{"id":9479,"date":"2021-08-22T07:30:04","date_gmt":"2021-08-22T05:30:04","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/psychanalyse-de-lobjet-objet-drogue-objet-alcool-2\/"},"modified":"2021-10-07T22:25:45","modified_gmt":"2021-10-07T20:25:45","slug":"psychanalyse-de-lobjet-objet-drogue-objet-alcool","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/psychanalyse-de-lobjet-objet-drogue-objet-alcool\/","title":{"rendered":"Psychanalyse de l&rsquo;objet. \u00ab\u00a0Objet-drogue\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0objet-alcool\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p>Cet article a pour but, d\u2019une part de proposer une explication psychanalytique de la relation \u00e0 l\u2019objet toxicomaniaque, d\u2019autre part de pr\u00e9ciser, dans la m\u00eame perspective, ce qu\u2019il en est de la sp\u00e9cificit\u00e9 de la probl\u00e9matique alcoolique.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s l\u2019origine des th\u00e9ories psychanalytiques des addictions, deux points de vue m\u00e9ritaient d\u2019\u00eatre retenus et approfondis&nbsp;: Ferenczi avait, pour sa part, compris que ces conduites sont toujours la cons\u00e9quence, et non la cause, d\u2019un \u00ab&nbsp;noyau pathog\u00e8ne&nbsp;\u00bb de la personnalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Fenichel, quant \u00e0 lui, pr\u00e9cisait que les actes impulsifs r\u00e9it\u00e9r\u00e9s, quelle que soit leur nature, sont des \u00ab&nbsp;tentatives de ma\u00eetrise d\u2019exp\u00e9riences traumatiques par la r\u00e9p\u00e9tition et la mise en acte&nbsp;\u00bb, tentatives bien diff\u00e9renci\u00e9es dans leur mise en sc\u00e8ne selon le toxique utilis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, jusqu\u2019ici, dans la continuit\u00e9 des recherches, c\u2019est l\u2019id\u00e9e d\u2019un fonctionnement \u00ab&nbsp;limite&nbsp;\u00bb, de \u00ab&nbsp;troubles narcissiques&nbsp;\u00bb qui a pr\u00e9valu, noyant les addictions dans des troubles de la personnalit\u00e9 qui les d\u00e9bordent largement. Cet \u00e9largissement fait perdre de vue \u00e0 la fois le \u00ab&nbsp;noyau pathog\u00e8ne&nbsp;\u00bb toxicomaniaque, aussi bien que la singularit\u00e9 du sympt\u00f4me, au profit de concepts plut\u00f4t vagues, souvent emprunt\u00e9s \u00e0 la psychologie du moi, et finalement peu op\u00e9ratifs pour la compr\u00e9hension et la prise en charge.<\/p>\n\n\n\n<p>Ferenczi et Fenichel nous offrent en fait deux axes de recherche&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Du c\u00f4t\u00e9 d\u2019une th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale des addictions, il y a lieu de pr\u00e9ciser les caract\u00e9ristiques communes de ce \u00ab&nbsp;noyau pathog\u00e8ne&nbsp;\u00bb qui serait \u00e0 l\u2019origine de toute toxicomanie. Et l\u00e0 il para\u00eet pr\u00e9f\u00e9rable de cerner le propos en faisant une distinction entre les addictions qui restent ext\u00e9rieures au corps et celles qui y introduisent quelque chose. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment encore, cet article concerne la psychopathologie commune aux toxicomanies (dont l\u2019alcoolisme) qui utilisent un produit \u00e0 effet psychotrope(<sup>1<\/sup>).<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 En second lieu, l\u2019hypoth\u00e8se de Fenichel permet d\u2019esp\u00e9rer retrouver, comme \u00e0 rebours, dans les effets sp\u00e9cifiques de la drogue recherch\u00e9e, les composantes de l\u2019\u00ab&nbsp;exp\u00e9rience traumatique initiale&nbsp;\u00bb. Le toxique, reconnu par le sujet comme ad\u00e9quat \u00e0 sa souffrance, serait utilis\u00e9 r\u00e9p\u00e9titivement comme r\u00e9activateur d\u2019une faille traumatique pr\u00e9coce et des d\u00e9fenses primitives contre celle-ci (<sup>2<\/sup>). Ce travail concerne donc ceux qui (\u00e9ventuellement apr\u00e8s diff\u00e9rents essais) ont \u00e9tabli finalement avec un toxique \u00e9lectif une relation de d\u00e9pendance stable.