{"id":9409,"date":"2021-08-22T07:11:54","date_gmt":"2021-08-22T05:11:54","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/lenvers-de-la-fantasmatique-de-la-race-une-lecture-de-get-out-de-jordan-peele\/"},"modified":"2021-09-16T09:23:51","modified_gmt":"2021-09-16T07:23:51","slug":"lenvers-de-la-fantasmatique-de-la-race-une-lecture-de-get-out-de-jordan-peele","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/lenvers-de-la-fantasmatique-de-la-race-une-lecture-de-get-out-de-jordan-peele\/","title":{"rendered":"L\u2019envers de la fantasmatique de la Race, une lecture de \u2019\u2019Get Out\u2019\u2019 de Jordan Peele"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Communication propos\u00e9e dans le prolongement de la pr\u00e9sentation du film que nous avions faite \u00e0 <em>Cin\u00e9py<\/em> avec Aline Namessi, en juin 2019.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans une formule \u00e0 l\u2019ironie f\u00e9roce, le philosophe Norman Ajari, remarque que \u00ab&nbsp;le moment cl\u00e9 du cycle \u00e9conomique de l\u2019esclavage qui a le moins \u00e9t\u00e9 explor\u00e9 est certainement <em>le d\u00e9sir sp\u00e9cifique de faire emplette d\u2019un Africain<\/em><sup>1<\/sup>&nbsp;\u00bb. Il r\u00e9pondait alors au vertige que constitua pour lui le visionnage de <em>Get Out<\/em>, un film d\u2019horreur au succ\u00e8s retentissant, qui \u00e9clairerait la mani\u00e8re dont la soci\u00e9t\u00e9 esclavagiste a \u00e9t\u00e9 \u00e0 m\u00eame de rendre innocente la jouissance de la prise de possession des corps, en d\u00e9voilant le co\u00fbt du maintien de cette innocence pour le ma\u00eetre. C\u2019est ce <em>vertige<\/em> que je vous propose aujourd\u2019hui de prendre au s\u00e9rieux, ce film explorant une forme exemplaire de figuration de l\u2019ali\u00e9nation contemporaine, dans sa version racialis\u00e9e (celle qui est la plus d\u00e9battue aujourd\u2019hui)&nbsp;: en donnant \u00e0 voir comment le racisme s\u2019impose comme une mani\u00e8re de traiter les embarras de l\u2019exc\u00e8s pulsionnel auquel chaque sujet a affaire, il int\u00e9resse ainsi directement la psychanalyse, notamment ce que Freud a pu th\u00e9oriser sous le chef de la pulsion de mort<sup>2<\/sup>, et Lacan \u00e0 propos de l\u2019\u00e9garement de la jouissance<sup>3<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est \u00e0 noter que ce film am\u00e9ricain s\u2019inscrit dans le droit fil du mouvement <em>Black Lives Matter<\/em> (\u00ab&nbsp;La vie des noirs compte&nbsp;\u00bb), alors que les violences polici\u00e8res \u00e0 l\u2019\u00e9gard des populations noires (des matraquages aux crimes perp\u00e9tr\u00e9s au nom de la l\u00e9gitime d\u00e9fense) restent largement impunies et ne cessent d\u2019advenir en des proportions consid\u00e9rablement sup\u00e9rieures \u00e0 celle de la population blanche aux Etats-Unis. Gageons que l\u2019immense succ\u00e8s de ce film \u00e0 petit budget, aussi bien aux Etats-Unis qu\u2019en France, est le signe qu\u2019une <em>illumination<\/em>, au sens d\u2019une certaine monstration de la v\u00e9rit\u00e9, a pu ici \u00eatre accueillie comme telle par les spectateurs. En rendant visible un certain espace de la subjectivit\u00e9 raciste et ses effets sur la racisation des sujets, en levant le voile, donc, sur la violence de l\u2019op\u00e9ration, un tel \u00e9v\u00e9nement nous invitera peut-\u00eatre \u00e0 n\u2019\u00eatre plus sourds, dans l\u2019\u00e9coute de nos analysants, \u00e0 certaines logiques dont les stigmates jusque-l\u00e0 invisibilis\u00e9s par l\u2019histoire ou le r\u00e9cit national, pourraient trouver \u00e0 se dire.<\/p>\n\n\n\n<p>Vous savez sans doute que l\u2019architecture des \u00ab&nbsp;colonies esclavagistes et racialis\u00e9es&nbsp;\u00bb (CER<sup>4<\/sup>), sur lesquelles se sont b\u00e2ties les grandes puissances imp\u00e9riales \u00e0 partir du 16<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, a n\u00e9cessit\u00e9 la th\u00e9orisation et l\u2019imposition d\u2019une ligne de partage entre les noirs et les blancs, qui a soutenu le r\u00e9gime marchand du commerce triangulaire. La couleur de la peau est alors devenue durablement, et de mani\u00e8re non encore cicatris\u00e9e, un crit\u00e8re identificatoire du sujet ind\u00e9pendamment de son histoire singuli\u00e8re&nbsp;: le sujet de corps noir, objet de la s\u00e9gr\u00e9gation, n\u2019ayant d\u2019autre choix que d\u2019incorporer le stigmate, avec lequel ses identifications comme sujet devraient elles-m\u00eames composer. Il est important de pr\u00e9ciser encore que la puissance d\u2019un tel stigmate qui rabat la diff\u00e9rence port\u00e9e par les singularit\u00e9s subjectives sur la diff\u00e9rence de couleur de l\u2019\u00e9piderme, qui binarise ainsi les diff\u00e9rences, s\u2019est inscrite dans une entreprise de ravage des assises symboliques des esclaves transbord\u00e9s. Arriv\u00e9s dans les colonies, les groupes ethniques \u00e9taient en effet s\u00e9par\u00e9s pour emp\u00eacher toute communaut\u00e9 linguistique, les noms propres effac\u00e9s, la spiritualit\u00e9 et les croyances rabattues sur l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation forc\u00e9e, bref il s\u2019agissait de saper, au nom d\u2019une logique marchande, tout ce qui aurait encore permis \u00e0 un sujet de s\u2019avancer dans la vie parmi des pairs. Sur cette gigantesque rature on appos\u00e2t ainsi l\u2019insigne de la couleur, l\u2019\u00e9piderme devenant en quelque sorte l\u2019instance r\u00e9gulatrice du rep\u00e9rage des positions sociales. Encore r\u00e9cemment aux Antilles fran\u00e7aises, on pouvait ainsi dire que la couleur de peau (selon tout le nuancier qui va du noir au blanc) \u00e9tait l\u2019indice de la r\u00e9ussite sociale.