{"id":9402,"date":"2021-08-22T07:11:54","date_gmt":"2021-08-22T05:11:54","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/guerison-2\/"},"modified":"2021-09-05T10:06:56","modified_gmt":"2021-09-05T08:06:56","slug":"guerison","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/guerison\/","title":{"rendered":"Gu\u00e9rison"},"content":{"rendered":"<p><em>\u00ab Ne les laissez pas penser que vous allez les gu\u00e9rir \u00bb<sup>1<\/sup>. \u00ab Il y a beaucoup \u00e0 gagner si l\u2019on parvient \u00e0 transformer votre mis\u00e8re hyst\u00e9rique en malheur banal \u00bb <sup>2<\/sup>.<\/em><\/p>\n<p>Tel patient me rappelle une fois de plus qu\u2019il va mal mais \u00e9prouve le besoin aujourd\u2019hui de rajouter qu\u2019il ne faut pas que je m\u2019inqui\u00e8te : \u00ab \u00e7a va tout de m\u00eame bien comme \u00e7a \u00bb. Il poursuit tr\u00e8s vite pr\u00e9venant mes vell\u00e9it\u00e9s d\u2019interventions r\u00e9paratrices qui trahiraient mon inqui\u00e9tude et m\u2019emp\u00eacheraient de totalement l\u2019\u00e9couter, qu\u2019 \u00ab <em>il ne veut peut-\u00eatre pas gu\u00e9rir ou du moins qu\u2019il en a tr\u00e8s peur<\/em> \u00bb et qu\u2019il trouve que \u00ab <em>\u00e7a n\u2019est pas tr\u00e8s gentil pour moi qui le soigne<\/em> \u00bb et m\u00eame pour tout dire, puisqu\u2019il faut tout dire, que \u00ab <em>\u00e7a l\u2019attriste<\/em> \u00bb. Italo Svevo nous avait bel et bien averti : \u00ab <em>J\u2019\u00e9tais sain ou du moins j\u2019aimais tellement ma maladie (si maladie il y a) que j\u2019employais tout mon esprit d\u2019autod\u00e9fense \u00e0 la pr\u00e9server<\/em> \u00bb <sup>3<\/sup>.<\/p>\n<p>Telle patiente tombe malade (une maladie somatique) et me fait part mi \u00e9tonn\u00e9e mi agac\u00e9e de la lev\u00e9e magique de sa d\u00e9pression qui l\u2019invalidait depuis de nombreuses ann\u00e9es et sur laquelle nous \u00ab travaillions \u00bb. Pierre Marty <sup>4<\/sup> nous avait bel et bien enseign\u00e9 que \u00ab <em>la maladie peut devenir un \u201cobjet\u201d mental pour le malade et contribuer \u00e0 sa r\u00e9organisation, rempla\u00e7ant plus ou moins, en quelque sorte, l\u2019objet perdu qui \u00e9tait la source de la d\u00e9sorganisation premi\u00e8re<\/em> \u00bb. Tel enfant dont l\u2019\u00e9nur\u00e9sie a c\u00e9d\u00e9 m\u00e9caniquement sous un traitement m\u00e9dicamenteux, sombre (ou se retrouve) dans une d\u00e9pression profonde. Winnicott nous avait bien enseign\u00e9 que la s\u00e9dation d\u2019un sympt\u00f4me d\u00e9fensif sans travail en profondeur sur son origine pouvait r\u00e9v\u00e9ler d\u2019autres sympt\u00f4mes plus graves sous-tendus par un \u00e9quilibre pr\u00e9caire de la personnalit\u00e9 en risque d\u2019effondrement.<\/p>\n<p>Quotidiennement le m\u00e9decin est confront\u00e9 \u00e0 des malades plus ou moins r\u00e9calcitrants \u00e0 gu\u00e9rir non de leur maladie mais de la \u00ab<em> chienne de vie <\/em>\u00bb<sup> 5<\/sup> qui leur a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e de vivre dans certaines circonstances historiques, sociales, familiales et qui s\u2019est un matin grev\u00e9e d\u2019une \u00ab maladie \u00bb suppl\u00e9mentaire. Paradoxe apparent qu\u2019il importe d\u2019int\u00e9grer (de tol\u00e9rer, de pour ne pas le r\u00e9duire, voire l\u2019annuler) dans le processus de la cure. Dans les cas les plus simples, le sujet est doublement ambivalent, prisonnier d\u2019une moiti\u00e9 de lui-m\u00eame qui aspire au changement mais craint les fausses joies et les d\u00e9ceptions, et d\u2019une autre moiti\u00e9 qui sent la menace d\u2019\u00eatre pris au d\u00e9pourvu face \u00e0 tout ce qu\u2019il (ses propres hautes exigences) devra assumer imm\u00e9diatement au lendemain de sa gu\u00e9rison.