{"id":9379,"date":"2021-08-22T07:11:51","date_gmt":"2021-08-22T05:11:51","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/enfances\/"},"modified":"2021-09-14T17:12:32","modified_gmt":"2021-09-14T15:12:32","slug":"enfances","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/enfances\/","title":{"rendered":"Enfances"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div><em>\u00ab&nbsp;Chaque \u00e9crivain (\u2026 chaque homme) g\u00e8re au fond de lui une source unique qui alimente pendant sa vie ce qu\u2019il est, ce qu\u2019il dit (analyse), ce qu\u2019il \u00e9crit&nbsp;\u00bb<\/em><footer>Albert Camus, pr\u00e9face de <em>L\u2019envers et l\u2019endroit<\/em>, Folio, Gallimard, 1969.<\/footer>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div><em>\u00ab&nbsp;Quiconque survit \u00e0 son enfance dispose d\u2019une assez simple information sur la vie pour le reste de ses jours&nbsp;\u00bb.<\/em><footer>Flannery O\u2019Connor.<\/footer>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Fort de ces deux constats, voyons ce que disent de leur enfance et de leur analyse quelques \u00e9crivains inspirants qui n\u2019ont pas craint que la cure n\u2019ass\u00e8che leur cr\u00e9ativit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Michel Leiris<\/strong>&nbsp;; l\u2019ethnologue qui n\u2019aimait pas les voyages, le po\u00e8te-contempteur et critique de Francis Bacon, Alberto Giacometti et Pablo Picasso, qui organisa d\u00e8s la fin de la guerre la lecture de la premi\u00e8re pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre de Picasso \u00ab&nbsp;<em>le d\u00e9sir attrap\u00e9 par la queue<\/em>&nbsp;\u00bb o\u00f9 se donn\u00e8rent rendez-vous Sartre et Camus, Lacan et Reverdy, Simone de Beauvoir et Valentine Hugo&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;et je me d\u00e9cidais \u00e0 suivre un traitement psychanalytique<sup>1<\/sup>. Je voulais me d\u00e9livrer avant tout de cet atroce sentiment d\u2019impuissance \u2013 tant g\u00e9nitale qu\u2019intellectuelle \u2013 dont je souffre encore aujourd\u2019hui. D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, sadisme, masochisme, etc., ne constituent pas pour moi des \u00ab&nbsp;vices&nbsp;\u00bb mais seulement des moyens d\u2019atteindre une intense r\u00e9alit\u00e9. Par la psychanalyse, j\u2019entendais me lib\u00e9rer de cette crainte chim\u00e9rique d\u2019un ch\u00e2timent, chim\u00e8re renforc\u00e9e par l\u2019emprise imb\u00e9cile de la morale chr\u00e9tienne \u2013 dont on ne peut jamais se flatter d\u2019\u00eatre enti\u00e8rement d\u00e9barrass\u00e9 &#8211; et la contrainte de conventions illogiques et inhumaines propres \u00e0 une civilisation qui tue les criminels qu\u2019elle produit.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai subi cette cure d\u2019abord pendant un an, avec des fortunes diverses. Ce fut, au moins durant les premiers temps, le couteau dans la plaie. Un soir d\u2019ivrognerie, je couchai avec une Anglo-saxonne alcoolique, demi-folle et d\u2019un \u00e2ge avanc\u00e9. Je me fis pocher les yeux \u00e0 grandes gifles par une fille et sa maquerelle. Rencontrant un beau jour chez un couple que j\u2019admirais, une petite provinciale blonde, en deuil d\u2019un enfant qu\u2019elle venait de perdre, je d\u00e9cidai s\u00e9ance tenante de l\u2019enlever. Je finis par des relations de hasard. Pourtant, de ces amours ou d\u00e9risoires ou malheureuses, j\u2019ai gard\u00e9 une impression