<\/p>\n\n\n\n<p>Je t\u00e2cherai donc de faire valoir que <em>Get Out<\/em>, par un effet de loupe, permet d\u2019apercevoir le spectre bien vivant qui hante les zones mal cicatris\u00e9es de l\u2019h\u00e9ritage colonial et racialis\u00e9, en d\u00e9voilant le co\u00fbt, pour le corps et pour le sujet, de l\u2019op\u00e9ration de racialisation au fondement du capitalisme moderne. Parce que le regard est un point d\u2019ancrage inaugural pour le sujet, qui lui permet de rassembler, sous l\u2019unit\u00e9 de l\u2019image, ce corps d\u00e9bord\u00e9 de toutes parts par la pulsion, il demeure un op\u00e9rateur central du sout\u00e8nement de la logique raciste, o\u00f9 l\u2019imaginarisation de la diff\u00e9rence par la couleur de l\u2019\u00e9piderme se substitue \u00e0 l\u2019inscription symbolique de la diff\u00e9rence. C\u2019est la force de <em>Get Out<\/em> que de mettre en \u00e9vidence le double r\u00e9gime d\u2019ali\u00e9nation cons\u00e9cutif \u00e0 cette substitution, pour le sujet raciste comme pour le sujet du racisme, mais \u00e9galement la mani\u00e8re dont ce double r\u00e9gime d\u2019ali\u00e9nation oblige ceux qui en sont tributaires \u00e0 une certaine modalit\u00e9 d\u2019accueil de l\u2019exc\u00e8s pulsionnel, port\u00e9e par la logique mise en \u00e9vidence par Freud avec le m\u00e9canisme de d\u00e9fense que constitue le d\u00e9menti <em>(Verleugnung).<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019intrigue<\/h2>\n\n\n\n<p>Je commencerai par un r\u00e9sum\u00e9 de l\u2019intrigue. En exergue, un jeune homme noir, Andre, se fait kidnapper dans une banlieue riche et tranquille. Dans la sc\u00e8ne suivante, Chris, un talentueux photographe, noir lui aussi, partage depuis peu sa vie avec Rose, une jeune femme blanche. Tous deux doivent passer le weekend chez les Armitage, Rose ayant d\u00e9cid\u00e9 de pr\u00e9senter son petit ami \u00e0 ses parents. Ce dernier est inquiet&nbsp;: comment sera-t-il per\u00e7u, en tant que noir, par la belle-famille&nbsp;? Le meilleur ami de Chris, Rod, ne cesse d\u2019ailleurs de jouer de cette menace potentielle en blaguant. Lorsqu\u2019ils arrivent dans la demeure familiale, apr\u00e8s avoir percut\u00e9 une biche, accident qui a beaucoup troubl\u00e9 Chris, les craintes de ce dernier se confirment concernant les pr\u00e9jug\u00e9s raciaux qui ne manquent pas d\u2019\u00eatre \u00e9nonc\u00e9s, le weekend s\u2019annon\u00e7ant comme une v\u00e9ritable \u00e9preuve.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c\u2019est autre chose qui vient troubler cette sociabilit\u00e9 classique&nbsp;: chez les Armitage, l\u2019\u00e9trange attitude des domestiques noirs rompt avec la logique de la reconnaissance qui signe la communaut\u00e9 des exp\u00e9riences minoritaires (c\u2019est la fonction d\u2019une certaine mani\u00e8re de se saluer, comme le <em>check<\/em>, refus\u00e9 par le jardinier, ou de s\u2019interpeler)&nbsp;: d\u00e9cid\u00e9ment, pour Chris, quelque chose ne tourne pas rond.<\/p>\n\n\n\n<p>On saura bient\u00f4t que la famille a fond\u00e9 une secte, <em>The Coagula<\/em>, dirig\u00e9e par le grand-p\u00e8re&nbsp;: il s\u2019agit de se procurer des corps noirs, au nom de la puissance physique et sexuelle dont ils seraient g\u00e9n\u00e9tiquement les d\u00e9positaires, pour y transf\u00e9rer les cerveaux de sujets blancs vieillissants afin de cr\u00e9er une symbiose parfaite entre les puissances du corps et de l\u2019esprit fantasm\u00e9es, le tout convoquant une sorte d\u2019id\u00e9al d\u2019immortalit\u00e9. La logique raciste se suppl\u00e9mente ainsi d\u2019une tentative d\u2019objecter \u00e0 la mort, ou de la d\u00e9mentir. Dans la famille Armitage, les enfants sont chasseurs &#8211; Rose, en s\u00e9duisant ses proies, Jeremy, son fr\u00e8re, en les traquant&nbsp;; Dean, le p\u00e8re, est neuro-chirurgien&nbsp;: il se charge de la transplantation&nbsp;; Missy, la m\u00e8re, est psychiatre et hypnoth\u00e9rapeute&nbsp;: elle est la pi\u00e8ce ma\u00eetresse du processus, puisque la transplantation n\u2019est possible que <em>si une part du sujet h\u00f4te r\u00e9side encore dans le corps, qu\u2019il demeure t\u00e9moin de l\u2019op\u00e9ration<\/em> (c\u2019est un point vraiment essentiel, le film y insiste) &#8211; il s\u2019agit donc qu\u2019il soit hypnotis\u00e9 avant l\u2019op\u00e9ration pour \u00eatre log\u00e9 dans ce qu\u2019elle nomme le \u00ab&nbsp;gouffre de l\u2019oubli&nbsp;\u00bb, et que les restes de son \u00e2me coexistent avec l\u2019h\u00f4te. Pour parvenir \u00e0 ses fins, Missy se saisira du traumatisme encore vif pour Chris de la mort de sa m\u00e8re quand il \u00e9tait enfant (il se sent coupable de cette mort-l\u00e0), et ainsi loger le sujet Chris dans cet espace de l\u2019entre-deux morts constitu\u00e9 par son deuil encore vif. Les grands-parents Armitage, eux, ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 transplant\u00e9s&nbsp;: ils ne sont autres que les domestiques au comportement si \u00e9trange.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant la transplantation pr\u00e9vue dans le corps de Chris, un grand rassemblement comm\u00e9moratif des f\u00eates du grand-p\u00e8re est organis\u00e9 (les domestiques sont pr\u00e9sent\u00e9s comme les anciens aides-soignants des a\u00efeux Armitage). Le rassemblement s\u2019av\u00e8rera \u00eatre en r\u00e9alit\u00e9 celui de la vente aux ench\u00e8res de Chris, \u00e0 son insu, aupr\u00e8s des membres de la secte. Parmi eux, on reconna\u00eetra Andre (d\u00e9sormais Logan), le jeune homme kidnapp\u00e9 lors de la premi\u00e8re sc\u00e8ne du film, m\u00e9tamorphos\u00e9. Avant la vente, Chris est pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 chacun, qui loue et touche ses qualit\u00e9s physiques et sa puissance sexuelle suppos\u00e9e, selon tout le catalogue classique des pr\u00e9jug\u00e9s de races. Alors que Chris photographie Andre\/Logan, le flash provoque une lev\u00e9e de l\u2019hypnose et ce dernier hurle ce qui donne son titre au film&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Get out<\/em>&nbsp;!