{"id":9469,"date":"2021-08-22T07:30:02","date_gmt":"2021-08-22T05:30:02","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/haines-passionnelles-dans-le-lien-mere-enfant-2\/"},"modified":"2021-09-16T20:28:06","modified_gmt":"2021-09-16T18:28:06","slug":"haines-passionnelles-dans-le-lien-mere-enfant","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/haines-passionnelles-dans-le-lien-mere-enfant\/","title":{"rendered":"Haines passionnelles dans le lien m\u00e8re\/enfant"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab\u202fC\u2019est toi qui fais tout mon malheur\u202f! Que le diable t\u2019emporte\u202f! Tu as d\u00e9truit ma vie\u202f! C\u2019est toi qui es responsable de tout\u202f! Tu es ma mort\u202f! Tu es un rien du tout\u202f! J\u2019ai honte de toi\u202f! [\u2026] Tu ne vaux rien\u202f! Semeur de brouille\u202f! Menteur\u202f!\u202f\u00bb<footer>T.\u202fBernhard,<em> Un enfant<\/em>, aris, Gallimard, 1990, p.\u202f421.<\/footer>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>C\u2019est ainsi que Thomas Bernhard raconte comment, \u00e0 la moindre occasion, sa m\u00e8re tapait sur lui, en prenant le nerf de b\u0153uf, avec ces invectives, toujours les m\u00eames\u2026 D\u2019embl\u00e9e cette s\u00e9quence invalide la fameuse assertion freudienne selon laquelle la m\u00e8re n\u2019\u00e9prouverait pas d\u2019ambivalence, pas de haine \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son fils. Winnicott au contraire a insist\u00e9 sur les raisons pour lesquelles une m\u00e8re hait son enfant, m\u00eame un gar\u00e7on<sup>1<\/sup>\u202f: sa cruaut\u00e9, le danger pour son corps pendant la grossesse et la naissance, sa tyrannie, son ingratitude, l\u2019excitation et la frustration qu\u2019il produit en elle\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la clinique nous donne moins souvent \u00e0 entendre la haine de la m\u00e8re pour son b\u00e9b\u00e9 que la haine de l\u2019enfant ressentie et interpr\u00e9t\u00e9e par sa m\u00e8re. Voici une br\u00e8ve s\u00e9quence clinique pour introduire mon questionnement\u202f:<\/p>\n\n\n\n<p>Une jeune femme souhaite entreprendre une analyse en motivant cette demande, d\u00e8s le premier entretien, par sa crainte d\u2019\u00eatre rejet\u00e9e par sa fille de 2\u202fans, qui pr\u00e9f\u00e8re ostensiblement son p\u00e8re et l\u2019\u00e9vite m\u00eame parfois\u2026 Elle exprime avec une intense \u00e9motion sa terreur de sentir monter en elle des sentiments de haine \u00e0 l\u2019\u00e9gard de sa fille, qui par ailleurs va tr\u00e8s bien.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s quelques\u202fmois d\u2019analyse, elle me dira lors d\u2019une s\u00e9ance que sa fille s\u2019est d\u00e9tourn\u00e9e d\u2019elle apr\u00e8s une phase tr\u00e8s\u202fheureuse d\u2019allaitement, lorsqu\u2019elle a repris le travail et l\u2019a confi\u00e9e \u00e0 une nourrice. Elle m\u2019explique qu\u2019elle avait d\u00e9couvert avec d\u2019autres parents que cette nourrice s\u2019occupait peu des b\u00e9b\u00e9s qui lui \u00e9taient confi\u00e9s, et avait tendance \u00e0 laisser les enfants dont elle avait la garde livr\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames. Elle fait le lien entre cette nourrice et le moment o\u00f9 sa fille a commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9tourner le regard quand elle la retrouvait, ce qui la bouleversait compl\u00e8tement. Elle pense que sa fille lui en voulait de l\u2019avoir confi\u00e9e \u00e0 une nourrice maltraitante. Elle se reproche beaucoup de ne pas avoir d\u00e9cel\u00e9 plus t\u00f4t des signes alarmants chez cette nourrice d\u2019un abord sympathique, et comprend que sa fille puisse lui en vouloir. Mais elle sent en m\u00eame temps qu\u2019elle se d\u00e9tache d\u2019elle, qu\u2019elle lui en veut de ne pas reconna\u00eetre qu\u2019elle l\u2019aime et s\u2019occupe tr\u00e8s bien d\u2019elle. Elle associe sur le fait qu\u2019elle-m\u00eame b\u00e9b\u00e9 d\u00e9tournait la t\u00eate de sa propre m\u00e8re, comme sa fille le faisait avec elle\u202f: elle explique son d\u00e9samour pour sa propre m\u00e8re par le fait que cette derni\u00e8re avait toujours pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 sa petite s\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fil de cette s\u00e9ance, je lui ai propos\u00e9 une autre piste d\u2019interpr\u00e9tation du comportement de sa fille \u00e0 5\u202fmois\u202f: si elle d\u00e9tournait le regard quand elle la retrouvait apr\u00e8s le temps pass\u00e9 chez sa nourrice, c\u2019est peut-\u00eatre qu\u2019elle aurait pu lui raconter comment la nourrice \u00e9tait avec elle\u202f: sans regard, un regard insaisissable qui se d\u00e9tournait d\u2019elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s \u00e9mue, elle associe sur une consultation avec son m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9raliste, quand sa fille avait 5\u202fmois, pour lui faire part de sa peur d\u2019un autisme naissant. Le m\u00e9decin lui avait fait remarquer avec un sourire que son b\u00e9b\u00e9 cherchait son regard et la d\u00e9visageait, pr\u00e9cis\u00e9ment quand elle racontait comment elle \u00e9vitait son regard. Elle conclut\u202f: \u00ab\u202fFinalement, cela pouvait vouloir dire, enfin tu as compris ce que je te raconte depuis des\u202fmois.