{"id":30515,"date":"2023-06-14T11:24:07","date_gmt":"2023-06-14T09:24:07","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/?p=30515"},"modified":"2023-06-14T11:24:13","modified_gmt":"2023-06-14T09:24:13","slug":"supervision-a-laide-du-jeu-psychodramatique","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/supervision-a-laide-du-jeu-psychodramatique\/","title":{"rendered":"Supervision \u00e0 l\u2019aide du jeu psychodramatique"},"content":{"rendered":"\n<p>Le psychodrame, n\u00e9 de l\u2019intuition de Jacob Levy Moreno au d\u00e9but du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle \u00e0 Vienne, a beaucoup \u00e9volu\u00e9 depuis sa cr\u00e9ation. Si Moreno fondait sa recherche sur l\u2019efficacit\u00e9 de la spontan\u00e9it\u00e9 du jeu, il y a eu depuis un important travail pour le rendre psychanalytique, c\u2019est-\u00e0-dire fonder son efficacit\u00e9 sur l\u2019\u00e9tablissement du transfert et son interpr\u00e9tation. Ce fut l\u2019\u0153uvre en particulier de Serge Lebovici, Ren\u00e9 Diatkine, Evelyne et Jean Kestemberg et, apr\u00e8s eux, de nombreux autres parmi lesquels je citerai Nadine Amar, G\u00e9rard Bayle et Isaac Salem<strong><sup>1<\/sup><\/strong> qui ont propos\u00e9 le psychodrame \u00ab&nbsp;individuel en groupe&nbsp;\u00bb au sein de l\u2019association ETAP<strong><sup>2<\/sup><\/strong>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la pertinence de ce dispositif dont le medium est le jeu, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment une forme de jeu de r\u00f4les et non plus seulement la parole, a inspir\u00e9 d\u2019autres usages du psychodrame&nbsp;: outil de formation des personnels soignants afin de les sensibiliser \u00e0 l\u2019inconscient, psychodrame exploratoire pour des cas o\u00f9 l\u2019indication d\u2019une forme de traitement peine \u00e0 se d\u00e9gager, psychodrame \u00e0 dur\u00e9e d\u2019embl\u00e9e limit\u00e9e \u00e0 deux ans, permettant \u00e0 des patients d\u2019envisager une fin qui ne seraient pas un rejet, alors qu\u2019ils sont souvent aux prises avec un traitement infini, psychoth\u00e9rapie familiale dans laquelle est inclus l\u2019usage de sc\u00e8nes de psychodrame.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On doit \u00e0 l\u2019inventivit\u00e9 de Marc Hayat et de coll\u00e8gues belges des possibilit\u00e9s d\u2019usage du psychodrame sur de courtes p\u00e9riodes pour relancer un processus analytique en panne&nbsp;: psychodrame de relance, psychodrame de d\u00e9gagement. On ne peut que renvoyer \u00e0 la lecture de leur livre si vivant et instructif paru en 2008 avec une pr\u00e9face de G\u00e9rard Bayle<strong><sup>3<\/sup><\/strong>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ces auteurs ont aussi exp\u00e9riment\u00e9 une supervision par le psychodrame, laquelle peut s\u2019adresser bien s\u00fbr \u00e0 des \u00e9quipes de psychodramatistes, mais aussi \u00e0 d\u2019autres. Ainsi ont-ils propos\u00e9 ce travail d\u2019\u00e9laboration de leur pratique \u00e0 des soignants de services de r\u00e9animation et de soins intensifs.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agissait dans ces configurations d\u2019explorer les niveaux inconscients des difficult\u00e9s pos\u00e9es aux \u00e9quipes soignantes par la mort de nombreux patients qui leur sont confi\u00e9s. Ces \u00e9quipes ont souvent tendance \u00e0 ne tenir compte que de la r\u00e9alit\u00e9 consciente dans leurs essais de les surmonter, et il fallait trouver un moyen d\u2019acc\u00e8s aux fantasmes inconscients.