{"id":29474,"date":"2023-07-12T10:22:44","date_gmt":"2023-07-12T08:22:44","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/?p=29474"},"modified":"2023-07-12T10:22:51","modified_gmt":"2023-07-12T08:22:51","slug":"de-quelques-meurtres-dans-la-famille-la-horde-primitive-et-le-cas-dostoievski","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/de-quelques-meurtres-dans-la-famille-la-horde-primitive-et-le-cas-dostoievski\/","title":{"rendered":"De quelques meurtres dans la famille\u00a0: la horde primitive et le cas Dosto\u00efevski"},"content":{"rendered":"\n<p>V.&nbsp;Marinov (1992) consid\u00e8re que&nbsp;Freud (1913) fut inspir\u00e9 dans la mise en sc\u00e8ne du meurtre du p\u00e8re de la horde primitive par les fils r\u00e9unis d\u00e9crits par le meurtre du p\u00e8re satyre Karamazov, qui, voulant poss\u00e9der toutes les femmes du village et entre en rivalit\u00e9 sexuelle avec l\u2019un de ses fils. Voil\u00e0 une entr\u00e9e en mati\u00e8re pour suivre le fil des travaux de V.&nbsp;Marinov \u00e0 partir de notre int\u00e9r\u00eat commun pour l\u2019histoire de la psychanalyse et pour la question du meurtre, \u00e0 partir d\u2019un point de rep\u00e8re central de la th\u00e9orie freudienne, le lien p\u00e8re-fils.<\/p>\n\n\n\n<p>V.&nbsp;Marinov interpr\u00e8te le mythe de la horde primitive sans se soucier d\u2019une quelconque v\u00e9racit\u00e9 anthropologique, ce qui donne \u00e0 cette fantaisie freudienne une valeur de mythe des origines source d\u2019in\u00e9puisable d\u2019interpr\u00e9tations. \u00c0 ce titre, on peut se souvenir de la citation de Freud (1915, p.&nbsp;30)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous descendons d\u2019une longue s\u00e9rie de g\u00e9n\u00e9rations de meurtriers qui avaient dans le sang le d\u00e9sir de tuer comme peut-\u00eatre nous-m\u00eame encore&nbsp;\u00bb, ce \u00e0 quoi l\u2019on peut ajouter que sans punition, chacun peut s\u2019apercevoir qu\u2019il veut \u00ab&nbsp;faire la m\u00eame chose que le malfaiteur&nbsp;\u00bb (Freud, 1913, p.&nbsp;45).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cet article, nous discutons du meurtre du p\u00e8re et du fr\u00e8re \u00e0 partir des r\u00e9cits freudiens de la horde primitive et de Dosto\u00efevski, dans un dialogue \u00e0 trois avec certains textes de V.&nbsp;Marinov.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Se familiariser avec la repr\u00e9sentation du meurtre<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019occurrence concernant \u00ab&nbsp;les premiers d\u00e9sirs sexuels de l\u2019homme adolescent&nbsp;\u00bb (Ibid, p.&nbsp;143) rejoint l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la maturit\u00e9 sexuelle\u2009; ces d\u00e9sirs \u00ab&nbsp;sont toujours de nature incestueuse et ces d\u00e9sirs r\u00e9prim\u00e9s jouent un r\u00f4le tr\u00e8s important en tant que causes d\u00e9terminantes des n\u00e9vroses ult\u00e9rieures&nbsp;\u00bb (idem). L\u2019auto-\u00e9rotisme masturbatoire de la prime enfance trouve un \u00e9quivalent dans les fantasmes de la pubert\u00e9&nbsp;: la m\u00e8re initie sexuellement son fils pour le pr\u00e9server des risques de la masturbation\u2009; la r\u00e9pression de cette activit\u00e9 sexuelle et l\u2019angoisse envers le p\u00e8re jouent un r\u00f4le d\u00e9cisif pour la n\u00e9vrose adulte. Freud (1928) \u00e9tablit ici un pont entre la n\u00e9vrose infantile et la future n\u00e9vrose de l\u2019adulte, qui se construit sur les fondements de d\u00e9sirs incestueux de l\u2019adolescent et leur r\u00e9pression. Le processus d\u2019adolescence se caract\u00e9rise par cons\u00e9quent par la reprise de la barri\u00e8re de l\u2019inceste, ce que S.&nbsp;Freud (1905) pr\u00e9cise par <em>le rejet et le d\u00e9passement des fantasmes incestueux<\/em>&nbsp; ; il est question du travail psychique de la pubert\u00e9, qui fonde l\u2019essentiel du processus d\u2019adolescence et passe par un travail d\u2019\u00e9laboration. Ce travail d\u2019\u00e9laboration am\u00e8ne au second temps propre \u00e0 la fin d\u2019adolescence, <em>la familiarit\u00e9 avec ces m\u00eames fantasmes incestueux et parricides<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais lorsque Freud s\u2019engage dans cette direction, il maintient la pr\u00e9valence du p\u00f4le incestueux\u2009; l\u2019absence de la dimension meurtri\u00e8re pourtant implicite \u00e0 la position perverse incestueuse t\u00e9moigne de la volont\u00e9 d\u2019imposer le mod\u00e8le sexuel incestueux dans sa primaut\u00e9. Cependant, l\u2019ouvrage, consacr\u00e9 sur sa fin au rapport ambivalent au p\u00e8re, est li\u00e9 au d\u00e9sir de suppression du p\u00e8re, inclus dans l\u2019inceste. L\u2019inceste contient donc le meurtre, mais l\u2019inverse peut s\u2019appliquer \u00e9galement&nbsp;: tout meurtre affirme un d\u00e9sir incestueux sous-jacent. Et l\u2019inceste est \u00e0 l\u2019origine des actes pervers de la premi\u00e8re occurrence concernant l\u2019adolescent. Les d\u00e9sirs incestueux et parricides ont pour caract\u00e9ristique centrale leur compl\u00e9mentarit\u00e9 et leur r\u00e9versibilit\u00e9 dans l\u2019inconscient. En miroir, cette compl\u00e9mentarit\u00e9 permet d\u2019envisager des passerelles dans la compr\u00e9hension des enjeux parricides \u00e0 partir de la compr\u00e9hension des enjeux incestueux.