{"id":29367,"date":"2023-04-03T09:34:12","date_gmt":"2023-04-03T07:34:12","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/?p=29367"},"modified":"2023-04-03T09:34:17","modified_gmt":"2023-04-03T07:34:17","slug":"trauma-perte-et-apres","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/trauma-perte-et-apres\/","title":{"rendered":"Trauma, perte et apr\u00e8s\u00a0?"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Psychoth\u00e9rapie en fratrie d\u2019enfants t\u00e9moins de meurtre dans le couple parental<\/h2>\n\n\n\n<p>Nous pr\u00e9sentons dans cet article les consultations th\u00e9rapeutiques de deux fillettes, Annette et Camille, t\u00e9moins du meurtre de leur m\u00e8re par leur p\u00e8re.&nbsp; Elles ont \u00e9t\u00e9 hospitalis\u00e9es au d\u00e9cours imm\u00e9diat en service de p\u00e9diatrie, o\u00f9 nous les avons rencontr\u00e9es quotidiennement, puis en consultations psychoth\u00e9rapiques \u00e0 deux co-th\u00e9rapeutes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>P\u00e9riode de l\u2019hospitalisation<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Annette et Camille ont 9 et 6 ans lorsqu\u2019elles sont t\u00e9moins du meurtre de leur m\u00e8re, commis par leur p\u00e8re avec une arme blanche. Elles donnent l\u2019alerte \u00ab&nbsp;papa a tu\u00e9 maman&nbsp;\u00bb et se r\u00e9fugient chez des voisins. Le Procureur de la R\u00e9publique active le \u00ab&nbsp;Protocole F\u00e9minicide&nbsp;\u00bb<strong><sup>1<\/sup><\/strong>. Une \u00e9ducatrice est mandat\u00e9e pour se rendre au domicile, afin d\u2019accompagner les fillettes \u00e0 l\u2019h\u00f4pital.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Selon les officiers de police, une dispute serait survenue entre les parents alors que les enfants \u00e9taient en train de diner. Le p\u00e8re aurait bloqu\u00e9 la m\u00e8re contre un mur et l\u2019aurait attrap\u00e9e au niveau du cou. La m\u00e8re aurait alors demand\u00e9 aux enfants d\u2019aller chercher de l\u2019aide. Avant de quitter l\u2019appartement, les enfants auraient vu leur p\u00e8re poignarder leur m\u00e8re. Une bagarre s\u2019en serait suivie, la m\u00e8re se serait d\u00e9fendue.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e8re a \u00e9t\u00e9 poignard\u00e9e \u00e0 17 reprises et le p\u00e8re \u00e0 5 reprises. La m\u00e8re est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e au domicile. Le p\u00e8re est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 dans un h\u00f4pital parisien. Cet \u00e9pisode aurait \u00e9t\u00e9 inaugural des violences physiques dans le couple.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les enfants sont accompagn\u00e9es au Centre Hospitalier Robert Ballanger et sont rapidement hospitalis\u00e9es en p\u00e9diatrie o\u00f9 elles sont accueillies par les infirmi\u00e8res. Elles sont couch\u00e9es dans la m\u00eame chambre en compagnie d\u2019une accompagnatrice mandat\u00e9e par l\u2019Observatoire des violences faites aux femmes de Seine\u2013Saint-Denis. Camille pleure et sa s\u0153ur, sid\u00e9r\u00e9e, lui r\u00e9p\u00e8te de ne pas pleurer.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain matin, c\u2019est avec une certaine appr\u00e9hension que nous allons \u00e0 leur rencontre dans le service de p\u00e9diatrie. Nous avons \u00e0 l\u2019esprit les circonstances dramatiques ayant conduit \u00e0 leur hospitalisation, diffusant une onde traumatique dans le service. L\u2019\u00e9quipe soignante de p\u00e9diatrie et l\u2019accompagnatrice les d\u00e9crivent comme polies et respectueuses. Elles ont toutes deux un bon niveau de d\u00e9veloppement et de langage. L\u2019\u00e9cole, que nous aurons au t\u00e9l\u00e9phone plus tard, nous le confirmera.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nous les rencontrons dans la salle de jeu, toutes deux ensemble, et \u00e0 deux th\u00e9rapeutes. Annette, l\u2019a\u00een\u00e9e, s\u2019accroche \u00e0 la fonction de substitut maternel. Camille la cadette, est coll\u00e9e \u00e0 sa s\u0153ur, la regarde avant de nous r\u00e9pondre et pleure quand celle-ci pleure. La d\u00e9tresse de l\u2019une submerge les d\u00e9fenses de l\u2019autre entrainant un effondrement. Annette demande \u00e0 se tenir hors de la vue de Camille se\/la prot\u00e9geant de la confrontation avec sa d\u00e9tresse.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Camille r\u00e9alise un dessin avec des aplats de couleurs vives, comparable au<em> dessin leurre<\/em><strong><sup>2<\/sup><\/strong> qu\u2019H\u00e9l\u00e8ne Romano d\u00e9crit comme ayant une double fonction&nbsp;: tromper l\u2019interlocuteur en le rassurant faussement sur son \u00e9tat et assurer une d\u00e9fense face \u00e0 la menace d\u2019an\u00e9antissement cons\u00e9cutive \u00e0 l\u2019impact traumatique. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Annette, elle, dessine une petite fille dont on ne voit qu\u2019un demi-visage et dont un \u0153il est cach\u00e9. Dr R commence \u00e0 r\u00e9aliser un arbre g\u00e9n\u00e9alogique et Annette s\u2019effondre, cherche \u00e0 se cacher de sa s\u0153ur et ne parvient pas \u00e0 se restaurer. Dans un mouvement de d\u00e9charge motrice, elle part marcher avec Dr R puis arrive dans son bureau qui se trouve \u00e0 un autre \u00e9tage. Elle partage sa d\u00e9tresse, sa douleur de la perte d\u00e9finitive de sa m\u00e8re avec lucidit\u00e9 \u00ab&nbsp;ma m\u00e8re me manque&nbsp;\u00bb, ses inqui\u00e9tudes concernant leur avenir, mais aussi sa col\u00e8re envers son p\u00e8re \u00ab&nbsp;moi je ne crois pas que c\u2019est mon p\u00e8re&nbsp;\u00bb. Annette a recours au clivage de l\u2019objet, pr\u00e9servant ainsi la fonction paternelle, en en excluant la figure qui a commis l\u2019acte meurtrier pour pouvoir continuer \u00e0 penser. Bion<strong><sup>3 <\/sup><\/strong>souligne combien le clivage est une d\u00e9fense tr\u00e8s utile dans les cas \u00ab&nbsp;d\u2019urgence&nbsp;\u00bb au secours du sujet en menace d\u2019effondrement complet.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle pr\u00e9sente, par ailleurs, des manifestations somatiques avec des vomissements et une hypertension art\u00e9rielle.