\u202f\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cette s\u00e9ance a marqu\u00e9 un tournant mutatif dans les liens de ma patiente \u00e0 son enfant\u202f; elle avait compris comment elle avait attribu\u00e9 \u00e0 sa fille sa propre crainte, son propre sentiment d\u2019un manque d\u2019amour par sa propre m\u00e8re, sa terreur d\u2019\u00eatre abandonn\u00e9e devenant l\u2019intention attribu\u00e9e \u00e0 sa fille de vouloir l\u2019abandonner.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette clinique pose une question essentielle\u202f: celle de l\u2019intentionnalit\u00e9 attribu\u00e9e par la m\u00e8re au b\u00e9b\u00e9, et du r\u00f4le jou\u00e9 par l\u2019intention suppos\u00e9e du b\u00e9b\u00e9 dans les sentiments haineux de la m\u00e8re \u00e0 son \u00e9gard\u202f\u2013\u202f on pourrait plut\u00f4t dire du parent, car le p\u00e8re peut aussi attribuer diff\u00e9rentes intentions \u00e0 son b\u00e9b\u00e9. La s\u00e9quence clinique pr\u00e9c\u00e9dente a bien montr\u00e9 que les \u00e9changes s\u2019\u00e9tablissent au niveau des intentions suppos\u00e9es par le parent. Ren\u00e9 Roussillon propose le concept d\u2019inter&#8211;intentionnalit\u00e9 pour d\u00e9crire ce processus\u202f: \u00ab\u202fl\u2019enfant s\u2019identifie \u00e0 l\u2019intention que l\u2019autre lui pr\u00eate, il \u201cd\u00e9couvre\u201d son intention suppos\u00e9e \u00e0 partir de la r\u00e9ponse de l\u2019autre-sujet<sup>2<\/sup>\u202f\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Winnicott a particuli\u00e8rement insist\u00e9 sur le fait que \u00ab\u202fla m\u00e8re hait le petit enfant avant que le petit enfant ne puisse ha\u00efr la m\u00e8re et avant qu\u2019il ne puisse savoir que sa m\u00e8re le hait<sup>3<\/sup>\u202f\u00bb, mais il introduit aussi l\u2019id\u00e9e originale que la haine de la m\u00e8re s\u2019interpr\u00e8te comme une r\u00e9ponse possible \u00e0 ce qu\u2019il appelle l\u2019amour \u00ab\u202fimpitoyable\u202f\u00bb du b\u00e9b\u00e9 pour sa m\u00e8re. Impitoyable car sans aucun \u00e9gard pour l\u2019objet\u202f: ce qui compte pour le nourrisson est de satisfaire ses pulsions, en faisant mal \u00e0 sa m\u00e8re, parfois en la blessant, en la mordant\u2026 Winnicott ajoute qu\u2019\u00ab\u202fil faut qu\u2019une m\u00e8re puisse tol\u00e9rer de ha\u00efr son enfant sans rien y faire. Elle ne peut lui exprimer sa haine\u202f\u00bb. Cet auteur n\u2019a pas pris en compte explicitement l\u2019intention attribu\u00e9e par la m\u00e8re \u00e0 son b\u00e9b\u00e9, mais il sugg\u00e8re bien que ce sont les r\u00e9ponses de la m\u00e8re \u00e0 l\u2019amour impitoyable de son b\u00e9b\u00e9\u202f\u2013\u202fdonc son interpr\u00e9tation\u202f\u2013 qui peuvent engendrer, du c\u00f4t\u00e9 de la m\u00e8re, des r\u00e9actions impitoyables, du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019enfant, une d\u00e9sintrication entre amour et haine, ce qui le conduira \u00e0 des formes de violence contre lui-m\u00eame et l\u2019autre ind\u00e9finiment r\u00e9p\u00e9t\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Si, en effet, la m\u00e8re ne tol\u00e8re pas l\u2019amour impitoyable de son enfant, qui ne peut pas encore la ha\u00efr car sa personnalit\u00e9 n\u2019est pas suffisamment int\u00e9gr\u00e9e, elle introduira une confusion entre l\u2019amour et la haine\u202f; s\u2019enracineront alors les spirales de haine dans la relation m\u00e8re\/enfant, haines qui deviennent passionnelles quand cette intrication pulsionnelle premi\u00e8re entre amour et haine n\u2019a pas pu s\u2019effectuer, et que les exp\u00e9riences de frustration et de d\u00e9ception vont s\u2019accumuler, tant du c\u00f4t\u00e9 du b\u00e9b\u00e9 que du c\u00f4t\u00e9 de la m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, la clinique des interactions passionnelles sous le signe de la haine entre l\u2019enfant et son parent renvoie de fa\u00e7on centrale \u00e0 l\u2019\u00e9nigme de cette haine maternelle, et\/ou parentale, incompr\u00e9hensible, que l\u2019enfant puis, plus tard, l\u2019adulte cherche passionn\u00e9ment \u00e0 r\u00e9soudre\u202f: telle sera la probl\u00e9matique que nous proposons d\u2019explorer \u00e0 partir de la psychoth\u00e9rapie psychanalytique d\u2019une femme en proie \u00e0 des v\u00e9cus de haine passionnelle envers sa m\u00e8re. Nous reviendrons ensuite, du c\u00f4t\u00e9 des hommes, \u00e0 Thomas Bernhard et \u00e0 ses liens passionnels avec sa m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette patiente d\u2019une quarantaine d\u2019ann\u00e9es, M<sup>me<\/sup>\u202fA., que je re\u00e7ois en face \u00e0 face deux fois par\u202fsemaine va d\u2019abord me sid\u00e9rer quelque peu, car pas une s\u00e9ance ne se passe sans qu\u2019elle ne se l\u00e8ve de son fauteuil pour me mimer telle ou telle situation, le langage gestuel rempla\u00e7ant, doublant ou accompagnant le fil narratif\u202f; elle arpente la pi\u00e8ce \u00e0 des moments de d\u00e9bordement \u00e9motionnel.