme. Chez sa m\u00e8re, remari\u00e9e avec un homme riche, la vie mat\u00e9rielle est beaucoup plus facile, mais la solitude domine une adolescence \u00ab&nbsp;triste&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;tr\u00e8s moyenne&nbsp;\u00bb au lyc\u00e9e. Il ne brille que dans une mati\u00e8re, celle dont il va faire son m\u00e9tier&nbsp;: bon qu\u2019\u00e0 \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>Que ce p\u00e8re n\u2019ait pas m\u00eame tent\u00e9 de retenir l\u2019enfant fugueur \u00e0 10&nbsp;ans le confirme \u00e0 Dominique&nbsp;: d\u00e9cid\u00e9ment il compte peu dans la vie de ce p\u00e8re, content finalement, pense-t-il, d\u2019\u00eatre d\u00e9barrass\u00e9 du fils\u2026 Il ne le reverra presque pas&nbsp;\u2013&nbsp;son p\u00e8re ne cherchera pas non plus \u00e0 le revoir, pas m\u00eame \u00e0 la naissance de ses filles. Dans les premiers mois du traitement, ce p\u00e8re n\u2019appara\u00eet quasiment pas&nbsp;: \u00ab&nbsp;De mon p\u00e8re, moi aussi je me suis d\u00e9barrass\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Revient en s\u00e9ance, au d\u00e9tour d\u2019un r\u00e9cit de r\u00eave, une image, comme un motif suppl\u00e9mentaire pour s\u2019en \u00eatre d\u00e9barrass\u00e9. Elle s\u2019impose comme un souvenir&#8211;\u00e9cran, le \u00ab&nbsp;d\u00e9go\u00fbte&nbsp;\u00bb&nbsp;: il est petit, son p\u00e8re se prom\u00e8ne dans l\u2019appartement, nu, le sexe en \u00e9rection. \u00ab&nbsp;Comme si je n\u2019\u00e9tais pas l\u00e0, comme si je ne comptais pas. Vous vous rendez compte&nbsp;? Il faut vraiment \u00eatre tar\u00e9.&nbsp;\u00bb Petit comment&nbsp;? Plut\u00f4t vers 8-10&nbsp;ans, d\u2019apr\u00e8s le d\u00e9cor&nbsp;: pas si petit\u2026 Derri\u00e8re l\u2019\u00e9prouv\u00e9 d\u2019abandon, le souvenir refoul\u00e9 d\u2019une excitation \u00e9nigmatique, et traumatique, qui m\u2019est adress\u00e9. Ou derri\u00e8re l\u2019excitation, le sentiment de ne pas compter, qui lui aussi m\u2019est adress\u00e9<sup>13<\/sup>&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019angoisse devant l\u2019annonce<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019annonce de la grossesse de sa compagne, quelques mois apr\u00e8s le d\u00e9but du traitement, d\u00e9soriente ainsi le cours de notre travail&nbsp;: l\u2019angoisse de redevenir p\u00e8re va occuper le devant de la sc\u00e8ne plusieurs mois, dans sa vie et dans la cure, presque jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019enfant, avec parfois des accents d\u2019allure m\u00e9lancolique. C\u2019est de ce moment l\u00e0 que je vais parler.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce qui angoisse ainsi Dominique, de quoi a-t-il peur&nbsp;? Je maintiens les deux questions, Freud proposant de distinguer peur et angoisse bien que l\u2019<em>Angst<\/em> allemand puisse recevoir les deux traductions&nbsp;: m\u00eame si \u00ab&nbsp;le rapport de l\u2019angoisse \u00e0 la peur reste fluctuant&nbsp;\u00bb, en premi\u00e8re analyse l\u2019angoisse n\u2019a pas d\u2019objet, \u00ab&nbsp;fait abstraction de l\u2019objet pour mettre l\u2019accent sur la pr\u00e9paration au danger&nbsp;\u00bb, comme l\u2019a soulign\u00e9 Jean&nbsp;Laplanche, \u00ab&nbsp;tandis que pour Freud l\u2019objet suppose un objet d\u00e9fini dont on a peur<sup>14<\/sup>&nbsp;\u00bb. C\u2019est de redevenir p\u00e8re que Dominique a peur, c\u2019est aussi de cet enfant \u00e0 venir, on va le voir&nbsp;; mais l\u2019invasion par l\u2019angoisse d\u00e9passe ces seules repr\u00e9sentations.