{"id":9463,"date":"2021-08-22T07:30:02","date_gmt":"2021-08-22T05:30:02","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/ca-ne-te-regarde-pas-2\/"},"modified":"2021-09-16T21:13:18","modified_gmt":"2021-09-16T19:13:18","slug":"ca-ne-te-regarde-pas","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/ca-ne-te-regarde-pas\/","title":{"rendered":"Ca ne te regarde pas"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00c7a ressemble \u00e0 une sc\u00e8ne famili\u00e8re, une banalit\u00e9 du quotidien. \u00c7a parle tout bas, \u00e7a discute, \u00e7a se dispute, \u00e7a se cache, \u00e7a fait du bruit, \u00e7a ose mais \u00e7a ne dit rien, \u00e7a aimerait bien comme \u00e7a ha\u00efrait bien, \u00e7a passionne, \u00e7a d\u00e9\u00e7oit, \u00e7a d\u00e9borde d\u2019\u00e9motions. C\u2019est un exhibitionnisme qui ne se reconna\u00eet pas comme tel. \u00c7a ne te regarde pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce titre s\u2019est impos\u00e9 comme l\u2019\u00e9vidence d\u2019une \u00e9nonciation qui s\u2019invite dans la configuration familiale. Ces moments o\u00f9 le(s) parent(s) se sent(ent) d\u00e9stabilis\u00e9(s) par la pr\u00e9sence de leur enfant, par ce corps, ici celui de l\u2019adolescent(e), c\u2019est-\u00e0-dire par un corps qui s\u2019\u00e9rige de plus en plus dans sa dimension sexuelle. C\u2019est de cette dimension aussi dont il est question dans la formation de la honte et de la mani\u00e8re dont elle agit pour maintenir un <em>statu quo<\/em> pr\u00e9-pubertaire, une phase de latence ind\u00e9finie. Ce corps en m\u00e9tamorphoses en cache un autre, celui de l\u2019enfant qu\u2019il \u00e9tait. Ce corps, c\u2019est aussi celui que les adolescents veulent \u00e0 la fois conserver pour pouvoir y retourner, d\u00e8s qu\u2019ils ont la sensation que leur environnement se d\u00e9grade (en particulier en surjouant la toute-puissance, en usant des fameux \u00ab&nbsp;j\u2019ai le droit&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;c\u2019est ma libert\u00e9&nbsp;\u00bb\u2026) et ce corps qu\u2019\u00e0 la fois ils veulent d\u00e9truire, fa\u00e7on de ne plus entendre parler de ces jeux de gamins (ou plut\u00f4t de \u00ab&nbsp;bolos&nbsp;\u00bb), quand les choses s\u00e9rieuses commencent \u00e0 prendre forme et qu\u2019il est temps de parler \u00e0 \u00e9galit\u00e9 sexuelle avec les adultes.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud, dont la th\u00e9orie doit beaucoup \u00e0 l\u2019\u00e9tude des post-adolescentes, ne s\u2019y est pas tromp\u00e9. Dans <em>Malaise dans la culture<\/em>, apr\u00e8s avoir repris une phrase du monologue d\u2019Hamlet qui dit \u00ab&nbsp;<em>c\u2019est ainsi que la conscience morale fait de nous des l\u00e2ches<\/em>&nbsp;\u00bb, il pr\u00e9cise&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>le fait de dissimuler \u00e0 l\u2019\u00eatre adolescent quel r\u00f4le la sexualit\u00e9 jouera dans sa vie n\u2019est pas le seul reproche qu\u2019on doive adresser \u00e0 l\u2019\u00e9ducation d\u2019aujourd\u2019hui. L\u2019\u00e9ducation p\u00eache en ceci qu\u2019elle ne pr\u00e9pare pas \u00e0 l\u2019agression dont l\u2019adolescent\/e est destin\u00e9 \u00e0 devenir l\u2019objet.