{"id":29414,"date":"2023-03-20T12:14:33","date_gmt":"2023-03-20T11:14:33","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/?p=29414"},"modified":"2023-03-20T12:14:39","modified_gmt":"2023-03-20T11:14:39","slug":"brigitte-bernion-le-dessin-voie-royale-de-linconscient-dans-la-psychotherapie-denfant","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/brigitte-bernion-le-dessin-voie-royale-de-linconscient-dans-la-psychotherapie-denfant\/","title":{"rendered":"Brigitte Bernion : \u00a0\u00bb Le dessin, voie royale de l\u2019inconscient dans la psychoth\u00e9rapie d\u2019enfant\u00a0? \u00ab\u00a0"},"content":{"rendered":"\n<p><em>En partant de la Conf\u00e9rence d\u2019Introduction \u00e0 la Psychanalyse dispens\u00e9e par Brigitte Bernion pour la Soci\u00e9t\u00e9 Psychanalytique de Paris, Jeanne Ortiz interroge l\u2019utilisation du dessin dans la psychoth\u00e9rapie psychanalytique d\u2019enfant.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La rencontre entre un enfant et un psychanalyste est en soi singuli\u00e8re. Cet adulte, qui ne se comporte pas tout \u00e0 fait comme les autres, le met dans une disposition particuli\u00e8re. L\u2019enfant fait alors feu de tout bois pour exprimer quelque chose de cette rencontre, en \u00e9cho avec ses toutes premi\u00e8res rencontres. Le langage n\u2019est qu\u2019une modalit\u00e9 de cette expression. Il revient au psychanalyste d\u2019\u00e9largir son \u00e9coute \u00e0 tout ce qu\u2019il lui est donn\u00e9 de percevoir&nbsp;de l\u2019enfant qui se tient devant lui, lorsqu\u2019il se meut dans la pi\u00e8ce, passe du bureau au tableau, du tableau au sol, se saisit des jouets, se contente des mots, ou lorsqu\u2019il attrape une feuille et un crayon. Le psychanalyste s\u2019adapte \u00e0 cette forme d\u2019associativit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e par laquelle l\u2019expressivit\u00e9 enfantine exprime le transfert. De Sophie Morgenstein \u00e0 Genevi\u00e8ve Haag, les psychanalystes se sont pench\u00e9s sur l\u2019utilisation du dessin dans les psychoth\u00e9rapies psychanalytiques d\u2019enfants. Brigitte Bernion en a explor\u00e9 les potentialit\u00e9s dans sa Conf\u00e9rence d\u2019Introduction \u00e0 la Psychanalyse de l\u2019enfant en f\u00e9vrier 2023. Membre de la SPP, membre formateur de la SEPEA, exer\u00e7ant \u00e0 l\u2019IPSO et au Centre Alfred Binet, Brigitte Bernion re\u00e7oit de tr\u00e8s jeunes enfants et leurs parents, et assiste, au sein des psychoth\u00e9rapies qu\u2019elle engage, \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de la capacit\u00e9 de dessiner chez ces enfants, mais \u00e9galement aux al\u00e9as de ce mode d\u2019expression dans le courant de la psychoth\u00e9rapie, bien au-del\u00e0 de la facture m\u00eame du dessin.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le dessin comme t\u00e9moignage de la construction du moi corporel<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Dans le geste de l\u2019enfant qui dessine, le corps exprime des exp\u00e9riences \u00e9motionnelles et sensorielles. Sur le chemin de la construction identitaire de l\u2019enfant, la ma\u00eetrise de la main vient faire \u00e9cho \u00e0 la ma\u00eetrise du sphincter anal et l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la verticalit\u00e9 fonde la capacit\u00e9 qu\u2019il acquiert de se repr\u00e9senter lui-m\u00eame. Lorsque la d\u00e9charge se mue en une motricit\u00e9 plus ma\u00eetris\u00e9e, l\u2019enfant est alors en lien avec un objet plus int\u00e9rioris\u00e9 qui lui permet d\u2019acc\u00e9der \u00e0 une repr\u00e9sentation graphique symbolisante. B.