{"id":29908,"date":"2023-05-09T12:26:03","date_gmt":"2023-05-09T10:26:03","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/?p=29908"},"modified":"2023-05-09T12:26:09","modified_gmt":"2023-05-09T10:26:09","slug":"le-cadre-analytique-un-cadre-sur-mesure","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/le-cadre-analytique-un-cadre-sur-mesure\/","title":{"rendered":"Le cadre analytique, un cadre sur mesure"},"content":{"rendered":"\n<p>Voici un certain temps que je d\u00e9fends une th\u00e9orie du cadre psychanalytique qui se refuse \u00e0 dissocier psychoth\u00e9rapie analytique et psychanalyse. Ceci afin d\u2019\u00e9viter les clivages, dans la pratique et dans les soci\u00e9t\u00e9s d\u2019analyse, et de leurs formations. Mais bien entendu, cela implique qu\u2019on soit exigeant quant \u00e0 la r\u00e9flexion th\u00e9orique et technique pour la prise en charge \u00ab&nbsp;am\u00e9nag\u00e9e&nbsp;\u00bb des cas difficiles.<\/p>\n\n\n\n<p>Les conditions de l\u2019analyse ont en effet chang\u00e9 depuis le temps de Freud. Non pas qu\u2019il n\u2019existe plus de n\u00e9vroses. Nous avons tous dans notre client\u00e8le une petite proportion de patients n\u00e9vros\u00e9s, hyst\u00e9riques, hyst\u00e9rophobiques ou obsessionnels, qui donnent satisfaction \u00e0 l\u2019analyste, \u00e0 condition de ne pas ignorer qu\u2019il existe souvent un noyau traumatique, d\u00e9pressif ou psychosomatique qui n\u2019est pas si facile \u00e0 \u00e9laborer. Faute de quoi des surprises peuvent l\u2019attendre \u00e0 la fin de l\u2019analyse, ou \u00eatre \u00e0 l\u2019origine de multiples reprises.<\/p>\n\n\n\n<p>Les patients difficiles arrivent en souffrance avec leur propre cadre, leur cadre interne, comme disait J. Bleger. Le patient investit les \u00e9l\u00e9ments du cadre de l\u2019analyste \u00e0 sa fa\u00e7on (le divan, la r\u00e9gularit\u00e9 des s\u00e9ances, etc.) pour soutenir son pare-excitations endommag\u00e9 par ses v\u00e9cus traumatiques. T.&nbsp;Bokanowski nous a donn\u00e9 la formule pour les \u00e9tats-limites&nbsp;: pr\u00e9dominance de l\u2019agir, de l\u2019irrepr\u00e9sent\u00e9, et pour finir carence du pare-excitations. Cela veut dire que ces patients qui viennent \u00e0 la psychoth\u00e9rapie ou \u00e0 l\u2019analyse, et pour qui la diff\u00e9rence entre les deux n\u2019est pas claire, s\u2019y d\u00e9cident parce que leur cadre interne est en train de se fissurer et risque de s\u2019effondrer. Ils viennent chercher un soutien psychoth\u00e9rapique, qui existe toujours, m\u00eame dans les cures les plus classiques.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame avec les patients n\u00e9vros\u00e9s, il est bien rare en effet que l\u2019analyste n\u2019ait \u00e0 faire qu\u2019avec des sympt\u00f4mes du refoulement de la n\u00e9vrose infantile \u0153dipienne, sans devoir compter aussi avec des traces traumatiques mal \u00e9labor\u00e9es, cliv\u00e9es, qui ne peuvent p\u00e9n\u00e9trer dans \u00ab&nbsp;l\u2019ar\u00e8ne du transfert&nbsp;\u00bb (Freud). Il n\u2019existe pas \u00e0 mon sens de demande d\u2019analyse sans carence de repr\u00e9sentation, sans noyau irrepr\u00e9sentable. Le protocole analytique ne met pas \u00e0 l\u2019abri d\u2019un transfert invisible de ces traces traumatiques sur le cadre de la cure. Il est donc indispensable de s\u2019interroger sur ses param\u00e8tres, et sur les moyens d\u2019am\u00e9nagement dont on dispose pour \u00e9laborer la compulsion de r\u00e9p\u00e9tition mortif\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour travailler aux limites de la repr\u00e9sentation, dans ce que je pr\u00e9f\u00e8re nommer les \u00ab&nbsp;n\u00e9vroses actuelles&nbsp;\u00bb, les maladies psychosomatiques ou les sujets au bord de la psychose, une th\u00e9orie du cadre est n\u00e9cessaire. En s\u2019inspirant des id\u00e9es de Green sur la double limite entre conscient et inconscient (1982), ou d\u2019Anzieu \u00e0 propos du Moi-peau et des enveloppes psychiques (1985), on peut dire que les patients-limites n\u2019ont pas de peau pour leurs pens\u00e9es, pas de contenants pour leurs pulsions primaires, ni de pare-excitations pour contenir la d\u00e9charge de leurs excitations traumatiques, li\u00e9es \u00e0 des v\u00e9cus peu \u00e9labor\u00e9s, qui persistent sous forme de traces mn\u00e9siques cliv\u00e9es du reste de la psych\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment rep\u00e9rer ces traces, et les attirer dans la cure afin qu\u2019elles soient li\u00e9es et mises en sens&nbsp;? Elles peuvent se manifester de plusieurs fa\u00e7ons. Soit un noyau cliv\u00e9 continue \u00e0 s\u2019investir hors de la cure, alors que le patient semble ob\u00e9ir aux conditions formelles de celle-ci&nbsp;: dans le meilleur des cas, c\u2019est le <em>transfert lat\u00e9ral<\/em> qui permet de le rep\u00e9rer.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Soit le patient d\u00e9pose ces traces par identification projective dans le corps psychique de l\u2019analyste, qui ne manque pas alors de ressentir de violents affects et de s\u2019en d\u00e9fendre. Dans le meilleur des cas, un contre-transfert conscient&nbsp;; dans le pire, un aveuglement et des <em>actings<\/em> contre-transf\u00e9rentiels parfois minimes, mais peu \u00e9vidents \u00e0 traiter, car inconscients.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ou encore, ces traces n\u00e9gatives vont se fixer sur le cadre \u2014 les r\u00e8gles techniques, les id\u00e9aux de l\u2019analyste, ses habitudes interpr\u00e9tatives et ses interventions qui incarnent le tiers, le cadre id\u00e9al-surmo\u00efque de la cure. Soit tous ces param\u00e8tres que nous allons passer en revue&nbsp;: libre association, neutralit\u00e9 et abstinence, bienveillance et dispositif d\u2019accueil, divan et cadre mat\u00e9riel, isolement du monde ext\u00e9rieur, dur\u00e9e et r\u00e9gularit\u00e9 des s\u00e9ances.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>La libre association<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Le premier de tous est l\u2019association libre. Comme on le sait, Freud y voyait la r\u00e8gle fondamentale de l\u2019analyse, et un substitut de l\u2019hypnose. Mais pour \u00eatre fondamentale, la r\u00e8gle doit \u00eatre sertie dans un \u00e9crin, fait de l\u2019ensemble des param\u00e8tres de la cure&nbsp;; la position allong\u00e9e sur le divan, la coupure du monde ext\u00e9rieur et la concentration du patient sur son activit\u00e9 psychique qui fait penser \u00e0 un observateur \u00ab&nbsp;racontant le paysage qui se d\u00e9roule devant lui \u00e0 la vitesse du train&nbsp;\u00bb (<em>Le d\u00e9but du traitement<\/em>, 1913). La r\u00e9gression aux processus primaires d\u2019association des repr\u00e9sentations exclut la logique des processus secondaires, et favorise un lien entre les mots comme le d\u00e9filement des images du r\u00eave. Ce qui laisse, entre les images amen\u00e9es, une place \u00e0 la respiration de la parole et de l\u2019affect. L\u2019association libre se situe ainsi entre corps, r\u00eave et langage, et pas seulement dans l\u2019aire de la parole. La parole analytique est une \u00ab&nbsp;parole couch\u00e9e&nbsp;\u00bb, a dit A.