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019angoisse est avant tout signal de danger face \u00e0 la menace de perte dans toutes ses d\u00e9clinaisons (perte d\u2019objet, partiel ou total, perte d\u2019amour de la part de l\u2019objet, perte de la perception de l\u2019objet), quel danger guette Dominique, au-dehors comme au-dedans&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Cette angoisse en tout cas le rend incapable de travailler, et m\u00eame de penser, alors que son m\u00e9tier exige de lui dynamisme et cr\u00e9ativit\u00e9, sans lesquels il se retrouve vite en grande difficult\u00e9 financi\u00e8re. Il recommence \u00e0 fumer du hasch chaque soir pour s\u2019endormir, puis toute la journ\u00e9e, alors qu\u2019il avait cess\u00e9 peu avant le d\u00e9but du traitement, apr\u00e8s avoir longtemps consomm\u00e9, et beaucoup. Souvent incapable de se lever le matin, il manque des s\u00e9ances, ou bien y vient sans y \u00eatre, \u00ab&nbsp;zombie&nbsp;\u00bb, et g\u00ean\u00e9 de l\u2019\u00eatre. Gr\u00e2ce au produit, il parvient parfois \u00e0 \u00ab&nbsp;se couper du monde&nbsp;\u00bb, sans trouver aucun plaisir dans ce retrait. De toutes fa\u00e7ons, l\u2019anesth\u00e9sie dure peu&nbsp;: d\u00e8s qu\u2019il pense \u00e0 l\u2019avenir qui s\u2019annonce, le cauchemar reprend.<\/p>\n\n\n\n<p>Quel cauchemar&nbsp;? Celui de son exclusion&nbsp;\u2013&nbsp;tout s\u2019\u00e9croule, son destin d\u2019enfant rejet\u00e9 le rattrape. Il avait enfin r\u00e9ussi \u00e0 obtenir la garde partag\u00e9e de ses filles, \u00e0 construire une vie \u00e9panouie, avec des succ\u00e8s professionnels dont il n\u2019osait m\u00eame pas r\u00eaver, lui, l\u2019homme sans h\u00e9ritage ni compromissions. Apr\u00e8s ce mariage malheureux, enfin il aime l\u00e0 o\u00f9 il d\u00e9sire, et d\u00e9sire l\u00e0 o\u00f9 il aime. C\u2019est \u00e0 ce courant continu depuis quelques ann\u00e9es, \u00e0 la fois tendre et sensuel, que Dominique puise son sentiment d\u2019exister enfin, et sa capacit\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er. Toutes ressources qui se tarissent avec l\u2019annonce&nbsp;: plus rien ne peut sortir, \u00ab&nbsp;je suis constip\u00e9 de r\u00eaves&nbsp;\u00bb, me dit-il. Plus de m\u00e9tabolisation, plus de transformation psychique possible, le ventre nou\u00e9 sur un contenu inexpulsable. Comme sa compagne&nbsp;? La douleur en plus, et puis l\u2019enfant n\u2019est pas de r\u00eave, il est de cauchemar&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je suis fichu.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Les motifs conscients de l\u2019angoisse ne manquent pas. Il a le sentiment d\u2019\u00eatre pris au pi\u00e8ge&nbsp;: il se sent \u00ab&nbsp;refait&nbsp;\u00bb, dit-il. Vont recommencer les nuits sans sommeil, et, pour citer encore Michaux, la \u00ab&nbsp;nouvelle et tenace amarre qui va venir s\u2019ajouter aux cordages innombrables qui le tiennent d\u00e9j\u00e0<sup>15<\/sup>&nbsp;\u00bb. L\u00e0 encore, Winnicott confirmera&nbsp;: \u00ab&nbsp;Au d\u00e9but il faut que l\u2019enfant fasse subir sa loi.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 cette loi l\u00e0, celle-l\u00e0 m\u00eame \u00e0 laquelle en fuyant le foyer conjugal il s\u2019est plus ou moins soustrait malgr\u00e9 ses deux tr\u00e8s petites filles, il sait bien cette fois-ci qu\u2019il ne pourra pas \u00ab&nbsp;se d\u00e9filer&nbsp;\u00bb. Appara\u00eet alors toute la culpabilit\u00e9 consciente li\u00e9e au \u00ab&nbsp;mauvais p\u00e8re&nbsp;\u00bb qu\u2019il a commenc\u00e9 par \u00eatre, et qu\u2019il ne cesse d\u2019essayer d\u2019effacer.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis surtout, m\u00eame si ce motif-l\u00e0, moins avouable, commence par \u00eatre cach\u00e9 sous le tapis des nuits sans sommeil, Dominique a peur que cet enfant \u00e0 na\u00eetre ne lui fasse perdre sa compagne, et le d\u00e9sir qui les enflamme depuis leur rencontre&nbsp;: il pourrait perdre son d\u00e9sir \u00e0 lui, pour un corps qu\u2019il ne reconna\u00eetrait plus, et son d\u00e9sir \u00e0 elle, occup\u00e9e ailleurs. Peur d\u2019\u00eatre supplant\u00e9 dans le c\u0153ur de sa compagne par cet enfant, peur de perdre sa place<sup>16<\/sup>. Ces