{"id":9404,"date":"2021-08-22T07:11:54","date_gmt":"2021-08-22T05:11:54","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/allons-voir-ailleurs-si-jy-suis\/"},"modified":"2021-09-14T17:27:53","modified_gmt":"2021-09-14T15:27:53","slug":"allons-voir-ailleurs-si-jy-suis","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/allons-voir-ailleurs-si-jy-suis\/","title":{"rendered":"Allons voir ailleurs si j\u2019y suis"},"content":{"rendered":"\n<p>Th\u00e9r\u00e8se Tremblais-Dupr\u00e9, l\u2019une des fondatrices du Centre Etienne Marcel \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>J\u2019ai con\u00e7u comme n\u00e9cessaire d\u2019ouvrir \u00e0 chacun la possibilit\u00e9 de poursuivre ses recherches dans le domaine des m\u00e9diations p\u00e9dagogiques de cr\u00e9ativit\u00e9 et de culture, aussi bien artistiques que corporelles dans une sensibilit\u00e9 psychanalytique et de leur donner une place majeure dans le dispositif institutionnel<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>En ad\u00e9quation avec ces principes fondateurs, deux projets ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9s \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de jour dans le cadre du dispositif \u00ab&nbsp;Culture \u00e0 l\u2019h\u00f4pital&nbsp;\u00bb<sup>1<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le dispositif \u00ab&nbsp;Culture \u00e0 l\u2019h\u00f4pital&nbsp;\u00bb est con\u00e7u pour les publics dits \u00ab&nbsp;emp\u00each\u00e9s&nbsp;\u00bb ou \u00e9loign\u00e9s de la culture&nbsp;: il doit leur permettre d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la culture et aux processus de cr\u00e9ation.<\/p>\n\n\n\n<p>La culture n\u2019est pas au service du soin&nbsp;; elle est son propre objet. Les artistes intervenants ne s\u2019adressent pas \u00e0 des patients mais \u00e0 des sujets-citoyens.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exp\u00e9rience men\u00e9e sur deux ann\u00e9es <em>via<\/em> ce dispositif a \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion pour nous de revisiter les m\u00e9diations th\u00e9rapeutiques, de les regarder d\u2019un \u0153il neuf.<\/p>\n\n\n\n<p>Il nous a permis aussi d\u2019interroger notre place de soignants entre culture et soin. Dans les cr\u00e9ations culturelles qui ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es, on le verra, les soignants ne sont pas aux commandes. Ils sont \u00e0 l\u2019interface entre les patients et les intervenants ext\u00e9rieurs&nbsp;; ils sont garants du soin, mais aussi de la possibilit\u00e9 que le projet culturel se d\u00e9ploie.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2014, l\u2019h\u00f4pital de jour r\u00e9pond \u00e0 l\u2019appel \u00e0 projet \u00ab&nbsp;Culture \u00e0 l\u2019h\u00f4pital&nbsp;\u00bb propos\u00e9 par l\u2019ARS (<em>Agence R\u00e9gionale de Sant\u00e9<\/em>) et la DRAC IDF (<em>Direction R\u00e9gionale des Affaires Culturelles Ile-de-France<\/em>). La Maison des M\u00e9tallos, d\u00e9j\u00e0 partenaire culturel de l\u2019h\u00f4pital de jour, sera choisie pour ce projet. St\u00e9phane Schoukhroun est l\u2019artiste en r\u00e9sidence cette ann\u00e9e-l\u00e0. Quand nous avons d\u00e9pos\u00e9 le premier projet culturel, qui ne s\u2019appelait pas encore <em>Nous Nous Sommes Rencontr\u00e9s Aux M\u00e9tallos<\/em>, l\u2019\u00e9quipe de l\u2019h\u00f4pital de jour avait l\u2019id\u00e9e d\u2019aller \u00ab&nbsp;explorer le 11<sup>\u00e8me<\/sup> comme une \u00eele&nbsp;\u00bb, de passer du dedans au dehors de l\u2019h\u00f4pital de jour, de rep\u00e9rer les fronti\u00e8res de l\u2019arrondissement et de l\u2019explorer.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous souhaitions bien modestement \u00e9largir le p\u00e9rim\u00e8tre de l\u2019h\u00f4pital de jour, sortir de notre cadre habituel, \u00ab&nbsp;aller voir ailleurs&nbsp;\u00bb en quelque sorte.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi en mai 2015, St\u00e9phane Schoukhroun, com\u00e9dien metteur en sc\u00e8ne, se pr\u00e9sente au groupe de patients de l\u2019h\u00f4pital de jour et leur propose d\u2019entrer dans le jeu&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je suis un envoy\u00e9 du minist\u00e8re&nbsp;; pour transformer le 11<sup>\u00e8me<\/sup>, je dispose d\u2019un budget illimit\u00e9&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque patient est invit\u00e9 \u00e0 jouer le r\u00f4le d\u2019un \u00e9lu et \u00e0 choisir une d\u00e9l\u00e9gation (logement, sport, transport, culture, tourisme\u2026). Notre projet de d\u00e9part s\u2019appuyait sur le r\u00e9el tandis que celui de St\u00e9phane s\u2019inscrit d\u2019embl\u00e9e dans l\u2019imaginaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Sous l\u2019impulsion de St\u00e9phane, ce premier groupe de protagonistes (patients, soignants de l\u2019h\u00f4pital de jour) sera \u00e9largi aux habitants du quartier avec lesquels il travaillait par ailleurs \u00e0 la Maison des M\u00e9tallos.