{"id":9457,"date":"2021-08-22T07:30:02","date_gmt":"2021-08-22T05:30:02","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parle-moi-de-ma-mere-2\/"},"modified":"2021-09-16T15:03:36","modified_gmt":"2021-09-16T13:03:36","slug":"parle-moi-de-ma-mere","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parle-moi-de-ma-mere\/","title":{"rendered":"Parle-moi de ma m\u00e8re !"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;Ma m\u00e8re, je la vois&nbsp;! Oui, je revois mon village&nbsp;! \u00d4 souvenirs d\u2019autrefois. Doux souvenirs du pays&nbsp;!&nbsp;\u00bb<footer><em>Duetto don Jos\u00e8 e Micaeka, Carmen, de Georges Bizet, libretto&nbsp;: Meillac e Hal\u00e9vy<\/em><\/footer>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Il faut se fier aux associations libres&nbsp;: non qu\u2019elles nous conduisent vers les d\u00e9couvertes les plus attendues, ni m\u00eame qu\u2019elles r\u00e9pondent par des voies d\u00e9tourn\u00e9es \u00e0 nos espoirs m\u00e9connus, mais parce qu\u2019elles rec\u00e8lent des pi\u00e8ges plac\u00e9s par l\u2019inconscient gr\u00e2ce au refoulement et ses complices. Je ne sais pas, \u00e0 vrai dire, comment m\u2019est venu l\u2019air de Don Jos\u00e9 au d\u00e9but de <em>Carmen<\/em>, lorsque Manuelle Missonnier nous a demand\u00e9 une citation en exergue du titre de nos contributions. L\u2019association musicale a ceci de particulier qu\u2019elle s\u2019impose de mani\u00e8re ent\u00eatante, qu\u2019elle ne peut pas \u00eatre chass\u00e9e et que la seule fa\u00e7on de la traiter est d\u2019y r\u00e9fl\u00e9chir. Il y a dans le \u00ab&nbsp;ma m\u00e8re, je la vois&#8230;&nbsp;\u00bb de Jos\u00e9 une dimension hallucinatoire discr\u00e8te analogue \u00e0 ces petites musiques obs\u00e9dantes qui prennent probablement leurs sources -sensorielles- aux tout-commencements de la vie, dans le rythme et la voix&nbsp;: elles appellent, rappellent sans doute, la m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi <em>Carmen<\/em> est-il un des op\u00e9ras parmi les plus c\u00e9l\u00e8bres, populaires, familiers, et aim\u00e9s&nbsp;? Pourquoi cette histoire continue-t-elle d\u2019inspirer ou de provoquer r\u00e9guli\u00e8rement des mises en sc\u00e8nes qui, tout en s\u2019effor\u00e7ant d\u2019en inventer des formes ou des figurations nouvelles, montrent l\u2019attraction irr\u00e9pressible d\u2019un sc\u00e9nario banal&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Mon hypoth\u00e8se est que ce drame triangulaire r\u00e9p\u00e8te \u00e9videmment \u00e0 l\u2019infini la trag\u00e9die \u0153dipienne qui continue de passionner en d\u00e9pit des critiques et des r\u00e9serves contemporaines qu\u2019elle suscite, m\u00eame chez les psychanalystes. Mais je pense aussi qu\u2019un autre mouvement, certes associ\u00e9 \u00e0 l\u2019\u0153dipe, soutient cet int\u00e9r\u00eat parce qu\u2019il concerne fondamentalement la m\u00e8re et ses figures plurielles. Dans la nouvelle de Prosper M\u00e9rim\u00e9e, la distinction voire le clivage est clair entre la m\u00e8re et sa repr\u00e9sentante &#8211; la douce Mica\u00ebla &#8211; d\u2019une part, et Carmen, d\u2019autre part, si souvent identifi\u00e9e \u00e0 un d\u00e9mon par Jos\u00e9 lui-m\u00eame&nbsp;: une reproduction finalement conforme de l\u2019\u00e9cart entre la maman et la putain. Jos\u00e9 ne d\u00e9roge pas au sch\u00e9ma freudien&nbsp;: il veut sauver la femme de petite vertu, il le dit jusqu\u2019\u00e0 la fin, et s\u2019il la tue, c\u2019est sans doute aussi pour la sauver dans une envol\u00e9e m\u00e9lancolique qui le d\u00e9truit avec elle. N\u2019est-ce pas la caract\u00e9ristique essentielle de l\u2019amour fou que de conjuguer la vie et la mort&nbsp;? Passion d\u2019amour, meurtre d\u2019amour, nous sommes loin des images idylliques de l\u2019amour maternel et de son inconditionnalit\u00e9&nbsp;: c\u2019est que le meurtre est presque toujours provoqu\u00e9 par la d\u00e9ception et que celle-ci a toujours \u00e0 voir avec l\u2019attente et surtout avec l\u2019id\u00e9alisation qui la sous-tend.