dangers-l\u00e0, Dominique les identifie sans difficult\u00e9. En somme, il craint de perdre sa libert\u00e9 et la femme qu\u2019il aime. Avoir honte de cette peur ne change rien \u00e0 l\u2019intensit\u00e9 de son angoisse. Davantage&nbsp;: il a peur de ne plus avoir de place nulle part, de \u00ab&nbsp;devenir rien&nbsp;\u00bb, de n\u2019avoir jamais \u00e9t\u00e9 quelqu\u2019un. D\u2019ailleurs, il n\u2019est d\u00e9j\u00e0 plus rien&nbsp;: apr\u00e8s avoir cultiv\u00e9 l\u2019illusion qu\u2019il avait \u00ab&nbsp;perc\u00e9&nbsp;\u00bb dans un milieu difficile, \u00e0 la seule force de son travail, il a maintenant le sentiment d\u2019une imposture.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Sous l\u2019angoisse<\/h2>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u2019ambivalence transf\u00e9rentielle qui va permettre d\u2019acc\u00e9der, derri\u00e8re ces accents m\u00e9lancoliques, \u00e0 des mouvements moins manifestes. Et d\u2019abord, l\u2019ambivalence envers le cadre lui-m\u00eame&nbsp;: l\u2019extr\u00eame difficult\u00e9 \u00e0 maintenir le rythme du traitement, sous couvert de restrictions financi\u00e8res&nbsp;\u2013&nbsp;effets concrets de la \u00ab&nbsp;constipation de r\u00eave&nbsp;\u00bb. L\u2019id\u00e9e de s\u2019allonger sur le divan et la peur de r\u00e9gresser coexistent avec une attente anxieuse des s\u00e9ances que l\u2019anesth\u00e9sie volontaire ne suffit pas \u00e0 abraser tout \u00e0 fait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Refait&nbsp;\u00bb, par cette grossesse qui lui tombe dessus&nbsp;? Fait une deuxi\u00e8me fois, pour le pire&nbsp;: l\u2019enfant \u00e0 venir, c\u2019est lui autrefois. Arrivent peu \u00e0 peu en s\u00e9ance, avec les r\u00eaves, des traces de ce pass\u00e9 trop encombrant&nbsp;: souvenirs d\u00e9form\u00e9s-remani\u00e9s, traces de th\u00e9ories infantiles, fragments de constructions et reconstructions fantasmatiques, affects douloureux. Sa m\u00e8re lui annonce qu\u2019elle part avec un autre homme&nbsp;: \u00e0 4&nbsp;ans, l\u2019enfant comprend que loin d\u2019\u00e9pouser sa m\u00e8re, comme il se souvient l\u2019avoir un temps r\u00eav\u00e9, il va la perdre pour de vrai. Si les grands-parents l\u2019ont \u00ab&nbsp;pris&nbsp;\u00bb \u00e0 ce moment-l\u00e0, c\u2019est peut-\u00eatre parce qu\u2019ils jugeaient sa m\u00e8re incapable de l\u2019\u00e9lever. Mais pourquoi&nbsp;? De ce s\u00e9jour chez les grands-parents, dont il avait tout oubli\u00e9, remontent des sensations de pi\u00e8ces froides, de repas tristes, sans affection&nbsp;\u2013&nbsp;ne faisaient-ils donc que leur devoir&nbsp;? Est-ce pour cela, ou parce qu\u2019ils \u00e9taient trop vieux, que son p\u00e8re l\u2019a \u00ab&nbsp;repris&nbsp;\u00bb \u00e0 son tour, alors qu\u2019il s\u2019\u00e9tait remari\u00e9&nbsp;? Le \u00ab&nbsp;malmenage&nbsp;\u00bb cesse d\u2019\u00eatre un nom abstrait, et g\u00e9n\u00e9rique&nbsp;: la plus petite part du g\u00e2teau, \u00e0 partager avec les autres enfants du couple, c\u2019\u00e9tait toujours pour lui, son p\u00e8re n\u2019intervenant jamais. Mais \u00e0 ce p\u00e8re-l\u00e0, malgr\u00e9 la d\u00e9ception, \u00e9trangement il n\u2019en veut pas&nbsp;: le ressentiment s\u2019adresse tout entier \u00e0 la belle-m\u00e8re. Et \u00e0 sa m\u00e8re&nbsp;: quand en quittant son p\u00e8re il l\u2019a rejointe, l\u2019enfant ne manquait plus de rien, sinon d\u2019amour&nbsp;: une fois&nbsp;\u2013&nbsp;une seule&nbsp;\u2013&nbsp;elle vient le voir jouer \u00e0 l\u2019entra\u00eenement de foot. Depuis le terrain, il guettera chaque semaine de l\u2019ann\u00e9e la voiture de sa m\u00e8re, dit-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas envie de redevenir p\u00e8re, de redevenir l\u2019enfant dont cette paternit\u00e9 \u00e0 venir charrie les blessures qu\u2019il pensait cicatris\u00e9es&nbsp;; de telles blessures, cet homme les traitait jusque-l\u00e0 \u00e0 sa fa\u00e7on, lui auquel, comme le h\u00e9ros du film de Truffaut, \u00ab&nbsp;la compagnie des femmes \u00e9tait indispensable&nbsp;\u2013&nbsp;sinon leur compagnie, du moins leur vision&nbsp;\u00bb. Histoire banale \u00e0 pleurer, d\u2019ailleurs Dominique pleure parfois, et c\u2019est l\u2019enfant <em>d\u00e9daign\u00e9<\/em> <sup>17<\/sup> autant qu\u2019abandonn\u00e9 qui pleure sur son destin tragique d\u2019enfant \u0153dipien.