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour illustrer cette hypoth\u00e8se, prenons la citation suivante de S.&nbsp;Freud (1912, p.&nbsp;61)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pour \u00eatre, dans la vie amoureuse, vraiment libre et, par-l\u00e0, heureux, il faut avoir surmont\u00e9 le respect pour la femme et s\u2019\u00eatre familiaris\u00e9 avec la repr\u00e9sentation de l\u2019inceste avec la m\u00e8re ou<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a> la s\u0153ur.&nbsp;\u00bb. Ainsi pourrait-on reprendre le propos de Freud concernant la vie amoureuse \u00e0 partir des d\u00e9sirs incestueux et proposer son compl\u00e9ment parricide&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pour \u00eatre, dans la vie amicale et relationnelle, vraiment libre et par l\u00e0, heureux, il faut avoir surmont\u00e9 le respect pour le p\u00e8re et s\u2019\u00eatre familiaris\u00e9 avec la repr\u00e9sentation du meurtre du p\u00e8re ou du fr\u00e8re.&nbsp;\u00bb C\u2019est-\u00e0-dire avoir d\u00e9pass\u00e9 la position passive f\u00e9minine qui est une forme de soumission s\u00e9ductrice envers le p\u00e8re, et par cons\u00e9quent soutenir la possible rivalit\u00e9 avec la figure du p\u00e8re. Sinon, la s\u00e9quence \u00ab&nbsp;le p\u00e8re me tue&nbsp;\u00bb peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme la r\u00e9alisation d\u2019un d\u00e9sir homosexuel et punitif, comme l\u2019\u00e9quivalent homosexuel d\u2019une sc\u00e8ne de s\u00e9duction incestueuse.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019axe ontog\u00e9n\u00e9tique et le complexe d\u2019\u0152dipe constituent le pendant de la th\u00e9orie phylog\u00e9n\u00e9tique&nbsp;: toutes deux sont fond\u00e9es sur le d\u00e9sir du meurtre comme \u00e9l\u00e9ment fondateur de traces positives dans l\u2019apr\u00e8s-coup, que ce soit dans le renoncement \u00e9laboratif, certes partiel, de l\u2019enfant puis de l\u2019adolescent, ou dans les cons\u00e9quences du meurtre du p\u00e8re de la horde, l\u2019\u00e9nonc\u00e9 de deux lois fondamentales. Notons ici que l\u2019interdit de l\u2019inceste s\u2019accompagne d\u2019un interdit du meurtre par identification au meurtre du p\u00e8re primitif tyrannique, qui devient l\u2019interdit fratricide&nbsp;: celui-ci est donc paradigmatique d\u2019un \u00e9l\u00e9ment de transformation qui ne se r\u00e9sout pas seulement dans le d\u00e9placement de la puissance attribu\u00e9e au p\u00e8re sur la figure du fr\u00e8re (Ka\u00ebs, 1993), mais qui prend la forme suivante&nbsp;: tuer le p\u00e8re est devenu l\u2019interdit de tuer le p\u00e8re qui vit en chaque fr\u00e8re. Il est question de ne pas r\u00e9p\u00e9ter, dans le fratricide, le meurtre du p\u00e8re int\u00e9rioris\u00e9 qui vit en chacun des fr\u00e8res de la horde. Le passage \u00e0 l\u2019acte homicide a forc\u00e9 le processus identificatoire en frayant de fait une repr\u00e9sentation hallucinatoire coupable dans la psych\u00e9 des fr\u00e8res. En tuant, ils ont cr\u00e9\u00e9 les conditions d\u2019une s\u00e9quence r\u00e9elle autotraumatique \u00e0 \u00e9laborer, g\u00e9n\u00e9ratrice de changements\u2009; c\u2019est donc bien d\u2019une \u00e9preuve autosymbolisant propre \u00e0 l\u2019adolescence que la soci\u00e9t\u00e9 \u0153dipienne a pu se constituer, dans l\u2019apr\u00e8s-coup d\u2019un d\u00e9sir de meurtre longtemps souhait\u00e9 par des g\u00e9n\u00e9rations de fr\u00e8res opprim\u00e9s sexuellement et rejet\u00e9s de la communaut\u00e9 d\u2019origine, bannis et exil\u00e9s (Houssier, 2013). Et, pour Freud, le traumatisme n\u2019\u00e9tait pas un obstacle \u00e0 la transformation des repr\u00e9sentations et \u00e0 sa psychisation, par l\u2019int\u00e9gration \u00e9rotique des \u00e9v\u00e9nements. La croyance de Freud \u00e9tait celle d\u2019un potentiel transformateur de la psych\u00e9 (Green, 1975). Comme Freud (1930) le reconna\u00eetra, c\u2019est le renoncement \u00e0 la violence destructrice qui est la plus difficile \u00e0 dompter pour que se maintienne la symbolique \u0153dipienne constitutive de la soci\u00e9t\u00e9 des fr\u00e8res. Comme le souligne J. \u2014 L.