{"id":29438,"date":"2023-07-12T10:25:29","date_gmt":"2023-07-12T08:25:29","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/?p=29438"},"modified":"2023-07-12T10:25:32","modified_gmt":"2023-07-12T08:25:32","slug":"%ef%bf%bcmarinov-linvitation-de-brancusi-au-regard-toucher-de-son-oeuvre","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/%ef%bf%bcmarinov-linvitation-de-brancusi-au-regard-toucher-de-son-oeuvre\/","title":{"rendered":"\ufffcMarinov\u00a0: l\u2019invitation de Brancusi au \u00ab\u00a0regard -toucher\u00a0\u00bb de son \u0153uvre."},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00c0 propos de l\u2019ouvrage de Vladimir Marinov&nbsp;: Le d\u00e9miurge et le funambule\u2009; Brancusi et Giacometti<\/h2>\n\n\n\n<p>Les \u0153uvres de Brancusi inspirent \u00e0 qui les contemple une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 qui est l\u2019essence m\u00eame de la contemplation&nbsp;: une union du regard et des sens\u2009; o\u00f9 comme l\u2019exprime Marinov \u00ab&nbsp;l\u2019\u0153uvre en elle-m\u00eame peut entrer en fusion avec qui la contemple&nbsp;\u00bb (Marinov, 2017&nbsp;: 18). Cette posture contemplative dans l\u2019art de Brancusi chemine tout au long de sa vie, vers un d\u00e9pouillement des lignes offertes au regard jusqu\u2019\u00e0 la mati\u00e8re qu\u2019il nous livre presque l\u00e0 o\u00f9 elle prend forme&nbsp;: ses \u0153uvres nous invitent \u00e0 un v\u00e9ritable \u00ab&nbsp;toucher du regard&nbsp;\u00bb. Quel est le lien entre l\u2019artiste et le psychanalyste&nbsp;? Celui de toute \u00e9vidence d\u2019\u00eatre \u00e0 la gen\u00e8se de la pens\u00e9e comme \u00e0 celle de la mati\u00e8re, toutes deux abord\u00e9es par les sens, ici le toucher visuel, l\u00e0 le d\u00e9cryptage sensible des chemins de la pulsion\u2009; toutes deux nous amenant vers un sentiment \u00e9mu de d\u00e9couverte. Mati\u00e8re et vie dirons-nous, ou bien comme l\u2019\u00e9crit encore Marinov&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dans sa qu\u00eate du monde de l\u2019inconscient et de l\u2019inconnu humain, l\u2019artiste qui travaille avec la sensibilit\u00e9 de ses mains (qui capte d\u2019autres sensations), dit des choses que nous, analystes, devons deviner derri\u00e8re les paroles&nbsp;\u00bb (<em>Ibid.,<\/em> 154). Mati\u00e8re et vie <em>vs<\/em> corps et pulsions&nbsp;: les \u0153uvres de Brancusi, aussi adress\u00e9es \u00e0 la contemplation qu\u2019elles soient, comme l\u2019associativit\u00e9 de l\u2019analysant, autant apais\u00e9e dans le cadre que lui permet son d\u00e9ploiement, d\u00e9couvre pour qui a ici son regard, l\u00e0 son \u00e9coute, le plus intime du vivant, qu\u2019il ait pour nom \u00c9ros, d\u00e9sir ou sexualit\u00e9. Comme le rel\u00e8ve Marinov \u00e0 propos des <em>Muses<\/em>, \u00ab&nbsp;il suffit de renverser l\u2019oiseau\u2026 pour qu\u2019un sein avec un mamelon \u00e9rectile, turgescent et d\u00e9mesur\u00e9, puisse appara\u00eetre clairement au regard&nbsp;\u00bb (<em>Ibid.,<\/em> 38). Et plus encore, au sujet de <em>La Princesse X<\/em> \u00ab&nbsp;qui pr\u00e9sente une \u201c&nbsp;condensation complexe entre le sein, les testicules, le p\u00e9nis imaginaire de la m\u00e8re et sa t\u00eate, qui se superpose, elle, au gland&nbsp;\u201d (<em>Ibid.,<\/em> 35). De la mati\u00e8re \u00e0 la vie&nbsp;: \u00e0 quelle source l\u2019artiste et le psychanalyste puisent-ils&nbsp;? L\u2019artiste, comme le psychanalyste, ne nous ram\u00e8nent-ils pas aux temps hom\u00e9riques ou mati\u00e8re et esprit ne souffraient pas de la division que leur ont impos\u00e9 Galil\u00e9e et Descartes&nbsp;et que l\u2019anthropologie n\u2019a de cesse d\u2019interroger au travers de la notion d\u2019animisme, au sujet duquel, comme l\u2019\u00e9crit Aug\u00e9 (Aug\u00e9, 1988&nbsp;: 14)&nbsp;: \u201c&nbsp;le langage des dieux ne sert qu\u2019\u00e0 expliciter la pratique des hommes et entrepris pour leur compte l\u2019exploration d\u2019un monde o\u00f9 les mots et les choses ne sont pas s\u00e9par\u00e9s, ni les mots et les choses des dieux, mais o\u00f9 l\u2019individualit\u00e9 humaine, incapable de s\u2019identifier totalement aux mots, aux choses ou aux dieux, ne cesse pourtant de s\u2019y r\u00e9fl\u00e9chir pour se comprendre&nbsp;\u201d. L\u2019artiste est-il celui qui r\u00e9unit ce que le psychanalyste s\u00e9pare pour en sentir les liens \u00e0 la fa\u00e7on du chimiste qui d\u00e9compose les mati\u00e8res pour en sentir les lois qui unissent ses \u00e9l\u00e9ments&nbsp;? Tous deux dans des mouvements d\u2019allers-retours, au fond anim\u00e9s du m\u00eame rythme, entre sensibilit\u00e9 et pens\u00e9e&nbsp;? C\u2019est dans un \u201c&nbsp;pas \u00e0 pas&nbsp;\u201d boasien que le psychanalyste suit la pens\u00e9e, comme l\u2019anthropologue le mythe&nbsp;: une fa\u00e7on pour tous les deux d\u2019y \u00eatre sans y \u00eatre pris. \u201c&nbsp;Pour essayer de comprendre la r\u00e9alit\u00e9 du dieu pa\u00efen\u2026 il faut donc l\u2019appr\u00e9hender tour \u00e0 tour comme symbole, comme corps, comme mati\u00e8re et comme parole\u2026&nbsp;\u201d \u00e9crit Aug\u00e9 (<em>Ibid.,<\/em> 27). Et lorsque l\u2019on poursuit la lecture de l\u2019anthropologue, n\u2019y entend-on pas le cheminement \u00e0 son \u00e9gal du psychanalyste Marinov&nbsp;: \u201c&nbsp;Le corps, comme la nature en g\u00e9n\u00e9ral, est donc une r\u00e9alit\u00e9 qui signifie (\u2026) Mais c\u2019est en m\u00eame temps une r\u00e9alit\u00e9 signifi\u00e9e. Le corps comme objet signifiant se signifie aussi lui-m\u00eame (\u2026) le second paradoxe du corps vaut le premier&nbsp;: le corps repr\u00e9sente \u00e0 la fois tout ce qui peut s\u2019appr\u00e9hender de l\u2019intimit\u00e9 individuelle et la forme imm\u00e9diate de l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9, la forme sensible de l\u2019espace ext\u00e9rieur&nbsp;\u201d (<em>Ibid.,<\/em> 65).<\/p>\n\n\n\n<p>Il est difficile, en lisant Marinov, de ne pas sentir \u00e0 de nombreuses pages, sa proximit\u00e9 avec Marion Milner, dans sa sensibilit\u00e9 \u00e0 ce croisement entre mati\u00e8re signifiante et signifi\u00e9e. Brancusi, Marinov, Milner nous offrent une perspective int\u00e9rieure de ce qui est vu en quelque sorte de l\u2019ext\u00e9rieur, depuis la sph\u00e8re sociale et ses compositions, par l\u2019anthropologie.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que fait renaitre Brancusi dans l\u2019\u0153il de celui qui contemple ses sculptures est bien l\u2019aspect vivant du marbre dont il a suivi les veines, plus qu\u2019il ne les a contraintes, les polissant d\u2019une main qui les a v\u00e9ritablement \u00e9pous\u00e9es. \u00c0 Milner, l\u2019argile, cette substance d\u2019interposition qui r\u00e9siste \u00e0 l\u2019emprise et entra\u00eene dans une mall\u00e9abilit\u00e9 commune mati\u00e8re et pens\u00e9e. \u00c0 Brancusi le marbre dont la sculpture am\u00e8ne \u00e0 une caresse du regard. \u00c0 Marinov de nous faire sentir une v\u00e9ritable puissance germinatrice de la mati\u00e8re conduite par le regard et la main de Brancusi, offerte au regard-toucher de celui qui la contemple, un regard toucher qui nous invite \u00e0 lire nos lignes int\u00e9rieures\u2026<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Pour aller plus loin<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Aug\u00e9, M. (1988). <em>Le dieu objet.<\/em> Paris, Flammarion.<\/p>\n\n\n\n<p>Marinov, V. (2017). <em>Le d\u00e9miurge et le funambule\u2009; Brancusi et Giacometti.<\/em> Paris, L\u2019Harmattan.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29438?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 propos de l\u2019ouvrage de Vladimir Marinov&nbsp;: Le d\u00e9miurge et le funambule\u2009; Brancusi et Giacometti Les \u0153uvres de Brancusi inspirent \u00e0 qui les contemple une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 qui est l\u2019essence m\u00eame de la contemplation&nbsp;: une union du regard et des sens\u2009;&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[2461],"thematique":[203],"auteur":[2692],"dossier":[2691],"mode":[60],"revue":[],"type_article":[451,452],"check":[],"class_list":["post-29438","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-un-auteur-une-oeuvre","thematique-hommages","auteur-gilbert-coyer","dossier-hommage-a-vladimir-marinov","mode-payant","type_article-articles","type_article-dossier"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29438","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=29438"}],"version-history":[{"count":5,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29438\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":29466,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29438\/revisions\/29466"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=29438"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=29438"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=29438"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=29438"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=29438"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=29438"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=29438"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=29438"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=29438"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}