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain, Annette refuse de venir \u00e0 notre consultation th\u00e9rapeutique conjointe. Elle \u00e9vite activement la relation et pleure en caressant la photo de sa m\u00e8re. Elle semble ne pas vouloir se distancer de son \u00e9tat \u00e9motionnel \u00ab&nbsp;dans un isolement farouche, avec une mise \u00e0 distance agressive de ceux qui essaient de s\u2019approcher, comme s\u2019ils pouvaient voler ce tr\u00e9sor douloureux de la souffrance entretenue pour l\u2019absent&nbsp;\u00bb<strong><sup>4<\/sup><\/strong> . Annette accepte de retourner dans le bureau du Dr R. Elle demande si ses parents sont morts et s\u2019effondre \u00e0 nouveau quand elle lui r\u00e9pond. Elle s\u2019appuie sur ce que sa m\u00e8re lui a transmis pour se restaurer&nbsp;: la religion, les croyances sur la vie apr\u00e8s la mort \u00ab&nbsp;elle est au ciel&nbsp;\u00bb. Elle adresse alors une d\u00e9claration d\u2019amour \u00e0 sa m\u00e8re, semblable \u00e0 un hommage rendu lors de fun\u00e9railles. Elle la remercie pour ce qu\u2019elle lui a donn\u00e9. Elle \u00e9voque la possibilit\u00e9 de la rejoindre, mais l\u2019\u00e9carte rapidement. Elle oscille entre l\u2019an\u00e9antissement \u00ab&nbsp;ma vie est foutue&nbsp;\u00bb et des projections dans sa vie future en cherchant de nouveaux appuis (Dr R, les \u00e9ducatrices, ses voisins affectivement tr\u00e8s investis qu\u2019elle nomme Tonton et Tata&nbsp;: \u00ab&nbsp;au moins que je puisse vivre chez tonton&nbsp;\u00bb). Elle \u00e9voque les enfants qu\u2019elle aura et que sa m\u00e8re ne pourra pas voir et le m\u00e9tier qu\u2019elle exercera&nbsp;; devenir caissi\u00e8re&nbsp;? Prolongation de la vie de sa m\u00e8re. Polici\u00e8re&nbsp;? Fantasme de la sauver et de maitriser l\u2019\u00e9v\u00e9nement traumatique<strong><sup>5<\/sup><\/strong>. Elle se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 d\u2019autres enfants qu\u2019elle connait qui ont perdu leurs parents. \u00c0 la fin de ce discours \u00ab&nbsp;adress\u00e9 au monde&nbsp;\u00bb, elle semble plus sereine et plus rassembl\u00e9e corporellement. Elle \u00e9voque, ensuite, la sc\u00e8ne traumatique de mani\u00e8re dissoci\u00e9e, avec une grande distance \u00e9motionnelle. Son dessin de la fille avec un \u0153il cach\u00e9 illustre son propre clivage du moi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant ce temps, Camille joue avec de la p\u00e2te \u00e0 modeler. Elle raconte l\u2019histoire d\u2019un fant\u00f4me et d\u2019une momie qui veulent faire peur \u00e0 un petit gar\u00e7on et le manger. Le petit gar\u00e7on n\u2019a pas le temps de se cacher. Le chasseur que nous tentons d\u2019introduire pour prot\u00e9ger le petit gar\u00e7on est rejet\u00e9 \u00ab&nbsp;il arrive trop tard&nbsp;\u00bb, dit Camille, mais sans doute aussi trop t\u00f4t pour ses possibilit\u00e9s d\u2019\u00e9laboration psychique. Le chasseur tue la momie, mais le fant\u00f4me se cache. Finalement, Camille introduit une cloche dont le bruit fait fuir le fant\u00f4me lib\u00e9rant le village.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant ce r\u00e9cit, Camille n\u2019exprime aucun affect. Elle \u00e9voque \u00e0 plusieurs reprises \u00ab&nbsp;le sang&nbsp;\u00bb lors de la mort du petit gar\u00e7on et du fant\u00f4me. Elle nous dit \u00e0 la fin de cette s\u00e9quence de jeu vouloir \u00ab&nbsp;devenir caissi\u00e8re et non polici\u00e8re car j\u2019ai peur du sang&nbsp;\u00bb, exprimant contrairement \u00e0 sa s\u0153ur son impuissance face au meurtre.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019Annette revient, elle annonce brutalement \u00e0 sa s\u0153ur, comme pour l\u2019\u00e9vacuer, le d\u00e9c\u00e8s de leurs parents, et plonge Camille dans la d\u00e9tresse qui pleure sans pouvoir s\u2019arr\u00eater. Elle est d\u00e9bord\u00e9e par les reviviscences \u00ab&nbsp;j\u2019\u00e9tais l\u00e0 j\u2019ai vu papa, je suis all\u00e9e avec Annette, il ne nous a pas \u00e9cout\u00e9es, il est trop grand&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;je le hais&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;maman me manque&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain, Annette refuse \u00e0 nouveau de venir pour le temps de jeux. Elle accepte finalement et fait preuve d\u2019une certaine irritabilit\u00e9. Camille et Annette jouent alors \u00e0 des jeux lisses d\u2019allure d\u00e9fensive (confection de bracelet, puzzle et jeu de Dobble\u00ae), utilisant le <em>game<\/em><strong><sup>6<\/sup><\/strong>, qui selon Donald Winnicott, est une mani\u00e8re de tenir \u00e0 distance l\u2019aspect effrayant du jeu (<em>playing<\/em>). Les r\u00e8gles du game constituent pour elles des \u00ab&nbsp;protections contre l\u2019angoisse que l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019informe est susceptible de susciter&nbsp;\u00bb. Dans ce premier temps, ces m\u00e9canismes de d\u00e9fense sont pr\u00e9cieux pour les fillettes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le sixi\u00e8me jour de l\u2019hospitalisation, elles sont auditionn\u00e9es par la police. Elles ont \u00e9t\u00e9 inform\u00e9es la veille. Cette audition se d\u00e9roule avec un officier de la police judiciaire et par un policier de la brigade des mineurs, plus form\u00e9 aux auditions d\u2019enfants. Un th\u00e9rapeute est pr\u00e9sent pour chaque audition. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Annette est entendue par un officier de police judiciaire et une polici\u00e8re de la brigade des mineurs form\u00e9e qui saura auditionner l\u2019enfant sans que cela semble \u00eatre douloureux pour elle. Son audition sera enregistr\u00e9e et film\u00e9e afin qu\u2019elle n\u2019ait pas \u00e0 \u00eatre r\u00e9it\u00e9r\u00e9e. Camille, par contre, est auditionn\u00e9e par un policier moins form\u00e9, et elle raconte la sc\u00e8ne d\u2019une traite sans exprimer d\u2019\u00e9motion, dans un \u00e9tat dissociatif. Apr\u00e8s l\u2019audition, elle pr\u00e9sente des d\u00e9fenses d\u2019allure maniaque avec une agitation psychomotrice, elle rit, chante et joue avec le policier jusqu\u2019\u00e0 ce que sa s\u0153ur revienne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Deux des officiers de police pr\u00e9sents, peu habitu\u00e9s \u00e0 ce type de situation, sont impact\u00e9s par l\u2019onde&nbsp;traumatique. L\u2019un d\u2019eux ayant assist\u00e9 \u00e0 l\u2019audition d\u2019Annette s\u2019effondre \u00e0 la fin de l\u2019audition alors que l\u2019autre pr\u00e9sente des d\u00e9fenses maniaques, syntone avec Camille, joue et rit avec elle. Nous parlons ensuite longuement avec les officiers de police. Ils ont un grand besoin d\u2019\u00e9changer \u00e0 propos de l\u2019\u00e9v\u00e9nement<strong><sup>7<\/sup><\/strong> de leur ressenti ainsi que sur les actions engag\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Annette et Camille leur font la demande de r\u00e9cup\u00e9rer des effets personnels, mais \u00e9galement des effets appartenant \u00e0 leur m\u00e8re (ses bijoux et ses parfums qui apparaissent comme des tr\u00e9sors). Ces objets \u00e9voqu\u00e9s sont source de r\u00e9confort pour elles, comme le d\u00e9crit Marilyn Armour<strong><sup>8<\/sup><\/strong>. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Avant la fin de l\u2019hospitalisation, nous organisons des consultations au dehors du service de p\u00e9diatrie, les familiarisant avec le cadre du bureau du Dr R. o\u00f9 elles seront re\u00e7ues apr\u00e8s leur sortie. Chacune est re\u00e7ue individuellement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Premi\u00e8re s\u00e9ance de Camille&nbsp;<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Le jeu de Camille se centre sur la maison de poup\u00e9e, et repr\u00e9sente une famille avec deux m\u00e8res, mais sans p\u00e8re. Cette repr\u00e9sentation nie la perte de la m\u00e8re tout en pr\u00e9servant la fonction maternelle par le fantasme d\u2019une deuxi\u00e8me \u00ab&nbsp;nouvelle m\u00e8re&nbsp;\u00bb. Elle permet de maitriser l\u2019agressivit\u00e9 envers le p\u00e8re et s\u2019\u00e9pargne l\u2019effroi traumatique par l\u2019\u00e9viction de toute repr\u00e9sentation de figure paternelle ou masculine. Camille est entrav\u00e9e pour jouer et \u00e9vite toute repr\u00e9sentation conflictuelle<strong><sup>9<\/sup><\/strong>. La figure maternelle est cliv\u00e9e, l\u2019une des m\u00e8res s\u2019occupe des enfants pendant que l\u2019autre reste au lit. Un chat, tout puissant, mange la nourriture des chiens et occupe leur panier. Les pulsions destructrices et haineuses peuvent \u00eatre projet\u00e9es sur ce chat, moins dangereux qu\u2019une figure humaine. La m\u00e8re d\u00e9cide de l\u2019enfermer dans un enclos. Le lendemain, lors de son arriv\u00e9e \u00e0 la deuxi\u00e8me consultation, Camille inqui\u00e8te, va v\u00e9rifier d\u2019embl\u00e9e si le chat est toujours enferm\u00e9. Elle reprend la m\u00eame histoire et reste entrav\u00e9e pour construire un sc\u00e9nario. Les personnages tombent, lui \u00e9chappent des mains<strong><sup>10<\/sup><\/strong>. Elle demande des \u00e9lastiques pour pouvoir les accrocher.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Annette et Camille restent hospitalis\u00e9es une semaine et oscillent entre des moments d\u2019effondrement et de restauration. Les soins sont marqu\u00e9s par le maternage des infirmi\u00e8res, le respect des modalit\u00e9s d\u00e9fensives, une r\u00e9assurance sur le fait qu\u2019elles sont en s\u00e9curit\u00e9 et sur la routine de soins<strong><sup>11<\/sup><\/strong>&nbsp;; \u00ab&nbsp;au moment o\u00f9 l\u2019\u00e9v\u00e9nement vient de se produire, l\u2019urgence n\u2019est pas \u00e0 la parole, mais \u00e0 la r\u00e9assurance de chacun et \u00e0 la restauration d\u2019un sentiment de s\u00e9curit\u00e9 psychique&nbsp;\u00bb.<strong><sup>12<\/sup><\/strong> L\u2019hospitalisation, avec des professionnels en mesure d\u2019apporter une r\u00e9ponse pr\u00e9cise et adapt\u00e9e au stade d\u00e9veloppemental de l\u2019enfant aux questions qu\u2019il pose, ouvre ainsi une possibilit\u00e9 ult\u00e9rieure de repr\u00e9sentation. Dans la famille ou chez des proches, du fait du traumatisme partag\u00e9 et de la stigmatisation sociale du meurtre<strong><sup>13<\/sup><\/strong>, il est probable que ces questions restent sans r\u00e9ponses, recouvertes, voire interdites. L\u2019enfant peut interpr\u00e9ter le silence des adultes comme une demande de silence forc\u00e9 et parler de l\u2019\u00e9v\u00e9nement comme similaire \u00e0 la violation d\u2019une promesse<strong><sup>14<\/sup><\/strong>. Comme l\u2019\u00e9crit Fran\u00e7oise Dolto \u00ab&nbsp;Mettre des mots sur la souffrance d\u2019une \u00e9preuve, pour qui peut entendre ces mots, et pr\u00eater attention au sujet qui parle en lui faisant confiance, cela apaise son angoisse. Et sans angoisse, la vie, la survie permet \u00e0 celui qui a d\u00e9pass\u00e9 l\u2019aigu de l\u2019\u00e9preuve de trouver la solution par lui-m\u00eame&nbsp;\u00bb.<strong><sup>15&nbsp;<\/sup><\/strong> &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u2019interface avec les institutions<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Durant l\u2019hospitalisation, de nombreux \u00e9changes ont lieu avec la police, le Parquet du Tribunal, les \u00e9ducatrices charg\u00e9es de l\u2019\u00e9valuation de l\u2019environnement, l\u2019Observatoire, l\u2019ASE et le Juge des Enfants. Nous avons \u00e9galement des \u00e9changes avec le service de victimologie afin que les adultes touch\u00e9s par l\u2019\u00e9v\u00e9nement aient acc\u00e8s \u00e0 des soins. Les voisins \u00ab&nbsp;tata et tonton de c\u0153ur&nbsp;\u00bb, comme les nommeront plus tard les deux fillettes, \u00e9taient des proches tr\u00e8s investis par les deux petites filles et sont gravement touch\u00e9s. Ils seront pris en charge ainsi que leurs enfants.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u2019\u00e9valuation des proches&nbsp;<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Une semaine s\u2019av\u00e8re trop courte pour d\u00e9cider \u00e0 qui il convient de confier les enfants. L\u2019impact traumatique de l\u2019\u00e9v\u00e9nement est important sur les diff\u00e9rents proches. Leur disponibilit\u00e9 psychique ainsi que leurs conditions de vie pour accueillir les enfants sont difficilement \u00e9valuables.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Annette et Camille expriment avec insistance leur demande d\u2019aller vivre chez leurs voisins \u00ab&nbsp;Tonton et Tata de c\u0153ur&nbsp;\u00bb et leurs enfants \u00e0 qui elles sont tr\u00e8s attach\u00e9es. Elles allaient tous les jours chez eux. Elles nous racontent s\u2019y \u00eatre r\u00e9fugi\u00e9es le soir du meurtre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Un oncle paternel se pr\u00e9sente aux services sociaux et se montre, dans un premier temps, \u00ab&nbsp;disponible pour accueillir ses ni\u00e8ces en fonction de ce qui sera pr\u00e9conis\u00e9&nbsp;\u00bb, puis insistant et exigeant de r\u00e9cup\u00e9rer ses ni\u00e8ces. Ils n\u2019avaient que peu de liens auparavant. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a pas de famille maternelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Les voisins expriment \u00e9galement leur d\u00e9sir d\u2019accueillir Annette et Camille. Cependant, ils sont gravement traumatis\u00e9s et habitent dans la r\u00e9sidence o\u00f9 s\u2019est produit le crime.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019attente d\u2019un jugement et \u00e9tant pupilles de l\u2019\u00e9tat, les deux s\u0153urs sont plac\u00e9es chez une assistante familiale. Ce placement est pr\u00e9par\u00e9 et accompagn\u00e9 par le service \u00e9ducatif et nous-m\u00eames, mais l\u2019accueil est difficile pour l\u2019assistante familiale. Celle-ci, tr\u00e8s \u00e9mue par l\u2019histoire d\u2019Annette et Camille, consulte une psychologue pour se sentir en capacit\u00e9 d\u2019offrir un cadre rassurant pour Annette et Camille. Des visites m\u00e9diatis\u00e9es avec la famille paternelle et avec les voisins sont rapidement autoris\u00e9es par le Juge des Enfants.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les conflits \u00e9mergent au sein de la famille paternelle, et entre la famille paternelle et les voisins au sujet de la garde d\u2019Annette et Camille. Les voisins relatent des conflits ant\u00e9rieurs entre la m\u00e8re et sa belle-s\u0153ur. Le trauma et l\u2019enjeu de la garde des enfants ravivent des conflits familiaux.<strong><sup>16, 17, 18<\/sup><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9percussions familiales de l\u2019\u00e9v\u00e9nement traumatique sont nombreuses, \u00ab&nbsp;elles viennent en particulier r\u00e9interroger le syst\u00e8me de croyances familiales et institutionnelles, perturber les niveaux d\u2019organisation pr\u00e9alable du fonctionnement familial ou extrafamilial et peuvent \u00e9galement donner lieu \u00e0 de possibles r\u00e9activations traumatiques inter-g\u00e9n\u00e9rationnelles&nbsp;\u00bb.