&nbsp;Donnet (1995, p.&nbsp;69), \u00ab&nbsp;la limitation de l\u2019agressivit\u00e9 est le \u201c&nbsp;plus dur sacrifice&nbsp;\u201d, sans doute parce que cette pulsion est moins d\u00e9pla\u00e7able, transformable, sublimable que la pulsion sexuelle, plus constante et plus ais\u00e9ment activable dans \u201c&nbsp;sa vocation monotone.&nbsp;\u201d&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Des noces impossibles<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Comment arriver au p\u00e8re&nbsp;? Pour ressembler au p\u00e8re, l\u2019enfant doit refouler les ressemblances id\u00e9ales qui prennent la forme de doubles narcissiques d\u00e9riv\u00e9s de la s\u00e9duction maternelle. Faut-il comprendre que ces cha\u00eenes de ressemblance \u00e9taient le fantasme pervers p\u00e9dophile du p\u00e8re archa\u00efque, sous-bassement du p\u00e8re pers\u00e9cutant inducteur du parricide&nbsp;? L\u2019identification au p\u00e8re, en imposant l\u2019amour pour le p\u00e8re, implique la crainte de ressembler \u00e0 l\u2019autre sexe. La figure de l\u2019enfant sacrifi\u00e9 \u2014 l\u2019acte \u00e0 r\u00e9sonance autopunitive comme r\u00e9pondant \u00e0 un fantasme sacrificiel \u2014 serait une des issues de l\u2019enveloppement maternel (Marinov, 1990). Mais autant le crime de la horde est un crime qui profite \u00e0 la cr\u00e9ation de la soci\u00e9t\u00e9 et de la civilisation, autant le crime parricide peut \u00e9galement viser \u00e0 tuer sa propre enfance. Et, par l\u2019interdit pos\u00e9 par le p\u00e8re de la horde, les buts sexuels des fils sont inhib\u00e9s, ce qui revient \u00e0 contraindre les fils&nbsp;\u00e0 s\u2019attacher affectivement \u00e0 lui et les uns aux autres (Freud, 1920). Et, de ce fait, le p\u00e8re de la horde, pris dans les rets d\u2019un narcissisme absolu, fait figure de jouisseur, ayant acquis une puissance orgastique \u00ab&nbsp;aiguis\u00e9e par une sensualit\u00e9 perverse&nbsp;\u00bb (Marinov, 1990, p.&nbsp;129). Pour na\u00eetre, le sentiment de culpabilit\u00e9 doit se d\u00e9gager des composantes \u00e9rotiques trop bruyantes\u2009; et l\u2019acte force une prise de conscience des intentions coupables autrement rest\u00e9es inconscientes, m\u00eame d\u00e9plac\u00e9es sur d\u2019autres objets (Ibid, p.&nbsp;186). Et davantage que de crime par sentiment de culpabilit\u00e9, il serait n\u00e9cessaire de consid\u00e9rer la finalit\u00e9 de l\u2019acte, \u00e0 savoir le ch\u00e2timent\u2009; d\u2019o\u00f9 la proposition de \u00ab&nbsp;crime par besoin de ch\u00e2timent inconscient&nbsp;\u00bb (Ibid, p.&nbsp;189).<\/p>\n\n\n\n<p>Pour exister, le crime n\u00e9cessite des conditions relationnelles pr\u00e9cises&nbsp;: le sentiment de pers\u00e9cution par un \u00eatre sup\u00e9rieur, sous-tendant un puissant sentiment d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 renvoyant \u00e0 la d\u00e9tresse du nourrisson\u2009; une identification souterraine \u00e0 l\u2019agresseur, jusqu\u2019au sentiment d\u2019\u00eatre son double narcissique. Cet axe parano\u00efaque est d\u00e9cisif dans le d\u00e9clenchement de l\u2019acte, pour ensuite ouvrir sur un axe d\u00e9pressif&nbsp;: pour exister, celui-ci n\u00e9cessite un deuil et de la r\u00e9paration de l\u2019objet mis \u00e0 mort (Ibid, p. 191.). Ce mouvement de r\u00e9paration op\u00e8re, on l\u2019a vu dans la horde, sur un objet qui n\u2019est plus confondu potentiellement avec la m\u00e8re, mais aussi sur l\u2019int\u00e9gration de l\u2019ambivalence comme le sugg\u00e8re l\u2019alternance entre la f\u00eate triomphale et le repentir des fils de la horde.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019id\u00e9alisation du p\u00e8re pr\u00e9suppose le refoulement des d\u00e9sirs de sa mise \u00e0 mort et d\u2019amour sensuel pour la femme qu\u2019il poss\u00e8de, mais aussi des d\u00e9sirs homosexuels envers le p\u00e8re. Le processus d\u2019id\u00e9alisation a besoin de la cr\u00e9ation d\u2019un bouc \u00e9missaire, d\u2019un monstre projectif d\u00e9potoir, pour maintenir la puret\u00e9 des images id\u00e9alis\u00e9es (Ibid, p.