<\/p>\n<p>Dans les cas les plus s\u00e9v\u00e8res\u2026 gare \u00e0 la gu\u00e9rison qui entraverait le cours naturel des choses o\u00f9 \u00ab la maladie est une tentative de la nature pour gu\u00e9rir le sujet \u00bb. La valeur de l\u2019\u00e9preuve de la maladie est toujours \u00e0 consid\u00e9rer, ne serait-ce que pour acqu\u00e9rir une sant\u00e9 p\u00e9renne : \u00ab <em>la deuxi\u00e8me sant\u00e9 qui suit la maladie est mille fois plus vivante que le bien-\u00eatre grossier de ceux qui se portent toujours bien <\/em>\u00bb <sup>6<\/sup>. Italo Svevo posait \u00ab<em> qu\u2019\u00e0 la diff\u00e9rence des autres maladies, la vie est toujours mortelle et ne supporte aucun traitement\u2026 Aussi soigner la vie serait vouloir boucher les orifices de notre organisme, en les consid\u00e9rant comme des blessures\u2026 avec pour r\u00e9sultat qu\u2019\u00e0 peine gu\u00e9ris, nous serions \u00e9touff\u00e9s <\/em>\u00bb <sup>7<\/sup>. Voil\u00e0 qui rejoint la pens\u00e9e de Winnicott selon laquelle \u00ab <em>il est parfois beaucoup plus difficile de s\u2019arranger avec la sant\u00e9 qu\u2019avec la maladie <\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>Pour Freud, c\u2019est la v\u00e9rit\u00e9 qui gu\u00e9rit. Pour quelques continuateurs (Rozen, Federn, Ferenczi\u2026) c\u2019est la bont\u00e9 et donc la r\u00e9paration. Pour bon nombre de cliniciens, la gu\u00e9rison n\u2019arrive qu\u2019\u00e0 l\u2019insu du patient et du th\u00e9rapeute. Elle est un \u00ab gain marginal \u00bb (Freud), ne vient que \u00ab de surcro\u00eet \u00bb (Lacan). On a beaucoup critiqu\u00e9 cette phrase apparemment d\u00e9sinvolte quant \u00e0 la souffrance endur\u00e9e par le patient et les th\u00e9rapies r\u00e9adaptatrices ont beau jeu d\u2019affirmer de fa\u00e7on p\u00e9remptoire qu\u2019elles soulagent la souffrance \u00e0 d\u00e9faut de gu\u00e9rir. C\u2019est oublier que simplement apaiser ne suffit pas et que la dynamique et l\u2019\u00e9conomie psychique \u00e9tant ce qu\u2019elles sont, qui font migrer et muer les angoisses en fonction de secrets syst\u00e8mes de roulis, la maladie, elle aussi, lorsque certains d\u00e9s\u00e9quilibres surviennent sur des \u00e9quilibres trop pr\u00e9caires, appara\u00eet\u2026 par surcro\u00eet. Une angoisse, un d\u00e9sir se muent en une autre angoisse, un autre d\u00e9sir\u2026 un clou chasse l\u2019autre\u2026 pour le meilleur comme pour le pire. Il suffit que l\u2019inconscient le fasse <em>sur-croire<\/em>.<\/p>\n<p>L\u2019analyse, dans les premiers temps, loin d\u2019apaiser les sympt\u00f4mes, les exacerbe, quand allant trop vite, soulevant leur poids mort, fait craindre \u00e0 la psych\u00e9, la chute dans l\u2019\u00e9tranget\u00e9 de certains trous, la perte de la ma\u00eetrise dans des d\u00e9bordements affectifs. L\u2019analyste est un chirurgien empathique qui s\u2019attaque \u00e0 r\u00e9-ouvrir certaines plaies suppurantes et aux berges inflamm\u00e9es sans chercher \u00e0 tranquilliser ou consoler. Il ne tente pas d\u2019harmoniser ou de reconstruire des mouvements contradictoires dans une logique confortable aseptis\u00e9e.