&nbsp;Bernion rappelle que le dessin ne peut \u00e9merger que sur fond d\u2019absence&nbsp;: \u00ab&nbsp;ne peut \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9 que ce qui est l\u00e2ch\u00e9&nbsp;\u00bb. Elle nous invite ainsi \u00e0 pr\u00eater une attention particuli\u00e8re aux dessins pr\u00e9figuratifs qui peuvent appara\u00eetre d\u00e8s le deuxi\u00e8me semestre de la seconde ann\u00e9e de vie d\u2019un enfant et qui sont porteurs de ses probl\u00e9matiques narcissiques et identificatoires primaires. Ainsi G.&nbsp;Haag d\u00e9c\u00e8le-t-elle des repr\u00e9sentations des premi\u00e8res constructions corporo-psychiques dans les premi\u00e8res traces rythmiques laiss\u00e9es par l\u2019enfant au tableau, telles que les balayages, les pointillages, avant que n\u2019\u00e9mergent les spirales qui introduisent \u00e0 la troisi\u00e8me dimension, puis les formes ferm\u00e9es telles que le rond, ou les figures radiaires comme le bonhomme t\u00eatard, qui aboutiront progressivement au dessin du soleil repr\u00e9sentant l\u2019intrication des sens entre eux. Ces premiers t\u00e9moignages de la constitution de formes primaires du moi contribuent \u00e0 la constitution d\u2019un fond sur lequel peuvent venir s\u2019inscrire les \u00ab&nbsp;formes \u00e9l\u00e9mentaires de la pens\u00e9e primitive&nbsp;\u00bb qui \u00e9mergent \u00e0 la faveur des exp\u00e9riences rythm\u00e9es, faites tr\u00e8s t\u00f4t par l\u2019enfant, des battements cardiaques, de la respiration, de la t\u00e9t\u00e9e. Cette structure rythmique s\u2019origine dans la succession des allers-retours avec l\u2019objet pulsionnel, selon le sch\u00e9ma \u0153il-bouche et \u0153il-mamelon de cette situation paradigmatique de la t\u00e9t\u00e9e&nbsp;: dans le dialogue tonico-\u00e9motionnel entre l\u2019enfant et la m\u00e8re se forment des boucles relationnelles qui s\u2019apparentent \u00e0 une figure radiaire que G.&nbsp;Haag a repr\u00e9sent\u00e9e par le sch\u00e9ma des \u00ab&nbsp;boucles de retour&nbsp;\u00bb. L\u2019\u00e9prouv\u00e9 de contenance s\u2019origine dans l\u2019introjection que l\u2019enfant parvient \u00e0 faire des \u00e9changes psychiques \u00e0 l\u2019occasion de la rencontre avec son premier objet. En termes bioniens, en transformant les \u00e9l\u00e9ments pulsionnels B\u00e9ta projet\u00e9s par l\u2019enfant en \u00e9l\u00e9ments Alpha int\u00e9grables par lui, la r\u00eaverie maternelle lui permet d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la premi\u00e8re forme d\u2019une capacit\u00e9 de penser. Cela suppose suffisamment d\u2019ajustement, mais \u00e9galement de d\u00e9sajustements de la part de la m\u00e8re, autrement dit un certain nombre de petites diff\u00e9rences entre elle et l\u2019enfant dans les points de rencontre. L\u2019\u00e9tablissement de ce fond et de cette contenance psychique inaugure le fait que l\u2019enfant puisse laisser une premi\u00e8re trace sur un support d\u00e9tachable comme la feuille, que Marion Milner percevait volontiers comme une repr\u00e9sentation de la peau de la m\u00e8re. Les premi\u00e8res traces laiss\u00e9es par l\u2019enfant seront ensuite interpr\u00e9t\u00e9es par la m\u00e8re qui leur donnera valeur de repr\u00e9sentation, comme cela avait \u00e9t\u00e9 le cas jadis de ses premiers babillages. Plus tard, lorsqu\u2019apr\u00e8s avoir saisi le crayon, l\u2019enfant parviendra \u00e0 faire le contour de sa main, il t\u00e9moignera par-l\u00e0 de son acc\u00e8s \u00e0 une premi\u00e8re figuration de lui-m\u00eame. D\u2019autres formes suivront, autant de courbes, de boucles, de traits verticaux qui porteront \u00e0 la repr\u00e9sentation la bisexualit\u00e9 psychique pr\u00e9coce de l\u2019enfant.