{"id":28990,"date":"2023-03-06T13:48:00","date_gmt":"2023-03-06T12:48:00","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/?p=28990"},"modified":"2023-03-06T16:45:30","modified_gmt":"2023-03-06T15:45:30","slug":"tu-veux-que-je-texplique-dans-le-couloir","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/tu-veux-que-je-texplique-dans-le-couloir\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Tu veux que je t\u2019explique&#8230;\u00a0dans le couloir\u00a0?!\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00c0 propos d\u2019une clinique interstitielle \u00e0 la PJJ<\/h2>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 partir d\u2019une pratique clinique \u00e0 la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ) que je propose de contribuer \u00e0 cette rubrique \u00ab&nbsp;Paroles de clinicien&nbsp;\u00bb. Ayant rejoint \u00ab&nbsp;le corps des psychologues de la PJJ&nbsp;\u00bb tr\u00e8s peu de temps apr\u00e8s l\u2019obtention de mon titre de psychologue clinicienne, j\u2019ai rapidement \u00e9t\u00e9 amen\u00e9e \u00e0 rencontrer des adolescents, plac\u00e9s par le juge des enfants pour leurs actes d\u00e9linquants, au sein d\u2019unit\u00e9s \u00e9ducatives d\u2019h\u00e9bergement collectif (UEHC). Dans un tel contexte, le psychologue int\u00e8gre une \u00e9quipe \u00e9ducative, constitu\u00e9e majoritairement d\u2019\u00e9ducateurs et compl\u00e9t\u00e9e par d\u2019autres professionnels&nbsp;: cuisinier, maitresse de maison, ouvrier professionnel, adjointe administrative, etc. Le \u00ab&nbsp;faire avec&nbsp;\u00bb et le \u00ab&nbsp;vivre avec&nbsp;\u00bb sont les fondements de la prise en charge dans ce type de dispositif&nbsp;: nous sommes tous et toutes, au contact quotidien des adolescents, puisque nous intervenons in&nbsp;situ sur ce qui constitue pour eux leur lieu de vie temporaire. Pour le th\u00e9rapeute, il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019un lieu \u00ab&nbsp;en marge&nbsp;\u00bb qui ne rel\u00e8ve pas, ou du moins pas <em>a priori<\/em>, du \u00ab&nbsp;soin&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Plong\u00e9e dans cette vie quotidienne en institution, il serait illusoire de penser qu\u2019une fiche de poste puisse r\u00e9pondre \u00e0 la complexit\u00e9 des questionnements d\u2019ordre psychoth\u00e9rapeutique pos\u00e9s par cette pratique clinique sp\u00e9cifique dans un cadre contraint. Anim\u00e9e par l\u2019id\u00e9e d\u2019inscrire un cadre temporel d\u00e9fini par la dur\u00e9e, la rythmicit\u00e9 et la fr\u00e9quence des rendez-vous, je me suis rapidement heurt\u00e9e \u00e0 certaines \u00ab&nbsp;limites&nbsp;\u00bb, celles des adolescents en premier lieu&nbsp;: comment des jeunes, contraints au placement dans un \u00e9tablissement judiciaire, sans aucune demande d\u2019aide formulable, pouvaient-ils accepter d\u2019entreprendre un travail de psychoth\u00e9rapie dans un espace-temps donn\u00e9&nbsp;? En effet, la plupart des adolescents dont il est question, menac\u00e9s narcissiquement par le lien \u00e0 l\u2019autre, s\u2019opposent, sinon mettent \u00e0 mal toute rencontre formalis\u00e9e et r\u00e9gie par un cadre. Dans de telles configurations, comment envisager la question du soin psychique aupr\u00e8s de ces adolescents&nbsp;? La notion de cadre, socle indispensable dans la pratique psychoth\u00e9rapeutique et analytique, me semblait \u00e0 pr\u00e9sent floue et fragile&nbsp;: ces jeunes sont d\u2019ailleurs tr\u00e8s souvent d\u00e9sinscrits de tout \u00ab&nbsp;cadre&nbsp;\u00bb, qu\u2019il soit scolaire, familial, \u00e9ducatif\u2026 ou analytique&nbsp;! Ces dynamiques de d\u00e9sinscriptions sociales, d\u2019errance institutionnelle et psychique, remettent en question le recours \u00e0 des pratiques de soin dites \u00ab&nbsp;classiques&nbsp;\u00bb et interrogent les \u00ab&nbsp;limites&nbsp;\u00bb dans le recours \u00e0 certains mod\u00e8les traditionnels.