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le noyau pathog\u00e8ne des toxicomanies. L\u2019archa\u00efsme<\/h2>\n\n\n\n<p>Contrairement aux id\u00e9es re\u00e7ues qui supposent un plaisir aux conduites toxicomaniaques, il s\u2019agit d\u2019une r\u00e9ponse archa\u00efque, quasi-r\u00e9flexe, de tentative de survie \u00e0 des angoisses catastrophiques. Le geste r\u00e9p\u00e9titif du toxicomane court-circuite la pens\u00e9e, tient la relation \u00e0 l\u2019\u00e9cart, enfouit le sujet dans une sorte de r\u00e9gression \u00e0 l\u2019\u00ab&nbsp;animalit\u00e9&nbsp;\u00bb. Toute toxicomanie rel\u00e8ve, au moins en partie, des zones psychotiques de la personnalit\u00e9, sans exclure que des d\u00e9veloppements psychiques plus adaptatifs se soient construits en parall\u00e8le. Cette faille psychique tr\u00e8s pr\u00e9coce pr\u00e9pare la rencontre bien plus tardive avec le toxique, qui va un jour (et pas forc\u00e9ment \u00e0 la premi\u00e8re exp\u00e9rience), s\u2019imposer comme seule r\u00e9ponse ad\u00e9quate \u00e0 la souffrance psychique (<sup>3<\/sup>).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le fantasme et la vie psychique<\/h2>\n\n\n\n<p>Avant d\u2019examiner la relation d\u2019objet dans les toxicomanies, un retour sur les premi\u00e8res phases du d\u00e9veloppement psychique normal n\u2019est pas inutile. Le nourrisson, selon le mod\u00e8le freudien, pendant l\u2019exp\u00e9rience de satisfaction de ses besoins vitaux, investit fortement les qualit\u00e9s de la relation maternelle. Un \u00e9cart va se produire entre l\u2019attente de la satisfaction du besoin et l\u2019anticipation de la pr\u00e9sence chaleureusement s\u00e9curisante de la m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans cet \u00e9cart que na\u00eet la vie fantasmatique et que va s\u2019exercer l\u2019activit\u00e9 de repr\u00e9sentation.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019objet, au sens psychanalytique, est alors un \u00ab&nbsp;objet partiel primordial&nbsp;\u00bb, objet fantasmatique privil\u00e9gi\u00e9, investi de toutepuissance. Les qualit\u00e9s maternelles dans leur r\u00e9alit\u00e9 et les circonstances du maternage, les frustrations, induisent le caract\u00e8re bon ou mauvais de cet objet. Dans le fantasme, l\u2019objet subit toutes sortes d\u2019avatars (d\u00e9crits par M\u00e9lanie Klein), jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il se stabilise dans le psychisme de l\u2019enfant comme un bon objet permanent. En l\u2019absence de la m\u00e8re r\u00e9elle, des repr\u00e9sentations font \u00ab&nbsp;vivre&nbsp;\u00bb l\u2019objet protecteur dans le contenant psychique peu \u00e0 peu individualis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Une diff\u00e9renciation importante s\u2019est op\u00e9r\u00e9e en parall\u00e8le entre le psychique et le corporel. Les mots apport\u00e9s par l\u2019entourage, les \u00e9changes verbaux, viennent discriminer les diff\u00e9rentes sensations, cr\u00e9er un lien de pens\u00e9e entre les ressentis biologiques, c\u00e9nesth\u00e9siques et les \u00e9tats affectifs, les \u00e9motions. La mise en relation de la psych\u00e9 et du soma s\u2019effectue, l\u2019image du corps se constitue, l\u2019enfant s\u2019approprie un corps \u00e9rog\u00e9n\u00e9is\u00e9.<br>Le d\u00e9veloppement psychique normal implique des acquisitions diff\u00e9renciatrices, tant entre le sujet et l\u2019objet qu\u2019entre le psychisme et le corps. La clinique des processus toxicomaniaques r\u00e9v\u00e8le au contraire une double confusion, \u00e0 la fois du c\u00f4t\u00e9 du sujet et du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019objet d\u2019addiction. Ces confusions sugg\u00e8rent des hypoth\u00e8ses sur l\u2019origine du dysfonctionnement qui conduit \u00e0 la toxicomanie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019objet addictif<\/h2>\n\n\n\n<p>En regard de l\u2019\u00ab&nbsp;objet&nbsp;\u00bb, au sens psychanalytique d\u2019objet partiel fantasmatique, le statut de l\u2019objet d\u2019addiction pr\u00e9sente \u00e0 la fois confusion et paradoxe. La confusion vient de ce que l\u2019objet r\u00e9el addictif r\u00e9pond par une incorporation