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la suite de leur exp\u00e9rience, il sera question dans ce texte de deux exp\u00e9riences de supervision \u00e0 l\u2019aide du jeu psychodramatique. Dans ces deux cas, il s\u2019agit d\u2019\u00e9quipes soignantes d\u2019institutions psychiatriques qui ne pratiquent pas le psychodrame. La premi\u00e8re, en France, s\u2019occupe de grands adolescents et de jeunes adultes hospitalis\u00e9s pour de longues p\u00e9riodes dans le cadre d\u2019un programme soins-\u00e9tudes. Cette institution conna\u00eet le psychodrame, en usage dans l\u2019un de ses sites, mais le service qui demande la supervision de son travail ne le pratique pas. La seconde \u00e9quipe est \u00e0 Londres et propose en ambulatoire des psychoth\u00e9rapies \u00e0 des adultes psychotiques. Elle travaille dans un environnement o\u00f9 le psychodrame est quasi inconnu, la seule pratique existante dans le pays \u00e9tant une forme de psychodrame mor\u00e9nien, fort \u00e9loign\u00e9e d\u2019une perspective psychanalytique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les deux cas, le cadre propos\u00e9 est le m\u00eame&nbsp;: un patient est pr\u00e9sent\u00e9, en fait c\u2019est plut\u00f4t la relation de l\u2019\u00e9quipe avec le patient qui l\u2019est. La pr\u00e9sentation se fait de mani\u00e8re la plus associative possible, c\u2019est-\u00e0-dire sans r\u00e9f\u00e9rence au dossier ou aux notes de s\u00e9ance. Commencent \u00e0 parler ceux qui connaissent le moins le patient. Ainsi, il s\u2019agit souvent d\u2019abord de la r\u00e9putation qu\u2019a le patient dans l\u2019institution de la part de ceux qui ne le connaissent pas du tout, et puis vient son apparence physique, la qualit\u00e9 du contact qu\u2019il peut y avoir avec lui.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une exp\u00e9rience fran\u00e7aise<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Le plus souvent, ce sont les contacts les plus superficiels, mais non les moins instructifs qui apparaissent&nbsp;: la fa\u00e7on de s\u2019adresser au secr\u00e9tariat, au personnel de service, aux soignants inconnus,&nbsp;aux autres patients. Peu \u00e0 peu se d\u00e9gage ainsi une premi\u00e8re figure du patient et de sa relation au monde. Puis viennent les \u00e9l\u00e9ments plus pr\u00e9cis venus de ceux qui le connaissent le mieux&nbsp;: infirmier r\u00e9f\u00e9rent, responsables des ateliers th\u00e9rapeutiques, psychoth\u00e9rapeute, psychiatre. Dans ce premier temps, qui ressemble un peu aux \u00ab&nbsp;r\u00e9unions de synth\u00e8se&nbsp;\u00bb, il s\u2019agit d\u2019un \u00e9change verbal, le plus libre possible. Il se d\u00e9gage presque toujours des \u00e9l\u00e9ments du transfert, certes sur les divers intervenants, mais aussi sur le cadre institutionnel, qu\u2019il soit humain ou mat\u00e9riel et sur les m\u00e9thodes utilis\u00e9es. Il est remarquable que les patients psychotiques, majoritaires dans les deux lieux, distinguent peu dans leur adresse transf\u00e9rentielle l\u2019anim\u00e9 de l\u2019inanim\u00e9. Ce sont bien s\u00fbr ces \u00e9l\u00e9ments transf\u00e9rentiels qui retiennent l\u2019attention, rep\u00e9rables par leur aspect inad\u00e9quat, r\u00e9p\u00e9titif, \u00e9nigmatique. Ce sont eux qui sont sources de difficult\u00e9s, car m\u00eame s\u2019ils sont rep\u00e9r\u00e9s comme transf\u00e9rentiels, l\u2019ici et maintenant de la