&nbsp;247). La haine des fils ne fait que r\u00e9primer l\u2019\u00e9norme soif d\u2019amour des fils exclus pour le p\u00e8re, d\u2019o\u00f9 la forme pers\u00e9cutrice interne et externe qui se met en place, en lieu et place de l\u2019amour pour le p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Le courant tendre est constitu\u00e9 d\u2019un courant sensuel qu\u2019il domestique, par l\u2019interdit. Et le meurtre du p\u00e8re et le mouvement de culpabilit\u00e9 qu\u2019il implique s\u2019int\u00e8grent dans un mouvement de d\u00e9sensualisation de la figure paternelle, imbib\u00e9e de la confusion entre tendresse et sensualit\u00e9 propre \u00e0 l\u2019amour maternel. Le meurtre est une tentative de s\u00e9paration des imagos&nbsp;: une fois tu\u00e9, le p\u00e8re prend encore plus de place qu\u2019auparavant, prenant place int\u00e9rieurement comme trace ind\u00e9l\u00e9bile fixatrice de l\u2019interdit incestueux et meurtrier. C\u2019est dans une logique de d\u00e9gagement du fantasme des parents combin\u00e9s, sans identification sexu\u00e9e, que s\u2019instaure la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un meurtre du p\u00e8re r\u00e9el au profit de sa mise en image, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ic\u00f4ne&nbsp;: une action de symbolisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019enjeu parricide existe pendant l\u2019enfance, comme en r\u00e9ponse aux v\u0153ux infanticides parentaux \u2014 et paternels notamment \u2014, l\u2019agissement des d\u00e9sirs parricides refoul\u00e9s n\u2019est possible qu\u2019au moment de l\u2019adolescence, lorsque la rivalit\u00e9 sexuelle avec le p\u00e8re bat son plein <em>dans l\u2019actuel<\/em>. L\u2019id\u00e9alisation narcissique du p\u00e8re est li\u00e9e au lien sensuel avec le p\u00e8re charnel\u2009;&nbsp;le meurtre contribue \u00e0 la d\u00e9sensualisation du lien sans interrompre le mouvement identificatoire au p\u00e8re id\u00e9alis\u00e9. Le p\u00e8re id\u00e9alis\u00e9 et le fils h\u00e9ro\u00efque sont l\u00e0 pour masquer la figure du p\u00e8re d\u00e9chu (Ibid, p.&nbsp;343). Apr\u00e8s l\u2019abandon (relatif) de la th\u00e9orie de la Neurotica, la th\u00e9orie phylog\u00e9n\u00e9tique fait \u00e9merger de nouvelles facettes du p\u00e8re\u2009; le p\u00e8re s\u00e9ducteur-abuseur se transforme en p\u00e8re tyrannique, dont la parano\u00efa est une composante qu\u2019on pourrait formuler ainsi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne peux pas aimer sexuellement mes fils, alors je les hais\u2009; je ne les hais pas, c\u2019est eux qui me pers\u00e9cutent\u2009; pour cela, ils doivent \u00eatre chass\u00e9s-punis&nbsp;\u00bb, au p\u00e9ril de leur vie. \u00catre en dehors de la protection paternelle \u00e9quivaut \u00e0 un abandon symbole de mise \u00e0 mort&nbsp;: c\u2019est parce que le monde devient dangereux que le syst\u00e8me de la horde est impos\u00e9 par le p\u00e8re primitif. Le p\u00e8re de la horde affirme aussi une sexualit\u00e9 tyrannique, dont on peut douter qu\u2019elle concerne seulement les femmes du groupe (Vychin, 1993). Aimer toutes les femmes ne revient-il pas \u00e0 n\u2019en aimer aucune, et \u00e0 servir essentiellement \u00e0 exercer sa tyrannie sur ceux qui repr\u00e9sentent une menace potentielle, ses fils&nbsp;? Car si l\u2019on ne conna\u00eet pas tous les d\u00e9tails du d\u00e9roulement du meurtre, une chose n\u00e9anmoins est certaine&nbsp;: <em>le crime vient \u00e0 la<\/em> <em>place des noces rendues impossibles<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019adolescent ressuscite le complexe d\u2019\u0152dipe du p\u00e8re qui identifie son fils mature \u00e0 son propre p\u00e8re (Marinov, 1990, p.&nbsp;370), soit une \u00e9vocation discr\u00e8te du pubertaire parental cher \u00e0 P.&nbsp;Gutton (1991). Si les fr\u00e8res parviennent \u00e0 s\u2019entendre apr\u00e8s le meurtre du p\u00e8re, c\u2019est que les fr\u00e8res qui ne sont pas impliqu\u00e9s, si ce n\u2019est \u00e0 titre de spectateurs, voient se r\u00e9aliser un de leurs fantasmes r\u00e9prim\u00e9s\u2009; la jalousie mutuelle quant \u00e0 la possession des femmes s\u2019efface donc face au primat de l\u2019identification mutuelle et du meurtre du fr\u00e8re qui, l\u00e0 aussi, r\u00e9aliserait un fantasme commun aux fr\u00e8res. C\u2019est sans doute sur cette intuition inconsciente que se r\u00e9alise la mutualisation des \u00e9changes fraternels, autour d\u2019un pacte devenu explicite par la loi. Cet accord intervient comme partage de la culpabilit\u00e9 de la mort du p\u00e8re, diffractant sur l\u2019ensemble un sentiment source de d\u00e9plaisir \u00e0 porter pour une partie seulement de la communaut\u00e9 fraternelle. L\u2019effet de cette diffraction du sentiment de culpabilit\u00e9 est le suivant&nbsp;: en annulant les diff\u00e9rences interindividuelles \u2014 tous coupables \u2014, les fr\u00e8res coupent toute possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9mancipation de l\u2019un pour prendre la place du p\u00e8re, place irrempla\u00e7able. L\u2019absorption par le p\u00e8re de la sensualit\u00e9 maternelle dans la relation aux fils est une hypoth\u00e8se qui indique le caract\u00e8re