<strong><sup>19<\/sup><\/strong> &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le choix qu\u2019elles font de vivre chez la voisine, et de ne pas souhaiter aller dans leur famille paternelle restera une demande dans la dur\u00e9e qui sera suivie par le juge des tutelles. Elles ont pu exprimer, d\u2019une certaine fa\u00e7on, que la famille \u00e9tait potentiellement porteuse de la pulsion de mort, nommant leur oncle \u00ab&nbsp;fr\u00e8re d\u2019un meurtrier&nbsp;\u00bb. Chez leur voisine bienveillante, en tant \u00ab&nbsp;qu\u2019invit\u00e9es&nbsp;\u00bb, elles se sentiront plus \u00e0 l\u2019abri.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le jeu th\u00e9rapeutique&nbsp;<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>S\u00e9ances de suivi psychoth\u00e9rapeutique d\u2019Annette et Camille<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Le suivi engag\u00e9 avec les th\u00e9rapeutes durant l\u2019hospitalisation se poursuit apr\u00e8s la sortie. L\u2019accent est mis sur la stabilit\u00e9 et la continuit\u00e9 relationnelle qui sont d\u2019importants facteurs de soutien dans ces situations<strong><sup>20<\/sup><\/strong>. Travailler dans la dur\u00e9e la situation de traumatisme grave, la perte et le deuil traumatique particuli\u00e8rement difficile \u00e0 \u00e9laborer, peut pr\u00e9venir les diff\u00e9rentes complications psychiatriques. Le cadre th\u00e9rapeutique mis en place est un suivi en consultation en fratrie, avec les deux th\u00e9rapeutes (Dr R et Dr L) rencontr\u00e9es au cours de l\u2019hospitalisation. Le cadre groupal nous semble s\u00e9curisant pour les enfants comme pour les th\u00e9rapeutes. Il nous permet d\u2019\u00e9changer entre nous sur le contenu clinique de chaque s\u00e9ance, sur les mouvements transf\u00e9rentiels et contre-transf\u00e9rentiels ainsi que de remettre en mouvement notre \u00ab&nbsp;capacit\u00e9 de r\u00eaverie&nbsp;\u00bb.<strong><sup>21&nbsp;<\/sup><\/strong> &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u2019arbre g\u00e9n\u00e9alogique imaginaire<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Lors de la premi\u00e8re consultation, Annette accepte de reprendre le jeu initi\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment par sa s\u0153ur autour de la maison de poup\u00e9e. La famille se compose de deux figures maternelles et de sept enfants, dont un b\u00e9b\u00e9. Camille porte la fonction imaginaire, en souffrance chez Annette, quand Annette porte la fonction symbolique manquante dans le jeu de Camille.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs s\u00e9ances sont consacr\u00e9es \u00e0 la co-construction par les deux s\u0153urs d\u2019une organisation familiale coh\u00e9rente partageable, et de la mise en place ou de la r\u00e9organisation de liens entre les membres d\u2019une famille. Dans le jeu, Camille ayant construit un couple de femmes, Annette la questionne sur l\u2019absence de p\u00e8re, sur la nature du lien entre les deux m\u00e8res et sur la filiation des enfants entre chacune des m\u00e8res. Camille propose qu\u2019elles soient s\u0153urs, mais ne se saisit pas vraiment de cette interrogation sur l\u2019ordre symbolique et nous restons dans le flou. Elle refuse de r\u00e9pondre \u00e0 la question de sa s\u0153ur au sujet de la filiation des enfants. Le concept de famille \u00e9largie, impr\u00e9cise dans les fonctions, semble \u00eatre protecteur pour elle et lui permet de nier la perte. Cette repr\u00e9sentation est aussi une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 leur milieu culturel.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir des deux figures maternelles nomm\u00e9es M\u00e9lissa et Zo\u00e9, Annette cr\u00e9e de nouveaux personnages. Elle introduit \u00e0 la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration une figure masculine et un couple sexu\u00e9, par la cr\u00e9ation d\u2019un mari pour une des filles des deux femmes, devenue adulte ainsi que des enfants pour ce nouveau couple. Elle introduit diff\u00e9rentes g\u00e9n\u00e9rations. Elle pr\u00e9cise les \u00e2ges et les liens entre chaque personnage. Elle \u00e9met l\u2019id\u00e9e que les deux mamans sont divorc\u00e9es et que les p\u00e8res sont absents. Elle inscrit de l\u2019ordre symbolique par la repr\u00e9sentation des figures masculines, tout en t\u00e9moignant peut-\u00eatre de son sentiment de culpabilit\u00e9 face \u00e0 la mort du p\u00e8re. Elle demande \u00e0 dessiner un arbre g\u00e9n\u00e9alogique permettant d\u2019inscrire la grande famille construite ensemble, nommant chaque personnage. Elle souhaite y noter la date du d\u00e9but de l\u2019histoire qui est la date de la premi\u00e8re consultation et ajoute&nbsp;: \u00ab&nbsp;on ne sait pas quand cela se finit&nbsp;\u00bb. Elle introduit du symbolique et de la loi dans les liens entre les personnages du jeu, l\u00e0 o\u00f9 sa s\u0153ur est dans un registre imaginaire et en suspens. Elles r\u00e9am\u00e9nagent&nbsp;ensuite, ensemble, chaque pi\u00e8ce d\u2019une \u00ab&nbsp;nouvelle maison&nbsp;\u00bb et la construisent \u00e0 deux. \u00ab&nbsp;C\u2019est mieux qu\u2019avant&nbsp;\u00bb, disent-elles. Elles tentent de construire un foyer positif et accueillant pour elles-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous repensons \u00e0 notre tentative infructueuse de construire un arbre g\u00e9n\u00e9alogique lors de l\u2019hospitalisation, dans le chaos suivant le traumatisme. La consultation en fratrie, dans un environnement suffisamment s\u00e9cure, a permis la restauration des capacit\u00e9s de symbolisation et la construction subjectivante de cet arbre g\u00e9n\u00e9alogique. Cette r\u00e9alisation nous a \u00ab&nbsp;tenues ensemble&nbsp;\u00bb pendant plusieurs s\u00e9ances. Elle t\u00e9moigne du travail psychique conjoint des deux s\u0153urs et des deux th\u00e9rapeutes, de la restauration de leur capacit\u00e9 de \u00ab&nbsp;playing&nbsp;\u00bb<strong><sup>22<\/sup><\/strong>, jeu symbolique permettant une repr\u00e9sentation et une \u00e9laboration de la perte et du trauma.&nbsp; Au d\u00e9but de chaque s\u00e9ance, Annette demande au Dr R de \u00ab&nbsp;faire l\u2019appel&nbsp;\u00bb afin de s\u2019assurer de la pr\u00e9sence de tous les personnages, en nommant chaque personnage de l\u2019arbre g\u00e9n\u00e9alogique. Lors d\u2019une consultation, \u00ab&nbsp;l\u2019absence&nbsp;\u00bb d\u2019un personnage, \u00e9cho de l\u2019absence des parents, nous plongera toutes dans une forte angoisse. Le personnage sera, heureusement, vite retrouv\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Petit \u00e0 petit, une partie de la famille sera moins investie, laissant entrevoir une nouvelle configuration familiale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les figures maternelles&nbsp;<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Du clivage \u00e0 l\u2019ambivalence<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Nous observons une \u00e9volution des deux figures maternelles, Melissa et Zo\u00e9 (color\u00e9es sur l\u2019arbre g\u00e9n\u00e9alogique), au fil des semaines. Lors des premi\u00e8res s\u00e9ances, Camille joue une figure maternelle qui s\u2019occupe avec beaucoup d\u2019attention de ses enfants, surtout du b\u00e9b\u00e9 Marguerite. Annette, elle, joue une m\u00e8re narcissique et volontiers sadique, peu encline \u00e0 s\u2019occuper des enfants, surtout int\u00e9ress\u00e9e par sa beaut\u00e9, mais aussi clivante entre ses deux filles, \u00ab&nbsp;injuste&nbsp;\u00bb avec l\u2019une des deux et dans une relation complice jubilatoire avec l\u2019autre fille. Elle introduit des fantasmes de rivalit\u00e9 avec la figure maternelle (la m\u00e8re qui pense \u00e0 \u00eatre belle et d\u00e9laisse ses enfants&nbsp;: la m\u00e8re sexuelle, la mar\u00e2tre des contes de f\u00e9es, celle qui a attis\u00e9 la col\u00e8re du p\u00e8re&nbsp;?) et peut-\u00eatre de la col\u00e8re envers cette figure qui les a laiss\u00e9es et qui ne les a pas prot\u00e9g\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La figure maternelle, dans les diff\u00e9rentes repr\u00e9sentations \u00e9labor\u00e9es par les deux s\u0153urs, nous est pr\u00e9sent\u00e9e cliv\u00e9e&nbsp;: une m\u00e8re maternante coll\u00e9e au b\u00e9b\u00e9, jou\u00e9e par Camille et une m\u00e8re pr\u00e9occup\u00e9e de sa beaut\u00e9, jou\u00e9e par Annette.