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le travail issu de ces rencontres qui donnera lieu au spectacle <em>Nous Nous Sommes Rencontr\u00e9s aux M\u00e9tallos<\/em>, soit six repr\u00e9sentations en mai 2016.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela n\u2019\u00e9tait pas du tout pr\u00e9vu&nbsp;! La rencontre, c\u2019est ce qui va \u00eatre racont\u00e9 lors des repr\u00e9sentations. C\u2019est ce qui va en constituer la trame.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;<em>\u00c7a a commenc\u00e9 comment notre rencontre&nbsp;?<\/em><br><em>Quand on s\u2019est regard\u00e9, comme l\u00e0 maintenant\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ce court \u00e9change inaugure le spectacle puis les jeunes de l\u2019h\u00f4pital de jour s\u2019adressent au public.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;<em>Bonjour je m\u2019appelle Iris. De vous voir me regarder \u00e7a me stresse. Alors je vous demanderai de vous retourner, de pas me regarder\u2026hein&nbsp;? Ils le font pas en plus&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb.\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;<em>Moi c\u2019est Brandon. C\u2019est incroyable pour moi d\u2019\u00eatre ici, parce que je suis ici\u2026 et maintenant c\u2019est vous qui avez peur pour moi<\/em>&nbsp;\u00bb.\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;<em>Bonjour je m\u2019appelle Yann. D\u2019habitude je suis spectateur et aujourd\u2019hui d\u2019\u00eatre un acteur, \u00e7a fout les boules, les jetons\u2026 mais \u00e7a fait rien je m\u2019en remettrai et peut-\u00eatre que cela va changer ma vie<\/em>&nbsp;\u00bb.\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>C\u2019est par ces mots que tour \u00e0 tour, trois jeunes de l\u2019h\u00f4pital de jour s\u2019adressent au public lors des repr\u00e9sentations du spectacle.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;<em>Tu as besoin d\u2019un regard ext\u00e9rieur pour compl\u00e9ter ton regard int\u00e9rieur&nbsp;; sinon tu t\u2019autod\u00e9truis<\/em>&nbsp;\u00bb affirme un autre jeune.\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Mais de quel regard ext\u00e9rieur parlons-nous&nbsp;? Du regard de l\u2019Autre, du regard soci\u00e9tal, du propre regard du sujet sur lui-m\u00eame&nbsp;? De tous ceux-l\u00e0 bien s\u00fbr.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les jeunes accueillis \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de jour, le regard ext\u00e9rieur c\u2019est d\u2019abord celui des soignants, un regard d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s certainement diff\u00e9rent du regard des familles. Ce regard s\u2019appuie et se construit <em>via<\/em> diverses m\u00e9diations \u00e9ducatives, p\u00e9dagogiques, artistiques ou culturelles. Le travail de ces m\u00e9diations, toutes th\u00e9rapeutiques, peut-il s\u2019ouvrir vers un ext\u00e9rieur plus large, un ext\u00e9rieur moins balis\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons fait ce pari en mettant sur pied ces deux projets.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Regards<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans les projets que nous avons men\u00e9s, nous pourrions dire qu\u2019il y a autant de regards et de points de vue que d\u2019intervenants, jusqu\u2019\u00e0 nos deux regards crois\u00e9s que nous vous proposons dans cette pr\u00e9sentation.<\/p>\n\n\n\n<p>Autant de regards qui se transforment et qui permettent que s\u2019op\u00e8rent des transformations&nbsp;; en ce qui nous concerne, nous avions l\u2019habitude de voir nos jeunes au CEM, et puis on s\u2019est mis \u00e0 les <em>regarder<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons port\u00e9 un regard neuf sur les patients.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les regards ext\u00e9rieurs<\/h2>\n\n\n\n<p>Les regards ext\u00e9rieurs \u00e0 l\u2019institution ont \u00e9t\u00e9 porteurs&nbsp;; nombreux sont ceux qui nous ont fait confiance en m\u00eame temps que nous attendions, redoutions peut-\u00eatre, leurs retours. Nous travaillions sous leur regard. Ils avaient un droit de regard sur le dispositif.