<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>1<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne s\u2019agit pas tant pour Freud de disserter sur la qualit\u00e9 de l\u2019\u00e9ducation sexuelle mais sur l\u2019\u00e9cart qu\u2019elle dissimule avec l\u2019\u00e9ducation sentimentale, sur l\u2019illusion d\u2019un amour qui tendrait vers la sublimation et qui vole en \u00e9clat lors des premi\u00e8res d\u00e9ceptions. C\u2019est ce que nous saisissons aujourd\u2019hui dans la clinique quand l\u2019\u00e9mergence de moments haineux dans le couple parental est sous-tendu par des passions exogames et met \u00e0 mal les id\u00e9alisations infantiles. Pour Hamlet aussi, la rencontre avec le spectre signe la fin des aveuglements et du refoulement. Il sera bient\u00f4t temps d\u2019aller voir ce qui se d\u00e9roule dans le cloaque de la jouissance issue des meurtres sans honte ni culpabilit\u00e9. \u00ab&nbsp;<em>Car quels r\u00eaves peut-il nous venir dans ce sommeil de la mort, quand nous sommes d\u00e9barrass\u00e9s de l\u2019\u00e9treinte de cette vie&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb, poursuit Hamlet.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais toutes les familles ne vivent pas dans le ch\u00e2teau d\u2019Elseneur, ni m\u00eame ne viennent consulter un psychanalyste. Pas besoin de conna\u00eetre le concept de m\u00e9tacommunication pour se parler en famille, pour d\u00e9tricoter les incompr\u00e9hensions engendr\u00e9es par les non-dits et les dissimulations et pour accepter de se confronter aux revendications adolescentes et surtout d\u2019en reconna\u00eetre la l\u00e9gitimit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le geste freudien par excellence que de \u00ab&nbsp;<em>deviner l\u2019apparente simplicit\u00e9 du normal \u00e0 partir des distorsions et des grossissements du pathologique<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>2<\/sup>. Revenons \u00e0 notre formule-titre, \u00ab&nbsp;\u00c7a ne te regarde pas&nbsp;\u00bb, qui dans sa fin de non-recevoir, intercepte le regard pour mieux lui formuler sa n\u00e9gation, son retrait. Ce qu\u2019il voit, l\u2019\u0153il ne peut se le repr\u00e9senter, c\u2019est un point rendu aveugle par la t\u00e2che du visible. La distinction entre vision et regard traverse l\u2019histoire de la physique et de l\u2019esth\u00e9tique. \u00ab&nbsp;<em>Il ne suffit pas qu\u2019une r\u00e9alit\u00e9 soit visible pour qu\u2019elle existe&nbsp;; encore faut-il que je la regarde ou bien qu\u2019elle me regarde au sens o\u00f9 elle attire mon attention et la conditionne<\/em>&nbsp;\u00bb, \u00e9crit G\u00e9rard Bonnet<sup>3<\/sup> dans les pas de Descartes.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s les <em>Trois essais<\/em>, Freud insiste sur les deux courants oppos\u00e9s de la pulsion scopique &#8211; actif et passif &#8211; et lie les destins en voir \/\u00eatre vu, regarder \/\u00eatre regarder. Lacan fait du regard l\u2019objet central des perversions visuelles. Et Laplanche dans sa th\u00e9orie de la s\u00e9duction avance ce que G\u00e9rard Bonnet r\u00e9sume ainsi&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Le regard est l\u2019indice de l\u2019\u00e9nigmatique qui caract\u00e9rise les messages du m\u00eame nom adress\u00e9s par l\u2019adulte, il en signale le noyau sexuel imp\u00e9n\u00e9trable. Il se pr\u00e9sente comme un clignotant qu\u2019il y a du message \u00e9nigmatique dans l\u2019air, quelque chose qui me regarde au plus haut point, compte tenu \u00e0 la fois de sa teneur inconsciente sexuelle et de l\u2019effet qu\u2019il a sur moi.