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le dessin en s\u00e9ance<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Brigitte Bernion nous rappelle que le dessin est l\u2019expression d\u2019un v\u00e9ritable travail d\u2019\u00e9laboration psychique des pulsions, des affects et de l\u2019am\u00e9nagement des d\u00e9fenses. Sur le chemin de la symbolisation de l\u2019absence, le dessin figuratif, vecteur des fantasmes et des d\u00e9sirs de l\u2019enfant, repr\u00e9sente v\u00e9ritablement un \u00ab&nbsp;entre-deux&nbsp;\u00bb (Lo\u00efse Barbey), \u00e0 distance de l\u2019acte moteur d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et de la pens\u00e9e en mots de l\u2019autre. Porteur des premiers investissements d\u2019objet, il devient pour l\u2019analyste d\u2019enfant la voie royale de l\u2019investigation de l\u2019inconscient. S\u2019y r\u00e9v\u00e8lent les m\u00eames m\u00e9canismes que ceux que Freud avait mis au jour dans le r\u00eave, le d\u00e9placement, la condensation, qui participent \u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u00e9fensive du dessin, sous le poids plus s\u00fbr de la censure.<\/p>\n\n\n\n<p>Le dessin est \u00e9galement un lieu transitionnel d\u2019expression de la rencontre entre deux inconscients, celui de l\u2019analyste et celui de l\u2019enfant, le lieu du chevauchement de deux aires de jeu. \u00c0 l\u2019appui d\u2019un cas clinique long de plusieurs ann\u00e9es, Brigitte Bernion nous montre comment le dessin peut devenir un incroyable terrain de jeu sur lequel l\u2019analyste peut aller chercher son patient. Par l\u2019interposition d\u2019une feuille, il concourt en effet \u00e0 cr\u00e9er, entre lui et l\u2019enfant, un espace transitionnel. Si la s\u00e9duction induite par la rencontre g\u00e9n\u00e8re des excitations et am\u00e8ne l\u2019enfant \u00e0 r\u00e9gresser dans la relation transf\u00e9rentielle, ce dernier pourra en effet s\u2019appuyer sur l\u2019\u00e9tayage sensoriel, moteur et affectif que constituera l\u2019activit\u00e9 de dessin en pr\u00e9sence de l\u2019analyste, pour ne pas se trouver envahi par trop d\u2019excitation et pouvoir acc\u00e9der \u00e0 la symbolisation. Cette capacit\u00e9 de cr\u00e9er g\u00e9n\u00e8re un incroyable espace d\u2019illusion pour \u00e9laborer des angoisses de s\u00e9paration, de perte ou d\u2019intrusion&nbsp;par la possibilit\u00e9 qu\u2019elle offre \u00e0 l\u2019enfant d\u2019y faire dispara\u00eetre et r\u00e9appara\u00eetre \u00e0 souhait son objet\u2009; elle s\u2019av\u00e8re ainsi tout \u00e0 fait structurante. Le dessin, pr\u00e9cise Brigitte Bernion, \u0153uvre commune de cet espace transitionnel entre ces deux inconscients, reste ensuite en devenir, dans cet espace interm\u00e9diaire que repr\u00e9sente la psychoth\u00e9rapie. L\u2019enfant doit pouvoir y revenir. Il est donc important qu\u2019il demeure dans cet espace.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Dynamique transf\u00e9ro-contre-transf\u00e9rentielle et interpr\u00e9tation<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Brigitte Bernion insiste sur le fait que si le travail de figuration est un travail de construction \u00e0 deux, de co-construction, \u0153uvre du transfert-contre-transfert, il n\u00e9cessite de la part de l\u2019analyste l\u2019acc\u00e8s \u00e0 une certaine passivit\u00e9, condition de sa r\u00e9ceptivit\u00e9&nbsp;: il observe et \u00e9coute en silence quelque chose qui se cherche chez l\u2019enfant qui dessine. Il est essentiel de laisser se d\u00e9velopper \u00ab&nbsp;cette communication silencieuse&nbsp;\u00bb (Winnicott, 1963a, p.