<\/p>\n\n\n\n<p><em>S\u00e9duit<\/em>, avant d\u2019\u00eatre abandonn\u00e9. Le p\u00e8re devant lui en \u00e9rection&nbsp;? La phrase est ambigu\u00eb, et la confusion de Dominique, qui peut entendre lui aussi la polys\u00e9mie de la phrase, massive&nbsp;: ind\u00fbment s\u00e9duit et abandonn\u00e9 par l\u2019adulte, mais excit\u00e9 aussi. Dans la m\u00eame s\u00e9ance, Dominique rapporte un conflit avec un fournisseur par lequel il a le sentiment de \u00ab&nbsp;se faire avoir&nbsp;\u00bb sans que les circonstances lui permettent de rompre le contrat qui le lie \u00e0 lui&nbsp;: impuissant comme il est ces temps-ci, il est incapable de r\u00e9agir \u2013 \u00ab&nbsp;Comme vous l\u2019\u00e9tiez face \u00e0 votre p\u00e8re, avec le sentiment de vous faire avoir&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Peu \u00e0 peu, apparut une autre figure du complexe paternel&nbsp;: ce p\u00e8re \u00ab&nbsp;tar\u00e9&nbsp;\u00bb et d\u00e9cevant avait \u00e9t\u00e9 aussi tr\u00e8s aim\u00e9 par Dominique. Ce p\u00e8re en retrait, qui quittait la table familiale d\u00e8s qu\u2019il le pouvait pour s\u2019enfermer dans son cabinet de bricoleur-inventeur de machines inutiles, parfois l\u2019enfant avait l\u2019autorisation de le rejoindre, plein d\u2019admiration. Le plaisir et l\u2019\u00e9motion pris \u00e0 cette \u00e9vocation surprirent Dominique. \u00ab&nbsp;Dans son cabinet&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Her Majesty the Baby<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans mon cabinet \u00e0 moi, nous partageons tous les deux, avec l\u2019\u00e9chographe, un secret&nbsp;: le sexe de l\u2019enfant, que la m\u00e8re veut ignorer. Il vient de l\u2019apprendre, et en jubile&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce qui me sauve, c\u2019est que mon v\u0153u ait \u00e9t\u00e9 exauc\u00e9, c\u2019est que j\u2019aie une fille.&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Comme \u00e7a, ajoute-t-il en riant, je reste le seul homme de la famille<sup>18<\/sup>.&nbsp;\u00bb Pour de rire et pour de vrai, toute menace de rivalit\u00e9 para\u00eet d\u2019embl\u00e9e \u00e9cart\u00e9e, et l\u2019angoisse va peu \u00e0 peu se retirer, \u00e0 partir de ce moment-l\u00e0, et la constipation de r\u00eaves s\u2019\u00e9loigner. \u00ab&nbsp;Quand je touche ma fille, me dit Dominique en \u00e9voquant la s\u00e9ance d\u2019haptonomie, c\u2019est bien une fille que je touche&nbsp;\u00bb, et il en est soulag\u00e9, de ces retrouvailles avec la fille-m\u00e8re-femme&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il y a le m\u00eame voile, comme transparent, que quand je regarde les femmes<sup>19<\/sup>.&nbsp;\u00bb Celle-l\u00e0, l\u2019homme qui les aimait toutes, cher \u00e0 Fran\u00e7ois Truffaut, ne l\u2019avait pas encore crois\u00e9e\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>La naissance d\u2019Aurore va dissoudre l\u2019angoisse de Dominique dans une mar\u00e9e de libido narcissique, o\u00f9 l\u2019id\u00e9alisation garde elle aussi toute sa teneur libidinale&nbsp;: Aurore est d\u2019embl\u00e9e cette enfant \u00ab&nbsp;miraculeuse&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;une miracul\u00e9e de l\u2019amour&nbsp;\u00bb, dit le p\u00e8re \u00e9namour\u00e9 comme il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 avec les a\u00een\u00e9es, charg\u00e9es d\u2019une relation ambivalente o\u00f9 la haine pr\u00e9valait alors sur l\u2019amour. L\u2019enfant \u00e0 venir du fantasme, porteur de tous les dangers, et d\u2019abord de cette haine accumul\u00e9e aussi comme un rempart contre la d\u00e9tresse et la solitude de cet enfant \u00ab&nbsp;mal accueilli<sup>20<\/sup>&nbsp;\u00bb, s\u2019efface devant <em>Her Majesty the Baby<\/em>&nbsp;: le b\u00e9b\u00e9 sauve son p\u00e8re de presque tous les dangers.