de paradis. Ce que j\u2019y ai appris surtout, <em>l\u2019on se retrouve toujours identique \u00e0 soi-m\u00eame, qu\u2019il y a une unit\u00e9 dans une vie et que tout se ram\u00e8ne, quoi qu\u2019on fasse, \u00e0 une petite constellation de choses qu\u2019on tend \u00e0 reproduire, sous des formes diverses, une nombre illimit\u00e9 de fois<\/em>. Je sais fort bien que je reste obs\u00e9d\u00e9 \u2013 j\u2019en viens \u00e0 m\u2019expliquer assez clairement par suite de quel sentiment de culpabilit\u00e9 (non plus cach\u00e9, comme celui qui repose sur les repr\u00e9sentations infantiles relatives aux cons\u00e9quences possibles de la masturbation ou des d\u00e9sirs d\u2019inceste, mais en quelque sorte effectif \u2013 je me conduis toujours comme une esp\u00e8ce de \u00ab&nbsp;maudit&nbsp;\u00bb que poursuit \u00e9ternellement sa punition qui en souffre mais qui ne souhaite rien tant que pousser \u00e0 son comble cette mal\u00e9diction, attitude dont j\u2019ai tir\u00e9 longtemps une joie aigu\u00eb bien que s\u00e9v\u00e8re. Cette nuit-l\u00e0, je revins \u00e0 moi, en poussant un hurlement. Ce cri, je me le demande encore aujourd\u2019hui, exprimait-il la pire angoisse ou bien un plaisir fulgurant&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Raymond Queneau<\/strong><sup>2<\/sup>&nbsp;; le p\u00e8re de Zazie <em>(dans le m\u00e9tro)<\/em> et de Pierrot <em>(mon ami)<\/em> et sous le nom d\u2019emprunt Sally Mara pour \u00e9viter la censure, l\u2019auteur de trois livres beaucoup plus crus et pourtant tout aussi tendres. Celui qui qualifiait \u00e0 juste titre la douleur d\u2019exister d\u2019<em>ontalgie<\/em> et non de naus\u00e9e (Sartre) ou d\u2019\u00e9tranget\u00e9 (Camus)\u2026 car \u00ab&nbsp;<em>\u00e7a faisait plus chic<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;\u00c0 l\u2019enfance, \u00f4 Seigneur, je reviens afin d\u2019am\u00e9liorer mon \u00e2ge viril. Pourquoi ce retour \u00e0 l\u2019enfance \/ Pourquoi ce retour, toujours&nbsp;?&nbsp;\u00bb<br>\u00ab&nbsp;<em>Je v\u00e9cus mon enfance \u00e9cras\u00e9 de terreurs et d\u2019anxi\u00e9t\u00e9s \u00e9tranges. Certes j\u2019avais du go\u00fbt pour l\u2019ordure et la crasse, images de ma haine et de mon d\u00e9sespoir. Le soleil maternel est un excr\u00e9ment noir et toute joie une grimace. Abandonn\u00e9, tromp\u00e9, enfant, dans quel miroir verrais-tu ton image autre que d\u00e9form\u00e9e&nbsp;? Drame du sein perdu, drame de pr\u00e9histoire\u2026 Inexplicablement je connus l\u2019injustice et fut mis un matin chez une femme avide et b\u00eate, une nourrice, qui me tendit son sein&nbsp;\u00bb.<\/em><br><em>\u00ab&nbsp;Mon lit se trouve pr\u00e8s du sien. \/ J\u2019entends g\u00e9mir cette infid\u00e8le&nbsp;\u00bb.<\/em><br><em>\u00ab&nbsp;Comme Raymonde, j\u2019enl\u00e8ve une nonne sanglante<\/em><br><em>Et la nonne est ma m\u00e8re \u2013 apr\u00e8s associations.<\/em><br><em>\u00ab&nbsp;Monsieur lui ai-je dit vous blaguez un peu fort&nbsp;!<\/em><br><em>Je ne puis supporter les turlupinations<\/em><br><em>Que vous me d\u00eetes \u00eatre une psychanalyse<\/em>&nbsp;\u00bb.<br>(\u2026)<br>\u00ab&nbsp;<em>Et puis mon p\u00e8re m\u2019a battu&nbsp;: J\u2019avais crach\u00e9 sur sa personne&nbsp;\u00bb.<\/em><br><em>\u00ab&nbsp;Papa, maman, c\u2019est un m\u00e9nage. Moi, je suis leur petit gar\u00e7on&nbsp;\u00bb.