{"id":9480,"date":"2021-08-22T07:30:04","date_gmt":"2021-08-22T05:30:04","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/la-parentalite-un-nouveau-concept-pour-quelles-realites-la-place-du-pere-2\/"},"modified":"2021-10-06T20:01:41","modified_gmt":"2021-10-06T18:01:41","slug":"la-parentalite-un-nouveau-concept-pour-quelles-realites-la-place-du-pere","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/la-parentalite-un-nouveau-concept-pour-quelles-realites-la-place-du-pere\/","title":{"rendered":"La parentalit\u00e9 : un nouveau concept pour quelles r\u00e9alit\u00e9s ? La place du p\u00e8re"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p>Parler du p\u00e8re et de sa place suppose que l\u2019on ait pr\u00e9alablement d\u00e9fini ce \u00e0 quoi le p\u00e8re renvoie&nbsp;: la m\u00e8re, l\u2019enfant, la famille, le social. \u201cLa place du p\u00e8re dans la parentalit\u00e9\u201dest ici abord\u00e9e d\u2019un point de vue psychanalytique, voire d\u2019un certain point de vue psychanalytique. Dans le p\u00e8re, on entend, peut-\u00eatre attend-on aussi, le papa, au sens de la personne du p\u00e8re. Je voudrai rendre sensible, au-del\u00e0 de cette association r\u00e9ductrice p\u00e8re\/papa, \u00e0 d\u2019autres aspects qui concernent la question du p\u00e8re, celle de sa place et de sa fonction, des aspects plus fondamentaux aussi sur le plan de la sc\u00e8ne psychique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mot p\u00e8re vient du latin <em>Pater<\/em> \u201cqui n\u2019implique pas tellement la paternit\u00e9 physique, r\u00f4le assum\u00e9 plut\u00f4t par <em>genitor<\/em> et par <em>parens<\/em>&nbsp;: il exprime surtout une valeur sociale et religieuse, d\u00e9signant le chef de la maison, le <em>pater familias<\/em>, l\u2019homme en tant que repr\u00e9sentant de la suite des g\u00e9n\u00e9rations\u201d (Dictionnaire historique de la langue fran\u00e7aise). Ce commencement de d\u00e9finition donne \u00e0 penser la question du p\u00e8re dans une acception plus large que celle relative \u00e0 la paternit\u00e9. Elle indique la fonction symbolique que peut occuper la personne physique qu\u2019on appelle \u201cp\u00e8re\u201d. Ces premiers \u00e9l\u00e9ments aideront \u00e0 penser la place et la fonction du p\u00e8re dans la filiation, la g\u00e9n\u00e9alogie et le g\u00e9n\u00e9rationnel dans l\u2019espace familial et social, dimensions symboliques \u00e0 quoi la notion renvoie. Le p\u00e8re n\u2019est donc pas seulement le g\u00e9niteur. Historiquement, c\u2019est d\u2019abord un mot employ\u00e9 dans sa valeur religieuse comme appellatif de Dieu, puis plus tard comme titre honorifique (la langue en garde une trace avec les \u201cP\u00e8res de l\u2019Eglise\u201d, \u201cle Saint P\u00e8re\u201d) avant de d\u00e9signer un personnage plus familier, voire bonhomme (petit p\u00e8re, gros p\u00e8re, voire p\u00e9p\u00e8re).<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019agit-il d\u2019une d\u00e9valorisation linguistique du terme \u2013 du Saint P\u00e8re au p\u00e9p\u00e8re \u2013 d\u00e9valorisation qui serait en rapport avec celle des attributs qui lui \u00e9taient associ\u00e9s&nbsp;? Le <em>pater familias<\/em> romain et sa toute puissance qui lui donnait droit de vie et de mort sur les siens aurait-il laiss\u00e9 la place \u00e0 un p\u00e8re affadi, voire soumis tant \u00e0 la volont\u00e9 de la m\u00e8re\/\u00e9pouse qu\u2019\u00e0 celle du l\u00e9gislateur&nbsp;? Beaucoup pensent qu\u2019aujourd\u2019hui la place du p\u00e8re est menac\u00e9e, que sa fonction est d\u00e9valu\u00e9e, attaqu\u00e9e, comme si l\u2019on \u00e9tait dans une culture o\u00f9 le p\u00e8re n\u2019avait plus sa place. Telle n\u2019est pas mon avis, ne serait -ce que parce que la place du p\u00e8re est par d\u00e9finition, comme nous le verrons, une place qui, si elle est \u00e0 prendre dans le fantasme \u2013 et, \u00e0 ce titre, elle ne peut \u00eatre qu\u2019attaqu\u00e9e &#8211; n\u2019en est pas moins une place inoccupable. C\u2019est une place vide, comme l\u2019est celle de la case manquante dans un jeu de pousse-pousse, place qui permet ainsi que les autres places se distribuent, que cela circule, qu\u2019il y ait du jeu. Mais que signifie aujourd\u2019hui \u00eatre p\u00e8re&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1 \u2013 La parentalit\u00e9&nbsp;: point de vue psychanalytique<\/h2>\n\n\n\n<p>La parentalit\u00e9 est une des figures de la relation d\u2019objet, celle qui unit le sujet \u00e0 son enfant. La parentalit\u00e9 s\u2019\u00e9taye sur une fonction psychique et biologique, celle d\u2019assurer le d\u00e9veloppement et le bien-\u00eatre de son enfant. La parentalit\u00e9 renvoie au caract\u00e8re interactif de cette relation. La parentalit\u00e9 peut se diff\u00e9rencier en maternalit\u00e9 (P.C. Racamier, 1961) et paternalit\u00e9, termes qui d\u00e9signent le travail psychique qui s\u2019effectue pour chacun des membres du couple devenant parent. P.C. Racamier a propos\u00e9 le terme de maternalit\u00e9 \u00e0 propos du ratage de ce processus chez certaines m\u00e8res, ratage dont le d\u00e9veloppement pouvait les conduire jusqu\u2019au d\u00e9lire. Il peut en \u00eatre de m\u00eame chez certains p\u00e8res vis-\u00e0-vis du processus de paternalit\u00e9. La parentalit\u00e9 est le cheminement qui conduit un sujet \u00e0 devenir parent. On observe chez le \u201cprimip\u00e8re\u201d (le futur p\u00e8re) pendant que sa conjointe est enceinte et accouche, des remaniements psychiques (fantasmatiques et libidinaux) comparables \u00e0 ceux qui se d\u00e9veloppent chez la primipare. On pense \u00e0 la couvade, \u00e0 certaines r\u00e9gressions, voire \u00e0 une certaine identification \u00e0 la m\u00e8re par f\u00e9minisation (G. Delaisi de Parseval, 1981).