&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Fuis&nbsp;! Barre-toi de l\u00e0&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Mais il est trop tard. C\u2019est un photographe et curateur c\u00e9l\u00e8bre, rendu aveugle par une tare g\u00e9n\u00e9tique, qui remportera les ench\u00e8res&nbsp;: lui ne revendique pas la puissance index\u00e9e \u00e0 la macule de l\u2019\u00e9piderme, mais le regard qui lui permettrait d\u2019\u00eatre le grand photographe qu\u2019il n\u2019est plus et l\u2019installerait en curateur de g\u00e9nie. D\u2019une certaine mani\u00e8re, il est le pire de tous, il n\u2019est pas dupe du mensonge de la ligne de couleur qui soutient le projet fou de la secte &#8211; Chris est pour lui un \u00e9gal et la secte une occasion inesp\u00e9r\u00e9e de r\u00e9cup\u00e9rer ce qu\u2019il a perdu. Un <em>happy-end<\/em> permet d\u2019\u00e9viter la naus\u00e9e&nbsp;: Chris r\u00e9ussit <em>in-extremis<\/em> \u00e0 s\u2019\u00e9chapper, \u00e0 l\u2019amorce de l\u2019op\u00e9ration chirurgicale, il met un terme \u00e0 ce d\u00e9lire en \u00e9liminant la famille, rejoint par son ami Rod, venu l\u2019extraire de ce monde infernal.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Analyse<\/h2>\n\n\n\n<p>Construit de mani\u00e8re assez simple, en se r\u00e9appropriant les codes des classiques de l\u2019horreur, <em>Get Out<\/em> nous place, d\u00e8s l\u2019exergue, dans un espace <em>unheimlich<\/em> &#8211; le regard \u00e9tant l\u2019op\u00e9rateur fondamental pour l\u2019installer &#8211; qui convoque une tension raciale. Cette exergue donne, en quelque sorte, le motif politique du film. Ext\u00e9rieur nuit&nbsp;: Andre a perdu son chemin dans une banlieue am\u00e9ricaine cossue o\u00f9 il semble avoir rendez-vous, cette d\u00e9sorientation le met mal \u00e0 l\u2019aise, il t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 sa petite amie pour lui dire son d\u00e9sarroi et son impression de \u00ab&nbsp;faire tache&nbsp;\u00bb, comme noir, en ce lieu. Pour un noir am\u00e9ricain, les abords tranquilles d\u2019une terre blanche peuvent toujours \u00eatre teint\u00e9s d\u2019hostilit\u00e9. Pourtant le sentiment d\u2019hostilit\u00e9 tient moins d\u2019abord au lieu lui-m\u00eame, mais plut\u00f4t au fait que quelque chose cloche avec l\u2019adresse du rendez-vous &#8211; c\u2019est ce petit d\u00e9tail troublant qui convoque le probl\u00e8me racial pour Andre. D\u2019embl\u00e9e, un clivage racial est ainsi install\u00e9 <em>pour les spectateurs<\/em>, clivage auquel on est introduit par la convocation d\u2019un Regard dans les propos d\u2019Andre (\u00ab&nbsp;faire tache&nbsp;\u00bb)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Le spectateur \u00ab&nbsp;blanc&nbsp;\u00bb ne per\u00e7oit d\u2019abord que l\u2019espace du confort enviable (ou pas) de l\u2019<em>Uper class<\/em> am\u00e9ricaine, s\u2019il adh\u00e8re \u00e0 ce qu\u2019Andre commence \u00e0 trembler de \u00ab&nbsp;faire tache&nbsp;\u00bb, c\u2019est en tant que simple t\u00e9moin de son angoisse.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Au m\u00eame instant le spectateur \u00ab&nbsp;noir&nbsp;\u00bb (noir est ici \u00e0 entendre au sens de \u00ab&nbsp;minoritaire&nbsp;\u00bb<sup>5<\/sup>) sait, lui, d\u2019un savoir qui rel\u00e8ve de l\u2019exp\u00e9rience, que plus sa couleur est susceptible de faire t\u00e2che, plus il est en danger &#8211; car possiblement constitu\u00e9 en menace par les forces de l\u2019ordre.<\/p>\n\n\n\n<p>Revenons \u00e0 la sc\u00e8ne&nbsp;: voil\u00e0 que le son nocturne des grillons laisse place \u00e0 <em>Run Rabbit Run<\/em> de Flanagan &amp; Allen, une sorte de comptine extr\u00eamement populaire au d\u00e9but de la Seconde guerre mondiale (pour l\u2019anecdote, cette chanson f\u00fbt \u00e9crite comme un pied-de-nez au premier raid a\u00e9rien nazi contre la Grande-Bretagne, visant des hydravions dans les Shetland, qui se solda par la mort de deux lapins. Plus tard, les interpr\u00e8tes substitu\u00e8rent \u00ab&nbsp;Adolf&nbsp;\u00bb au \u00ab&nbsp;<em>Rabbit<\/em>&nbsp;\u00bb dans l\u2019interpr\u00e9tation, on dit que la chanson ravit alors Churchill). Les grillons laissent donc la place \u00e0 ce chant \u00e9manant d\u2019une voiture de sport blanche qui s\u2019est arr\u00eat\u00e9e au niveau d\u2019Andre&nbsp;: l\u2019espace se fait soudain <em>unheimlich<\/em>, il se donne subitement \u00e0 voir <em>pour ce qu\u2019il n\u2019est pas<\/em>, sans distinction de \u00ab&nbsp;race&nbsp;\u00bb. Andre, qui s\u2019appr\u00eatait \u00e0 fuir, sans autre intuition que la menace pour lui-m\u00eame que constituait sa pr\u00e9sence comme \u00ab&nbsp;tache&nbsp;\u00bb, se fait capturer, la m\u00e9lodie nous indiquant qu\u2019il s\u2019agit bien l\u00e0 d\u2019une <em>chasse<\/em>. La banlieue riche, blanche et sans histoire se transforme ainsi en espace de pr\u00e9dation. Or, que l\u2019espace de pr\u00e9dation puisse \u00eatre reconnu comme tel, au lieu de l\u2019espace \u00ab&nbsp;s\u00e9curis\u00e9&nbsp;\u00bb, fait aussit\u00f4t tomber la fronti\u00e8re \u00ab&nbsp;raciale&nbsp;\u00bb avec laquelle on appr\u00e9hendait le paysage urbain jusque-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019o\u00f9 une <em>premi\u00e8re indication clinique<\/em>&nbsp;: la comptine de la chasse, <em>Run Rabbit Run<\/em>, qui instaure le sentiment <em>unheimlich<\/em>, fait tomber la fronti\u00e8re raciale chez le spectateur &#8211; \u00e0 l\u2019instant o\u00f9 il est r\u00e9ellement menac\u00e9, on s\u2019identifie aussit\u00f4t \u00e0 Andre, quelle que soit sa couleur de peau. Autrement dit&nbsp;: que les assises de l\u2019hospitalit\u00e9 vacillent et la ligne de d\u00e9marcation raciale vole en \u00e9clat &#8211; la puissance mena\u00e7ante