<\/em><br><em>\u00ab&nbsp;Mes chers mes bons parents, combien je vous aimais,<\/em><br><em>pensant \u00e0 votre mort oh combien je pleurais,<\/em><br><em>peut-\u00eatre d\u00e9sirais-je alors votre d\u00e9c\u00e8s,<\/em><br><em>mes chers mes bons parents, combien je vous aimais&nbsp;\u00bb<\/em><br>\u00ab&nbsp;<em>Le chien redescend aux Enfers \/ Le ch\u00eane se l\u00e8ve &#8211; enfin&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb.\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p><strong>Georges Perec<\/strong><sup>3<\/sup>&nbsp;: Le plus beau t\u00e9moignage de gratitude d\u2019un analysant \u00e0 son analyste\u2026 Jean Bertrand Pontalis. Le g\u00e9nie des topos m\u00e9lancoliques.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;<em>Pendant quatre ans, de mai 1971 \u00e0 juin 1975, j\u2019ai fait une analyse. (\u2026) L\u00e0-bas comme ici, il \u00e9tait presque r\u00e9confortant de se dire qu\u2019un jour les mots viendraient. Un jour on se mettrait \u00e0 parler, on se mettrait \u00e0 \u00e9crire. Pendant longtemps, on croit que parler cela voudra dire trouver, d\u00e9couvrir, comprendre, comprendre enfin, \u00eatre illumin\u00e9 par la v\u00e9rit\u00e9. Mais non&nbsp;: quand cela a lieu, on sait seulement que \u00e7a a lieu&nbsp;; c\u2019est l\u00e0, on parle, on \u00e9crit&nbsp;: parler, c\u2019est seulement parler, simplement parler, \u00e9crire, c\u2019est seulement \u00e9crire, tracer des lettres sur une feuille blanche.<\/em><br><em>Est-ce que je savais que c\u2019\u00e9tait cela que j\u2019\u00e9tais venu chercher&nbsp;? Cette \u00e9vidence si longtemps non dite et toujours \u00e0 dire, cette seule attente, cette seule tension retrouv\u00e9e dans un bredouillement presque intangible&nbsp;?&nbsp;\u00bb.<\/em><br>\u00ab&nbsp;<em>Elle (mon histoire) me fut donn\u00e9e, un jour, avec surprise, avec \u00e9merveillement, avec violence, comme un souvenir restitu\u00e9 dans son espace, comme un geste, comme une chaleur retrouv\u00e9e. Ce jour l\u00e0 l\u2019analyste entendit ce que j\u2019avais \u00e0 lui dire, ce que pendant quatre ans il avait \u00e9cout\u00e9 sans l\u2019entendre, pour cette simple raison que je ne lui disais pas, que je ne me le disais pas<\/em>&nbsp;\u00bb.\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p><strong>J\u00e9rome David Salinger<\/strong><sup>4<\/sup>&nbsp;: L\u2019adolescence <em>in vivo<\/em>\u2026 et pourquoi il (ne) faut (pas) avoir peur de se raconter.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;<em>Si vous voulez vraiment que je vous dise, alors s\u00fbrement la premi\u00e8re chose que vous allez demander c\u2019est o\u00f9 je suis n\u00e9, et \u00e0 quoi \u00e7a a ressembl\u00e9, ma saloperie d\u2019enfance, et ce que faisaient mes parents avant de m\u2019avoir, et toutes ces conneries \u00e0 la David Copperfield, mais j\u2019ai pas envie de raconter \u00e7a et tout. Primo, ce genre de trucs \u00e7a me rase et secundo mes parents ils auraient chacun une attaque, ou m\u00eame deux chacun, si je me mettais \u00e0 baratiner sur leur compte quelque chose d\u2019un peu personnel. Pour \u00e7a ils sont susceptibles, sp\u00e9cialement mon p\u00e8re. Autrement ils seraient plut\u00f4t sympa et tout &#8211; d\u2019accord &#8211; mais ils sont aussi fichument susceptibles. Et puis je ne vais pas vous d\u00e9filer ma compl\u00e8te autobiographie (\u2026) Tout ce que je sais, c\u2019est que tous ceux dont j\u2019ai parl\u00e9 me manquent pour ainsi dire (\u2026) c\u2019est dr\u00f4le. Ne racontez jamais rien \u00e0 personne. Si vous le faites, tout le monde se met \u00e0 vous manquer<\/em>&nbsp;\u00bb.