<\/p>\n\n\n\n<p>La parentalit\u00e9 d\u2019un sujet s\u2019enracine dans son histoire&nbsp;; on voit les pr\u00e9misses de ce processus d\u00e8s l\u2019enfance, lorsque l\u2019enfant joue \u00e0 la poup\u00e9e ou \u201cau papa et \u00e0 la maman\u201d, par exemple. Le futur p\u00e8re se construit \u00e0 partir d\u2019un tissage complexe des identifications elles-m\u00eames issues de rencontres avec des figures paternelles dans l\u2019enfance (A. Konicheckis, 1999). On mesure ainsi combien cette capacit\u00e9 \u00e0 se projeter dans un r\u00f4le parental est intimement li\u00e9e \u00e0 la sexualit\u00e9 et aux repr\u00e9sentations qui sont v\u00e9hicul\u00e9es dans l\u2019espace familial pour chaque enfant. Avec l\u2019adolescence, ces repr\u00e9sentations et cette capacit\u00e9 \u201cparentale\u201d sont remani\u00e9es en fonction des transformations qu\u2019am\u00e8ne avec elle la pubert\u00e9. La parentalit\u00e9 est l\u2019un des facteurs, un des agents aussi, qui favorisent la transmission interg\u00e9n\u00e9rationnelle (entre les g\u00e9n\u00e9rations), mais aussi transg\u00e9n\u00e9rationnelle (ce qui se transmet de fa\u00e7on pathologique et \u00e0 l\u2019insu des protagonistes d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l\u2019autre, comme les secrets, par exemple). Elle est, \u00e0 ce titre, le creuset des identifications (cf. S. Stol\u00e9ru, 2000).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2 \u2013 Le p\u00e8re, quel p\u00e8re&nbsp;?<\/h2>\n\n\n\n<p>\u201cMater certissima est, pater incertum\u201d. On sait que, pour attester la filiation royale d\u2019un enfant, on assistait \u00e0 l\u2019accouchement de la Reine. Aujourd\u2019hui, on ne serait plus s\u00fbr de rien, quand on pense qu\u2019une m\u00e8re peut porter en son sein l\u2019enfant de sa fille ou de sa s\u0153ur ou de quelqu\u2019un d\u2019autre encore! Etre p\u00e8re, est-ce \u00eatre g\u00e9niteur, mari de la m\u00e8re ou celui qui reconna\u00eet l\u2019enfant et lui donne son nom? Dans certaines cultures, le p\u00e8re peut \u00eatre une femme&nbsp;; ailleurs, il peut ne jamais \u00eatre d\u00e9sign\u00e9, il peut s\u2019agir d\u2019une paternit\u00e9 sociale endoss\u00e9e par un oncle. On le voit, il n\u2019est pas facile de s\u2019y retrouver si l\u2019on prend le probl\u00e8me uniquement par le bout de la filiation, voire par celui de la procr\u00e9ation.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le r\u00e9el, le symbolique, l\u2019imaginaire (J. Lacan, 1974-1975)<\/h3>\n\n\n\n<p>Il y au moins trois p\u00e8res&nbsp;: le r\u00e9el (mais on vient de voir qu\u2019il est, par d\u00e9finition, incertain); le symbolique, c\u2019est celui qui est le gardien de la loi&nbsp;; l\u2019imaginaire, c\u2019est celui du roman familial, celui des projections fantasmatiques du p\u00e8re, de la m\u00e8re et de l\u2019enfant aussi. Ces trois p\u00e8res habituellement n\u2019en font qu\u2019un, m\u00eame si chaque registre peut \u00eatre distingu\u00e9. Le p\u00e8re, c\u2019est le nouage de ces trois registres en une entit\u00e9 singuli\u00e8re qui assure \u00e0 la fonction paternelle une importance qui d\u00e9passe la pure fonctionnalit\u00e9 de la reproduction, qui d\u00e9passe la dimension individuelle pour devenir aussi un signifiant culturel et social. C\u2019est leur nouage qui donne au p\u00e8re sa consistance et son efficacit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le p\u00e8re imaginaire est le p\u00e8re id\u00e9al, celui auquel chacun essaie de se conformer. C\u2019est celui auquel on peut se r\u00e9f\u00e9rer. Le p\u00e8re imaginaire est le lieu de tous les fantasmes. Le p\u00e8re pense au sien en se demandant ce qu\u2019il aurait fait ou dit dans une situation particuli\u00e8re de la vie o\u00f9 sa parole ou ses actes sont attendus. Ce p\u00e8re peut servir de recours \u00e0 la m\u00e8re aussi en s\u2019adressant \u00e0 son enfant pour lui rappeler <em>in memoriam<\/em> la parole du p\u00e8re. Mais cette r\u00e9f\u00e9rence peut aussi s\u2019av\u00e9rer ali\u00e9nante emp\u00eachant le sujet de trouver ses propres r\u00e9ponses. Ce p\u00e8re ma\u00eetre autoritaire qui ne s\u2019allie pas avec la m\u00e8re peut faire na\u00eetre chez elle des d\u00e9sirs de complicit\u00e9 avec l\u2019enfant, contre cette figure autoritaire paternelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Le p\u00e8re r\u00e9el \u201cest celui au plus pr\u00e8s de la dimension biologique du besoin\u201d (C. Trono, 1993). C\u2019est le g\u00e9niteur, le reproducteur, celui qui s\u2019attache \u00e0 subvenir aux besoins primordiaux de sa famille. Mais, \u00e0 lui seul, ce p\u00e8re r\u00e9el n\u2019a que peu de poids sur les d\u00e9cisions familiales, il n\u2019intervient pas sur la sc\u00e8ne de l\u2019imaginaire et du symbolique. Il est trop ancr\u00e9 dans une r\u00e9alit\u00e9 qui l\u2019apparenterait \u00e0 la m\u00e8re. C\u2019est un bon p\u00e8re\/papa, mais qui peut laisser vacante la place du p\u00e8re, celle qui fait fonctionner le rapport \u00e0 la loi et \u00e0 l\u2019interdit.