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une femme svelte et \u00e9l\u00e9gante, avec un beau visage \u00ab\u202fd\u00e9cid\u00e9\u202f\u00bb, qui me dit \u00e0 la premi\u00e8re s\u00e9ance qu\u2019elle ne supporte pas d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e par sa m\u00e8re, celle-ci ne lui donnant plus aucune nouvelle depuis deux\u202fans, et qu\u2019elle ne comprend pas pourquoi. Alors qu\u2019elle vient de rencontrer un homme doux, respectueux, cultiv\u00e9, tr\u00e8s amoureux d\u2019elle, elle a l\u2019impression de lui rendre la vie impossible, elle ne peut pas s\u2019emp\u00eacher d\u2019exploser de rage et de col\u00e8re, en lui reprochant notamment de ne pas \u00eatre d\u00e9monstratif, de ne pas assez exprimer ses sentiments\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Elle poursuit et donne en acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 quelques \u00e9l\u00e9ments de son histoire, de fa\u00e7on tr\u00e8s fragment\u00e9e, comme des encha\u00eenements de traumas en archipel. Elle n\u2019a pas connu son p\u00e8re car sa m\u00e8re l\u2019avait quitt\u00e9 pour son beau-p\u00e8re alors qu\u2019elle avait 2\u202fans, son p\u00e8re avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9 et on n\u2019en parlait jamais \u00e0 la maison. Sa m\u00e8re, d\u00e9crite comme une belle et forte femme, a \u00e9t\u00e9 une grande s\u00e9ductrice. M<sup>me<\/sup>\u202fA. ne veut surtout pas lui ressembler. Elle se l\u00e8ve tout \u00e0 coup en boomerang en s\u2019\u00e9criant\u202f: \u00ab\u202fJe n\u2019ai aucun souvenir. Vous savez, quand j\u2019\u00e9tais petite, \u00e0 la maison c\u2019\u00e9tait sans arr\u00eat les disputes, l\u2019alcool, les coups, mon beau-p\u00e8re qui tapait sur ma m\u00e8re, on s\u2019enfermait tous avec les fr\u00e8res et s\u0153urs, on appelait la police, tout passait par la fen\u00eatre, la t\u00e9l\u00e9, les meubles [elle fait de grands gestes vers la fen\u00eatre] il cassait aussi la vaisselle, \u00e7a hurlait tout le temps, tout le quartier nous connaissait, j\u2019avais honte le lendemain \u00e0 l\u2019\u00e9cole.\u202f\u00bb Elle a l\u2019\u00e9chine courb\u00e9e quand elle raconte sa honte et se fait toute petite.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa m\u00e8re a \u00e9lev\u00e9 tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8rement ses enfants. Elle n\u2019a pas support\u00e9 que sa fille devienne une jolie femme, l\u2019a enferm\u00e9e toute son adolescence, lui interdisant de sortir. Elle l\u2019a mise \u00e0 la porte \u00e0 16\u202fans et elle est partie en foyer. Malgr\u00e9 un tel contexte, elle travaillait tr\u00e8s bien \u00e0 l\u2019\u00e9cole o\u00f9 elle trouvait un havre de paix, et a fort bien r\u00e9ussi sur le plan professionnel. Depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es, elle a tent\u00e9 plusieurs th\u00e9rapies \u2013\u202fcomportementales, cri primal, lacanienne\u202f\u2013 mais tout a \u00e9chou\u00e9. Elle appara\u00eet comme une femme intelligente et cultiv\u00e9e, avec un langage soign\u00e9\u202f; \u00e9mergent toutefois r\u00e9guli\u00e8rement dans les s\u00e9ances des expressions crues, traces de l\u2019ambiance familiale.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but de la th\u00e9rapie, je me surprenais souvent \u00e0 intervenir \u00e0 un niveau infraverbal, avec l\u2019expressivit\u00e9 de mon visage, et aussi en miroir corporel avec elle, mais avec att\u00e9nuation, \u00e9videmment, de la mimo-gestualit\u00e9 et transposition de ses mouvements en mimiques, en intonations, voire en gestualit\u00e9 discr\u00e8te, un peu th\u00e9\u00e2tralis\u00e9e. Elle m\u2019a dit plus tard que ce qui avait \u00e9t\u00e9 fondamental pour elle, c\u2019est de me sentir touch\u00e9e par ce qu\u2019elle disait. L\u2019\u00e9tayage sur ma pr\u00e9sence visuelle et les \u00e9chos de ma mimo-gestualit\u00e9 ont beaucoup mobilis\u00e9 et relanc\u00e9 en quelque sorte les modalit\u00e9s primaires de la relation \u00e0 l\u2019objet. Je n\u2019ai fait aucune allusion \u00e0 l\u2019omnipr\u00e9sence de sa narration corporelle pendant plus d\u2019un an et demi.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais elle avait une telle crainte que ne se r\u00e9p\u00e8te avec moi ce qu\u2019elle avait connu dans le lien \u00e0 sa m\u00e8re, des retraits soudains, aussi impr\u00e9visibles que violents, qu\u2019elle a beaucoup mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve ma r\u00e9sistance \u00e0 sa destructivit\u00e9. Apr\u00e8s une dizaine de\u202fmois, suite \u00e0 une rupture avec son ami qu\u2019elle avait en quelque sorte provoqu\u00e9e pour \u00e9chapper \u00e0 sa terreur d\u2019\u00eatre abandonn\u00e9e, selon le principe inconscient qu\u2019il vaut mieux provoquer la catastrophe que de la subir passivement, elle me fait vivre une s\u00e9ance \u00e0 la limite du supportable\u202f: elle parle de tout jeter \u00e0 la figure de son ami, elle se l\u00e8ve, va \u00e0 la fen\u00eatre, l\u2019ouvre et hurle, elle hurle sa douleur d\u2019\u00eatre abandonn\u00e9e, elle veut mourir, elle se d\u00e9teste, elle ne parle plus et lance des cris entrecoup\u00e9s de sanglots. Elle n\u2019\u00e9coute plus mes paroles, je suis sensible \u00e0 sa d\u00e9tresse, et j\u2019en t\u00e9moigne par mes mimiques et mes postures. C\u2019est la fin de la s\u00e9ance, elle est compl\u00e8tement d\u00e9faite et me dit qu\u2019elle ne peut pas partir comme \u00e7a. Je lui propose alors de prendre un temps pour se reconstituer, je m\u2019assois \u00e0 mon bureau, dos tourn\u00e9, je la sens se calmer et se recomposer le visage dans le grand miroir derri\u00e8re moi. Moi, j\u2019\u00e9cris.