<br \/>\nIl per\u00e7oit que le patient a sa propre vision de la maladie li\u00e9e \u00e0 ses fantasmes (roman infantile) et \u00e0 son imaginaire (autofiction), dont il peut d\u00e8s lors se dire la victime, mais aussi l\u2019acteur ou l\u2019agent, quand \u00e7a n\u2019est pas l\u2019auteur.<\/p>\n<p>Il accepte et accueille l\u2019exacerbation des \u00e9l\u00e9ments paradoxaux que son intervention a r\u00e9v\u00e9l\u00e9e, sachant que c\u2019est de celle-ci que peut na\u00eetre une re-cr\u00e9ation de soi. L\u2019analyste met du baume sur les blessures du pass\u00e9\u2026 permettant aux patients de se r\u00e9concilier avec lui, et en cessant de les enflammer, d\u2019\u00e9viter qu\u2019il ne contamine leur pr\u00e9sent. C\u2019est la seule action indirecte qu\u2019il a sur l\u2019actualit\u00e9 de notre vie, qu\u2019en aucun cas il ne veut diriger, se contentant simplement de la lib\u00e9rer. On n\u2019est jamais assez gu\u00e9ri\u2026 de soi.<br \/>\nL\u2019analyse est \u00e0 la fois cathartique et contenante ; moins explicative qu\u2019offrant d\u2019un outil de libert\u00e9 pour changer. Elle r\u00e9pond moins \u00e0 des pourquoi qu\u2019\u00e0 une s\u00e9rie de comment. Comment renoncer \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 mat\u00e9rielle pour une v\u00e9rit\u00e9 narrative ? Comment augmenter son degr\u00e9 de libert\u00e9 sans briser la structure-figure-mosa\u00efque psychique que l\u2019on s\u2019est si laborieusement construit, tandis que le changement s\u2019op\u00e8re ? Comment donc renoncer aux jouissances substitutives infantiles que procure la n\u00e9vrose&#8230; ? quel est le prix \u00e0 payer en ce renoncement ? Qui peut m\u2019assurer que dans la libert\u00e9 qu\u2019on se donne avec la gu\u00e9rison, il n\u2019y a pas plus de pens\u00e9e et donc de souffrance ?<\/p>\n<p>Comment admettre que l\u2019on soit en perp\u00e9tuel devenir et donc que plus \u00e7a change, moins \u00e7a change, et que plus \u00e7a change et plus on vit\u2026 au-del\u00e0 de ses craintes ou fantasmes ? Plus\u2026 il y a une vie, que l\u2019on peut accepter ou refuser : je sais bien mais je pr\u00e9f\u00e8re ne pas, je renonce \u00e0 changer malgr\u00e9 mes aspirations car il y a quelque chose d\u2019avant que je ne peux laisser bouger\u2026 car au-del\u00e0 de cette limite, je crois que mon ticket n\u2019est plus valable, ou que j\u2019implose dans une sant\u00e9 frauduleuse,\u2026 je vais donc continuer de subir et de me plaindre. Mais les r\u00e9ussites de la folie sont rares \u00ab <em>gagn\u00e9es seulement \u00e0 force de catastrophes fr\u00f4l\u00e9es \u00bb avertissait Didier Anzieu, et \u00ab toute solution \u00e9conomique c&rsquo;est-\u00e0-dire toute solution maladive, est assur\u00e9e de naufrage, et une v\u00e9ritable wasting machine, une formidable d\u00e9pense \u00e0 perte, une production r\u00e9p\u00e9titive d\u2019espaces boucl\u00e9s, ferm\u00e9s, faussement protecteurs, r\u00e9ellement&nbsp; mutilants<\/em> \u00bb <sup>8<\/sup>.