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une clinique interstitielle dans un cadre de placement judiciaire&nbsp;<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Comme beaucoup d\u2019adolescent(e)s rencontr\u00e9(e)s dans ce contexte particulier, Nora est une jeune fille qui refuse d\u2019\u00eatre re\u00e7ue en entretien dans mon bureau. Elle estime qu\u2019elle n\u2019a pas besoin de \u00ab&nbsp;rendez-vous psy&nbsp;\u00bb et s\u2019oppose \u00e0 toute rencontre formalis\u00e9e avec moi. Pour autant, Nora ne manque pas de m\u2019interpeller chaque fois qu\u2019elle me croise dans les murs de l\u2019unit\u00e9. Ce paradoxe est quelque peu d\u00e9concertant sur le plan relationnel&nbsp;: c\u2019est toujours dans des espaces-temps informels et en dehors de mon bureau que Nora me livre des \u00e9l\u00e9ments d\u2019une richesse clinique surprenante. Dans la cuisine, elle profite de ma pr\u00e9sence pour glisser sous mes yeux son t\u00e9l\u00e9phone affichant son profil \u00ab&nbsp;Facebook&nbsp;\u00bb. Dans un couloir, entre deux portes, ou encore dans le jardin, elle m\u2019interpelle pour \u00e9changer sur des sujets qui la questionnent actuellement. Dans la voiture, elle me parle tr\u00e8s librement et spontan\u00e9ment des actes transgressifs ayant conduit son placement \u00e0 l\u2019unit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Accueillir authentiquement ces \u00e9l\u00e9ments en dehors d\u2019un cadre de psychoth\u00e9rapie, classiquement mat\u00e9rialis\u00e9 par la s\u00e9ance \u00ab&nbsp;dans le bureau&nbsp;\u00bb, implique un r\u00e9am\u00e9nagement particulier notamment dans les limites de mon propre cadre interne. Il s\u2019agit avant tout de cr\u00e9er un espace de rencontre, en s\u2019appuyant d\u2019abord sur les interstices institutionnels du dispositif judiciaire et en partant imp\u00e9rativement de ce que les adolescents peuvent tol\u00e9rer et supporter dans la rencontre avec l\u2019autre. Progressivement, une relation se construit \u00ab&nbsp;hors les murs&nbsp;\u00bb du fameux \u00ab&nbsp;sacro-saint bureau&nbsp;\u00bb permettant&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>ainsi au transfert de se d\u00e9ployer \u00e0 partir des interstices de l\u2019institution et dans d\u2019autres espaces de rencontres intersubjectives. Chaque entrevue avec l\u2019adolescente est l\u2019occasion de tisser du lien, d\u2019\u00e9changer quelques mots, de partager un moment. En appui sur la dynamique transf\u00e9ro-contre-transf\u00e9rentielle instaur\u00e9e, la co-construction d\u2019un cadre s\u2019\u00e9labore et s\u2019internalise progressivement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le maniement minutieux du transfert et du contre-transfert doit bien \u00e9videmment \u00eatre sous-tendu par des espaces permettant d\u2019en mettre \u00e0 jour les enjeux&nbsp;: supervision, analyse personnelle, formation\u2026 V\u00e9ritable \u00ab&nbsp;psy mobile&nbsp;\u00bb dans l\u2019institution, je rep\u00e8re d\u00e9sormais