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui plus que jamais, le discours analytique pr\u00e9sente r\u00e9guli\u00e8rement la m\u00e8re au singulier et parfois avec une majuscule, une M\u00e8re en Majest\u00e9, une m\u00e8re unique, m\u00eame si ses figures, ses repr\u00e9sentations, leurs actions et leurs effets se d\u00e9clinent au pluriel. L\u2019omnipr\u00e9sence maternelle appara\u00eet dans la multiplicit\u00e9 des images et des portraits de m\u00e8re qui tentent d\u2019en incarner les vicissitudes, creusant r\u00e9p\u00e9titivement l\u2019\u00e9cart entre ces variations et la M\u00e8re unique et imp\u00e9riale qui les colonise insidieusement. Peut-\u00eatre serait-ce l\u2019effet d\u2019un contre-investissement majeur, d\u2019une lutte incessante pour affronter, apprivoiser ou effacer cette repr\u00e9sentation \u00e0 la fois fascinante, merveilleuse et effroyable&nbsp;? Ou encore, toujours avec la m\u00eame vis\u00e9e, une fragmentation n\u00e9cessaire des quantit\u00e9s pulsionnelles massives qui l\u2019investissent&nbsp;? Ou encore, une forme d\u2019opposition au mod\u00e8le de la domination du complexe paternel chez Freud&nbsp;? En tout cas, cette figure de m\u00e8re unique et irrempla\u00e7able ob\u00e9it, jusque dans ses repr\u00e9sentations les plus n\u00e9gatives, \u00e0 la force de l\u2019Id\u00e9al et du narcissisme qu\u2019il soutient. Toutes les formes de puissance contiennent leur avers&nbsp;: la r\u00e9volte contre le p\u00e8re a trouv\u00e9 son \u00e9quivalent dans l\u2019insistance du proc\u00e8s contre les mauvaises m\u00e8res. Mais c\u2019est bien leur id\u00e9alisation qui fomente leur valence pers\u00e9cutive ou perverse.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi et dans quelles conditions l\u2019id\u00e9alisation prend-elle le pouvoir et jusqu\u2019\u00e0 quel point n\u2019est-elle pas asservie, comme le propose Andr\u00e9 Beetschen<sup>1<\/sup>, \u00e0 une r\u00e9sistance majeure&nbsp;: la surestimation amoureuse de l\u2019objet et la recherche de satisfaction s\u2019allient \u00e0 la \u00ab&nbsp;prise en masse de l\u2019id\u00e9al&nbsp;\u00bb, dit-il, pour fuir la violence des pulsions partielles et la d\u00e9tresse infantile \u00e0 la mesure de la haine qu\u2019elle engendre.<\/p>\n\n\n\n<p>Car l\u2019id\u00e9alisation ne concerne pas seulement l\u2019amour, elle s\u2019empare tout autant de la haine&nbsp;: c\u2019est ce que rappelle Andr\u00e9 Green<sup>2<\/sup> lorsqu\u2019il souligne que l\u2019id\u00e9alisation n\u2019est pas un destin tardif de l\u2019investissement de l\u2019objet mais qu\u2019elle constitue une donn\u00e9e originaire, justifiant le point de vue de M\u00e9lanie Klein selon lequel l\u2019objet ne se reconna\u00eet pas dans la haine puisque l\u2019amour et la haine sont concomitants. L\u2019id\u00e9alisation, qui repose sur les deux notions tr\u00e8s \u00e9troitement li\u00e9es que sont la surestimation et la d\u00e9sincarnation, peut aussi s\u2019en prendre \u00e0 des objets sexualis\u00e9s en d\u00e9pit de leur nature charnelle&nbsp;: c\u2019est dans l\u2019id\u00e9alisation de la pulsion que s\u2019ancre pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019id\u00e9alisation perverse.<\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me est que, \u00e0 lire et \u00e0 relire Freud, il faut bien admettre que pour lui, l\u2019id\u00e9al rel\u00e8ve de l\u2019\u00eatre sup\u00e9rieur (m\u00eame s\u2019il ne croit pas \u00e0 son essence divine) et qu\u2019il en fait l\u2019enjeu des objets d\u2019\u00e9tude de la psychanalyse parmi les plus \u00e9lev\u00e9s, par crainte que la jeune science soit cantonn\u00e9e dans les strates les plus basses ou les plus honteuses de la psych\u00e9 humaine du fait de son int\u00e9r\u00eat pour la sexualit\u00e9. Ainsi les id\u00e9aux (au pluriel) s\u2019inscrivent