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque Aurore para\u00eet, elle a d\u2019embl\u00e9e tous les pouvoirs des recommencements&nbsp;: toutes les qualit\u00e9s, tous les talents et tous les charmes, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du cercle de famille qu\u2019elle \u00ab&nbsp;cimente&nbsp;\u00bb, dit Dominique, et au-dehors&nbsp;; le monde entier s\u2019\u00e9tonne de la petite merveille&nbsp;\u2013&nbsp;les grandes s\u0153urs, les amis, la cr\u00e8che. Dominique retrouve \u00ab&nbsp;magiquement&nbsp;\u00bb, sous la baguette de la f\u00e9e Aurore, son d\u00e9sir pour sa compagne et leur intimit\u00e9 \u00e9rotique, sa capacit\u00e9 \u00e0 travailler et sa cr\u00e9ativit\u00e9, en m\u00eame temps qu\u2019un surmoi bien plus bienveillant que cruel&nbsp;: \u00ab&nbsp;Maintenant, dit-il pr\u00e8s d\u2019un an plus tard, je m\u2019aide, je ne me d\u00e9truis plus comme pendant ces six mois.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi Aurore serait-elle venue r\u00e9animer l\u2019instance id\u00e9ale du moi, dont l\u2019enfant \u00e0 na\u00eetre avait fantasmatiquement fragilis\u00e9 l\u2019\u00e9dification en faisant revenir sur la sc\u00e8ne psychique le fils d\u00e9tr\u00f4n\u00e9 et des p\u00e8res sans majest\u00e9&nbsp;: le \u00ab&nbsp;mauvais p\u00e8re&nbsp;\u00bb qu\u2019il fut, avec ses deux filles a\u00een\u00e9es, et le \u00ab&nbsp;mauvais&nbsp;\u00bb p\u00e8re qu\u2019il eut, d\u00e9go\u00fbtant et d\u00e9cevant, trop mena\u00e7ant pour ne pas s\u2019en d\u00e9barrasser. Un homme trop aim\u00e9 aussi, pour que Dominique puisse dig\u00e9rer sans douleur et cet amour et sa perte.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019Aurore soit une fille compte infiniment dans cette fonction de restauration narcissique qu\u2019il lui pr\u00eate. La cha\u00eene des identifications peut \u00eatre crois\u00e9e avec la trame des choix d\u2019objet&nbsp;: gr\u00e2ce \u00e0 sa fille, l\u2019enfant dans Dominique retrouve la voie d\u2019une s\u00e9duction \u0153dipienne \u00ab&nbsp;positive&nbsp;\u00bb, et active, dans laquelle il aura la main sans \u00ab&nbsp;se faire avoir&nbsp;\u00bb. C\u2019est bien du sexuel infantile de l\u2019adulte qu\u2019il s\u2019agit. Le p\u00e8re Dominique ne peut \u00eatre dit un p\u00e8re incestueux, ni incestuel&nbsp;\u2013&nbsp;sauf \u00e0 m\u00e9conna\u00eetre ce sexuel infantile synonyme d\u2019inconscient&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je fuis la maternit\u00e9 avec ma femme, je plonge dans la maternit\u00e9 avec elle&nbsp;\u00bb, me dit-il quelques mois plus tard. \u00ab&nbsp;Quand on ferme la porte de la chambre et qu\u2019Aurore dort, nous ne sommes que des amants. Quand on s\u2019occupe d\u2019Aurore, on le fait tous les deux, mais alors il n\u2019y a rien d\u2019\u00e9rotique entre nous, enfin moi j\u2019y insiste beaucoup, quand elle m\u2019embrasse devant la petite j\u2019ai beaucoup de mal.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;L\u2019enfant est le p\u00e8re de l\u2019homme&nbsp;\u00bb&nbsp;: Freud emprunte la formule \u00e9nigmatique \u00e0 W. Wordsworth, encore un po\u00e8te. Avec Aurore, Dominique trouve enfin un p\u00e8re \u00e0 son go\u00fbt, \u00e0 sa mesure&nbsp;\u2013&nbsp;un p\u00e8re tout-puissant et sans danger, un p\u00e8re merveilleux et s\u2019\u00e9merveillant, un p\u00e8re qui s\u2019abandonne sans l\u2019abandonner, tel le vieil Anchise port\u00e9 sur le dos de son fils \u00c9n\u00e9e fuyant Troie en flammes. Que cet enfant soit une fille rapproche davantage encore Dominique de ce p\u00e8re-l\u00e0&nbsp;\u2013&nbsp;du p\u00e8re tant d\u00e9sir\u00e9 par Michaux, peut-\u00eatre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Comme avec une femme\u2026 c\u2019est un \u00e9merveillement.