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette s\u00e9ance a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s \u00e9prouvante, me mettant dans la radicale impuissance d\u2019arr\u00eater ce d\u00e9cha\u00eenement de la patiente\u202f: elle m\u2019a fait partager aussi ses affects de honte, honte qu\u2019elle \u00e9prouvait, enfant, face au voisinage, honte pour ma part \u00e0 imaginer les r\u00e9actions des voisins et passants dans la rue\u2026 Il s\u2019agissait pour elle, en quelque sorte, d\u2019une identification incorporative<sup>4<\/sup> \u00e0 sa m\u00e8re et \u00e0 son beau-p\u00e8re, parents hurleurs et passant tout par la fen\u00eatre, et je me suis trouv\u00e9e dans la position de la petite fille terroris\u00e9e qui craint aussi d\u2019\u00eatre pass\u00e9e par la fen\u00eatre, \u00e9videmment dans un transfert par retournement\u202f: j\u2019ai aussi \u00e9prouv\u00e9 par identification une envie de tout \u00ab\u202fbalancer\u202f\u00bb par la fen\u00eatre, de tout arr\u00eater. \u00c0\u202fla s\u00e9ance suivante, la patiente me dira que cela avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s fort pour elle, mais qu\u2019elle avait eu l\u2019impression de pouvoir s\u2019en remettre, qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait apais\u00e9e depuis, que cela avait \u00e9t\u00e9 important pour elle que je reste calme et que je sois l\u00e0, \u00e0 la fin, sans rien dire, \u00e0 travailler \u00e0 mon bureau.<\/p>\n\n\n\n<p>En somme, mon cabinet \u00e9tait devenu la maison familiale o\u00f9 tout passait par la fen\u00eatre. J\u2019ai eu le sentiment d\u2019avoir r\u00e9ussi \u00e0 ne pas passer par la fen\u00eatre avec la patiente, comme ce fut le cas avec ses pr\u00e9c\u00e9dents psys qui avaient tous fini par \u00eatre en quelque sorte expuls\u00e9s\u2026 Je lui ai donn\u00e9 un temps suppl\u00e9mentaire pour se refaire, sans manifester de crainte d\u2019\u00eatre menac\u00e9e par sa violence\u2026 Le temps suppl\u00e9mentaire de cinq minutes \u00e9tait important pour elle, qui avait eu une m\u00e8re rejetante et indiff\u00e9rente, mais simultan\u00e9ment, je lui ai signifi\u00e9 que c\u2019\u00e9tait fini, en me retournant, ce qui mettait fin au retour en quelque sorte d\u2019une exp\u00e9rience d\u2019agonie primitive, sans fin et sans limite, o\u00f9 elle \u00e9tait \u00e9clat\u00e9e en morceaux, d\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de se recomposer, de se r\u00e9unifier dans le miroir, en ma pr\u00e9sence.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette s\u00e9quence, l\u2019agir intervient avant le retour du souvenir. Il s\u2019agit de repr\u00e9sentations activ\u00e9es de mani\u00e8re hallucinatoire, avec action motrice, ce qui conf\u00e8re \u00e0 la repr\u00e9sentation une \u00e9quivalence de l\u2019acte\u202f: c\u2019est une <em>repr\u00e9sentaction<\/em> (selon le terme de Jean-Didier\u202fVincent, puis de Widl\u00f6cher et Gibello). Cet <em>Agieren<\/em> de ma patiente raconte toute son histoire du lien \u00e0 sa m\u00e8re et \u00e0 son beau-p\u00e8re. L\u2019acte exprimait l\u2019affect, affect passionnel sans autre repr\u00e9sentant possible que l\u2019agir effectif. Les exp\u00e9riences extr\u00eames de violence font retour, en effet, dans le langage de l\u2019acte, et mettent en sc\u00e8ne ce qui \u00e9tait pr\u00e9sent dans la relation du b\u00e9b\u00e9 \u00e0 son environnement primaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces s\u00e9ances marqu\u00e9es par une pr\u00e9gnance du langage mimo-gesto-postural ont \u00e9t\u00e9 le pr\u00e9lude \u00e0 la construction de souvenirs. Dans ces configurations passionnelles du lien de haine partag\u00e9e, il s\u2019agit aussi pour le patient d\u2019explorer l\u2019intention du psychanalyste \u00e0 son \u00e9gard en d\u00e9but de cure. Ma patiente sollicite chez son analyste pr\u00e9cis\u00e9ment la capacit\u00e9 de la ha\u00efr, sans pour autant la d\u00e9truire\u202f: ce sont mes propres affects passionnels, de l\u2019ordre du sentiment d\u2019impuissance, voire de la honte d\u2019\u00eatre une psy d\u00e9bord\u00e9e par une patiente hurleuse, qui m\u2019ont permis d\u2019acc\u00e9der \u00e0 sa d\u00e9tresse de b\u00e9b\u00e9 hurleur, sans secours possible, et de comprendre qu\u2019il fallait que je mobilise ma capacit\u00e9 d\u2019\u00eatre maltrait\u00e9e \u00ab\u202fsans le faire payer\u202f\u00bb, comme l\u2019\u00e9crit Winnicott, \u00e0 ma patiente, afin qu\u2019elle puisse int\u00e9grer sa haine et la diff\u00e9rencier de l\u2019amour.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019erreur aurait \u00e9t\u00e9 de lui interpr\u00e9ter directement son agressivit\u00e9 et sa haine, sur un mod\u00e8le interpr\u00e9tatif kleinien, d\u2019\u00e9voquer sa destructivit\u00e9, au lieu en quelque sorte d\u2019accuser r\u00e9ception de sa mani\u00e8re de me communiquer ses v\u00e9cus primitifs. Une forme de \u00ab\u202frepr\u00e9sailles interpr\u00e9tatives<sup>5<\/sup>\u202f\u00bb aurait consist\u00e9 \u00e0 penser que c\u2019\u00e9tait \u00ab\u202fune hyst\u00e9rique qui fait son cin\u00e9ma\u202f\u00bb, alors qu\u2019elle me faisait plut\u00f4t vivre de fa\u00e7on quasi hallucinatoire ses \u00e9prouv\u00e9s premiers, comme \u00ab\u202f\u00e7a \u00e9clate\u202f\u00bb, \u00ab\u202f\u00e7a explose\u202f\u00bb, \u00ab\u202f\u00e7a dispara\u00eet\u202f\u00bb, \u00ab\u202f\u00e7a se disperse\u202f\u00bb, \u00ab\u202f\u00e7a part dans tous les sens\u202f\u00bb, \u00ab\u202f\u00e7a d\u00e9ferle\u202f\u00bb, \u00ab\u202f\u00e7a noie\u202f\u00bb, \u00ab\u202f\u00e7a \u00e9touffe\u202f\u00bb, \u00ab\u202f\u00e7a s\u2019effondre\u202f\u00bb, \u00ab\u202f\u00e7a bouillonne\u202f\u00bb, \u00ab\u202f\u00e7a tourbillonne\u202f\u00bb ou \u00ab\u202f\u00e7a aspire\u202f\u00bb, \u00ab\u202f\u00e7a br\u00fble\u202f\u00bb ou \u00e7a g\u00e8le\u202f\u00bb, autant de v\u00e9cus catastrophiques, v\u00e9cus de p\u00e9n\u00e9tration, d\u2019explosion, de mutilation et de d\u00e9mant\u00e8lement, en \u00e9cho avec le contexte d\u2019un lien avec des objets mena\u00e7ants et dangereux. De telles formulations renvoient \u00e0 des signifiants