avec plus de finesse \u00ab&nbsp;le latent&nbsp;\u00bb derri\u00e8re \u00ab&nbsp;le manifeste&nbsp;\u00bb de la vie quotidienne. Je m\u2019efforce de respecter le rythme de l\u2019adolescente, de composer avec son temps psychique, malgr\u00e9 la contrainte du temps judiciaire relatif au placement. Je temp\u00e8re \u00ab&nbsp;l\u2019urgence&nbsp;\u00bb \u00e0 la rencontrer et \u00e0 mettre en place un travail de psychoth\u00e9rapie au sens classique. La r\u00e9appropriation d\u2019une posture clinique allant bien au-del\u00e0 des quatre murs de mon bureau me permet au fil du temps de me familiariser avec cette fa\u00e7on de rencontrer les adolescents. Je dois n\u00e9cessairement faire preuve d\u2019une plus grande ouverture d\u2019esprit et d\u2019une indispensable mall\u00e9abilit\u00e9 psychique. \u00catre au contact de Nora m\u2019enseigne toute la richesse du d\u00e9calage (ou plut\u00f4t du d\u00e9-collage) vis-\u00e0-vis de ce que devrait \u00eatre un \u00ab&nbsp;cadre&nbsp;\u00bb et une \u00ab&nbsp;technique&nbsp;\u00bb de soin psychique pour un adolescent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 de la rencontre&nbsp;: observer, accueillir, \u00eatre pr\u00e9sent<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Un matin, \u00e0 l\u2019occasion de mon passage journalier dans le bureau des \u00e9ducateurs, Nora me sollicite, de mani\u00e8re anodine de prime abord&nbsp;: elle formule le souhait de consommer une boisson chaude dans mon bureau, s\u2019appuyant sur l\u2019inaccessibilit\u00e9 de l\u2019espace cuisine pour \u00ab&nbsp;justifier&nbsp;\u00bb cette requ\u00eate. Se dessinent alors les contours d\u2019une demande qui devient \u00e9non\u00e7able. Je saisis cette demande d\u00e9tourn\u00e9e pour accueillir et recevoir l\u2019adolescente de fa\u00e7on plus formalis\u00e9e. Nora avance \u00e0 t\u00e2tons, d\u2019un pas incertain. Le langage du corps est particuli\u00e8rement pr\u00e9cieux&nbsp;: l\u2019h\u00e9sitation se lit dans ses pas. Nous restons quelques minutes dans le hall nous s\u00e9parant de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 mon bureau. Sa silhouette oscille d\u2019un espace \u00e0 l\u2019autre. Finalement, elle me suit et arrive jusqu\u2019au bureau. Elle y entre, mais ne s\u2019y installe pas vraiment pour autant&nbsp;: elle reste debout, appuy\u00e9e contre le dos d\u2019un si\u00e8ge, pr\u00eate \u00e0 repartir&nbsp;? Le langage non verbal laisse entrevoir la menace \u00e9prouv\u00e9e \u00e0 mon contact au sein de cet espace clos. Plut\u00f4t que de s\u2019obstiner \u00e0 faire parler ces adolescents, en tentant, souvent \u00e0 tort, de transposer avec eux le mod\u00e8le du traitement psychique de l\u2019adulte n\u00e9vros\u00e9, il s\u2019agit surtout d\u2019entendre l\u2019inexprimable que recouvrent leurs refus, h\u00e9sitations ou conduites d\u2019oppositions vis-\u00e0-vis du th\u00e9rapeute.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 la mouvance particuli\u00e8re du transfert, je choisis de ne pas formaliser davantage cette rencontre, mais de \u00ab&nbsp;vaquer \u00e0 mes occupations&nbsp;\u00bb en sa pr\u00e9sence, comme si notre entretien n\u2019avait pas vraiment l\u2019air d\u2019en \u00eatre un\u2026 Je d\u00e9laisse alors l\u2019espace de parole, mat\u00e9rialis\u00e9 par deux si\u00e8ges color\u00e9s dispos\u00e9s en face \u00e0 face, et je prends plut\u00f4t place dans mon si\u00e8ge de bureau. Orient\u00e9e face au mur, je