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enfant ne serait-il pas plut\u00f4t le p\u00e8re <em>et la m\u00e8re<\/em> de l\u2019homme&nbsp;? M\u00eame si Freud est formel&nbsp;\u2013&nbsp;c\u2019est de \u00ab&nbsp;la premi\u00e8re et plus significative identification de l\u2019individu, celle avec le p\u00e8re de la pr\u00e9histoire personnelle<sup>21<\/sup>&nbsp;\u00bb que na\u00eet l\u2019id\u00e9al du moi&nbsp;\u2013, une c\u00e9l\u00e8bre note en bas de page ajoute \u00ab&nbsp;ou les parents&nbsp;\u00bb&nbsp;: tous les deux (et on sait qu\u2019ils sont au moins quatre, voire seize, sans compter les autres) sources auxquelles puiseraient et l\u2019identification primaire<sup>22<\/sup> et les identifications \u0153dipiennes. Ces sources-l\u00e0 alimentent l\u2019enfant de la r\u00e9alit\u00e9 psychique, qu\u2019il prenne corps et \u00e2me et devienne un autre enfant, ou bien qu\u2019il reste dans les limbes&nbsp;\u2013&nbsp;celui qu\u2019on refuse d\u2019avoir, ou d\u2019\u00eatre, celui qu\u2019on aurait voulu avoir, ou \u00eatre&nbsp;: l\u2019enfant de la pr\u00e9-histoire en somme, sinon l\u2019infantile.<\/p>\n\n\n\n<p>La note posthume de Freud est c\u00e9l\u00e8bre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Avoir et \u00eatre chez l\u2019enfant. L\u2019enfant aime bien exprimer la relation d\u2019objet par l\u2019identification&nbsp;: je suis l\u2019objet. L\u2019avoir est la relation ult\u00e9rieure, retombe dans l\u2019\u00eatre apr\u00e8s la perte de l\u2019objet. Mod\u00e8le le sein&nbsp;\u00bb, \u00e9crivait-il en 1938. Mod\u00e8le&nbsp;: le p\u00e8re&nbsp;? Le p\u00e8re est un morceau de moi, je suis le p\u00e8re. Plus tard seulement, je l\u2019ai. Plus tard encore, je le redeviens&nbsp;? Mod\u00e8le&nbsp;: p\u00e8re et m\u00e8re, aux sources de la bisexualit\u00e9 psychique \u2013 quel que soit leur genre&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019y ajouterais bien la fen\u00eatre, avec ou sans grand chien au galop qui la traverse&nbsp;\u2013&nbsp;pour \u00ab&nbsp;l\u2019agr\u00e9able accroissement de l\u2019\u00eatre&nbsp;\u00bb qui occupe l\u2019enfant selon Henri Michaux, une fourmi suffirait.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>.\u00a0H. Michaux (1943), \u00ab\u00a0Tu vas \u00eatre p\u00e8re\u00a0\u00bb, dans <em>\u0152uvres compl\u00e8tes,<\/em> I, Paris, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de La Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, 1998, p.\u00a0747-750.<\/li><li>D.W. Winnicott (1947), \u00ab\u00a0La haine dans le contre-transfert\u00a0\u00bb, dans <em>De la p\u00e9diatrie \u00e0 la psychanalyse,<\/em> Paris, Payot, 1969, p. 81.<\/li><li><em>Ibid<\/em>., p. 80.<\/li><li>C\u2019est par cette citation non r\u00e9f\u00e9renc\u00e9e que Jean-Pierre Martin commence sa belle biographie du po\u00e8te (J.-P. Martin, <em>Henri Michaux, <\/em>Paris, Gallimard, 2003).<\/li><li>H. Michaux, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes,<\/em> I, <em>op. cit.,<\/em> p. 163.<\/li><li>Selon le propos de Raymond Bellour dans son Introduction \u00e0 l\u2019\u00e9dition des <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em> de Michaux qu\u2019il a dirig\u00e9e en \u00ab\u00a0Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, I, p. XIII.<\/li><li>H. Michaux, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, I, <em>op. cit.,<\/em> p.\u00a0608.<\/li><li>\u00ab\u00a0J\u2019ai lutt\u00e9 contre mon p\u00e8re (et contre ma m\u00e8re et contre mon grand-p\u00e8re, ma grand-m\u00e8re, mes arri\u00e8re-grands-parents\u00a0; faute de les conna\u00eetre, je n\u2019ai pu lutter contre de plus lointains a\u00efeux\u00a0\u00bb). Postface de Plume, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, I, <em>op.