{"id":9455,"date":"2021-08-22T07:30:02","date_gmt":"2021-08-22T05:30:02","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/exposition-le-modele-noir-de-gericault-a-matisse-2\/"},"modified":"2021-09-16T20:37:46","modified_gmt":"2021-09-16T18:37:46","slug":"exposition-le-modele-noir-de-gericault-a-matisse","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/exposition-le-modele-noir-de-gericault-a-matisse\/","title":{"rendered":"Exposition : Le mod\u00e8le noir. De G\u00e9ricault \u00e0 Matisse"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le mod\u00e8le noir. De G\u00e9ricault \u00e0 Matisse, Mus\u00e9e d\u2019Orsay, Paris, Jusqu\u2019au 21 juillet 2019<\/h2>\n\n\n\n<p>On est d\u2019embl\u00e9e frapp\u00e9 par la beaut\u00e9 de ces portraits repr\u00e9sentant un mod\u00e8le noir, avec le magnifique tableau qui nous accueille en ouverture de l\u2019exposition, <em>Portrait de Madeleine<\/em> r\u00e9alis\u00e9 par Marie Guillemine Benoist. Ces femmes et ces hommes nous regardent d\u2019un air grave, interrogateur. Ils sont dignes, l\u2019expression est noble, et surtout ils sont porteurs d\u2019une dimension tragique, loin de l\u2019image exotique \u00e0 laquelle on pourrait s\u2019attendre. Ce tableau \u00e9tait intitul\u00e9 \u00e0 l\u2019origine <em>Portrait d\u2019une n\u00e9gresse<\/em>, puis <em>Portrait d\u2019une femme noire<\/em>, glissement s\u00e9mantique significatif du parcours de l\u2019exposition qui est d\u2019explorer comment la repr\u00e9sentation des sujets noirs \u00e9volue dans des \u0153uvres majeures de G\u00e9ricault, Cordier, Carpeaux, Delacroix, Manet, C\u00e9zanne et Matisse, ainsi que les photographes Nadar et Carjat, puis les courants de l\u2019avant-garde du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et les artistes post-guerre et contemporains. Le po\u00e8te-rappeur Abd Al Malik qui a \u00e9t\u00e9 sollicit\u00e9 pour les commentaires de l\u2019audioguide fait remarquer tr\u00e8s justement qu\u2019on ne dirait pas \u00ab&nbsp;Portrait d\u2019une femme blanche&nbsp;\u00bb&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>On sent les peintres concern\u00e9s par ces personnes, porteurs d\u2019une grande charge \u00e9motionnelle. Ces portraits ne sont pas des mod\u00e8les inconnus et anonymes, mais des \u00eatres tr\u00e8s pr\u00e9sents, dont on a pu d\u2019ailleurs retrouver pour certains l\u2019identit\u00e9 et la biographie. Ainsi Joseph, originaire de Saint-Domingue, mod\u00e8le c\u00e9l\u00e8bre, qui a beaucoup pos\u00e9 pour les peintres de l\u2019\u00e9poque. C\u2019est lui le marin noir, agitant au sommet du tonneau le foulard du dernier espoir collectif dans le <em>Radeau de la M\u00e9duse<\/em>. On le retrouve dans le bouleversant portrait, que G\u00e9ricault, a fait de lui, <em>Etude d\u2019homme, d\u2019apr\u00e8s le mod\u00e8le Joseph<\/em>. En effet, \u00e0 cette p\u00e9riode (1794-1848), les artistes se pr\u00e9occupaient de la question de l\u2019esclavage et son abolition. La tr\u00e8s poignante sculpture de Jean-Baptiste Carpeaux, <em>Pourquoi na\u00eetre esclave&nbsp;?