&nbsp;162), o\u00f9 l\u2019enfant peut \u00e9prouver le sentiment d\u2019\u00eatre, comme le sugg\u00e9rait Winnicott\u2009; car le silence de l\u2019enfant, dans ce temps de dessin, signe son acc\u00e8s \u00e0 des capacit\u00e9s d\u2019\u00e9laboration, une certaine autonomie psychique. Il peut ainsi organiser son narcissisme en pr\u00e9sence de l\u2019objet. Le dessin qui \u00e9merge en psychoth\u00e9rapie, toujours transf\u00e9rentiel, lui permettra d\u2019entrer dans \u00ab&nbsp;son faire \u00e0 soi&nbsp;\u00bb, selon la belle expression de Lo\u00efs Barbey Causse. Encore faut-il que l\u2019analyste tol\u00e8re le d\u00e9roulement pr\u00e9verbal des contenus inconscients, afin que puissent op\u00e9rer les transformations pr\u00e9conscientes. Encore faut-il que puisse advenir le temps de l\u2019apr\u00e8s-coup. Sinon la mise en mots deviendrait magique, s\u00e9ductrice, inint\u00e9grable, voire traumatique, et ne pourrait que susciter la d\u00e9fense, renforcer les r\u00e9sistances chez l\u2019enfant. Brigitte Bernion nous montre comment celles-ci pourront s\u2019exprimer de diff\u00e9rentes mani\u00e8res, chez l\u2019enfant qui jette, d\u00e9chire, troue ou \u00e0 l\u2019inverse ne cesse de dessiner de mani\u00e8re hypomane, ou encore ne cesse de r\u00e9p\u00e9ter des dessins qui se figent.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, avec tact et prudence, l\u2019analyste se contente de verbaliser un affect, de relever une particularit\u00e9 du dessin, de remarquer tout haut que \u00ab&nbsp;\u00e7a le fait penser&nbsp;\u00bb \u00e0 telle ou telle s\u00e9ance pass\u00e9e\u2009; il soutient ainsi une mise en r\u00e9cit. \u00ab&nbsp;C\u2019est la boussole contre-transf\u00e9rentielle qui guide le choix de l\u2019intervention, si intervention il y a&nbsp;\u00bb, insiste Brigitte Bernion\u2009; c\u2019est elle encore qui dicte le niveau d\u2019organisation psychique auquel l\u2019intervention de l\u2019analyste va s\u2019adresser\u2009; le fait est qu\u2019elle sera toujours partielle. Il s\u2019agit avant tout de favoriser l\u2019ouverture d\u2019un espace de jeu et l\u2019acc\u00e8s au plaisir de jouer. Meltzer imaginait les termes du conflit esth\u00e9tique saisissant le b\u00e9b\u00e9 dans sa rencontre avec l\u2019objet pulsionnel&nbsp;: \u00ab&nbsp;Est-ce aussi beau \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur qu\u2019\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Il faisait de cet impact esth\u00e9tique le vecteur de l\u2019exploration des qualit\u00e9s internes de l\u2019objet par l\u2019enfant et de la diff\u00e9renciation entre un ext\u00e9rieur et int\u00e9rieur. \u00c0 partir de sa clinique avec ce jeune enfant qu\u2019elle a suivi jusqu\u2019\u00e0 l\u2019adolescence, Brigitte Bernion nous raconte comment \u00ab&nbsp;la capacit\u00e9 \u00e0 dessiner a particip\u00e9 au plaisir de la d\u00e9couverte par l\u2019enfant de son propre fonctionnement psychique&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Contre la constitution d\u2019une mythologie fantasmatique du dessin<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Brigitte Bernion nous permet d\u2019appr\u00e9hender le danger qu\u2019il y aurait \u00e0 vouloir interpr\u00e9ter directement des contenus