r\u00e9elle (<sup>4<\/sup>) \u00e0 une souffrance psychique intol\u00e9rable. La r\u00e9ponse toxicomaniaque \u00e0 une angoisse psychique est une r\u00e9ponse du corps et\/ou au corps. Les registres du psychique et du corporel sont donc confondus. Cette confusion souligne l\u2019origine archa\u00efque du noyau pathog\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Un objet de r\u00e9alit\u00e9 (la drogue) est tr\u00e8s fortement investi comme \u00e9tant le seul \u00e0 pouvoir assurer la survie psychocorporelle. En ce sens, on pourrait dire qu\u2019il est consid\u00e9r\u00e9 ind\u00fbment comme s\u2019il \u00e9tait un \u00ab&nbsp;objet partiel primordial&nbsp;\u00bb. Cependant, d\u00e9pourvu des qualit\u00e9s relationnelles de cet objet, il n\u2019introduit pas l\u2019\u00e9cart n\u00e9cessaire entre le besoin et l\u2019attente de la chaleur relationnelle associ\u00e9e pour que le fantasme puisse advenir. Paradoxalement, cet objet r\u00e9el, surinvesti fantasmatiquement, n\u2019a pas de repr\u00e9sentation fantasmatique pour autant. C\u2019est pourquoi sa pr\u00e9sence dans la r\u00e9alit\u00e9 est indispensable.<\/p>\n\n\n\n<p>En raison du vide relationnel de cet objet d\u2019addiction, son investissement fantasmatique comme objet de survie est tr\u00e8s fort, mais tr\u00e8s pauvre. Son inscription psychique a la fixit\u00e9 d\u2019un pictogramme (<sup>5<\/sup>), image fruste qui s\u2019impose au sujet en proie \u00e0 la catastrophe psychique. Comme dans le processus autistique, l\u2019absence est un trou, mais elle a trouv\u00e9 un objet qui, \u00e0 la fois, le creuse et l\u2019obture.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La psychogen\u00e8se<\/h2>\n\n\n\n<p>Le collage sans \u00e9cart des r\u00e9flexes primitifs de survie \u00e0 un objet r\u00e9el conduit \u00e0 supposer dans les toxicomanies des carences gravissimes de la relation maternelle primaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux hypoth\u00e8ses se pr\u00e9sentent \u00e0 ce propos, non exclusives l\u2019une de l\u2019autre&nbsp;: d\u2019une part, un environnement qui n\u2019aurait pas apport\u00e9 de signification aux excitations corporelles, d\u2019autre part, des zones corporelles que des traumas ou des failles biologiques auraient laiss\u00e9es inertes.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re possibilit\u00e9 serait dons la suivante&nbsp;: le toxicomane chercherait \u00e0 revivre, dans les modifications c\u00e9nesth\u00e9siques apport\u00e9es par le psychotrope, des stimulations indiff\u00e9renci\u00e9es, m\u00ealant le corporel et l\u2019\u00e9motionnel, analogues aux excitations pr\u00e9coces qui assaillent le nouveau-n\u00e9 impuissant \u00e0 les d\u00e9m\u00ealer. Ces stimulations auraient \u00e9t\u00e9 v\u00e9cues par le b\u00e9b\u00e9 sans qu\u2019on lui ait apport\u00e9 suffisamment nomination, discrimination ou ordonnancement. Les excitations psychocorporelles seraient rest\u00e9es en partie sans signification, et elles seraient donc traumatiques.<\/p>\n\n\n\n<p>La n\u00e9cessit\u00e9 de cr\u00e9er \u00e0 tout prix des sensations corporelles gr\u00e2ce aux propri\u00e9t\u00e9s pharmacologiques de l\u2019objet ouvre une autre possibilit\u00e9\u00a0: le corps, sans la drogue, serait ressenti comme inerte, dans une absence ou une insuffisance de sensations g\u00e9n\u00e9rant une angoisse de non-existence. Le toxicomane n\u2019aurait pas d\u2019enveloppe corporelle close sur elle-m\u00eame, auto-suffisante, d\u00e9limitant une appropriation. Dans son v\u00e9cu actuel du corps, il lui faudrait un compl\u00e9ment sans lequel cette enveloppe ne se ressentirait pas, ne s\u2019\u00e9prouverait pas compl\u00e8te. Ce compl\u00e9ment serait cherch\u00e9 dans la r\u00e9alit\u00e9 pour tenter d\u2019\u00e9veiller ces \u00ab\u00a0zones corporelles muettes\u00a0\u00bb. Or, une inertie corporelle laisse toujours supposer des traumatismes pr\u00e9coces\u00a0: s\u00e9vices, soins v\u00e9cus comme agressifs, douleurs corporelles du b\u00e9b\u00e9 d\u2019origine diverse, stimulations excessives. Les zones corporelles vides de repr\u00e9sentation pourraient aussi correspondre \u00e0 de petites failles biologiques, \u00e9ventuellement d\u2019ordre g\u00e9n\u00e9tique, cr\u00e9ant chez le b\u00e9b\u00e9 un malaise psychocorporel, tr\u00e8s perturbant, incompris par l\u2019environnement et donc affectant l\u2019\u00e9tablissement de l\u2019appropriation corporelle (<sup>6<\/sup>).