au lieu du familier, port\u00e9e par une petite comptine disruptive, suffit, en constituant le paysage comme inhospitalier, \u00e0 ne plus pouvoir le reconna\u00eetre. La dissemblance entre ce qui s\u2019offre ainsi au regard (une paisible banlieue riche et blanche) et ce qui n\u2019est plus reconnu comme tel (de paisible, le lieu devient mena\u00e7ant), abolit instantan\u00e9ment la fronti\u00e8re raciale l\u00e0 o\u00f9 elle \u00e9tait mise en \u00e9vidence. <em>Qu\u2019on puisse si facilement faire l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019abolition de cette fronti\u00e8re de la race est une \u00e9nigme \u00e0 laquelle le film apporte un d\u00e9but de r\u00e9ponse, j\u2019y reviendrai<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cette fronti\u00e8re impose d\u2019abord une ligne de partage entre deux positions subjectives, selon qu\u2019on se situe d\u2019un c\u00f4t\u00e9 ou de l\u2019autre de cette fronti\u00e8re&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; D\u2019un c\u00f4t\u00e9, parce qu\u2019on en subit les effets, la racisation s\u2019impose comme une \u00e9vidence index\u00e9e \u00e0 la \u00ab&nbsp;tache&nbsp;\u00bb (au champ du visible), elle instaure dans le monde une puissance mena\u00e7ante qui constitue une <em>communaut\u00e9 d\u2019exp\u00e9rience<\/em> port\u00e9e un Autre-regard.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, il s\u2019agit de se tenir \u00e0 distance du probl\u00e8me ainsi constitu\u00e9, autrement dit de faire comme si cette exp\u00e9rience n\u2019existait pas, en d\u00e9l\u00e9gant \u00e0 la police la charge de sa mise \u00e0 distance (ce qui installe un cercle vicieux puisque le maintien de la puissance mena\u00e7ante est n\u00e9cessaire \u00e0 la mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart du probl\u00e8me). Mais alors se pose la question&nbsp;: pourquoi d\u00e9ployer une si consid\u00e9rable \u00e9nergie, par l\u2019interm\u00e9diaire des forces de l\u2019ordre (la France n\u2019\u00e9chappe pas au probl\u00e8me, il suffit de penser aux contr\u00f4les au faci\u00e8s), pour se tenir \u00e0 distance des r\u00e9manences du racisme d\u2019Etat, quand <em>la simple mise en \u00e9vidence de la menace semble universaliser la communaut\u00e9 d\u2019exp\u00e9rience&nbsp;?<\/em> &#8211; ici, dans l\u2019identification \u00e0 Andre, \u00e0 l\u2019instant m\u00eame o\u00f9 il est aper\u00e7u comme victime de la pr\u00e9dation. <em>Get Out<\/em>, on va le voir, va pousser tr\u00e8s loin la logique de <em>b\u00e9n\u00e9fice<\/em> du d\u00e9menti inflig\u00e9 \u00e0 cette communaut\u00e9 d\u2019exp\u00e9rience, en une fable contemporaine qui t\u00e9moigne du prix \u00e0 payer pour que la \u00ab&nbsp;jouissance de la prise de possession des corps&nbsp;\u00bb, dans le syst\u00e8me colonial esclavagiste, se maintienne comme <em>innocente<\/em> &#8211; de mani\u00e8re contemporaine, on peut soutenir que l\u2019exigence assimilationniste<sup>6<\/sup>, dans les vieilles colonies fran\u00e7aises, est de la veine de cette innocence-l\u00e0\u2026<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un pacte faustien<\/h2>\n\n\n\n<p>En un v\u00e9ritable pacte faustien &#8211; et \u00e0 l\u2019insu du signataire, c\u2019est avec Missy, la m\u00e8re psychiatre, que s\u2019obtiendra <em>l\u2019innocence<\/em> dans la prise de possession des corps &#8211; cette sorte d\u2019aisance vertigineuse qui permit qu\u2019on fasse, peut-\u00eatre joyeusement, emplette du Noir. La fonction de la m\u00e8re hypnotique nous livre ici la cl\u00e9 de l\u2019\u00e9nigme qui provoquait le vertige d\u2019Ajari&nbsp;: elle est porteuse, en quelque sorte, de la logique du d\u00e9lire racial &#8211; il s\u2019agit d\u2019une entreprise de damnation, et en ce sens le film est profond\u00e9ment fanonien, puisque c\u2019est une damnation qui <em>loge l\u2019enfer dans le corps<\/em><sup>7<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019hypnose r\u00e9ussit, en effet, parce que Missy vient se placer tr\u00e8s exactement dans la zone du trauma qui fragilise les assises de Chris dans le monde &#8211; en ravivant la douleur de n\u2019avoir rien voulu savoir, enfant, de l\u2019absence de sa m\u00e8re la nuit de sa disparition, se laissant captiver par ce qui d\u00e9filait sur l\u2019hypnotique \u00e9cran de t\u00e9l\u00e9vision. Le trauma venait d\u2019\u00eatre r\u00e9veill\u00e9 une premi\u00e8re fois par l\u2019accident de la biche, o\u00f9 Chris s\u2019\u00e9tait vu dans le regard agonisant de la b\u00eate. Missy se pr\u00eate maintenant, sous transfert, \u00e0 incarner exactement ce regard sans fond qui se propose comme figure monstrueuse de la m\u00e8re morte, criant vengeance de n\u2019avoir pas \u00e9t\u00e9 secourue et exigeant de lui qu\u2019il sombre avec elle l\u00e0 o\u00f9 son deuil l\u2019a install\u00e9e&nbsp;: l\u2019espace de l\u2019entre-deux mort o\u00f9 la faute vient \u00e0 s\u2019\u00e9terniser (voil\u00e0 la damnation), mais d\u2019une \u00e9ternit\u00e9 index\u00e9e \u00e0 la survivance du corps, une fausse \u00e9ternit\u00e9 qui se sait telle<sup>8<\/sup>. Ceci explique que la logique de la <em>Coagula<\/em> n\u00e9cessite la pr\u00e9sence morte-vivante du sujet du corps dont on a pris possession&nbsp;: il s\u2019agit que le sujet h\u00f4te innocente, en se m\u00e9lancolisant, le ma\u00eetre, pour que continue \u00e0 \u00eatre insue de lui l\u2019\u00e9garement de sa jouissance.