pianote sur le clavier de l\u2019ordinateur en face de moi. Je tourne la t\u00eate vers elle, de temps en temps, pendant qu\u2019elle me parle. L\u2019entretien commence sous cette configuration. Elle finit par se poser, en positionnant spontan\u00e9ment une chaise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la mienne sur laquelle elle s\u2019installe. Ce rendez-vous improvis\u00e9 se termine par ce \u00ab&nbsp;c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te&nbsp;\u00bb in\u00e9dit en ce lieu. Ce moment clinique illustre assez clairement la fa\u00e7on dont le \u00ab&nbsp;face \u00e0 face&nbsp;\u00bb peut \u00eatre r\u00e9am\u00e9nag\u00e9 dans la rencontre clinique avec les adolescents. Dans cette configuration institutionnelle, la rencontre peut ainsi \u00eatre rendue possible par la dimension imm\u00e9diate et impr\u00e9vue du rendez-vous. \u00c0 la PJJ, le cadre d\u2019intervention du psychologue en \u00ab&nbsp;h\u00e9bergement&nbsp;\u00bb permet justement d\u2019initier une pratique bas\u00e9e sur l\u2019\u00ab&nbsp;ici et maintenant&nbsp;\u00bb en faisant de l\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 et de l\u2019incertitude des modalit\u00e9s de rencontre \u00e0 part enti\u00e8re. En passant du temps dans les espaces collectifs tels que la cuisine, le jardin, les halls ou encore le bureau des \u00e9ducateurs, je m\u2019offre ainsi la possibilit\u00e9 de rencontrer, dans ces espaces interstitiels, bien plus d\u2019adolescents qu\u2019en attendant qu\u2019ils se pr\u00e9sentent spontan\u00e9ment jusqu\u2019\u00e0 la porte de mon bureau. Cette d\u00e9marche d\u2019\u00ab&nbsp;aller vers&nbsp;\u00bb a pour finalit\u00e9 de les y emmener, mais dans un temps ult\u00e9rieur. Troquer le traditionnel \u00ab&nbsp;face \u00e0 face&nbsp;\u00bb de la psychoth\u00e9rapie analytique pour un \u00ab&nbsp;c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te&nbsp;\u00bb mieux ajust\u00e9 aux sp\u00e9cificit\u00e9s du fonctionnement psychique de ces adolescents pourrait constituer l\u2019un des d\u00e9fis pos\u00e9s par ce type de pratique clinique dans de tels dispositifs institutionnels. Cette modalit\u00e9 de rencontre par le biais du quotidien institutionnel requiert une r\u00e9ceptivit\u00e9 particuli\u00e8re&nbsp;: observer, accueillir et \u00eatre pr\u00e9sent. Ce d\u00e9calage n\u00e9cessite bien s\u00fbr quelques pr\u00e9cautions particuli\u00e8res pour maintenir une distinction-diff\u00e9renciation dans la subtilit\u00e9 des processus transf\u00e9rentiels. Ces remaniements sont pourtant loin d\u2019\u00eatre in\u00e9dits, puisqu\u2019ils rappellent historiquement ceux d\u2019August&nbsp;Aichhorn&nbsp;(1925), grand pionnier dans les r\u00e9am\u00e9nagements du cadre relationnel et de \u00ab&nbsp;la technique&nbsp;\u00bb de soin aupr\u00e8s d\u2019adolescents d\u00e9linquants.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le temps adolescent, entre attente et urgence<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Lorsque je croise \u00e0 nouveau Nora, dans les couloirs du foyer, elle d\u00e9ambule en reprenant la prestance d\u00e9fensive qui la caract\u00e9risait \u00e0 son arriv\u00e9e&nbsp;: elle s\u2019oppose de nouveau aux rencontres formelles. Dans une alternance entre pr\u00e9sence et absence, les entrevues impr\u00e9vues et spontan\u00e9es reprennent de plus belle, permettant de garantir des \u00ab&nbsp;retrouvailles&nbsp;\u00bb et favorisant ainsi une certaine continuit\u00e9 dans le lien tiss\u00e9. Je regagne l\u2019unit\u00e9 apr\u00e8s quelques jours de cong\u00e9s. \u00c0 peine ai-je pass\u00e9 la porte que Nora m\u2019alpague. L\u2019adolescente interroge mon absence de la veille sous le ton du reproche. Elle poursuit&nbsp;: \u00ab&nbsp;je voulais te voir\u2026&nbsp;\u00bb. Surprise, je m\u2019exclame spontan\u00e9ment&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ah bon&nbsp;?!