vie institutionnelle tend \u00e0 envahir tout le champ, et il est bien difficile de relier cet ici et maintenant aux fantasmes sexuels infantiles inconscients dont ils sont la r\u00e9plique d\u00e9form\u00e9e. Le blocage vient presque toujours de ce que l\u2019on ne pense m\u00eame pas \u00e0 rechercher cet \u00e9tage infantile. \u00c0 partir de ces \u00e9l\u00e9ments apparus, dans le lien avec les soignants ou dans l\u2019histoire actuelle ou pass\u00e9e de l\u2019entourage familial, le superviseur propose un sc\u00e9nario imaginaire que l\u2019on pourrait jouer&nbsp;; les personnages de la sc\u00e8ne sont pr\u00e9cis\u00e9s, son lieu, son rep\u00e9rage temporel, et enfin les acteurs se proposent. Dans le cours du jeu, le superviseur, comme tout directeur de jeu dans un psychodrame, peut ajouter un personnage qui va infl\u00e9chir le cours du jeu.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est lui aussi qui indique la fin du jeu au moment qui lui semble significatif.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Un troisi\u00e8me temps de la s\u00e9ance consiste \u00e0 un travail perlaboratif de ce qui vient d\u2019\u00eatre jou\u00e9, assez souvent r\u00e9v\u00e9lateur de zones inconnues ou inexplor\u00e9es du cas, ou d\u2019une probl\u00e9matique institutionnelle que ce patient r\u00e9v\u00e8le.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette s\u00e9quence peut ouvrir sur un autre jeu.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Londres<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Londres, une patiente met en difficult\u00e9 son psychoth\u00e9rapeute. Elle parle avec Dieu, et Dieu lui r\u00e9pond. La parole du m\u00e9decin n\u2019a que peu d\u2019impact sur elle. Il est embarrass\u00e9 par cette femme dont il conna\u00eet peu l\u2019histoire, tant elle est envahie par ses conversations c\u00e9lestes. Les autres membres de l\u2019\u00e9quipe soignante la connaissent peu, elle est fuyante, vient pour ses s\u00e9ances avec son m\u00e9decin, auxquelles elle tient beaucoup, mais ne s\u2019attarde pas, et elle ne participe \u00e0 aucun groupe th\u00e9rapeutique. Cette description montre l\u2019impossibilit\u00e9 de mettre en place un tiers&nbsp;: ni un tiers incarn\u00e9, ni \u00e0 plus forte raison un tiers symbolique. La relation avec le psychoth\u00e9rapeute reste aussi strictement duelle que la relation avec Dieu. Je propose une sc\u00e8ne entre la patiente et Dieu, qui parleront ensemble du psychoth\u00e9rapeute. Deux membres de l\u2019\u00e9quipe se d\u00e9signent, le psychoth\u00e9rapeute d\u00e9cide de ne pas jouer. La sc\u00e8ne est une conversation entre Dieu et la patiente, mais il n\u2019est fait aucune mention du psychoth\u00e9rapeute qui aurait pourtant d\u00fb \u00eatre le sujet de cette conversation. J\u2019envoie un troisi\u00e8me acteur qui joue le psychoth\u00e9rapeute. Malgr\u00e9 ses efforts, les deux autres continuent leur \u00e9change sans faire cas de lui. Physiquement, ils se rapprochent, laissant le psychoth\u00e9rapeute de plus en plus \u00e0 l\u2019\u00e9cart. J\u2019arr\u00eate le jeu. Le coll\u00e8gue qui jouait le psychoth\u00e9rapeute dit s\u2019\u00eatre senti exclu, les deux autres d\u00e9clarent l\u2019avoir ressenti comme un intrus, et n\u2019avoir eu aucune envie de l\u2019inclure. Le psychoth\u00e9rapeute, le vrai, ajoute que c\u2019est exactement sa sensation dans cette psychoth\u00e9rapie. Un deuxi\u00e8me jeu se d\u00e9cide&nbsp;: deux personnages