<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>4<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le regard est donc non seulement sexuel mais il est \u00e9galement objectivant et par retour subjectivant. L\u2019<em>infans<\/em> est port\u00e9 par les soins, les bras mais aussi les regards de son entourage, le plus souvent d\u00e9sign\u00e9 par la m\u00e8re. Le regard devient alors vecteur d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et de discours. C\u2019est au niveau du langage qu\u2019agit l\u2019interpellation. C\u2019est selon la capacit\u00e9 des adolescents \u00e0 saisir (ou pas) sa dimension m\u00e9taphorique, et donc d\u2019entendre (ou pas) la triple acception pulsionnelle, scopique et \u00e9pist\u00e9mophilique, de la proposition, que l\u2019\u00e9coute va modeler l\u2019\u00e9cho qu\u2019elle rencontre dans la psych\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une perspective post-\u0153dipienne, l\u2019adolescent\/e se percevra pris pour un imb\u00e9cile suppos\u00e9, incapable de comprendre ce qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 \u00e0 voir. Il est convoqu\u00e9 par l\u2019exhibition mais sa position de voyeur lui est d\u00e9ni\u00e9e. Il y a bien une adresse mais elle est factice et le message envoy\u00e9 n\u2019est pas lisible, ou plut\u00f4t il est interdit de le lire. Tu as le droit de mettre ton \u0153il dans le trou de la serrure mais tu ne sauras pas ce que tu as vu, paradoxe apte \u00e0 rendre l\u2019autre fou. Le visible persiste mais sa repr\u00e9sentation s\u2019estompe. L\u2019espace perdu sera combl\u00e9 par un agir d\u2019autant plus d\u00e9sordonn\u00e9 (bien qu\u2019il puisse y avoir une \u00e9chappatoire du c\u00f4t\u00e9 de la sublimation) qu\u2019il est empreint des forces de la r\u00e9gression entretenues par la honte. Honte de ses actes pu\u00e9rils dont il n\u2019est pas fier et qu\u2019il assume vaille que vaille mais surtout du ridicule de ses parents (ou plus g\u00e9n\u00e9ralement des adultes) qui l\u2019\u00e9puisent avec leur le\u00e7on sur la responsabilit\u00e9 et qui n\u2019assument ni n\u2019assurent. Ainsi s\u2019entretiennent les r\u00e9p\u00e9titions engendr\u00e9es par les incompr\u00e9hensions successives, comme autant d\u2019accrocs dans l\u2019\u00e9conomie groupale, de lieux inhospitaliers, de ranc\u0153urs accumul\u00e9es. Jusqu\u2019au jour o\u00f9 un autre regard ressuscite ce qui crevait les yeux, ce qui doit rester inconnaissable et provoque la honte. Mais alors, ce n\u2019est pas parce que les masques tombent que le myst\u00e8re est r\u00e9solu &#8211; sauf que personne n\u2019est dupe.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout autre est l\u2019\u00e9cho produit par l\u2019\u00e9chec de la m\u00e9taphorisation. La proposition devient alors injonction avec la puissance d\u00e9vastatrice \u00ab&nbsp;<em>d\u2019une hallucination sugg\u00e9r\u00e9e<\/em>&nbsp;\u00bb (Freud). Ce qui est redoubl\u00e9 ici, c\u2019est l\u2019hallucination n\u00e9gative, et non un m\u00e9canisme de refoulement, d\u2019instants de regard des premiers objets et ce manque va habiter le petit homme en d\u00e9veloppement. En perdant sa r\u00e9flexivit\u00e9, c\u2019est toute la fonction du regard comme objet de la pulsion scopique qui s\u2019\u00e9vanouit. Le but tombe sur la source, l\u2019exhibitionniste et le voyeur ne font plus qu\u2019un. Tout geste est envahi par le regard que l\u2019adolescent\/e porte sur lui m\u00eame et commente plus ou moins int\u00e9rieurement. Les heures pass\u00e9es devant le miroir ne font qu\u2019aggraver les choses tant il est incapable de se formuler que l\u2019image qui lui est renvoy\u00e9e ne le regarde pas, puisqu\u2019elle est m\u00e9tonymique de tous les regards qui se porteront sur lui. Telle la jeune homosexuelle de Freud, celle qui comprend au premier regard que la dame et son p\u00e8re se connaissent et que ce dernier d\u00e9tourne par deux fois le regard&nbsp;: d\u2019abord d\u2019elle, par complicit\u00e9 avec la dame, puis de celle-ci par g\u00eane. Elle ne peut alors \u00eatre que d\u00e9laiss\u00e9e et s\u2019effondre.