&nbsp;Green&nbsp;; et la cure analytique n\u2019est pas une pure culture de langage. Une cure analytique authentique, pour \u00eatre efficace, au service de la vie, doit se d\u00e9rouler dans un langage \u00ab&nbsp;qui a du corps&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand Freud d\u00e9finit l\u2019association libre comme l\u2019activit\u00e9 d\u2019un voyageur en train qui d\u00e9crit le paysage \u00e0 un compagnon situ\u00e9 derri\u00e8re lui, il a en vue un voyageur suffisamment n\u00e9vros\u00e9 qui dispose de repr\u00e9sentations et de pulsions contr\u00f4lables. Mais il en va des t\u00e9moins comme des \u00e9tats-limites&nbsp;: l\u2019observateur est parfois aveugl\u00e9 ou incapable de raconter ce qu\u2019il a vu, tant il est \u00e9mu ou agit\u00e9&nbsp;; et certains trains ne partent pas, en panne de repr\u00e9sentations&nbsp;: la \u00ab&nbsp;motrice&nbsp;\u00bb roule trop vite, ou bien ne fonctionne pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour certains patients, cyclothymiques, narcissiques ou psychosomatiques, la parole ne semble jouer qu\u2019un r\u00f4le op\u00e9ratoire, de d\u00e9charge motrice plus que de communication, ce qui pr\u00e9c\u00e8de souvent la survenue d\u2019acc\u00e8s aigus ou d\u2019interruptions de la cure. La parole ne peut ni repr\u00e9senter ni contenir des noyaux d\u2019angoisse irrepr\u00e9sentables et traumatiques tendant \u00e0 la d\u00e9charge. Soit que le patient se vide de son langage sans en garder de trace, soit qu\u2019il ait l\u2019impression d\u2019une h\u00e9morragie au profit d\u2019un analyste-vampire qui ne lui renvoie aucune repr\u00e9sentation de lui-m\u00eame en miroir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ferenczi a \u00e9voqu\u00e9 chez ces patients \u00ab&nbsp;<em>L\u2019abus de la libert\u00e9 d\u2019associer&nbsp;<\/em>\u00bb (1913), y voyant le signe d\u2019une n\u00e9vrose de caract\u00e8re. Cet article et ses recherches sur la technique active m\u2019ont aid\u00e9 \u00e0 \u00e9laborer une technique adapt\u00e9e \u00e0 la cure des patients moulins \u00e0 paroles, op\u00e9ratoires ou hypomanes. Faire ainsi remarquer au patient qu\u2019il ne prend pas le temps de ressentir les \u00e9motions qui devraient accompagner son discours, qu\u2019il glisse d\u2019un sujet \u00e0 l\u2019autre sans se poser. Sans blesser le narcissisme fragile de ces sujets, il peut-\u00eatre utile d\u2019imposer des pauses avant qu\u2019ils ne partent, d\u2019\u00eatre attentif au v\u00e9cu affectif ou corporel dont ils n\u2019ont pas conscience en parlant. Une \u00ab&nbsp;scansion&nbsp;\u00bb qui n\u2019est pas celle de Lacan, mais qui vise \u00e0 r\u00e9tablir la pluralit\u00e9 des \u00e9motions, des r\u00eaves et des fantasmes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le divan, la relaxation<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Le second param\u00e8tre est la position allong\u00e9e sur le divan, avec une privation sensorielle et motrice reproduisant les conditions du sommeil et le cadre du r\u00eave. Historiquement, le divan est l\u2019h\u00e9ritier de ce que Freud proposait \u00e0 l\u2019\u00e9poque des <em>\u00c9tudes sur l\u2019hyst\u00e9rie<\/em>, entre cure de repos et hypnose, ou un protocole de cure cathartique s\u2019en inspirant&nbsp;: il demandait \u00e0 ses hyst\u00e9riques de s\u2019\u00e9tendre sur le divan et de fermer les yeux, puis, lorsqu\u2019il rel\u00e2cherait la pression de ses mains sur leur front ou autour de leur t\u00eate, de lui faire part de l\u2019image qui appara\u00eetrait. Avec le temps, Freud ne demandait plus aux patients de fermer les yeux, ni de r\u00e9agir \u00e0 la pression, mais de d\u00e9crire le paysage int\u00e9rieur qui d\u00e9filait en eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Mis \u00e0 part J. L. Donnet (<em>Le divan bien temp\u00e9r\u00e9<\/em>, 2002), peu d\u2019analystes ont \u00e9crit sur cet aspect de l\u2019analyse. On sait que Freud a justifi\u00e9 son protocole par le fait qu\u2019il n\u2019aimait pas \u00eatre regard\u00e9 des heures durant, et que le patient puisse voir sur son visage ses expressions affectives incontr\u00f4l\u00e9es. Mais cette justification par la neutralit\u00e9 de l\u2019analyste, un peu phobique, a emp\u00each\u00e9 qu\u2019on approfondisse la question.<\/p>\n\n\n\n<p>Une des fonctions du divan, peu \u00e9voqu\u00e9e, est le fait que le patient qui s\u2019allonge accepte de s\u2019en remettre au divan comme un enfant s\u2019abandonne aux bras d\u2019un adulte qui le porte, la position allong\u00e9e traduisant la dimension r\u00e9gressive de l\u2019analyse, et l\u2019exploration de l\u2019infantile du patient. Si certain(e)s patient(e)s \u00e9voquent l\u2019aspect de s\u00e9duction sexuelle que leur \u00e9voque cette position, ce n\u2019est rien compar\u00e9 \u00e0 la s\u00e9duction pressentie du r\u00eave et de l\u2019infantile. La peur de la d\u00e9pendance, de l\u2019abandon ou de la r\u00e9gression est exprim\u00e9e par certains patients, quand on leur propose d\u2019associer sur l\u2019id\u00e9e de s\u2019allonger sur le divan, apr\u00e8s leur en avoir indiqu\u00e9 la possibilit\u00e9 ou la n\u00e9cessit\u00e9 pour le processus.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec cet aspect de \u00ab&nbsp;portance&nbsp;\u00bb par le divan et la pr\u00e9sence du psychanalyste dans sa neutralit\u00e9 \u00ab&nbsp;bienveillante&nbsp;\u00bb, nous sommes proches de la relaxation, contenue en germe dans <em>La M\u00e9thode psychanalytique<\/em> (1904) lorsque Freud dit que pour que l\u2019analyste puisse disposer des associations libres du patient, il doit \u00eatre invit\u00e9 \u00ab&nbsp;\u00e0 se laisser aller&nbsp;\u00bb. Le \u00ab&nbsp;laisser-aller&nbsp;\u00bb, la \u00ab&nbsp;relaxation&nbsp;\u00bb visaient le cours des paroles, mais peuvent \u00eatre \u00e9tendus lorsqu\u2019il s\u2019agit de patients incapables d\u2019associer, ou face \u00e0 un noyau cliv\u00e9 inaccessible par la parole.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le protocole de relaxation que j\u2019utilise, qui doit beaucoup \u00e0 Ferenczi (<em>Principe de relaxation et n\u00e9ocatharsis<\/em>, 1930) et \u00e0 Winnicott, je propose au patient, apr\u00e8s l\u2019avoir encourag\u00e9 \u00e0 \u00eatre attentif \u00e0 ses \u00e9motions et \u00e0 son ressenti corporel, de s\u2019allonger sur le divan, mais que je resterai en face pour ne pas le priver de me voir. Il devra non seulement tenter de dire tout ce qui lui passe par l\u2019esprit, les images qui lui viennent, mais aussi d\u00e9crire ce qu\u2019il ressent, les sensations et les mouvements de tension lorsqu\u2019il essayera de se d\u00e9tendre. Ainsi le corps en \u00e9tat de relaxation joue le r\u00f4le d\u2019une \u00ab&nbsp;aire de jeu&nbsp;\u00bb pour les traces motrices irrepr\u00e9sentables. Et le face-\u00e0-face permet \u00e0 l\u2019analyste de percevoir la tension, l\u2019agitation ou l\u2019angoisse rien qu\u2019\u00e0 l\u2019attitude corporelle du patient et \u00e0 sa mimique&nbsp;: il optimise la possibilit\u00e9 d\u2019identification projective du patient. Il permet aux comportements, aux tensions et aux affects qui ne s\u2019expriment pas dans la \u00ab&nbsp;respiration de la parole&nbsp;\u00bb de participer \u00e0 la libre association au m\u00eame titre que le mat\u00e9riel verbal.