s\u00e9cable du meurtre\u2009; celui-ci ent\u00e9rine la rupture avec la sensualit\u00e9 maternelle, dont le fantasme \u00e9quivalent est le matricide. Il y a invention d\u2019un d\u00e9tournement&nbsp;: la m\u00e8re devient interdite, la femme autoris\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Dosto\u00efevski et la ville<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Quelque chose est pourri dans le royaume de nos villes modernes. La ville, qu\u2019il soit question de Moscou ou St Petersburgh, est l\u2019espace id\u00e9al o\u00f9 se perp\u00e9tue le crime, la prostitution, l\u2019alcoolisme, le jeu de hasard (la roulette, du temps de Dosto\u00efevski). Elle est le lieu d\u2019une perdition possible o\u00f9 se d\u00e9veloppent la peste, la guerre et le sacrifice. Le criminel est souvent un \u00e9migr\u00e9 de fra\u00eeche date. Il arrive d\u2019ailleurs, d\u2019un autre espace mental et environnemental \u2014 plus simple, d\u2019un village ou d\u2019une petite ville de province. Il \u00e9choue \u00e0 \u00ab&nbsp;traduire&nbsp;\u00bb son espace dans un espace mental \u00ab&nbsp;originaire&nbsp;\u00bb, infantile dans un espace trop grand, caract\u00e9ris\u00e9 par une fourmili\u00e8re d\u2019humain et une masse indigeste de biens entass\u00e9s. La grandeur inqui\u00e9tante de St Petersburg d\u00e9peinte par Dosto\u00efevski dans ce roman, \u00ab&nbsp;ville la plus pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9e de toutes les villes connues&nbsp;\u00bb comme le souligne Dosto\u00efevski, b\u00e2tie seulement en quelques ann\u00e9es par Pierre le Grand sur le sol mar\u00e9cageux au bord de la Baltique. Saint Petersburg d\u00e9crite par Dosto\u00efevski est le r\u00eave fou d\u2019un monarque qui veut \u00e0 la fois imiter l\u2019Europe \u2014 n\u2019a-t-on pas appel\u00e9 St Petersburg la Venise du Nord&nbsp;? \u2014 et la d\u00e9passer. La ville est un personnage \u00e0 part enti\u00e8re dans diverses fictions. Que l\u2019on songe \u00e0 Gotham pour Batman, ou New York pour Spiderman&nbsp;: ce n\u2019est pas seulement le paysage o\u00f9 se refl\u00e8te l\u2019action du h\u00e9ros \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019un conteneur, c\u2019est une entit\u00e9 vivante et bouillonnante qui r\u00e9pond en \u00e9cho aux conflits int\u00e9rieurs du h\u00e9ros, soit un personnage \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un registre \u0153dipien, rappelons l\u2019analyse de Freud (1928) concernant le destin des d\u00e9sirs parricides\u2009; les crises \u00e9pileptiques de Dosto\u00efevski sont associ\u00e9es \u00e0 sa mort ainsi que, par identification, \u00e0 la mort de son p\u00e8re. Les d\u00e9sirs parricides sont retourn\u00e9s contre lui-m\u00eame, comme une forme d\u2019\u00e9quivalence, par leur r\u00e9versibilit\u00e9, entre les v\u0153ux meurtriers h\u00e9t\u00e9ro- et autoadress\u00e9s. Ces derniers sont \u00e0 la fois l\u2019expression du masochisme et l\u2019issue \u00ab&nbsp;positive&nbsp;\u00bb des d\u00e9sirs parricides, via l\u2019\u00e9pilepsie, qui permettrait de ne pas avoir \u00e0 commettre le pire (Kanzer, 1948).<\/p>\n\n\n\n<p>La punition constitue un des th\u00e8mes essentiels de l\u2019analyse de Dosto\u00efevski, qui est l\u2019occasion pour Freud (1916) de reprendre le criminel par sentiment de culpabilit\u00e9. Les ajouts du masochisme et du narcissisme dans sa th\u00e9orisation sont maintenant manifestes\u2009; Dosto\u00efevski est compar\u00e9 \u00e0 un criminel, agi par une forte pulsion de destruction (Freud, 1928, p.&nbsp;163)\u2009; celle-ci prend la forme d\u2019un sadisme retourn\u00e9 contre soi\u2009; le sentiment de culpabilit\u00e9, quoique pr\u00e9sent, semble maintenant moins central. La r\u00e9flexion de Freud porte davantage sur l\u2019\u00e9pilepsie et sa signification dans la vie de l\u2019\u00e9crivain. Alors se d\u00e9couvre une probl\u00e9matique de l\u2019acte qui ne renvoie plus au fil tendu par le complexe d\u2019\u0152dipe, mais davantage une modalit\u00e9 de d\u00e9charge pulsionnelle d\u2019excitation. Le passage \u00e0 l\u2019acte tel qu\u2019envisag\u00e9 par Freud trouve une d\u00e9finition&nbsp;: \u00ab&nbsp;liquider par des moyens somatiques les masses d\u2019excitation dont elle ne vient pas \u00e0 bout psychiquement&nbsp;\u00bb (Ibid, p.&nbsp;165). Quand bien m\u00eame Freud relie l\u2019attaque \u00e9pileptique \u00e0 l\u2019hyst\u00e9rie, les courtes absences d\u00e9crites constituent des r\u00e9actions \u00e0 des excitations psychiques, aboutissant, dans la crise \u00e9pileptique comme dans le passage \u00e0 l\u2019acte, \u00e0 des moments domin\u00e9s par l\u2019inconscient o\u00f9 le malade \u00ab&nbsp;fait quelque chose qui lui est \u00e9tranger&nbsp;\u00bb (Ibid, p.