r\u00e9guli\u00e8rement dans le vocabulaire de la morale et du jugement. Que l\u2019id\u00e9al s\u2019\u00e9l\u00e8ve jusqu\u2019au divin ou qu\u2019il suive les traces du d\u00e9moniaque, qu\u2019il se d\u00e9ploie dans des sph\u00e8res abstraites ou dans des sc\u00e8nes triviales, il appelle immanquablement une qualification &#8211; en r\u00e9f\u00e9rence au Bien et au Mal -, ayant valeur de distinction sans doute pour la fronti\u00e8re qu\u2019elle tente de tracer&nbsp;: le clivage pourrait en \u00eatre une traduction forte, \u00e0 l\u2019encontre du jeu pulsionnel, \u00e0 l\u2019encontre des liaisons (et d\u00e9liaisons) libidinales et agressives, \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019ambivalence.<\/p>\n\n\n\n<p>Au risque de m\u2019engager dans une voie convenue, je souhaite \u00e9voquer maintenant deux figures mythiques ayant \u00e0 voir avec l\u2019id\u00e9al f\u00e9minin dans ses repr\u00e9sentations contraires. La premi\u00e8re, <em>Gradiva<\/em><sup>3<\/sup> incarn\u00e9e par la belle Zo\u00e9 \u00e9voque le monde de l\u2019illusion et de l\u2019enfance qui croit aux miracles des d\u00e9sirs exauc\u00e9s&nbsp;: elle est la jeune fille parfaite, \u00e9ternelle, en de\u00e7\u00e0 du maternel trop vite marqu\u00e9 par la perte et l\u2019absence. Cette forme de f\u00e9minin inaccessible pour l\u2019enfant dans la m\u00e8re &#8211; puisque la jeune fille dispara\u00eet avec la femme &#8211; demeure intacte, absolument vivante par la jubilation du d\u00e9lire et de la cr\u00e9ation litt\u00e9raire. C\u2019est peut-\u00eatre la m\u00e8re qu\u2019on n\u2019aura jamais dont parle Jacques Andr\u00e9, mais n\u2019est-ce pas cette figure id\u00e9ale qui s\u2019offre pour porter les repr\u00e9sentations les plus follement aim\u00e9es de la m\u00e8re, parce que d\u00e9finitivement inaccessibles par la voie de la raison&nbsp;? Freud analyse avec beaucoup de d\u00e9licatesse la contigu\u00eft\u00e9 entre la r\u00e9solution du d\u00e9lire et l\u2019\u00e9mergence du besoin d\u2019amour&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le processus de gu\u00e9rison s\u2019accomplit dans une r\u00e9cidive de l\u2019amour, si nous rassemblons sous le terme d\u2019 \u00ab\u00a0amour\u00a0\u00bb toutes les diverses composantes de la pulsion sexuelle, et cette r\u00e9cidive est indispensable car les sympt\u00f4mes \u00e0 cause desquels le traitement a \u00e9t\u00e9 entrepris ne sont rien d\u2019autre que des pr\u00e9cipit\u00e9s de luttes ant\u00e9rieures li\u00e9es au refoulement ou au retour du refoul\u00e9, et qui ne peuvent \u00eatre dissip\u00e9s et balay\u00e9s que par une nouvelle mar\u00e9e des m\u00eames passions.&nbsp;\u00bb<sup>4<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>La gu\u00e9rison par l\u2019amour permettrait de r\u00e9veiller, dans les profondeurs de l\u2019\u00e2me o\u00f9 elle demeure cach\u00e9e ou oubli\u00e9e, l\u2019aspiration \u00e0 une pr\u00e9sence inalt\u00e9rable et continue, une attention sans faille, un regard qui veille, une absolue disponibilit\u00e9, une ombre qui s\u2019attache \u00e0 nos pas. Cette attente se greffe sur la nostalgie de l\u2019enfance et la puissance infantile, elle d\u00e9voile les repr\u00e9sentations les plus massives d\u2019une m\u00e8re \u00e9ternelle ponctuant r\u00e9p\u00e9titivement la vie psychique par l\u2019\u00e9mergence du fantasme de retour \u00e0 l\u2019originaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce \u00ab&nbsp;paradis&nbsp;\u00bb des commencements ne pourrait-il pas offrir la repr\u00e9sentation id\u00e9ale de l\u2019amour&nbsp;? La continuit\u00e9, la protection contre toute menace de rupture tissent solidement la toile de convictions th\u00e9oriques et cliniques qui donneraient \u00e0 la m\u00e8re les pleins pouvoirs dans le pr\u00e9sent et dans l\u2019avenir. Cette fid\u00e9lit\u00e9 ind\u00e9fectible rel\u00e8ve pourtant d\u2019une id\u00e9alit\u00e9 paradoxale en ce sens que son immat\u00e9rialit\u00e9 va \u00e0 l\u2019encontre de ce qui est cherch\u00e9 aupr\u00e8s d\u2019une m\u00e8re vivante et incarn\u00e9e. Une femme unique, irrempla\u00e7able, tout naturellement, dit Freud, \u00ab&nbsp;car on ne poss\u00e8de jamais qu\u2019une seule m\u00e8re et la relation \u00e0 la m\u00e8re a pour fondement un \u00e9v\u00e9nement qui ne pr\u00eate \u00e0 aucun doute et qui ne saurait \u00eatre r\u00e9p\u00e9t\u00e9.