<\/p>\n\n\n\n<p>Citons nos partenaires&nbsp;: la DRAC, l\u2019ARS, la <em>Maison des M\u00e9tallos<\/em>, la <em>Maison du Geste et de l\u2019Image<\/em>, la <em>Fondation Martine Lyon<\/em>&nbsp;; mais aussi le regard de l\u2019institution, celui des diff\u00e9rents spectateurs (y compris ceux des diff\u00e9rents festivals pour le film <em>Rater En Beaut\u00e9<\/em>), des parents, amis etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avions bien conscience que tous ces regards ext\u00e9rieurs pr\u00e9sentaient un potentiel risque d\u2019exposition, de jauge et d\u2019emprise.<\/p>\n\n\n\n<p>Un des risques souvent point\u00e9 aurait pu \u00eatre la sortie de la zone \u00ab&nbsp;aveugle&nbsp;\u00bb du soin. Comment prot\u00e9ger le processus th\u00e9rapeutique des regards ext\u00e9rieurs tout en l\u2019enrichissant par cet ext\u00e9rieur m\u00eame&nbsp;? Comment ne pas agrandir la faille narcissique ni gonfler le narcissisme des patients&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Nous allons le d\u00e9montrer dans les lignes qui suivent.<\/p>\n\n\n\n<p>A aucun moment nous n\u2019avons \u00e9t\u00e9 dans l\u2019exhibition&nbsp;! Personne n\u2018\u00e9tait l\u00e0 pour se faire voir. Les phases constitutives de cette \u00e9laboration commune ont permis que se construise peu \u00e0 peu un collectif montrable \u00e0 tous parce que chaque intervention individuelle \u00e9tait \u00e9tay\u00e9e par le groupe&nbsp;; par le regard du groupe et celui de St\u00e9phane qui fonctionnait comme un regard de montage, de metteur en sc\u00e8ne, de tiers.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout ce qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 de l\u2019ordre d\u2019un objet culturel cr\u00e9\u00e9 n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 au public. Le \u00ab&nbsp;trouv\u00e9&nbsp;\u00bb avait \u00e9t\u00e9 vu en amont et repris jusqu\u2019\u00e0 \u00eatre d\u00e9toxifi\u00e9 avant d\u2019\u00eatre montr\u00e9 \u00e0 tous.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Comment notre regard de soignants a-t-il pu op\u00e9rer&nbsp;?<\/h2>\n\n\n\n<p>Nous connaissions les patients impliqu\u00e9s dans les projets depuis plusieurs ann\u00e9es et nous les voyions dans d\u2019autres cadres. Nous pouvions tabler sur la confiance et sur la connivence. Mais ce que nous n\u2019avions pas pr\u00e9vu, c\u2019est la rencontre qui s\u2019est faite entre les nouveaux projets et le projet de soins existant&nbsp;! Dans le dispositif \u00ab&nbsp;Culture \u00e0 l\u2019h\u00f4pital&nbsp;\u00bb, les soignants sont bien \u00e9videmment invit\u00e9s \u00e0 entrer eux-m\u00eames dans la cha\u00eene associative. Nous avons, en quelque sorte, pr\u00eat\u00e9 notre regard aux patients et nous leur avons restitu\u00e9 ce que nous comprenions de ce qu\u2019ils nous donnaient \u00e0 voir.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons tr\u00e8s souvent \u00e9t\u00e9 surpris par ce dont les patients se sont montr\u00e9s capables et touch\u00e9s par le mat\u00e9riel qu\u2019ils apportaient. Et nous le leur avons dit&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Certaines souffrances ont enfin trouv\u00e9 \u00e0 s\u2019exprimer. Gr\u00e2ce \u00e0 <em>Rater En Beaut\u00e9<\/em> la question du ratage, de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 et du handicap ont \u00e9t\u00e9 abord\u00e9s plus directement.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait nouveau de parler du handicap avec les patients. Nous nous sommes aper\u00e7us que ce sujet n\u2019\u00e9tait pas abord\u00e9 directement \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de jour. Peut-\u00eatre parce qu\u2019il va de soi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre par pr\u00e9caution&nbsp;? Peut-\u00eatre pensions-nous aussi que ce sujet \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 l\u2019espace de la consultation&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les autres regards qui ont compt\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>Celui de Fr\u00e9d\u00e9rique Ribis tout particuli\u00e8rement. Fr\u00e9d\u00e9rique, r\u00e9alisatrice a \u00e9t\u00e9 invit\u00e9e par St\u00e9phane d\u00e8s le premier projet. Son approche de notre travail a \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement importante parce qu\u2019elle nous a \u00e9cout\u00e9s et qu\u2019elle s\u2019est authentiquement int\u00e9ress\u00e9e, et sur la dur\u00e9e, \u00e0 ce qui se vivait \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de jour. St\u00e9phane et Fr\u00e9d\u00e9rique nous ont ainsi permis d\u2019interroger sans cesse et de mani\u00e8re diff\u00e9rente du regard soignant le mat\u00e9riel pr\u00e9sent\u00e9 par les patients.