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019installent dans la consultation diff\u00e9rents miroirs, tous au f\u00e9minin&nbsp;: les personnages des deux filles nomm\u00e9es Bella et Sarah, sont rattach\u00e9s \u00e0 l\u2019une et \u00e0 l\u2019autre des figures des m\u00e8res, Bella \u00e0 Melissa, et Sarah \u00e0 Zo\u00e9. Deux m\u00e8res, deux filles, deux joueuses et deux th\u00e9rapeutes femmes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Lors de la s\u00e9ance suivante, Annette parvient \u00e0 mettre en sc\u00e8ne une repr\u00e9sentation plus ambivalente d\u2019une m\u00e8re, plus li\u00e9e dans ses motions tendres et agressives&nbsp;: parfois autoritaire et injuste, mais aussi douce et attentive \u00e0 d\u2019autres moments. Cette figure maternelle s\u2019\u00e9mancipe et ach\u00e8te une voiture. Petit \u00e0 petit, Camille joue aussi une position maternelle plus nuanc\u00e9e. La m\u00e8re n\u2019est plus toute bonne, mais peut prendre du temps pour elle et laisser l\u2019autre m\u00e8re s\u2019occuper des enfants. Les deux fillettes peuvent construire chacune une repr\u00e9sentation ambivalente plus supportable et \u00e9galement plus partageable entre elles.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les figures masculines et\/ou paternelles<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Du d\u00e9ni aux possibles repr\u00e9sentations<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Lors des premi\u00e8res consultations, Camille refuse toute figure masculine et\/ou paternelle, scotome dans le jeu, t\u00e9moignant de sa difficult\u00e9 \u00e0 repr\u00e9senter son conflit interne. Repr\u00e9senter la col\u00e8re ou les motions tendres envers un p\u00e8re (ou \u00e9manant d\u2019un p\u00e8re) est trop dangereux, irrepr\u00e9sentable et convoque l\u2019\u00e9v\u00e9nement traumatique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Camille, il n\u2019est pas possible durant plusieurs s\u00e9ances d\u2019introduire des figures masculines. C\u2019est Annette qui introduira celles-ci par d\u00e9placements, ouvrant la voie \u00e0 de possibles repr\u00e9sentations et \u00e0 des traits identificatoires, au prix d\u2019une angoisse importante et de la mise en p\u00e9ril de la diff\u00e9rence des sexes. Annette joue une dispute au sujet de l\u2019argent o\u00f9 la fille, Sarah, refuse de rendre l\u2019argent qu\u2019elle a emprunt\u00e9 \u00e0 son fr\u00e8re, Thomas, sans chercher \u00e0 r\u00e9pondre au m\u00e9contentement de celui-ci, mais r\u00e9pliquant \u00ab&nbsp;qu\u2019elle est plus grande que lui&nbsp;\u00bb. Cela nous rappelle la phrase de Camille lors de l\u2019hospitalisation \u00ab&nbsp;j\u2019\u00e9tais l\u00e0, j\u2019ai vu papa, je suis all\u00e9e avec Annette, il ne nous a pas \u00e9cout\u00e9es, il est trop grand&nbsp;\u00bb. La repr\u00e9sentation d\u2019un p\u00e8re est ici d\u00e9plac\u00e9e sur un personnage f\u00e9minin, Sarah, qui permet de le convoquer de fa\u00e7on moins mena\u00e7ante, tout en ouvrant la voie d\u2019une possible identification \u00e0 un trait du p\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant les s\u00e9ances suivantes, Annette montre des signes d\u2019angoisse importante. Nous sentons une tension interne et une lutte contre l\u2019effondrement. Elle pr\u00e9sente de nombreux tics faciaux et des d\u00e9fenses obsessionnelles, rangeant les objets sur le meuble \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle pendant que sa s\u0153ur parle. Elle demande \u00e0 faire des jeux de soci\u00e9t\u00e9, d\u00e9fensifs, comme lors de l\u2019hospitalisation. L\u2019assistante familiale nous fait part de questions d\u2019Annette autour de sa responsabilit\u00e9 dans la mort de son p\u00e8re. Nous repensons \u00e0 son insistance pour introduire des figures masculines dans le jeu (mari de Sarah, grands-p\u00e8res, fr\u00e8res) t\u00e9moignant de son conflit interne quant \u00e0 sa propre culpabilit\u00e9, ses positions d\u2019identification, ses mouvements agressifs et peut-\u00eatre tendres pour le p\u00e8re. Bien que d\u00e9plac\u00e9e sur un personnage f\u00e9minin (Sarah), sur un fr\u00e8re (Thomas), sur un possible futur mari (mari de Sarah), ou encore sur la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9c\u00e9dente (le grand-p\u00e8re), nous entendons la convocation de cette figure paternelle, qui ne peut pas \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9e de fa\u00e7on trop directe. Encore plus que les repr\u00e9sentations cliv\u00e9es de la figure maternelle, les repr\u00e9sentations paternelles peinent \u00e0 \u00eatre li\u00e9es. L\u2019identification au p\u00e8re expose Annette \u00e0 sa propre destructivit\u00e9 et \u00e0 l\u2019effacement de la diff\u00e9rence des sexes, source d\u2019angoisse. Annette construit une petite sayn\u00e8te qui tend \u00e0 traiter le clivage&nbsp;: elle joue le mari de Sarah qui r\u00e9pare les disputes caus\u00e9es par sa femme et le grand-p\u00e8re qui s\u2019occupe des petits-enfants.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>La rivalit\u00e9 fraternelle et son destin dans le groupe<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Le cadre th\u00e9rapeutique de consultations nous a sembl\u00e9 soutenir le lien fraternel protecteur. Chacune des deux fillettes occupe une place diff\u00e9renci\u00e9e alimentant le r\u00e9cit de l\u2019autre, permettant d\u2019aborder le traumatisme sans confrontation trop effractante et de construire un r\u00e9cit partageable.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Comme nous l\u2019avons vu, Camille pr\u00e9sente au d\u00e9but des difficult\u00e9s \u00e0 construire un jeu symbolique. Elle s\u2019appuie sur sa s\u0153ur qui insuffle des sc\u00e9narii et rend le jeu fluide. Annette, elle, s\u2019appuie sur les r\u00e9cits de r\u00eaves que sa s\u0153ur apporte \u00e0 chaque d\u00e9but de s\u00e9ance, le \u00ab&nbsp;porteur de r\u00eave&nbsp;\u00bb<strong><sup>23<\/sup><\/strong>, pour associer avec des souvenirs positifs qu\u2019elle a avec ses parents. Elle peut ensuite \u00e0 son tour raconter des r\u00eaves ou faire le lien entre les r\u00eaves et diff\u00e9rentes consultations.