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette figure du ma\u00eetre que m\u00e9taphorise la secte de la famille Armitage exige donc de la subjectivit\u00e9 noire, depuis l\u2019oubli o\u00f9 il l\u2019a log\u00e9e, qu\u2019elle atteste de ce dont le ma\u00eetre s\u2019efforce de triompher sous les auspices de l\u2019Un&nbsp;: il suffirait que le corps de la transplantation soit un simple corps d\u2019emprunt pour que le ma\u00eetre soit \u00e0 nouveau tributaire de l\u2019Alt\u00e9rit\u00e9 qu\u2019il s\u2019\u00e9tait agi de tenir \u00e0 distance. Le dispositif de la <em>Coagula<\/em> montre ainsi le <em>b\u00e9n\u00e9fice, pour le ma\u00eetre<\/em>, de la sc\u00e8ne esclavagiste&nbsp;: loger dans le corps de l\u2019autre sa jouissance \u00e9gar\u00e9e, c\u2019est une mani\u00e8re de la r\u00e9cup\u00e9rer, de ne plus en \u00eatre comptable, mais au prix de son propre corps, sacrifi\u00e9 dans l\u2019op\u00e9ration, <em>sans que soit reconnue l\u2019op\u00e9ration du sacrifice.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Mais pourquoi l\u2019exc\u00e8s pulsionnel dans son acception la plus ind\u00e9termin\u00e9e, ou l\u2019\u00e9garement de la jouissance, trouvent-ils si ais\u00e9ment \u00e0 se combiner avec la Race&nbsp;? Il me semble que Jordan Peele a eu une intuition tr\u00e8s f\u00e9conde en choisissant le format horrifique et sans doute le fait qu\u2019il ne soit pas \u00e9tranger au comique de l\u2019horreur lui a-t-il permis de s\u2019en saisir.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Logique de l\u2019interpellation horrifique&nbsp;: la pulsion et le dissemblable<\/h2>\n\n\n\n<p>Je vous propose maintenant de nous d\u00e9caler un peu pour nous concentrer sur le proc\u00e9d\u00e9 narratif du film, sur la logique de son efficacit\u00e9 pour le spectateur, parce qu\u2019elle rencontre les racines de la subjectivit\u00e9 dans son premier face \u00e0 face avec la pulsionalit\u00e9. Il y a deux classes de films horrifiques&nbsp;: les films <em>gores<\/em> o\u00f9 il s\u2019agit g\u00e9n\u00e9ralement d\u2019une traque mortelle par une b\u00eate immonde (qu\u2019elle ait les traits de la d\u00e9figuration de l\u2019humain ou d\u2019un monstre qui ne renonce jamais). Dans ce cas l\u2019horreur nous semble comme \u00e9trang\u00e8re \u00e0 notre humanit\u00e9 et l\u2019efficacit\u00e9 du film tient \u00e0 l\u2019am\u00e9nagement du suspens au regard de cette alt\u00e9rit\u00e9 monstrueuse. Mais la mont\u00e9e d\u2019adr\u00e9naline nous laisse souvent un peu sur notre faim, si j\u2019ose dire, et n\u2019a qu\u2019une faible puissance d\u2019interpellation. Il est d\u2019autres films o\u00f9 l\u2019horreur est moins manifeste, qui choisissent de s\u2019immiscer dans la r\u00e9gion du <em>dissemblable<\/em>, et colore tout autrement l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 de l\u2019horreur en la logeant au lieu du familier. L\u2019enjeu y est de r\u00e9v\u00e9ler la distorsion op\u00e9r\u00e9e par la logique de la folie sur le r\u00e9el (par exemple dans <em>Le locatair<\/em>e de Polanski ou dans <em>Shutter Island<\/em> de Scorsese), ou bien, \u00e0 des fins plus politiques, de r\u00e9v\u00e9ler les logiques de distorsions du r\u00e9el que produisent les assignations sociales (comme dans <em>The Stepford Wifes<\/em> de Brian Forbes) ou raciales. <em>Get out<\/em> est de cette veine-l\u00e0, et s\u2019empare des logiques d\u2019assignation \u00e0 un trait de couleur pour faire valoir la cons\u00e9quence folle du maintien \u00e0 tout prix de cette fausse \u00e9vidence. L\u00e0 o\u00f9 le <em>gore<\/em>, donc, loge l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 monstrueuse dans un dehors mena\u00e7ant, <em>Get Out<\/em>, comme <em>Le locataire<\/em> ou <em>Shutter Island<\/em> logent cette alt\u00e9rit\u00e9 monstrueuse \u00e0 m\u00eame le corps, dans un rapport d\u2019extimit\u00e9, ce qui provoque chez le spectateur un trouble autrement saisissant.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour nous permettre d\u2019approcher figurativement cette r\u00e9gion de la dissemblance convoqu\u00e9e par les logiques d\u2019assignation sociales ou raciales, je vais faire un petit d\u00e9tour par l\u2019usage que Georges Didi-Huberman propose de cet \u00e9trange animal qu\u2019est le phasme. Le phasme, cet insecte qui mime le v\u00e9g\u00e9tal en le d\u00e9vorant pour \u00e9chapper au regard pr\u00e9dateur, devient pour l\u2019auteur le nom m\u00eame de la dissemblance. Que le regard se pose sur cette apaisante obscurit\u00e9 du buisson, et voil\u00e0 les branches qui viennent \u00e0 se mouvoir de fa\u00e7on inhabituelle, un autre corps est venu prendre la place du v\u00e9g\u00e9tal qui offrait le paysage \u00e0 notre \u00e9merveillement.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce donc que le Phasme donne ainsi \u00e0 voir&nbsp;? Cet \u00ab&nbsp;envers-enfer&nbsp;\u00bb du monde visible, avance Didi-Huberman<sup>9<\/sup>, <em>qui objecte \u00e0 l\u2019unit\u00e9 du visible<\/em>, dont chacun fait l\u2019exp\u00e9rience, enfant, avec la peur du noir, et qui repose sur trois paradoxes&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Une puissance d\u2019imitation, qui brise la hi\u00e9rarchie exigible de toute imitation (\u00e7a ressemble \u00e0 tel point qu\u2019on ne reconna\u00eet pas l\u2019imitation)&nbsp;;<\/li><li>Dans le moment de l\u2019apparition (effroi), l\u2019animal dissemble&nbsp;: une fois reconnu comme animal, c\u2019est l\u2019animal en soi que nous n\u2019arrivons plus \u00e0 reconna\u00eetre&nbsp;;<\/li><li>Le phasme enfin ne se contente pas d\u2019imiter, mais d\u2019incorporer ce qu\u2019il imite, c\u2019est-\u00e0-dire de faire dispara\u00eetre l\u2019original &#8211; c\u2019est sa puissance <em>mena\u00e7ante<\/em>.