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres regards ext\u00e9rieurs nous ont beaucoup apport\u00e9 comme, par exemple, celui de Jean Jos\u00e9 Baran\u00e8s apr\u00e8s <em>Rater En Beaut\u00e9<\/em>&nbsp;: il nous a donn\u00e9 \u00e0 voir \u00ab&nbsp;notre&nbsp;\u00bb film comme nous ne l\u2019avions pas encore compris. Si nous ne nous \u00e9tions pas ainsi risqu\u00e9s hors de notre cadre habituel, nous nous serions priv\u00e9s de toute cette richesse associative et interpr\u00e9tative.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais attachons-nous un moment au regard inaugural, au regard de St\u00e9phane.<\/p>\n\n\n\n<p>St\u00e9phane rep\u00e8re d\u2019embl\u00e9e le potentiel du groupe de l\u2019h\u00f4pital de jour et par ricochet il nous le donne \u00e0 voir (\u00e0 nous et aux patients).<\/p>\n\n\n\n<p>Le regard de St\u00e9phane ne se veut pas th\u00e9rapeutique. Mais son regard et son invitation \u00e0 r\u00eaver dans l\u2019illimit\u00e9 vont avoir des effets th\u00e9rapeutiques ind\u00e9niables&nbsp;: tout d\u2019abord du c\u00f4t\u00e9 de la restauration narcissique et de la construction du \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>St\u00e9phane se pr\u00e9sente donc comme un \u00ab&nbsp;envoy\u00e9 du minist\u00e8re avec un budget illimit\u00e9&nbsp;\u00bb pour transformer le 11<sup>\u00e8me<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019invitation de St\u00e9phane va d\u00e9clencher l\u2019imaginaire des patients d\u2019autant plus que les projets sont \u00e0 penser pour l\u2019ext\u00e9rieur et non pour eux-m\u00eames. Pour une fois, les patients ne sont pas cantonn\u00e9s \u00e0 leur p\u00e9rim\u00e8tre de handicap, ils sont invit\u00e9s \u00e0 penser le monde \u00e0 leur image, \u00e0 le r\u00eaver.<\/p>\n\n\n\n<p>On retrouve l\u00e0 la dimension de la n\u00e9cessaire illusion. Celle-ci existe des deux c\u00f4t\u00e9s&nbsp;: chez les patients comme chez les soignants.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces illusions et ces utopies seront partag\u00e9es et d\u00e9battues avec les habitants du 11<sup>\u00e8me<\/sup> que St\u00e9phane a invit\u00e9s \u00e0 nous rejoindre. Les diff\u00e9rents regards s\u2019\u00e9tayeront, se m\u00ealeront, s\u2019enrichiront et parfois s\u2019opposeront.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019\u0152il-Cam\u00e9ra<\/h2>\n\n\n\n<p>Au tout d\u00e9but du projet, nous d\u00e9cidons de filmer les rencontres, avec l\u2019id\u00e9e de garder trace de cette aventure.<\/p>\n\n\n\n<p>La cam\u00e9ra est pos\u00e9e sur pied ce qui n\u2019autorise que quelques panoramiques de recadrages ou quelques zooms. Par la suite elle deviendra frontale &#8211; essayant d\u2019embrasser l\u2019ensemble de la sc\u00e8ne &#8211; et totalement fixe sans aucun mouvement, physique ou optique. Nous nous dirons que l\u2019on met en place un cadre, que l\u2019on veut stable.<\/p>\n\n\n\n<p>La plupart des jeunes qui participent \u00e0 ce projet fr\u00e9quentent les ateliers vid\u00e9o que nous animons \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de jour.<\/p>\n\n\n\n<p>Au tout d\u00e9but du projet, c\u2019est \u00e0 cette cam\u00e9ra que les jeunes vont s\u2019adresser.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet \u0153il-cam\u00e9ra nous appara\u00eet alors un objet \u00e9tayant, comme lorsque dans une assembl\u00e9e on cherche un regard connu, rassurant. Un regard protecteur, donc, mais de quoi, en ce qui nous concerne tous&nbsp;: de l\u2019autre, du r\u00e9el&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre y-a-t-il une analogie \u00e0 trouver entre cette cam\u00e9ra t\u00e9moin et la capacit\u00e9 de l\u2019enfant \u00e0 jouer sous le regard de la m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>La cam\u00e9ra, tout comme plus tard le micro \u00e0 Radio CLYPE<sup>2<\/sup>, nous r\u00e9v\u00e8le l\u2019importance du dispositif&nbsp;: porte-voix, porte-image, dans le sens d\u2019un soutien, d\u2019un catalyseur \u00e0 l\u2019expression de soi.<\/p>\n\n\n\n<p>Peu \u00e0 peu, et assez vite, les jeunes vont se d\u00e9tacher de la cam\u00e9ra. Une autre cam\u00e9ra, beaucoup plus mobile, nous rejoint, entre dans le jeu&nbsp;: \u00e7a bouge&nbsp;! C\u2019est celle de Fr\u00e9d\u00e9rique Ribis que St\u00e9phane a invit\u00e9e. Le mot qui nous vient, en l\u2019\u00e9voquant est celui d\u2019un \u00ab&nbsp;\u0153il qui \u00e9coute&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Les images film\u00e9es donneront lieu \u00e0 un <em>making-off<\/em>. Ces images, entre deux samedis d\u2019improvisations, seront parfois revues. Elles le seront encore lors de la projection du <em>making-off<\/em>. Certains patients les auront choisies, pr\u00e9alablement, lors des s\u00e9ances de montage, en studio. Moments tout \u00e0 fait int\u00e9ressants, o\u00f9 les jeunes se confrontent \u00e0 leur propre image&nbsp;: jamais seuls mais avec les adultes, puis avec les autres jeunes. <em>Je me vois, tu me vois, nous nous voyons. Je te vois me regardant, tu me vois me regardant, je te vois te regardant, tu te vois te regardant<\/em>&nbsp;: regards parall\u00e8les, regards crois\u00e9s, regards conjoints.