&nbsp;164).<\/p>\n\n\n\n<p>Ces attaques \u00e9pileptiques ont un sens&nbsp;: se punir des v\u0153ux de mort adress\u00e9 au p\u00e8re en les retournant masochiquement contre soi. Cependant, Freud pr\u00e9cise que des \u00e9l\u00e9ments du complexe infantile comme d\u00e9sirer inconsciemment \u00eatre puni\/battu par le p\u00e8re peuvent dispara\u00eetre si la r\u00e9alit\u00e9 ne leur apporte aucun nouvel \u00e9l\u00e9ment qui l\u2019alimente. Et, les malheurs de la vie (pertes diverses, amours malheureuses, etc.) contribuent \u00e0 la sant\u00e9 psychique du n\u00e9vros\u00e9 en satisfaisant son masochisme et le besoin de punition qui lui est associ\u00e9. Ainsi Freud (1918, p.&nbsp;420) \u00e9met par exemple l\u2019hypoth\u00e8se que la gu\u00e9rison de l\u2019Homme aux loups est consolid\u00e9e par les malheurs qui le frappent dans la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;: perte de la patrie, des siens, de sa fortune. Comme lors de l\u2019emprisonnement de Dosto\u00efevski, l\u2019\u00e9v\u00e9nement \u00e0 caract\u00e8re masochique r\u00e9pond inconsciemment au besoin de punition et contribue \u00e0 l\u2019apaisement du conflit \u00e0 l\u2019origine des sympt\u00f4mes.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le p\u00e8re de Dosto\u00efevski vient \u00e0 mourir assassin\u00e9 lorsque ce dernier a dix-huit ans. Cet \u00e9v\u00e9nement fait irruption de fa\u00e7on traumatique dans la vie de l\u2019adolescent, et provoque l\u2019\u00e9pilepsie jusqu\u2019ici repr\u00e9sent\u00e9e selon Freud par des sympt\u00f4mes infantiles l\u00e9gers. Cette collusion, ce collapsus traumatique entre fantasme et r\u00e9alit\u00e9 repr\u00e9sente la probl\u00e9matique adolescente&nbsp;: la difficult\u00e9 de maintenir intacte la limite intrapsychique qui permet d\u2019\u00e9laborer dans le fantasme, au-dedans, ce qui peut arriver au-dehors. L\u2019intensification du conflit provoque l\u2019identification au p\u00e8re mort, le besoin de se punir pour avoir souhait\u00e9 et imagin\u00e9 la mort du p\u00e8re. Et Freud de risquer l\u2019hypoth\u00e8se suivante&nbsp;: d\u00e8s le moment o\u00f9 l\u2019\u00e9crivain est emprisonn\u00e9 en Sib\u00e9rie pour raisons politiques, il n\u2019a pas besoin d\u2019\u00eatre puni par ses attaques \u00e9pileptiques qui auraient alors cess\u00e9 pendant son incarc\u00e9ration. Ce collapsus \u00e9pileptique que tu soulignes concerne les mauvais d\u00e9sirs envers le p\u00e8re, comme r\u00e9v\u00e9l\u00e9s dans la r\u00e9alit\u00e9 par sa mort. Le caract\u00e8re inqui\u00e9tant des d\u00e9sirs, du d\u00e9passement des fronti\u00e8res du fantasme est sollicit\u00e9 par l\u2019id\u00e9e que le d\u00e9sir tue, magiquement, simplement pour l\u2019avoir voulu. La toute-puissance magique infantile sort du terrain du jeu infantile fond\u00e9 sur la superstition. Davantage que le registre \u0153dipien, repris par Freud, n\u2019est-ce pas dans ces aspects archa\u00efques du fonctionnement psychique qu\u2019on peut trouver les fondements du passage \u00e0 l\u2019acte criminel&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9, nous dit S.&nbsp;Freud (1919), r\u00e9v\u00e8le une intention secr\u00e8te de nuire et on suppose que cette intention dispose du pouvoir de se manifester. Pour l\u2019adolescent, le pouvoir de nuire signifie le meurtre ou l\u2019attaque, et l\u2019intention a valeur d\u2019acte, r\u00e9v\u00e9lant le renforcement de la toute-puissance des pens\u00e9es. Et S.&nbsp;Freud de rajouter&nbsp;: \u00ab&nbsp;Aussi, d\u00e8s lors qu\u2019il se passe dans notre vie quelque chose qui para\u00eet apporter une confirmation \u00e0 ces anciennes convictions (magiques) mises \u00e0 l\u2019\u00e9cart, nous avons un sentiment d\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 qu\u2019on peut compl\u00e9ter par ce jugement&nbsp;: ainsi donc, il est vrai qu\u2019on peut tuer une autre personne simplement en le d\u00e9sirant, que les morts continuent \u00e0 vivre et r\u00e9apparaissent sur les lieux de leur activit\u00e9 ant\u00e9rieure, etc.&nbsp;\u00bb (Ibid, p.&nbsp;256) La possibilit\u00e9 d\u2019une rencontre entre un d\u00e9sir tel que celui du parricide et le fait qu\u2019il devienne r\u00e9alisable par la maturation physique et musculaire est en tant que telle une source d\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9, \u00e0 m\u00eame de solliciter l\u2019\u00e9vitement phobique de toute figure paternelle, ou au contraire sa recherche fr\u00e9n\u00e9tique pour se rassurer de la non-efficience du d\u00e9sir et de sa r\u00e9alisation magique.