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<p>Que Georges Didi-Huberman convoque ici la peur du noir chez l\u2019enfant est d\u2019une pertinence clinique remarquable&nbsp;: c\u2019est dire en effet que l\u2019unit\u00e9 qui fait tenir le monde pour un sujet, \u00e0 commencer par son corps, se donne toujours en m\u00eame temps comme l\u2019insigne comm\u00e9moratif de ce qu\u2019il s\u2019est agi de rassembler sous ce corps-l\u00e0. Pour le dire autrement&nbsp;: mon corps est le si\u00e8ge d\u2019une pulsionnalit\u00e9 qui l\u2019exc\u00e8de et cet exc\u00e8s-m\u00eame loge en lui une alt\u00e9rit\u00e9 inassignable, susceptible de le faire dissembler de lui-m\u00eame, en faisant objection \u00e0 l\u2019unit\u00e9 du visible. C\u2019est ce ressort de l\u2019inassignable alt\u00e9rit\u00e9 de la pulsion que saisit si bien l\u2019enfant quand il a peur du noir, c\u2019est sur ce m\u00eame ressort de l\u2019inassignable alt\u00e9rit\u00e9 de la pulsion que jouent certains films d\u2019horreur. Plut\u00f4t que de r\u00e9assigner l\u2019exc\u00e8s pulsionnel \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9-monstre (comme dans le <em>Gore<\/em>), ils troublent l\u2019espace du familier pour le faire dissembler et r\u00e9int\u00e8grent ainsi dans le corps cette alt\u00e9rit\u00e9 qui s\u2019offre d\u00e9sormais comme <em>motif<\/em> de la dissemblance.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 exactement le proc\u00e9d\u00e9 de <em>Get Out<\/em>. Arriv\u00e9 chez les parents Armitage, qui ne manquent pas de faire montre d\u2019une hospitalit\u00e9 sans faille, les signes se multiplient pourtant qui objectent \u00e0 la logique de l\u2019hospitalit\u00e9. De l\u2019admiration revendiqu\u00e9e de Dean pour Obama, exactement telle que l\u2019avait \u00e9nonc\u00e9e Rose pour pr\u00e9parer Chris aux tours grossiers que pouvait prendre la rencontre, aux envol\u00e9es sur les pr\u00e9jug\u00e9s de race gagnant en intensit\u00e9 au d\u00eener, lorsque le fr\u00e8re de Rose d\u00e9fie Chris sur le terrain de l\u2019adversit\u00e9 physique &#8211; comme s\u2019il avait besoin d\u2019infliger un d\u00e9saveu \u00e0 l\u2019entreprise familiale dont, comme chasseur, il est une pi\u00e8ce ma\u00eetresse (c\u2019est que, signalons-le, <em>Coagula<\/em> loge la puissance phallique dans le corps noir<sup>10<\/sup>, ce qui vient directement concurrencer la position des fils). Mais c\u2019est surtout l\u2019\u00e9trange figuration des domestiques noirs &#8211; en tant que domestiques, ils incarnent les rouages de l\u2019hospitalit\u00e9 bourgeoise &#8211; qui constitue le v\u00e9ritable lieu de l\u2019interpellation pour Chris (il ne manque pas de s\u2019en ouvrir \u00e0 son ami Rod). Chris est interpell\u00e9 parce que c\u2019est comme <em>sujet<\/em> qu\u2019il n\u2019est possiblement plus reconnu par eux, parce que le regard des domestiques n\u2019atteste pas de la communaut\u00e9 d\u2019exp\u00e9rience attendue, et qu\u2019en retour, il ne se reconna\u00eet plus dans leur regard. Le p\u00e8re Armitage en est averti, pr\u00e9venant le trouble de Chris en le balayant d\u2019un&nbsp;: \u00ab&nbsp;oh <em>ce n\u2019est pas ce que tu crois<\/em> (voir), ils sont tr\u00e8s heureux de rester parmi nous&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Effectivement, Georgina et Walter, les domestiques\/grands-parents de Rose, ne sont pas ceux que Chris <em>croit voir<\/em>. En eux s\u2019incarne la triple puissance paradoxale du dissemblable que j\u2019\u00e9voquais avec les phasmes de Didi-Huberman&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>A premi\u00e8re vue, rien ne permet de distinguer Georgina et Walter de Georgina et Walter, c\u2019est l\u2019absence de r\u00e9action aux codes de sociabilit\u00e9 que Chris attend d\u2019eux qui ravive pour lui (et pour le spectateur) le sentiment <em>unheimlich<\/em> et constitue une sc\u00e8ne d\u2019interpellation&nbsp;;<\/li><li>L\u2019effroi de la reconnaissance de Georgina et Walter comme les a\u00efeux Armitage ne permet pas vraiment de les reconna\u00eetre comme les a\u00efeux Armitage (t\u00e9moin, dans la sc\u00e8ne finale, l\u2019irr\u00e9sistible app\u00e9tence de Chris \u00e0 sauver Georgina, qu\u2019il vient de renverser dans sa fuite comme il a renvers\u00e9 la biche au d\u00e9but du film, pour ne pas r\u00e9p\u00e9ter la sc\u00e8ne traumatique de l\u2019agonie de sa m\u00e8re)&nbsp;;<\/li><li>Le processus de la <em>Coagula<\/em> ne se contente pas d\u2019imiter la puissance du corps convoit\u00e9, il incorpore ce qu\u2019il imite en le d\u00e9truisant&nbsp;: d\u2019un c\u00f4t\u00e9 le corps blanc dispara\u00eet dans l\u2019op\u00e9ration, le sujet du corps blanc incorporant le corps noir, mais le sujet du corps blanc incorpore le sujet du corps noir lui-m\u00eame qui dispara\u00eet dans le gouffre de l\u2019oubli (<em>the sunken place<\/em>)&nbsp;: le voil\u00e0 incarc\u00e9r\u00e9 dans son propre corps &#8211; et le processus est clairement irr\u00e9versible, ce qui signe qu\u2019il y a bien eu incorporation. T\u00e9moin le suicide du \u00ab&nbsp;Grand-P\u00e8re&nbsp;\u00bb dans la sc\u00e8ne finale, mettant un terme \u00e0 la damnation \u00e0 l\u2019issue du flash qui rompt l\u2019incarc\u00e9ration hypnotique.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<p>Mais on peut ajouter \u00e0 cette triplicit\u00e9 de la dissemblance, un renversement de l\u2019ordre naturel&nbsp;: tout comme la dissemblance des phasmes pr\u00e9servait possiblement ces derniers du regard pr\u00e9dateur, la dissemblance des \u00ab&nbsp;corps-doublures&nbsp;\u00bb<sup>11<\/sup> pr\u00e9serve les sujets racistes d\u2019une menace, mais plut\u00f4t que la pr\u00e9dation, c\u2019est l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 de la pulsion (l\u2019exc\u00e8s pulsionnel comme tension ac\u00e9phale) qui est constitu\u00e9e, pour eux, en menace radicale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Grimaces<\/h2>\n\n\n\n<p>Pour comprendre qu\u2019une telle op\u00e9ration soit possible (f\u00fbt-ce dans la logique d\u2019un d\u00e9lire), il est important de souligner que si le pi\u00e8ge se referme sur Chris, c\u2019est en raison de la coexistence d\u2019un double discours, constitutif d\u2019une hospitalit\u00e9 de fa\u00e7ade qui est le r\u00e9pondant des corps-doublure. <em>D\u2019un c\u00f4t\u00e9<\/em>, Missy, dont on a vu qu\u2019elle se pliait \u00e0 incarner, comme pur regard, l\u2019Autre du trauma, conduira Chris \u00e0 consentir, par l\u2019hypnose, au projet de la secte, et <em>in fine<\/em> \u00e0 se plier \u00e0 l\u2019exigence d\u2019une pure culture de la pulsion de mort par l\u2019incarc\u00e9ration du sujet dans le silence du gouffre de l\u2019oubli. Or cette incarc\u00e9ration par le regard constitue l\u2019envers du discours du p\u00e8re, qui, <em>d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9<\/em>, l\u00e9gitime la rh\u00e9torique raciste en s\u2019en <em>innocentant.