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Regard groupal<\/h2>\n\n\n\n<p>Aucun regard n\u2019annule les autres ou ne les supplante. Nous avons choisi de ne pas d\u00e9velopper cet aspect groupal qui m\u00e9riterait \u00e0 lui seul une intervention.<\/p>\n\n\n\n<p>Soulignons simplement que la cr\u00e9ation s\u2019est faite de mani\u00e8re collective dans des allers et retours, des va-et-vient continus. Rien ne tombait \u00e0 plat&nbsp;; tout \u00e9tait \u00e9cout\u00e9, repris, interrog\u00e9&nbsp;: tout \u00e9tait regard\u00e9 et avait de la valeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme une inscription en palimpseste, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 l\u00e0, cela a fait trace pour tous ceux qui ont particip\u00e9 aux phases constitutives.<\/p>\n\n\n\n<p>Le regard permet la construction de soi et une restauration narcissique&nbsp;: nous aurions pu craindre que le groupe fasse dispara\u00eetre les individualit\u00e9s, or, c\u2019est tout l\u2019inverse qui s\u2019est produit.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons pu constater la mise en place de l\u2019illusion groupale et de la n\u00e9cessaire indiff\u00e9renciation avant la diff\u00e9renciation souhaitable.<\/p>\n\n\n\n<p>Fruit de cette diff\u00e9renciation, un regard d\u2019importance \u00e9galement, c\u2019est celui des jeunes qui ont particip\u00e9 aux projets. Regard sur eux-m\u00eames pendant le projet et dans l\u2019apr\u00e8s-coup. Nous verrons ainsi, \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019enregistrement d\u2019une \u00e9mission \u00e0 Radio CLYPE, comment les patients vont nous surprendre en mobilisant des capacit\u00e9s que nous ne soup\u00e7onnions pas. Ils seront \u00e9tonnants de clart\u00e9 et nous montreront qu\u2019ils ont bien saisi tous les enjeux du projet et le r\u00f4le de St\u00e9phane dans <em>Rater En Beaut\u00e9<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette exp\u00e9rience montre dans l\u2019apr\u00e8s-coup comment elle a op\u00e9r\u00e9 comme un acc\u00e9l\u00e9rateur th\u00e9rapeutique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le regard des patients n\u2019est pas fig\u00e9 sur ce qu\u2019ils ont gard\u00e9. Ils ne sont pas dans la nostalgie. Ils montrent au contraire combien ces projets les ont rendus vivants et les nourrissent encore.<\/p>\n\n\n\n<p>Les jeunes en t\u00e9moignent&nbsp;: chacun en effet a \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 \u00e0 choisir un r\u00f4le dans le programme d\u2019am\u00e9nagement du 11<sup>\u00e8me<\/sup> arrondissement propos\u00e9 par St\u00e9phane&nbsp;: sport, transport, logement, culture, religion\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Ecoutons chacun \u00e0 partir du personnage qui \u00e9tait le sien dans <em>Nous Nous Sommes Rencontr\u00e9s Aux M\u00e9tallos<\/em>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>L\u2019archev\u00eaque parle d\u2019une \u00ab&nbsp;rencontre avec nous-m\u00eames&nbsp;\u00bb<\/li><li>Le d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la culture, instigateur du festival du film rat\u00e9 met en avant sa \u00ab&nbsp;vuln\u00e9rabilit\u00e9&nbsp;\u00bb et revendique la valeur du \u00ab&nbsp;ratage&nbsp;\u00bb<\/li><li>La mangaka dit qu\u2019elle s\u2019est \u00ab&nbsp;improvis\u00e9e elle-m\u00eame&nbsp;\u00bb&nbsp;; qu\u2019elle a pu \u00ab&nbsp;se montrer&nbsp;\u00bb<\/li><li>Le chasseur de sons explique qu\u2019il est lui \u00e0 50% et un personnage \u00e0 50%.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00ab&nbsp;Les photos de mes id\u00e9es&nbsp;\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p>Nous allons regarder de plus pr\u00e8s le parcours de Pierre, notre urbaniste sp\u00e9cialiste de la montagne dans le projet <em>Nous Nous Sommes Rencontr\u00e9s Aux M\u00e9tallos.<\/em> Nous connaissons Pierre depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es. Il est suivi depuis sa toute petite enfance. Malgr\u00e9 des troubles autistiques, il a pu suivre une scolarit\u00e9 et actuellement il travaille.