symboliques \u00ab&nbsp;en nous \u00e9loignant du processus transf\u00e9ro -contre-transf\u00e9rentiel&nbsp;\u00bb. C\u2019est lui qui va guider l\u2019analyste pour savoir si dans tel balayage \u00e9nergique ou un pointillisme qui va jusqu\u2019\u00e0 trouer la feuille il est question d\u2019attaques sadiques orales, anales, ur\u00e9trales ou d\u2019un narcissisme fragile \u00e0 la recherche d\u2019un fond, de soi et de l\u2019autre. Qui va lui permettre de penser si ce loup repr\u00e9sente plut\u00f4t la m\u00e8re archa\u00efque ou le p\u00e8re \u0153dipien. Qui va lui faire imaginer que cette sorci\u00e8re repr\u00e9sente un aspect maternel, s\u00e9duisant ou inqui\u00e9tant, ou plut\u00f4t d\u00e9noter un surmoi archa\u00efque. En outre, tout comme dans le r\u00eave, chaque repr\u00e9sentation inh\u00e9rente au dessin est surd\u00e9termin\u00e9e, elle peut \u00eatre l\u2019un et l\u2019autre. Par le biais du dessin, l\u2019analyste am\u00e8ne finalement l\u2019enfant \u00e0 \u00e9laborer ce qui se passe pour lui dans la rencontre avec le monde et avec l\u2019autre, plus qu\u2019il ne cherche \u00e0 comprendre l\u2019enfant, avec la dimension d\u2019emprise que cela d\u00e9noterait. En laissant r\u00e9sonner ce paradoxe mis en lumi\u00e8re par Winnicott, selon lequel, m\u00eame si \u00ab&nbsp;n\u2019\u00eatre pas trouv\u00e9 est une catastrophe&nbsp;\u00bb (Winnicott, 1963a, p.&nbsp;160), quelque chose au sein du noyau essentiel de l\u2019individu demeure \u00ab&nbsp;toujours introuvable&nbsp;\u00bb (idem, p.&nbsp;161) et fonde un besoin tout aussi essentiel de ne pas \u00eatre trouv\u00e9. Il est ainsi important pour l\u2019enfant d\u2019\u00eatre reconnu par l\u2019autre, sans \u00eatre trop expos\u00e9 \u00e0 et par l\u2019autre. D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9, pour l\u2019analyste qui voit le dessin s\u2019\u00e9baucher, de respecter le silence d\u2019une certaine communication interne de l\u2019enfant avec ses objets subjectifs, qui lui permet d\u2019\u00e9prouver le sens du r\u00e9el. Dans ce moment, l\u2019analyste converse lui-m\u00eame avec ses objets internes, ce qui a toutes les chances d\u2019\u00eatre en lien avec ce que vit \u00e9motionnellement l\u2019enfant. Il lui permet en cela de faire l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un autre distinct, sans s\u2019\u00e9prouver compl\u00e8tement seul. Ainsi ce moment de la clinique de M\u00e9lanie Klein que rapporte Brigitte Bernion, lors duquel un patient ne se met \u00e0 dessiner qu\u2019apr\u00e8s une longue p\u00e9riode de th\u00e9rapie&nbsp;: ses dessins figurent \u00ab&nbsp;des attaques de bateaux&nbsp;\u00bb et l\u2019enfant peut dire \u00e0 son analyste que jusqu\u2019alors il ne dessinait pas parce qu\u2019il avait peur de d\u00e9ranger. Si M.&nbsp;Klein peut imaginer les attaques parentales, elle per\u00e7oit \u00e9galement la peur de son petit patient de l\u2019attaquer, elle, dans le transfert\u2009; mais son dessin t\u00e9moigne \u00e9galement du fait que l\u2019enfant parvient \u00e0 \u00e9laborer les angoisses suscit\u00e9es par la projection des objets internes attaqu\u00e9s. En cela, il est le signe d\u2019un mouvement r\u00e9parateur qui est tout juste en train d\u2019\u00e9merger chez l\u2019enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019ouvrage collectif auquel elle participe aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019Annie Anzieu en 1996, Lo\u00efse Barbey soutient le fait qu\u2019une des vocations de l\u2019\u00e9tayage transf\u00e9rentiel de la cure