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le p\u00e8re symbolique qui est \u201cle gardien-interpr\u00eate de la Loi\u201d (C. Trono, 1993). Il est le gardien de la loi, son repr\u00e9sentant. Il n\u2019est donc pas la loi, mais y est soumis comme les autres. Cette garantie du respect de la loi concerne avant tout l\u2019ordre symbolique et plus pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019interdit de l\u2019inceste. Cette loi fait r\u00e9f\u00e9rence dans la mesure o\u00f9 la parole du p\u00e8re est relay\u00e9e par celle de la m\u00e8re, dans la mesure o\u00f9 la m\u00e8re reconna\u00eet le p\u00e8re dans le d\u00e9sir qu\u2019elle en a. Le p\u00e8re symbolique serait, \u00e0 cet \u00e9gard, le p\u00e8re tel que la m\u00e8re le porte dans son discours. C\u2019est pourquoi une m\u00e8re qui \u00e9l\u00e8ve seule son enfant peut tr\u00e8s bien faire une famille, \u00eatre parent et offrir \u00e0 ses enfants les rep\u00e8res qui vont leur permettre de se structurer comme sujets. C\u2019est pourquoi aussi une famille comportant un p\u00e8re et une m\u00e8re peut tr\u00e8s bien ne pas fonctionner comme telle, ne pas offrir de triangulation structurante pour l\u2019enfant, si cette place symbolique du p\u00e8re n\u2019est pas pr\u00e9sente dans le discours maternel. C\u2019est cette fonction paternelle que J. Lacan a bien mis en \u00e9vidence, notamment lorsqu\u2019elle vient \u00e0 manquer, que son acc\u00e8s est barr\u00e9, comme dans la psychose (J. Lacan, 1981).<br>Penser ainsi le p\u00e8re, c\u2019est mettre l\u2019accent sur la place qu\u2019occupe pour la m\u00e8re son propre p\u00e8re. Le p\u00e8re de la m\u00e8re, c\u2019est celui qui donne la dimension \u0153dipienne \u00e0 la relation qui s\u2019instaure entre la m\u00e8re et l\u2019enfant. Le p\u00e8re pr\u00e9existe \u00e0 l\u2019enfant, il est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent dans la structure symbolique de la relation entre la m\u00e8re et l\u2019enfant. Penser ainsi le p\u00e8re interroge \u00e9galement la sexualit\u00e9, les origines et donne sens \u00e0 l\u2019acte par lequel un enfant est con\u00e7u. Le d\u00e9sir parental concernant la venue d\u2019un enfant importe tout autant que les raisons physiologiques qui concourent \u00e0 sa procr\u00e9ation. \u201cUn enfant se con\u00e7oit autant dans des propos et des d\u00e9sirs partag\u00e9s que dans un acte sexuel\u201d (D. Dumas, 1999). Na\u00eetre, c\u2019est d\u2019abord na\u00eetre au d\u00e9sir de ceux qui engendrent, c\u2019est \u00eatre pris dans une parole qui d\u00e9passe le sujet naissant, qui lui pr\u00e9existe et en m\u00eame temps le fonde. Le p\u00e8re, c\u2019est peut-\u00eatre d\u2019abord cette parole fondatrice qui fait \u201cex-ister\u201d l\u2019enfant. Le r\u00f4le du p\u00e8re est de porter l\u2019enfant non dans son ventre mais dans ses pens\u00e9es, de le faire vivre non de son lait mais de ses d\u00e9sirs. La question du p\u00e8re ouvre celle du sens, de l\u2019imaginaire en donnant \u00e0 l\u2019enfant l\u2019occasion de s\u2019interroger sur ses origines. En m\u00eame temps, penser l\u2019enfant ainsi, par projection des d\u00e9sirs parentaux contribue \u00e0 constituer un enfant imaginaire, enfant qu\u2019il faudra symboliquement tuer pour laisser place \u00e0 l\u2019enfant r\u00e9el (S. Leclaire, 1975). Le p\u00e8re, comme la m\u00e8re ont \u00e0 r\u00eaver l\u2019enfant pour qu\u2019il advienne, mais ils ont aussi \u00e0 renoncer \u00e0 ce que l\u2019enfant \u00e0 na\u00eetre ne soit qu\u2019une pure projection de leur id\u00e9al. Sinon, l\u2019enfant reste prisonnier de ces projections parentales qui l\u2019enferment dans un destin ali\u00e9n\u00e9 \u00e0 ces v\u0153ux parentaux mortif\u00e8res. Comme disait le po\u00e8te (K. Gilbral), les parents sont l\u2019arc et l\u2019enfant la fl\u00e8che de la vie. La vie de l\u2019enfant \u00e9chappe \u00e0 ceux qui l\u2019ont ainsi lanc\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le p\u00e8re de la horde et le p\u00e8re \u0153dipien<\/h3>\n\n\n\n<p>Peu d\u2019analystes ont pens\u00e9 le p\u00e8re et ses sentiments hostiles \u00e0 l\u2019\u00e9gard du fils. On en trouve pourtant quelques illustrations dans les r\u00e9cits mythiques comme ceux qui concernent les relations entre Chronos et Ouranos, figure d\u2019un p\u00e8re d\u00e9vorant ses enfants. S. Freud a bri\u00e8vement \u00e9voqu\u00e9 cette hostilit\u00e9 dans <em>Un souvenir d\u2019enfance de L\u00e9onard de Vinci<\/em> (1910). \u201cDans le plus heureux des m\u00e9nages, le p\u00e8re a le sentiment que l\u2019enfant, particuli\u00e8rement le jeune fils est devenu son rival, et une hostilit\u00e9, s\u2019enracinant profond\u00e9ment dans l\u2019inconscient, prend d\u00e8s lors naissance contre le favori\u201d (p. 217). Ce concept d\u2019hostilit\u00e9 paternelle ne conna\u00eetra