<\/p>\n\n\n\n<p>Pierre a choisi de r\u00e9am\u00e9nager le parc de Belleville en station de ski&nbsp;; le t\u00e9l\u00e9si\u00e8ge part de la place de la R\u00e9publique et passe devant l\u2019h\u00f4pital de jour. Il imagine des pistes&nbsp;; il nous fait partager sa r\u00eaverie, ses visions. Pierre pointe le fait que St\u00e9phane doute d\u00e8s le premier projet&nbsp;: \u00ab&nbsp;tu n\u2019es pas tr\u00e8s s\u00fbr de toi&nbsp;\u00bb lui dit-il. Pierre nous prend \u00e0 t\u00e9moin&nbsp;: comment pouvons-nous cautionner cela&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Rater En Beaut\u00e9<\/em>, film sur le ratage et la vuln\u00e9rabilit\u00e9, St\u00e9phane est amen\u00e9 \u00e0 montrer ses doutes encore plus&nbsp;; il exhibe sa vuln\u00e9rabilit\u00e9 qui est d\u00e9ni\u00e9e et les jeunes deviennent peu \u00e0 peu ses th\u00e9rapeutes.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant tr\u00e8s longtemps Pierre \u00e9tait coll\u00e9 \u00e0 l\u2019autre. L\u00e0 il rep\u00e8re chez l\u2019adulte le manque qu\u2019il ne peut pas voir chez lui. Et il va pouvoir dire \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Pierre pourra aussi faire sienne l\u2019illusion propos\u00e9e par St\u00e9phane dans le premier projet. Il va pouvoir partager sa \u00ab&nbsp;pens\u00e9e en images&nbsp;\u00bb qui sera valid\u00e9e par le groupe et gagnera en l\u00e9gitimit\u00e9 au point de pouvoir \u00eatre pens\u00e9e comme l\u2019un des projets d\u2019am\u00e9nagement du 11<sup>\u00e8me<\/sup> arrondissement.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le deuxi\u00e8me projet en revanche, St\u00e9phane en pr\u00e9sentant son id\u00e9e de film sur la r\u00e9ussite proposera une illusion que Pierre, comme les autres patients, va refuser. Il pourra lui aussi, fort de sa vuln\u00e9rabilit\u00e9, s\u2019affirmer face \u00e0 un St\u00e9phane qui se d\u00e9fait, perch\u00e9 sur son id\u00e9al factice de r\u00e9ussite \u00e0 tout prix.<\/p>\n\n\n\n<p>Pierre dans le premier projet \u00e9tait encore coll\u00e9 aux autres&nbsp;; il avait encore du mal \u00e0 dire \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb&nbsp;; il avait besoin d\u2019un bin\u00f4me pour l\u2019aider \u00e0 donner une forme dicible \u00e0 son projet de pistes de ski mais, l\u2019ann\u00e9e suivante, dans <em>Rater En Beaut\u00e9<\/em> &#8211; le projet qui a suivi &#8211; lors de la rencontre avec Charlotte Marchandise, c\u2019est lui qui prendra la parole pour pr\u00e9senter son programme de \u00ab&nbsp;Paris la montagne&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut s\u2019interroger sur ce choix de la montagne&nbsp;; les pistes de ski ne sont-elles pas l\u00e0 pour am\u00e9nager le vide et \u00e9chapper au vertige&nbsp;? La neige n\u2019est-elle pas la repr\u00e9sentation de l\u2019\u00e9tat interne du patient autiste&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Pierre ne reste plus seul avec ses images. Il les partage et elles se transforment.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les photos<\/h2>\n\n\n\n<p>Les deux projets termin\u00e9s, Pierre partage avec nous des photos qu\u2019il prend, on pourrait dire dans le champ lexical de la montagne&nbsp;: affiches diverses, all\u00e9es dans un bois o\u00f9 il nous demandera d\u2019ajouter de la neige.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je vais te montrer les photos de mes id\u00e9es&nbsp;\u00bb dit-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Il peut int\u00e9rioriser les images \u00e0 travers notre regard&nbsp;; sans doute parce que c\u2019est pris dans la relation et que nous allons nommer et historiciser conjointement ce qu\u2019il choisit de garder du regard qu\u2019il porte sur un r\u00e9el impr\u00e9gn\u00e9 de ses projections.<\/p>\n\n\n\n<p>Pierre ordonne ses r\u00eaveries&nbsp;; il ne s\u2019autorise \u00e0 r\u00eaver qu\u2019\u00e0 des moments pr\u00e9cis, hors temps de travail par exemple comme si le fait de r\u00eaver \u00e0 partir de ses pens\u00e9es en images l\u2019emp\u00eachait d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent, pr\u00e9sentait un danger. Pierre a tir\u00e9 profit du dispositif dans son ensemble&nbsp;: il s\u2019est mis \u00e0 exister \u00e0 travers le regard de l\u2019autre. A pr\u00e9sent il regarde, parle, r\u00eave, <em>etc<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La rencontre avec l\u2019ext\u00e9rieur, on le sait, c\u2019est la grande affaire&nbsp;\u00bb a coutume de dire Guy Lavall\u00e9e. En toute situation humaine, c\u2019est le moment de r\u00e9alit\u00e9 qui fait passer de l\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019existence.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est aussi la question de l\u2019illusion porteuse. Nous avons tous besoin d\u2019illusion pour vivre&nbsp;; le projet propos\u00e9 par St\u00e9phane est illusoire mais il va porter les sujets en avant et leur apporter un espoir \u00e0 vivre en leur permettant de laisser se d\u00e9ployer des fantasmes partageables et partag\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Pierre pourra cr\u00e9er un double interne, un <em>alter ego<\/em> et il nous confiera la cr\u00e9ation de ce double interne.