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Fonction de la drogue<\/h2>\n\n\n\n<p>La r\u00e9p\u00e9tition de la prise de drogue tenterait de re-susciter l\u2019afflux de sensations, de douleurs, ou bien de provoquer un ressenti, dans la recherche incessante et vaine d\u2019une repr\u00e9sentation corporelle signifiante.<\/p>\n\n\n\n<p>Toute r\u00e9p\u00e9tition indique qu\u2019un traumatisme est rest\u00e9 actif et cherche sans cesse et sans succ\u00e8s \u00e0 s\u2019abr\u00e9agir. L\u2019addiction s\u2019\u00e9tablit, si les effets de la drogue sont capables chez le sujet de restituer la reviviscence d\u2019\u00e9l\u00e9ments de l\u2019exp\u00e9rience traumatique (<sup>7<\/sup>). En ce sens la nature sp\u00e9cifique du produit et le noyau pathog\u00e8ne de celui qui s\u2019y adonne sont ins\u00e9parables.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette exp\u00e9rience de r\u00e9p\u00e9tition traumatique est marqu\u00e9e par l\u2019angoisse de mort, que celle-ci se soit impos\u00e9e d\u2019un coup par un trauma isol\u00e9 ou plus insidieusement par des traumatismes cumulatifs (<sup>8<\/sup>). La prise de toxique remet en jeu la pulsion de mort. En m\u00eame temps que l\u2019autodestruction s\u2019op\u00e8re, la drogue donne l\u2019illusion d\u2019en triompher. Les pathologies toxicomaniaques sont essentiellement paradoxales, non dans un double discours, mais dans une aporie existentielle&nbsp;: ce qui donne la mort assure la survie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Sp\u00e9cificit\u00e9 alcoolique<\/h2>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit d\u2019appliquer \u00e0 l\u2019alcoolisme l\u2019hypoth\u00e8se pr\u00e9c\u00e9dente&nbsp;: par quelles propri\u00e9t\u00e9 sp\u00e9cifiques l\u2019alcool \u00ab&nbsp;r\u00e9veille-t-il&nbsp;\u00bb et r\u00e9v\u00e8le-t-il les composantes de la faille archa\u00efque des alcooliques&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un liquide<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019alcool, par rapport aux autres drogues, se consomme en avalant un liquide. Or, ce mode d\u2019absorption est l\u2019un des premiers r\u00e9flexes auto conservateurs. Le nouveau-n\u00e9, qui baignait, int\u00e9rieur et ext\u00e9rieur indiff\u00e9renci\u00e9s, dans le liquide amniotique, retrouve en t\u00e9tant une liquidit\u00e9 qui le remplit. L\u2019avidit\u00e9 pour un liquide peut sugg\u00e9rer l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019il y aurait eu, chez les futurs alcooliques, une angoisse excessive de dessiccation li\u00e9e au traumatisme de la naissance. Il se pourrait aussi que l\u2019irr\u00e9gularit\u00e9 des t\u00e9t\u00e9es, dans un environnement d\u00e9favorable, ait provoqu\u00e9 des angoisses excessives d\u2019inanition. En raison de ces angoisses, le r\u00e9flexe de d\u00e9glutition aurait \u00e9t\u00e9 surinvesti. Ces souffrances pr\u00e9coces pourraient \u00eatre li\u00e9es \u00e0 de petites ou importantes d\u00e9shydratations. Un b\u00e9b\u00e9 abandonn\u00e9 \u00e0 ses cris perd son eau et l\u2019angoisse de mort s\u2019exprime dans ces cris qu\u2019on n\u2019entend pas. Ces hypoth\u00e8ses expliqueraient les quantit\u00e9s \u00e9normes de boissons alcoolis\u00e9es consomm\u00e9es par les alcooliques, ainsi que les grandes quantit\u00e9s de boissons non alcooliques consomm\u00e9es par certains abstinents. L\u2019hypoth\u00e8se d\u2019exp\u00e9riences pr\u00e9coces de d\u00e9shydratation trouve une confirmation dans le fait que certains alcooliques, pourtant d\u00fbment avertis du processus, se retrouvent r\u00e9p\u00e9titivement en situation de <em>delirium<\/em> (qui est un \u00e9tat de d\u00e9shydratation aigu), comme si cette situation \u00e9tait la situation traumatique initiale. D\u2019autres, dont l\u2019alcoolisation presque toujours massive conduit au coma, semblent chercher, avec le plein, la disparition de toute conscience, tandis qu\u2019ils gisent dans leurs d\u00e9jections comme des b\u00e9b\u00e9s oubli\u00e9s qui ont d\u00e9pass\u00e9 l\u2019angoisse de mort en tombant dans le sommeil. La honte, qui est un trait majeur de la probl\u00e9matique, peut \u00eatre li\u00e9e \u00e0 la r\u00e9gression d\u00e9shumanisante des d\u00e9bordements alcooliques.