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nos consultations \u00ab&nbsp;de groupe&nbsp;\u00bb (nous formons un groupe avec deux enfants et deux th\u00e9rapeutes) permettent une \u00e9laboration commune des affects et des repr\u00e9sentations et offrent la possibilit\u00e9 de se soutenir et de s\u2019entraider. L\u2019\u00e9mergence des narrativit\u00e9s de l\u2019une des enfants a une incidence sur l\u2019autre et enrichit le r\u00e9cit de leurs histoires. Cela permet aussi de co-reconstruire leur histoire en tant que famille et en tant que fratrie comme en t\u00e9moigne la cr\u00e9ation commune de l\u2019arbre g\u00e9n\u00e9alogique et de la maison.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le groupe peut, cependant, avoir des limites<strong><sup>24<\/sup><\/strong> . Les fillettes ne sont pas au m\u00eame niveau de d\u00e9veloppement et d\u2019\u00e9laboration. Dans un premier temps, Annette ne supporte pas le jeu mettant en sc\u00e8ne la destructivit\u00e9 de sa s\u0153ur et l\u2019interrompt, emp\u00eachant ses tentatives de maitriser le trauma par le jeu. Elle pourra, plus tard, supporter cette destructivit\u00e9. Camille, elle, \u00ab&nbsp;c\u00e8de&nbsp;\u00bb sur l\u2019ajout par Annette des p\u00e8res divorc\u00e9s et sur l\u2019ordre dans la filiation des enfants entre chaque m\u00e8re, voyant que sinon sa s\u0153ur va se retirer du jeu.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, la prise en charge en fratrie semble soutenir le lien fraternel comme facteur protecteur pour chaque sujet<strong><sup>25<\/sup><\/strong>. Les liens fraternels sont d\u2019ailleurs tr\u00e8s repr\u00e9sent\u00e9s dans le jeu \u00e0 travers les immenses fratries qu\u2019Annette et Camille inventent. La possibilit\u00e9 de s\u2019appuyer sur la lign\u00e9e \u00ab&nbsp;horizontale&nbsp;\u00bb des fr\u00e8res et s\u0153urs (r\u00e9els et imaginaires), correspond sans doute \u00e0 une grande ressource pour ces fillettes d\u00e9sormais orphelines de p\u00e8re et de m\u00e8re. N\u00e9anmoins, le lien fraternel est aussi mis \u00e0 mal dans les situations de trauma et la souffrance de ce lien est m\u00e9connue par l\u2019entourage<strong><sup>26<\/sup><\/strong>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Lors des premi\u00e8res rencontres en p\u00e9diatrie, l\u2019a\u00een\u00e9e, Annette, prend une position maternante aupr\u00e8s de sa s\u0153ur. Elle la reprend ainsi \u00e0 plusieurs reprises \u00ab&nbsp;tu t\u2019es mal lav\u00e9e le visage&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;il est trop petit ton T-shirt, on aurait d\u00fb aller le changer&nbsp;\u00bb. Cette position maternante assure un \u00e9quilibre et permet aussi d\u2019\u00e9vacuer la question de la rivalit\u00e9 fraternelle. L\u2019expression de la rivalit\u00e9 fraternelle entre Annette et Camille surgit \u00e0 diff\u00e9rents moments et de diverses fa\u00e7ons, dans le jeu ou dans \u00ab&nbsp;l\u2019ici et maintenant&nbsp;\u00bb de la s\u00e9ance. Plusieurs moments de d\u00e9saccordage surgissent entre Annette et Camille.La rivalit\u00e9 peut d\u2019abord \u00eatre mise en sc\u00e8ne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La rivalit\u00e9 entre les deux s\u0153urs est jou\u00e9e lors d\u2019un jeu autour de cadeaux re\u00e7us par les personnages pour No\u00ebl, jeu durant lequel elles ne parviennent pas \u00e0 se mettre d\u2019accord sur le contenu et les destinataires des cadeaux. Elle est \u00e9galement jou\u00e9e lors d\u2019une course de chevaux entre leurs deux personnages. Lors de cette course, elles ne parviennent pas \u00e0 se mettre d\u2019accord sur le personnage gagnant, chacune souhaitant que ce soit le sien. Camille propose que les deux personnages gagnent, mais Annette refuse et laisse le personnage de&nbsp;Camille gagner. Suite \u00e0 cela, Camille ne peut supporter la culpabilit\u00e9 et son personnage va se casser la jambe.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Lors d\u2019une autre consultation, alors qu\u2019elles sont en train de n\u00e9gocier sur l\u2019am\u00e9nagement d\u2019une chambre, Annette sort brusquement du bureau, nous laissant avec sa s\u0153ur dans l\u2019inqui\u00e9tude et un certain d\u00e9sarroi. Elle semble avoir peur d\u2019exprimer son agressivit\u00e9 envers sa s\u0153ur, peur quant au contr\u00f4le de ses propres motions agressives<strong><sup>27<\/sup><\/strong>. La consultation en fratrie peut \u00eatre un frein \u00e0 l\u2019expression de la rivalit\u00e9 et de la haine.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nous constatons ainsi plusieurs niveaux de moments d\u2019expression du conflit psychique de la rivalit\u00e9. Tout d\u2019abord jou\u00e9e entre les personnages du jeu (entre les deux m\u00e8res du jeu, entre les deux s\u0153urs du jeu, entre les fr\u00e8res et s\u0153urs du jeu) ce qui leur permet de la mettre \u00e0 distance dans le jeu symbolique, la rivalit\u00e9 s\u2019exprime dans un second temps dans les s\u00e9ances, amenant de nouvelles difficult\u00e9s dans notre groupe. Mais, la rivalit\u00e9 fraternelle, socialement acceptable, permet aussi l\u2019expression de l\u2019agressivit\u00e9 tout en tenant \u00e0 \u00ab&nbsp;distance raisonnable&nbsp;\u00bb la destructivit\u00e9 et le meurtre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>La destructivit\u00e9 et la haine<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Irruption du trauma, introjection et identification &nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Au cours de la th\u00e9rapie, lors de quelques s\u00e9ances, Camille a des moments de rupture de contact. Elle relate des reviviscences, des cauchemars, un sentiment de tristesse et de solitude. Lors d\u2019une s\u00e9ance, elle nous raconte un cauchemar&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Un monsieur leur a tendu un pi\u00e8ge en les invitant \u00e0 manger et en les enfermant dans une cage. Mais elle avait devin\u00e9 le pi\u00e8ge et a pu venir d\u00e9livrer tout le monde de la cage. Le monsieur lui a alors couru apr\u00e8s. Elle l\u2019a mordu pour se d\u00e9fendre. Elle nous explique que \u00ab&nbsp;c\u2019est un cauchemar, car je mords le monsieur et il y a du sang<\/em>&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cela nous rappelle le sang dont elle avait parl\u00e9 lors de l\u2019hospitalisation en jouant avec la p\u00e2te \u00e0 modeler et nous \u00e9voque destructivit\u00e9 et culpabilit\u00e9 envers le p\u00e8re. Repr\u00e9sentations jusqu\u2019alors impossibles pour Camille, celles-ci surgissent par le cauchemar et son r\u00e9cit. \u00c0 plusieurs reprises, elle joue seule dans un endroit du bureau, sans contact avec nous malgr\u00e9 nos sollicitations. On assiste \u00e0 un d\u00e9bordement pulsionnel et un jeu traumatique<strong><sup>28<\/sup><\/strong> en rupture avec le jeu symbolique habituel. Apr\u00e8s le r\u00e9cit du cauchemar la mettant directement en place d\u2019agresseur, elle d\u00e9place celui-ci sur un personnage de gar\u00e7on. Camille joue un gar\u00e7on qui fonce violemment dans la foule \u00e0 plusieurs reprises nous laissant peu de possibilit\u00e9s de r\u00e9agir et de l\u2019int\u00e9grer dans le jeu. Durant plusieurs s\u00e9ances, elle prend le personnage du squelette pour chercher \u00e0 faire peur avec beaucoup d\u2019excitation et de jubilation. Elle le cache dans plusieurs pi\u00e8ces de la maison de poup\u00e9e et propose de l\u2019envoyer aux enfants qui ne se l\u00e8vent pas le matin pour aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ces s\u00e9quences, r\u00e9p\u00e9titives de jeu traumatique non symbolis\u00e9 ne sont pas partageables par le groupe. Annette ne les supporte pas, elle bondit quand elle d\u00e9couvre le personnage du squelette dont s\u2019est empar\u00e9 Camille pour faire peur avec beaucoup d\u2019excitation. Annette est effract\u00e9e par ces s\u00e9quences. Nous sommes \u00e9galement d\u00e9munies.