un destin exceptionnel, comme le souligne fort justement P. De Neuter (2000), ni dans l\u2019\u0153uvre de S. Freud lui-m\u00eame, ni chez les autres analystes apr\u00e8s lui. S. Freud reviendra n\u00e9anmoins sur cette question avec le mythe du p\u00e8re de la horde, dans <em>Totem et Tabou<\/em> (1912), pour montrer comment le culte du p\u00e8re s\u2019est construit sur le meurtre du p\u00e8re de la horde, un p\u00e8re pr\u00e9historique, pr\u00e9 \u0153dipien en quelque sorte. En tuant ce tyran, les fils ont pu acc\u00e9der au sentiment de culpabilit\u00e9, \u00e0 l\u2019ambivalence des sentiments d\u2019amour et de haine et muer leur v\u0153ux parricides en culte des morts. Le meurtre du p\u00e8re est philog\u00e9n\u00e9tiquement devenu le fantasme du meurtre, fantasme n\u00e9cessaire \u00e0 la vie psychique, destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre refoul\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L\u2019alt\u00e9rit\u00e9&nbsp;: du miroir \u00e0 l\u2019\u0152dipe 1\u00e8re version. La question de l\u2019autre et la m\u00e9taphore paternelle<\/h3>\n\n\n\n<p>Avec le stade du miroir, l\u2019enfant d\u00e9couvre une premi\u00e8re version de son alt\u00e9rit\u00e9&nbsp;; disons, pour faire court, qu\u2019il entre dans un rep\u00e9rage de lui-m\u00eame o\u00f9 se distingue l\u2019opposition moi\/non moi. Il se d\u00e9couvre comme un \u00eatre s\u00e9par\u00e9 du corps de sa m\u00e8re. Il lui faudra l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la probl\u00e9matique \u0153dipienne pour d\u00e9couvrir un autre versant de son existence de sujet, sujet d\u00e9sirant et sexu\u00e9. Avec l\u2019\u0152dipe infantile, l\u2019enfant d\u00e9couvre un autre objet (dans le parent \u0153dipien) sur lequel il va pouvoir investir libidi-nalement dans le registre du d\u00e9sir et non plus seulement du besoin. Avec la probl\u00e9matique incestueuse, l\u2019enfant se d\u00e9couvre sujet engag\u00e9 dans l\u2019intersubjectivit\u00e9. La m\u00e8re, comme parent supportant la fonction de satisfaire aux besoins de l\u2019enfant, change de statut. Pour le gar\u00e7on il la d\u00e9couvre d\u00e9sirable, pour la fille, elle appara\u00eet progressivement comme objet de rivalit\u00e9. Dans les deux cas se pose la question de la place qu\u2019occupe la m\u00e8re, du double d\u00e9placement qui s\u2019est op\u00e9r\u00e9. D\u2019une part, l\u2019enfant a orient\u00e9 sa libido de l\u2019auto \u00e9rotisme et des objets partiels vers un objet total, d\u2019autre part, il introduit dans cet investissement un couple d\u2019oppos\u00e9 amour\/haine qui se d\u00e9veloppe concomitamment \u00e0 cet investissement \u0153dipien de l\u2019objet parental. D\u00e9sirer la m\u00e8re, c\u2019est d\u00e9sirer la femme du p\u00e8re, c\u2019est n\u00e9cessairement s\u2019exposer \u00e0 la rencontre avec \u201cl\u2019autre de la m\u00e8re\u201d. Le p\u00e8re se substitue ainsi comme signification \u00e0 la m\u00e8re, celle pourvoyeuse des satisfactions aux besoins primaires de l\u2019enfant. Ce d\u00e9placement (m\u00e9taphore) de la m\u00e8re au p\u00e8re ouvre la voie pour l\u2019enfant \u00e0 l\u2019autre, \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, \u00e0 la tierc\u00e9it\u00e9 et non plus \u00e0 la binarit\u00e9 du lien m\u00e8re\/enfant.<br>Par ailleurs, la rencontre avec le p\u00e8re dans l\u2019\u0152dipe infantile renvoie l\u2019enfant \u00e0 une distinction primaire entre les sexes (versus phallique\/castr\u00e9), une distinction marqu\u00e9e par l\u2019angoisse de la castration (angoisse qui se construit \u00e0 mesure que se d\u00e9couvrent les sentiments de rivalit\u00e9 avec le parent du m\u00eame sexe) et par la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019attendre une meilleure int\u00e9gration de sa vie pulsionnelle pour la compl\u00e9ter.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3 \u2013 La fonction du complexe d\u2019\u0152dipe<\/h2>\n\n\n\n<p>Tout le monde conna\u00eet la l\u00e9gende d\u2019\u0152dipe, du moins telle que S. Freud l\u2019a analys\u00e9e pour nous donner \u00e0 entendre ce qui, pour chacun de nous, se dramatise avec nos figures parentales. Tout le monde ne conna\u00eet pas forc\u00e9ment le r\u00f4le qu\u2019y joue le p\u00e8re d\u2019\u0152dipe, Laios (un p\u00e9dophile), comme il n\u2019est pas \u00e9vident de comprendre le sens que rev\u00eatait le mythe pour les anciens (le mythe s\u2019interpr\u00e8te comme un r\u00e9cit qui r\u00e9pondrait \u00e0 des questions qui ne sont pas pos\u00e9es). Interpr\u00e9ter le mythe c\u2019est retrouver \u00e0 quoi r\u00e9pond le mythe. Ici, le mythe d\u2019\u0152dipe r\u00e9pond \u00e0 la question des origines&nbsp;: qui suis-je, d\u2019o\u00f9 viens-je, o\u00f9 vais-je? Qu\u2019est-ce qu\u2019\u00eatre un homme, un fils, un p\u00e8re? De quoi h\u00e9ritons-nous en naissant de nos parents&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, aujourd\u2019hui, la r\u00e9alit\u00e9 psychique que d\u00e9crit l\u2019histoire d\u2019\u0152dipe fait partie int\u00e9grante de notre h\u00e9ritage culturel. Tout le monde a fait, fait ou fera son \u0152dipe (sauf ceux pour lesquels la fonction de tiers qu\u2019occupe le p\u00e8re est entrav\u00e9e, ceux pour