<\/p>\n\n\n\n<p>Se rendre invisible, se d\u00e9fendre contre la d\u00e9tresse infantile, ne rien voir, ne rien savoir de ce qui la concerne. Mais quand \u00e7a ne la met pas trop en avant, ou seulement si elle est suffisamment agressive pour qu\u2019on ne remarque que \u00e7a, elle s\u2019autorise \u00e0 une lucidit\u00e9 tranchante sur les d\u00e9sirs des autres. Aux questions, elle r\u00e9pond invariablement \u00ab&nbsp;bien&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;je ne sais pas&nbsp;\u00bb. Sa vie ne me regarde pas, mais de toute fa\u00e7on sa vie n\u2019int\u00e9resse personne et c\u2019est tr\u00e8s bien comme \u00e7a. Puis le mutisme s\u2019installe et exerce sa force d\u2019attraction.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense&nbsp;: \u00ab&nbsp;tu n\u2019as rien vu \u00e0 Hiroshima&nbsp;\u00bb. Et maintenant, en \u00e9crivant, je pense \u00e0 la relation entre la honte et la destructivit\u00e9. <em>Hiroshima mon amour<\/em> s\u2019inscrit dans une sorte de trilogie de la guerre avec <em>Nuit et brouillard<\/em>, puis <em>Muriel<\/em> sur la guerre d\u2019Alg\u00e9rie. Il s\u2019agit de changer le regard port\u00e9 sur les massacres de masse, sur ce que la barbarie arrache \u00e0 l\u2019humanit\u00e9, au plus pr\u00e8s des \u00eatres, loin des r\u00e9cits \u00e9piques distill\u00e9s par les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes. Ici il devient presqu\u2019\u00e9vident que la honte ne se r\u00e9sout pas en masquant le r\u00e9el mais en allant voir ce que l\u2019horreur fait aux humains. Aller l\u00e0 o\u00f9 la douleur est si extr\u00eame qu\u2019elle en devient aussi froide et insensible qu\u2019apr\u00e8s avoir travers\u00e9, tondue, la ville de Nevers. Aller voir ce que la conscience morale fait aux coupables, \u00e0 ceux qui ont cru ou pas \u00e0 la gloire et \u00e0 l\u2019amour. Honte \u00e0 eux, les coupables, ceux dont les crimes sont impardonnables. 200 000 morts en 9 secondes, p\u00e9trifi\u00e9s, carbonis\u00e9s mais la honte s\u2019est-elle dissoute avec les corps&nbsp;? Il a fallu humilier, extraire la honte. Plus on humiliait, plus on montrait qu\u2019on avait \u00e9t\u00e9 humili\u00e9, et ce d\u2019autant plus qu\u2019on avait peu r\u00e9sist\u00e9. Le film instille la petite musique des mots et du regard qui donnent d\u2019autant plus le vertige qu\u2019ils sont illusoires. \u00c7a sonne comme cette terre inconnue o\u00f9 il m\u2019est interdit de m\u2019aventurer.<\/p>\n\n\n\n<p>La honte d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 s\u2019\u00e9tend aussi insidieusement que tentaculairement dans la psych\u00e9 adolescente et peut \u00e9merger \u00e0 tout moment. Telle la t\u00eate de m\u00e9duse, elle terrorise et fige le sujet qui est \u00e0 la fois pris en masse, c\u2019est-\u00e0-dire incapable de toute r\u00e9action mais aussi hyper conscient de sa pr\u00e9sence ici et maintenant. L\u2019espace est r\u00e9duit \u00e0 son propre volume, liqu\u00e9fi\u00e9 de l\u2019int\u00e9rieur et devient inapte \u00e0 toute pens\u00e9e r\u00e9flexive. Ce n\u2019est pas ressenti comme de l\u2019angoisse, m\u00eame si certains pr\u00e9f\u00e8rent plut\u00f4t parler de stress que de honte. Il n\u2019y a dans ces moments aucun appel \u00e0 l\u2019aide, aucune plainte formul\u00e9e, juste l\u2019envie de dispara\u00eetre aux yeux du monde et de maintenir verrouill\u00e9 le lieu o\u00f9 se niche la honte.