d\u2019enfant est de permettre \u00e0 chaque enfant de \u00ab&nbsp;faire trace&nbsp;\u00bb ou, lorsqu\u2019il est plus grand, de \u00ab&nbsp;retrouver ses traces&nbsp;\u00bb dans un mouvement de r\u00e9gression, en oubliant ce qu\u2019on lui a ailleurs appris \u00e0 ma\u00eetriser. Avant m\u00eame toute intervention verbalis\u00e9e de l\u2019analyste, l\u2019enfant qui dessine renforce ses propres capacit\u00e9s repr\u00e9sentatives et \u0153uvre donc d\u00e9j\u00e0 sur lui-m\u00eame. Mais l\u2019objet transf\u00e9rentiel ravive \u00e9galement chez l\u2019enfant l\u2019\u00e9lan pulsionnel qui trouvera dans son dessin la figuration d\u2019un certain compromis. La p\u00e9riode de latence voit na\u00eetre un \u00ab&nbsp;investissement d\u2019une figuration graphique du conflit intra-psychique&nbsp;\u00bb, qui se perdra bient\u00f4t, pour n\u2019\u00eatre plus accessible \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte que dans le r\u00eave ou la cr\u00e9ation artistique. Cet investissement particulier serait \u00e0 l\u2019origine de la profusion de repr\u00e9sentations que l\u2019enfant d\u00e9livre en s\u00e9ance et qui participe au \u00ab&nbsp;d\u00e9ploiement transf\u00e9rentiel de la n\u00e9vrose infantile&nbsp;\u00bb tel qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 th\u00e9oris\u00e9e par Serge Lebovici et que l\u2019on voit resurgir dans la cure de l\u2019adulte. Il appara\u00eet alors que le dessin dans sa dimension visuelle, graphique, figurative et repr\u00e9sentative s\u2019arrime au fantasme, ressenti en tant qu\u2019action, dans le travail de psychisation et de symbolisation de l\u2019enfant. Bernard Gibello y voit une forme de strat\u00e9gie motrice pour retrouver l\u2019objet&nbsp;: en effet, tout comme le fantasme, l\u2019acte de dessiner mobilise le corps dans un double p\u00f4le actif et passif. Pris dans la dynamique transf\u00e9rentielle, mais \u00e9galement contre-transf\u00e9rentielle de la s\u00e9ance, le dessin peut se penser comme l\u2019action du fantasme qui viendra mobiliser l\u2019analyste dans ses facult\u00e9s de r\u00e9gression et d\u2019identification \u00e0 cette trace de l\u2019enfant, qui pourra progressivement l\u2019amener \u00e0 une trace verbale plus secondaris\u00e9e sur le chemin de son histoire.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Pour aller plus loin<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Barbey Causse L., Perspectives m\u00e9tapsychologiques sur le dessin transf\u00e9rentiel chez l\u2019enfant&nbsp;in <em>Le travail du dessin en psychoth\u00e9rapie de l\u2019enfant<\/em>, Anzieu, Barbey et coll. Paris, Dunod, 1996, p 61-223<\/p>\n\n\n\n<p>Klein M. (1929), Les situations d\u2019angoisse de l\u2019enfant et leur reflet dans une \u0153uvre d\u2019art et dans l\u2019\u00e9lan cr\u00e9ateur, in Essais de Psychanalyse&nbsp;1921-1945, 1968, Payot, p&nbsp;254-262.<\/p>\n\n\n\n<p>Winnicott D.W (1963 a), De la communication et de la non-communication, in <em>Processus de maturation chez l\u2019enfant&nbsp;: d\u00e9veloppement affectif et environnement<\/em>, Paris, Gallimard, 1963, p.151-168.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29414?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En partant de la Conf\u00e9rence d\u2019Introduction \u00e0 la Psychanalyse dispens\u00e9e par Brigitte Bernion pour la Soci\u00e9t\u00e9 Psychanalytique de Paris, Jeanne Ortiz interroge l\u2019utilisation du dessin dans la psychoth\u00e9rapie psychanalytique d\u2019enfant. 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