formels, d\u00e9crits par Didier Anzieu<sup>6<\/sup>, c\u2019est-\u00e0\u2011dire \u00e0 des impressions corporelles qui s\u2019imposent sous la forme d\u2019un v\u00e9cu hallucinatoire et rel\u00e8vent d\u2019une v\u00e9ritable survie psychique, sans pouvoir \u00eatre appropri\u00e9es par le sujet, travers\u00e9 en quelque sorte par ces impressions sensorimotrices de mouvement et de transformation\u202f: lorsque ces signifiants formels s\u2019av\u00e8rent pour ainsi dire partag\u00e9s avec l\u2019analyste, ce dernier peut alors les appr\u00e9hender par la pens\u00e9e. Quelque temps plus tard, alors que la patiente \u00e9voquait \u00e0 nouveau cette s\u00e9ance, je l\u2019ai associ\u00e9e \u00e0 ces moments o\u00f9, quand elle \u00e9tait petite, tout passait par la fen\u00eatre\u202f: elle n\u2019y avait pas pens\u00e9, mais \u00ab\u202fc\u2019est tellement vrai\u202f\u00bb ajouta-t-elle. Autrement dit, j\u2019ai tent\u00e9 de construire une sc\u00e8ne en \u00e9cho avec les \u00ab\u202fsc\u00e8nes\u202f\u00bb de son histoire, pour qu\u2019elle puisse rassembler ses v\u00e9cus d\u00e9mantel\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce qui concerne l\u2019\u00e9nigme que repr\u00e9sentait pour elle son sentiment de ne pas pouvoir s\u2019emp\u00eacher de faire du mal \u00e0 son ami, et, selon son expression, de parfois changer l\u2019amour entre eux \u00ab\u202fen destruction, en carnage\u202f\u00bb, j\u2019ai orient\u00e9 mes interventions autour du retournement passif\/actif dans le lien \u00e0 son ami\u2026 Par exemple, elle ne pouvait pas \u00e0 certains moments se laisser toucher, de m\u00eame qu\u2019elle n\u2019avait pas eu de c\u00e2lins dans son enfance, pas de gestes tendres, et elle ne pouvait alors s\u2019emp\u00eacher de faire vivre \u00e0 son ami la souffrance qu\u2019elle-m\u00eame avait v\u00e9cue. Mais je me suis rapidement rendu compte que le plus insupportable pour elle \u00e9tait de se penser identique \u00e0 sa m\u00e8re, alors je formulais plut\u00f4t de la fa\u00e7on suivante\u202f: \u00ab\u202fVous vous \u00eates sentie alors devenir tr\u00e8s froide, comme vous avez dit que votre m\u00e8re \u00e9tait souvent avec vous\u202f\u00bb, insistant davantage sur son v\u00e9cu de d\u00e9privation de petite fille que sur l\u2019identification \u00e0 la m\u00e8re\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u2019autres termes, \u00e9prouver un affect de tendresse s\u2019av\u00e8re destructeur car si la d\u00e9fense par le gel, par la froideur, par la cong\u00e9lation de l\u2019affect c\u00e8de, revient sur le devant de la sc\u00e8ne un v\u00e9ritable tsunami d\u2019affects, passion, amour et haine indistinctement m\u00eal\u00e9s. Mon premier travail en miroir mimo-gesto-postural et en partage d\u2019affect \u00e9tait justement destin\u00e9 \u00e0 composer l\u2019affect. Au bout d\u2019un an de th\u00e9rapie environ, M<sup>me<\/sup>\u202fA. a connu une phase de tr\u00e8s grand contentement, marquant ses progr\u00e8s, tirant de nombreux b\u00e9n\u00e9fices de son travail en s\u00e9ance\u202f: son comportement au travail s\u2019\u00e9tait notamment m\u00e9tamorphos\u00e9, et le lien avec son ami s\u2019\u00e9tait pour un temps apais\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la question lancinante de la raison pour laquelle elle avait \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9e par sa m\u00e8re restait omni-pr\u00e9sente, elle ne trouvait aucune explication satisfaisante \u00e0 la haine que nourrissait sa m\u00e8re \u00e0 son endroit. Les haines passionnelles entre la m\u00e8re et l\u2019enfant font le lit de la r\u00e9action th\u00e9rapeutique n\u00e9gative, et ce fut paradoxalement une chance pour la th\u00e9rapie.<\/p>\n\n\n\n<p>Autour de No\u00ebl, p\u00e9riode insupportable pour elle du fait du rejet de sa famille, elle a d\u2019un coup invalid\u00e9 la th\u00e9rapie en m\u00eame temps qu\u2019elle rejetait \u00e0 nouveau son ami, disant que rien n\u2019avait chang\u00e9 et que jamais elle n\u2019\u00e9chapperait \u00e0 son destin. Pire encore, elle se mit \u00e0 m\u2019accuser, avec une grande violence verbale, de lui avoir fait sentir des choses qu\u2019elle ne sentait pas avant la th\u00e9rapie, et maintenant qu\u2019elle sentait, elle souffrait terriblement, elle aurait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 continuer \u00e0 ne rien sentir\u202f: \u00ab\u202f\u00c0 quoi \u00e7a sert la th\u00e9rapie si je souffre vingt fois plus qu\u2019avant\u202f?\u202f\u00bb Le retour de ses \u00e9prouv\u00e9s congel\u00e9s s\u2019est accompagn\u00e9 non pas d\u2019\u00e9motions verbalisables mais d\u2019une rage extr\u00eame, d\u2019une immense d\u00e9tresse. Elle se sentait devenir folle, je la rendais folle, folle de douleur\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cette \u00e9poque, tant\u00f4t elle me rendait responsable de son chaos interne et de la r\u00e9actualisation des souffrances, tant\u00f4t elle me t\u00e9moignait une sorte d\u2019ardeur passionnelle, j\u2019\u00e9tais la bou\u00e9e dans une mer d\u00e9cha\u00een\u00e9e et elle me devait de ne pas couler\u2026 Amour et d\u00e9samour fou, dans une rythmique affol\u00e9e, d\u00e9sorganis\u00e9e, avec un passage impr\u00e9visible et tr\u00e8s soudain d\u2019un extr\u00eame \u00e0 l\u2019autre\u2026 Dans le transfert, se reproduisait \u00e0 l\u2019identique le chaos relationnel premier. Je n\u2019avais gu\u00e8re d\u2019autre ressource que d\u2019accompagner ce d\u00e9bordement passionnel, et quand je parvenais \u00e0 accuser