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019h\u00e9ro\u00efne dit \u00ab&nbsp;<em>tu me tues, tu me fais du bien<\/em>&nbsp;\u00bb. Tu me tu, toi moi toi, ton corps contre mon corps, ta peau contre ma peau, ta peau qui la recouvre, l\u2019enveloppe, aspire la honte qui s\u2019\u00e9coule comme la sueur que nous voyons \u00e0 l\u2019\u00e9cran quand ils font l\u2019amour. Changer de peau changer de vie, trouver le lieu o\u00f9 l\u2019\u00e9coute de l\u2019analyste pourrait se mouvoir, chercher ailleurs. <em>Tu as tu\u00e9 je, d\u00e9truit ma honte et je deviens tu<\/em>. Le monologue d\u2019Hamlet peut se poursuivre. \u00ab&nbsp;<em>Mourir\u2026, rien de plus\u2026 et dire que par ce sommeil nous mettons fin aux maux du c\u0153ur et aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair&nbsp;: c\u2019est l\u00e0 un d\u00e9nouement qu\u2019on doit souhaiter avec ferveur. Mourir\u2026 dormir, dormir&nbsp;! peut-\u00eatre r\u00eaver<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Les s\u00e9ances continuent. Toujours \u00ab&nbsp;<em>Je ne sais pas<\/em>&nbsp;\u00bb Parfois, elle se gratte, plus ou moins furtivement.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant tout un temps, je m\u2019abstiens de toute intervention. Puis je l\u2019interroge. Ce n\u2019est pas un tic, mais bien une maladie de peau, ce qui lui donne un bon pr\u00e9texte pour ne pas s\u2019approcher des autres et commencer au travers des soins re\u00e7us \u00e0 faire des reproches \u00e0 ses parents.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9t\u00e9 approche, elle arrive bras nus et laisse d\u00e9couvrir un tatouage. \u00c7a me para\u00eet un peu pr\u00e9coce. Fr\u00e9quemment les jeunes se tatouent pour marquer leur sortie de l\u2019adolescence. Je lui fais la remarque, elle se braque. Me revient un jeu de mots signifiants entre sa maladie et son patronyme que j\u2019avais \u00e0 l\u2019\u00e9poque n\u00e9glig\u00e9 et je me dis qu\u2019elle vient de s\u2019offrir une \u00e9bauche de nouvelle peau qu\u2019elle a choisie, une peau \u00e0 elle, qui ne doit rien \u00e0 ses origines, acte mutique de r\u00e9bellion. S\u2019il peut alors sembler \u00e9vident qu\u2019il existe une honte des origines, la question d\u2019une honte originaire reste pos\u00e9e, ainsi que sa co-substantialit\u00e9 avec le sentiment de culpabilit\u00e9. Le manque d\u2019un regard \u00e9tayant cr\u00e9erait une discontinuit\u00e9 narcissique que la honte viendrait panser et les stigmates corporels ou somatiques se substitueraient \u00e0 l\u2019affect de honte.<\/p>\n\n\n\n<p>Celui-ci est classiquement d\u00e9crit comme d\u00e9voil\u00e9 par le regard d\u2019un autre et serait, dans l\u2019hypoth\u00e8se d\u00e9velopp\u00e9e ici, issue du retournement par lequel s\u2019efface l\u2019image de soi. L\u2019enfant cach\u00e9 est non seulement l\u2019enfant auquel l\u2019adolescent\/e ne veut plus avoir \u00e0 faire mais \u00e9galement et avant tout l\u2019enfant qui ne se retrouve pas dans le regard de ses parents. Et cet enfant qui \u00e9chappe est celui qui d\u00e9sire contre l\u2019enfant imaginaire des parents, celui qui est qualifi\u00e9 de capricieux et ce parfois d\u00e8s son plus jeune \u00e2ge. Le d\u00e9sir d\u2019enfant m\u00eale une double valence&nbsp;: celle du d\u00e9sir enfantin des questions incongrues et des jeux identificatoires (du papa et de la maman, entre autres) et celle du d\u00e9sir d\u2019enfant des futurs parents, y compris dans sa dimension p\u00e9dophilique, qui bien que soumise aux forces du refoulement et aux destins des voies inconscientes conserve son caract\u00e8re honteux qui maintient vivace l\u2019horreur de l\u2019acte p\u00e9dophile. Quitter les odeurs f\u00e9tides, l\u2019horizontalit\u00e9 pour la verticalit\u00e9, l\u2019olfaction pour la vision, tel est le projet phylog\u00e9n\u00e9tique soutenu par Freud. L\u2019affect de honte peut alors \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un r\u00e9sidu inconscient de l\u2019animalit\u00e9 dans l\u2019homme. La verticalit\u00e9 permet de voir loin mais n\u2019emp\u00eache pas le regard de se perdre. Quitter l\u2019aplat de la narration pour la fuite dans la perspective, c\u2019est aller chercher ce regard qui nous fait d\u00e9faut tant et si bien qu\u2019on ne voit rien du drame social qui se rejoue sans cesse.