\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p><strong>Chris Marker<\/strong><sup>5<\/sup>&nbsp;: Le cin\u00e9aste du temps, de la m\u00e9moire et des angoisses primitives.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;<em>Tel \u00e9tait le but des exp\u00e9riences&nbsp;: projeter dans le Temps des \u00e9missaires, appeler le pass\u00e9 et l\u2019avenir au secours du pr\u00e9sent\u2026 Mais il comprit qu\u2019on ne s\u2019\u00e9vadait pas du Temps et que cet instant qu\u2019il lui avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de voir enfant et qui n\u2019avait pas cess\u00e9 de l\u2019obs\u00e9der, c\u2019\u00e9tait celui de sa propre mort.<\/em>&nbsp;\u00bb\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p><strong>Samuel Beckett<\/strong><sup>6<\/sup>&nbsp;: No comment.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;<em>Je pense que cela m\u2019a aid\u00e9. Je pense que \u00e7a m\u2019a peut \u00eatre aid\u00e9 \u00e0 contr\u00f4ler ma panique. J\u2019ai certainement retrouv\u00e9 quelques souvenirs extraordinaires d\u2019\u00eatre dans le ventre maternel. Des souvenirs intra-ut\u00e9rins. Je me souviens de m\u2019\u00eatre senti pi\u00e9g\u00e9 (trapped), emprisonn\u00e9, et incapable de me sauver, d\u2019avoir cri\u00e9 qu\u2019on me laisse sortir mais que personne ne pouvait m\u2019entendre, personne n\u2019\u00e9coutait<\/em>&nbsp;\u00bb.\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p><strong>Italo Svevo<\/strong><sup>7<\/sup>&nbsp;: Nessum commento.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;<em>Nous touchions au but de la cure, puisque la maladie est d\u00e9couverte, disait-il. Elle n\u2019\u00e9tait autre que celle qui avait \u00e9t\u00e9 jadis diagnostiqu\u00e9e par le d\u00e9funt Sophocle sur ce pauvre \u0152dipe&nbsp;: j\u2019avais aim\u00e9 ma m\u00e8re et voulu tuer mon p\u00e8re. (\u2026) La meilleure preuve que je n\u2019ai jamais eu cette maladie, c\u2019est que je n\u2019en suis pas gu\u00e9ri. Ses inventions ne me g\u00e2teront pas le souvenir de mon enfance. Je n\u2019ai qu\u2019\u00e0 fermer les yeux, pour revoir mon amour pour ma m\u00e8re dans sa puret\u00e9, dans sa na\u00efvet\u00e9 \u2013 et aussi, mon respect et ma grande affection pour mon p\u00e8re. Mon \u00e9motion n\u2019\u00e9tait pas simul\u00e9e et je reconnais qu\u2019elle fut intense \u2013 l\u2019une des plus intenses de ma vie. Baign\u00e9 de sueur quand je cr\u00e9ai cette image, et de larmes quand je la ressentis. J\u2019avais ador\u00e9 cet espoir de revivre un jour d\u2019innocence, d\u2019ing\u00e9nuit\u00e9. A un certain moment, je veux me mettre sur mes pieds entre mes parents. Je m\u2019accroche \u00e0 un coin de serviette qui d\u00e9passe le bord de la table. Catastrophe. La bouteille d\u2019encre se renverse sur ma t\u00eate. J\u2019ai la figure et les v\u00eatements arros\u00e9s. La jupe de ma m\u00e8re est \u00e9clabouss\u00e9e d\u2019encre&nbsp;; il y a m\u00eame une t\u00e2che sur le pantalon de papa. Mon p\u00e8re l\u00e8ve la jambe pour m\u2019allonger un coup de pied. Une femme v\u00eatue de noir, tr\u00e8s belle, d\u00e9licieusement bien faite, blonde avec de grands yeux bleus, des mains tr\u00e8s blanches et de petits pieds chauss\u00e9s de souliers vernis. La pointe du soulier, qui d\u00e9passait \u00e0 peine le bas de la jupe, jetait une l\u00e9g\u00e8re lueur. Je dois dire que cette femme ne faisait