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Cr\u00e9er la bouche<\/h2>\n\n\n\n<p>La n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019avaler un liquide peut avoir une autre origine, li\u00e9e \u00e0 l\u2019hypoth\u00e8se des zones corporelles non symbolis\u00e9es. Comme l\u2019observation clinique le montre (et comme Mijolla et Shentoub l\u2019avaient soulign\u00e9), les alcooliques sont loin d\u2019\u00eatre parvenus \u00e0 l\u2019\u00e9rotisation orale. Leur corps n\u2019est pas un corps \u00e9rog\u00e8ne. Or, la zone orale est la premi\u00e8re \u00e0 \u00eatre investie par le nouveau-n\u00e9. Si une inertie cong\u00e9nitale emp\u00eache de ressentir le plaisir de la succion, ou m\u00eame de ressentir clairement la sati\u00e9t\u00e9 et le plein, l\u2019exp\u00e9rience pourrait \u00eatre r\u00e9p\u00e9titivement recherch\u00e9e pour tenter de cr\u00e9er ces \u00e9tats. Cette absence d\u2019\u00e9rog\u00e9n\u00e9isation pourrait aussi \u00eatre li\u00e9e \u00e0 l\u2019irr\u00e9gularit\u00e9 du nourrissage&nbsp;: une trop grande soif du b\u00e9b\u00e9 l\u2019attacherait \u00e9lectivement \u00e0 satisfaire le besoin, le r\u00e9flexe d\u2019avaler prenant une importance vitale au d\u00e9triment de l\u2019investissement de l\u2019oralit\u00e9 (plus tard, l\u2019alcool comme \u00ab&nbsp;coupe-faim&nbsp;\u00bb).<br>L\u2019alcool n\u2019est pas seulement liquide, il a aussi des propri\u00e9t\u00e9s pharmacologiques. Si les alcooliques pr\u00e9sentent un malaise g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par une difficult\u00e9 de ressentir leur corps, et la zone buccale en premier lieu, la propri\u00e9t\u00e9 des boissons alcoolis\u00e9es d\u2019avoir un go\u00fbt, des odeurs, joue probablement un r\u00f4le. Dans la premi\u00e8re rencontre d\u00e9cisive de l\u2019alcoolique et de l\u2019alcool, le liquide qui \u00ab&nbsp;cr\u00e9e la bouche&nbsp;\u00bb, en quelque sorte, va prendre une grande importance.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">S\u2019accrocher sans d\u00e9crocher<\/h2>\n\n\n\n<p>En m\u00eame temps que le r\u00e9flexe de d\u00e9glutition appara\u00eet \u00e0 la naissance, se manifeste le r\u00e9flexe d\u2019agrippement. Les observations des b\u00e9b\u00e9s montrent que l\u2019une de leurs angoisses les plus manifestes est l\u2019angoisse de chute. Winnicott en particulier a insist\u00e9 sur l\u2019importance pour le d\u00e9veloppement psychique d\u2019un b\u00e9b\u00e9, qu\u2019il soit \u00ab&nbsp;bien port\u00e9&nbsp;\u00bb. Il y a lieu de penser que les alcooliques ont souffert d\u00e8s leur naissance d\u2019une ins\u00e9curit\u00e9 du portage, car l\u2019un des effets les plus \u00e9vidents de l\u2019alcool est de restituer une ins\u00e9curit\u00e9 du maintien. En buvant jusqu\u2019\u00e0 tituber, cherchant \u00e0 se tenir malgr\u00e9 tout, recr\u00e9ant autour de lui un espace en transformations instables, l\u2019alcoolique montre assez clairement de quel portage pathologique il a \u00e9t\u00e9 l\u2019objet. L\u2019hypoth\u00e8se aff\u00e9rente est que l\u2019agrippement aurait pris, comme le r\u00e9flexe de d\u00e9glutition, une importance vitale, s\u2019opposant au processus d\u2019individuation. Lorsque tout se passe bien, ce processus se fait gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019int\u00e9riorisation par le b\u00e9b\u00e9 de la stabilit\u00e9 du support. Dans le cas des alcooliques, cet agrippement est probablement devenu pathologique parce que le support maternant \u00e9tait lui-m\u00eame sans stabilit\u00e9. La n\u00e9cessit\u00e9 de s\u2019accrocher sans d\u00e9crocher aurait perturb\u00e9 la capacit\u00e9 de s\u00e9paration. De ce point de vue, il est possible que le verre objet dur qui contient l\u2019alcool joue un r\u00f4le dans la remise en sc\u00e8ne d\u2019une composante du trauma initial. L\u2019alcoolique est agripp\u00e9 \u00e0 sa bouteille, en m\u00eame temps qu\u2019il boit et que l\u2019alcool le d\u00e9stabilise.