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Il manque un temps \u00e0 ma vie<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il me manque toi<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Mon alter ego<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques mois apr\u00e8s <em>Rater en Beaut\u00e9<\/em>, lors d\u2019un spectacle organis\u00e9 par le professeur de musique, Pierre choisit de chanter <em>Mon alter ego<\/em>, titre de Jean-Louis Aubert&nbsp;; nous en sommes \u00e9mus, sans doute parce que cela r\u00e9sonne en nous de fa\u00e7on tr\u00e8s forte. Ces paroles traduisent pour Pierre, \u00e0 la fois l\u2019affirmation de l\u2019existence du double et la n\u00e9cessit\u00e9 de lui dire adieu pour exister au pr\u00e9sent et dans le r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;Je te garde toujours avec moi mais je dois renoncer \u00e0 toi&nbsp;\u00bb.\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Pierre parle \u00ab&nbsp;des yeux dans sa t\u00eate&nbsp;\u00bb. Nous remarquons qu\u2019il parvient d\u00e9sormais \u00e0 se penser autre et sujet. Il peut recourir au regard int\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>Les photos qu\u2019il nous adresse ne sont-elles pas pour lui le moyen de nous faire part de son activit\u00e9 repr\u00e9sentative&nbsp;? Il a besoin de notre regard.Celui-ci va \u00eatre garant de l\u2019existence de ces vues et de lui, posant devant ces vues. Il nous donne \u00e0 voir une deuxi\u00e8me s\u00e9rie de photos qu\u2019on pourrait intituler&nbsp;: \u00ab&nbsp;Devine o\u00f9 je suis&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Regarde, j\u2019existe devant ce paysage.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019existe du latin <em>ex-sistere<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;sortir de&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;se manifester, se montrer&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019existe si vous me garantissez que vous me voyez. N\u2019est-ce pas l\u2019objectif de tout selfie&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9doublement permet de se voir et de se dire&nbsp;: repr\u00e9sentation de la repr\u00e9sentation. Cette mise en abyme est nouvelle. Pour Pierre, avec la photo, la vision dans la t\u00eate peut prendre forme. Elle va \u00eatre partag\u00e9e et exister. Pierre se repr\u00e9sente lui-m\u00eame comme activit\u00e9 repr\u00e9sentative.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est difficile de rendre compte de ce qui a fonctionn\u00e9, et de comment cela a fonctionn\u00e9, dans ce passage de l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9riorit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019individu est d\u2019abord dans le tableau et si d\u2019en sortir n\u2019est pas pour lui sans danger, sans risque de r\u00e9torsion, c\u2019est \u00e0 ce prix cependant qu\u2019il pourra dire \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb parle, \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb vois, \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb regarde.<\/p>\n\n\n\n<p>Le sujet n\u2019est tel qu\u2019\u00e0 sortir du cadre, qu\u2019\u00e0 se d\u00e9doubler, \u00e0 pouvoir se voir, se voir regarder.<\/p>\n\n\n\n<p>Pierre ne se lasse pas depuis 2016 d\u2019exp\u00e9rimenter cette nouvelle aire de \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb ou de jeux. Il revendique du reste son droit \u00e0 la contemplation, \u00e0 la r\u00eaverie&nbsp;; son besoin de temps pour lui, pour laisser se d\u00e9ployer les photos de ses id\u00e9es. Il les glane au fil de ses promenades, lors de ses rencontres avec un r\u00e9el sur lequel il pose les yeux qui sont dans sa t\u00eate. On peut penser qu\u2018il a construit un espace psychique interne.<\/p>\n\n\n\n<p>Le regard de Pierre est devenu moins fragmentaire, plus li\u00e9. Sa pens\u00e9e peut se partager, s\u2019\u00e9changer avec d\u2019autres, bienveillants et qui sont eux aussi dans sa t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Pierre nous fait partager son regard int\u00e9rieur. Ses textes en atelier d\u2019\u00e9criture sont plus riches, pens\u00e9s. Du dessin il est pass\u00e9 au texte et aux photos&nbsp;; aujourd\u2019hui il \u00e9crit et photographie uniquement.