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi la honte, pour paraphraser Ren\u00e9 Ka\u00ebs (cit\u00e9 par Claude Janin dans son rapport au CPLF), poss\u00e8de-t-elle une double polarit\u00e9 organisatrice, quand elle est port\u00e9e par les d\u00e9sirs infantiles sur les chemins escarp\u00e9s de l\u2019\u0152dipe et qu\u2019elle autorise les jeux avec les instances, mais aussi de se jouer des d\u00e9sirs. Elle est alors une vigie attentive des territoires \u00e0 pr\u00e9server. D\u2019ailleurs ne dit-on pas, \u00e0 propos du rougissement, \u00ab&nbsp;piquer un phare&nbsp;\u00bb. Elle est d\u00e9fensive quand, h\u00e9riti\u00e8re du meurtre du p\u00e8re, elle accompagne le sentiment inconscient de culpabilit\u00e9 tout en se fixant sur la part inconsciente du moi. \u00ab&nbsp;<em>Elle cr\u00e9e, dans l\u2019ensemble du non signifiable, du non transformable, des zones de silence, des poches d\u2019intoxication, des espaces poubelles ou des lignes de fuite qui maintiennent le sujet \u00e9tranger \u00e0 sa propre histoire<\/em>&nbsp;\u00bb, comme l\u2019\u00e9crit R. Ka\u00ebs.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019acte de parole dans la chair des signifiants v\u00e9hicule sa part de corpor\u00e9it\u00e9 mais semble inefficace devant la sid\u00e9ration dont fait preuve l\u2019adolescent\/e. Le miroir se heurte \u00e0 un mur, voire le construit, et il nous faut donc modifier notre \u00e9coute, chercher \u00e0 creuser l\u2019\u00e9cart, d\u00e9nicher la honte et pousser au vertige, celui qui trouble suffisamment les limites pour que l\u2019errance soit possible. Mettre en situation ce que Freud d\u00e9crit dans <em>Un trouble psychog\u00e8ne de la vision<\/em><sup>5<\/sup>. \u00ab&nbsp;<em>Si la pulsion partielle sexuelle qui se sert du regard, le plaisir de regarder sexuel, a attir\u00e9 sur elle (\u2026) la contre-offensive des pulsions du moi, si bien que les repr\u00e9sentations dans lesquelles s\u2019expriment sa tendance succombe au refoulement et sont tenues \u00e0 l\u2019\u00e9cart du devenir conscient, alors la relation de l\u2019\u0153il et de la vision au moi et \u00e0 la conscience se trouve tout \u00e0 fait troubl\u00e9e. (\u2026) Le moi ne veut \u00e0 pr\u00e9sent absolument plus rien voir.<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a bouge, \u00e7a tangue. Lui reste au bord, il ne veut pas qu\u2019on le sollicite. D\u2019ici il voit tout mais reste dans le flou. Il sait que c\u2019est l\u00e0 que \u00e7a se cache. Il sait que s\u2019il se rapproche de trop pr\u00e8s, il devra tout dire, se plier aux exigences de l\u2019autre. D\u2019o\u00f9 il est, il voit les vices cach\u00e9s et \u00e7a le titille. Alors il ne peut s\u2019emp\u00eacher de faire une r\u00e9flexion sur mon sourire, il ne l\u2019a pas support\u00e9 quand je lui ai dit \u00e0 la semaine prochaine\u2026 bon d\u00e9barras. En tout cas, je me demande s\u2019il m\u2019attribue ou pas cette mauvaise pens\u00e9e. Je devrais avoir honte de me moquer, lui qui croyait que les psychanalystes savaient se contr\u00f4ler et qu\u2019il pouvait venir ici en confiance et c\u2019est uniquement pour me dire \u00e7a qu\u2019il est revenu me voir, sinon il serait rest\u00e9 chez lui \u00e0 jouer en