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Liquider<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019alcool, en tant que d\u00e9sinhibiteur, permet la restitution de sc\u00e8nes traumatiques qui auraient \u00e9t\u00e9 v\u00e9cues r\u00e9p\u00e9titivement dans la petite enfance. Un alcoolique violent en paroles et en actes reprend le r\u00f4le de quelqu\u2019un d\u2019autre dans le pass\u00e9, r\u00f4le que sans alcool il ne pourrait pas tenir. Parfois l\u2019alcool lui sert \u00e0 rejouer le r\u00f4le de la victime, comme le font souvent les femmes alcooliques. La toute-puissance comme l\u2019impuissance rejou\u00e9es nous donnent l\u2019id\u00e9e que l\u2019alcoolique a \u00e9t\u00e9 un nourrisson, un enfant impuissant, soumis \u00e0 un entourage excessivement pers\u00e9cuteur. Une enfance marqu\u00e9e par la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9, le m\u00e9pris ou la violence de son entourage peut cr\u00e9er la honte d\u2019exister. Il semblerait que l\u2019identit\u00e9 alcoolique se soit d\u00e9velopp\u00e9e dans une double contrainte&nbsp;: exister, c\u2019est \u00eatre la cible, c\u2019est \u00eatre menac\u00e9 de dispara\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019alcoolique remet en sc\u00e8ne la menace de mort pour v\u00e9rifier qu\u2019il en triomphe. L\u2019alcool, dans ces situations communes aux victimes de s\u00e9vices, apporte aux alcooliques d\u2019une part l\u2019excitation n\u00e9cessaire \u00e0 la reviviscence de la sc\u00e8ne traumatique et d\u2019autre part la s\u00e9dation suffisante des angoisses associ\u00e9es pour que le drame puisse \u00eatre rejou\u00e9. L\u2019alcool fait ressurgir la sc\u00e8ne et finit par la noyer dans l\u2019inconscience&nbsp;: l\u2019agresseur, l\u2019angoisse, et finalement l\u2019acteur lui-m\u00eame, doivent \u00eatre, \u00e0 chaque reprise, liquid\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">A chacun ses reviviscences<\/h2>\n\n\n\n<p>Chaque alcoolique a sa mani\u00e8re de boire, car il cherche parmi les diff\u00e9rents effets de l\u2019alcool ceux qui vont r\u00e9p\u00e9ter, r\u00e9veiller, ses reviviscences. L\u2019alcool peut r\u00e9activer les traces mn\u00e9siques de diff\u00e9rents traumatismes pr\u00e9coces, non exclusifs les uns des autres, dont les composantes sont propres \u00e0 chaque alcoolique (<em>cf.<\/em> plus haut, violences d\u2019un entourage agressif, et\/ou dangers de chute par un portage ins\u00e9curisant\u2026 angoisses de mort par privation\u2026 avidit\u00e9s pour ressentir quelque chose du corps\u2026 angoisses de dessiccation\u2026 plong\u00e9es dans l\u2019inconscience\u2026). Aussi la singularit\u00e9 de chaque alcoolique est-elle fascinante Les modalit\u00e9s de l\u2019alcoolisation donnent le fil qui, suivi \u00e0 rebours, conduit au c\u0153ur de la faille psychique alcoolique d\u2019un sujet unique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une psychose associative<\/h2>\n\n\n\n<p>C\u2019est peu dire que d\u00e9finir la psychopathologie alcoolique comme \u00ab&nbsp;pr\u00e9verbale&nbsp;\u00bb&nbsp;: la faille alcoolique s\u2019est probablement inscrite dans les tout premiers temps du d\u00e9veloppement psychique. La question essentielle de l\u2019alcoolique est une question psychotique&nbsp;: \u00ab&nbsp;Comment survivre \u00e0 la catastrophe psychique&nbsp;?