r\u00e9ception de ses \u00e9tats catastrophiques, \u00e0 les reconna\u00eetre, \u00e0 les nommer et \u00e0 les partager, alors elle se calmait peu \u00e0 peu. Il ne s\u2019agissait surtout pas de r\u00e9\u00e9diter l\u2019indiff\u00e9rence des objets premiers par une attitude neutre, car, comme l\u2019a soulign\u00e9 Roussillon \u00e0 la suite de Ferenczi, la neutralit\u00e9 de l\u2019analyste, \u00ab\u202fson indiff\u00e9rence affich\u00e9e face aux mouvements transf\u00e9rentiels, exacerbe les passions de transfert, r\u00e9\u00e9dite le d\u00e9ni historique des particularit\u00e9s des objets premiers<sup>7<\/sup>\u202f\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai plut\u00f4t tent\u00e9 de reconstruire avec elle l\u2019\u00e9nigme que repr\u00e9sentaient la haine et le rejet actuel de sa m\u00e8re, en la mettant en lien avec son histoire d\u2019enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>La situation a \u00e9volu\u00e9 quand j\u2019ai pu comprendre et lui interpr\u00e9ter, sans doute \u00e0 l\u2019appui d\u2019une r\u00e9miniscence des travaux d\u2019Anzieu<sup>8<\/sup> sur le transfert paradoxal, qu\u2019elle avait peur, en allant mieux, que je ne m\u2019occupe plus d\u2019elle, qu\u2019elle ne soit plus int\u00e9ressante, en m\u00eame temps qu\u2019elle craignait de ne pas \u00eatre une assez bonne patiente, parfaite, qui r\u00e9ussit tout. Cela faisait penser \u00e0 sa m\u00e8re, qui lui demandait d\u2019\u00eatre une parfaite petite fille, petite m\u00e8re, petite m\u00e9nag\u00e8re, mais qui ne supportait pas qu\u2019elle soit trop parfaite et que la famille puisse se passer d\u2019elle-m\u00eame, qui ne supportait pas non plus que sa fille puisse la remplacer et devenir ind\u00e9pendante d\u2019elle. Ou elle \u00e9tait ind\u00e9pendante, comme \u00e0 son adolescence, et sa m\u00e8re l\u2019avait alors jet\u00e9e dehors, lui reprochant finalement de vivre sa vie en dehors d\u2019elle, ou elle restait \u00e9ternellement Cendrillon ou Cosette (images de la patiente), une fille incapable, une t\u00eate \u00e0 claques, une \u00ab\u202fsouillon\u202f\u00bb. \u00ab\u202fSouillon\u202f\u00bb toujours en qu\u00eate d\u2019un regard de son idole d\u2019enfant, sa m\u00e8re\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans le sillage de cette dynamique interpr\u00e9tative que la patiente a associ\u00e9 sur le moment o\u00f9 sa m\u00e8re l\u2019avait d\u00e9finitivement rejet\u00e9e adulte, deux\u202fans avant de commencer ses s\u00e9ances, pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 un moment o\u00f9 elle avait jou\u00e9 le r\u00f4le de sa m\u00e8re en s\u2019occupant d\u2019une s\u0153ur hospitalis\u00e9e dans un \u00e9tat grave, sans en parler \u00e0 sa m\u00e8re avant que le danger de mort ne soit \u00e9cart\u00e9\u202f; sa m\u00e8re s\u2019\u00e9tait ensuite montr\u00e9e ulc\u00e9r\u00e9e de n\u2019avoir pas \u00e9t\u00e9 inform\u00e9e plus t\u00f4t\u2026 Je soulignai alors qu\u2019elle avait certes prot\u00e9g\u00e9 sa m\u00e8re de l\u2019inqui\u00e9tude pour sa s\u0153ur hospitalis\u00e9e, mais qu\u2019elle avait commis le crime de d\u00e9montrer qu\u2019elle et sa s\u0153ur pouvaient se passer de leur m\u00e8re. C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois que s\u2019\u00e9clairait aussi nettement pour la patiente l\u2019\u00e9nigme radicale qu\u2019avait \u00e9t\u00e9 pour elle ce rejet de la famille, incompr\u00e9hensible car elle avait justement \u00e9t\u00e9 parfaite aupr\u00e8s de sa s\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre point d\u2019\u00e9nigme s\u2019est \u00e9clair\u00e9 encore\u202f: l\u2019id\u00e9e que, en tant que fille a\u00een\u00e9e d\u2019un p\u00e8re qui avait disparu alors qu\u2019elle avait 2\u202fans, elle rappelait \u00e0 sa m\u00e8re, du seul fait de sa pr\u00e9sence, son premier mari ha\u00ef.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec cette \u00e9volution du processus th\u00e9rapeutique, M<sup>me<\/sup>\u202fA. a connu une am\u00e9lioration sensible et durable dans l\u2019ensemble de sa vie\u202f; elle a particuli\u00e8rement explor\u00e9 le plaisir d\u2019\u00e9prouver, de penser, d\u2019interpr\u00e9ter les \u00e9nigmes du lien \u00e0 l\u2019autre, qui est devenu beaucoup moins difficile pour elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Retour pour finir \u00e0 Thomas Bernhard, pour d\u00e9couvrir avec cet \u00e9crivain une derni\u00e8re dimension fondamentale dans la naissance de haines passionnelles entre la m\u00e8re et l\u2019enfant. Cet \u00e9crivain r\u00e9dige cinq textes autobiographiques \u00e0 l\u2019approche de la cinquantaine\u202f: son premier ouvrage, <em>L\u2019origine<\/em><sup>9<\/sup>, met en sc\u00e8ne l\u2019exp\u00e9rience fondatrice de la destruction totale, au d\u00e9but de son adolescence, pendant la guerre, dans l\u2019enfer d\u2019un internat national-socialiste \u00e0 Salzbourg, avec aussi l\u2019enfer des bombardements en 1944. Au c\u0153ur de son \u00e9criture, la r\u00e9p\u00e9tition lancinante des mots \u00ab\u202fsuicide\u202f\u00bb, \u00ab\u202fsurvie\u202f\u00bb, \u00ab\u202fextr\u00eame\u202f\u00bb. Thomas Bernhard hait visc\u00e9ralement l\u2019Autriche, son pays d\u2019origine, mais il est identifi\u00e9 \u00e0 cette ville meurtri\u00e8re de Salzbourg dont il porte les crimes comme survivant \u00e0 l\u2019horreur de la guerre.