&nbsp;\u00bb<sup>5<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est elle, pourtant, la tra\u00eetresse, celle qui l\u00e2che l\u2019enfant pour l\u2019amant et s\u2019abandonne aux d\u00e9sirs et aux plaisirs de la sexualit\u00e9. En contrepoint de <em>Gradiva<\/em>, j\u2019\u00e9voquerai bri\u00e8vement une autre figure de femme, celle de <em>Pandora<\/em> dont le d\u00e9faut d\u2019humanit\u00e9, l\u2019absence d\u2019\u00e2me en quelque sorte, dressent un portrait diabolique. C\u2019est Zeus qui, par deux fois tromp\u00e9 par Prom\u00e9th\u00e9e, d\u00e9cida de se venger de lui et des hommes&nbsp;: \u00ab&nbsp;en place du feu, (il) cr\u00e9a un mal destin\u00e9 aux humains. Avec de la terre, l\u2019illustre boiteux, raconte H\u00e9siode dans sa <em>Th\u00e9ogonie<\/em>, modela un \u00eatre tout pareil \u00e0 une chaste vierge (\u2026). Et quand, en place du bien, Zeus eut cr\u00e9\u00e9 ce mal si beau, il l\u2019amena o\u00f9 \u00e9taient dieux et hommes, superbement par\u00e9 par la vierge aux yeux pers, la fille du dieu fort&nbsp;; et les dieux immortels et les hommes mortels allaient s\u2019\u00e9merveillant \u00e0 la vue de ce pi\u00e8ge, profond et sans issue destin\u00e9 aux humains. Car c\u2019est de celle-l\u00e0 qu\u2019est sortie la race, l\u2019engeance maudite des femmes, terrible fl\u00e9au install\u00e9 au milieu des hommes mortels.&nbsp;\u00bb<sup>6<\/sup>. Pandora, en soulevant le couvercle de sa jarre, laisse \u00e9chapper tous les maux qui d\u00e9sormais tourmenteront l\u2019humanit\u00e9. Sa mission ne se borne pas \u00e0 apporter les mis\u00e8res du monde, elle doit repr\u00e9senter la femme, figure au double visage, invent\u00e9e pour montrer l\u2019\u00e9cart entre l\u2019\u00eatre et le para\u00eetre, en creusant un ab\u00eeme entre la beaut\u00e9 la plus parfaite et la plus vile m\u00e9chancet\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>De ces deux figures de femmes si contrast\u00e9es &#8211; la <em>Gradiva<\/em>, dans sa perfection immacul\u00e9e, <em>Pandora<\/em>, dans son action d\u00e9moniaque &#8211; se d\u00e9gagent l\u2019endroit et l\u2019envers du f\u00e9minin, l\u2019un n\u00e9cessairement attach\u00e9 \u00e0 l\u2019autre, les deux faces de la m\u00eame pi\u00e8ce, et c\u2019est sans doute \u00e0 la p\u00e9rennit\u00e9 de ce compagnonnage que le mythe de Pandora doit sa fin, l\u2019\u00e9chapp\u00e9e de l\u2019<em>elpis<\/em>, l\u2019espoir, qui pourrait repr\u00e9senter la part indestructible de l\u2019id\u00e9al.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans quelle mesure ces images mythiques sont-elles le produit des repr\u00e9sentations maternelles inconscientes et surtout de l\u2019amour fou qu\u2019elles engendrent&nbsp;? Tant que la s\u00e9paration demeure entre ces figures oppos\u00e9es, la distribution pulsionnelle de l\u2019amour et de la haine s\u2019attache \u00e0 des objets en apparence distincts mais c\u2019est bien l\u2019orchestration \u0153dipienne qui permet de soutenir l\u2019ambivalence vis-\u00e0-vis de la m\u00e8re bien s\u00fbr, et vis \u00e0 vis du p\u00e8re tout autant, car lui aussi est investi par des repr\u00e9sentations et des affects contradictoires. Jusqu\u2019\u00e0 quel point d\u2019ailleurs, dans une perspective \u00e9conomique, l\u2019amour et la haine pour le p\u00e8re ne viennent-ils pas soulager la folie de l\u2019amour pour la m\u00e8re&nbsp;? On peut s\u2019inqui\u00e9ter de l\u2019absence de l\u2019un ou de l\u2019autre, s\u2019\u00e9tonner de la focalisation exclusive sur l\u2019un ou sur l\u2019autre, tout sur le p\u00e8re ou tout sur la m\u00e8re, c\u2018est d\u2019ailleurs le plus souvent elle, la m\u00e8re, qui occupe manifestement la sc\u00e8ne analytique et c\u2019est le p\u00e8re qu\u2019on va chercher dans les coulisses.