qui le Nom du P\u00e8re est forclos, comme dirait J. Lacan, ceux qui sont aux prises avec la psychose). Pour les autres, la banalit\u00e9 du propos, l\u2019\u0152dipe, cache mal le fait que cette probl\u00e9matisation de l\u2019humain constitue un drame essentiel pour chacun, drame qui est \u00e0 rejouer \u00e0 chaque g\u00e9n\u00e9ration pour chaque sujet. Rien n\u2019est totalement acquis&nbsp;; ce qui est transmis par les g\u00e9n\u00e9rations ant\u00e9rieures doit \u00eatre reconquis par les g\u00e9n\u00e9rations suivantes. Ainsi va la vie psychique&nbsp;: une conqu\u00eate de soi que nul autre que soi ne peut faire. Mais qu\u2019apporte de si essentiel le complexe dit d\u2019\u0152dipe&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019universalit\u00e9 de l\u2019\u0152dipe, de l\u2019inceste et de son interdit ont \u00e9t\u00e9 mis en \u00e9vidence par l\u2019anthropologie moderne (E. et M.C. Ortigues, 1964), en r\u00e9ponse \u00e0 ceux qui pensaient pouvoir limiter cette forme structurale que prend le complexe \u0153dipien \u00e0 nos soci\u00e9t\u00e9s occidentales. Or, si cette forme peut varier selon les cultures, la signification que prennent ces relations est toujours la m\u00eame. L\u2019enfant se rep\u00e8re en fonction de ses origines&nbsp;; il cherche \u00e0 se situer par rapport \u00e0 ses parents g\u00e9niteurs et, se faisant, il acc\u00e8de \u00e0 une \u201ccompr\u00e9hension\u201d de sa place dans ses rapports avec les autres. Il tient ses coordonn\u00e9es psychiques de certains rep\u00e8res qui seront \u00e0 la base de ses identifications. C\u2019est ce qu\u2019ont bien mis en \u00e9vidence M.C. et E. Ortigues avec la notion de rep\u00e8res identificatoires (E. et M.C. Ortigues, 1986).<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque ces rep\u00e8res sont troubles, embrouill\u00e9s, voire d\u00e9ni\u00e9s, lorsque l\u2019enfant ne dispose pas des \u00e9l\u00e9ments qui lui permettent de se situer comme sujet, il entre dans une imagination, parfois d\u00e9lirante, en qu\u00eate de sens pour sa vie. Le d\u00e9lire est toujours, chez l\u2019enfant comme chez l\u2019adulte, en rapport avec la filiation. C\u2019est une voie qui est emprunt\u00e9e pour explorer les \u00e9nigmes qui font barrage et qui emp\u00eachent l\u2019enfant et l\u2019adulte de se penser. Conna\u00eetre ses origines, du moins pouvoir s\u2019interroger explicitement \u00e0 leur sujet, c\u2019est un gage du travail de penser. Lorsque les secrets li\u00e9s aux origines sont trop pr\u00e9gnants, ils parasitent la pens\u00e9e et constituent des sortes d\u2019interdits dont la manifestation la plus \u00e9vidente se traduit souvent chez l\u2019enfant par une difficult\u00e9 d\u2019investissement du savoir. Dans les formes graves, le d\u00e9lire de filiation peut se traduire par un d\u00e9ni de paternit\u00e9 (F. Marty, 1999, a), le p\u00e8re n\u2019\u00e9tant plus reconnu comme le parent de l\u2019enfant ou de l\u2019adolescent.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">4 \u2013 Le p\u00e8re de l\u2019adolescent \u2013 l\u2019\u0152dipe pubertaire<\/h2>\n\n\n\n<p>Si l\u2019\u0152dipe infantile confronte l\u2019enfant \u00e0 son d\u00e9sir et \u00e0 l\u2019interdit, avec l\u2019entr\u00e9e dans la probl\u00e9matique \u0153dipienne pubertaire, l\u2019adolescent se confronte aux imagos parentales qu\u2019il sexualise \u00e0 nouveau. Il doit les affronter pour passer de l\u2019enfance \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte via l\u2019adolescence, renouer avec la violence des fantasmes incestueux et parricides&nbsp;: violence de la s\u00e9duction, violence des v\u0153ux de mort, violence n\u00e9cessaire \u00e0 vivre&nbsp;; violence n\u00e9cessaire \u00e0 d\u00e9passer.<\/p>\n\n\n\n<p>Le regard du p\u00e8re joue un r\u00f4le d\u00e9terminant dans le devenir de la fille devenant femme. Son insistance, v\u00e9cue comme incestueuse, voire pers\u00e9cutrice ou son absence, voire le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat que peut manifester le p\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9gard de sa fille conditionneront, pour une large part, la fonction d\u00e9sirante de la jeune fille. L\u2019identit\u00e9, avec l\u2019adolescence, se g\u00e9nitalise. Le p\u00e8re \u0153dipien pubertaire est \u00e0 s\u00e9duire, comme un p\u00e8re qui d\u00e9couvre en sa fille une jeune femme (F. Marty, 1999 b).<br>Si, du c\u00f4t\u00e9 du gar\u00e7on, la place du p\u00e8re est une place \u00e0 prendre, le p\u00e8re, un homme \u00e0 abattre, si le fantasme du meurtre du p\u00e8re est une n\u00e9cessit\u00e9 structurante (D.W. Winnicott, 1968), l\u2019issue de cette confrontation meurtri\u00e8re offre \u00e0 l\u2019adolescent la perspective de l\u2019identification. Toute autre est la solution \u201ctrouv\u00e9e\u201d dans la r\u00e9alisation effective du parricide qui, elle, est comme un \u201cfantasme de meurtre\u201d avort\u00e9, voire un meurtre du fantasme (F. Marty, 1997). Pour autant, cette place du p\u00e8re est une place inoccupable et donc impossible \u00e0 occuper. C\u2019est bien en cela aussi que le meurtre du p\u00e8re ne peut \u00eatre qu\u2019une n\u00e9cessit\u00e9 fantasmatique, sa r\u00e9alisation un d\u00e9sastre