<\/p>\n\n\n\n<p>On a d\u00e9j\u00e0 entendu comment son processus cr\u00e9ateur s\u2019enracine dans un retournement projectif de sa haine contre sa m\u00e8re et sa terre-m\u00e8re dans l\u2019\u00e9criture\u2026 Son nerf de b\u0153uf \u00e0 lui, c\u2019est l\u2019\u00e9criture\u202f: il \u00ab\u202fcogne avec les mots\u202f\u00bb, comme l\u2019\u00e9crit Artaud. Deux\u202fjours avant sa mort, il interdit toute publication ou repr\u00e9sentation de son \u0153uvre en Autriche, \u00ab\u202fet je refuse [\u2026] tout contact avec cet \u00c9tat autrichien, en ce qui concerne tant ma personne que mon travail, \u00e0 tout jamais\u202f\u00bb. Toute son \u0153uvre s\u2019\u00e9difie sur cette rature et cette ex\u00e9cration, \u00e0 la source de ses impr\u00e9cations lancinantes, caract\u00e9ristiques de son style. Quand l\u2019\u00e9crivain d\u00e9cha\u00eene les invectives de ses compatriotes, qui l\u2019ont souvent consid\u00e9r\u00e9 comme un v\u00e9ritable fl\u00e9au national et ont intent\u00e9 d\u2019innombrables actions en justice contre lui, n\u2019orchestre-t-il pas lui-m\u00eame le retour des anath\u00e8mes de la terre-m\u00e8re\u202f?<\/p>\n\n\n\n<p>La haine fondatrice de son histoire, il faudra attendre pour la d\u00e9couvrir le dernier volume de son auto- biographie, <em>Un enfant<\/em><sup>10<\/sup>, \u00e9crite en quelque sorte \u00e0 rebours de l\u2019adolescence \u00e0 l\u2019enfance. Le lecteur apprend que sa m\u00e8re, qui travaille dans sa jeunesse comme bonne \u00e0 tout faire pour survenir aux besoins de ses parents, part en Hollande pour \u00e9pargner \u00e0 ses parents la honte d\u2019un enfant ill\u00e9gitime, qu\u2019elle nommera Thomas, comme Thomas Mann. Le p\u00e8re, un menuisier, ne reconna\u00eet pas l\u2019enfant, il dispara\u00eet. Sa m\u00e8re, \u00e9crit Thomas Bernhard, l\u2019a alors abandonn\u00e9. Voici une autre des invectives dont sa m\u00e8re \u00e9tait coutumi\u00e8re\u202f: \u00ab\u202fTu es un aussi grand propre \u00e0 rien que ton p\u00e8re<sup>11<\/sup>\u202f!\u202f\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9crivain ajoute que, quand sa m\u00e8re se trouvait face \u00e0 lui, elle voyait son p\u00e8re qui l\u2019avait abandonn\u00e9e, c\u2019\u00e9tait le m\u00eame visage. Il a vu une fois une photographie de son p\u00e8re et il trouve la ressemblance stup\u00e9fiante. L\u2019amour de sa m\u00e8re pour lui \u00e9tait toujours \u00e9touff\u00e9 par la haine de son p\u00e8re\u202f: le nerf de b\u0153uf n\u2019\u00e9tait pas pour lui, mais pour son p\u00e8re. Sa naissance appara\u00eet comme le fruit d\u2019une haine partag\u00e9e, et, du coup, toute l\u2019\u0153uvre se construira sur la haine de la haine.<\/p>\n\n\n\n<p>On est l\u00e0 \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de Melanie Klein<sup>12<\/sup>, qui place au fondement de la cr\u00e9ativit\u00e9 les pulsions r\u00e9paratrices pour recr\u00e9er l\u2019objet maternel, il s\u2019agit d\u2019un retournement de la d\u00e9tresse primordiale en haine salvatrice, face au d\u00e9sir de mort imput\u00e9 \u00e0 la m\u00e8re\u202f: au contraire, la survie psychique dans l\u2019\u00e9criture renvoie \u00e0 la possibilit\u00e9 du matricide.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cette prise de conscience tardive ne suffit pas \u00e0 expliquer l\u2019intrication forcen\u00e9e de sa propre haine \u00e0 celle de sa m\u00e8re. Il faut en revenir \u00e0 ce que Thomas Bernhard nous raconte de sa premi\u00e8re ann\u00e9e de vie.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u202fMon p\u00e8re ne m\u2019a jamais reconnu. [\u2026] Comme [ma m\u00e8re] ne pouvait pas \u00e0 la fois gagner sa vie et \u00eatre pr\u00e8s de moi, il lui fallait se s\u00e9parer de moi. La solution fut un chalutier ancr\u00e9 dans le port de Rotterdam, o\u00f9 la femme du p\u00eacheur avait des nourrissons dans des hamacs sous le pont, de sept \u00e0 huit nouveau-n\u00e9s \u00e9taient suspendus au pont de bois du chalutier, et chaque fois que le nourisson d\u00e9sirait une des m\u00e8res apparaissant une ou deux fois par \u202fsemaine, ils \u00e9taient descendus du pont et montr\u00e9s. [\u2026] J\u2019ai pass\u00e9 la premi\u00e8re ann\u00e9e de ma vie, \u00e0 l\u2019exception des premiers\u202fjours, exclusivement sur la mer, non pas <em>au bord de <\/em>la mer, mais <em>sur<\/em> la mer, ce qui sans cesse me donne \u00e0 penser et a son importance en tout ce qui me concerne sans exception. [\u2026] Au fond je suis un homme de la mer<sup>13<\/sup>.\u202f\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est la version po\u00e9tique car il n\u2019y passera que quelques \u202fsemaines, mais l\u2019histoire des hamacs est authentique\u202f: sa premi\u00e8re ann\u00e9e est marqu\u00e9e par de nombreux placements provisoires, avant un s\u00e9jour en foyer pour enfants, o\u00f9 sa m\u00e8re le visite deux fois par\u202fmois durant vingt minutes, et elle n\u2019a pas le droit de le sortir de son lit. \u00c0\u202fl\u2019\u00e2ge de 1 an, l\u2019enfant sera confi\u00e9 \u00e0 ses grands-parents et sa m\u00e8re reprendra son fils \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 6\u202fans, quand elle se marie avec celui que l\u2019\u00e9crivain d\u00e9signe comme son tuteur. Ainsi, \u00e0 \u202fl\u2019aube de la vie, le froid, le gel, l\u2019abandon, la d\u00e9tresse qui marqueront l\u2019ensemble de son \u0153uvre, dont les titres apparaissent singuli\u00e8rement \u00e9vocateurs\u202f: <em>Le froid, Gel, Extinction\u202f: un effondrement, b\u00e9ton, le naufrag\u00e9, Dans les hauteurs\u202f: tentative de sauvetage, non-sens.