encore\u2009; Dieu et le psychoth\u00e9rapeute se rencontrent. Le psychoth\u00e9rapeute est jou\u00e9 par un autre coll\u00e8gue, et Dieu sera jou\u00e9 par ce m\u00e9decin, qui \u00e9prouve une certaine g\u00eane \u00e0 incarner ce r\u00f4le\u2009; il rougit, ricane de mani\u00e8re un peu infantile. Dans le jeu, il joue un Dieu tout-puissant qui rabaisse le psychoth\u00e9rapeute avec m\u00e9pris, tandis que celui qui a endoss\u00e9 le r\u00f4le de psychoth\u00e9rapeute se ratatine dans une position de repli. J\u2019envoie le p\u00e8re de la patiente, qui dit sa fiert\u00e9 que sa fille ait \u00e9t\u00e9 choisie par Dieu comme interlocutrice, et que cela ne l\u2019\u00e9tonne pas, car lui et elle ont toujours eu de hautes ambitions. Dieu et lui semblent sur la sc\u00e8ne se liguer pour rabaisser le psychoth\u00e9rapeute au r\u00f4le de petit enfant incapable de les surpasser.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le jeu s\u2019arr\u00eate l\u00e0 et le psychoth\u00e9rapeute, le vrai, pas celui du jeu, rep\u00e8re qu\u2019il n\u2019a pas os\u00e9 faire ce lien entre Dieu et le p\u00e8re de la patiente, et qu\u2019en effet, il y a une tr\u00e8s forte identification de la patiente \u00e0 son p\u00e8re. La suite de l\u2019\u00e9change montrera que lui-m\u00eame se sent tr\u00e8s novice dans ce travail th\u00e9rapeutique, qu\u2019il a le sentiment d\u2019\u00eatre moins bien form\u00e9 que ses autres coll\u00e8gues, bref qu\u2019il se met en position infantile face \u00e0 ceux qu\u2019il consid\u00e8re comme ses ain\u00e9s, plus des p\u00e8res que des pairs. C\u2019est peut-\u00eatre ce qui l\u2019avait g\u00ean\u00e9 pour prendre le r\u00f4le de Dieu tout puissant face \u00e0 eux. Transfert de la patiente&nbsp;et contre-transfert du psychoth\u00e9rapeute sont entr\u00e9s en collusion, chacun apportant une relation \u00e0 un p\u00e8re ou un ain\u00e9 plus exp\u00e9riment\u00e9, faite d\u2019emprise et peut-\u00eatre de sado-masochisme.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette s\u00e9quence montre l\u2019\u00e9cart qu\u2019il y a entre jeu de r\u00f4le et jeu au psychodrame&nbsp;: le second introduit les imagos et non seulement un personnage ici et maintenant comme l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 not\u00e9 R\u00e9gine Gossart<strong><sup>4<\/sup><\/strong>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On notera aussi que le mouvement des corps a une certaine significativit\u00e9. Ici, deux acteurs se rapprochent et \u00e9loignent le troisi\u00e8me. Parfois, ces mouvements sont plus spectaculaires. Ainsi, dans cette autre sc\u00e8ne \u00e0 trois personnages&nbsp;: une patiente, son p\u00e8re malade hospitalis\u00e9, et une infirmi\u00e8re. L\u2019infirmi\u00e8re doit faire la toilette du vieil homme, et dit \u00e0 sa fille&nbsp;: \u00ab&nbsp;il va falloir que vous m\u2019aidiez \u00e0 le tourner sur le c\u00f4t\u00e9 pour que je lave son dos.&nbsp;\u00bb La soignante qui joue la fille pousse un cri et court \u00e0 l\u2019autre bout de la pi\u00e8ce en se retournant&nbsp;: \u00ab&nbsp;je ne peux pas&nbsp;!