{"id":9401,"date":"2021-08-22T07:11:54","date_gmt":"2021-08-22T05:11:54","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/dominique-cupa-travail-de-deuil-travail-de-melancolie-et-travail-de-somatisation-2\/"},"modified":"2021-11-07T13:32:26","modified_gmt":"2021-11-07T12:32:26","slug":"dominique-cupa-travail-de-deuil-travail-de-melancolie-et-travail-de-somatisation","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/dominique-cupa-travail-de-deuil-travail-de-melancolie-et-travail-de-somatisation\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Travail de deuil, travail de m\u00e9lancolie et travail de somatisation\u00a0\u00bb par Dominique Cupa"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Ce texte est issu d&rsquo;une conf\u00e9rence d&rsquo;introduction \u00e0 la psychanalyse de la Soci\u00e9t\u00e9 Psychanalytique de Paris<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les tribulations du travail psychique face \u00e0 la perte d\u2019objet<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Triste concordance des temps qui programme la conf\u00e9rence d\u2019introduction \u00e0 la psychanalyse de la SPP de Dominique Cupa, intitul\u00e9e <em>Travail de deuil, travail de m\u00e9lancolie et travail de somatisation<\/em>, quelques jours apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de G\u00e9rard Szwec, coll\u00e8gue, ami et auteur auquel la conf\u00e9renci\u00e8re fera r\u00e9f\u00e9rence tout au long de la soir\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Dominique Cupa, membre de la SPP et de l\u2019IPSO a propos\u00e9 une conf\u00e9rence magistrale o\u00f9 ses qualit\u00e9s de professeure se sont fait sentir \u00e0 chaque instant par son souci de clart\u00e9 et d\u2019illustration de son propos \u00e0 l\u2019aide de vignettes cliniques ou de r\u00e9f\u00e9rences litt\u00e9raires. Nous l\u2019avons suivie le long des chemins que peut prendre le travail psychique face \u00e0 la perte d\u2019objet. Une d\u00e9ambulation sous forme de labyrinthe o\u00f9 un embranchement conduirait \u00e0 la m\u00e9lancolie tandis qu\u2019une autre bifurcation aurait plut\u00f4t men\u00e9 \u00e0 la somatisation, le travail de deuil \u00e9tant en quelque sorte le chemin o\u00f9 le travail de transformation serait le plus op\u00e9rant face \u00e0 la perte d\u2019objet.<\/p>\n\n\n\n<p>D. Cupa a commenc\u00e9 par d\u00e9crire le travail de deuil, \u00e0 partir, entre autres, de <em>Deuil et m\u00e9lancolie<\/em> (Freud, 1915) et en s\u2019appuyant sur la Fable de Jean de La Fontaine, <em>La Matrone<\/em> <em>d\u2019Eph\u00e8se<\/em>, reprise du r\u00e9cit de P\u00e9trone. Elle a d\u00e9compos\u00e9 ce travail de deuil en cinq caract\u00e9ristiques :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Le travail de deuil s\u2019enclenche lorsque les liens avec un objet aim\u00e9 sont d\u00e9finitivement perdus. Cette perte comporte une dimension traumatique en ce qu\u2019elle soumet le moi \u00e0 une forte quantit\u00e9 d\u2019excitations douloureuses du fait de la rupture du lien et de la perte narcissique occasionn\u00e9e car une partie de nous-m\u00eames meurt avec l\u2019objet. L\u2019objet est alors id\u00e9alis\u00e9. \u00ab Ce qui caract\u00e9rise les cimeti\u00e8res \u00bb disait Michel Neyraut, \u00ab c\u2019est qu\u2019on ne trouve pas de critiques sur les tombes \u00bb <\/li><li>Pour supporter l\u2019\u00e9preuve de r\u00e9alit\u00e9 que fait vivre cette perte (ne plus voir, toucher, \u00e9changer\u2026 avec l\u2019objet), le sujet peut avoir recours \u00e0 \u00ab un clivage fonctionnel \u00bb (G\u00e9rard Bayle) qui prot\u00e8ge une partie du moi ou \u00e0 un d\u00e9ni, souvent \u00e9tay\u00e9 sur des croyances, notamment religieuses, qui permettent d\u2019imaginer l\u2019objet perdu malgr\u00e9 tout encore l\u00e0.<\/li><li>Ces m\u00e9canismes de d\u00e9fense n\u2019emp\u00eachent pas la perte de produire une douleur intense en \u00e9cho \u00e0 celle exp\u00e9riment\u00e9e par le nourrisson en d\u00e9tresse, lorsque l\u2019objet tarde \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 son appel et qu\u2019il vit sa toute premi\u00e8re perte d\u2019objet<\/li><li>Cette douleur n\u2019est pas seulement le signe de l\u2019amour port\u00e9 \u00e0 l\u2019objet perdu. Elle est aussi li\u00e9e \u00e0 des sentiments de culpabilit\u00e9, cons\u00e9quence de la haine port\u00e9e \u00e0 l\u2019objet comme dans toute relation objectale.<\/li><li>Ceci \u00e9tant, la haine participe au d\u00e9tachement de l\u2019objet perdu permettant progressivement de nouveaux investissements libidinaux. Le plaisir de vivre l\u2019emporte sur l\u2019attachement \u00e0 l\u2019objet perdu et le sujet retrouve une v\u00e9ritable \u00e9nergie d\u2019investissement.