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pour conclure et illustrer mon propos, je vous propose de revenir \u00e0 la premi\u00e8re sc\u00e8ne de rencontre entre Chris et les parents Armitage, toute enti\u00e8re port\u00e9e par le discours du p\u00e8re, quand la m\u00e8re, plus en retrait, se manifeste <em>d\u00e9j\u00e0<\/em> comme <em>regard<\/em>. Rose et Chris relatent l\u2019\u00e9pisode de la biche aux parents, qui accusent le coup, et Dean se lance dans une violente diatribe&nbsp;: \u00ab&nbsp;je n\u2019airne pas les chevreuils, je les d\u00e9teste, ils nous envahissent, ils d\u00e9truisent notre \u00e9cosyst\u00e8me comme des rats, quand j\u2019en vois un \u00e9cras\u00e9 sur le bas-c\u00f4t\u00e9, je me dis&nbsp;: c\u2019est un bon d\u00e9but\u2026&nbsp;\u00bb &#8211; tirade en forme de x\u00e9nophobie animale qui r\u00e9sonne \u00e9trangement avec le malaise \u00e9prouv\u00e9 par Chris devant le regard \u00e0 l\u2019agonie de la biche, et qui se laisse lire sur son visage. Le p\u00e8re, non dupe du malaise, l\u2019enjoint alors \u00e0 faire le tour du propri\u00e9taire&nbsp;: collectionneur, il ram\u00e8ne nombre de souvenirs qui sont pour lui autant de signes qu\u2019il a eu le privil\u00e8ge de pouvoir exp\u00e9rimenter le go\u00fbt de l\u2019autre contient-elle d\u00e9j\u00e0 la d\u00e9cision du photographe aveugle de remporter l\u2019ench\u00e8re pour r\u00e9cup\u00e9rer le regard de Chris. Vous vous souvenez peut-\u00eatre que je m\u2019\u00e9tais arr\u00eat\u00e9 \u00e0 cette \u00e9nigme, dans l\u2019analyse de la sc\u00e8ne du rapt d\u2019Andre &#8211; sc\u00e8ne inaugurale &#8211; que&nbsp;<em>l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019abolition de la fronti\u00e8re de la race puisse si facilement advenir, sous condition que l\u2019hospitalit\u00e9 du lieu se renverse en menace.<\/em>&nbsp;Au terme de ce parcours, il appara\u00eet, me semble-t-il avec plus d\u2019\u00e9vidence, qu\u2019il suffit donc que le regard ne permette plus de soutenir cette massification du divers dans l\u2019Un &#8211; dans le cas de la sc\u00e8ne du rapt, que le paysage lisse de la banlieue cossue perde sa beaut\u00e9 d\u2019apparat, pour que le divers reprenne ainsi instantan\u00e9ment ses droits et que le regard racial s\u2019\u00e9vapore pour laisser place \u00e0 l\u2019exc\u00e8s pulsionnel, en m\u00e9nageant la possibilit\u00e9 de lui faire accueil. C\u2019est que chacune des deux branches de la tenaille dans laquelle est saisi Chris, entre l\u2019incarnation du regard massifiant par Missy et le discours de l\u2019Un du p\u00e8re, se montre comme l\u2019envers l\u2019une de l\u2019autre. Il suffit donc d\u2019une simple br\u00e8che dans la cl\u00f4ture, la comptine disruptive&nbsp;<em>Run rabbit run<\/em>&nbsp;dans la sc\u00e8ne inaugurale, pour que le divers se mette \u00e0 objecter \u00e0 l\u2019Un de la race. Si l\u2019ench\u00e2ssement du sc\u00e9nario de&nbsp;<em>Get Out<\/em>&nbsp;se montre ainsi de plus en plus grotesque, voil\u00e0 le coup de force du comique Jordan Peele se saisissant de l\u2019horreur raciste pouss\u00e9e au paroxysme, c\u2019est donc qu\u2019il s\u2019agit de&nbsp;<em>faire valoir la logique de la race pour ce qu\u2019elle est&nbsp;: une grimace de l\u2019Un.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Norman Ajari,&nbsp;<em>La dignit\u00e9 ou la mort. Ethique et politique de la race<\/em>. Paris, Les emp\u00eacheurs de penser en rond\/ La d\u00e9couverte, 2019&nbsp;; pp.&nbsp;174 et sq.<\/li><li>J\u2019ai tent\u00e9 d\u2019articuler cette solidarit\u00e9 entre la pulsion de mort et l\u2019exc\u00e8s, chez Freud, lors d\u2019une intervention au colloque de la SIPP\/&nbsp;<em>Pulsion de mort ici et ailleurs<\/em>, en avril 2018, sous le titre&nbsp;: \u00ab&nbsp;La pulsion de mort, antichambre du d\u00e9sir&nbsp;?&nbsp;\u00bb.<\/li><li>Cette \u00e9nonciation par Lacan de l\u2019 \u00ab&nbsp;\u00e9garement de la jouissance&nbsp;\u00bb (en une br\u00e8ve indication sur la pouss\u00e9e du racisme dans contexte postcolonial) se lit dans&nbsp;<em>T\u00e9l\u00e9vision<\/em>, in&nbsp;<em>Autres Ecrits<\/em>, Paris, Seuil, 2001, p.&nbsp;534. Jean Allouch dans&nbsp;<em>Une femme sans au-del\u00e0. L\u2019ing\u00e9rence divine III<\/em>&nbsp;(Epel, Paris 2014) tente une casuistique de l\u2019accueil de cet exc\u00e8s, autre nom de l\u2019\u00e9garement, en particulier dans le chapitre III&nbsp;: \u00ab&nbsp;Un changement dans l\u2019\u00e9rotique&nbsp;: Dionysos et Ariane&nbsp;\u00bb.<\/li><li>On doit cet acronyme, qui joue de l\u2019\u00e9quivoque qui s\u2019y entend, \u00e0 la psychanalyste Jeanne Wiltord, dont le livre r\u00e9cemment paru&nbsp;<em>Mais qu\u2019est-ce que c\u2019est donc un Noir&nbsp;? Essai psychanalytique sur les cons\u00e9quences de la colonisation des Antilles<\/em>&nbsp;(Paris, \u00e9ditions des cr\u00e9puscules, 2019) est une des rares tentatives psychanalytiques de s\u2019atteler aux ravages subjectifs de la \u00ab&nbsp;survie spectrale&nbsp;\u00bb (Ajari) de l\u2019esclavage en France hexagonale et aux Antilles fran\u00e7aises, ainsi qu\u2019\u00e0 ses modes de subjectivation, notamment \u00e0 travers le ph\u00e9nom\u00e8ne de la diglossie antillaise, dans un dialogue constant, depuis son exp\u00e9rience d\u2019analyste, avec des \u00e9crivains, intellectuels et artistes carib\u00e9ens, en particulier C\u00e9saire et Glissant.