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses pens\u00e9es en images prennent sens et trouvent place dans la relation. En nous les adressant il sort de son <em>no man\u2019s land<\/em>&nbsp;; il s\u2019adresse \u00e0 notre imaginaire comme nous avons sollicit\u00e9 le sien. Il nous invite \u00e0 le suivre et \u00e0 suivre son cheminement de pens\u00e9e. Avec Pierre nous voyons que l\u2019image que nous avons accept\u00e9e comme son mode de communication va pouvoir fonctionner comme un langage partag\u00e9. On constate alors du d\u00e9sir et une mise en tension&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui est essentiel, c\u2019est que gr\u00e2ce aux deux projets culturels, Pierre ait pu investir le r\u00e9el sur ce mode l\u00e0, avec la dimension de l\u2019illusion. L\u2019ensemble du dispositif nous a permis de l\u2019accompagner dans cette appropriation de son identit\u00e9 en prise avec un ext\u00e9rieur qui ressemble \u00e0 ses fantasmes. Il sait que pour nous son imaginaire est pr\u00e9cieux et que nous sommes capables de le partager.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons choisi de parler de Pierre mais nous aurions pu ainsi \u00e9voquer le parcours de chacun des jeunes qui ont particip\u00e9 aux deux projets \u00ab&nbsp;Culture \u00e0 l\u2019h\u00f4pital&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Allons voir ailleurs si j\u2019y suis<\/h2>\n\n\n\n<p>Chacun peut reprendre le titre de notre intervention \u00e0 son compte. C\u2019est bien de cela qu\u2019il s\u2019agit, se trouver soi-m\u00eame \u00e0 travers les m\u00e9diations propos\u00e9es, pouvoir s\u2019affirmer en tant que sujet dans une confrontation \u00e0 un r\u00e9el enfin porteur d\u2019espoir, riche d\u2019une illusion \u00e0 la fois singuli\u00e8re et partag\u00e9e que chacun va pouvoir s\u2019approprier&nbsp;; patients comme soignants.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le monde peut ressembler \u00e0 ce que j\u2019ai dans la t\u00eate, je peux me penser dans le monde.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Nous nous sommes rencontr\u00e9s<\/h2>\n\n\n\n<p>Regards crois\u00e9s, qui construisent un regard au \u00ab&nbsp;nous&nbsp;\u00bb, regard de groupe mais aussi de chacun, dans lequel il se d\u00e9couvre et se reconna\u00eet. Un \u00ab&nbsp;nous&nbsp;\u00bb collectif et indiff\u00e9renci\u00e9 qui contient tous les \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce sens, le singulier de \u00ab&nbsp;<em>Nous nous sommes rencontr\u00e9s<\/em>&nbsp;\u00bb pourrait \u00eatre \u00ab&nbsp;<em>Je me suis rencontr\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Le premier projet a donn\u00e9 lieu \u00e0 un spectacle pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la Maison des M\u00e9tallos en mai 2016 <em>Nous nous sommes rencontr\u00e9s aux M\u00e9tallos<\/em>&nbsp;; le second, <em>Rater en beaut\u00e9<\/em> est un film r\u00e9alis\u00e9 en 2017.<\/li><li>Radio Coll\u00e8ge-LYc\u00e9e-Paris Education.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9404?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Th\u00e9r\u00e8se Tremblais-Dupr\u00e9, l\u2019une des fondatrices du Centre Etienne Marcel \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai con\u00e7u comme n\u00e9cessaire d\u2019ouvrir \u00e0 chacun la possibilit\u00e9 de poursuivre ses recherches dans le domaine des m\u00e9diations p\u00e9dagogiques de cr\u00e9ativit\u00e9 et de culture, aussi bien artistiques que corporelles dans&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1214,1215],"thematique":[],"auteur":[],"dossier":[2017],"mode":[60],"revue":[324],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-9404","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychanalyse","rubrique-psychopathologie","dossier-jeu-de-regard-et-construction-du-jeu","mode-payant","revue-324","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9404","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9404"}],"version-history":[{"count":4,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9404\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13190,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9404\/revisions\/13190"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9404"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=9404"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=9404"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=9404"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=9404"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=9404"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=9404"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=9404"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=9404"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}