\u00a0cit., <\/em>p. 215.<\/li><li>G. Delaisi de Parseval, <em>La part du p\u00e8re,<\/em> Paris, Le Seuil, 1991.<\/li><li>G. Delaisi de Parseval traduit par \u00ab\u00a0vicissitudes de la paternalit\u00e9\u00a0\u00bb les <em>\u00ab\u00a0contingencies of paternal behaviors\u00a0\u00bb<\/em> de l\u2019anthropologue am\u00e9ricaine Harriet Kupferer (<em>ibid<\/em>.).<\/li><li>La peur, <em>fear<\/em>, fait partie de ce que les psychologues et les \u00e9pid\u00e9miologues am\u00e9ricains appellent les 3 F pour d\u00e9crire les <em>actings<\/em> des futurs p\u00e8res\u00a0:<em> fight, flight<\/em> et <em>fear<\/em>\u00a0: bagarres, fugues et peurs\u00a0\u2013\u00a0ces derni\u00e8res, pr\u00e9cise G. Delaisi de Parseval, sont non des <em>actings<\/em> mais des manifestations n\u00e9vrotiques normales.<\/li><li>J\u2019emprunte l\u2019expression \u00e0 Raymond Bellour, si fin lecteur et \u00e9diteur de Michaux (Michaux, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, I, <em>op. cit.<\/em>, XI).<\/li><li>Dans<em> L\u2019homme qui aimait les femmes<\/em>, le film de F. Truffaut, c\u2019est la m\u00e8re qui a l\u2019habitude de se promener \u00e0 demi nue devant l\u2019enfant, se rappelle dans son journal le h\u00e9ros du film, Bertrand Morane, alias le cin\u00e9aste. \u00ab\u00a0Non pour me provoquer, \u00e9videmment mais plut\u00f4t, je suppose, pour se confirmer \u00e0 elle-m\u00eame que je n\u2019existais pas. Tout, dans son comportement avec moi petit gar\u00e7on, semblait dire\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019aurais mieux fait de me casser la jambe le jour o\u00f9 j\u2019ai enfant\u00e9 ce petit abruti.\u00a0\u00bb (A. de Baecque, S.\u00a0Toubiana, <em>Fran\u00e7ois Truffaut,<\/em> Paris, Gallimard, 1996, p.\u00a0489).<\/li><li>Dans \u00ab\u00a0Une m\u00e9tapsychologie \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de l\u2019angoisse\u00a0\u00bb, <em>La r\u00e9volution corpernicienne inachev\u00e9e<\/em>, Paris, Flammarion, 1992, p. 140.<\/li><li>\u00ab\u00a0Tu vas \u00eatre p\u00e8re\u00a0\u00bb, <em>op. cit.,<\/em> p.\u00a0748. Et Michaux d\u2019ajouter les \u00ab\u00a0milliers de jours, milliers de nuits qui se pr\u00e9parent, o\u00f9 l\u2019on devra faire bon visage au martyre abondamment administr\u00e9 par l\u2019\u00eatre [\u2026] bouffi comme un melon enrag\u00e9\u00a0\u00bb.<\/li><li>Dans le complexe d\u2019\u0152dipe, ne faut-il pas ajouter au v\u0153u meurtrier de l\u2019enfant celui du p\u00e8re, plus souvent jaloux \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019enfant que ne l\u2019est la m\u00e8re, et davantage encore quand c\u2019est un gar\u00e7on\u00a0? Le \u00ab\u00a0regard amer\u00a0\u00bb du p\u00e8re envers le nouveau-n\u00e9, \u00e9cho de celui que lance le pu\u00een\u00e9 d\u00e9laiss\u00e9 au nouveau-n\u00e9, en serait une forme att\u00e9nu\u00e9e, bien plus banale\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y en a plus que pour lui (ou, moins souvent, pour elle). Et moi alors\u00a0?\u00a0\u00bb s\u2019indignent tels jeunes p\u00e8res amers face \u00e0 l\u2019\u00e9pouse ou la compagne en pleine pr\u00e9occupation maternelle primaire. Les Indiens Mohaves devancent ces revendications\u00a0: chez eux, \u00ab\u00a0le nouveau p\u00e8re est rituellement baign\u00e9 soit par sa femme (comme le b\u00e9b\u00e9), soit par sa propre m\u00e8re, comme s\u2019il voulait r\u00e9gresser \u00e0 cet \u00e9tat de d\u00e9pendance n\u00e9onatale dans laquelle son propre enfant se trouve alors\u00a0\u00bb (G. Delaisi de Parseval, <em>La part du p\u00e8re<\/em>, Paris, Le\u00a0Seuil, 1981). Georges Devereux, qui le rapporte, interpr\u00e8te cette couvade post-partum des Indiens Mohaves \u00ab\u00a0comme un moyen de contr\u00f4ler les pulsions agressives du p\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9gard du nouveau-n\u00e9 dont celui-l\u00e0 peut \u00eatre jaloux, le b\u00e9b\u00e9 devenant pour lui un rival vis-\u00e0-vis de sa femme\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.).