sur le plan psychique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">5 \u2013 Le soutien narcissique parental<\/h2>\n\n\n\n<p>La pubert\u00e9 fragilise l\u2019adolescent, elle le menace et le contraint \u00e0 se prot\u00e9ger contre ce corps pub\u00e8re qui est parfois v\u00e9cu comme un ennemi de l\u2019int\u00e9rieur. Au plus fort de la tourmente adolescente, l\u2019adolescent doit puiser en lui les ressources d\u00e9fensives dont il a besoin&nbsp;: barri\u00e8res contre la tentation de l\u2019inceste, \u00e9laboration de la violence des fantasmes incestueux et parricides. Mais pour venir \u00e0 bout de ces sollicitations qui assaillent litt\u00e9ralement l\u2019adolescent, il est n\u00e9cessaire qu\u2019il trouve dans l\u2019environnement familial un soutien narcissique qui l\u2019aide \u00e0 ne pas se d\u00e9courager et \u00e0 ne pas tomber dans la d\u00e9tresse. Les parents peuvent jouer ce r\u00f4le de soutien, mais cela leur est souvent difficile tant ils sont eux-m\u00eames attaqu\u00e9s par la violence que l\u2019adolescent projette sur eux lorsqu\u2019il ne parvient pas \u00e0 \u00e9laborer celle qu\u2019il \u00e9prouve \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de lui. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment lorsque l\u2019adolescent est d\u00e9bord\u00e9 par sa propre violence, lorsqu\u2019il ne la reconna\u00eet pas comme sienne, mais qu\u2019il l\u2019impute aux autres, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 ces moments-l\u00e0 que le soutien narcissique parental est le plus pr\u00e9cieux. Ce soutien a pour but d\u2019\u00e9viter que la d\u00e9tresse de l\u2019adolescent ne le pousse toujours davantage \u00e0 trouver des solutions \u00e9conomiques aux probl\u00e8mes qu\u2019il rencontre en agissant une violence dont il se sent \u00eatre la victime. Soutenir narcissique-ment l\u2019adolescent ne veut pas dire le laisser faire tout ce qu\u2019il veut, mais au contraire lui montrer que sa destructivit\u00e9 est l\u2019expression d\u2019un processus qui se d\u00e9roule et non une intention de d\u00e9truire r\u00e9ellement les objets qui l\u2019entourent, \u00e0 commencer par les objets parentaux. Soutenir narcissiquement l\u2019adolescent, c\u2019est r\u00e9sister \u00e0 sa destructivit\u00e9, lui montrer que l\u2019on tient bon.<\/p>\n\n\n\n<p>La fonction de limite&nbsp;: les parents doivent \u00e0 l\u2019enfant l\u2019exercice d\u2019une limite &#8211; \u00e0 la tentation incestueuse, \u00e0 la toute puissance &#8211; faute de quoi, ils s\u2019exposent eux et l\u2019enfant \u00e0 des agirs transgressifs ( P. Legendre, 1989). La carence paternelle serait \u00e0 entendre ici comme l\u2019expression d\u2019une impossibilit\u00e9 pour le p\u00e8re \u00e0 donner \u00e0 ses enfants la limite. Cette impossibilit\u00e9 fait de lui un parent complice, voire incestueux. Mais la carence paternelle peut s\u2019entendre aussi dans des situations cliniques o\u00f9 le p\u00e8re exc\u00e8de sa fonction&nbsp;; c\u2019est le cas des p\u00e8res tyranniques, des p\u00e8res pr\u00e9historiques et pr\u00e9 \u0153dipiens. En carence ou en exc\u00e8s, le p\u00e8re manque \u00e0 \u00eatre, \u00e0 se constituer comme r\u00e9f\u00e9rence, comme tiers, comme limite \u00e0 la violence des fantasmes incestueux et parricides de l\u2019enfant et de l\u2019adolescent. Cette position paternelle qui \u00e9choue \u00e0 se constituer comme limite est \u00e0 l\u2019origine d\u2019expressions violentes, souvent agies de part et d\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>La filiation est une dette&nbsp;: la filiation narcissique (psychose), comme mod\u00e8le de l\u2019auto-engendrement (P.C. Racamier, 1989) &#8211; mod\u00e8le que l\u2019on retrouve dans l\u2019auto-d\u00e9sengendrement \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans les probl\u00e9matiques suicidaires&nbsp;; \u00eatre \u00e0 l\u2019origine de sa vie autorise \u00e0 d\u00e9cider de sa mort. La filiation narcissique s\u2019oppose \u00e0 la filiation institu\u00e9e, mod\u00e8le de la prise en compte de la dimension symbolique de la parent\u00e9 o\u00f9 la reconnaissance d\u2019une dette vis-\u00e0-vis de ses g\u00e9niteurs met en \u00e9vidence le fait que nul ne saurait \u00eatre \u00e0 l\u2019origine de sa propre vie (J. Guyotat, 1980). Faute de cette reconnaissance de dette, l\u2019enfant puis l\u2019adolescent ne parvient pas \u00e0 se situer dans la filiation, bien s\u00fbr, mais aussi dans la g\u00e9n\u00e9alogie, dans l\u2019univers symbolique \u00e0 quoi ouvre cette inscription dans les lign\u00e9es paternelles et maternelles.<br>Le don de la limite est aux parents ce que la reconnaissance de la dette de filiation est aux enfants. Si l\u2019un ou l\u2019autre venait \u00e0 manquer, la sc\u00e8ne o\u00f9 se jouent les relations entre les \u00eatres pourrait \u00e0 chaque instant basculer dans une r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9lirante et meurtri\u00e8re. La violence agie est souvent \u00e0 l\u2019adolescence l\u2019expression du d\u00e9passement d\u2019une limite de cet univers symbolique des relations de filiation (F. Marty, 1997).