<\/p>\n\n\n\n<p>Chez l\u2019enfant, l\u2019id\u00e9e que les parents connaissent ses d\u00e9sirs sensuels t\u00e9moigne d\u2019une des modalit\u00e9s de la pens\u00e9e magique&nbsp;: exprimer ses pens\u00e9es serait comme parler sans s\u2019entendre parler soi-m\u00eame (Freud, 1909, p.&nbsp;203). Alors quelque chose de terrible peut arriver&nbsp;: pour l\u2019homme aux rats, le d\u00e9sir de voir des femmes nues s\u2019accompagne, enfant, d\u2019un sentiment d\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 comme s\u2019il devait arriver quelque chose en ayant ces pens\u00e9es. Agir serait aussi anticiper sur la chose terrible qui arriverait immanquablement au vu de la persistance du d\u00e9sir. Mieux vaut s\u2019autopunir que risquer la castration ou sa propre mort. Et ce d\u2019autant que ces pens\u00e9es \u00e9rotiques sont compl\u00e9t\u00e9es par Freud de la sorte&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si j\u2019ai le d\u00e9sir de voir une femme nue, mon p\u00e8re devra mourir&nbsp;\u00bb. Ce caract\u00e8re d\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 qui \u00e9merge provoque \u00ab&nbsp;des impulsions \u00e0 faire quelque chose pour d\u00e9tourner le d\u00e9sastre&nbsp;\u00bb (Ibid, p.&nbsp;205), \u00e0 savoir organiser des d\u00e9fenses obsessionnelles ou se faire punir directement par la provocation de la punition.<\/p>\n\n\n\n<p>Trouver une voie identificatoire \u00e0 un p\u00e8re mort dans l\u2019autopunition. Ou encore, retrouver le p\u00e8re dans la punition, \u00e0 un moment o\u00f9 \u00ab&nbsp;l\u2019assimilation, l\u2019appropriation des qualit\u00e9s du p\u00e8re menace de dispara\u00eetre, de s\u2019\u00e9vanouir sous l\u2019influence de nouvelles conditions survenant dans l\u2019existence&nbsp;\u00bb (Freud, 1913, p.&nbsp;167). Sans doute peut-on \u00e9mettre l\u2019hypoth\u00e8se que le meurtre a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 un moment o\u00f9 le p\u00e8re tyrannique de la horde ne remplissait plus aucune fonction symbolig\u00e8ne, ou risquait de perdre toute valeur symbolique. La horde \u00e9tait confront\u00e9e \u00e0 la compulsion de r\u00e9p\u00e9tition, tandis que le passage \u00e0 l\u2019acte, f\u00fbt-il meurtrier, a constitu\u00e9 une tentative r\u00e9ussie de transformation et le retournement de la destructivit\u00e9 (du potentiel des fils) en \u00e9laboration secondaire du meurtre et de ses cons\u00e9quences. Et, c\u2019est dans la haine que na\u00eet l\u2019objet, ce qui n\u00e9cessite la reprise rituelle du repas tot\u00e9mique et de ses d\u00e9placements culturels religieux. L\u2019identification au p\u00e8re \u2014 pater incertus \u2014 n\u2019est pas \u00e0 l\u2019abri de sa possible d\u00e9liquescence interne, d\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rieuse de provoquer une pr\u00e9cipitation identificatoire par l\u2019acte de d\u00e9fi, de provocation, de transgression. Si ce dernier s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 cruel et violent, il a impos\u00e9 \u00e0 son enfant une position passive f\u00e9minine qui deviendra masochique au moment de l\u2019adolescence, \u00e0 l\u2019origine d\u2019un grand besoin de punition\u2009; le p\u00e8re s\u2019est incarn\u00e9 dans le surmoi f\u00e9roce qui trouve satisfaction \u00e0 la punition.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Dans ce sens, la civilisation est constitu\u00e9e par le passage de l\u2019action \u2014 le meurtre du p\u00e8re \u2014 \u00e0 la pens\u00e9e associ\u00e9e au langage. Tuer symboliquement le p\u00e8re consisterait \u00e0 ne pas le tuer r\u00e9ellement, mais \u00e0 assumer les d\u00e9sirs hostiles envers lui sans crainte de leur r\u00e9alisation. La r\u00e9alisation magique du d\u00e9sir s\u2019oppose ici \u00e0 sa ma\u00eetrise par la pens\u00e9e puis le comportement. Dans le mythe de la horde, trois destins sont envisag\u00e9s en fonction des places dans la fratrie&nbsp;: cela repr\u00e9sente le fait que tous les fils n\u2019ont pas la m\u00eame place dans la t\u00eate du p\u00e8re, comme l\u2019atteste le destin du dernier-n\u00e9 notamment. Il s\u2019agit donc, en passant parfois par l\u2019espace social, de passer de la pens\u00e9e magique \u00e0 la relativit\u00e9 du d\u00e9sir et des fantasmes qui s\u2019y rattachent (Houssier, 2022).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Donnet J. \u2014 L., Le Surmoi. Le concept freudien et la r\u00e8gle fondamentale, in Monographie de la <em>Revue Fran\u00e7aise de Psychanalyse<\/em>, I, Paris PUF, 1995.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S. (1905), <em>Trois essais sur la th\u00e9orie de la sexualit\u00e9<\/em>, Paris, Gallimard, 1962.