<\/li><li>Cf. <em>Au-del\u00e0, <\/em>Paris, Puf, coll. \u00ab\u00a0Petite biblioth\u00e8que de psychanalyse\u00a0\u00bb, p.\u00a060.<\/li><li>\u00ab\u00a0C\u2019est en jouant avec Ginette, \u00e9crit le h\u00e9ros du film de Truffaut, <em>L\u2019homme qui aimait les femmes<\/em>, que je me suis aper\u00e7u que la compagnie des femmes m\u2019\u00e9tait indispensable. Sinon leur compagnie, en tout cas leur vision.\u00a0\u00bb Bertrand Morane joue-t-il avec la connotation sexuelle qu\u2019a en argot am\u00e9ricain le verbe <em>\u00ab\u00a0to play\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0?<\/li><li>S. Ferenczi, \u00ab\u00a0L\u2019enfant mal accueilli et sa pulsion de mort\u00a0\u00bb (1929), dans <em>Psychanalyse<\/em> IV, Paris, Payot, 1990. Voir le n\u00b0 224 du <em>Coq-H\u00e9ron <\/em>(2016\/1) autour de ce texte, qui a donn\u00e9 lieu \u00e0 une journ\u00e9e scientifique organis\u00e9e par J.-F. Chiantaretto en septembre 2015. Voir en particulier F.\u00a0Neau, \u00ab\u00a0Les deux esp\u00e8ces de haine\u00a0\u00bb dans<em> L\u2019enfant mal accueilli.<\/em><\/li><li>S. Freud (1923), \u00ab\u00a0Le moi et le \u00e7a\u00a0\u00bb, dans ocf, XVI, Paris, Puf, 2010, p.\u00a0275.<\/li><li>Dans cette autre r\u00e9gion de la pr\u00e9histoire personnelle, non plus celle du <em>Vaterkomplex<\/em> mais du <em>Nebenmensch Komplex<\/em>, c\u2019est bien \u00e0 l\u2019autre secourable\u00a0\u2013\u00a0plut\u00f4t la m\u00e8re\u00a0\u2013\u00a0que le petit d\u2019homme va commencer \u00e0 s\u2019identifier, en identifiant la part de l\u2019autre semblable \u00e0 lui et en rejetant l\u2019inconnu porteur de menace\u00a0\u2013\u00a0exp\u00e9rience essentielle puisque Freud en fait la matrice du jugement et de la pens\u00e9e.<\/li><li>S. Freud (1938), <em>R\u00e9sultats, id\u00e9es, probl\u00e8mes<\/em>, t. II, Paris, Puf, 1985, p.\u00a0287.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9481?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Tu vas \u00eatre p\u00e8re&nbsp;\u00bb Dans un provocant r\u00e9cit de quelques pages sign\u00e9 d\u2019\u00ab&nbsp;Un certain Plume&nbsp;\u00bb, alias Henri Michaux, intitul\u00e9 Tu vas \u00eatre p\u00e8re 1, un homme qui va l\u2019\u00eatre accepte plut\u00f4t mal cette id\u00e9e&nbsp;; p\u00e8re, il le devient pourtant, jusqu\u2019au&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1214],"thematique":[555],"auteur":[1586],"dossier":[637],"mode":[60],"revue":[516],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-9481","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychanalyse","thematique-paternite","auteur-francoise-neau","dossier-pere-ou-mere-entre-bisexualite-psychique-et-difference-des-sexes","mode-payant","revue-516","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9481","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9481"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9481\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14353,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9481\/revisions\/14353"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9481"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=9481"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=9481"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=9481"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=9481"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=9481"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=9481"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=9481"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=9481"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}