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Ce ne sera pas le cas avec le travail de m\u00e9lancolie mais D. Cupa nous permet de r\u00e9aliser qu\u2019il correspond tout de m\u00eame \u00e0 un processus psychique pouvant maintenir une certaine dynamique pulsionnelle. Elle en pointe les \u00e9l\u00e9ments distinctifs partant de sa lecture des textes freudiens et des conceptualisations de Benno Rosenberg \u00e0 ce sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Dans la m\u00e9lancolie, si un objet est aussi perdu, la perte, \u00e0 la diff\u00e9rence du deuil, est inconsciente, ou tout au moins, ce qui a \u00e9t\u00e9 perdu de l\u2019objet n\u2019est pas conscient. De plus, il y a un appauvrissement libidinal important.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Le m\u00e9lancolique se d\u00e9pr\u00e9cie, s\u2019auto-injurie comme s\u2019il \u00e9tait dans l\u2019attente d\u2019un ch\u00e2timent. Ses reproches sont adress\u00e9s au moi, en lieu et place de l\u2019objet. En effet, le moi s\u2019est identifi\u00e9 \u00e0 l\u2019objet perdu suite \u00e0 un mouvement de r\u00e9gression narcissique provoqu\u00e9 par la perte. Le moi est pris comme nouvel objet. C\u2019est la premi\u00e8re condition qui permet le travail de m\u00e9lancolie.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Le processus identificatoire provient de la fa\u00e7on dont l\u2019objet a \u00e9t\u00e9 initialement investi. Il s\u2019agit d\u2019un investissement d\u2019objet narcissique li\u00e9 \u00e0 une id\u00e9alisation de l\u2019objet, dans lequel le sujet s\u2019investit \u00e0 travers l\u2019objet. Ce mouvement a lieu au moment de l\u2019identification primaire qui est le premier stade de la relation \u00e0 l\u2019objet o\u00f9 le sujet s\u2019approprie l\u2019objet, s\u2019identifie \u00e0 lui par amour via l\u2019incorporation. Il s\u2019agit d\u2019un mouvement cannibalique ambivalent explor\u00e9 par Freud dans Totem et tabou (1912) qui s\u2019assure de garder l\u2019objet d\u2019amour en soi et comporte tout autant un caract\u00e8re destructeur.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; La perte d\u00e9cha\u00eene et la haine et le mouvement incorporatif ce qui provoque un&nbsp; accolement-attachement encore plus \u00e9troit avec l\u2019objet. La destructivit\u00e9 est dirig\u00e9e contre le moi identifi\u00e9 \u00e0 l\u2019objet. Notons cependant que l\u2019autod\u00e9pr\u00e9ciation, la m\u00e9sestime de soi cachent les attaques de l\u2019objet id\u00e9alis\u00e9. D\u00e9valoriser l\u2019objet permet de d\u00e9sinvestir narcissiquement l\u2019objet et du coup de maintenir une distance avec lui.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Quant \u00e0 la douleur, elle est d\u2019abord auto-sadique dans la mesure o\u00f9 elle s\u2019adresse au moi qui a introject\u00e9 l\u2019objet perdu en s\u2019identifiant \u00e0 lui. C\u2019est lorsqu\u2019au bout d\u2019un certain temps l\u2019auto-sadisme se transforme en masochisme du moi que la voie de sortie de la m\u00e9lancolie s\u2019ouvre. Deux raisons pour cela : le masochisme demande un objet sadique sans lequel il n\u2019y a pas un v\u00e9ritable masochisme qui permet une \u00e9rotisation de la souffrance et donc une certaine satisfaction \u00e0 supporter cette souffrance.&nbsp; Mais il faut alors que le m\u00e9lancolique&nbsp; trouve un objet sadique. C\u2019est le premier objet externe que le sujet va alors investir. C\u2019est ainsi que la fin d\u2019un acc\u00e8s m\u00e9lancolique se termine par des attaques du th\u00e9rapeute qu\u2019il accuse de le faire souffrir ! Le masochisme permet aussi une intrication des pulsions de vie et de mort comme Freud l\u2019indique dans le <em>Probl\u00e8me \u00e9conomique du masochisme<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le travail de somatisation peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un ratage du travail de m\u00e9lancolie o\u00f9 la d\u00e9sorganisation du moi devient de plus en plus importante. <\/p>\n\n\n\n<p>Le travail de somatisation th\u00e9oris\u00e9 par Claude Smadja se distingue du travail de deuil et de m\u00e9lancolie en plusieurs points :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Il y a une disparition presque totale de la libido tant narcissique qu\u2019objectale. Les psycho-somaticiens parlent alors de \u00ab d\u00e9pression essentielle \u00bb (fatigue, gravit\u00e9, morosit\u00e9, plaintes concernant le corps). C\u2019est une clinique tr\u00e8s silencieuse. A cela s\u2019ajoute \u00ab la pens\u00e9e op\u00e9ratoire \u00bb qui pr\u00e9sente une associativit\u00e9 pauvre, une absence de fantasmes et de r\u00eaves, des repr\u00e9sentations qui sont des \u00e9quivalents perceptifs, coup\u00e9es des affects. L\u2019appareil psychique est indisponible, il ne peut pas alors \u00e9laborer les excitations qui s\u2019accumulent.