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec Maximilien, c\u2019est le contraire qui s\u2019est produit&nbsp;: pendant longtemps, un silence sur sa m\u00e8re, un silence que j\u2019ai absolument respect\u00e9 et qui a ciment\u00e9 un transfert puissant.<\/p>\n\n\n\n<p>Le p\u00e8re de Maximilien m\u2019avait t\u00e9l\u00e9phon\u00e9, inquiet des insomnies s\u00e9v\u00e8res de son fils apparues un peu en amont de son adolescence dans les pr\u00e9misses de sa pubert\u00e9. Maximilien garda pendant longtemps mon adresse et se d\u00e9cida tout seul \u00e0 venir me voir deux ou trois ans plus tard&nbsp;: il avait 17 ans et avait d\u00e9cid\u00e9 de payer lui-m\u00eame sa psychoth\u00e9rapie. C\u2019\u00e9tait un adolescent un peu rond au visage d\u2019enfant, un angelot imberbe aux boucles blondes, tr\u00e8s en contraste avec une forme de maturit\u00e9 s\u00e9lective, une entr\u00e9e pr\u00e9coce dans la vie amoureuse et la sexualit\u00e9 qui le confrontaient \u00e0 des conflits qu\u2019il supportait tr\u00e8s difficilement.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses parents s\u2019\u00e9taient violemment s\u00e9par\u00e9s lorsqu\u2019il \u00e9tait petit et depuis, il vivait seul avec son p\u00e8re&nbsp;: ils formaient un couple solidaire et inattaquable, leur relation \u00e9tait harmonieuse, ni fusionnelle ni trop distante. Une grande famille, beaucoup d\u2019amis avaient port\u00e9 l\u2019extr\u00eame ouverture et l\u2019hypersensibilit\u00e9 de Maximilien \u00e0 la pr\u00e9sence des autres, il n\u2019\u00e9tait jamais seul, cultivant avec fid\u00e9lit\u00e9 ses relations amicales et amoureuses. La rupture avec Lise, son premier amour, avait constitu\u00e9 une br\u00e8che, peut-\u00eatre m\u00eame une d\u00e9chirure dans le tissu solide de ses investissements affectifs. Mais c\u2019est surtout la puissance de sa culpabilit\u00e9 consciente &#8211; il avait abandonn\u00e9 cette jeune fille pour une autre &#8211; qui le surprit&nbsp;: un tourment permanent qui g\u00e2chait sa vie et la joie de sa nouvelle rencontre amoureuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Maximilien s\u2019engagea tr\u00e8s vite dans un transfert positif, \u00e0 la mesure des r\u00e9sistances qui l\u2019avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9. C\u2019est bien plus tard qu\u2019il \u00e9voqua sa premi\u00e8re analyste, la place majeure qu\u2019elle avait occup\u00e9e dans sa vie au moment du divorce de ses parents et dans les ann\u00e9es qui suivirent. L\u2019analogie s\u2019imposa naturellement entre la conviction de la trahir en venant me voir et la culpabilit\u00e9 vis-\u00e0-vis de son premier amour qui avait d\u00e9termin\u00e9 notre rencontre. Et cela d\u2019autant plus que la jalousie et le d\u00e9sir d\u2019aller voir ailleurs faisaient partie int\u00e9grante de sa vie amoureuse, en d\u00e9pit de son extr\u00eame fid\u00e9lit\u00e9. La r\u00e9p\u00e9tition de ce conflit me permit de tenter quelques constructions concernant sa m\u00e8re, son abandon et le silence qui l\u2019entourait. Je dis que sa m\u00e8re avait quitt\u00e9 son p\u00e8re bien s\u00fbr mais qu\u2019il ne parlait pas d\u2019elle, comme si elle avait disparu de sa vie, \u00e0 lui aussi. Son \u00e9tonnement me sid\u00e9ra&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ah bon, dit-il, je ne parle pas de ma m\u00e8re&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a pas de magie du verbe, pas de magie de l\u2019interpr\u00e9tation si discr\u00e8te soit-elle, Maximilien continua de parler de sa m\u00e8re sans parler d\u2019elle. J\u2019appris comme par hasard qu\u2019il la voyait beaucoup plus souvent, qu\u2019il