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S. (1909), Remarques sur un cas de n\u00e9vrose obsessionnelle. (L\u2019homme aux rats), in <em>Cinq psychanalyses<\/em>, Paris, PUF, 1954, p.&nbsp;199-261<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S.&nbsp;(1913), <em>Totem et tabou<\/em>, Paris, Payot, 1947.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S. (1912),&nbsp;Sur le plus g\u00e9n\u00e9ral des rabaissements de la vie amoureuse, in<em> La vie sexuelle,<\/em> Paris, PUF, 1969, p.&nbsp;55-65.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S. (1915), Pulsions et destins des pulsions, in <em>M\u00e9tapsychologie<\/em>, Paris, Gallimard, 1940, p.&nbsp;11-44.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S. (1916), Quelques types de caract\u00e8re d\u00e9gag\u00e9s par le travail psychanalytique, in <em>L\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 et autres essais, Paris, Gallimard, 1985, p.<\/em>&nbsp;135-171.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S. (1918), Extrait de l\u2019histoire d\u2019une n\u00e9vrose infantile (L\u2019homme aux loups), in <em>Cinq psychanalyses<\/em>, Paris, PUF, 1954, p.&nbsp;325-420.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S. (1919), L\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9, in <em>L\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 et autres essais<\/em>, Paris, Gallimard, 1985, p.&nbsp;213-263.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S. (1920), <em>Essais de Psychanalyse<\/em>, Paris, Payot, 1968.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S. (1928),&nbsp;Dosto\u00efevski et le parricide, in <em>R\u00e9sultats, id\u00e9es, probl\u00e8mes<\/em>, Tome 2, Paris, PUF, 1985, p.&nbsp;161-179.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud&nbsp;S. (1930). <em>Malaise dans la civilisation<\/em>. Paris&nbsp;: PUF, 1983.<\/p>\n\n\n\n<p>Green A., <em>La folie priv\u00e9e<\/em>, Paris, Gallimard, 1975.<\/p>\n\n\n\n<p>Gutton P., <em>Le pubertaire<\/em>, Paris, P.U.F., 1991.<\/p>\n\n\n\n<p>Houssier, F., <em>Meurtres dans la famille<\/em>, Paris, Dunod, 2013.<\/p>\n\n\n\n<p>Houssier F., Destin de l\u2019Id\u00e9al du Moi \u00e0 l\u2019adolescence&nbsp;: mise en acte et fantasme magique de r\u00e9alisation de soi, in<em> Imaginaire et inconscient<\/em>, 49, 2022, p.&nbsp;77-85.<\/p>\n\n\n\n<p>Ka\u00ebs R., <em>Le Groupe et le Sujet du groupe<\/em>, Paris, Dunod, 1993.<\/p>\n\n\n\n<p>Marinov V., <em>Figures du crime chez Dosto\u00efevski<\/em>, Paris, PUF, 1990.<\/p>\n\n\n\n<p>Marinov V., L\u2019inconscient est idiot, in <em>Nouvelle revue de psychanalyse<\/em>, 46, 1992, p.&nbsp;191-210.<\/p>\n\n\n\n<p>Vychin B. (1993), Pour une clinique de l\u2019\u00e9tiologie paternelle, in <em>Revue Fran\u00e7aise de Psychanalyse<\/em>, LVII, 2, 1993, p.&nbsp;411-427.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> L\u2019utilisation du terme \u00ab&nbsp;ou&nbsp;\u00bb nous para\u00eet ici inclusive.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29474?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>V.&nbsp;Marinov (1992) consid\u00e8re que&nbsp;Freud (1913) fut inspir\u00e9 dans la mise en sc\u00e8ne du meurtre du p\u00e8re de la horde primitive par les fils r\u00e9unis d\u00e9crits par le meurtre du p\u00e8re satyre Karamazov, qui, voulant poss\u00e9der toutes les femmes du village&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1230,2461],"thematique":[203,1204],"auteur":[1471],"dossier":[2691],"mode":[60],"revue":[],"type_article":[451,452],"check":[],"class_list":["post-29474","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-a-la-une","rubrique-un-auteur-une-oeuvre","thematique-hommages","thematique-psychanalyse","auteur-florian-houssier","dossier-hommage-a-vladimir-marinov","mode-payant","type_article-articles","type_article-dossier"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29474","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=29474"}],"version-history":[{"count":5,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29474\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":31560,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29474\/revisions\/31560"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=29474"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=29474"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=29474"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=29474"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=29474"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=29474"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=29474"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=29474"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=29474"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}