<\/p>\n\n\n\n<p>La s\u00e9ance suivante, Camille joue un b\u00e9b\u00e9 qui, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre assis sur les genoux du squelette, d\u00e9truit tout ce qu\u2019il y a dans la maison. Annette peut cette fois supporter cette destructivit\u00e9 et l\u2019inscrire dans le jeu. Elle propose d\u2019aller coucher le b\u00e9b\u00e9 qui doit s\u00fbrement \u00eatre fatigu\u00e9. Cependant, sa proposition est rejet\u00e9e par Camille qui continue \u00e0 tout d\u00e9truire. Nous proposons alors d\u2019appeler le m\u00e9decin, le b\u00e9b\u00e9 \u00e9tant peut-\u00eatre malade&nbsp;? Le m\u00e9decin dit que \u00ab&nbsp;le b\u00e9b\u00e9 a \u00e9t\u00e9 contamin\u00e9 par le squelette&nbsp;\u00bb. Annette et Camille saisissent cette id\u00e9e et proposent de donner un rem\u00e8de au b\u00e9b\u00e9, quelque chose \u00e0 boire qui lui fera vomir \u00ab&nbsp;le mauvais&nbsp;\u00bb qui est en lui.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La destructivit\u00e9, enfin repr\u00e9sent\u00e9e \u00ab&nbsp;ingurgit\u00e9e-introject\u00e9e&nbsp;\u00bb, est, par l\u2019intervention du tiers m\u00e9decin dans le jeu, \u00ab&nbsp;vomie-expuls\u00e9e&nbsp;\u00bb et peut trouver une issue identificatoire dans un b\u00e9b\u00e9 moins dangereux et s\u2019inscrire dans le jeu symbolique partag\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Comme nous l\u2019avons vu, Annette et Camille investissent fortement l\u2019espace de leurs consultations. Elles arrivent avec un air d\u00e9cid\u00e9 et demandent imm\u00e9diatement \u00e0 jouer. C\u2019est pour elles une urgence de la plus haute importance que de jouer. La fonction du jeu dans l\u2019int\u00e9gration d\u2019\u00e9v\u00e9nements chez l\u2019enfant, traumatiques ou non, est \u00e9tudi\u00e9e depuis longtemps<strong><sup>29<\/sup><\/strong>. Le jeu est un ph\u00e9nom\u00e8ne transitionnel&nbsp;: la r\u00e9alit\u00e9 et l\u2019environnement y interviennent, mais se voient remodel\u00e9s par l\u2019enfant avec d\u2019infinies variations et adapt\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019omnipotence de l\u2019enfant dans son jeu. Donald Winnicott qualifie cette exp\u00e9rience de vitale pour l\u2019enfant, lui permettant d\u2019exister, et de mettre du sens sur le contenu de sa vie psychique<strong><sup>30<\/sup><\/strong>. Le jeu est, dans ce cadre, th\u00e9rapeutique en soi. Le partage de ce que Donald Winnicott appelle \u00ab&nbsp;espace potentiel&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire un espace onirique, partag\u00e9 avec un adulte avec qui l\u2019enfant est en confiance, peut permettre \u00e0 l\u2019enfant de mettre du sens l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019en trouve plus, notamment dans le cadre du traumatisme. L\u2019espace transitionnel a une fonction \u00ab&nbsp;anti-traumatique&nbsp;\u00bb, le jeu permet une maitrise et \u00ab&nbsp;un travail d\u2019appropriation subjective des v\u00e9cus traumatiques&nbsp;\u00bb<strong><sup>31<\/sup><\/strong>. Il permet la rencontre avec une \u00ab&nbsp;psych\u00e9 mall\u00e9able et transformatrice&nbsp;\u00bb que l\u2019enfant peut introjecter au b\u00e9n\u00e9fice du d\u00e9veloppement de ses propres capacit\u00e9s de symbolisation<strong><sup>32<\/sup><\/strong> .&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Notes&nbsp;:<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><strong>1. <\/strong>Rappaport C, Questiaux E, Laoudi Y. L\u2019enfant co-victime de f\u00e9minicide\/homicide au sein du couple parental. Pr\u00e9sentation du protocole partenarial de prise en charge th\u00e9rapeutique des enfants t\u00e9moins de f\u00e9minicide. <em>Neuropsychiatrie de l&rsquo;enfance et de l&rsquo;adolescence<\/em>, f\u00e9vr 2020<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2. <\/strong>Romano, H. (2010). Le \u00ab&nbsp;dessin-leurre&nbsp;\u00bb&nbsp;: Traces traumatiques invisibles dans les dessins d&rsquo;enfants expos\u00e9s \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements traumatiques. <em>La psychiatrie de l&rsquo;enfant, 53 <\/em>(1), 71-89.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3. <\/strong>Bion (Wilfred R.) <em>Aux sources de l\u2019exp\u00e9rience <\/em>[2<sup>e<\/sup> \u00e9d., 1962], Paris, Presses universitaires de France, 1991.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4. <\/strong>Leclercq C, Hayez JY.<em> Le deuil compliqu\u00e9 et pathologique chez l\u2019enfant.<\/em> Louvain Med. 1998&nbsp;;&nbsp;117&nbsp;:&nbsp;293 307<\/p>\n\n\n\n<p><strong>5. <\/strong>Eth S, Pynoos RS. Children Who Witness the Homicide of a Parent. <em>Psychiatry<\/em>. nov 1994&nbsp;;&nbsp;57(4)&nbsp;:&nbsp;287 306<\/p>\n\n\n\n<p><strong>6. <\/strong>Winnicott D. W. L\u2019espace potentiel, in <em>Jeu et r\u00e9alit\u00e9<\/em>. Gallimard. Paris; 1971<\/p>\n\n\n\n<p><strong>7. <\/strong>Serge Lebovici. Observations on Children who have Witnessed the Violent Death of One of their Parents&nbsp;: A Contribution to the Study of Traumatization. <em>International Review of Psychoanalysis<\/em>. 1974&nbsp;;&nbsp;1&nbsp;:&nbsp;117 23<\/p>\n\n\n\n<p><strong>8.<\/strong> Marilyn Armour. Journey of family members of homicide victims&nbsp;: A qualitative study of their posthomicide experience. <em>Am&nbsp;J&nbsp;Orthopsychiatry<\/em>. 2002&nbsp;;&nbsp;72(3)&nbsp;:&nbsp;372 82<\/p>\n\n\n\n<p><strong>9. <\/strong>Eth S, Pynoos RS. Children Who Witness the Homicide of a Parent. <em>Psychiatry. <\/em>nov 1994&nbsp;;&nbsp;57(4)&nbsp;:&nbsp;287 306<\/p>\n\n\n\n<p><strong>10. <\/strong>Scholl J-M. Classification Diagnostique 0-3 ans R\u00e9vis\u00e9e&nbsp;: une nouvelle pr\u00e9sentation des Troubles de la R\u00e9gulation du traitement des stimuli sensoriels. <em>Devenir<\/em>. 2007&nbsp;;&nbsp;19(2)&nbsp;:109<\/p>\n\n\n\n<p><strong>11. <\/strong>Lieberman AF. Traumatic stress and quality of attachment: Reality and internalization in disorders of infant mental health.<em> Infant Mental Health Journal.<\/em> juill 2004&nbsp;;&nbsp;25(4)&nbsp;:336 51.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>12. <\/strong>Romano H, Marichez H, Baubet T. Prise en charge groupale d\u2019enfants et d\u2019adolescents expos\u00e9s \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement traumatique. <em>Neuropsychiatrie de l&rsquo;enfance et de l&rsquo;adolescence,<\/em> juill 2012&nbsp;;&nbsp;60(5)&nbsp;:&nbsp;383 9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>13. <\/strong>Steeves RH, Parker B. Adult Perspectives on Growing Up Following Uxoricide. <em>Journal of Interpersonal Violence.