<\/p>\n<p>Comment accepter de l\u00e2cher un sympt\u00f4me certes douloureux mais qui donnait tant de satisfactions (b\u00e9n\u00e9fices secondaires et surtout primaires) ? Comment tol\u00e9rer de ne plus se montrer sous son jour le plus d\u00e9plaisant ? Comment renoncer \u00e0 certains plaisirs de se livrer pieds et poings li\u00e9s, mais sans frein, \u00e0 son vice\u2026 au-del\u00e0 du principe du plaisir\u2026 du bien et du mal ? Avec l\u2019\u00e2ge, ce sympt\u00f4me, cette posture, ce vice s\u2019\u00e9taient auto-renforc\u00e9s et avaient engendr\u00e9 quelques pseudopodes malins, jusqu\u2019\u00e0 finir par donner au sujet une identit\u00e9 d\u2019emprunt ou de substitution. Est-ce que le th\u00e9rapeute, qui devra prendre le temps d\u2019\u00e9couter toute la patiente gen\u00e8se de cette maladie, aura mieux \u00e0 m\u2019offrir ? Charles Bovary sous l\u2019insistance d\u2019Emma (\u00e0 qui cette histoire rappelait quelque chose) avait fini par op\u00e9rer le malheureux boiteux sans rien pr\u00e9sager des funestes cons\u00e9quences sur sa vie, de la soustraction d\u2019une part native de son identit\u00e9. Son infimit\u00e9 r\u00e9par\u00e9e, il ne pouvait plus gagner sa vie en mendiant. Ainsi faut-il pr\u00eater une grande attention, comme le recommandait Freud, au co\u00fbt \u00e9conomique de la pathologie comme de son traitement, lorsqu\u2019il \u00e9voquait la tristesse d\u00e9pressive qui accompagnait l\u2019\u00e9prouv\u00e9 de la&nbsp; \u00ab banalit\u00e9 de la vie \u00bb\u2026 de la \u00ab mis\u00e8re quotidienne \u00bb du fait d\u2019une \u00ab gu\u00e9rison \u00bb qui imposait au sujet de renoncer au narcissisme, id\u00e9alisant sa pathologie \u00ab \u00e0 tout \u00e9gard unique et extraordinaire \u00bb.<\/p>\n<p>Au total, l\u2019analyse d\u00e9lie\u2026 elle redistribue l\u2019\u00e9conomie psychique, lib\u00e8re l\u2019imaginaire, favorise l\u2019arr\u00eat de la r\u00e9p\u00e9tition\u2026 et autorise<em> in fine<\/em> la re-cr\u00e9ation de soi. Elle travaille sur le d\u00e9senchantement et\/ou les d\u00e9sillusions du sujet par rapport au monde, aux autres, \u00e0 l\u2019autre, \u00e0 soi, \u00e0 l\u2019autre en soi, \u00e0 soi en l\u2019autre. Vont en analyse non ceux qui veulent gu\u00e9rir ou arr\u00eater de souffrir (ce serait n\u00e9gliger le risque de sombrer dans la nostalgie de leur si savoureuse \u00ab tristesse \u00bb voire de leur si beau \u00ab malheur \u00bb), mais ceux qui veulent comprendre ce qui la meut et ce qui g\u00e2te leur acc\u00e8s au plaisir et perturbe leur jouissance, et ceux qui veulent gagner leur propre libert\u00e9 dans l\u2019appropriation du monde. Ceux encore pour qui \u00e7a ne va plus de soi, c\u2019est-\u00e0-dire ceux, d\u00e9senchant\u00e9s, dont la perte de la connaissance intuitive du monde h\u00e9rit\u00e9e de l\u2019enfance, et de l\u2019immensit\u00e9 de la possibilit\u00e9 d\u2019imaginer ce qui allait avec\u2026 et aussi de croire\u2026 laissent d\u00e9sabus\u00e9s. La r\u00e9alit\u00e9 n\u2019existe pas, seule la croyance est substantielle\u2026 Il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 voir la d\u00e9ception des enfants \u00e0 qui on promet quelque chose qu\u2019on ne tient pas. La psychanalyse promet sans le dire au patient la perte de ses derni\u00e8res illusions sur son pass\u00e9\u2026 et l\u2019avenir qu\u2019ouvre une jeunesse d\u00e9pass\u00e9e. Elle peut se tromper mais son \u00e9thique responsable (l\u2019id\u00e9e que l\u2019on se fait de l\u2019autre en tant qu\u2019\u00eatre humain) l\u2019oblige \u00e0 ne pas mentir pour faire contrepoids \u00e0 la force du transfert que g\u00e9n\u00e8re le d\u00e9sarroi.