&nbsp;\u00bb. C\u2019est vraisemblablement une pathologie aussi archa\u00efque dans ses origines que la psychose dissociative, mais les angoisses primitives excessives qui l\u2019ont caus\u00e9e ne sont pas de m\u00eame nature et n\u2019ont pas les m\u00eames cons\u00e9quences. Le dissoci\u00e9, dans son angoisse de morcellement, n\u2019a pas de miroir du Soi qui puisse, faute d\u2019une image du Moi coh\u00e9rente, lui donner au moins une repr\u00e9sentation rudimentaire, un pictogramme du Soi. L\u2019alcoolique, \u00e0 l\u2019\u00e2ge o\u00f9 le psychotique dissoci\u00e9 d\u00e9compense, trouve une correspondance \u00e0 sa faille psychique dans l\u2019alcool et, gr\u00e2ce \u00e0 lui, survit psychiquement mieux et plus longtemps. Le liquide alcool \u00e9lectivement ad\u00e9quat au Soi alcoolique refl\u00e8te un Soi liquide, sans contenant, en danger d\u2019\u00e9coulement, dont seul le flot incessant, automatiquement entretenu, peut garantir l\u2019existence. Il s\u2019agit d\u2019assurer la continuit\u00e9 d\u2019un contenu psychique sans contenant.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mode d\u2019absorption de l\u2019alcool, prolong\u00e9, continu, verre apr\u00e8s verre, fait de l\u2019alcool un objet-drogue particulier&nbsp;: l\u2019absence de repr\u00e9sentation fantasmatique de l\u2019objet, commune aux drogu\u00e9s, trouve dans le geste de boire une mise en sc\u00e8ne qui permet de rejouer \u00e0 la fois la pr\u00e9sence de l\u2019objet (le verre plein) et sa disparition perp\u00e9tuelle (le liquide englouti). Aussi l\u2019alcoolisation se produit-elle \u00e9lectivement, comme l\u2019observation clinique le montre, lors de toute rupture (passage d\u2019un lieu \u00e0 un autre, par exemple).<\/p>\n\n\n\n<p>Shentoub et Mijolla (<em>op. cit.<\/em>) avaient soulign\u00e9 cette fonction de l\u2019alcool d\u2019assurer le glissement perp\u00e9tuel d\u2019une cha\u00eene associative. Le discours des alcooliques (abstinents ou non) est marqu\u00e9, plus que tout autre, non par ce qui est dit, mais par \u00ab&nbsp;comment c\u2019est dit&nbsp;\u00bb. Lorsqu\u2019il y a une \u00e9tranget\u00e9 elle ne tient pas aux brusques irruptions du non-sens, mais au d\u00e9filement fluctuant des id\u00e9es. L\u2019\u00e9tranget\u00e9 ne d\u00e9coule pas des substantifs employ\u00e9s, mais des liaisons, parfois gratuites ou absurdes, qui poussent une image vers l\u2019autre, processus m\u00e9tonymique endormant l\u2019interlocuteur inattentif par une impression de banalit\u00e9. C\u2019est dit comme s\u2019il s\u2019agissait de tenir \u00e0 flot une existence que tout entre-deux pourrait faire sombrer.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Alcoolisme et psychoth\u00e9rapie<\/h2>\n\n\n\n<p>La psychoth\u00e9rapie d\u2019un alcoolique consiste, comme dans tous les cas de noyau psychotique actif de la personnalit\u00e9, \u00e0 soutenir et stimuler la partie pensante du sujet en lui donnant un contenant bienveillant et protecteur. Mais la honte sp\u00e9cifiquement alcoolique du regard des autres, r\u00e9activant une honte probablement bien plus fondamentale, exige en tout premier lieu la restauration narcissique du patient. Cela implique une inversion figure-fond (par rapport \u00e0 ce qui est souvent pratiqu\u00e9)&nbsp;: c\u2019est ce qui est fait, r\u00e9ussi, maintenu, investi sans alcool, qui m\u00e9rite qu\u2019on s\u2019y attache.<\/p>\n\n\n\n<p>En parall\u00e8le, il s\u2019agit de r\u00e9duire les angoisses en leur donnant des moyens d\u2019expression gestuelle en dehors de l\u2019alcool&nbsp;: les psychoth\u00e9rapies m\u00e9diatis\u00e9es sont pour cela les meilleures, \u00e0 condition de laisser le patient s\u2019exprimer librement. En faisant (de la relaxation, des cr\u00e9ations en terre, en peintures\u2026) (<sup>9<\/sup>), dans l\u2019enveloppe bienveillante du cadre, le patient quitte ses angoisses, parle de son corps, et s\u2019achemine vers la sobri\u00e9t\u00e9. Le sujet pensant \u00e9tant ainsi soulag\u00e9 des angoisses, soutenu et stimul\u00e9, pourra commencer \u00e0 envisager la gestion de sa part alcoolique. L\u2019abstinence n\u2019appartient qu\u2019\u00e0 celui qui boit, lui seul peut la d\u00e9cider et s\u2019y tenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette abstinence peut \u00eatre le but recherch\u00e9 et atteint, mais elle ne suffit pas \u00e0 r\u00e9soudre