&nbsp;\u00bb. Elle s\u2019\u00e9tonne alors de mon \u00e9tonnement, presque vex\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ah&nbsp;! Tu n\u2019as pas lu le mot dans le cahier de consignes&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Je questionne intrigu\u00e9e \u00ab&nbsp;Mais, que s\u2019est-il pass\u00e9&nbsp;?&nbsp;\u00bb\u2026 Nora me regarde d\u2019un air scandalis\u00e9 et me demande offusqu\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u00e0\u2026&nbsp;? Comme \u00e7a\u2026&nbsp;? Tu veux que je t\u2019explique\u2026 dans le couloir&nbsp;?!&nbsp;\u00bb. Lorsque je saisis la demande sous-jacente \u00e0 toute cette agitation, c\u2019est-\u00e0-dire la recevoir en bonne et due forme dans mon bureau, je trouve la situation aussi ironique que d\u00e9concertante. L\u2019adolescente se tient alors debout, au fond du couloir. Son attente se rep\u00e8re par l\u2019immobilit\u00e9 de son corps exprimant alors la massivit\u00e9 du transfert qui se d\u00e9ploie, pr\u00e9cipit\u00e9 tr\u00e8s certainement par mon absence prolong\u00e9e ayant pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 ce moment. Ce moment particuli\u00e8rement d\u00e9routant m\u2019\u00e9voque une proposition d\u2019Evelyne&nbsp;Kestemberg&nbsp;(1962) tout \u00e0 fait \u00e9clairante vis-\u00e0-vis de la vignette clinique expos\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;le th\u00e9rapeute doit \u00eatre capable de s\u2019identifier \u00e0 l\u2019adolescent et appr\u00e9hender avec une finesse attentive la mouvance, parfois extr\u00eame, des positions de ce dernier\u2009; il lui faut r\u00e9pondre \u00e0 tout moment \u00e0 chacune d\u2019elles sans pour autant les prendre \u00e0 la lettre, mais bien plut\u00f4t se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 l\u2019unit\u00e9 du mouvement que ces positions traduisent&nbsp;\u00bb&nbsp;(p.&nbsp;&nbsp;91).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00catre confront\u00e9e \u00e0 une telle exp\u00e9rience (\u00e0 l\u2019institution et son cadre, mais surtout aux adolescents et \u00e0 leurs particularit\u00e9s), m\u2019a permis de remettre en question une grande partie de mes \u00ab&nbsp;convictions th\u00e9oriques&nbsp;\u00bb dans l\u2019exercice clinique aupr\u00e8s de ce public. \u00c0 ce propos, Philippe&nbsp;Gutton&nbsp;(2013) invite d\u2019ailleurs \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir aux particularit\u00e9s de la temporalit\u00e9 adolescente plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 la difficile construction des carnets de rendez-vous.