<\/em> oct 2007&nbsp;;&nbsp;22(10)&nbsp;:&nbsp;1270\u201184<\/p>\n\n\n\n<p><strong>14. <\/strong>Lister D. Forced Silence: A Neglected. <em>The American journal of psychiatry. <\/em>1982&nbsp;;5<\/p>\n\n\n\n<p><strong>15.<\/strong> Dolto Fran\u00e7oise. <em>L\u2019Image inconsciente du corps.<\/em> Le Seuil. Paris&nbsp;; 1984<\/p>\n\n\n\n<p><strong>16.<\/strong> Black D, Harris-Hendriks J, Kaplan T. Father Kills Mother&nbsp;: Post-Traumatic Stress Disorder in the Children. <em>Psychotherapy and Psychosomatics.<\/em> 1992&nbsp;;&nbsp;57&nbsp;:&nbsp;152 7<\/p>\n\n\n\n<p><strong>17. <\/strong>Hardesty JL, Campbell JC, McFarlane JM, Lewandowski LA. How Children and Their Caregivers Adjust After Intimate Partner Femicide. <em>J Fam Issues.<\/em> janv 2008&nbsp;;&nbsp;29(1)&nbsp;:&nbsp;100 24<\/p>\n\n\n\n<p><strong>18. <\/strong>Alisic E, Groot A, Snetselaar H, Stroeken T, Hehenkamp L, van de Putte E. Children\u2019s perspectives on life and well-being after parental intimate partner homicide. <em>European Journal of Psychotraumatology. <\/em>22 mai 2018&nbsp;;&nbsp;8(Suppl 6)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>19. <\/strong>Romano, H. (2010). La mort en face&nbsp;: r\u00e9actions imm\u00e9diates des enfants et adolescents confront\u00e9s \u00e0 la mort d&rsquo;un proche: \u00c9tude prospective des r\u00e9actions \u00e0 la mort d&rsquo;un proche d&rsquo;enfants ou d&rsquo;adolescents lors de la prise en charge par les secours d&rsquo;urgence. <em>\u00c9tudes sur la mort,<\/em> 138 (2), 89-103.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>20. <\/strong>Alisic E, Groot A, Snetselaar H, Stroeken T, Hehenkamp L, van de Putte E. Children\u2019s perspectives on life and well-being after parental intimate partner homicide. <em>European Journal of Psychotraumatology. <\/em>22 mai 2018&nbsp;;&nbsp;8(Suppl 6)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>21. <\/strong>Bion WR. <em>Aux sources de l\u2019exp\u00e9rience. <\/em>PUF. Paris&nbsp;; 1979<\/p>\n\n\n\n<p><strong>22. <\/strong>Winnicott D. W. L\u2019espace potentiel, in <em>Jeu et r\u00e9alit\u00e9<\/em>. Gallimard. Paris&nbsp;; 1971<\/p>\n\n\n\n<p><strong>23. <\/strong>Ka\u00ebs R. En quoi consiste le travail psychanalytique en situation de groupe&nbsp;? <em>Revue de Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique de Groupe.<\/em> 2006&nbsp;;&nbsp;46(1)&nbsp;:&nbsp;9<\/p>\n\n\n\n<p><strong>24. <\/strong>Romano H, Marichez H, Baubet T. Prise en charge groupale d\u2019enfants et d\u2019adolescents expos\u00e9s \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement traumatique. <em>Neuropsychiatrie de l&rsquo;enfance et de l&rsquo;adolescence.<\/em> juill 2012&nbsp;;&nbsp;60(5)&nbsp;:&nbsp;383 9<\/p>\n\n\n\n<p><strong>25. <\/strong>Alisic E, Groot A, Snetselaar H, Stroeken T, Hehenkamp L, van de Putte E. Children\u2019s perspectives on life and well-being after parental intimate partner homicide. <em>European Journal of Psychotraumatology.<\/em> 22 mai 2018&nbsp;;&nbsp;8&nbsp;(Suppl 6)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>26.&nbsp;<\/strong> Romano, H. (2010). La mort en face&nbsp;: r\u00e9actions imm\u00e9diates des enfants et adolescents confront\u00e9s \u00e0 la mort d&rsquo;un proche: \u00c9tude prospective des r\u00e9actions \u00e0 la mort d&rsquo;un proche d&rsquo;enfants ou d&rsquo;adolescents lors de la prise en charge par les secours d&rsquo;urgence. <em>\u00c9tudes sur la mort<\/em>, 138 (2), 89-103.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>27. <\/strong>Zeanah CH, Burk GS. A Young Child Who Witnessed Her Mother\u2019s Murder: Therapeutic and Legal Considerations. <em>American Journal of Psychotherapy. <\/em>janv 1984&nbsp;;&nbsp;38(1)&nbsp;:&nbsp;132 45<\/p>\n\n\n\n<p><strong>28. <\/strong>Romano, H. (2010). Traces du trauma dans les \u00ab&nbsp;jeux&nbsp;\u00bb d&rsquo;enfants victimes d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements traumatiques. <em>Le Journal des psychologues,<\/em> 279 (6), 57-61<\/p>\n\n\n\n<p><strong>29. <\/strong>R\u00e9mi Bailly. Le jeu dans l\u2019\u0153uvre de D.W. Winnicott. <em>Enfances Psy<\/em>. 2001&nbsp;;&nbsp;3(15)&nbsp;:&nbsp;41 5<\/p>\n\n\n\n<p><strong>30. <\/strong>Winnicott D. W. L\u2019espace potentiel, in <em>Jeu et r\u00e9alit\u00e9<\/em>. Gallimard. Paris&nbsp;; 1971<\/p>\n\n\n\n<p><strong>31. <\/strong>Duprey, L., Martinez, D., Maroja Cox, F. &amp; Rappaport, C. (2019). Prise en charge en co-th\u00e9rapie d\u2019une dyade grand-m\u00e8re\/b\u00e9b\u00e9 dans un contexte de perte traumatique. <em>La psychiatrie de l&rsquo;enfant<\/em>, 62 (2) , 241-255.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>32. <\/strong>Roussillon, R. (2009). L\u2019objet \u00ab&nbsp;m\u00e9dium mall\u00e9able&nbsp;\u00bb et la r\u00e9flexivit\u00e9. In <em>Le transitionnel, le sexuel et la r\u00e9flexivit\u00e9 <\/em>(pp.&nbsp;37-50). Paris : Dunod.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29367?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Psychoth\u00e9rapie en fratrie d\u2019enfants t\u00e9moins de meurtre dans le couple parental Nous pr\u00e9sentons dans cet article les consultations th\u00e9rapeutiques de deux fillettes, Annette et Camille, t\u00e9moins du meurtre de leur m\u00e8re par leur p\u00e8re.&nbsp; Elles ont \u00e9t\u00e9 hospitalis\u00e9es au d\u00e9cours&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1230,1214,1245],"thematique":[629,2505,2478,601,290],"auteur":[2686,2685],"dossier":[2683],"mode":[60],"revue":[2676],"type_article":[452],"check":[],"class_list":["post-29367","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-a-la-une","rubrique-psychanalyse","rubrique-soin","thematique-deuil","thematique-dispositif","thematique-enfant","thematique-traumatisme","thematique-violence","auteur-clementine-rappaport","auteur-constance-lemarchand","dossier-violences-dans-la-famille-quelle-place-pour-lenfant","mode-payant","revue-2676","type_article-dossier"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29367","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=29367"}],"version-history":[{"count":4,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29367\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":29697,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29367\/revisions\/29697"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=29367"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=29367"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=29367"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=29367"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=29367"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=29367"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=29367"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=29367"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=29367"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}