les difficult\u00e9s relationnelles. En parall\u00e8le au soutien consid\u00e9rable des groupes n\u00e9phalistes, la psychoth\u00e9rapie peut avoir un r\u00f4le d\u2019accompagnement \u00e0 jouer. Ensuite et seulement ensuite, la psychoth\u00e9rapie analytique ou la cure peuvent \u00eatre une indication choisie par un alcoolique abstinent stabilis\u00e9 pour faire \u00e9voluer le clivage entre sa part alcoolique et sa part n\u00e9vrotique. Il arrive que l\u2019abstinence prenne ainsi un sens de sublimation dans la reconstruction de l\u2019histoire d\u2019une vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant cela, c\u2019est une illusion d\u2019esp\u00e9rer lib\u00e9rer par la parole la souffrance d\u2019un mal enfoui dans les limbes de la psych\u00e9. Les angoisses alcooliques sont associ\u00e9es \u00e0 une effraction traumatique de l\u2019enveloppe psychique. De ce fait, la rem\u00e9moration ne peut pas permettre un travail de la pens\u00e9e, bien au contraire\u00a0: \u00e0 chaque fois que le trauma sera r\u00e9activ\u00e9, la r\u00e9ponse d\u2019alcoolisation sera incoercible. Il peut arriver que le th\u00e9rapeute, ayant engag\u00e9 son patient dans la voie de la rem\u00e9moration, obtienne l\u2019analyse du \u00ab\u00a0pourquoi\u00a0\u00bb dans les s\u00e9ances. Le travail se d\u00e9roulera de fa\u00e7on faussement satisfaisante\u00a0: le patient, \u00e0 l\u2019abri du cadre, semblera pouvoir penser, associer, progresser, mais son alcoolisation se poursuivra sans mot dire en parall\u00e8le, et \u00e0 la m\u00eame allure que les \u00ab\u00a0progr\u00e8s\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Je ne parlerai pas de la boulimie qui ne recherche pas d\u2019effets pharmacologiques.<\/li><li>C\u2019est l\u2019hypoth\u00e8se de P. Letarte.<\/li><li>Il s\u2019agit de la \u00ab\u00a0rencontre initiatique\u00a0\u00bb, ainsi d\u00e9finie par S.A. Shentoub et A. de Mijolla.<\/li><li>L\u2019incorporation (de l\u2019objet partiel) est pr\u00e9sent\u00e9e par Freud comme un processus fantasmatique oral archa\u00efque. M. Klein la d\u00e9finit comme la r\u00e9sultante d\u2019une agressivit\u00e9 vampirique vis-\u00e0-vis du sein fantasmatique. On ne peut donc pas parler d\u2019incorporation, au sens psychanalytique, \u00e0 propos de l\u2019introduction d\u2019un objet r\u00e9el dans le corps, qui est en fait un \u00e9chec du processus psychique d\u2019incorporation.<\/li><li>Terme propos\u00e9 par P. Aulagnier.<\/li><li>Dans cette perspective, le recours \u00e0 la drogue ne saurait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme un refus de la relation avec l\u2019autre. C\u2019est la cons\u00e9quence d\u2019une relation primaire pathologique qui contraint le futur drogu\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0soigner\u00a0\u00bb ainsi son incapacit\u00e9 relationnelle.<\/li><li>On peut dire que si, selon Freud, les n\u00e9vros\u00e9s souffrent de r\u00e9miniscences, les drogu\u00e9s souffrent de reviviscences.<\/li><li>Le trauma peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une effraction de l\u2019enveloppe psychique sans possibilit\u00e9 de cicatrisation, voir Monjauze,\u00a0<em>op. cit<\/em>. L\u2019id\u00e9e de traumatismes cumulatifs (dont l\u2019effet est apport\u00e9 par les r\u00e9p\u00e9titions d\u2019une m\u00eame situation en soi peu active si elle restait isol\u00e9e) a \u00e9t\u00e9 introduite par M. Khan.<\/li><li>Tant qu\u2019une abstinence de longue dur\u00e9e n\u2019est pas acquise, la prise en charge psychoth\u00e9rapique d\u2019un alcoolique se fait en collaboration avec diff\u00e9rents th\u00e9rapeutes.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9479?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction Cet article a pour but, d\u2019une part de proposer une explication psychanalytique de la relation \u00e0 l\u2019objet toxicomaniaque, d\u2019autre part de pr\u00e9ciser, dans la m\u00eame perspective, ce qu\u2019il en est de la sp\u00e9cificit\u00e9 de la probl\u00e9matique alcoolique. 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