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Appara\u00eet l\u00e0 la figure de la m\u00e9lancolie\u202f: Thomas Bernhard a dit dans un entretien que son \u0153uvre \u00e9tait pour lui un lieu o\u00f9 il peut toujours \u00ab\u202fimaginer un dialogue qui n\u2019a pas eu lieu, avec son fr\u00e8re, sa m\u00e8re\u202f\u00bb\u202f: \u00ab\u202fC\u2019est le dialogue avec le pass\u00e9 qui n\u2019a plus lieu et qui n\u2019aura jamais lieu [\u2026] C\u2019est la tentative de mettre le doigt sur des objets qui se dissolvent au moment m\u00eame o\u00f9 on croit les avoir touch\u00e9s<sup>14<\/sup>.\u202f\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est la face ultime de la haine de l\u2019enfant pour sa m\u00e8re\u202f: l\u2019\u00e9criture sera la tentative d\u2019inscrire dans l\u2019\u0153uvre l\u2019effacement des objets et de soi, pour y survivre. L\u2019exp\u00e9rience cr\u00e9atrice consiste donc \u00e0 tenter de repr\u00e9senter et d\u2019\u00e9laborer les exp\u00e9riences archa\u00efques de d\u00e9tresse qui n\u2019ont pu \u00eatre appropri\u00e9es subjectivement, en lien avec cette dissolution perp\u00e9tuelle des objets. En \u00e9cho \u00e0 Freud, nous dirons que l\u2019ombre de la m\u00e8re est tomb\u00e9e sur l\u2019\u00e9criture, qui tentera pr\u00e9cis\u00e9ment de l\u2019\u00e9radiquer, tout en ne cessant au fond de la c\u00e9l\u00e9brer\u202f: l\u2019\u00e9crivain montre en effet la propre d\u00e9tresse de sa m\u00e8re, en explicitant aussi dans son autobiographie l\u2019\u00e9nigme de l\u2019intention maternelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Le processus cr\u00e9ateur de l\u2019\u0153uvre se nourrit de la haine partag\u00e9e entre la m\u00e8re et l\u2019enfant, mais il dessine aussi l\u2019espoir fou de faire advenir enfin le \u00ab\u202fnon encore advenu\u202f\u00bb (Winnicott) du lien \u00e0 l\u2019objet, et cette qu\u00eate d\u2019amour fou nous est adress\u00e9e \u00e0 nous aussi, les lecteurs et spectateurs.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>D.W.\u202fWinnicott (1947), \u00ab\u202fLa haine dans le contre-transfert\u202f\u00bb, dans <em>De la p\u00e9diatrie \u00e0 la psychanalyse<\/em>, Paris, Payot, 1969, p.\u202f80-81.<\/li><li>R.\u202fRoussillon, \u00ab\u202fIntersubjectivit\u00e9 et inter-intentionnalit\u00e9\u202f\u00bb, <em>Enfances&amp;psy<\/em>, n\u00b0\u202f62, 2014, p.\u202f39-49.<\/li><li>D.W.\u202fWinnicott (1947), \u00ab\u202fLa haine dans le contre- transfert\u202f\u00bb, <em>op.\u202fcit.<\/em>, p.\u202f79.<\/li><li>Selon un concept de R. Roussillon.<\/li><li>J.-L. Donnet, A.\u202fGreen, <em>L\u2019enfant de \u00e7a<\/em>, Paris, Les \u00c9ditions de Minuit, 1973.<\/li><li>D.\u202fAnzieu, \u00ab\u202fLes signifiants formels et le moi-peau\u202f\u00bb, dans D.\u202fAnzieu, D.\u202fHouzel et coll., <em> Les enveloppes psychiques<\/em>, Paris, Dunod, 1987, p.\u202f1-22.<\/li><li>R.\u202fRoussillon, \u00ab\u202fAffect inconscient, affect-passion et affect-signal\u202f\u00bb, dans J.\u202fBouhsira (sous la direction de), <em>L\u2019affect<\/em>, Paris, Puf, 2005, p.\u202f134.<\/li><li>D.\u202fAnzieu (1975), \u00ab\u202fTransfert paradoxal, contre-transfert paradoxal\u202f\u00bb, dans <em>Le travail de l\u2019Inconscient,<\/em> Paris, Dunod, 2009, p.\u202f342-355.<\/li><li>T.\u202fBernhard, <em>Die Ursache<\/em> (1975), tr. fr., <em>L\u2019origine<\/em>, Paris, Gallimard, coll. \u00ab\u202fBiblos\u202f\u00bb, 1990, p.\u202f1-105.<\/li><li>T.\u202fBernhard, <em>Ein Kind<\/em> (1982), tr. fr., <em>Un enfant,<\/em> Paris, Gallimard, coll. \u00ab\u202fBiblos\u202f\u00bb, 1990, p.\u202f399- 505.<\/li><li><em>Ibid<\/em>., p.\u202f421.<\/li><li>M.\u202fKlein (1929), \u00ab\u202fLes situations d\u2019angoisse de l\u2019enfant et leur reflet dans une \u0153uvre d\u2019art et dans l\u2019\u00e9lan cr\u00e9ateur\u202f\u00bb, dans <em>Essais de psychanalyse<\/em>, Paris, Payot, 1968.<\/li><li>T.\u202fBernhard, <em>Un enfant,<\/em> <em>op. cit., <\/em>p.\u202f434-435.<\/li><li>T.\u202fBernhard, \u00ab\u202fTrois\u202fjours\u202f\u00bb, dans <em>R\u00e9cits<\/em>, Paris, Gallimard, coll. \u00ab\u202fQuarto\u202f\u00bb, 2006, p.\u202f33.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9469?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u202fC\u2019est toi qui fais tout mon malheur\u202f! 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[\u2026] Tu ne&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1214],"thematique":[186],"auteur":[1477],"dossier":[188],"mode":[60],"revue":[192],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-9469","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychanalyse","thematique-amour","auteur-anne-brun","dossier-lamour-fou","mode-payant","revue-192","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9469","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9469"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9469\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13550,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9469\/revisions\/13550"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9469"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=9469"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=9469"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=9469"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=9469"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=9469"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=9469"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=9469"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=9469"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}