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Si la douleur physique est pr\u00e9sente, la douleur psychique de la perte est effac\u00e9e, les affects sont abras\u00e9s, l\u2019appareil affectif est comme auto-amput\u00e9. Le sujet utilise les proc\u00e9d\u00e9s auto-calmants conceptualis\u00e9s, entre autres, par G. Szwec. Les proc\u00e9d\u00e9s auto-calmants sont des modalit\u00e9s comportementales ou intellectuelles utilis\u00e9es pour tenter de d\u00e9charger les excitations mais sans jamais y arriver, par exemple : taper sur un tambour pendant des heures, faire abusivement de la course, travailler tout le temps.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Comme dans la m\u00e9lancolie, une r\u00e9gression r\u00e9pond \u00e0 la d\u00e9sorganisation caus\u00e9e par la perte. Le manque de libido ne permet pas de contenir la menace qui p\u00e8se sur le moi qui risque le morc\u00e8lement. La r\u00e9gression permet de trouver une \u00ab solution \u00bb avec une fixation somatique. Pierre Marty reprend l\u00e0, l\u2019id\u00e9e \u00ab d\u2019une \u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 organique \u00bb propos\u00e9e par Freud dans les <em>Trois essais<\/em>. Il s\u2019agit pour Marty de la possibilit\u00e9 de se replier sur un organe et d\u2019y fixer la chute r\u00e9gressive. Dans ce cas, nous avons \u00e0 faire \u00e0 des maladies r\u00e9versibles.<br>&nbsp;<br>&#8211; Il y a un autre fonctionnement \u00e0 bien diff\u00e9rencier : la d\u00e9sorganisation progressive. Il s\u2019agit alors d\u2019une r\u00e9gression sans limite, le travail de somatisation r\u00e9sultant d\u2019une activit\u00e9 inconsciente des pulsions de mort fortement d\u00e9sintriqu\u00e9es des pulsions de vie, qui cherchent \u00e0 \u00e9teindre les excitations au niveau du moi. Dans ce cas, nous avons \u00e0 faire \u00e0 une maladie \u00e9volutive. Le corps peut alors prendre le relais du psychisme d\u00e9faillant offrant des possibilit\u00e9s de r\u00e9objectalisation comme succ\u00e9dan\u00e9 d\u2019un objet psychique et permettant une r\u00e9intrication des pulsions de vie et de mort \u00e0 travers le masochisme \u00e9rog\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout au long de la soir\u00e9e, Dominique Cupa a ainsi d\u00e9pli\u00e9 les destins possibles du moi face \u00e0 la perte d\u2019objet. Ils nous rappellent \u00e0 quel point l\u2019objet est crucial au fonctionnement psychique. Son absence cause des d\u00e9sordres et sa disparition menace le moi jusqu\u2019\u00e0 potentiellement provoquer la destructivit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9401?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce texte est issu d&rsquo;une conf\u00e9rence d&rsquo;introduction \u00e0 la psychanalyse de la Soci\u00e9t\u00e9 Psychanalytique de Paris Les tribulations du travail psychique face \u00e0 la perte d\u2019objet Triste concordance des temps qui programme la conf\u00e9rence d\u2019introduction \u00e0 la psychanalyse de la&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1230,1525],"thematique":[629],"auteur":[2463],"dossier":[],"mode":[61],"revue":[324],"type_article":[451],"check":[2023],"class_list":["post-9401","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-a-la-une","rubrique-introduction-a-la-psychanalyse","thematique-deuil","auteur-stephanie-george-2","mode-gratuit","revue-324","type_article-articles","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9401","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9401"}],"version-history":[{"count":4,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9401\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15034,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9401\/revisions\/15034"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9401"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=9401"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=9401"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=9401"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=9401"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=9401"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=9401"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=9401"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=9401"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}