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette technique est indiqu\u00e9e dans les cas o\u00f9 un clivage corps-psych\u00e9 est manifeste&nbsp;; chez les sujets schizo\u00efdes, les anorexiques, les n\u00e9vroses narcissiques, les patients cyclothymiques ou \u00e0 comportements autocalmants, gal\u00e9riens volontaires ou professionnels. Le centrage sur le corps favorise l\u2019\u00e9mergence des traces traumatiques irrepr\u00e9sentables.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>La neutralit\u00e9 et ses limites<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019abstinence, la neutralit\u00e9 visent les agirs dans la cure, qu\u2019ils soient du patient ou de l\u2019analyste. Cependant, ce ne doit pas \u00eatre une r\u00e8gle trop rigide, une castration g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de tout affect. Freud lui-m\u00eame avait convenu, en r\u00e9ponse \u00e0 une critique du Pasteur Pfister, que ces \u00ab&nbsp;viennois&nbsp;\u00bb exag\u00e9raient beaucoup quant \u00e0 la r\u00e8gle de la neutralit\u00e9, qui devenait entre leurs mains une indiff\u00e9rence exc\u00e9d\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai plusieurs exemples de patients venus apr\u00e8s l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une cure classique avec des coll\u00e8gues comp\u00e9tents, mais trop neutres pour eux, et qui ont d\u00e9compens\u00e9, interrompu, et mis longtemps avant de reprendre avec un analyste, sous r\u00e9serve d\u2019\u00eatre en face \u00e0 face. Certains avaient ressenti le fait de s\u2019allonger sur le divan, devant un analyste silencieux, comme une chute vertigineuse.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la tierc\u00e9it\u00e9 ne se r\u00e9sume pas toujours \u00e0 l\u2019intervention d\u2019un p\u00e8re qui cadre l\u2019enfant. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9 du patient dont je viens de parler, certains, en proie \u00e0 la s\u00e9duction g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, ont besoin du silence et de la neutralit\u00e9 pour acc\u00e9der \u00e0 une tol\u00e9rance suffisante \u00e0 la frustration. Cette neutralit\u00e9 doit \u00eatre accentu\u00e9e pour faire contrepoids \u00e0 une s\u00e9duction excessive v\u00e9cue dans leur histoire. Car la vraie neutralit\u00e9 est de ne pas entrer dans le jeu de la compulsion de r\u00e9p\u00e9tition des v\u00e9cus traumatiques du patient.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le jeu du transfert et du contre-transfert<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Assez rapidement, l\u2019analyste va devoir accueillir le transfert du patient, comme dans une sorte de th\u00e9\u00e2tre, un jeu de r\u00f4les. Cela date des <em>\u00c9tudes sur l\u2019hyst\u00e9rie <\/em>de Freud, et de l\u2019amour de transfert qu\u2019il a pu y d\u00e9couvrir, ses patientes le prenant pour un personnage de leur enfance, pour Freud le p\u00e8re, de pr\u00e9f\u00e9rence. Mais nous savons que bien d\u2019autres r\u00f4les peuvent \u00eatre attribu\u00e9s \u00e0 l\u2019analyste dans le psychodrame de la cure&nbsp;: p\u00e8re, m\u00e8re, fr\u00e8re ou s\u0153ur, amoureux ou personnage incarnant la loi ou l\u2019instance punitive du Surmoi, jusqu\u2019au double de soi-m\u00eame enfant ou adolescent, dans une inversion des r\u00f4les.