avait m\u00eame d\u00e9cid\u00e9 de s\u2019installer chez elle en inversant le r\u00e9gime de son enfance. Elle restait cependant un personnage myst\u00e9rieux dont les contours demeuraient tr\u00e8s flous. Un souvenir-\u00e9cran&nbsp;: il a 8 ans, il est tr\u00e8s turbulent, elle le met \u00e0 la porte et le laisse dans le froid sur le balcon. Elle \u00e9tait m\u00e9chante parfois odieuse, il se souvient de sc\u00e8nes horribles entre ses parents mais il ne sait plus tr\u00e8s bien s\u2019il \u00e9tait l\u00e0 ou s\u2019il les a imagin\u00e9es. Lui aussi, il traverse des moments de col\u00e8re incontr\u00f4lables, lui aussi il peut \u00eatre m\u00e9chant, odieux avec son amoureuse, il pourrait m\u00eame la frapper&nbsp;! Et le sc\u00e9nario se r\u00e9p\u00e8te&nbsp;: il est jaloux, possessif, violent puis coupable, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment coupable. C\u2019est \u00e7a, l\u2019amour fou, la passion exclusive et jalouse, il veut \u00eatre absolument s\u00fbr que son amie lui appartient totalement. La part de projection est \u00e9vidente car c\u2019est lui qui est attir\u00e9 par d\u2019autres femmes, souvent un peu plus \u00e2g\u00e9es que lui, c\u2019est lui qui cherche \u00e0 les s\u00e9duire, qui leur parle des heures durant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vous comprenez, ajoute-t-il, je n\u2019ai jamais parl\u00e9 \u00e0 ma m\u00e8re, il aurait fallu que je le dise \u00e0 mon p\u00e8re et \u00e7a l\u2019aurait effondr\u00e9 ou rendu fou furieux.&nbsp;\u00bb Je me dis qu\u2019il est tranquille avec moi, en apparence, qu\u2019il peut parler, se confier \u00e0 moi (une autre femme) sans crainte que je l\u2019abandonne. Et la question revient&nbsp;: quelle place me donne-t-il&nbsp;? Pour qui me prend-il&nbsp;? Je parlais toute \u00e0 l\u2019heure de cette pr\u00e9sence ind\u00e9fectible associ\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9al maternel, est-ce \u00e0 cette fonction que je suis assign\u00e9e&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Le temps a pass\u00e9, Maximilien est devenu un jeune homme, il n\u2019accepte toujours pas d\u2019abandonner son enfance, il est d\u2019accord avec cette id\u00e9e, mais il ne renonce pas pour autant. Apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es de psychoth\u00e9rapie, il se d\u00e9prime de mani\u00e8re tout \u00e0 coup inqui\u00e9tante&nbsp;: nous \u00e9tions habitu\u00e9s \u00e0 ces chutes cons\u00e9cutives \u00e0 chacun de ses succ\u00e8s, chacune de ses victoires. Mais cette fois, l\u2019alerte est plus grave, il sabote sa r\u00e9ussite aux concours, reste au lit toute la journ\u00e9e, devient de plus en plus apragmatique et s\u2019isole. Il est envahi par des id\u00e9es noires, il n\u2019est que plainte et d\u00e9sespoir. Je ne reconnais plus le jeune homme vif et enthousiaste qu\u2019il \u00e9tait nagu\u00e8re. Son \u00e9tat \u00e9voque tous les stigmates de la d\u00e9pression mais aussi de la r\u00e9action th\u00e9rapeutique n\u00e9gative&nbsp;: les effets b\u00e9n\u00e9fiques de la cure disparaissent, voire s\u2019inversent comme si sa f\u00e9condit\u00e9 devait \u00eatre annul\u00e9e \u00e0 tout prix et que la douleur de vivre venait nourrir un besoin de punition dont nous savions l\u2019un et l\u2019autre \u00e0 quel point il \u00e9tait puissant. Je proposai \u00e0 Maximilien de consulter un coll\u00e8gue psychiatre&nbsp;: plus encore que le traitement m\u00e9dicamenteux dont les effets ne se firent pas attendre, ce recours permit de mettre au jour le d\u00e9chirement tragique auquel il s\u2019\u00e9tait senti soumis depuis l\u2019enfance. Il ne pouvait jamais partager ses plaisirs avec ses deux parents&nbsp;: la jalousie f\u00e9roce qu\u2019il leur pr\u00eatait rendait la chose impossible. En d\u00e9pit de leurs retrouvailles amicales -et peut-\u00eatre amoureuses- il entretenait avec passion l\u2019histoire de leur haine et de leur