<\/li><li>Disons au sens o\u00f9 Stuart Hall avan\u00e7ait l\u2019id\u00e9e de \u00ab&nbsp;nouvelles ethnicit\u00e9s&nbsp;\u00bb, qui doivent composer avec l\u2019effet de naturalisation de la race port\u00e9 par l\u2019histoire coloniale et esclavagiste et la politique des&nbsp;repr\u00e9sentations qui permet de diff\u00e9rencier cette fixit\u00e9 historique du \u00ab&nbsp;noir&nbsp;\u00bb, l\u2019ethnicit\u00e9 se donnant comme le nom de ce qui d\u00e9naturalise, en faisant accueil au divers, la naturalisation raciste et singularise du m\u00eame coup l\u2019exp\u00e9rience minoritaire sans la figer dans une identit\u00e9 (Cf. \u00ab&nbsp;Nouvelles ethnicit\u00e9s&nbsp;\u00bb, in&nbsp;<em>Identit\u00e9s et cultures, Politiques des culturals studies<\/em>, Paris, Editions Amsterdam, 2008).<\/li><li>On ne saurait n\u00e9gliger la part auto-immune de l\u2019assimilation, qui vise \u00e0 r\u00e9duire l\u2019hybridit\u00e9 ou le m\u00e9tissage comme diff\u00e9rence anthropologique, comme \u00ab&nbsp;condition d\u2019une immunit\u00e9 du rapport \u00e0 l\u2019\u00e9tranger&nbsp;\u00bb. cf. Etienne Balibar, \u00ab&nbsp;Universalit\u00e9 bourgeoise et diff\u00e9rences anthropologiques&nbsp;\u00bb, in&nbsp;<em>Citoyen sujet et autres essais d\u2019anthropologie<\/em>, Paris PUF, 2011, p.&nbsp;488.<\/li><li>Cette incarc\u00e9ration hypnotique dans le fantasme du blanc\/du ma\u00eetre rejoint ce que Fanon peut dire de l\u2019\u00e9pidermisation du regard racial. Voir Frantz Fanon,&nbsp;<em>Peau noire, masques blancs<\/em>&nbsp;(1952), r\u00e9\u00e9d. Seuil, et en particulier sur ce point&nbsp;: Matthieu Renault,&nbsp;<em>Frantz Fanon, de l\u2019anticolonialisme \u00e0 la critique Postcoloniale<\/em>, ch. III&nbsp;: \u00ab&nbsp;Corps \u00e0 corps&nbsp;\u00bb, Paris, Editions Amsterdam, 2011 et \u00ab&nbsp;Damnation&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Th\u00e9oR\u00e8mes<\/em>, 4\/2013&nbsp;; Stuart Hall, \u00ab&nbsp;La vie posthume de Frantz Fanon&nbsp;\u00bb (1996), repris dans les&nbsp;<em>Cahiers philosophiques<\/em>&nbsp;2014\/3 n\u00b0138 et \u00ab&nbsp;Le blanc de leurs yeux&nbsp;\u00bb (1995), in&nbsp;<em>Identit\u00e9s et cultures<\/em>,&nbsp;<em>op. cit.<\/em><\/li><li>Au sens o\u00f9 cette damnation se sait pouvoir dispara\u00eetre dans la mort, la fin du film est explicite sur ce point. Ainsi cette m\u00e9lancolisation par la survie spectrale du fantasme du blanc, qu\u2019un Glissant a point\u00e9 dans&nbsp;<em>Le discours antillais<\/em>&nbsp;(Paris, Gallimard 1997, Folio 2002) en revisitant ses propositions sur le \u00ab&nbsp;d\u00e9lire verbal&nbsp;<em>coutumier<\/em>&nbsp;\u00bb (pp.&nbsp;623 &amp;sq.), se distingue-t-elle de la m\u00e9lancolie proprement dite, dont les acc\u00e8s n\u2019emportent jamais la conviction que l\u2019on pourrait se trouver au purgatoire, o\u00f9 le suicide ne saurait \u00eatre lib\u00e9rateur.&nbsp;<em>Beloved<\/em>&nbsp;de Toni Morrisson est le roman de cette hantise. La vie gagn\u00e9e dans la mort est \u00e9galement au c\u0153ur de l\u2019\u00e9tude d\u2019Hourya Benthouami&nbsp;: \u00ab&nbsp;Notes pour un f\u00e9minisme marron. Du corps-doublure au corps propre&nbsp;\u00bb, in Revue&nbsp;<em>Comment s\u2019en sortir<\/em>&nbsp;? n\u00b05\/ hiver 2017, pp.&nbsp;108-125.<\/li><li><em>Phasmes, Essais sur l\u2019apparition<\/em>, Paris, Aux \u00e9ditions de minuit, 1998, pp.&nbsp;15 &amp; sq.<\/li><li>Voir notamment ce qu\u2019Achille Mbemb\u00e9 peut dire au voisinage de Fanon&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u2026 dans cette configuration le N\u00e8gre n\u2019existe pas. Ou plut\u00f4t le N\u00e8gre est avant tout un membre&nbsp;\u00bb, cf.&nbsp;<em>Politiques de l\u2019inimiti\u00e9s<\/em>, \u00ab&nbsp;La pharmacie de Fanon&nbsp;\u00bb, p.&nbsp;117.<\/li><li>J\u2019emprunte cette expression, qu\u2019elle \u00e9rige en concept, \u00e0 Hourya Benthouami. Cf. \u00ab&nbsp;Notes pour un f\u00e9minisme marron. Du corps-doublure au corps propre&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>art. cit.<\/em><\/li><\/ol>\n\n\n\n<p><\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9409?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Communication propos\u00e9e dans le prolongement de la pr\u00e9sentation du film que nous avions faite \u00e0 Cin\u00e9py avec Aline Namessi, en juin 2019. Dans une formule \u00e0 l\u2019ironie f\u00e9roce, le philosophe Norman Ajari, remarque que \u00ab&nbsp;le moment cl\u00e9 du cycle \u00e9conomique&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1214,1215],"thematique":[],"auteur":[],"dossier":[2017],"mode":[60],"revue":[324],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-9409","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychanalyse","rubrique-psychopathologie","dossier-jeu-de-regard-et-construction-du-jeu","mode-payant","revue-324","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9409","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9409"}],"version-history":[{"count":6,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9409\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13424,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9409\/revisions\/13424"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9409"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=9409"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=9409"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=9409"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=9409"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=9409"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=9409"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=9409"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=9409"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}