r\u00e9seau. Je ne vaux pas mieux que les autres \u00e9l\u00e8ves qui ne pensent qu\u2019\u00e0 faire des grosses vannes d\u00e9biles dans les vestiaires de la piscine. Les filles ont bien de la chance, elles disent qu\u2019elles ont leurs r\u00e8gles et elles sont dispens\u00e9es. Lui, il doit trouver des pr\u00e9textes, le plus simple est d\u2019oublier son maillot de bain\u2026 mais ce n\u2019est pas possible chaque semaine. Je lui fais remarquer que pour les r\u00e8gles, c\u2019est pareil, il est difficile de les invoquer chaque mardi (c\u2019est le jour de sa s\u00e9ance). Il sourit et reste interloqu\u00e9&nbsp;: il pensait qu\u2019elles pouvaient dire \u00e7a comme elles voulaient, une sorte de privil\u00e8ge. Sur les filles, il ne conna\u00eet pas grand chose et donc pas grand chose non plus des r\u00e8gles, si ce n\u2019est que sa m\u00e8re lui a dit qu\u2019il ne pouvait pas utiliser cette excuse pour la natation. Quand il a oubli\u00e9 son maillot, il reste avec les filles qui rigolent. Lui ne rigole parce que maintenant sa professeure lui met des croix pour oubli de mat\u00e9riel. Mais non, il ne pr\u00e9f\u00e8rerait pas \u00eatre une fille, et, oui, il aime bien ses copains avec qui il va jouer au foot et l\u00e0 il n\u2019a pas besoin de se d\u00e9shabiller. Il s\u2019est saisi de ma suppos\u00e9e ironie comme la r\u00e9v\u00e9lation d\u2019un autre rapport au monde possible. Pourtant l\u2019ironie n\u2019\u00e9tait pas absente chez lui. Elle se manifestait par son usage de la honte \u00e0 travers le filtre de sa na\u00efvet\u00e9 qui lui a permis de se frayer un parcours particulier parmi ses camarades.<\/p>\n\n\n\n<p>La honte s\u2019attrape par son affect qui la sort des limbes de l\u2019inconscient pour la mettre au jour. Le moi ne peut rien y faire, soumis \u00e0 un r\u00f4le passif et n\u2019a pas son mot \u00e0 dire. Elle est un \u00e9v\u00e9nement sans parole qui se raconte dans l\u2019apr\u00e8s-coup. C\u2019est cette passivation, cette absence de r\u00e9sistance face \u00e0 sa r\u00e9surgence qui lui donne son caract\u00e8re infamant. L\u00e0 o\u00f9 le phallus se cache et ne se voit pas. \u00ab&nbsp;Merci dieu de ne pas m\u2019avoir fait femme&nbsp;\u00bb disent les religieux dans <em>Kadosh<\/em> d\u2019Amos Gita\u00ef. Elle est intuition de d\u00e9sirs et gardienne de secrets. Une fois prise dans sa nasse, la psych\u00e9 adolescente, en pleine reconstruction, ne peut que s\u2019organiser autour d\u2019elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Les destins de la honte sont alors divers. D\u2019abord \u00e9liminer l\u2019entr\u00e9e dans une logique parano\u00efaque, qu\u2019elle soit \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, marqu\u00e9e par une rupture avec un environnement jug\u00e9 hostile et abandonnant (ce qui peut aller jusqu\u2019au suicide social par enfermement et\/ou par le d\u00e9crochage scolaire), ou que, plus rarement, elle se structure durablement. Puis suivre les autres voies. Progr\u00e9dientes vers le jeu &#8211; et nombreux sont les jeux adolescents visant \u00e0 provoquer la honte pour mieux la surmonter -, vers l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de l\u2019ironie ou vers la sublimation sous la forme de la pudeur. Celle qui d\u00e9tourne des soubresauts et des rumeurs. C\u2019est \u00e0 genoux et les pieds sales sous le regard transportant de la madone que le Caravage repr\u00e9sente la pi\u00e9t\u00e9 des p\u00e8lerins (dans <em>La madone des p\u00e8lerins<\/em> \u00e0 Saint Augustin de Rome). Craindre Dieu, attendre sa mis\u00e9ricorde permettrait de vivre debout.