<\/p>\n<p>On ne gu\u00e9rit pas, on se rassemble jusqu\u2019\u00e0 finir par se ressembler. On ne retrouve pas sa personnalit\u00e9, on la trouve. On s\u2019apaise avec l\u2019aide de quelqu\u2019un qui trouve notre assentiment en nous donnant le sien. On renonce au trop de tranquillit\u00e9.<\/p>\n<p>Mais n\u2019est-ce pas l\u00e0 une id\u00e9alisation aux cons\u00e9quences parfois redoutables ? Dire que dans tous les cas que ce qui serait vis\u00e9 est la d\u00e9sali\u00e9nation pour l\u2019ouverture d\u2019un passage vers la v\u00e9rit\u00e9 sur soi, celle-l\u00e0 m\u00eame \u00e0 laquelle s\u2019oppose le pouvoir des sympt\u00f4mes, et que la gu\u00e9rison ne viendrait que \u00ab de surcro\u00eet \u00bb, c\u2019est supposer que le sujet a les moyens et\/ou la libert\u00e9 de se d\u00e9senfermer et de r\u00e9activer ses ressources internes. De r\u00e9silier comme on dit maintenant\u2026 Assignation \u00e0 r\u00e9silience quelque peu culpabilisante qui se discute constamment pour chaque sujet tant le risque de fuite et de refuge dans la gu\u00e9rison est grand. Si tel n\u2019est pas le cas, si ces ressources internes s\u2019av\u00e8rent insuffisantes\u2026 restent d\u2019autres th\u00e9rapies dont Bion disait qu\u2019au fond, elles peuvent avoir du succ\u00e8s parce que les gens lui sont reconnaissants de leur \u00e9viter de penser. Et puis certains sympt\u00f4mes tel que le d\u00e9lire peuvent constituer des processus paradoxaux de gu\u00e9rison\u2026 et les annihiler sans pr\u00e9caution peut aboutir \u00e0 des gu\u00e9risons qui s\u2019av\u00e8rent tr\u00e8s vite \u00eatre des d\u00e9sastres. On le voit aussi en m\u00e9decine somatique\u2026 quand la chimioth\u00e9rapie tue le cancer d\u2019un sujet qui meurt gu\u00e9ri, ne r\u00e9chappant pas aux effets secondaires du traitement. Le sympt\u00f4me est un tiers-parlant (\u00e0 d\u00e9faut de pouvoir sublimer) avec qui il va falloir n\u00e9gocier. Dire d\u2019un autre patient qu\u2019il ne pouvait pas faire autre chose que de se suicider, quand l\u2019annonce de son passage \u00e0 l\u2019acte survient, est surtout le t\u00e9moignage que la th\u00e9orie aide aussi \u00e0 ne pas penser. Humilit\u00e9 donc\u2026 celle de Freud se r\u00eavant chirurgien\u2026 de ne pas conforter les illusions en levant les r\u00e9sistances comme un chirurgien l\u00e8ve une adh\u00e9rence permettant \u00e0 l\u2019organe comprim\u00e9 de d\u00e9compresser. \u00ab L\u2019illusion de gu\u00e9rir s\u2019amenuise au profit de l\u2019illusion de soigner \u00bb \u00e9crivait Jean Guyotat\u2026 \u00ab <em>c\u2019est parce que je ne suis pas gu\u00e9ri \u2026 que je suis gu\u00e9ri\u2026 je travaille <\/em>\u00bb surench\u00e9rit un patient.<\/p>\n<p>Le droit \u00e0 la gu\u00e9rison, id\u00e9al de la m\u00e9decine scientifique fait parfois courir le risque au m\u00e9decin qui fait trop vite violence au patient en se pr\u00e9cipitant trop vite vers la sant\u00e9, de rater l\u2019\u00e9v\u00e9nement qu\u2019est la maladie.