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">6 \u2013 L\u2019identification \u00e0 la fonction parentale<\/h2>\n\n\n\n<p>Si le complexe d\u2019\u0152dipe s\u2019ach\u00e8ve sur une conqu\u00eate fondamentale par l\u2019identification (int\u00e9rioriser les qualit\u00e9s de l\u2019autre rival plut\u00f4t que de chercher \u00e0 le tuer), la fin de la confrontation entre l\u2019adolescent et ses parents s\u2019ach\u00e8ve sur un nouveau tour donn\u00e9 \u00e0 la probl\u00e9matique de l\u2019identification. L\u2019int\u00e9riorisation des qualit\u00e9s du rival et le renoncement au v\u0153u de mort prof\u00e9r\u00e9 par l\u2019enfant contre le parent rival correspond au progr\u00e8s qui s\u2019est accompli dans l\u2019univers symbolique o\u00f9 est entr\u00e9 l\u2019enfant&nbsp;: devenir comme le parent rival vaut mieux que de chercher \u00e0 prendre sa place. La place du p\u00e8re mort est inoccupable, parce que c\u2019est d\u00e9j\u00e0 la place de quelqu\u2019un d\u2019autre, parce que le p\u00e8re s\u2019est int\u00e9rioris\u00e9 en personnage qui r\u00e8gne dans le monde psychique de l\u2019enfant (cf. le surmoi).<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques si\u00e8cles avant notre \u00e8re, un empereur de Chine avait renonc\u00e9 \u00e0 pratiquer ce que ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs faisaient r\u00e9guli\u00e8rement&nbsp;: au lieu de sacrifier son arm\u00e9e au moment de sa propre mort, l\u2019empereur d\u00e9cida de faire mouler en terre cuite (terra cota) une arm\u00e9e enti\u00e8re \u00e0 l\u2019effigie de son arm\u00e9e v\u00e9ritable. Au lieu d\u2019enterrer ses valeureux guerriers pour qu\u2019ils le suivent dans la mort, l\u2019empereur pr\u00e9f\u00e9ra enterrer leurs effigies, des symboles. Le meurtre rituel s\u2019est mu\u00e9 \u00e0 Xian, au c\u0153ur de l\u2019Empire du milieu, en \u0153uvre d\u2019art, en monument de m\u00e9moire offert \u00e0 la communaut\u00e9 des hommes. On n\u2019en demande pas tant \u00e0 l\u2019enfant, mais c\u2019est pourtant la prouesse qu\u2019il accomplit&nbsp;: renoncer \u00e0 la violence de ses pulsions meurtri\u00e8res pour gagner en capacit\u00e9 de penser et de cr\u00e9er.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Sortie du processus d\u2019adolescence&nbsp;?<\/h3>\n\n\n\n<p>La parentalit\u00e9 potentielle (S. Stol\u00e9ru, 1995) que l\u2019on voit \u00e0 l\u2019\u0153uvre chez les adolescents et qui constituent les pr\u00e9misses de la parentalit\u00e9 adulte va laisser place \u00e0 ce que j\u2019appelle l\u2019identification \u00e0 la fonction parentale (F. Marty, 1999), identification qui va donner \u00e0 l\u2019adolescent la possibilit\u00e9 de se sentir responsable de ses actes et de ses pens\u00e9es. L\u2019adolescent peut ainsi, dans le fantasme, devenir parent \u00e0 son tour en ayant le souci de l\u2019autre: <em>take care, caregiving<\/em>, en portant un autre que soi-m\u00eame. Ainsi s\u2019ach\u00e8ve l\u2019adolescence, lorsque l\u2019on sort de la pr\u00e9occupation narcissique, lorsque l\u2019on se sent apte \u00e0 se prendre en charge et \u00e0 envisager d\u2019aller vers un autre dans l\u2019autonomie de la rencontre et non dans la d\u00e9pendance \u00e0 des substituts parentaux.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>Un p\u00e8re tout seul, est-ce que \u00e7a existe? Pris dans la triangulation \u0153dipienne, au-del\u00e0 de sa pr\u00e9sence r\u00e9elle, il est d\u2019abord un signifiant, \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le langage et l\u2019ordre symbolique. De sa place, le p\u00e8re organise les relations entre les humains au sein de l\u2019espace psychique familial mais aussi de l\u2019espace social. Le p\u00e8re n\u2019est pas seulement l\u2019homme g\u00e9niteur, il n\u2019est pas seulement le mari de la m\u00e8re, il est, avant tout, une r\u00e9f\u00e9rence qui permet \u00e0 l\u2019enfant de sortir de la toute puissance infantile et narcissique, du fantasme de l\u2019auto engendrement pour acc\u00e9der \u00e0 sa position de sujet parlant et d\u00e9sirant. Le p\u00e8re fait de l\u2019enfant un sujet social. Il ne s\u2019oppose pas \u00e0 la m\u00e8re ni ne vient la compl\u00e9ter. Il est l\u2019autre de la m\u00e8re, donc l\u2019autre oblig\u00e9 de l\u2019enfant. Dire p\u00e8re, c\u2019est entrer dans le registre de la g\u00e9n\u00e9ration, c\u2019est se situer par rapport aux autres et acc\u00e9der \u00e0 la dimension de la socialisation. Dans l\u2019histoire de Ca\u00efn et Abel (F. Marty, 2000), le p\u00e8re n\u2019appara\u00eet pas encore. Il intervient quand Ca\u00efn devient le premier \u00e0 transmettre la vie humaine \u00e0 des enfants humains. Avant, Adam et Eve n\u2019\u00e9taient, si je puis dire, que des cr\u00e9atures de Dieu. Avec Ca\u00efn, le p\u00e8re devient figure humaine parce qu\u2019il s\u2019inscrit dans une filiation humaine. Ca\u00efn devient le p\u00e8re d\u2019une longue descendance parce qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 \u201cfils de\u201d. Ainsi le p\u00e8re est celui qui ordonne la descendance, lui donne une filiation, il s\u2019offre comme rep\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec l\u2019adolescence, le p\u00e8re introduit la question du rapport entre hommes et femmes pour questionner, avec la paternit\u00e9, la sexualit\u00e9 g\u00e9nitale.