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u2019interpr\u00e9tation<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Le sujet lui-m\u00eame, hors de toute analyse, tente d\u00e9j\u00e0 d\u2019interpr\u00e9ter ses r\u00eaves, ses fantasmes ou les \u00e9v\u00e9nements de sa vie, pour leur donner un sens, un avenir. Mais en analyse, le patient est encore plus d\u00e9sireux de trouver un sens \u00e0 ce dont il fait part \u00e0 l\u2019analyste. Il&nbsp;attend de ce dernier un compl\u00e9ment, un autre point de vue, pour l\u2019aider \u00e0 sortir de la r\u00e9p\u00e9tition, de la banalit\u00e9 ou du cauchemar de sa vie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>En fin de compte, l\u2019id\u00e9al de la cure analytique classique reste n\u00e9cessaire, m\u00eame s\u2019il doit \u00eatre assoupli ou diff\u00e9r\u00e9 dans les cas difficiles, et mis en perspective. Quel que soit l\u2019am\u00e9nagement utilis\u00e9, l\u2019ensemble des param\u00e8tres du cadre&nbsp;(neutralit\u00e9, divan et r\u00e9gression, libre association, transfert et interpr\u00e9tation)&nbsp;doivent \u00eatre retrouv\u00e9s pour que le patient parvienne \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de ses traumatismes et de ses mesures d\u00e9fensives. Ainsi le sujet, pour reconstruire ses capacit\u00e9s repr\u00e9sentatives et fantasmatiques, pourra retrouver l\u2019ensemble des fantasmes originaires qui constitue un \u0152dipe suffisamment bon&nbsp;; s\u00e9duction (libre association), neutralit\u00e9 (castration), retour au ventre maternel (divan et r\u00e9gression-relaxation), transfert et contre-transfert (sc\u00e8ne primitive), interpr\u00e9tation ou construction d\u2019un sens (meurtre cannibalique de l\u2019autorit\u00e9). Bref, un cadre o\u00f9 tous les param\u00e8tres sont pr\u00e9sents, et coop\u00e8rent de fa\u00e7on symbolique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Bibliographie<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>\u2022 Bleger J. (1975), <em>Psychanalyse du cadre psychanalytique<\/em>, Dunod&nbsp;1979<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Donnet J.L. (2002), <em>Le divan bien temp\u00e9r\u00e9<\/em>, P.U.F<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Duparc<em>, Andr\u00e9 Green<\/em>, PUF, coll. \u00ab&nbsp;Psychanalystes d\u2019aujourd\u2019hui&nbsp;\u00bb, 1997<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Duparc F. (2017a), <em>Le travail du psychanalyste, accueil de la diversit\u00e9 et strat\u00e9gies cliniques<\/em>, Ithaque<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Duparc F. (2017&nbsp;b), <em>La clinique du psychanalyste aujourd\u2019hui (pratique ouverte et cadre sur mesure)<\/em>, In Press<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Ferenczi S. (1918)&nbsp;; \u00ab&nbsp;La technique psychanalytique&nbsp;: abus de la libert\u00e9 d\u2019association&nbsp;\u00bb, in <em>\u0152uvres, t.II<\/em>, Payot&nbsp;1970<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Freud S. (1904), <em>La m\u00e9thode psychanalytique<\/em>, trad. In Press<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Freud S. (1915), <em>M\u00e9tapsychologie<\/em>, Gallimard&nbsp;1968, OCF.P,&nbsp;XI, 1998<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Green A. (1994)&nbsp;; <em>Le travail du n\u00e9gatif<\/em>, Minuit<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Neyraut M. (2004)&nbsp;; <em>Le transfert<\/em>, PUF<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Winnicott D. W. (1975), Jeu et r\u00e9alit\u00e9, Gallimard<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29908?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici un certain temps que je d\u00e9fends une th\u00e9orie du cadre psychanalytique qui se refuse \u00e0 dissocier psychoth\u00e9rapie analytique et psychanalyse. Ceci afin d\u2019\u00e9viter les clivages, dans la pratique et dans les soci\u00e9t\u00e9s d\u2019analyse, et de leurs formations. 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