&nbsp;\u00bb, dit-elle. Tous les pr\u00e9sents sont surpris par la vivacit\u00e9 du mouvement, qui leur rappelle les r\u00e9actions de rejet existant dans cette famille. La coll\u00e8gue qui s\u2019est enfuie dira plus tard qu\u2019elle n\u2019aurait jamais pu faire cela pour son propre p\u00e8re. L\u00e0 encore, collage de l\u2019histoire du patient et d\u2019un \u00e9l\u00e9ment de l\u2019histoire d\u2019un soignant. Mais aussi le mouvement a remis en lien affect et repr\u00e9sentation, via une repr\u00e9sentation d\u2019action&nbsp;; ainsi peut-on nommer la fuite en courant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Paris<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Paris&nbsp;: dans cet h\u00f4pital, les jeunes gens et jeunes filles sont ici pour des soins psychiques et pour poursuivre ou reprendre leur cursus scolaire. \u00c0 la diff\u00e9rence de l\u2019institution londonienne port\u00e9e par l\u2019enthousiasme de militants qui ont pour objectif d\u2019apporter la possibilit\u00e9 d\u2019un traitement analytique aux plus d\u00e9munis, o\u00f9 les relations entre les membres de l\u2019\u00e9quipe n\u2019ont pas de caract\u00e8re hi\u00e9rarchique marqu\u00e9, et o\u00f9 tous peuvent jouer sans inhibitions particuli\u00e8res li\u00e9es aux diff\u00e9rences de statuts, l\u2019institution parisienne fonctionne quant \u00e0 elle sur un mode plus conventionnel. L\u2019int\u00e9r\u00eat pour le travail effectu\u00e9 est manifeste chez tous, sans avoir le caract\u00e8re militant que l\u2019on voit \u00e0 Londres. Les r\u00f4les sont aussi plus nettement diff\u00e9renci\u00e9s. Jouer avec le m\u00e9decin-chef peut entra\u00eener des confusions identificatoires sur plusieurs niveaux. N\u00e9anmoins, chacun y met du sien, sauf parfois lors de contre-identifications massives. Ces jeunes gens ont souvent des histoires familiales difficiles avec des parents loin d\u2019\u00eatre parfaitement \u00e9quilibr\u00e9s. Des parents parfois si rejetant envers leurs enfants qui ont tant d\u00e9\u00e7u leurs id\u00e9aux, que le personnel a du mal \u00e0 ne pas avoir de vives r\u00e9actions de rejet, parfois conscientes, ce qui est le moins probl\u00e9matique, parfois inconscientes, ce qui est plus ennuyeux. C\u2019est assez net lorsqu\u2019une sc\u00e8ne r\u00e9unit un des jeunes avec sa m\u00e8re ou son p\u00e8re et qu\u2019il n\u2019y a pas de candidat pour jouer ce parent, comme s\u2019il y avait une indiff\u00e9renciation entre le personnage et la personne qui la joue. \u00c9l\u00e9ments de grande importance, car ces collages viennent directement du fonctionnement familial transf\u00e9r\u00e9 dans l\u2019\u00e9quipe soignante qui y r\u00e9agit inconsciemment. Ainsi dans une sc\u00e8ne entre une patiente et sa petite amie, je demande \u00e0 un membre de l\u2019\u00e9quipe de jouer la m\u00e8re de la patiente, une m\u00e8re particuli\u00e8rement envahie par des id\u00e9aux \u00e9lev\u00e9s, qui dirait \u00e0 sa fille qu\u2019\u00e0 ce point de d\u00e9ception, elle aurait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 que la tentative de suicide e\u00fbt r\u00e9ussi. La coll\u00e8gue entre sur la sc\u00e8ne, mais se trouve emp\u00each\u00e9e, s\u2019arr\u00eate, ne sait plus quoi dire et bredouille. Le fantasme de mort de cette m\u00e8re sur sa fille \u00e9tait si puissant que le dire \u00e9tait presque comme le faire, entra\u00eenant la mort de la jeune fille.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Comme dans les cas londoniens, on voit comment le jeu psychodramatique r\u00e9v\u00e8le en quelques instants les collages, emp\u00eachements de pens\u00e9e g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par des situations transf\u00e9rentielles satur\u00e9es d\u2019ici et maintenant. Elles illustrent combien le transfert a d\u2019abord un objectif de r\u00e9sistance, et qu\u2019il ne devient levier th\u00e9rapeutique qu\u2019\u00e0 force d\u2019interpr\u00e9tation du niveau fantasmatique infantile.