qu\u2019un avec ses souliers et ses v\u00eatements. Et l\u2019enfant r\u00eavait qu\u2019il la poss\u00e9dait, mais de la fa\u00e7on la plus singuli\u00e8re&nbsp;: c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il \u00e9tait s\u00fbr de pouvoir en manger de petits morceaux en haut et en bas. Dans ce r\u00eave, de mon invention, je retrouvais la femme assise dans la cage. La cage avait un trou par lequel, \u00e0 ma demande, elle me tendait son pied \u00e0 sucer et \u00e0 manger. L\u2019\u0152dipe infantile op\u00e9rait exactement ainsi. Il su\u00e7ait le pied gauche de sa m\u00e8re, pour laisser le droit \u00e0 son p\u00e8re, je pense. Je me trompais moi-m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 go\u00fbter la saveur de ce pied. Il m\u2019en venait une envie de vomir. Qui sait pourquoi mon analyste m\u2019avait pris en haine \u00e0 ce point&nbsp;? Cet affreux hyst\u00e9rique, peut-\u00eatre avait-il d\u00e9sir\u00e9 en vain sa propre m\u00e8re et il se vengeait sur moi qui n\u2019avais rien \u00e0 voir l\u00e0-dedans<\/em>&nbsp;\u00bb.\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n<h2>Notes<\/h2>\n<ol>\n<li>Michel Leiris, <em>L\u2019Age d\u2019homme<\/em>, Folio-Gallimard, 1939-1994.<\/li>\n<li>Raymond Queneau, <em>Ch\u00eane et chien<\/em>, Gallimard, 1969.<\/li>\n<li>Georges Perec, \u201cLes lieux d\u2019une ruse\u201d, in <em>Cause commune<\/em>, n\u00b07, 1977.<\/li>\n<li>Incipit \u00e0 <em>L\u2019attrape c\u0153urs<\/em>, <em>The catcher in the rye<\/em>. Livre de poche, 1951, 1998.<\/li>\n<li><em>La jet\u00e9e<\/em> (Film) de Chris Marker, 1962.<\/li>\n<li>Cit\u00e9 dans <em>Damned to fame. The life of Samuel Beckett<\/em> de James Knowlson, Ed. Simon &amp; Schuster, 2010.<\/li>\n<li><em>La conscience de Zeno<\/em>, Folio Gallimard, 1971.<\/li>\n<\/ol><div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9379?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Chaque \u00e9crivain (\u2026 chaque homme) g\u00e8re au fond de lui une source unique qui alimente pendant sa vie ce qu\u2019il est, ce qu\u2019il dit (analyse), ce qu\u2019il \u00e9crit&nbsp;\u00bb Albert Camus, pr\u00e9face de L\u2019envers et l\u2019endroit, Folio, Gallimard, 1969. &nbsp; \u00ab&nbsp;Quiconque&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1212],"thematique":[],"auteur":[],"dossier":[],"mode":[60],"revue":[2012],"type_article":[451],"check":[2023],"class_list":["post-9379","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-imprecis","mode-payant","revue-2012","type_article-articles","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9379","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9379"}],"version-history":[{"count":4,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9379\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13178,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9379\/revisions\/13178"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9379"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=9379"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=9379"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=9379"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=9379"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=9379"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=9379"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=9379"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=9379"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}