<\/p>\n<p>L\u2019hypersant\u00e9 est une maladie rat\u00e9e dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019autoconsommation de performance et de sur-adaptation, et il est dangereux parfois de trop vite gu\u00e9rir et donc de fuir dans la gu\u00e9rison sans vouloir savoir de quoi on veut gu\u00e9rir. Comme de vomir ou de saigner sans non seulement savoir pourquoi, d\u2019o\u00f9, comment, mais aussi qu\u2019est ce qui saigne et ainsi s\u2019\u00e9coule dans une h\u00e9morragie narcissique d\u2019h\u00e9mophile ? Qu\u2019est ce qui remonte et est ainsi rendu ? Gare aux effets collat\u00e9raux de l\u2019hypersant\u00e9\u2026 on meurt parfois plus vite de se gu\u00e9rir de tout\u2026 de trop vite se purger apr\u00e8s avoir refoul\u00e9 sans savoir (de) quoi ! Tous les r\u00e9animateurs savent \u00e7a. Qui oserait parler de gu\u00e9rison en sant\u00e9 mentale, m\u00e9conna\u00eetrait le besoin pour certains patients de garder la main sur certains sympt\u00f4mes et certaines perversit\u00e9s bien f\u00e9tichis\u00e9es, pour tenir dans le nouvel \u00e9quilibre que l\u2019on a construit avec eux ?<\/p>\n<p><strong><em>Pr Maurice Corcos<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Notes<br \/>\n1. Freud \u00e0 Jung.<br \/>\n2. Sigmund Freud, <em>Etude sur l\u2019hyst\u00e9rie<\/em>,1895.<br \/>\n3. Italo Svevo, <em>Le bon vieux et la belle enfant<\/em>, Points-Seuil, 1994.<br \/>\n4. Pierre Marty, \u201cPsychosomatique et psychanalyse\u201d, <em>Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, mars 1990.<br \/>\n5. Arthur Schopenhauer.<br \/>\n6. Stefan Zweig, <em>Nietzsche<\/em>, Essai Stock, 1930.<br \/>\n7. Italo Svevo, <em>La Conscience de Zeno<\/em>, Folio Gallimard, 1964, p. 535.<br \/>\n8. Nathalie Zaltman, <em>De la gu\u00e9rison psychanalytique<\/em>, coll. Epitres, PUF, 2001.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9402?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Ne les laissez pas penser que vous allez les gu\u00e9rir \u00bb1. \u00ab Il y a beaucoup \u00e0 gagner si l\u2019on parvient \u00e0 transformer votre mis\u00e8re hyst\u00e9rique en malheur banal \u00bb 2. Tel patient me rappelle une fois de plus&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1212],"thematique":[],"auteur":[],"dossier":[],"mode":[60],"revue":[324],"type_article":[451],"check":[],"class_list":["post-9402","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-imprecis","mode-payant","revue-324","type_article-articles"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9402","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9402"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9402\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12432,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9402\/revisions\/12432"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9402"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=9402"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=9402"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=9402"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=9402"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=9402"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=9402"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=9402"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=9402"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}