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ici encore, la mise en mouvement des corps permet d\u2019acc\u00e9der \u00e0 des fonctionnements repr\u00e9sentatifs \u00e0 d\u2019autres nivaux que le langage&nbsp;: la coll\u00e8gue jouant la m\u00e8re de la patiente ne s\u2019approche pas, bredouille. Roger Perron et Mich\u00e8le Perron&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Borelli avaient avanc\u00e9 la notion de repr\u00e9sentation d\u2019action pour ces mouvements significatifs du corps<strong><sup>5<\/sup><\/strong>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il est remarquable que ce mode de supervision permette aux \u00e9quipes d\u2019acc\u00e9der \u00e0 ces modes de fonctionnements psychiques qui sont transf\u00e9r\u00e9s par les patients en utilisant plus souvent l\u2019identification projective que le d\u00e9placement. C\u2019est souvent un acte inhabituel qui signe chez le r\u00e9cepteur l\u2019identification projective. Ici, la coll\u00e8gue, ne pouvant dire le v\u0153u de mort de la m\u00e8re sur la fille, s\u2019arr\u00eate, bredouille, agie par la projection de la patiente.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le grand avantage du passage par le jeu est donc celui-ci&nbsp;: mettre en \u00e9vidence les deux \u00e9tages du transfert, investissement ici et maintenant des soignants, des m\u00e9thodes de travail, du cadre institutionnel, et d\u00e9placement ou projection de situations fantasmatiques infantiles. Elle r\u00e9v\u00e8le aussi, peut-\u00eatre de fa\u00e7on plus efficace que d\u2019autres modes de supervision, les \u00e9l\u00e9ments contre-transf\u00e9rentiels, toujours infiltr\u00e9s de la fantasmatique inconsciente de chacun des soignants.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Notes<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><strong>1. <\/strong>Nadine Amar, G\u00e9rard Bayle, Isaac Salem, <em>Formation au psychodrame analytique<\/em>, Paris, Dunod, 1988.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2. <\/strong>L\u2019Association ETAP, Etude et traitement analytique par le psychodrame propose une formation \u00e0 ce type particulier de psychodrame depuis 1989, Elle est d\u00e9sormais h\u00f4te de la Fondation L\u2019\u00e9lan retrouv\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3. <\/strong>Nicole Calevoi, G\u00e9rard Darge, R\u00e9gine Gossart, Marc Hayat, Sylvie Kockelmeyer, Romano Scandariato, Rita Sferrazza, <em>Le Psychodrame psychanalytique m\u00e9tath\u00e9rapeutique, supervision, relance et d\u00e9gagement<\/em>, pr\u00e9face de G\u00e9rard Bayle, Bruxelles, De Boeck, 2008.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4. <\/strong>Le Psychodrame psychanalytique m\u00e9ta-th\u00e9rapeutique, <em>op. cit<\/em>. p. 156.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>5. <\/strong>Mich\u00e8le Perron Borelli et Roger Perron (1987), \u00ab&nbsp;Fantasme et Action&nbsp;\u00bb, <em>Revue fran\u00e7aise de psychanalyse,<\/em> 51, n\u00b02, p. 539-637.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/30515?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le psychodrame, n\u00e9 de l\u2019intuition de Jacob Levy Moreno au d\u00e9but du 20e si\u00e8cle \u00e0 Vienne, a beaucoup \u00e9volu\u00e9 depuis sa cr\u00e9ation. 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