<\/em> t\u00e9moigne de cette fraternit\u00e9 avec l\u2019anti-esclavagisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais lorsque, au d\u00e9tour d\u2019une salle, on se trouve face \u00e0 l\u2019<em>Olympia<\/em> de Manet, on se dit qu\u2019il y a l\u00e0 un tournant, voire un renversement. Ce qui frappe, c\u2019est la blancheur \u00e9blouissante de la courtisane qui envahit tout le tableau, tandis que la servante noire, au second plan, ne semble \u00eatre l\u00e0 que pour mettre en valeur, en contre-point, cette \u00ab&nbsp;blanchitude&nbsp;\u00bb. On n\u2019est plus du tout dans la m\u00eame consid\u00e9ration du mod\u00e8le noir. On retrouve cette blancheur, dans l\u2019\u00e9tonnant portrait de Jeanne Duval, ma\u00eetresse de Baudelaire, peinte par Manet de mani\u00e8re tr\u00e8s crue. Noy\u00e9e dans une immense jupe blanche, dont \u00e9merge son visage, noirci, cern\u00e9, malade. Atteinte d\u2019une h\u00e9mipl\u00e9gie, la <em>V\u00e9nus noire<\/em> du po\u00e8te est repr\u00e9sent\u00e9e ici comme \u00ab&nbsp;une vieille beaut\u00e9 transform\u00e9e en infirme&nbsp;\u00bb, selon une lettre de Baudelaire \u00e0 sa m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis plusieurs salles montrent l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Paris de soldats et d\u2019artistes noirs, venus des USA et des Antilles, apportant avec eux une musique nouvelle, le jazz. Le Paris des ann\u00e9es 1920 est per\u00e7u comme un refuge cosmopolite pour ceux qui fuient la s\u00e9gr\u00e9gation raciale et qui revivifient le monde du spectacle &#8211; la danseuse Jos\u00e9phine Baker \u00e9tant la plus c\u00e9l\u00e8bre. Plusieurs lieux, films ou revues c\u00e9l\u00e8brent les performances des artistes noirs.<\/p>\n\n\n\n<p>Paradoxalement, il y a l\u00e0 un retour au st\u00e9r\u00e9otype. Les Noirs qui subissaient et luttaient au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle sont des figures actives, en pleine dignit\u00e9. Ils deviennent, sous la III<sup>e<\/sup> R\u00e9publique coloniale, des figures du plaisir et du divertissement, dans une iconographie parfois tr\u00e8s \u00ab&nbsp;Banania&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est Matisse qui va d\u00e9construire ces images caricaturales. Une grande salle lui est consacr\u00e9e, o\u00f9 on d\u00e9couvre une partie peu connue de son \u0153uvre, inspir\u00e9e par sa visite de Harlem o\u00f9 il s\u00e9journa quatre fois, fascin\u00e9 par le jazz, les artistes noirs, que lui fait d\u00e9couvrir son fils Pierre Matisse, gal\u00e9riste \u00e0 New York. Pendant ses derni\u00e8res ann\u00e9es, Matisse travaillera de mani\u00e8re privil\u00e9gi\u00e9e avec des mod\u00e8les noirs ou m\u00e9tisses. <em>Danseuse cr\u00e9ole<\/em>, une grande gouache d\u00e9coup\u00e9e, est un merveilleux exemple de ce que lui inspirent les artistes noirs. Quelle extraordinaire libert\u00e9 de mouvement alors que l\u2019artiste est clou\u00e9 dans un fauteuil roulant&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Cette exposition, multidisciplinaire et p\u00e9dagogique, ne se contente pas de montrer de tr\u00e8s belles \u0153uvres. Elle soul\u00e8ve des probl\u00e9matiques esth\u00e9tiques, politiques, sociales et raciales. Est-ce pour cela que le public est si nombreux&nbsp;? Les spectateurs d\u2019aujourd\u2019hui (m\u00eame s\u2019ils constituent une foule redoutable arm\u00e9e de portables&nbsp;!) sont en qu\u00eate d\u2019\u0153uvres qui ont du sens et puissent nourrir la r\u00e9flexion, convaincus donc que non seulement la peinture donne \u00e0 penser, mais qu\u2019elle est une modalit\u00e9 de la pens\u00e9e.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9455?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le mod\u00e8le noir. 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