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres voies encore sont r\u00e9gr\u00e9dientes vers la jouissance anale, o\u00f9 les insultes visent \u00e9videmment \u00e0 humilier pour mieux se restaurer, r\u00e9duisent le langage \u00e0 quelques mots et masquent une pens\u00e9e quasi- comateuse. Il suffit de constater la g\u00eane des adolescents quand on leur demande d\u2019expliciter leurs insultes \u00e0 caract\u00e8re sexuel. S\u2019entendre dire devient l\u2019\u00e9quivalent de se regarder voir et suscite l\u2019inhibition. Quant au d\u00e9go\u00fbt, il appara\u00eet bien comme un rejeton de la honte. Le d\u00e9go\u00fbt est partout, occupe les conversations&nbsp;: les adolescents, tout les d\u00e9go\u00fbte, sauf les films d\u2019horreur. Mais il permet aussi de faire passer le d\u00e9sir qui sous-tend la honte. Mieux vaut \u00eatre d\u00e9go\u00fbt\u00e9 que honteux, mieux vaut avoir sa premi\u00e8re relation sexuelle avec celui\/celle qui est de passage, que de se montrer nu devant l\u2019\u00eatre aim\u00e9, que de reproduire la sc\u00e8ne primitive qu\u2019on ne saurait voir.<\/p>\n\n\n\n<p>La honte colle \u00e0 la peau et l\u2019\u00e9coute de l\u2019analyste ne peut qu\u2019en prendre sa part. Au mieux par sa plasticit\u00e9, cette \u00e9coute cr\u00e9e une seconde peau imaginaire. Jusqu\u2019au moment o\u00f9 les adolescents peuvent s\u2019entendre penser qu\u2019il n\u2019y a pas de honte \u00e0 avoir honte.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>S. Freud, <em>Malaise dans la culture<\/em>, PUF, collection quadrige, 2015, p. 77.<\/li><li>S. Freud, <em>Pour introduire le narcissisme<\/em>, in <em>OCFP XII<\/em>, PUF, 2005, p. 226.<\/li><li>G. Bonnet, \u00ab&nbsp;Le regard et l\u2019\u00e9nigme&nbsp;\u00bb, in <em>Adolescence<\/em> n\u00b0 49, L\u2019esprit du temps, 2004, p. 459.<\/li><li><em>ibid.<\/em> p. 466.<\/li><li>S. Freud, <em>Un trouble psychog\u00e8ne de la vision<\/em>, in <em>OCFP X<\/em>, PUF, 1993, p.182-183.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9463?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c7a ressemble \u00e0 une sc\u00e8ne famili\u00e8re, une banalit\u00e9 du quotidien. \u00c7a parle tout bas, \u00e7a discute, \u00e7a se dispute, \u00e7a se cache, \u00e7a fait du bruit, \u00e7a ose mais \u00e7a ne dit rien, \u00e7a aimerait bien comme \u00e7a ha\u00efrait bien,&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1217,1214,1215],"thematique":[176,177],"auteur":[1565],"dossier":[179],"mode":[60],"revue":[180],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-9463","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-adolescence","rubrique-psychanalyse","rubrique-psychopathologie","thematique-corps","thematique-narcissisme","auteur-eric-flame","dossier-honte-et-adolescence","mode-payant","revue-180","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9463","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9463"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9463\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13566,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9463\/revisions\/13566"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9463"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=9463"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=9463"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=9463"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=9463"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=9463"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=9463"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=9463"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=9463"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}