d\u00e9samour et oscillait en permanence entre deux distributions contraires&nbsp;: le grand amour pour l\u2019un, la d\u00e9testation pour l\u2019autre, les deux couples s\u2019inversaient selon les p\u00e9riodes et les circonstances et leur justification \u00e9tait chaque fois impeccablement convaincante. L\u2019incarnation transf\u00e9rentielle en devenait tr\u00e8s \u00e9nigmatique&nbsp;: je ne suis pas d\u2019embl\u00e9e preneuse des distinctions excessives des transferts, paternel, maternel, narcissique, amoureux\u2026 Je suis plus sensible \u00e0 l\u2019ind\u00e9termination, ou \u00e0 l\u2019ind\u00e9cision<sup>7<\/sup> qui soutiennent des oscillations dont la dynamique me para\u00eet pr\u00e9cieuse. Cela suppose, d\u00e8s le d\u00e9but, une condensation des images et des figures qui, au fil du temps, sont susceptibles de donner lieu \u00e0 des \u00e9mergences beaucoup plus pr\u00e9cises, voire incisives. Mais avec Maximilien, la d\u00e9condensation et la d\u00e9sincarnation indispensables \u00e0 l\u2019\u00e9volution du transfert n\u2019op\u00e9rait pas et je n\u2019ai jamais trop su quelle place j\u2019occupais, je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit&nbsp;: il n\u2019\u00e9tait pas pris dans une id\u00e9alisation excessive, je n\u2019entendais pas vraiment de passion non plus et pourtant j\u2019avais la conviction que l\u2019analyse et ma personne faisaient l\u2019objet d\u2019un investissement massif, une force ind\u00e9fectible, il pouvait toujours compter sur moi en d\u00e9pit de mes insuffisances, il n\u2019attendait pas de miracles mais ce qui \u00e9tait fondamental, c\u2019\u00e9tait que je sois l\u00e0. Donc une chose semblait impossible&nbsp;: la fin de sa th\u00e9rapie, la s\u00e9paration entre nous. Il accepta de penser qu\u2019en effet, chaque satisfaction de d\u00e9sir, chaque victoire devenait insupportable car cela signifiait qu\u2019il allait devoir me quitter. Il \u00e9tait d\u2019accord avec l\u2019id\u00e9e qu\u2019aller mal \u00e9tait le moyen de continuer \u00e0 venir m\u00eame si c\u2019\u00e9tait paradoxal. Le moyen aussi d\u2019exprimer un minimum d\u2019agressivit\u00e9 \u00e0 mon \u00e9gard en se faisant du mal et en me montrant mon impuissance \u00e0 l\u2019en emp\u00eacher. Il \u00e9tait devenu tout \u00e0 fait ind\u00e9pendant de son p\u00e8re et de sa m\u00e8re, disait-il, pourquoi n\u2019\u00e9tait-ce pas possible avec moi&nbsp;? L\u2019ind\u00e9termination transf\u00e9rentielle que j\u2019\u00e9voquais \u00e0 l\u2019instant disparut au profit d\u2019une insistance \u00e9tonnante&nbsp;: j\u2019incarnais la pr\u00e9sence, un objet \u00e0 ne pas quitter, la bonne personne irrempla\u00e7able. Il revint alors \u00e0 sa premi\u00e8re analyste, \u00e0 la femme formidable qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 pour lui, elle avait remplac\u00e9 et son p\u00e8re et sa m\u00e8re pendant la longue p\u00e9riode de leur divorce passionnel. Lui, avait souhait\u00e9 arr\u00eater ses s\u00e9ances assez brutalement, quand les choses s\u2019\u00e9taient calm\u00e9es. Il pense qu\u2019elle en avait \u00e9t\u00e9 triste. Plus tard, quand il \u00e9tait all\u00e9 la revoir, elle lui avait dit qu\u2019elle \u00e9tait \u00e0 la retraite\u2026 et puis il avait appris sa mort, c\u2019est comme s\u2019il l\u2019avait tu\u00e9e, dit-il, en cessant de la voir. \u00ab&nbsp;Vous craignez qu\u2019il m\u2019arrive la m\u00eame chose si vous mettez un terme \u00e0 votre analyse&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Il rit et dit que ce serait trop simple, non, ce qui est compliqu\u00e9 c\u2019est que lui, quand il quitte quelqu\u2019un, c\u2019est imm\u00e9diatement pour retrouver quelqu\u2019un d\u2019autre\u2026 Pas de temps mort\u2026 C\u2019est bien ce qui se passe dans la n\u00e9cessit\u00e9 pour lui d\u2019avoir toujours quelqu\u2019un d\u2019autre \u00e0 l\u2019horizon, en amour comme en amiti\u00e9. C\u2019est inscrit dans son