<\/p>\n\n\n\n<p>On le voit, le p\u00e8re n\u2019est pas, dans cette conception, le sym\u00e9trique de la m\u00e8re dans une sorte d\u2019\u00e9quivalence symbolique et\/ou fonctionnelle. Il est la figure de l\u2019autre, celle qui donne \u00e0 l\u2019enfant et \u00e0 l\u2019adolescent le statut \u00e0 la fois de \u201cpas tout\u201d et de sujet manquant, support des id\u00e9aux, assurant l\u2019ordre symbolique dans la diff\u00e9rence des g\u00e9n\u00e9rations. Trouver le p\u00e8re, c\u2019est inscrire l\u2019enfant dans une filiation, une g\u00e9n\u00e9alogie, c\u2019est offrir \u00e0 l\u2019enfant les moyens de se rep\u00e9rer.<br>Mais penser le p\u00e8re ne peut s\u2019envisager sans penser la m\u00e8re, sans penser la g\u00e9n\u00e9ration. Un enfant tout seul, \u00e7a n\u2019existe pas plus qu\u2019un p\u00e8re tout seul, ou qu\u2019un p\u00e8re avec son enfant. Penser le p\u00e8re nous oblige \u00e0 penser au-del\u00e0 de la personne physique du p\u00e8re pour envisager la dimension humanisante auquel sa r\u00e9f\u00e9rence a conduit l\u2019homme. C\u2019est pourquoi aussi, penser le p\u00e8re, c\u2019est penser le p\u00e8re \u00e0 tuer symboliquement, c\u2019est penser le p\u00e8re mort.<\/p>\n\n\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>De Neuter, P. (1999\/2000). \u201cL\u2019hostilit\u00e9 paternelle\u00a0: \u00e9trange destin d\u2019un concept\u201d, in <em>Logos et Anank\u00e9<\/em>, 2\/3, pp.77-104.<\/p>\n<p>Delaisi de Perseval, G. (1981). <em>La part du p\u00e8re<\/em>. Paris\u00a0: Le Seuil.<\/p>\n<p>Dumas, D. (1999). <em>Sans p\u00e8re et sans parole. La place du p\u00e8re dans l\u2019\u00e9quilibre de l\u2019enfant<\/em>. Paris\u00a0: Hachette.<\/p>\n<p>Freud, S. (1910). <em>Un souvenir d\u2019enfance de L\u00e9onard de Vinci<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, 1991.<\/p>\n<p>Freud, S. (1912). <em>Totem et tabou<\/em>. Payot\u00a0: Paris, 1976.<\/p>\n<p>Freud, S. (1936). \u201cUn trouble de m\u00e9moire sur l\u2019Acropole\u201d, in <em>R\u00e9sultats, id\u00e9es, probl\u00e8mes<\/em>, Vol. 2, pp. 221-230, Paris\u00a0: PUF, 1985.<\/p>\n<p>Guyotat, J. (1980). <em>Mort, Naissance et filiation<\/em>. Paris\u00a0: Masson.<\/p>\n<p>Gutton, P. (1991). <em>Le pubertaire<\/em>. Paris\u00a0: PUF.<\/p>\n<p>Konicheckis, A. (1999). \u201cSe construire un p\u00e8re. Julien, l\u2019enfant qui en avait trois, in Devenir p\u00e8re, devenir m\u00e8re\u201d. <em>Naissance et parentalit\u00e9<\/em>, pp. 147-155, Ramonville Saint-Agne, Er\u00e8s.<\/p>\n<p>Lacan, J. (1955-56) \u201cLe s\u00e9minaire Livre III\u201d. <em>Les psychoses<\/em>. Paris\u00a0: Le Seuil, 1981.<\/p>\n<p>Lacan, J. (1938). <em>Les complexes familiaux dans la formation de l\u2019individu<\/em>. Paris\u00a0: Navarin, 1984.<\/p>\n<p>Lacan, J., RSI (1974-1975). \u201cle S\u00e9minaire\u201d, in\u00e9dit.<\/p>\n<p>Leclaire, S. (1975). <em>On tue un enfant<\/em>. Paris\u00a0: Le Seuil.<\/p>\n<p>Legendre, P. (1989). <em>Le crime du Caporal Lortie. Trait\u00e9 sur le p\u00e8re<\/em>. Paris\u00a0: Fayard.<\/p>\n<p>Marty, F. (sous la direction de) (1997). <em>L\u2019ill\u00e9gitime violence. La violence et son d\u00e9passement \u00e0 l\u2019adolescence<\/em>. Ramonville Saint-Agne\u00a0: Er\u00e8s.<\/p>\n<p>Marty, F. (1999). \u201cViolence de la qu\u00eate identitaire chez l\u2019adolescente\u201d, in <em>Education permanente<\/em>, 138, pp. 55-64.<\/p>\n<p>Marty, F. (1999). <em>Filiation, parricide et psychose. Les liens du sang<\/em>. Ramonville Saint-Agne\u00a0: Er\u00e8s.<\/p>\n<p>Marty, F. (2000). \u201cFonction mythique du fratricide\u201d, in <em>Dialogue<\/em>, 149, pp. 11-18.<\/p>\n<p>Ortigues E. et M.C. (1966). <em>L\u2019\u0152dipe africain<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p>Ortigues, E. et M.C. (1986). <em>Comment se d\u00e9cide une psychoth\u00e9rapie d\u2019enfant\u00a0?<\/em> Paris\u00a0: Deno\u00ebl.<\/p>\n<p>Ortigues, E., M.C. et al. (1999). <em>Que cherche l\u2019enfant dans les psychoth\u00e9rapies\u00a0?<\/em> Ramonville Saint-Agne\u00a0: Er\u00e8s.<\/p>\n<p>Racamier, P.C., Sens, C., Carretier, L. (1961). \u201cLa m\u00e8re, l\u2019enfant dans les psychoses du post-partum\u201d, in <em>Evolution psychiatrique<\/em>, XXVI, pp. 525-570.<\/p>\n<p>Racamier, P.C. (1989). <em>Antoedipe et ses destins<\/em>. Paris\u00a0: Apsyg\u00e9e Editions.<\/p>\n<p>Rey, A. (sous la direction de) (1999). <em>Dictionnaire historique de la langue fran\u00e7aise<\/em>. Paris\u00a0: Le Robert.<\/p>\n<p>Stol\u00e9ru, S. (1995). \u201cLe couple et le projet d\u2019enfant. L\u2019\u00e9tape initiale du passage \u00e0 la parentalit\u00e9\u201d, in <em>Neuropsychiatrie de l\u2019enfance et de l\u2019adolescence<\/em>, 43, pp. 164-170.<\/p>\n<p>Stol\u00e9ru, S. (2000). \u201cLa parentalit\u00e9\u201d, in <em>Dictionnaire de psychopathologie de l\u2019enfant et de l\u2019adolescent<\/em>, pp. 491-492, Paris\u00a0: PUF.<\/p>\n<p>Trono, C. (1993). \u201cEtre p\u00e8re aujourd\u2019hui: de l\u2019illusion \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9\u201d, in <em>Esquisses psychanalytiques<\/em>, 19, pp. 27-37.<\/p>\n<p>Winnicott, D.W. (1968). 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