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Vers de nouvelles perspectives\u2026<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Dans cette exp\u00e9rience singuli\u00e8re, les apports de la psychanalyse ont \u00e9t\u00e9 de pr\u00e9cieux points de rep\u00e8re pour asseoir et assumer une telle posture clinique en institution. Au-del\u00e0 d\u2019avoir soutenu mon cadre d\u2019intervention \u00e0 la PJJ, l\u2019ouverture offerte par cet apprentissage m\u2019a permis d\u2019\u00e9tendre ces apports \u00e0 d\u2019autres types de pratique clinique, notamment en \u00e9quipe mobile, et d\u2019en promouvoir l\u2019int\u00e9r\u00eat par le biais de la formation professionnelle aupr\u00e8s de nombreux professionnels (\u00e9ducateurs, psychologues, infirmiers\u2026) dans la clinique du champ social et m\u00e9dico-social&nbsp;: en pr\u00e9vention sp\u00e9cialis\u00e9e, en sant\u00e9 humanitaire\u2026 Il s\u2019agit, par ce biais-l\u00e0, de penser les am\u00e9nagements n\u00e9cessaires dans la rencontre avec l\u2019autre pour faire \u00e9merger les contours d\u2019une demande (pas toujours \u00e9non\u00e7able mais possiblement entendable&nbsp;!). Comme nous le rappelle Ren\u00e9&nbsp;Roussillon&nbsp;(2013,&nbsp;p.&nbsp;30), \u00ab&nbsp;les pratiques cliniques \u00e9voluent, elles \u00e9voluent en fonction de l\u2019\u00e9volution sociale et des imp\u00e9ratifs qu\u2019elles impliquent, des mod\u00e8les culturels qu\u2019elle configure, des contraintes financi\u00e8res rendues in\u00e9vitables par les crises qu\u2019elle traverse, elles \u00e9voluent aussi en fonction des couches sociales auxquelles elles s\u2019adressent&nbsp;\u00bb. Redoubler d\u2019inventivit\u00e9 face aux nouvelles formes d\u2019expression du malaise social est l\u2019un des d\u00e9fis actuels pos\u00e9s par certains contextes socio-\u00e9conomique, culturel et\/ou politique auquel la psychanalyse peut pr\u00e9tendre r\u00e9pondre. S\u2019appuyer sur certaines conceptualisations du traitement analytique pour les ajuster \u00e0 d\u2019autres espaces-temps, et \u00e0 d\u2019autres champs d\u2019application que celui du soin est une ouverture essentielle vers un espace des possibles pour la psychanalyse au 21\u00e8me si\u00e8cle. La sp\u00e9cificit\u00e9 de l\u2019\u00e9coute au fondement de cette approche est l\u2019un des invariants les plus tangibles sur lequel repose la cr\u00e9ation de ces dispositifs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Bibliographie<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>\u2022 Aichhorn, A. (1925). Jeunes en souffrance. Psychanalyse et \u00e9ducation sp\u00e9cialis\u00e9e, N\u00eemes, <em>Champ social<\/em>, 2005.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Gutton, P.&nbsp; (2013). <em>\u00ab&nbsp;De la s\u00e9ance&nbsp;\u00bb dans L\u2019ado et son psy&nbsp;: nouvelles approches th\u00e9rapeutiques en psychanalyse<\/em>, (dir). R. Cahn, P.&nbsp; Gutton, P.&nbsp; Robert et S. Tisseron, In Press, p.&nbsp;67-146.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Kestemberg, E. (1962) \u00ab&nbsp;L\u2019identit\u00e9 et l\u2019identification chez les adolescents. Probl\u00e8mes th\u00e9oriques et techniques&nbsp;\u00bb, <em>La Psychiatrie de l\u2019enfant, vol. 5<\/em>, n\u02da 2, 1962, 441-522.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Roussillon, R. (2013). Diversit\u00e9 et complexit\u00e9 des pratiques cliniques, <em>Cahiers de psychologie clinique, 40,<\/em> 29-45.&nbsp;<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/28990?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 propos d\u2019une clinique interstitielle \u00e0 la PJJ C\u2019est \u00e0 partir d\u2019une pratique clinique \u00e0 la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ) que je propose de contribuer \u00e0 cette rubrique \u00ab&nbsp;Paroles de clinicien&nbsp;\u00bb. 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