histoire. Lorsqu\u2019il quittait son p\u00e8re, il retrouvait sa m\u00e8re, et vice-versa, toujours l\u2019un ou l\u2019autre. \u00ab&nbsp;Si je vous quitte, je perds tout, l\u2019un et l\u2019autre. Quand j\u2019y pense, \u00e7a me rend fou&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Et si l\u2019amour fou, c\u2019\u00e9tait celui que tisse et r\u00e9v\u00e8le l\u2019amour de transfert&nbsp;? Non pas seulement l\u2019amour pour la m\u00e8re, l\u2019amour pour le p\u00e8re mais l\u2019amour pour les deux, pour le couple, pour ce qu\u2019il conserve jalousement d\u2019intimit\u00e9 secr\u00e8te, pour ce qu\u2019il laisse voir aussi, dans ses manifestations les plus brutales et les plus excitantes&nbsp;? Parce qu\u2019il additionne et cumule, parce que l\u2019analyste incarne l\u2019un et l\u2019autre, le p\u00e8re et la m\u00e8re bien s\u00fbr, et avec eux, la foule des objets de toutes les identifications dont la s\u00e9dimentation permet la construction du moi&nbsp;: l\u2019identification aux objets perdus et abandonn\u00e9s qui continuent pourtant de vivre dans le monde int\u00e9rieur avec une intensit\u00e9 incomparable. Les objets d\u2019amour, ceux qui sont objets de l\u2019amour le plus fou, sont des objets du dedans, emport\u00e9s par les mouvements pulsionnels les plus puissants, les d\u00e9sordres les plus parlants qu\u2019engendrent les \u00e9garements du c\u0153ur et de l\u2019esprit. Les objets d\u2019amour, bien s\u00fbr, et les repr\u00e9sentations, les affects et les fantasmes qui les relient et les d\u00e9lient, qui les font et les d\u00e9font, ordonnant les vicissitudes de l\u2019amour et de la guerre\u2026 Et l\u2019attachement f\u00e9roce \u00e0 l\u2019enfance, le refus de grandir, la nostalgie du temps d\u2019avant ne sont-ils pas, aussi, massivement entretenus par le refus de la s\u00e9paration, le renoncement inimaginable \u00e0 la passion pour le couple du p\u00e8re et de la m\u00e8re et de l\u2019enfant install\u00e9 entre eux deux&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s en avoir \u00e9t\u00e9 totalement boulevers\u00e9, Maximilien a admis la br\u00e8ve liaison de son amoureuse avec un autre&nbsp;: sa jalousie en est paradoxalement apais\u00e9e et sa culpabilit\u00e9 incroyablement soulag\u00e9e. Il se remet au travail et pr\u00e9pare ses concours avec un acharnement non dissimul\u00e9. Il s\u2019est d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 s\u2019installer avec son amie et d\u00e9sormais n\u2019habite plus chez ses parents, ni chez son p\u00e8re, ni chez sa m\u00e8re, pas de jaloux, dit-il, en riant. Il continue son analyse.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Beestchen A. (2010) R\u00e9sistance des id\u00e9aux, in G. Cabrol et H. Parat (dir.), <em>Les Id\u00e9aux<\/em>, Monographies de la RFP, Paris&nbsp;: PUF, pp. 151-171.<\/li><li>Green A. (1983) L\u2019id\u00e9al, mesure et d\u00e9mesure, in <em>Id\u00e9aux<\/em>, Nouvelle Revue de Psychanalyse n\u00b027, Paris&nbsp;: Gallimard, pp. 8-34.<\/li><li>Freud S. (1907) Le d\u00e9lire et les r\u00eaves dans la \u00ab&nbsp;Gradiva&nbsp;\u00bb de W. Jensen, in <em>\u0152uvres Compl\u00e8tes tome VIII &#8211; 1906-1908<\/em>, Paris&nbsp;: PUF (2005).<\/li><li>Freud (1907) <em>op. cit<\/em>. p. 241.<\/li><li>Freud S. (1910) D\u2019un type particulier de choix d\u2019objet chez l\u2019homme, in <em>\u0152uvres Compl\u00e8tes tome X &#8211; 1909-1910<\/em>, Paris&nbsp;: PUF (2009), pp. 187-200.<\/li><li>H\u00e9siode (-700a) <em>Th\u00e9ogonie<\/em>, Paris&nbsp;: PUF (1928), trad. P. Mazon, v. 565-592.<\/li><li>Laurence Kahn, 2011, <em>L\u2019\u00e9coute de l\u2019analyste<\/em>, Le fil rouge, Paris, PUF<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9457?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Ma m\u00e8re, je la vois&nbsp;! Oui, je revois mon village&nbsp;! \u00d4 souvenirs d\u2019autrefois. 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